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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Pour vivre heureux vivons cachés...

30 Juin 2014, 07:02am

Publié par Fr Greg.

Pour vivre heureux vivons cachés...

«Pour vivre heureux vivons cachés.» On pouvait croire cette maxime tombée dans l’oubli. Pourtant, après des années de revendication d’«extimité» – notion utilisée par Serge Tisseron en 2001 qui s’oppose au désir d’«intimité» (1) –, le charme de l’ombre semble séduire. Dans notre civilisation de l’image et de la communication, ce retour en grâce de la discrétion ne manque pas de surprendre, tant cette vertu au délicat parfum de violette semblait être tombée en désuétude.

Pourtant ces derniers mois, des livres vantant «la force» ou «la revanche» des discrets se sont posés sans bruit sur les rayons des libraires (2). Auteur de La Discrétion ou l’art de disparaître, le philosophe Pierre Zaoui, participe à cette réhabilitation et y voit «une forme heureuse et nécessaire de résistance» dans une société «qui valorise le paraître et les confessions à grand spectacle». En accord avec ses propos, le philosophe cultive aussi à titre personnel l’art de l’effacement, puisque, contacté parLa Croix, il décline toute interview !

Il n’est pas le seul à se cacher derrière son œuvre. Très appréciés des adolescents, des groupes de rock français parmi les plus populaires du moment – Daft Punk, Cascadeur, Fauve – font entendre leur voix, en cultivant un certain mystère, sans que l’on sache s’il s’agit d’un goût du secret ou d’une stratégie marketing bien huilée : les deux premiers cachent leur visage sous un casque, les troisièmes valorisent le travail «collectif» et choisissent de rester dans la pénombre, même sur scène.

Également très apprécié des jeunes, Banksy est le pseudonyme d’un artiste peintre dont on ne connaît ni le véritable nom ni le visage. Les reproductions de ses fresques, taguées sur les murs des villes du monde, tapissent les murs des chambres d’adolescents ou les fonds d’écran de leurs ordinateurs.

À TROP SE MONTRER, A-T-ON FINI PAR SE PERDRE ?

Assiste-t-on à un retour de balancier après des années d’exposition et de communication tous azimuts ? Certes les débuts de ce XXIe  siècle ont été marqués par un «grand déballage». En plaçant un groupe de jeunes gens enfermés dans un vaste appartement sous l’œil des caméras en 2001, la première édition de l’émission de M6, «Loft Story» a marqué un premier pas dans la surexposition de l’intime. On verra ensuite des familles désemparées témoigner de leurs difficultés éducatives sous la férule d’une «SuperNanny». Les névroses en tout genre seront aussi révélées sans pudeur sur le plateau de «Ça se discute».

La déferlante Facebook entérinera l’impératif moderne de transparence. À partir de 2006, chacun pourra partager des informations qui relevaient auparavant de la sphère privée, avec des «amis» issus d’univers jusqu’alors imperméables : jamais, on n’aurait imaginé montrer ses photos de famille à ses collègues de bureau, ou suivre au jour le jour la vie sentimentale de ses enfants, voire de ses petits-enfants…

À trop se montrer, a-t-on fini par se perdre ? Des signes témoignent que l’on redécouvre peu à peu les vertus d’une certaine opacité, voire du secret. «Ma fille de 20 ans vient de rencontrer un garçon qui lui plaît. Il n’est pas inscrit sur Facebook. Pour elle, c’est une preuve de maturité, d’élégance. De mystère aussi… Pourtant, il n’y a pas si longtemps, elle y passait beaucoup de temps !», raconte une mère. 

Sur Facebook, les adolescents et jeunes adultes ont tendance à réduire le nombre de leurs «amis», voire à délaisser ce réseau social truffé d’«espions» potentiels, les parents y étant de plus en plus présents. Les adolescents privilégient d’autres formes de communication et de réseaux sociaux à l’abri du regard des adultes qui ne les ont pas encore investis : très prisé, Snapschat permet par exemple de partager des photos de manière éphémère. Ainsi, ils apprennent à cloisonner, ce qui nous rappelle que discrétion vient du latin discretio, qui signifie différence, discernement, séparation…Selon le Petit Robert, une personne discrète «témoigne de la retenue, se manifeste peu dans les relations sociales, n’intervient pas dans les affaires d’autrui. N’attire pas l’attention, ne se fait guère remarquer. Sait garder les secrets qu’on lui confie.» Une vertu bien silencieuse glorifiée au XIXe  siècle – elle fait le charme des héroïnes de la romancière Jane Austen – mais de nos jours évoquée sur un mode négatif dès qu’il s’agit d’éducation…

LES ENFANTS DISCRETS NE MANQUENT PAS FORCÉMENT DE CONFIANCE EN EUX

«Dans le mot “discret” on entend le même son que dans “dys”-fonctionnement ou “disparition”… ça commence mal !», s’amuse Emmanuelle Rigon, psychologue et auteur de J’ose pas, je suis trop timide, aux Éditions Albin Michel. Largement véhiculée dans les médias au cours des dernières décennies, la psychanalyse qui a vanté les vertus de la parole a sans doute sa part de responsabilité dans cette désaffection pour cette qualité devenue le signe d’une bonne éducation un peu datée : le fameux « charme discret » de la bourgeoisie…

«Sous prétexte qu’il faut laisser leur enfant s’exprimer, les parents pensent parfois que leur enfant risque de ne pas s’épanouir si on lui demande de parler moins fort ou de ne pas intervenir à tout propos. Du coup, le silence est interprété comme une rétention, voire comme une hypocrisie, ou une forme de lâcheté. Mais on peut avoir des opinions sans forcément les clamer sur les toits. On peut être discret sans être timide ou introverti… Les enfants discrets ne sont pas forcément des enfants isolés ou manquant de confiance en eux. Ils recueillent souvent les confidences des autres qui leur font confiance. C’est une force», explique la psychologue. 

