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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

« Chemin de croix » ou comment le formalisme angoissé de certain catho tue !

30 Octobre 2014, 15:21pm

Publié par Fr Greg.

« Chemin de croix » ou comment le formalisme angoissé de certain catho tue !

"Chemin de croix" ou comment une vision doloriste, moralisante, rigide, liturgico-ritualisante (la vraie messe, la vrai foi...) et extrêmement stupide de la foi basé sur la peur, l'angoissante distinction scolastique des "péchés" (véniels, mortels etc) est un univers totalement reclus sur lui-même, un carcan idéologique destructeur, un enfermement psychologique d'une quête de perfection, de pureté sectarisante et de liturgie idolatrée. Les plans statiques, sans vie, sans mouvement et net comme des peintures reflètent cet univers malade et angoissé de trop nombreux cathos 'tradis'. On comprend que cet univers ait explosé en 68. Et dire que certains veulent y revenir... Glaçant.

fr Grégoire.

 

Synopsis: 

Maria, 14 ans, est une ado d'aujourd'hui élevée dans une religion d'hier : un catholicisme intégriste confit dans les traditions qui prône une conception guerrière de la foi. Interdite de tout (même de manger un gâteau, pour ne pas « succomber à la tentation », ou d'écouter du rock, cette musique « satanique »), la jeune fille s'abîme en dévotion et, en bonne soldate de Dieu, rêve de devenir une sainte. Jusqu'à vouloir se sacrifier pour « sauver » son petit frère, inexplicablement muet depuis sa naissance...

 

 

Pour exposer le calvaire de son héroïne, le réalisateur berlinois Dietrich Brüggemann adopte une forme radicale : quatorze plans fixes, comme les quatorze stations du Christ sur son chemin de croix, dont des cartons noirs reprennent les intitulés liturgiques (« Véronique essuie le visage de Jésus », « Jésus tombe pour la deuxième fois »...). Sur le papier, ce concept a tout du gadget. A l'écran, il se révèle terriblement efficace pour représenter l'enfermement psychologique : un univers dont Maria ne peut s'extraire que par la mort. Les rares mouvements de caméra (quatre seulement en cent dix minutes !), placés à des moments charnières du parcours de la jeune fille, revêtent alors une grande puissance symbolique. Tel ce lent travelling latéral, lors de la cérémonie de confirmation à l'église, qui annonce le passage de l'enfance à l'âge adulte. Ou ce bref panoramique vertical, qui précipite l'adolescente hors du monde des vivants...

 

Les images composées comme des tableaux hyperréalistes évoquent les films dérangeants d'Ulrich Seidl (la trilogie Paradis, le documentaire Jésus, Toi qui sais). Mais sans le regard volontiers cynique du provocateur autrichien. Brüggemann ne condamne pas les croyants : la rencontre avec un garçon fan de gospel, le soutien affectueux de Bernadette, la fille au pair française rappellent que la foi peut être synonyme de tolérance et de joie. Le film ne s'attaque pas à la religion, mais à ses effets dévastateurs sur des individus en quête d'idéal, quand ils suivent les préceptes du dogme à la lettre — si absurdes soient-ils.

 

 

A travers le destin tragique de Maria, c'est un processus de dépossession de soi que raconte le film. Un endoctrinement orchestré par un jeune prêtre charismatique, et redoutable dialecticien dans l'impressionnant cours de catéchisme qui ouvre le récit. Mais aussi une manipulation mentale conduite de manière inconsciente par la propre famille de la victime : une promenade dominicale dans la campagne, un trajet en voiture, un repas banal deviennent des épreuves d'humiliation et de soumission à un ordre intransigeant. Dans ce contexte, Franziska Weisz compose une mère toxique parmi les plus terrifiantes vues depuis longtemps...


http://www.telerama.fr/

 

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La présence pure

30 Octobre 2014, 08:39am

Publié par Fr Greg.

La présence pure

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Bobin en Savoie...

29 Octobre 2014, 10:00am

Publié par Fr Greg.

Journal "la Savoie" 23.10.2014.

Journal "la Savoie" 23.10.2014.

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Le Palais des Papes comme vous ne l'avez jamais vu...

29 Octobre 2014, 09:56am

Publié par Fr Greg.

Le Palais des Papes comme vous ne l'avez jamais vu...

Copyright © 2014 Product Air.

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Lancement du Parvis d'Avignon le 22 novembre prochain

28 Octobre 2014, 10:09am

Publié par Fr Greg.

Lancement du Parvis d'Avignon le 22 novembre prochain

INVITATION

 

Lancement du Parvis d’Avignon

Samedi 22 novembre 2014

 

«Puissance et fragilité»

 

Peut-on être faible et fragile face à la puissance du savoir, de l'économie et de la technologie ? 

Quel équilibre trouver entre nos logiques de maîtrise, de domination et l'expérience de notre propre fragilité ? 

 

 

PROGRAMME

 

11h00 : Ouverture de la journée:  exposition des oeuvres de Davide Galbiati (sculpteur) et Sylvie Kajman (peintre).

 

12h00 : Lecture de «La Présence pure» de Christian Bobin avec Grégoire Plus, fsj (lecteur) et Léa Duret, violoncelliste (Professeur au Conservatoire de Paris)

 

« L’émerveillement est le propre de la maladie d’Alzheimer. Elle s’est annoncée chez mon père par des paroles étranges, mais j’ignorais alors que c’était les premières marques, au dedans, de cette bête qui ronge la conscience et en laisse assez pour qu’il connaisse, par instants, l’horreur d’être là. Mon père, revenant de courses, d’un trajet quotidien depuis des dizaines d’années, à dit : « Je ne reconnais plus rien, tout est neuf. Je suis très étonné : le monde est neuf. »   interview de Christian Bobin

 

12h45 : Buffet «tartines»

 

14h30 - 17h30 : Conférence  Marc Halévy (philosophe) et Jacques Gaillard (Président du groupe Artélia)

Peut-on être faible et fragile face à la puissance du savoir, de l'économie et de la technologie ? 

Quel équilibre trouver entre nos logiques de maîtrise, de domination et l'expérience de notre propre fragilité ?    Table-ronde animée par Frère Samuel Rouvillois (philosophe-c.s.j)

 

20h30 : «J’ai soif » de Serge Barbuscia, Production du Théâtre du balcon.

 

 

 

CHAPELLE DES ITALIENS 

35, RUE PAUL SAÏN, 84000 AVIGNON 

 

Entrée: dons libres (participation de 10 € demandée pour le buffet)

Inscriptions : contact@parvis-avignon.fr    www.parvis-avignon.fr 

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Tout se passe, dans cette vie, comme s’il nous fallait avaler l’océan

28 Octobre 2014, 09:12am

Publié par Fr Greg.

Tout se passe, dans cette vie, comme s’il nous fallait avaler l’océan

 

« Nous sommes sans arrêt confrontés à des séparations. La vie a une main qui plonge dans notre corps, se saisit du cœur et l’enlève. Pas une fois, mais de nombreuses fois. En échange, la vie nous donne de l’or. Seulement, nous payons cet or à un prix fou puisque nous en avons, à chaque fois, le cœur arraché vivant…


Chaque séparation nous donne une vue de plus en plus ample et éblouie de la vie. Les arrachements nous lavent. Tout se passe, dans cette vie, comme s’il nous fallait avaler l’océan. Comme si périodiquement nous étions remis à neuf par ce qui nous rappelle de ne pas nous installer, de ne pas nous habituer. La vie a deux visages : un émerveillant et un terrible. Quand vous avez vu le visage terrible, le visage émerveillant se tourne vers vous comme un soleil.


Il reste d’une personne aimée une matière très subtile, immatérielle qu’on nommait avant, faute de mieux, sa présence. Une note unique dont vous ne retrouverez jamais l’équivalent dans le monde. Une note cristalline, quelque chose qui vous donnait de la joie à penser à cette personne, à la voir venir vers vous. Comme la pépite d’or trouvée au fond du tamis, ce qui reste d’une personne est éclatant. Inaltérable désormais. Alors qu’avant votre vue pouvait s’obscurcir pour des tas de raisons, toujours mauvaises (hostilités, rancœurs, etc.), là, vous reconnaissez le plus profond et le meilleur de la personne. Toutes ces choses impondérables qui rôdent dans l’éclat d’un regard, passent par un rire, par des gestes, qui faisaient que la personne était unique, reviennent à vous par la pensée.

Mon père, mort il y a maintenant 13 ans, n’arrête pas de grandir, de prendre de plus en plus de place dans ma vie. Cette croissance des gens après leur mort est très étrange. Comme si la vie ne finissait pas, comme si elle était un livre dont aucun lecteur ne pourra jamais dire : « Ça y est, je l’ai lu. » La vision de mon père change avec le temps, tout comme moi-même je change. Ceux qui ont disparu mêlent leur visage au nôtre. Nous sommes étroitement liés, souterrainement, dans une métamorphose incessante. C’est pourquoi il est impossible de définir aussi bien la vie que la mort. On ne peut que parler d’une sorte de flux qui sans arrêt se transforme, s’assombrit puis s’éclaire de façon toujours surprenante. La mort a beaucoup de vertus, notamment celle du réveil. Elle nous ramène à l’essentiel, vers ce à quoi nous tenons vraiment.»

Entretien avec Christian Bobin
extrait du numéro spécial de La Vie : "Vivre le deuil"

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Comment Dieu me regarde?

27 Octobre 2014, 10:51am

Publié par Fr Greg.

Comment Dieu me regarde?

Toutla conduite de Dieu est paternelle à notre égard, ellest pleine de miséricorde et elle réclame d'acceptertant qu'on essur lterre, de ne pas pouvoitoujours discerner parfaitement le bien et lmal dans nos activités et dans celles de nos frères. C'est du reste pour cela que nous n'avons pas à jugerC'esDieu lui-même qui juge et faile discernement. Ce ne sont pas les hommes. C'est cela qui nous donne la grande espérance. Ce seraiterrible, si c'étailes hommes qui jugeaient.

C'esDieu seul qui sonde les reins et les cœursIl ne juge pas selon les réalisations matérielles, mais il juge selon  les  intentions profondes de chacun. Les hommes s'habituent tellement à juger les autres hommesleurs frèresselon leurs résultats : ‘qu'astu fais dans ta vie?’ et quand cela commence à être négatif, c'esterrible. Il n'y a plus de place pour eux. Le dossier négatif faison cheminement ! 

C'esterrible cette humanité comme aujourd'hui, parce qu'on ne voique l'aspect négatif et on juge les personnes en fonction de cela, alors que Dieu remonte à lsource et voiles intentionsEn Dieu, in'y a plus de jugement à partir des réalisationsL'hommeDieu lui rappellson salujusqu'au boutDieu le poursuijusqu'au bout pour qu'il redécouvre lmiséricorde du Père, pour qu'il redécouvrl'amour du Père, pour qu'il redécouvre lsollicitude aimante du Père sur lui.