Ce qui n’empêche pas l’élève « trop discret » d’être régulièrement épinglé par ses enseignants sur les bulletins scolaires, qu’il s’agisse d’un manque d’implication, de motivation, de participation ou d’un réel problème d’absentéisme.

Pourtant, la discrétion possède bien des atouts, observe Pierre Zaoui dans son ouvrage, en permettant notamment le lâcher-prise. «Se faire subitement discret, c’est abdiquer pour un moment toute volonté de puissance», écrit-il. Un exercice à pratiquer « à discrétion ». C’est-à-dire, paradoxalement, autant qu’on le veut.

………………..  

ILS ONT DIT… 

«La première règle est de parler avec vérité, la seconde est de parler avec discrétion» , Blaise Pascal. 
«Le silence est un ami qui ne trahit jamais», Confucius. 
«La discrétion est la seule vertu qui souffre l’excès, sans en souffrir», Marcel Jouhandeau. 
«C’est une chose précieuse qu’une langue dont la discrétion est sûre» , Euripide. 
«La sincérité est de verre ; la discrétion est de diamant» , André Maurois. 
«Vous reconnaissez l’amitié d’un homme ou d’une femme à sa discrétion» , Christian Bobin. 
«Quand on commet une indiscrétion, l’on se croit quitte en recommandant à la personne d’être plus discrète qu’on ne l’a été soi-même» , Jules Renard. 
«La discrétion a ses mérites, mais à trop forte dose, elle peut être fatale» , Paul Auster. 
«Donner avec ostentation, ce n’est pas très joli ; mais ne rien donner avec discrétion, ça ne vaut guère mieux» , Pierre Dac. 
«J’ai la plus grande confiance dans votre indiscrétion» , Sydney Smith.

http://www.la-croix.com/

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La racine de la vie c'est la contemplation (III)

29 Juin 2014, 07:29am

Publié par Fr Greg.

La racine de la vie c'est la contemplation (III)

Que retenez-vous de l’enseignement de l’Évangile ?

Être heureux, c’est être présent. Et je ne sais pas de présence plus vivante que celle qui passe dans les évangiles. C’est aussi simple que ça, le lien est direct. être heureux ne veut pas dire ne plus rien souffrir, être épargné. Il y a comme un tout petit fil d’or de la vie qui circule dans les évangiles, et qui est aussi dans nos veines. Et les évangiles permettent de le retrouver en nous. Ce sentiment donne une certaine légèreté de la vie, qui ne vous quitte pas, malgré les obstacles, malgré les erreurs, malgré les impasses, malgré l’adversité, malgré la mort certaine, à venir. Il y a quelque chose qui n’est démenti par rien, comme un bruit de source, comme un chant d’oiseau qui ne se laisse pas convaincre par le crépuscule, il y a quelque chose dans la vie qui ne s’éteint jamais et dont on peut trouver l’éclat dans les évangiles, plus que dans aucun autre livre. On peut trouver aussi cet éclat en nous, car je pense qu’on le porte en nous. Je pourrais dire que paradoxalement, la vie la plus sainte serait la plus heureuse, et inversement, que la vie la plus heureuse serait la plus sainte.


Comment interprétez-vous le Sermon sur la montagne ?

Ce sermon est extraordinaire, car c’est comme si la main de l’ange prenait la terre entière et la renversait comme un sablier : toutes les valeurs sont renversées. Si on le lit avec bienveillance et en oubliant à peu près tout ce que l’on croit savoir, si on le découvre comme pour une première fois, comme s’il venait d’être dit, on comprend que la vraie surabondance, c’est d’être dépouillé et ainsi de suite. Je pense qu’il n’y a pas d’interprétation particulière : un cœur simplifié va comprendre tout de suite, je crois. Ca parle au plus profond, et le plus profond, c’est le plus simple, et le plus simple ne demande pas à être interprété. Il suffit de se rendre assez simple pour faire résonner tous les tambours de cette parole, pour les entendre soi-même.


Quel rapport entretient votre écriture à la nature ?

On ne sait pas toujours ce que l’on fait, on n’est pas toujours le meilleur spectateur, le meilleur lecteur de sa propre écriture. C’est certain que la parole de la nature est toute droite. Si on regardait vraiment la moindre fleur des champs, on aurait honte. Parce que si on la regarde, on voit immédiatement sa générosité. C’est incroyable cette endurance qu’ont les fleurs, dans les prés, jour et nuit. Regardez, je suis enrhumé, un rien m’a enrhumé, mais elles, elles n’ont pas le choix, elles sont là et elles subissent tout. L’avalanche des étoiles, la tourmente des vents, le silence total, l’abandon, la sécheresse, les intempérances du soleil, elles supportent tout et elles continuent de proposer quelque chose de magnifique et de très secret.

Mais c’est un secret qui est exposé au vu et au su de tous. C’est quelque chose de très précieux et de très secret qui est proposé au premier promeneur venu. Il n’y a pas de livre plus riche que celui des forêts, des prés, des campagnes, voire même des jardins, voire même - car c’est un peu ma fleur emblématique, fétiche - les pissenlits, qui réussissent à pousser par les fissures des trottoirs des rues. Il n’y a pas de livre plus riche que celui-là et c’est une parole qui est illuminée, très modeste, très profonde et qui ne désespère pas de ne pas être lue.


C’est une parole qui attend qu’on l’entende, tout simplement. C’est le livre le plus profond qui soit. Et on l’a toujours à disposition, même dans une ville comme Paris : il suffit de lever la tête, on a toujours du ciel et il y a énormément à lire, à entendre et à recevoir de cette incroyable légèreté, de cette allure insouciante des nuages qui passent par-dessus les immeubles hausmanniens. Les nuages passent, les immeubles restent, mais ce sont les nuages qui, parce qu’ils passent, disent la chose la plus importante.

Christian Bobin

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Festival Avignon Sélection Famille Chrétienne

28 Juin 2014, 07:08am

Publié par Fr Greg.

Festival Avignon                                                                Sélection Famille Chrétienne

 

À côté du festival « in », le diocèse d’Avignon propose plusieurs spectacles méditatifs de qualité. Notre sélection.

http://www.famillechretienne.fr/loisirs/sorties/du-minuscule-et-de-l-imprevisible-143461ARTICLE | 16/06/2014 | Numéro 1901 | Par Diane Gautret

 

Frère et prêtre de la Communauté Saint-Jean depuis vingt ans, né en 1971 dans un milieu artiste, Grégoire Plus fut longtemps missionnaire à l’étranger (Lituanie, Chicago, Philippines, Papouasie, Inde…) avant d’être appelé à Avignon où il épaule le Frère Samuel Rouvillois, chargé de la culture pour le diocèse.

Sur un coup de cœur – et non un coup de tête –, il s’est lancé l’an dernier sur les planches avec un spectacle présenté au festival « off » 2013 et tiré d’un texte de Christian Bobin (« La Plus que Vive ») paru chez Gallimard en 1996, un an après la disparition tragique de celle qui fut, et demeure, source de vie pour le poète du Creusot. Que des mots d’amour soient dits à travers la bouche d’un prêtre ne laissa personne de marbre.

Un an après, face aux rappels répétés du public, les encouragements du milieu artistique et les tournées effectuées par la suite, ce prêtre, dont on devine à la voix une sensibilité à fleur de peau, a décidé de remettre le couvert. Il est de retour dans le festival « off » 2014 avec une création réalisée à partir de textes et d’interviews du même auteur. Boosté par l’amitié avec Christian Bobin née de ce projet, ainsi que par les longues heures de répétition aux côtés du comédien Michel Sigalla, il assume lui-même une part de création par la relecture qu’il propose des œuvres de Bobin – et la prière qu’il formule à travers elles.

« À la question : que faites-vous dans la vie, voilà ce que j’aimerais répondre, voilà ce que je n’ose pas répondre, disait Bobin : je fais du tout-petit, je témoigne pour un brin d’herbe. » Avec ce tout-petit, le Père Grégoire voit haut et grand. « Son » monologue tiré d’une prose aux accents religieux se veut une redécouverte de la vocation humaine première, dans son éblouissement originel : vocation à regarder, louer, aimer. Vocation à se sentir vivant. Vocation à savourer le temps qui passe, et non à courir derrière lui. Vocation à renaître de l’Esprit, selon les paroles évangéliques. La naissance, l’amour, la mort éternellement recommencées. Éternellement transfigurées. « Le baiser d’une lumière sur notre cœur gris »…

Diane Gautret

Du minuscule et de l’imprévisible,

du 5 au 27 juillet, relache 16 Juillet

chapelle de l’Oratoire, à 16 h 45

www.diocese-avignon.fr

 

 

Festival Avignon                                                                Sélection Famille Chrétienne

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La racine de la vie c'est la contemplation (II)

26 Juin 2014, 07:28am

Publié par Fr Greg.

La racine de la vie c'est la contemplation (II)

Que vous ont appris les philosophes sur le bonheur ?

Ils m’ont d’abord rendu heureux de les lire. Ils ne m’ont pas appris au sens d’un savoir qui pourrait être mis sur un tableau ou résumé comme ça. J’ai eu une jubilation à les lire. Les philosophes fabriquent des boîtes à outils mais le problème, c’est que ça ne marche que pour eux. C’est comme si le plombier, ses outils ne marchaient que pour lui. Les deux philosophes que j’ai le plus aimés, et que je continue à aimer, sont Kierkegaard et Spinoza. Ils sont de tonalité très différente l’un et l’autre.


Spinoza est quelqu’un de paisible, patient, lumineux, méthodique. Kierkegaard est quelqu’un d’écorché, de brutal, de vif et d’un petit peu voyou. C’est la même chose que j’aime à travers leurs différences. Ils ont tous les deux une manière très humaine de parler du spirituel, qui fait même comprendre finalement que le spirituel n’est que l’humain à son maximum, à son ouverture maximum. Ce que je pense aujourd’hui, c’est que l’esprit, ce sont deux personnes qui se parlent, mais qui se parlent vraiment. Deux personnes passantes sur cette Terre et qui se parlent. Et se parler, ça peut aussi parfois être s’affronter. L’esprit, c’est l’avènement de la plus grande humanité possible. Il ne faut pas chercher le ciel dans le ciel, il faut chercher le ciel dans le lien entre les humains, dans un courage à vivre. Le courage est important, même très important, c’est une composante essentielle d’une vie heureuse, me semble-t-il. On pourrait en nommer une autre, la patience. La patience et le courage, voilà.


Et la foi ?

Je ne sais pas trop ce que c’est. C’est un mot qui est encombré de beaucoup de choses. Je sais que cette vie n’est pas vaine et qu’elle n’est pas vouée au néant, aux ténèbres : ça serait là toute ma croyance. Cest-à-dire que par la parole, par une certaine présence à la vie, tout peut être ressuscité, tout peut être repris à la mort qui la avalé. Cest ce que je crois, est-ce une foi ? Dès qu’on met les mots de « foi », les mots de « Dieu », on se trouve tous assis dans des fauteuils Louis XV et on est un petit peu gênés aux entournures. On ne sait plus trop comment faire. J’essaie de nommer ces choses-là mais avec d’autres mots, pour les ranimer.


Je crois que c’est un devoir d’avoir un langage toujours vivant, le plus vivant possible. Je ne parle pas d’une quête désespérée et désespérante de la singularité, d’être à tout prix original, parce que cela, ce n’est rien, tout le monde peut être original. Je dis simplement qu’il n’y a aucune distinction entre le langage et le cœur. Si on éteint le langage, on éteint le cœur aussi. Et je crois que pour traverser cette vie, il faut un cœur battant et pour ça, il faut avoir un langage vif, présent, sans cesse ranimé. Ce serait peut-être un des travaux, la mission de la poésie. Peut-être, je ne sais pas si ce serait une mission, je n’aime pas trop ce mot. Ce serait une de ses fonctions : laver le langage.