Marie-Dominique Philippe, Retraite sur l’Apocalypse.

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Le pire des relativisme: relativiser la miséricorde !

26 Octobre 2014, 10:39am

Publié par Fr Greg.

Le pire des relativisme: relativiser la miséricorde !

 

Le gouvernement de Dieu sur les hommes est caractérisé par la miséricorde. L’économie chrétienne de la grâce – les mystères de l’Incarnation, de la Rédemption, des sacrements... – rendent cela presque tangible[i] . Cependant, ce n’est pas le propre de la grâce chrétienne. Saint Thomas d’Aquin affirme que la Providence de Dieu est toujours juste et miséricordieuse, mais avec une primauté accordée à la miséricorde puisque rien n’est dû à la créature[ii]. La miséricorde est caractérisée par cette gratuité absolue et elle est première. La considérer comme seconde serait la réduire à une dérogation faite à la justice, une exception.

Ce point est important d’un point de vue pratique si nous cherchons à vivre du commandement du Christ : « Soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux »[iii]. Cette primauté accordée à la miséricorde devrait caractériser l’agir chrétien et tout « gouvernement » qui se veut animé de l’esprit de l’évangile. Tant de saints, depuis Marie-Madeleine et le bon Larron, ont témoigné dans l’Église de ce primat de la miséricorde ; et on sait combien, durant ces dernières décennies, l’accent est mis dans l’Église sur la miséricorde. Le Concile Vatican II pourrait être appelé le Concile de la miséricorde : premier Concile à ne pas formuler d’anathème. Jean Paul II fut le Hérault de la miséricorde divine à un titre très particulier. Certaines initiatives de Benoît XVI semblent répondre au même appel de l’Eprit Saint[iv]. Mais on sait aussi que les tentations sont nombreuses aujourd’hui – comme elles l’ont souvent été – de relativiser l’absolu de la miséricorde. L’histoire de l’Église abonde tristement  en exemples de cette tentation : toutes les hérésies relativisant la primauté de la grâce bien sûr (pélagianisme, jansénisme…), mais aussi l’Inquisition, les tentations de compromission avec le pouvoir temporel sous toutes ses formes, la corruption de l’autorité des pasteurs du troupeau du Christ en un pouvoir tyrannique, la séduction de la gloire humaine et de la bonne réputation… La liste serait longue.

 

Notre propos n’est pas ici de remuer la boue des siècles, mais bien de chercher à préciser quels sont les enjeux et les défis d’une miséricorde qui va jusqu’au bout[v] pour les disciples du Christ. On sait que le verset du psaume : « Les hommes ont diminué la vérité »[vi] faisait pleurer Saint Thomas d’Aquin à l’Office divin. L’une des formes que prend aujourd’hui cette tentation de diminuer la vérité – dans le monde et dans l’Église – est de diminuer la miséricorde en la ramenant à une espèce d’indulgence, de faiblesse, ou en considérant plus ou moins explicitement qu’elle relève de l’exception (la justice étant la règle). L’Évangile nous montre bien que la règle, c’est la miséricorde… et la justice ; mais la miséricorde d’abord ![vii] Toutes les rencontres du Christ, et la manière dont il choisit ses Apôtres, sont ici particulièrement significatives. La miséricorde n’est-elle pas caractérisée par une qualité de relation personnelle ? Pensons à l’appel de Matthieu le publicain[viii], à la femme pècheresse de Luc VII, à l’adultère de Jean VIII, au dialogue de Jésus avec la Samaritaine[ix]. Avant les guérisons et les miracles, ce sont bien toutes ces rencontres personnelles où Jésus rejoint la misère du cœur de l’homme qu’il faudrait regarder.

 

Jésus nous indique cet ordre quand il commence par dire au paralytique : « Tes péchés sont pardonnés », avant de dire : « Lève-toi et marche »[x]. Saint Thomas d’Aquin dans son traité de la charité nous montre que la première aumône est la prière, puis l’enseignement (communication de la vérité), bien avant les aumônes temporelles [xi]. Le dialogue de Jésus avec Simon-Pierre[xii] après la résurrection est caractéristique de cette primauté d’une miséricorde personnelle à la base de l’Église dans sa dimension pétrinienne. Pour entendre : « Pais mes brebis », Simon-Pierre a dû passer par le reniement, l’expérience de sa propre faiblesse, et le triple questionnement du Christ. La tentation de celui qui a autorité n’est-elle pas d’oublier qu’il est lui-même objet de la miséricorde divine d’une manière particulière, et par conséquent de durcir l’exercice de son autorité en une justice fausse parce qu’impersonnelle ?

 

Nous touchons ici à ce qui semble être un fondement humain, une disposition, pour vivre du mystère de la miséricorde chrétienne : le sens de la personne. A titre d’exemple, le Bienheureux Jean Paul II et le P. Marie-Dominique Philippe, OP, qui tous deux étaient doués d’un grand sens de la personne humaine – comme philosophes et comme apôtres – furent des témoins de la miséricorde s’il en est ; témoins souvent incompris, critiqués, voire combattus. La rencontre du sens de la personne et de la miséricorde n’est sans doute pas un hasard. Ces deux « amis de l’Agneau » nous montrent le chemin de la miséricorde chrétienne, de cet amour qui va jusqu’au bout sans avoir peur des persécutions, du qu’en dira-t-on ou, simplement, du désordre…

 

Ce chemin implique une dimension directement théologale ; c’est le mystère de la Croix : accepter de donner sa vie jusqu’au bout, accepter d’être « assis à la table des pécheurs [xiii] », d’y laisser sa peau. Il n’y a pas de vraie miséricorde sans cela, comme il n’y a pas de vraie suite du Christ. Ce chemin implique aussi un profond respect de la personne de l’autre, et plus qu’un respect, un amour personnel. Le « sens de la personne » est, bien sûr, davantage de l’ordre d’une disposition. Mais dans le contexte actuel, où beaucoup sont marqués, voire manipulés par des idéologies subjectivistes qui amputent la personne humaine sous prétexte de l’exalter, il devient crucial. Le réalisme du lavement des pieds est certes celui de l’amour divin, mais il est aussi fondamentalement celui d’une rencontre personnelle. Ce dernier est présupposé à tout exercice de miséricorde, cette miséricorde qui est la note caractéristique de toute communauté chrétienne. Le P. Marie-Dominique Philippe, OP, résumait cela en une distinction très pratique, disant qu’il y a deux manières de gouverner une communauté : pour le bien de chacune des personnes qui la composent, ou bien pour la propreté du tout. La première peut devenir un vrai gouvernement de miséricorde ; la seconde, sous prétexte de justice et de sens du bien commun, se corrompt rapidement en une espèce de « tyrannie des bien-pensants ». La première est celle du Christ, la seconde celle des Pharisiens.

 

Jean Paul II, dépassant toutes les fausses dialectiques entre justice et miséricorde, disait, d’un mot inspiré que toutes les personnes exerçant l’autorité – à plus forte raison dans l’Église – devraient garder constamment présent à l’esprit : « Il n’y a pas de justice sans pardon [xiv] ».

 

Frère Charbel, csj – Pondichéry, Inde

© www.les-trois-sagesses.org


[i] « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ; car la Vie s'est manifestée: nous l'avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue » (1 Jn 1, 1 sq).

[ii] « L’œuvre de la justice divine présuppose toujours une œuvre de miséricorde et se fonde sur elle. Car rien n’est dû à la créature, si ce n’est en raison de quelque chose qui préexiste en elle, ou que l’on considère tout d’abord en elle ; et si cela est dû à la créature, ce sera en raison d’un présupposé encore antérieur. Ne pouvant aller ainsi à l’infini, on doit arriver à quelque chose qui dépend de la seule bonté de la volonté divine, laquelle est la fin ultime. Comme si l’on disait qu’avoir des mains est dû à l’homme en vue de son âme raisonnable ; avoir une âme lui est dû pour qu’il soit un homme, mais être un homme, cela n’a pas d’autre raison que la bonté divine. En toute œuvre de Dieu apparaît donc, comme sa racine première, la miséricorde. » Somme Théologique, I, q. 21, a. 4.

[iii] Lc 6, 36

[iv] Par exemple, la levée de l’excommunication  des quatre évêques consacrés par Mgr Lefebvre, geste d’une miséricorde pastorale qui a valu au pape d’être si critiqué. D’aucuns auraient voulu que sa justice soit inflexible, il s’en explique : « Si donc l’engagement ardu pour la foi, pour l’espérance et pour l’amour dans le monde constitue en ce moment (et, dans des formes diverses, toujours) la vraie priorité pour l’Église, alors les réconciliations petites et grandes en font aussi partie. Que l’humble geste d’une main tendue soit à l’origine d’un grand tapage, devenant ainsi le contraire d’une réconciliation, est un fait dont nous devons prendre acte. Mais maintenant je demande: Était-il et est-il vraiment erroné d’aller dans ce cas aussi à la rencontre du frère qui "a quelque chose contre toi" (cf. Mt 5, 23 s.) et de chercher la réconciliation? La société civile aussi ne doit-elle pas tenter de prévenir les radicalisations et de réintégrer – autant que possible – leurs éventuels adhérents dans les grandes forces qui façonnent la vie sociale, pour en éviter la ségrégation avec toutes ses conséquences? Le fait de s’engager à réduire les durcissements et les rétrécissements, pour donner ainsi une place à ce qu’il y a de positif et de récupérable pour l’ensemble, peut-il être totalement erroné? Moi-même j’ai vu, dans les années qui ont suivi 1988, que, grâce au retour de communautés auparavant séparées de Rome, leur climat interne a changé; que le retour dans la grande et vaste Église commune a fait dépasser des positions unilatérales et a atténué des durcissements de sorte qu’ensuite en ont émergé des forces positives pour l’ensemble. Une communauté dans laquelle se trouvent 491 prêtres, 215 séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 instituts universitaires, 117 frères, 164 sœurs et des milliers de fidèles peut-elle nous laisser totalement indifférents? Devons-nous impassiblement les laisser aller à la dérive loin de l’Église? Je pense par exemple aux 491 prêtres. Nous ne pouvons pas connaître l’enchevêtrement de leurs motivations. Je pense toutefois qu’ils ne se seraient pas décidés pour le sacerdoce si, à côté de différents éléments déformés et malades, il n’y avait pas eu l’amour pour le Christ et la volonté de L’annoncer et avec lui le Dieu vivant. Pouvons-nous simplement les exclure, comme représentants d’un groupe marginal radical, de la recherche de la réconciliation et de l’unité? Qu’en sera-t-il ensuite? Certainement, depuis longtemps, et puis à nouveau en cette occasion concrète, nous avons entendu de la part de représentants de cette communauté beaucoup de choses discordantes – suffisance et présomption, fixation sur des unilatéralismes etc. Par amour de la vérité je dois ajouter que j’ai reçu aussi une série de témoignages émouvants de gratitude, dans lesquels était perceptible une ouverture des cœurs. Mais la grande Église ne devrait-elle pas se permettre d’être aussi généreuse, consciente de la grande envergure qu’elle possède; consciente de la promesse qui lui a été faite? Ne devrions-nous pas, comme de bons éducateurs, être aussi capables de ne pas prêter attention à différentes choses qui ne sont pas bonnes et nous préoccuper de sortir des étroitesses? Et ne devrions-nous pas admettre que dans le milieu ecclésial aussi des discordances se sont fait entendre? Parfois on a l’impression que notre société a besoin d’un groupe au moins, auquel ne réserver aucune tolérance ; contre lequel pouvoir tranquillement se lancer avec haine.Et si quelqu’un ose s’en rapprocher – dans le cas présent le Pape – il perd lui aussi le droit à la tolérance et peut lui aussi être traité avec haine sans crainte ni réserve. Chers Confrères, durant les jours où il m’est venu à l’esprit d’écrire cette lettre, par hasard, au Séminaire romain, j’ai dû interpréter et commenter le passage de Ga 5, 13-15. J’ai noté avec surprise la rapidité avec laquelle ces phrases nous parlent du moment présent: "Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme; au contraire mettez-vous, par amour, au service les uns des autres. Car toute la Loi atteint sa perfection dans un seul commandement, et le voici: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Si vous vous mordez et vous dévorez les uns les autres, prenez garde: vous allez vous détruire les uns les autres !" J’ai toujours été porté à considérer cette phrase comme une des exagérations rhétoriques qui parfois se trouvent chez saint Paul. Sous certains aspects, il peut en être ainsi. Mais malheureusement ce "mordre et dévorer" existe aussi aujourd’hui dans l’Église comme expression d’une liberté mal interprétée. Est-ce une surprise que nous aussi nous ne soyons pas meilleurs que les Galates? Que tout au moins nous soyons menacés par les mêmes tentations? Que nous devions toujours apprendre de nouveau le juste usage de la liberté? Et que toujours de nouveau nous devions apprendre la priorité suprême : l’amour? » Lettre de Benoit XVI aux évêques, le 10 mars 2009

[v] «  Il les aima jusqu'à la fin » Jn 13, 1.

[vi] Ps 12, 2 (Vulgate).

[vii] Mt 9, 13 : « Allez donc apprendre ce que signifie: Je veux la miséricorde et non le sacrifice. Car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. “ et Lc 11, 42 : « Mais malheur à vous, Pharisiens, parce que vous payez la dîme de la menthe, de la rue et de tout légume, et que vous laissez de côté la justice et l'amour de Dieu! Il fallait pratiquer ceci, sans négliger cela. »

[viii] Mt 9.

[ix] Jn 4.

[x] Lc 5, 17-26.

[xi] Saint Thomas distingue les différentes aumônes spirituelles : « Pareillement, on subvient aux déficiences spirituelles par des actes spirituels de deux façons. D’abord en implorant le secours de Dieu, à quoi correspond la prière; en second lieu, par l’octroi d’un secours humain qui, lui-même, peut viser trois choses : un défaut de l’intelligence, auquel on remédie par l’enseignement s’il s’agit d’un défaut de l’intellect spéculatif, et par le conseil quand le défaut concerne l’intellect pratique ; – un défaut affectant la puissance appétitive : le plus grand est ici la tristesse, à laquelle on porte remède par la consolation ; – un défaut tenant à un acte déréglé, lequel peut lui-même être considéré au triple point de vue : 1° de celui qui pèche, pour autant que l’acte procède de sa volonté déréglée ; le remède approprié est alors la correction ; 2° de celui contre qui on pèche ; s’il s’agit de nous, nous y portons remède en pardonnant l’offense ; mais s’il s’agit de Dieu et du prochain, "il ne nous appartient pas de pardonner", dit S. Jérôme dans son Commentaire sur S. Matthieu ; 3° des conséquences de l’acte déréglé, qui, même sans que les pécheurs l’aient voulu, affectent péniblement ceux qui vivent avec eux ; le remède consiste alors dans le support de celui qui pèche par faiblesse, selon cette parole de S. Paul (Rm 15, 1) : "Nous devons, nous qui sommes forts, porter les faiblesses des autres." Et il faut le faire, non seulement selon qu’ils sont faibles, ou difficiles à cause de leurs actes déréglés, mais encore pour tout ce qu’il peut y avoir chez eux de pénible à supporter, selon cette autre parole de l’Apôtre (Ga 6, 2) : "Portez les fardeaux les uns des autres."” (Somme Théologique, II-II, q. 32, a. 2). A l’article suivant, il explique en quoi l’aumône spirituelle est supérieure à l’aumône temporelle.

[xii] Jn 21.

[xiii] Comme Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus accepte d’y être spirituellement, cf. Derniers Entretiens.

[xiv] Cf. Message de Jean-Paul II pour la célébration de la journée mondiale de la paix, 1er janvier 2002 : « Le pardon ne s'oppose d'aucune manière à la justice, car il ne consiste pas à surseoir aux exigences légitimes de réparation de l'ordre lésé. Le pardon vise plutôt cette plénitude de justice qui mène à la tranquillité de l'ordre, celle-ci étant bien plus qu'une cessation fragile et temporaire des hostilités: c'est la guérison en profondeur des blessures qui ensanglantent les esprits. Pour cette guérison, la justice et le pardon sont tous les deux essentiels. (…)Mais que signifie concrètement pardonner? Et pourquoi pardonner? Quand on parle du pardon, on ne peut éluder ces interrogations. Reprenant une réflexion que j'ai déjà eu l'occasion d'exposer pour la Journée mondiale de la Paix de 1997 (« Offre le pardon, reçois la paix »), je voudrais rappeler que le pardon réside dans le cœur de chacun avant d'être un fait social. C'est seulement dans la mesure où l'on proclame une éthique et une culture du pardon que l'on peut aussi espérer en une « politique du pardon », qui s'exprime dans des comportements sociaux et des institutions juridiques dans lesquels la justice elle-même puisse prendre un visage plus humain. (…) En effet, le pardon comporte toujours, à court terme, une perte apparente, tandis qu'à long terme, il assure un gain réel. La violence est exactement le contraire: elle opte pour un gain à brève échéance, mais se prépare pour l'avenir lointain une perte réelle et permanente.Le pardon pourrait sembler une faiblesse; en réalité, aussi bien pour l'accorder que pour le recevoir, il faut une grande force spirituelle et un courage moral à toute épreuve. Loin de diminuer la personne, le pardon l'amène à une humanité plus profonde et plus riche, il la rend capable de refléter en elle un rayon de la splendeur du Créateur.(…) Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon: voilà ce que je veux rappeler à ceux qui ont entre leurs mains le sort des communautés humaines, afin qu'ils se laissent toujours guider, dans les choix graves et difficiles qu'ils doivent faire, par la lumière du bien véritable de l'homme, dans la perspective du bien commun. »

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Rien ne peut arrêter son don sinon l'orgueil de se croire 'trop' pécheurs!

25 Octobre 2014, 09:30am

Publié par Fr Greg.

Rien ne peut arrêter son don sinon l'orgueil de se croire 'trop' pécheurs!

 

« Si j'avais commis tous les crimes possibles j'aurais toujours la même confiance. Je sens que toute cette multitude d'offenses serait comme une goutte d'eau jetée dans un brasier ardent! »  

Ste Thérèse de l'Enfant Jésus

 

 « Ma fille, ma délectation et ma prédilection, rien ne m'empê­chera de t'accorder des grâces. Ta misère ne gêne en rien ma miséri­corde — Ma fille, écris que plus grande est ta misère, plus elle a droit à ma miséricorde et incite toutes les âmes à la confiance en l'incon­cevable abîme de ma miséricorde car je désire les sauver toutes. La source de ma miséricorde a été largement ouverte par la lance sur la croix pour toutes les âmes. je n'ai exclu personne ». (Jésus à Ste Faustine)

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La miséricorde: prendre la place du plus misérable.

24 Octobre 2014, 09:10am

Publié par Fr Greg.

La miséricorde: prendre la place du plus misérable.

 

La miséricorde, en cherchant toujours à soulager la pauvreté, la misère de l’autre, ajoute à la charité fraternelle une surabondance. Saint Vincent de Paul est un exemple merveilleux de cette ardeur à aider l’autre, à le soutenir dans sa misère. Cette misère, au lieu de nous faire nous éloigner, nous attire. En réalité, ce n’est pas la misère qui nous attire ; c’est le visage du Christ qui a voulu prendre la place du plus misérable pour nous attirer plus, et c’est en ce sens-là que saint Vincent de Paul aimait à voir Jésus dans la physionomie et le regard du pauvre. Et c’est la pauvreté du Christ crucifié qui lui permet d’être miséricordieux à l’égard de tous les hommes d’une manière absolue. Il n’y a plus d’exclusion, tout le monde peut recevoir la miséricorde du Christ crucifié à la Croix ; elle est vraiment donnée universellement, et en même temps la miséricorde doit toujours être une charité très personnelle, parce qu’elle regarde en chacun sa misère et que la misère met toujours en lumière la pauvreté individuelle de chacun, sa pauvreté caractéristique. C’est bien à l’égard de la pauvreté caractéristique de la personne qu’on doit être le plus miséricordieux. (…)

« Bienheureux les miséricordieux » qui sont capables d’envelopper le misérable et de lui redonner vie, en lui redonnant un élan d’amour ! C’est seulement par l’amour qu’on peut vivre (je ne dis pas « acquérir » car on ne l’acquiert pas, c’est un don de Dieu) cette béatitude de la miséricorde qui est en quelque sorte une miséricorde « substantielle ». Je crois que là est la différence entre une miséricorde purement humaine, qui regarde tel mal particulier, et la béatitude des miséricordieux qui vient de la charité, donc d’un amour divin. Dans la charité, c’est Dieu qui nous permet d’être miséricordieux vis-à-vis de la personne qui, à cause du mal, est réduite à n’être plus elle-même, à ne plus pouvoir vraiment atteindre sa finalité. Et on peut, grâce au Christ présent en nous, et grâce à Marie, avoir les gestes qu’il faut (plus que les paroles), avoir le silence qu’il faut, non pas un silence glacial mais un silence d’amour, non pas le silence de l’examinateur ou celui du savant qui cherche à connaître le mal, mais le silence de la mère qui enveloppe l’enfant qui souffre. Et cela, Mère Teresa l’avait bien saisi. Elle a vécu éminemment cette béatitude des miséricordieux à l’égard de ceux qui ont le plus besoin d’être enveloppés comme des tout-petits, d’être reçus en quelque sorte dans un nouveau « lieu » où ils puissent avouer les misères qu’on n’avoue à personne d’autre mais qu’on dit à celui qui est proche et qui est compatissant, miséricordieux.