Cette vie ne va pas comme un carrosse qui aurait perdu ses chevaux, elle ne roule pas dans les fossés du noir. Je le sais, je le sens, je l’éprouve et certaines pages de certains livres, certains visages, et des petits prophètes comme le merle sur son cerisier non-fleuri me confirment dans ce que je sais : les choses sont peut-être vouées à disparaître, mais elles sont aussi vouées à réapparaître autrement et à jamais.

Christian Bobin

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La racine de la vie, c’est la contemplation

24 Juin 2014, 07:25am

Publié par Fr Greg.

La racine de la vie, c’est la contemplation

Vous avez préparé, en venant, un libre propos sur le thème du bonheur, je vous laisse commencer…

J’ai pensé qu’on était tous plein de citations, un peu surnourris par les livres. Pour moi, la plus belle parole, la seule qu’au bout du compte je garderai, c’est celle qu’a dite un prêtre à Malraux. Malraux demande à ce prêtre : « Vous qui avez entendu les hommes des ténèbres, vous qui avez pu voir les ténèbres jusque dans les cœurs, quest que ça vous a appris ? ». Après un temps de silence, le prêtre a répondu deux choses : « Dune part, il ny a que des enfants, et dautre part, nous sommes tous beaucoup plus malheureux que nous le croyons. »


Et puisqu’il n’y a que des enfants, malheureux, alors il faut les consoler : ce que l’on appelle le bonheur, c’est tout simplement une consolation, mais une consolation non-illusoire, qui s’appuie sur le réel. Il me semble que la plus belle consolation, c’est de regarder ce qu’il y a en face de nous, qui vient ; de regarder ce qui existe, sans chercher à le voiler ou à l’occulter, par nos projets, par nos idées, par notre mental, voire même par nos espérances. Simplement regarder ce qui est : cest la porte ouverte à la vie la plus heureuse qui soit.


La racine de la vie, c’est la contemplation, pas l’action. La vie heureuse, pour moi, a la forme d’un livre ouvert. Les choses, les visages, les nuages, les paroles même viennent à nous pour être déchiffrées, et l’état de vivant est l’état de lecture, qui ne passe pas forcément par un livre mais par l’attention extrême à ce qui nous fait face.


Je pourrais donner un exemple récent, je crois qu’il faut toujours donner des exemples ou appuyer ce que l’on dit sur un socle d’images ou de visions : il y a quelque temps, je suis sorti d’une maison de retraite, et à la sortie de cette maison, il y avait un cerisier, dont le bois était encore noir, car le printemps n’était pas encore venu. Et sur une des branches de ce cerisier, au moment où je suis passé, un merle s’est mis à chanter. Toutes les eaux du Paradis sortaient de sa gorge, inondaient la terre. J’ai assisté, pendant quelques secondes, en l’écoutant, à la défaite de tous les nihilismes. Et ce que j’appelle être heureux, c’est juste avoir essayé d’attraper ces anges qui passent et qui ont des tas de formes. En l’occurrence, là, il avait la forme d’un merle, et du chant vital, de la profonde vitalité d’un tout petit être comme ça, qui valait plus que dix mille prières.


La poésie est la seule voie d’accès au réel, la voie la plus profonde et la seule. La poésie n’est pas un genre un peu vieillot au fond, c’est une affaire vitale et c’est la vision même de cette vie mortelle, qui passe, et qui passe à travers nous. C’est une manière de la saluer. Et la poésie n’est pas seconde, elle ne vient pas après coup, c’est-à-dire que ce n’est pas un arrangement, on ne cherche pas à faire joli. Dans l’Église orthodoxe, un voile sépare les fidèles de l’invisible, au fond de l’église. Et bien je pense que ce voile qu’on a sous les yeux tout le temps, c’est le voile même des apparences, qui parfois se déchire. Et je crois que la poésie passe par cette déchirure. C’est être là à l’instant même où ça s’ouvre.


Il y a une phrase de Pascal, qu’on a trouvé dans son mémorial, qu’il avait cousu dans son pourpoint, c’était une sorte d’extase ou d’illumination qu’il a eue, qu’il a daté - il a même donné le temps exact où ça s’est passé, de 10 heures à minuit. Ce mémorial de Pascal se termine par une phrase sublime, une phrase qui donne ce qu’elle dit, c’est-à-dire qu’elle donne une joie très profonde aux yeux de celui qui la lit, dans les yeux et dans le cœur. Elle dit ceci, exactement : « Éternellement en joie, pour un jour dexercice sur Terre. » Le seul fait davoir éprouvé la pointe du vivant donne une joie. Et pourtant, savoir qu’on est vivant, c’est savoir qu’on va disparaître. Mais paradoxalement, cette fleur même de l’instant, cette haute conscience brûlante de la vie passagère est un accès au plus éternel et donne un état paisible, donne une paix qui ensuite demeure par-dessous tous les accidents de la vie.

Christian Bobin

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L'amour de Dieu pour nous nous fait entrer dans le plus grand dépouillement possible...

23 Juin 2014, 07:26am

Publié par Fr Greg.

L'amour de Dieu pour nous nous fait entrer dans le plus grand dépouillement possible...