 

Père Marie Dominique Philippe, "Je suis venu jeter un feu sur la terre"

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Le Parvis d'Avignon

23 Octobre 2014, 21:51pm

Publié par Fr Greg.

Le Parvis d'Avignon

Lancement le 22 novembre prochain.

Avant l'ouverture officielle, prévue en janvier 2016 dans la Chapelle des Italiens, nous vous invitons 

à noter dès à présent dans vos agendas

 

L’évènement de lancement du 

Parvis d’Avignon "avant travaux"

 

Samedi 22 Novembre 2014

sur le thème 

“Puissance et fragilité”

 

Au programme :

Ø  10h - 12h00 : Matinée artistique: expositions sculptures, peintures.

 

Ø12h00-12h45: Lecture de "la présence pure" de Christian Bobin, avec Grégoire Plus (lecteur), Léa Duret violoncelliste (Professeur au conservatoire de Paris)

 

Ø  14h30 - 17h30 : Colloque: “Puissance et fragilité” autour de Marc Halévy, philosophe, Jacques Gaillard, PDG du groupe Artelia, et animée par Frère Samuel Rouvillois, philosophe (c.s.j.)

Ø  20h30 : Soirée théatre : “J’ai soif” de Serge Barbuscia

dans la Chapelle des Italiens au 35, rue Paul Saïn, 84000 AVIGNON

 

En plein cœur de la Cité des Papes, le Parvis d’Avignon, à la fois lieu de réflexions et de rencontres 

entre le monde de l'art, de la culture, du travail et de la vie sociale, 

a pour vocation de s’interroger sur l’Homme et sa place dans la mondialisation.

 

Créé à l'initiative de l’association “Foi & Culture”, le Parvis mêle expérience artistique et réflexion philosophique. 

Il s'inscrit dans la vie culturelle avignonnaise avec l’organisation de spectacles, de conférences, d’expositions,

 de concerts et de séminaires d’entreprises, dont la programmation se déroulera tout au long de l'année.

 

Une invitation officielle vous sera prochainement envoyée accompagnée du programme définitif.

Entrée : dons libres

Renseignements : pa.dalancon@gmail.com

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Aux familles...

23 Octobre 2014, 08:28am

Publié par Fr Greg.

Aux familles...

 

« Nous, Pères synodaux réunis à Rome autour du Pape François pour l’Assemblée générale extraordinaire du Synode des évêques, nous nous adressons à toutes les familles des divers continents, et en particulier à celles qui suivent le Christ, Chemin, Vérité et Vie. Nous manifestons notre admiration et notre gratitude pour le témoignage quotidien que vous nous offrez, ainsi qu’au monde, par votre fidélité, votre foi, votre espérance et votre amour. Nous aussi, pasteurs de l’Église, nous sommes nés et avons grandi dans des familles aux histoires et vicissitudes les plus diverses. En tant que prêtres et évêques, nous avons rencontré et avons vécu aux côtés de familles qui nous ont raconté en parole et révélé en actes toute une série de merveilles mais aussi de difficultés.

La préparation même de cette assemblée synodale, à partir des réponses au questionnaire envoyé aux Églises du monde entier, nous a permis de nous mettre à l’écoute de nombreuses expériences familiales. Notre dialogue durant les jours du Synode nous a ainsi enrichis mutuellement, nous aidant à regarder la réalité vivante et complexe dans laquelle évoluent les familles.

À vous, nous proposons cette parole du Christ : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Ap 3, 20). Comme il le faisait durant ses pérégrinations sur les routes de la Terre Sainte, entrant dans les maisons des villages, Jésus continue à passer aussi aujourd’hui par les rues de nos villes. Dans vos foyers, vous faites l’expérience d’ombres et de lumières, de défis exaltants, mais parfois aussi d’épreuves dramatiques. L’obscurité se fait encore plus épaisse, jusqu'à devenir ténèbres, lorsque le mal et le péché s'insinuent au coeur même de la famille.

Il y a, avant tout, le grand défi de la fidélité dans l’amour conjugal. L’affaiblissement de la foi et des valeurs, l'individualisme, l'appauvrissement des relations, le stress d’une frénésie qui empêche la réflexion marquent aussi la vie familiale. On assiste alors à de nombreuses crises matrimoniales, affrontées souvent de façon expéditive, sans avoir le courage de la patience, de la remise en question, du pardon mutuel, de la réconciliation et même du sacrifice. Ces échecs sont ainsi à l’origine de nouvelles relations, de nouveaux couples, de nouvelles unions et de nouveaux mariages, qui créent des situations familiales complexes et problématiques quant au choix de la vie chrétienne.

Parmi ces défis, nous souhaitons ensuite évoquer les épreuves de l’existence même. Pensons à la souffrance qui peut apparaître lorsque qu’un enfant est handicapé, lors d’une grave maladie, lors de la dégénérescence neurologique due à la vieillesse, lors de la mort d’une personne chère. La fidélité généreuse de tant de familles qui vivent ces épreuves avec courage, foi et amour est admirable, lorsqu’elles les considèrent non comme quelque chose qui leur a été arrachée ou imposée, mais comme quelque chose qui leur a été donné et qu'ils offrent à leur tour, voyant en toutes ces personnes éprouvées le Christ souffrant lui-même.

Nous pensons aux difficultés économiques causées par des systèmes pervers, par le « fétichisme de l’argent » et par « la dictature de l’économie sans visage et sans un but véritablement humain » (Evangelii gaudium, 55) qui humilie la dignité de la personne. Nous pensons aux pères et aux mères sans emploi, impuissants face aux besoins les plus élémentaires de leur famille ; et à ces jeunes qui se trouvent devant des journées désoeuvrées et sans espérance, proies potentielles des dérives de la drogue et de la criminalité.

Nous pensons enfin à la foule des familles pauvres, à celles qui s’agrippent à une barque pour atteindre des moyens de survie, aux familles de réfugiés qui émigrent sans espoir à travers des déserts, à celles qui sont persécutées simplement à cause de leur foi et de leurs valeurs spirituelles et humaines, à celles qui sont frappées par la brutalité des guerres et des oppressions. Nous pensons aussi aux femmes qui subissent la violence et sont soumises à l’exploitation, à la traite des personnes, aux enfants et aux jeunes victimes d’abus même de la part de ceux qui devraient en prendre soin et les faire grandir en confiance, aux membres de tant de familles humiliées et en difficulté. «La culture du bien-être nous anesthésie et […] toutes ces vies brisées par manque de possibilités nous semblent un simple spectacle qui ne nous trouble en aucune façon. (Evangelii gaudium, 54). Nous faisons appel aux gouvernements et aux organisations internationales pour promouvoir les droits de la famille en vue du bien commun.

Le Christ a voulu que son Église soit une maison avec la porte toujours ouverte et accueillante, sans exclure personne. Nous sommes ainsi reconnaissants envers les pasteurs, les fidèles et les communautés prêts à accompagner et à porter les déchirures internes et sociales des couples et des familles.

Cependant, il y a également la lumière qui brille le soir derrière les fenêtres dans les maisons des villes, dans les modestes résidences des périphéries ou dans les villages et même dans les baraquements : celle-ci brille et réchauffe les corps et les âmes. Cette lumière, dans les vicissitudes de la vie nuptiale des conjoints, s’allume grâce à une rencontre : il s'agit d'un don, d'une grâce qui s'exprime -comme le dit la Genèse (2,18)- quand deux visages se retrouvent chacun l'un « en face » de l'autre, comme une «aide qui lui corresponde », c'est-à-dire à la fois semblable et complémentaire. L'amour de l'homme et de la femme nous enseigne que chacun des deux a besoin de l'autre pour être soi-même, chacun demeurant pourtant différent de l'autre dans son identité qui s'ouvre et se révèle dans le don réciproque. C’est ce qu’exprime de façon suggestive la femme du Cantique des Cantiques : «Mon bien-aimé est à moi, et moi, je suis à lui […] Je suis à mon bien-aimé, mon bien-aimé est à moi » (Ct 2, 16 ; 6,3).

Pour que cette rencontre soit authentique, le cheminement commence avec le temps des fiançailles, temps de l’attente et de la préparation. Il s'actualise pleinement dans le sacrement du mariage où Dieu appose son sceau, sa présence et sa grâce. Ce chemin passe aussi par la sexualité, la tendresse, la beauté, qui perdurent même au-delà de la vigueur et de la fraîcheur de la jeunesse. De par sa nature, l'amour tend à rimer avec toujours, jusqu'à donner sa vie pour la personne qu'on aime (cf. Jn 15,13). À cette lumière, l'amour conjugal, unique et indissoluble, persiste malgré les nombreuses difficultés des limites humaines ; c’est l’un des plus beaux miracles, bien qu’il soit aussi le plus commun.

Cet amour se déploie au travers de la fécondité et de la générativité qui ne sont pas seulement procréation mais aussi don de la vie divine dans le baptême, éducation et catéchèse des enfants. Il s’agit aussi d'une capacité à offrir la vie, de l'affection et des valeurs. Cette expérience est possible même pour ceux qui n'ont pu avoir d'enfant. Les familles qui vivent cette aventure lumineuse deviennent pour tous un témoignage, en particulier pour les jeunes.

Durant ce cheminement, qui s’avère parfois un sentier ardu avec ses difficultés et ses chutes, on retrouve toujours la présence et l'accompagnement de Dieu. La famille en fait l'expérience dans l'affection mutuelle et le dialogue entre époux et épouse, entre parents et enfants, entres frères et soeurs. Elle le vit aussi en se mettant ensemble à l’écoute de la Parole de Dieu et en partageant la prière commune : petite oasis spirituelle à mettre en place à un moment chaque jour. Il y a aussi l'engagement quotidien de l'éducation à la foi, à la beauté de la vie évangélique et à la sainteté. Ce devoir est souvent partagé et exercé avec beaucoup d'affection et de dévouement aussi par les grands-parents. Ainsi la famille se présente comme une authentique Église domestique, qui s'ouvre sur cette famille de familles qu'est la communauté ecclésiale. Les époux chrétiens sont alors appelés à devenir des maîtres dans la foi et dans l'amour également auprès des jeunes couples.

Il y a ensuite une autre expression de la communion fraternelle, celle de la charité, du don, de la proximité auprès des laissés pour compte, des marginalisés, des pauvres, des personnes seules, des malades, des étrangers, des familles en crise, gardant en mémoire la parole du Seigneur : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35). Il s'agit d'un don de biens partagés, de présence, d'amour et de miséricorde et aussi d’un témoignage de vérité, de lumière, de sens donné à la vie.