  Dans l’Eucharistie, tout est très dépouillé ! C’est un dépouillement extraordinaire, parce qu’on passe d’un symbolisme religieux à une réalité divine de pur amour. L’amour simplifie tout et réclame une très grande simplification. C’est pourquoi ceux qui ne sont pas à ce même niveau d’amour risquent toujours de considérer que cela n’a plus de signification. L’Eucharistie est un sacrement d’amour au sens le plus fort, d’amour divin. C’est pour cela qu’il y a, à la Cène, cette simplification de la Pâque de la première Alliance. Jésus a vécu la Pâque de la première Alliance et l’a achevée à travers l’institution de l’Eucharistie. Jésus savait bien ce qu’il faisait : il avait une sensibilité plus grande que la nôtre, un sens plus affiné du symbolisme religieux. Il était bien plus religieux que nous, et comprenait donc infiniment mieux que nous ce que représentait la Pâque de la première Alliance. Jésus n’en rajoute pas. C’est ce que nous aurions fait : nous faisons toujours comme cela : nous en rajoutons parce que nous n’aimons pas assez, parce que nous n’atteignons pas l’amour dans ce qu’il a de tout à fait fondamental. L’amour simplifie, pour nous mettre en présence du don dans ce qu’il a de plus absolu, de plus pur, de plus grand. C’est bien ce que Jésus réalise pour les Apôtres et pour nous, sous le mode d’un testament. (…)

Père Marie Dominique Philippe, Conférence, 11 janvier 1987

Dans l’Eucharistie, tout est très dépouillé ! C’est un dépouillement extraordinaire, parce qu’on passe d’un symbolisme religieux à une réalité divine de pur amour. L’amour simplifie tout et réclame une très grande simplification. C’est pourquoi ceux qui ne sont pas à ce même niveau d’amour risquent toujours de considérer que cela n’a plus de signification. L’Eucharistie est un sacrement d’amour au sens le plus fort, d’amour divin. C’est pour cela qu’il y a, à la Cène, cette simplification de la Pâque de la première Alliance. Jésus a vécu la Pâque de la première Alliance et l’a achevée à travers l’institution de l’Eucharistie. Jésus savait bien ce qu’il faisait : il avait une sensibilité plus grande que la nôtre, un sens plus affiné du symbolisme religieux. Il était bien plus religieux que nous, et comprenait donc infiniment mieux que nous ce que représentait la Pâque de la première Alliance. Jésus n’en rajoute pas. C’est ce que nous aurions fait : nous faisons toujours comme cela : nous en rajoutons parce que nous n’aimons pas assez, parce que nous n’atteignons pas l’amour dans ce qu’il a de tout à fait fondamental. L’amour simplifie, pour nous mettre en présence du don dans ce qu’il a de plus absolu, de plus pur, de plus grand. C’est bien ce que Jésus réalise pour les Apôtres et pour nous, sous le mode d’un testament. (…)

Père Marie Dominique Philippe, Conférence, 11 janvier 1987

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aimé, et c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière

22 Juin 2014, 07:20am

Publié par Fr Greg.

aimé, et c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière

                                                                                                                                                  J’ai toujours attendu que quelque chose sauve la vie. J’ai toujours été étonné, quand un livre me brûlait les mains, de voir que d’autres pouvaient en parler calmement, et que cela ne faisait que les rasseoir dans leur propre vie éteinte. Quand on leur amène leur propre cœur dans des mains blanches et que les gens n’en veulent pas, il n’y a plus rien à espérer pour eux. Par l’amour, c’est comme si j’avais été mis une fois pour toutes en haut d’un arbre, à l’abri de tous les dangers. Quelqu’un m’a aimé : par cet amour j’ai été sauvé de ma vie et du monde. Il m’a semblé que c’était cette lumière que je cherchais enfant. Tout à coup, quelqu’un rassemble toutes ces lumières et me les donne. C’est comme si je posais ma main sur le cœur nu de la vie. Je suis prêt à ce que tous mes livres disparaissent, et même le prochain, sauf cette phrase : "La certitude d’avoir été un jour, ne serait-ce qu’une fois, aimé, et c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière. " Il est possible que tout me soit enlevé, mais cette phrase-là est écrite en moi autant que dans mes livres(…)

L’amour c’est quand toute la limaille de notre pensée est précipitée vers le cœur de l’autre comme vers un aimant. Quand j’aime je suis dans ma propre vie comme dans une histoire à l’intérieur de laquelle j’aurai tout à coup disparu : c’est l’autre qui requiert toute mon attention.

Christian Bobin, "La lumière du monde"

 

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Bourvil !

21 Juin 2014, 07:02am

Publié par Fr Greg.

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Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas, Imre Kertész

19 Juin 2014, 07:06am

Publié par Fr Greg.

Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas, Imre Kertész

« …streicht dunkler die Geigen dann steigt ihr als

Rauch in die Luft

dann habt ihr ein Grab in den Wolken da liegt man nicht eng“

  ..assombrissez les accents des violons alors vous montez

en fumée dans les airs

alors vous avez une tombe dans les nuages on n’y est pas à l’étroit. »

Paul Celan, Todesfuge / Fugue de Mort, cité par Imre Kertész.

 

« La culture ancienne tombe en ruine, puis en cendres, mais au-dessus des cendres planeront des spectres. »

Wittgenstein, cité par Imre Kertész.

 

Apprendre à vivre, enfin : tel est l’impossible chemin que tente de frayer Imre Kertész dans son Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas. Il y va d’un soulagement qui est impossible, parce qu’il n’est pas désiré, parce qu’en juif rescapé d’Auschwitz, un tel apprentissage n’est plus possible. Mais si l’auteur de la prière juive – le Kaddish est la prière des morts – ne peut plus lui-même recevoir un enseignement de vie, il se trouve confronté à la génération des juifs qui n’ont pas vécu la Shoah, mais dont la judéité leur pèse comme un insupportable fardeau. C'est l’histoire de ce récit : l’auteur rencontre une jeune femme, bien plus jeune que lui, et la jeune femme, qui deviendra son épouse, est intimement convaincue qu’au contact de cet homme marqué par la douleur, elle pourrait assumer enfin une judéité qu’elle n’a pas librement reçue en héritage. L’âme désertée par la foi du peuple d’Israël, elle continue d’appartenir à ce peuple, sans savoir pourquoi.

Le long monologue qu’est ce Kaddish est une double réponse, à chaque fois une négation, à deux personnages, et toujours à propos du même sujet. Au philosophe Oblath qui demande à l’auteur s’il a des enfants, puis à sa femme qui lui dit vouloir un enfant, il est répondu « non ! » à chaque fois, un non scandé, qui vient envahir les moments cruciaux du texte, le non de la révolte, et tout autant de l’impossibilité de se révolter, une dernière fois, une fois encore, face à l’horreur passée. L’auteur, au rythme de ce non, s’engage dans un récit de prière, ponctué d’un « amen » final qui en appelle à l’accomplissement et à l’extinction de sa vie propre, et il prie, en évoquant chaque moment de sa survie, pour cet enfant dont il n’a jamais su et ne saura jamais être le père.

Kertész place cette situation sur un plan de la parole où tout discours échoue, et où seule la prière, c'est-à-dire un abandon de soi-même au reliquat de sacralité qui existe peut-être encore dans le monde, peut encore être prononcée. De cette impossibilité d’engendrer, aucune explication ne sera avancée comme pertinente : la psychanalyse, passagèrement évoquée, achoppe, bien trop empêtrée dans la lourdeur terrienne de ses notions (complexe d’Œdipe qui privilégie l’amour de la mère, ou plutôt la haine du père ?), alors que, Kertész nous le dit d’emblée : tout son texte creuse sa tombe dans le ciel, comme dans le poème de Paul Celan, « Fugue de Mort ». A Auschwitz, l’homme juif a vécu une expérience qui ne le laissera plus jamais vivre apaisé en homme de la terre. A jamais s’institue pour lui un mystère, lorsque l’abîme de l’histoire lui fit construire dans le ciel une tombe où « l’on n’y est pas à l’étroit ». Hegel lui-même est mis à mal, ce « H. » - « le philosophe, pas l’autre… » nous rappelle explicitement Kertész – qui pensait voir dans l’Histoire l’avènement toujours plus accompli de l’Esprit absolu. Kertész est encore proche de Hegel, car le philosophe de l’intellection du mal via la plus gigantesque des nôodyssées jamais théorisées par un esprit humain ne constitue que l’un des deux versants d’une impossible alternative. « Auschwitz ne s’explique pas », tranchent les uns. « Si, répondent les autres, Auschwitz doit pouvoir s’expliquer, d’ailleurs nous l’expliquons. » L’alternative est simple : obscénité contre obscénité.

Face à cela, le Kaddish se profère, solitaire, malade de ses propres souvenirs, avide d’arriver enfin à sa propre auto-liquidation. Le texte est d’une impitoyable violence avec le corps vieillissant de son auteur, qui, si l’on lit bien le texte, semble n’être jamais vraiment revenu d’Auschwitz, puisqu’il entretient avec la perspective de sa propre liquidation (le mot évoque l’exécution inéluctable d’un contrat) une relation malsaine de désir, de répulsion, et d’attraction fatale.

Le texte procède alors dans les instants d’existence qui restent à son auteur, dans les souvenirs, par phrases interminables, le plus souvent tissées en emboîtements de sentiments, d’émotions, de courtes informations. La tombe qu’il creuse dans les hauteurs du ciel se fait asphyxiante, la psalmodie est lancinante, lourde, envahissante. Et toute la prière se fait le pivot qui joint les deux significations qu’aurait pu revêtir la venue au monde d’un fils. La question initiale voyait l’existence de l’homme comme possibilité qu’un jou un fils soit ; la même question, modifiée par le temps et la prise de conscience qu’Auschwitz a, à tout jamais, stérilisé une certaine sensibilité juive, deviendra celle de l’inexistence de l’enfant considérée comme la « liquidation radicale et nécessaire de [l’] existence [du père]. » (p. 43-44 de l’édition Actes Sud)

Kertész saisit parfaitement le moment où l’horreur nazie pourrait effectivement devenir stérilisante, des années après la défaite historique du national-socialisme. Ce moment serait celui où, contrairement à certains des hommes qui vécurent Auschwitz, les survivants et leurs descendants abandonneraient définitivement la volonté de refuser la mort. Il faudra à cette génération, semble dire Kertész, avoir le courage de décider de se comporter en homme libre. Car la véritable liberté est celle de l’instituteur qui, voyant la portion de nourriture allouée à l’enfant alité sur une civière, a le courage de défier les garde-chiourmes nazis pour refuser l’attitude rationnelle qui aurait consisté à voler la portion, pour mettre toutes les chances de survie biologique de son côté. L’instituteur laisse triompher l’inexplicable, il a le courage de refuser que l’humain se laisse réduire à du biologique voulant uniquement assurer la pérennité de son corps propre organique.

L’ambivalence du « non » prévaut dans toute cette longue prière, puisque le non est un signe de liberté, le refus de la loi quand celle-ci est inhumaine et entend asservir corps et esprits, mais le non est aussi celui de l’abandon découragé, des bras baissés lorsque de nouveaux défis sont proposés à l’homme, après avoir franchi l’abîme et lui avoir survécu. C'est pourquoi l’auteur, si fier parfois de refuser d’être père, surpris de voir que sa jeune femme voulait auprès de lui « apprendre à vivre », alors qu’il pense n’avoir rien à apprendre à personne, si enclos dans le travail qui l’empêcha, dit-il, de devenir fou de malheur, soit-il, éprouve un choc, un dégrisement lorsque son ex-femme vient un jour à leur rendez-vous avec deux petits enfants qu’elle a eus d’un autre homme.