Le sommet qui recueille et récapitule tous ces liens de la communion avec Dieu et le prochain est l’Eucharistie dominicale, lorsque, avec toute l’Église, la famille prend place à la table du Seigneur. Lui-même se donne à nous tous, pèlerins de l'histoire en route vers la rencontre ultime lorsque le «Christ sera tout en tous» (Col 3,11). Pour cela, dans la première étape de notre chemin synodal, nous avons réfléchi à l’accompagnement pastoral et à la question de l’accès aux sacrements des personnes divorcées-remariées.

Nous, pères synodaux, vous demandons de cheminer avec nous vers le prochain synode. Que demeure sur vous la présence de la famille de Jésus, Marie et Joseph réunis dans leur modeste maison. Ensemble, tournés vers la Famille de Nazareth, faisons monter vers notre Père à tous notre invocation pour les familles de la terre.

Père, donne à toutes les familles la présence d’époux courageux et remplis de sagesse, qui soient source d'une famille libre et unie. Père, donne aux parents d’avoir une maison où vivre dans la paix avec leur famille. Père, donne aux enfants d’être signes de confiance et d'espérance, et aux jeunes le courage de l’engagement stable et fidèle. Père, donne à tous de pouvoir gagner leur pain de leurs propres mains, de jouir de la sérénité d’esprit et de garder allumé le flambeau de la foi même dans les moments d’obscurité. Père, donne-nous de voir fleurir une Église toujours plus fidèle et crédible, une cité juste et humaine, un monde qui aime la vérité, la justice et la miséricorde. »

message du synode des évêques adressé aux familles

http://www.la-croix.com/

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"QUE CHERCHEZ-VOUS" à 4 ans !

22 Octobre 2014, 14:21pm

Publié par Fr Greg.

  "QUE CHERCHEZ-VOUS" à 4 ans !

Je pense à toi, Christ guérisseur

A ta salive lumineuse pleine de soleil, lucioles et autres fées

Remèdes contre la lassitude

Prends dans ta bouche, Christ sorcier ma maigre vie 

Et le peu d’amour qui y grelotte

Serre la petite herbe de mon âme

Entre tes dents de feu

Et apprends-moi à rire dans ta langue maternelle

 

Christian Bobin, « Autoportrait au radiateur »

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Demeurer dans la bonté pure, qui coule comme une lumière

22 Octobre 2014, 09:00am

Publié par Fr Greg.

Demeurer dans la bonté pure, qui coule comme une lumière

 

Ce qu’il dit est éclairé par des verbes pauvres; prenez, écoutez, venez, partez, recevez, allez. Il ne parle pas pour attirer sur lui une poussière d’amour. Ce qu’il veut, ce n’est pas pour lui qu’il le veut. Ce qu’il veut, c’est que nous nous supportions de vivre ensemble. Il ne dit pas: aimez-moi. Il dit: aimez-vous. Il y a un abîme entre ces deux paroles. Il est d’un côté de l’abîme et nous restons de l’autre. C’est peut-être le seul homme qui ait jamais vraiment parlé, brisé les liens de la parole et de la séduction, de l’amour et de la plainte. C'est un homme qui va de la louange à la désaffection et de la désaffection à la mort, toujours allant, toujours marchant. Il ne fait pas de l’indifférence une vertu.

 

Un jour il crie, un autre jour il pleure. Il traverse tout le registre de l’humain, la grande gamme émotive, si radicalement homme qu’il touche au dieu par les racines. Il est doux et abrupt. Il brise, il brûle et il réconforte. La bonté est en lui comme une matière chimiquement pure, un diamant. Son esprit est légèrement absent, et ce rien d’absence est sa manière d’être attentif à tout. Pris dans un chaos de désirs et de plaintes, serré par une foule qui se bouscule ses faveurs comme on voit des moineaux s’abattre en nuée sur un seul morceau de pain, il distingue très bien le frôlement d’une seule main sur un pan de son manteau, il se retourne aussitôt et demande qui l’a touché, qui lui a dérobé une part de sa force.

 

La voleuse---car c’est bien sûr une femme, car les femmes ont su très vite connaître en lui la plus grande intelligence vivante, l’intelligence du don, car les femmes ne se trompent pas sur la lumière qui sort de lui, c’est la même qui s’en va d’elles pour baigner les chairs de leurs enfants---la voleuse par amour est celle qui l’a sans doute le mieux entendu: prenez ce que je vous donne, je vous le donne sans condition et, parce que je vous le donne absolument, il y en a absolument pour tous---ce qu’on partage se multiplie. Il dit qu’il est la vérité. C’est la parole qui est la plus humble qui soit. L’orgueil, ce serait de dire: la vérité, je l’ai. Je la détiens, je l’ai mise dans l’écrin d’une formule. La vérité n’est pas une idée mais une présence.

Chrstian Bobin, l'homme qui marche.

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Dieu? un fou qui marche...!

21 Octobre 2014, 09:00am

Publié par Fr Greg.

Dieu? un fou qui marche...!

Il marche. Sans arrêt il marche. Il va ici et puis là. Il passe sa vie sur quelque soixante kilomètres de long, trente de large. Et il marche. Sans arrêt. On dirait que le repos lui est interdit. Ce qu’on sait de lui, on le tient d’un livre.

 

Avec l’oreille un peu plus fine, nous pourrions nous passer de ce livre et recevoir de ses nouvelles en écoutant le chant des particules de sable, soulevées par ses pieds nus.

 

Rien ne se remet de son passage et son passage n’en finit pas. Ils sont d’abord quatre à écrire sur lui. Ils ont, quand ils écrivent, soixante ans de retard sur l’événement de son passage. Soixante ans au moins. Nous en avons beaucoup plus, deux mille.

 

Tout ce qui peut être dit sur cet homme est en retard sur lui. Il garde une foulée d’avance et sa parole est comme lui, sans cesse en mouvement, sans fin dans le mouvement de tout donner d’elle-même. Deux mille ans après lui, c’est comme soixante. Il vient de passer et les jardins d’Israël frémissent encore de son passage, comme après une bombe, les ondes brûlantes d’un souffle. Il va tête nue. La mort, le vent, l’injure, il reçoit tout de face, sans jamais ralentir son pas.

 

A croire que ce qui le tourmente n’est rien en regard de ce qu’il espère.

 

A croire que la mort n’est guère plus qu’un vent de sable.

 

A croire que vivre est comme il marche... sans fin

 

L’humain est ce qui va ainsi, tête nue, dans la recherche jamais interrompue de ce qui est plus grand que soi. Et le premier venu est plus grand que nous: c’est une des choses que dit cet homme. C’est l’unique chose qu’il cherche à nous faire entrer dans nos têtes lourdes. Le premier venu est plus grand que nous : il faut détacher chaque mot de cette phrase et le mâcher, le remâcher. La vérité, ça se mange. Voir l’autre dans sa noblesse de solitude, dans la beauté perdue de ses jours. Le regarder dans le mouvement de venir, dans la confiance à cette venue. C’est ce qu’il s’épuise à nous dire, l’homme qui marche: ne me regardez pas, moi. Regardez le premier venu et ça suffira, et ça devrait suffire. Il va droit à la porte de l’humain. Il attend que cette porte s’ouvre. La porte de l’humain, c’est le visage. Voir face à face, seul à seul, un à un.

Christian Bobin, l'homme qui marche.

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Douceur de vivre, amour de soi...

20 Octobre 2014, 09:52am

Publié par Fr Greg.

Douceur de vivre, amour de soi...

“Douceur de vivre, amour de soi: là se tient le Très-Bas, anonyme, moqueur, inaperçu des moralistes qui le cherchent dans les foudres d'un ciel ou dans les tombes d'un repentir. L'amour de soi est à l'amour de Dieu ce que le blé en herbe est au blé mûr. Il n'y a pas de rupture de l'un à l'autre - juste un élargissement sans fin, les eaux en crue d'une joie qui, après avoir imprégné le coeur, déborde de toutes parts et recouvre la terre entière.

 

L'amour de soi naît dans un coeur enfantin. C'est un amour qui coule de source. Il va de l'enfance jusqu'à Dieu. Il va de l'enfance qui est la source, à Dieu qui est l'océan. Quant à la douceur de vivre, elle est inchangée avec les siècles. Elle est faite du calme d'un entretien, du repos d'un corps, d'une couleur d'un mois d'août. Elle est faite du pressentiment que l'on vivra toujours, dans l'instant même où l'on vit. L'amour de soi est le premier tressaillement du Dieu dans la jubilation d'un coeur. La douceur de vivre est l'avancée d’une vie éternelle dans la vie d'aujourd’hui. 

Christian Bobin, Le très bas.

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Alors que Christ nous a complètement épousé... nous épuisons notre Foi en n'espérants qu'une victoire morale sur ces défauts qui nous emmer...

19 Octobre 2014, 09:40am

Publié par Fr Greg.

Alors que Christ nous a complètement épousé... nous épuisons notre Foi en n'espérants qu'une victoire morale sur ces défauts qui nous emmer...

 

... Le Christ, en se faisant homme comme nous, a permis que nous soyons un avec lui, par sa mort et sa résurrection ; il nous a vraiment épousés et a fait de nous, comme peuple, son épouse. Et ceci n’est rien d’autre que l’accomplissement du dessein de communion et d’amour tissé par Dieu au long de l’histoire, l’histoire du peuple de Dieu et aussi l’histoire personnelle de chacun de nous. C’est le Seigneur qui fait cela.

Il y a toutefois un autre élément qui nous réconforte encore plus et qui nous ouvre le cœur : Jean nous dit que dans l’Église, épouse du Christ, la « Jérusalem nouvelle » est rendue visible. Cela signifie que l’Église est non seulement l’épouse mais qu’elle est aussi appelée à devenir une ville, symbole par excellence de la coexistence et des relations humaines. Comme il est beau, alors, de pouvoir déjà contempler, selon une autre image tout aussi suggestive de l’Apocalypse, toutes les nations et tous les peuples rassemblés dans cette ville, comme sous une tente, « la tente de Dieu » (cf. Ap 21,3) ! Et dans ce cadre glorieux, il n’y aura plus d’isolement, d’exaction ni de distinctions d’aucune sorte – de nature sociale, ethnique ou religieuse – mais nous serons tous un dans le Christ.

Devant cette scène inouïe et merveilleuse, notre cœur ne peut pas ne pas se sentir fortement confirmé dans l’espérance. Voyez, l’espérance chrétienne n’est pas simplement un désir, un souhait, ce n’est pas de l’optimisme : pour un chrétien, l’espérance est une attente, une attente fervente, passionnée, de l’accomplissement ultime et définitif d’un mystère, le mystère de l’amour de Dieu, dans lequel nous sommes nés de nouveau et nous vivons déjà. Et c’est l’attente de quelqu’un qui doit arriver : c’est le Christ Seigneur qui est toujours plus proche de nous, jour après jour, et qui vient nous introduire enfin dans la plénitude de sa communion et de sa paix. L’Église a alors la tâche de garder allumée et bien visible la lampe de l’espérance, pour qu’elle puisse continuer de resplendir comme un signe sûr du salut et éclairer pour toute l’humanité le sentier qui conduit à la rencontre avec le visage miséricordieux de Dieu.