On parlera à l’infini de ce que la judéité est encore ou non capable de vouloir pour elle-même après la Shoah. On n’en finira sans doute jamais d’espérer le bonheur du peuple d’Israël après et malgré cela. On continuera à lire des ouvrages, à écouter des paroles, on se plongera dans Les Bienveillantes de Jonathan Littell peut-être aussi. On écoutera un Kaddish, une toccata… Et toujours le commentaire devra, après avoir tenté, toujours maladroit, forcément maladroit, de suivre ces cheminements de la mémoire, se taire et laisser la place aux œuvres elles-mêmes :

« Parfois, comme une martre pelée qui aurait survécu à la grande extermination, je traverse encore la ville. A certains bruits, certaines images, je dresse l’oreille comme si mes sens engourdis et encroûtés étaient agressés par l’odeur des bribes de souvenirs. A côté de certaines maisons, à certains coins de rue, je m’arrête, terrifié, les narines dilatées, je scrute les alentours d’un œil effrayé, je veux m’enfuir mais quelque chose me retient. Sous mes pieds bouillonnent les égouts, comme si le torrent sale de mes souvenirs voulait sortir de son lit pour m’engloutir. Qu’il en soit ainsi ; je suis prêt. Dans un dernier, grand résumé j’ai montré ma vie faillible, opiniâtre – je l’ai montrée pour ensuite, portant le baluchon de cette vie dans mes deux mains tendues, m’en aller et, comme dans l’eau noire et tempétueuse d’un torrent,   sombrer, mon Dieu !  faites que je sombre pour l’éternité, Amen. »

Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas, I. Kertész, p. 157

 

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La vielle qui marchait dans la mer...

18 Juin 2014, 07:34am

Publié par Fr Greg.

Un petit bijou de dialogues et de jeu... Avec Michel Serrault et Jeanne Moreau

Un petit bijou de dialogues et de jeu... Avec Michel Serrault et Jeanne Moreau

Une aventurière monte des escroqueries avec l'aide d'un vieux diplomate et d'un gigolo.

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C'était de Gaulle !

17 Juin 2014, 07:34am

Publié par Fr Greg.

C'était de Gaulle !
du livre d'Alain Peyrefitte "C'était de Gaulle".

du livre d'Alain Peyrefitte "C'était de Gaulle".

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Père, glorifie tes fils

16 Juin 2014, 07:14am

Publié par Fr Greg.

Père, glorifie tes fils

 

Nous devons demander avec une très grande force au Père : « Père, glorifie ton fils de la gloire que ton Fils bien-aimé avait auprès de toi avant la création du monde ». Cette prière de Jésus, elle nous est donnée parce que nous sommes des fils bien-aimés, un avec Jésus. « Père, glorifie tes fils, les petits-fils de ta gloire, glorifie-nous de cette manière unique pour que nous puissions, nous aussi, être un avec Jésus dans cette spiration d’amour. Alors, dans notre vie intérieure, dans notre vie d’oraison, notre vie d’intimité avec Jésus, nous pourrons lui donner ce que lui-même nous a donné. » Il nous a donné son amour, l’amour qu’il a pour le Père et l’amour que le Père a pour le Fils. Pouvoir aimer le Père dans l’Esprit Saint, sous le souffle de l’Esprit Saint, avec Jésus, par lui, et en lui, en étant un avec lui…

Il faut que nous demandions cela à Jésus chaque fois que nous vivons le mystère de la messe. C’est bien ce qu’exprime le symbolisme divin de l’Eucharistie, puisque Jésus s’y donne comme pain. Or le pain quotidien que nous mangeons tous les matins devient notre chair, notre sang, il devient nous-mêmes, nous l’assimilons. Quand il s’agit de cette nourriture divine qu’est l’Eucharistie, c’est Jésus qui nous transforme en lui pour que nous soyons d’autres lui-même, totalement dépendants de lui, en sachant très bien que tout vient de lui : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ».

Père Marie Dominique Philippe, Conférence, 17 mai 1998

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Qu'est-ce que le monologue: entretien avec Jean-Quentin Châtelain, acteur dans "Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas"

15 Juin 2014, 07:32am

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Jeanne Moreau & Jacqueline Mailand...

14 Juin 2014, 07:52am

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Communierez-vous à la «nouvelle religion des temps modernes» ?

12 Juin 2014, 19:52pm

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Communierez-vous à la «nouvelle religion des temps modernes» ?

La Coupe du monde est une singerie de l'univers totalitaire au sein même du monde libre.

 

Que dit-on d'un régime politique qui cadenasse l'information jusqu'à ce qu'elle devienne unidimensionnelle?

Qui fait en sorte qu'à longueur de pages, d'heures d'antenne radio-et-télédiffusées, le même sujet soit traité avec une constance qui donne la nausée? Que le psiittacisme le plus monotone y règne? Que les intellectuels y sont tellement asservis qu'ils ne trouvent rien de mieux à faire que de s'épancher urbi et orbi en analyses de café des sports dont le premier supporter venu serait capable? Le jugement tombe sans appel: il s'agit d'un régime totalitaire. Pendant un mois, nos journaux, nos médias, à travers leur monotonie, vont ressembler à ceux de l'ex-RDA: du foot, du foot et encore du foot ; ce qui ne manque pas de rappeler la presse communiste: le parti, le parti, et encore le parti. La Coupe du monde est une singerie de l'univers totalitaire au sein même du monde libre.

 

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La contemplation: une perte de temps réservé à...?

11 Juin 2014, 07:11am

Publié par Fr Greg.

La contemplation: une perte de temps réservé à...?

Qu’est-ce qu’une vie simple au fond ?

C’est une vie qui ne se soucie pas trop d’un ailleurs, ou plutôt qui va chercher l’ailleurs sous ses pieds. C’est une vie qui ne fuit pas le nécessaire, ni le trivial, ni tout ce qui revient chaque jour et peut être un peu harassant, comme faire les courses ou travailler. C’est une vie qui cherche partout la gaité, même et surtout dans les moments obligés inévitables qu’il aurait été si facile de vivre en somnambule. C’est une vie qui ne renonce jamais à être surprise.