Chers frères et sœurs, voilà donc ce que nous attendons : que Jésus revienne ! L’Église-épouse attend son époux ! Mais nous devons nous demander en toute sincérité : sommes-nous vraiment des témoins lumineux et crédibles de cette attente, de cette espérance ? Nos communautés vivent-elles encore dans le signe de la présence du Seigneur Jésus et dans l’attente chaleureuse de sa venue, ou bien semblent-elles lasses, engourdies sous le poids de la fatigue et de la résignation ? Courons-nous aussi le risque d’épuiser l’huile de notre foi et celle de la joie ? Soyons vigilants !

François, Pape.

15 Oct 2014.

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Le Christ vient pour l'homme perdu et qui ne peut plus coopérer !

18 Octobre 2014, 09:49am

Publié par Fr Greg.

Le Christ vient pour l'homme perdu et qui ne peut plus coopérer !

Il y a une tentation dans l'Eglise, et qui ressurgit avec le synode sur la famille et la question des divorcés-remariés, celle de croire que le Christ attend notre conversion pour venir à nous! Comme si le premier pas venait de nous, qu'il fallait se purifier pour acceder enfin aux sacrements! 

 

Il suffit d'entendre les analyses de certains cathos qui se font les défenseurs acharnés du  droit canon, sans comprendre qu'il s'agit d'une pratique, d'un moyen éducatif, et que ce n'est pas du tout au même niveau que le mystère divin qui nous est donné à vivre. Et ils insistent en montrant que permettre l'accès aux sacrements à "n'importe qui" reviendrait à accepter et légitimer ipso facto toutes situations 'irrégulières'.

 

Mais, pourquoi dire que l'accès aux sacrements serait légitimer toutes états de vie? C'est déjà une énorme confusion que de mettre nos états de vie, nos errements, nos fautes au même niveau que le don du Christ! C'est encore plus énorme que de vouloir que notre attitude et pratique morale soit la condition pour vivre de son don! On retrouve là la tentation manichéene, perfectioniste, religieuse et moralisatrice des grands inquisiteurs qui veulent 'sauvegarder l'ordre moral'! C'est rester à la porte de l'evangile que cela; c'est fermer le chemin du ciel qui vient à nous! En effet, communier c'est laisser Dieu s'emparer de moi, et ce n'est pas au même niveau que mes ornières et fautes morales, prudentielles, mes vices et mes états de péchés, que d'ailleurs le Christ veux lui-même porter. Mais non, pour les défenseurs de l'ordre catéchétique, "je règle mes problèmes et ensuite je me permets d'avancer vers le Christ... Je passe au lavage (confessions) et ensuite je peux me laisser aimer..." c'est réthoriquement et humainement louable. Mais ce n'est pas la pédagogie du Christ!

 

Le problème est en fait très mal posé: il ne s'agit pas de savoir si l'Eglise reconnait les divorcés remariés, ou change de doctrine, mais si une personne en état de 'faute', de péché, -ce qui est le cas de tout homme vivant sur terre- peut s'approcher du Christ, ou plutôt laisser le Christ s'approcher de lui! recevoir un sacrement, c'est se laisser transformer par le Christ: ce n'est pas légitimer nos trucs tordus! comme ce que fait la femme pécheresse dans l'évangile, le bon larron etc.

 

Et la miséricorde n'est pas du laxisme: c'est affolant de dire cela! le Christ vient pour tout homme pécheur: aucun en son état n'a 'droit' au Christ, aux sacrements; Montrer le chemin idoine voulu par Dieu à l'origine dans l'amour (fidélité au conjoint par exemple) ne signifie pas que ceux qui sont 'en dehors' du chemin (nous tous depuis la faute originelle) ne sont pas rejoint par le Christ: c'est le sens même de l'incarnation qui serait remis en cause!

L'origine de cette confusion est une compréhension 'religieuse' (l'homme qui tend vers Dieu) et non chrétienne du sacrement (Dieu qui vient se donner gratuitement à l'homme tel qu'il est) de cette présence excessive du Christ pour nous.

L'Eglise douane du Christ ou maison du Père? Relisons le Fils prodigue... ou le bon samaritain: qu'a fait cet homme dans le fossé pour être ramassé? Nous sommes tous dans le fossé, inconscient. C'est le Christ qui vient nous prendre tel qu'on est

Mais, l'excès de miséricorde est de trop pour les hommes; Jésus holocauste d'amour, donné en nourriture à tout homme, ça c'est insupportable pour le pharisien, l'idéologue ; c'est trop d'amour; Les pharisiens haïssent la miséricorde, la bonté excessive qui se donne aveuglément...

La miséricorde -le mystère de l'incarnation- est sans notre consentement: ça s'impose ! (cf Vat II, Gaudium et spes n°22. On n'a pas le choix! Cf Somme Théologique, IIIa pars, Q1 & Q2.) Autre le pardon des fautes, autre le don de Dieu qui s'impose à nous et qu'on ne reçoit pas si on le refuse volontairement! Ainsi quand je me confesse, Dieu comme Père n'a pas attendu que je lui demande pardon pour me pardonner, -comme l'amour qui s'impose en nous, l'effet en nous de l'attraction de l'autre- mais pour que l'amour aille jusqu'au bout, il faut qu'il s'incarne dans un geste: là l'amour peut prendre toute la personne -telle est la place du sacrement ou j'exprime dans un choix, que je veux que l'amour prenne tout en moi, qu'il ne reste pas 'embryonnaire' pour qu'il exerce toute sa puissance; cela réclamera ensuite, pour qu'il se déploie, que je corrige autant que possible mes désordre, en m'appuyant sur sa puissance, son efficacité, son effectivité: le sacrement est donc premier et dernier, avant toute coopération et il est ce qui coopère en moi à me rectifier; le refuser à quelqu'un -sous prétexte de désordre- c'est donc l'empêcher de coopérer.

 

Ainsi, malgré ce qu'on croit trop souvent, la liberté humaine n'est pas première: on n'est pas libre d'exister, de respirer, d'être homme ou femme, de naitre dans tel pays, à telle époque, dans telle culture, de recevoir telle éducation, d'être telle personne (âme) d'avoir telle capacité physique (corps)... je suis d'abord 'libre' d'accepter ou de refuser ce qui s'impose à moi, ensuite d'orienter ce donné, de le faire progresser ou non...

 

La miséricorde s'impose: c'est un don qui nous met à la taille de Dieu, et c'est encore une miséricorde que notre réponse. C'est pour cela que Dieu permet le péché originel, il s'en sert pour nous entrainer dans un don qui va plus loin que la première création: "Ô bienheureuse faute qui nous a valu un tel sauveur!" C'est en cela que sa miséricorde ne permettra pas non plus que notre refus soit absolu (dixit St Augustin repris par St Thomas) La miséricorde est donc plus qu'une pitié que les cathos bien satisfait d'eux-mêmes appellent 'dangereuse': c'est un don excessif, de trop, qui s'impose, au delà de notre conscience et de notre coopération; c'est anti-éducatif, c'est de trop pour nous! Oui: trop de bonté, trop de gratuité puisque c'est à la taille de Dieu. Et c'est cela la vérité: c'est que Dieu est Père: pure source, pure attraction, pure bonté !

 

Fr Grégoire.

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Un déluge de bleu

17 Octobre 2014, 09:32am

Publié par Fr Greg.

Un déluge de bleu

Ne parlons pas de Dieu. Nous ne dirions que des bêtises. Laissons le plutôt parler de lui, à sa manière étrange. Il se sert des roses, des catastrophes des nuits d’été. Il se sert de tout. J’ai vu un punk, invité à manger, proposer de faire la vaisselle : un ange avec un collier de cadenas et une mèche iroquoise. Dieu se sert aussi des livres. Si nous ne mourons pas tout de suite à notre naissance, c’est parce qu’une présence silencieuse vient à notre secours. C’est ce genre de présence que nous recherchons en ouvrant un livre. Les vraies phrases se détachent de leur auteur, volent dans la nuit qu’elles éclairent. Géronimo a mal au dos est un livre de Guy Goffette. Une vision sortie d’une de ses pages flotte depuis quelques mois dans mon cerveau : une salle à manger chez les pauvres. Elle brille mieux qu’un meuble passé à la cire surnaturelle par Vermeer. Cette salle est si propre qu’on a interdiction d’y entrer toute l’année. Elle est en souffrance. Belle, parfumée à la cire, lumineuse. Et en souffrance. Elle ne sert qu’une fois, pour la mort du père. On met le corps dans cette salle. La pensée de cette pièce vide me bouleverse. 

Allez savoir pourquoi. Peut-être cet espace ébloui, vierge de toute poussière sentimentale, est-il une image juste de notre cœur ? Le ménage, c’est une affaire d’anges, n’est-ce pas. Il y a deux sortes d’anges dans nos villes, les femmes de ménage et les éboueurs. Invisibles comme il se doit. Le monde se plaît à maltraiter ses anges. Une salle claire, avec au milieu une longue table de bois, et sur la table un mort impérial (tous les morts deviennent rois de Naples) : cette image insiste, revient, survit à ma lecture. Peut-être parle-t-elle de l’éternel à sa façon ? Il y a dans notre cœur un espace si pur que nous n’y entrons jamais. C’est d’ailleurs ce qui nous sauve : le meilleur de nous est hors de notre portée. Et en même temps si proche. Depuis 60 ans, un poème inédit de André Dhotel fait son travail de chuchoteur. Il est écrit au crayon sur la porte du grenier d’une maison de Mont-de-Jeux, dans les Ardennes. Dhotel y passait les vacances d’été. Le poème parle de la guerre. Pour le protéger, on l’a mis sous une vitre encadrée par une baguette de bois. Le texte est comme son auteur, sans prétention. On devrait toujours se méfier des humbles. En un seul mot ils délivrent toutes les forces du ciel, et c’est un déluge de bleu sur la vie. Le grenier de cette maison ardennaise protège une des plus belles prières jamais écrite, une supplique à Dieu distrait. Un corps dans une pièce si pauvre que le soleil est flatté d’y entrer, un poème oublié dans une maison de Mont-de-Jeux : il n’y a que la mort et la beauté pour entrer dans les lieux fermés du cœur. Le poème avance en boitant vers sa fin. J’ai sursauté en découvrant les derniers mots : une déflagration de douceur. Le lecteur invente son livre, le croyant invente son Dieu : « Seigneur, ne partez pas sans laisser d’adresse et ressuscitez d’abord les enfants »

Christian Bobin. 

@Le Monde des religions.

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Docilité

16 Octobre 2014, 09:29am

Publié par Fr Greg.

Docilité

Ce que la grande sainte Thérèse nous apporte, c’est la docilité à l’Esprit Saint ; et la docilité à l’Esprit Saint nous conduit toujours à l’oraison, parce que ce que l’Esprit Saint désire nous enseigner, nous apprendre, c’est bien ce grand mystère de l’oraison, c’est de recevoir la parole de Jésus d’une manière toute divine, de l’intérieur, et non pas comme une parole étrangère. La parole de Jésus pour nous est une parole qui est plus la nôtre que celle de n’importe quel théologien ou spirituel, parce que Jésus est plus intime à nous-même que nous ne sommes intimes à nous-même. (…)

L’oraison, c’est bien entrer par la porte étroite dans le mystère du Père ; c’est bien découvrir, par tout ce que Jésus nous dit dans l’Evangile, cette intimité, ce silence divin et éternel, l’attraction que le Père exerce sur son Fils bien-aimé. Cette attraction, Jésus veut nous la donner pour que nous comprenions de mieux en mieux son appel sur nous. (…)

Supplions la grande Thérèse de nous donner cette pureté dans nos désirs, cette limpidité dans notre oraison, pour que ce soit le Père, sa volonté, qui nous transforme et qui nous prenne entièrement. Que Marie maintienne dans notre cœur cette fidélité à son amour.

Père Marie-Dominique Philippe, Homélie, 15 octobre 1996

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L'idéologie suprême: la foi vécue comme une évidence !

15 Octobre 2014, 09:11am

Publié par Fr Greg.

L'idéologie suprême: la foi vécue comme une évidence !

Le climat dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui est marqué par un positivisme très répandu ; nous vivons dans un monde positiviste. À cause de cela, la distinction de la sagesse et de la science n’est plus vivante ; la science se prétend sagesse et supprime donc la sagesse. Aussi, on ne comprend plus le sens et le rôle de la philosophie et on l’écarte comme inutile. Ce climat atteint même les hommes d’Église, beaucoup de théologiens et de ceux qui doivent enseigner la théologie. On le voit de multiples manières, par exemple par rapport à la parole de Dieu, soumise à l’emprise des sciences exégétiques ; par rapport à la vie théologale, que la psychologie et les sciences humaines voudraient pouvoir mesurer et relativiser ; par rapport à une conception fausse du droit et du droit canonique, selon laquelle la lettre de la loi passe avant l’esprit de la vie chrétienne dans la miséricorde, etc. Il s’agit d’une véritable négation de l’âme spirituelle et donc de l’intelligence et de l’amour dans ce qu’ils ont de plus profond. Or, seule la redécouverte d’une authentique philosophie première de ce qui est, découvrant la substance (ce qui est dans ce qu'il a de premier) et l’être-en-acte (ce pour quoi ce qui est -est-) et, grâce à ces deux principes, découvrant le problème de la personne au niveau de l’être et de l’esprit, peut nous aider à dépasser ce positivisme et redonner à l’intelligence humaine toute sa dimension.

D’autre part, on a depuis longtemps ramené la recherche intellectuelle à la connaissance de la cause formelle, des concepts et des définitions logiques. C’est ce qui a engendré le fidéisme qui aboutit à la destruction de la foi et de l’intelligence et supprime leur coopération profonde dans la sagesse théologique au service de la parole de Dieu. De fait, si toute la connaissance se réduit à la recherche de la forme et des idées, on est conduit à dire que l’intelligence humaine ne peut pas connaître Dieu, puisqu’il n’y a pas d’idée de Dieu et qu’on ne peut pas connaître ce qu’il est, sonquid. L’ontologisme de Descartes engendre directement le fidéisme et prépare l’athéisme philosophique. Car, plutôt que de se réfugier dans une attitude fidéiste, caricature de la foi, ne vaut-il pas mieux avoir enfin le courage d’affirmer que Dieu n’existe pas et redonner à l’homme (et à sa pensée) sa dignité et son autonomie ?

Cette position, qui exalte l’appréhension de la forme, oublie que le jugement (adherer à ce qui existe) peut aller plus loin que l’appréhension (ce qu'on a compris), grâce à l’amour. Et, comme nous le verrons, c’est cette redécouverte de l’amour dans ce qu’il a de plus profond qui nous permet de découvrir l’être-en-acte, cause finale de ce qui est en tant qu’il est. Sans cela, nous ne pouvons plus véritablement parler de la personne humaine, ni nous élever jusqu’à la sagesse, jusqu’à la découverte sapientiale de l’existence de la Personne première, du Créateur, Celui que les traditions religieuses nomment Dieu.

Science et sagesse, une distinction capitale

Il n’est donc pas du tout secondaire de reprendre cette recherche métaphysique pour elle-même. Saint Thomas n’a pas fait cela parce que, de son temps, il fallait surtout montrer l’authenticité d’une véritable théologie doctrina sacra. Il en a développé le caractère scientifique grâce à la philosophie d’Aristote. Mais de notre temps, il est absolument nécessaire de reprendre la philosophie première pour elle-même, étant donné le fidéisme qui imprègne l’intelligence de beaucoup de théologiens, au point que certains ont dit que l’encyclique Fides et ratio était une confirmation du fidéisme et de la position de Maurice Blondel. Au contraire, cette encyclique réclame de nous une recherche philosophique renouvelée, reprise à sa source, qui permette à la théologie de se renouveler elle-même véritablement et de se développer d’une façon plus profonde et ultime.

Étant donné donc cette poussée du positivisme et le danger du fidéisme annoncé déjà clairement par Paul VI (2), il est nécessaire de prendre très au sérieux l’affirmation de saint Thomas selon laquelle la philosophie est une sagesse et atteint par elle-même le mystère de Dieu. En fait, le positivisme et le fidéisme sont deux formes d’exaltation de la subjectivité. Dans le positivisme, qui est un triomphalisme de la science, l’homme se fait la mesure du réel par sa science. Dans le fidéisme, la critique passe avant tout ; en effet, en affirmant que l’intelligence est détruite par le péché et que seule la foi atteint la vérité, on se fait soi-même le juge de la foi.

Marie-Dominique Philippe, OPRetour à la source, I, Avant-propos

© Fayard

 

(1) Comprenons bien que nous préférons à « métaphysique » le terme de « philosophie première ». C’est le terme qu’Aristote lui-même a utilisé, alors que le mot métaphysique apparaît tardivement avec la classification des ouvrages d’Aristote. Pour Aristote, la philosophie première est le développement ultime et parfait de la philosophie dont l’objet est la connaissance de ce qui est en tant qu’il est (to on hè on). Elle se structure par la découverte des principes propres de l’être, la substance (ousia) et l’être-en-acte (energeia), et s’achève en théologie « naturelle » par la question philosophique de Dieu.

(2) Il affirmait ainsi que la recherche philosophique de Dieu devait contribuer à « dissiper la méprise d’un certain nombre de croyants qui sont aujourd’hui tentés par un fidéisme renaissant. N’attribuant de valeur qu’à la pensée de type scientifique, et défiants à l’égard des certitudes propres à la sagesse philosophique, ils sont portés à fonder sur une option de la volonté leur adhésion à l’ordre des vérités métaphysiques. En face de cette abdication de l’intelligence, qui tend à ruiner la doctrine traditionnelle des préambules de la foi », il faut rappeler « l’indispensable valeur de la raison naturelle, solennellement affirmée par le premier Concile du Vatican, en conformité avec l’enseignement constant de l’Église, dont saint Thomas d’Aquin est l’un des témoins les plus autorisés et les plus éminents » (Paul VI, « Allocution du 10 septembre 1965 aux participants du VIe Congrès thomiste international », texte français publié par l’Osservatore Romano des 13-14 septembre 1965).

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Dieu c’est nous. Une apparition

14 Octobre 2014, 08:57am

Publié par Fr Greg.

 Dieu c’est nous. Une apparition

 

 

 

La journée s’était conclue par une étrange apparition au buffet de la gare de Lyon où je buvais un verre de vin. Levant la tête, j’ai regardé dans le miroir, et tout d’un coup je me suis rencontré : je me voyais du dehors comme il est impossible de se voir. Je regardais ce monsieur qui, semble-t-il, revenait avec moi. C’était curieux : il avait sur ses traits une détermination et aussi quelque chose d’inachevé. Sur son visage, la moindre émotion s’écrivait en plein jour comme sur les visages en argile des bébés. J’ai cessé de le regarder pour ne pas le gêner. J’ai bu une gorgée de Sancerre et perdu mes yeux dans la lecture du journal qui se fanait déjà. Les yeux du monsieur qui était moi menaçaient de rouler en tous sens. Vraiment curieux. Quelques minutes auparavant dans un taxi, le chauffeur s’était mis à me parler de Dieu. Je lui avais répondu. La conversation s’était poursuivie pendant tout le trajet – une théologie vivante coupée de rires. La voiture, à l’arrivée à la gare, était remplie par les roses, les soleils et les tigres de notre échange. Par instants, l’homme me citait le Coran en arabe, puis me le traduisait, soulignant certains mots d’une main qui, lâchant le volant, battait des ailes. Nous sommes des cadavres, monsieur, me disait-il. Et les cadavres, ils ne savent pas si celui qui les approche est bon ou mauvais. Mais un cheval, lui, il sait. Si un homme de cœur vient vers lui, le cheval éclate de rire, monsieur. Et si c’est un diable, il recule. La bonne surprise, c’est pour après la mort – pourquoi la craindre puisque nous sommes des cadavres ? Nous avons parlé des âmes, de la pauvreté et des interdits. Je lui ai dit que si Dieu, par les haut-parleurs des textes sacrés, énonçait des interdits, ce n’était que pour nous protéger et donc pour se protéger, lui, puisque Dieu c’est nous. Une ivresse angélique nous prenait tous les deux. Paris devenait aussi lumineux qu’une clairière. Je regardais les couples dans les rues. Les mains des amoureux, quand elles croisent leurs doigts, chacune capturant l’autre, on dirait une corbeille de ciel. À l’arrivée, j’ai laissé un pourboire à mon frère en délires célestes. Il s’est tourné vers moi, son visage n’était que vérité quand il m’a dit : chaque fois qu’un client me donne un pourboire je ne le garde pas pour moi, je le donne à un pauvre. Et c’est quelques minutes après cette extase que dans le buffet de la gare j’ai entrevu le monsieur qui était moi dans la glace, son visage d’argile mouillé par toutes sortes de sentiments, vaguement affolé. Une tête encore dans les mains du potier, pas finie. Je n’en dis pas plus. Je crois bien qu’il est là, dans ma maison. Je ne veux pas le déranger. Il écrit sur sa journée à Paris.

Christian Bobin.

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Eloge du Vide

13 Octobre 2014, 09:52am

Publié par Fr Greg.

Eloge du Vide

En cette rentrée 2014,  l’artiste américaine Lana Newstrom pense, du haut de ses 27 ans,  avoir l’idée de génie du siècle en vendant… de l’invisible. Pour voir l'invisible cliquez ici . Ses premières expositions ayant eu peu de succès, elle s’avise de ne rien faire mais de le faire savoir. Son expo  cartonne, avec le soutien de son galiériste : 4 oeuvres vendues pour plus de 35000 $ chacune. De l’art interactif qui obtient du spectateur ce que voulait Duchamp qui disait « ce sont les regardeurs  qui font les tableaux ».  Et qui réalise le rêve de l’hyper finance : vendre le néant à prix d’or. Un observateur en conclut qu'il est plus facile de critiquer quand on peut voir l'oeuvre… autrement dit, le vide, lui, prête peu le flanc à la critique : quel serait un « mauvais vide » ? Un néant défectueux ? Un rien erroné ? Contrairement aux apparences, il est possible que Paris ait eu la primeur d’un néant  monumentalement  raté.

 L’art contemporain excelle à réinventer le fil à couper le leurre tous les 4 matins. On se rappelle qu’Yves Klein avait exposé le vide dans la Galerie d’Iris Clert dès 1958… quelques disciples et épigones plus tard, le centre Pompidou avait organisé, en 2009, une rétrospective du vide, une première mondiale nous assurait-il : 9 salles entièrement vides et un catalogue de 500 pages. Mais pourquoi 9 salles ?  Est-ce pour la symbolique du chiffre neuf ? En quoi ces 9 vides sont-ils différents ?Parce que les artistes ne sont pas parvenus au néant de la même manière, pardi ! Prenez 9 bocaux identiques : dans l’un il y a des cornichons, dans un autre des clous, dans le 3ème de petits cailloux etc. Videz-les. Le premier vide est censé vous inspirer des sensations gustatives, le second des souvenirs piquants et douloureux, le 3ème avec un peu d’imagination vous conduira au petit Poucet etc. Notez la richesse du vide, inépuisable, quand les mots s’en emparent, opposé au désarroi du béotien confronté à neuf salles vides dans un musée dont il est le financier obligé…le visiteur se sent soudain une parenté shakespearienne avec le roi Lear : « nothing come from nothing » a-t-il envie d’hurler…

Mais  les initiés (maintenant vous l’êtes) à la richesse de signification du vide, ne peuvent, eux, que déplorer la timidité  Beaubourienne, la pingrerie du Centre Pompidou si chiche de son vide intérieur : quoi, neuf petites salles seulement pour un projet si grandiose ! Cela s’appelle gâcher une première mondiale ; c’est tout Beaubourg qu’il eut fallu vider pour montrer, avec courage, ce que la politique culturelle officielle avait dans le ventre.

Lana Newstrom est un de ces leurres qu’affectionne internet … mais qui manquent singulièrement de pédagogie… De qui Lana Newstrom est-elle le nom ? Incontestablement de toute une mouvance de l’AC, mais le hoax montre que le discours a changé. Klein justifiait sa quête d’immatérialité par les théories Rose+Croix. Le jeune Buren refusait d’exposer car  l’oeuvre dématérialisée se voulait un vertueux contournement du système mercantile. Notez qu’aujourd’hui ceci ne serait plus crédible, il faut, pour être entendu, afficher 35000 $, au moins.
La réalité a depuis longtemps dépassé la fiction : l’exposition de
 Klein cliquez, celle de Buren cliquez, (et déroulez jusqu'à la dernière image), la rétrospective sur le Vide au centre Pompidou cliquez , n’ont pas fait l’objet du même buzz… dommage…

Christine Sourgins 

Christine Sourgins.

 

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Dieu?

11 Octobre 2014, 09:22am

Publié par Fr Greg.

Dieu?

 

Dieu c’est le nom de quelqu’un qui a des milliers de noms. Il s’appelle silence, aurore, personne, lilas, et des tas d’autres noms, mais ce n’est pas possible de les dire tous, une vie entière ne suffirait pas et c’est pour aller plus vite qu’on a inventé un nom comme celui-là, Dieu, un nom pour dire tous les noms, un nom pour dire quelqu’un qui est partout, sauf dans les églises, le  mairies, les écoles et tout ce qui ressemble de près ou de loin à une maison. Car Dieu est dehors, tout le temps, par n’importe quel  temps, même l’hiver, et il s’endort dans la neige et la neige pour lui se fait douce, elle ne lui donne que sa blancheur avec quelques étoiles piquées dessus, elle garde pour elle la brûlure du froid. Dieu n’a pas de maison, il n’en a pas besoin et d’ailleurs lorsqu’il voit une maison, il ouvre les portes, déchire les murs, brûle les fenêtres et c’est tout qui entre avec lui, le jour, la nuit, le rouge, le noir, tout et dans n’importe quel ordre, et alors, alors seulement, les maisons deviennent supportables, alors seulement on peut les habiter, puisqu’il y tout dedans, le soleil, la lune, la vie très folle, la douceur très grande de la folie, les yeux pervenche de la folie. Et Dieu repart ailleurs, toujours ailleurs : à force de traîner les chemins, de s’endormir partout, dans les sources, dans les fougères, dans le nid des mésanges ou dans les yeux des tout- petits, Dieu a une drôle d’allure, vraiment. Lorsqu’il n’ouvre pas toutes grandes les portes, Dieu ne fait rien. Ce serait là son métier : ne rien faire. C’est un métier très difficile, il y a très peu de gens qui sauraient bien le faire. Dieu, lui, fait cela très bien. De temps en temps pour se reposer, il s’arrête de ne rien faire : alors il fait des bouquets : il cueille toutes les lumières du monde, même celle des orages et des encriers, il en fait des bouquets mais ne sait à qui les offrir. Ou bien il met un coquillage tout contre son oreille et il écoute des musiques, toutes les musiques du monde, longtemps il écoute et c’est comme un  flocon dedans son cœur, un tourment d’écume, le premier âge de la mer, l’immensité de la mer dedans son cœur et Dieu se met à rire et Dieu se met à pleurer, parce que rire ou pleurer, pour Dieu c’est pareil, parce que Dieu est un peu  fou, un peu bizarre. Et si on lui demande ce qu’il a, il dit qu’il ne sait pas, qu’il ne sait rien, qu’il a tout oublié le long des chemins, et qu’il a perdu la tête, perdu son ombre, qu’il ne sait plus son nom. Et puis il  rit, et puis il pleure, et il s’en va et il  s’en vient, et c’est le jour, puis c’est la nuit, et puis voilà, c’est toujours comme ça, toujours, chaque jour.

 

Chritian Bobin, Souveraineté du vide.

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Les mauvais pasteurs chargent sur les épaules des gens des fardeaux insupportables qu’eux-mêmes ne déplacent pas même avec un doigt

10 Octobre 2014, 09:43am

Publié par Fr Greg.

Les mauvais pasteurs chargent sur les épaules des gens des fardeaux insupportables qu’eux-mêmes ne déplacent pas même avec un doigt

le prophète Isaïe et l’Évangile utilisent l’image de la vigne du Seigneur. La vigne du Seigneur est son “rêve”, le projet qu’il cultive avec tout son amour, comme un paysan prend soin de son vignoble. La vigne est une plante qui demande beaucoup de soin !

Le “rêve” de Dieu c’est son peuple : il l’a planté et le cultive avec un amour patient et fidèle, pour qu’il devienne un peuple saint, un peuple qui porte beaucoup de fruits de justice.

Mais, aussi bien dans la prophétie ancienne que dans la parabole de Jésus, le rêve de Dieu est déçu. Isaïe dit que la vigne, si aimée et soignée, « a produit de mauvais raisins » (5, 2.4), alors que Dieu « attendait le droit, et voici le crime ; il attendait la justice, et voici les cris» (v.7). Dans l’Évangile, au contraire, ce sont les paysans qui ruinent le projet du Seigneur : ils ne font pas leur travail, mais ils pensent à leurs intérêts.

Jésus, dans sa parabole, s’adresse aux chefs des prêtres et aux anciens du peuple, c’est-à-dire aux “sages”, à la classe dirigeante. Dieu leur a confié de façon particulière son “rêve”, c’est-à-dire son peuple, pour qu’ils le cultivent, en prennent soin, le protègent des animaux sauvages. Voilà la tâche des chefs du peuple : cultiver la vigne avec liberté, créativité et ardeur.

Jésus dit que pourtant ces paysans se sont emparés de la vigne ; par leur cupidité et leur orgueil, ils veulent faire d’elle ce qu’ils veulent, et ainsi ils ôtent à Dieu la possibilité de réaliser son rêve sur le peuple qu’il s’est choisi.

La tentation de la cupidité est toujours présente. Nous la trouvons aussi dans la grande prophétie d’Ézéchiel sur les pasteurs (cf. ch. 34), commentée par saint Augustin dans son célèbre discours que nous venons de relire dans la Liturgie des Heures. Cupidité d’argent et de pouvoir. Et pour assouvir cette cupidité, les mauvais pasteurs chargent sur les épaules des gens des fardeaux insupportables qu’eux-mêmes ne déplacent pas même avec un doigt (cf. Mt 23, 4).

Nous aussi, au Synode des Évêques, nous sommes appelés à travailler pour la vigne du Seigneur. Les Assemblées synodales ne servent pas à discuter d’idées belles et originales, ou à voir qui est le plus intelligent… Elles servent à cultiver et à mieux garder la vigne du Seigneur, pour coopérer à son “rêve”, à son projet d’amour sur son peuple. Dans ce cas, le Seigneur nous demande de prendre soin de la famille, qui depuis les origines est partie intégrante de son dessein d’amour pour l’humanité.

Nous sommes tous pécheurs, et à nous aussi, peut arriver la tentation de “nous emparer” de la vigne, à cause de la cupidité qui ne nous manque jamais à nous, êtres humains. Le rêve de Dieu se heurte toujours à l’hypocrisie de quelques-uns de ses serviteurs. Nous pouvons “décevoir” le rêve de Dieu si nous ne nous laissons pas guider par l’Esprit Saint. Que l’Esprit nous donne la sagesse qui va au-delà de la science, pour travailler généreusement avec vraie liberté et humble créativité.

Frères, pour cultiver et bien garder la vigne, il faut que nos cœurs et nos esprits soient gardés en Jésus Christ dans la « paix qui surpasse tout ce qu’on peut concevoir », comme dit saint Paul (Ph 4,7). Ainsi nos pensées et nos projets seront conformes au rêve de Dieu : se former un peuple saint qui lui appartienne et qui produise des fruits du Royaume de Dieu (cf. Mt 21, 43).

François, Pape.

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