 

Cette capacité à voir des miracles dans la réalité la plus triviale, c’est aussi celle de votre écriture, non ?

Oui, parce que la vie est tissée de banal. Quand on est enfant, on sait cela : on regarde les choses s’approcher, s’éloigner, on court d’une couleur à une autre, on vit comme dans une île aux trésors… En ce qui me concerne, il y a des visages, des paroles, des rencontres qui m’on frappé, parfois c’est la feuille d’un arbre qui tombe, la fuite d’un nuage dans le ciel… Des quantités de miracles qui, si je ne les avais notés, auraient glissé dans le néant du sans-mémoire, du sans-parole, du non-partagé. Je me suis aperçu que les choses qui ne sont pas notées se perdent à jamais. L’écriture garde la trace de ce qui était fragile, éphémère et si vital. Elle permet de maintenir le vol même de la vie.

 

Comment garder cette fraîcheur ?

Je ne sais pas et je ne choisis pas non plus. Je crois que chacun de nous a affaire à ces moments d’existence pure, mais ils passent ou entrent en nous sans être reconnus. Il y a des jours où mes yeux ne voient rien. Rien ne s’y reflète. La vie continue pourtant de m’envoyer des merveilles, mais c’est moi qui suis défaillant, à cause de mon impatience, de ma mauvaise humeur ou de mon angoisse. Et les contraintes, les imprévus, la lourdeur du quotidien, je les accepte, car c’est parfois de ce qui me dessert le plus que va tout à coup arriver la grâce suprême…

 Christian Bobin

 

 

 

 

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L'Esprit Saint....

10 Juin 2014, 07:14am

Publié par Fr Greg.

L'Esprit Saint....

La Vierge Marie est là pour nous disposer à recevoir l’Esprit Saint, mais elle est là aussi pour permettre à l’Esprit Saint d’agir en nous en toute liberté. Car l’Esprit Saint a une délicatesse d’amour qui est unique ; il faut donc que Marie nous apprenne à vivre sous sa dépendance, sous son souffle d’amour, pour vraiment recevoir la parole de Jésus comme elle demande d’être reçue. Marie, dans son éducation maternelle, fait grandir en nous la soif de recevoir l’Esprit Saint, tout le temps. On ne peut jamais arrêter la croissance de cette soif, puisqu’on ne peut jamais arrêter la croissance de l’amour divin en nous. Et plus la charité, l’amour divin, s’enracine dans notre volonté, plus celle-ci a soif de recevoir l’Esprit Saint d’une manière plus profonde, plus divine. C’est infini, parce que cela ne va plus seulement de lumière en lumière : cela va de pauvreté en pauvreté, parce que cela va d’amour en amour, d’amour divin en amour divin.

Et Marie ne cesse de nous rendre plus disponibles à l’action de l’Esprit Saint. Elle nous donne soif de lui et en même temps, sous un autre aspect, elle nous apprend à coopérer avec lui. C’est vraiment cela que nous devons demander à la Sainte Vierge : d’avoir très soif de l’Esprit Saint. Si Jésus dit : “ Sans moi, vous ne pouvez rien faire ”, nous pouvons dire aussi que sans l’Esprit Saint nous ne pouvons pas agir divinement, nous ne pouvons pas progresser dans la charité. (…)

Marie va nous aider, comme une Mère, à avoir soif de ce don de l’Esprit Saint et de ses sept dons que nous avons reçus avec la grâce sanctifiante, avec la foi, l’espérance et la charité.

 

Père Marie Dominique Philippe, Conférence, 1er juin 1995

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Robert Luchini, dit Fabrice.

9 Juin 2014, 07:52am

Publié par Fr Greg.

Génial ! Juste génial !

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Où es-tu, homme? Où es-tu passé ?

8 Juin 2014, 07:14am

Publié par Fr Greg.

Où es-tu, homme? Où es-tu passé ?

Bouleversante méditation du Saint-Père François lors de sa Visite au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem. Dans un intense et émouvant silence. (26.5.)

 

‘‘Adam, où es-tu ?’’ (cf. Gn 3, 9).

Où es-tu, homme? Où es-tu passé ?

En ce lieu, mémorial de la Shoah, nous entendons résonner cette question de Dieu : ‘‘Adam, où es-tu ?’’.

En cette question il y a toute la douleur du Père qui a perdu son fils.

Le Père connaissait le risque de la liberté ; il savait que le fils aurait pu se perdre…mais peut-être, pas même le Père ne pouvait imaginer une telle chute, un tel abîme !

Ce cri : ‘‘Où te trouves-tu ?’’, ici, en face de la tragédie incommensurable de l’Holocauste, résonne comme une voix qui se perd dans un abîme sans fond…

Homme, qui es-tu ? Je ne te reconnais plus.

Qui es-tu, homme ? Qu’est-ce que tu es devenu ?

De quelle horreur as-tu été capable ?

Qu’est-ce qui t’a fait tomber si bas ?

Ce n’est pas la poussière du sol, dont tu es issu. La poussière du sol est une chose bonne, œuvre de mes mains.

Ce n’est pas l’haleine de vie que j’ai insufflée dans tes narines. Ce souffle vient de moi, c’est une chose très bonne (cf. Gn 2, 7).

Non, cet abîme ne peut pas être seulement ton œuvre, l’œuvre de tes mains, de ton cœur… Qui t’a corrompu ? Qui t’a défiguré ? Qui t’a inoculé la présomption de t’accaparer le bien et le mal ?

Qui t’a convaincu que tu étais dieu ? Non seulement tu as torturé et tué tes frères, mais encore tu les as offerts en sacrifice à toi-même, parce que tu t’es érigé en dieu.

Aujourd’hui, nous revenons écouter ici la voix de Dieu : ‘‘Adam, où es-tu ?’’.

Du sol s’élève un gémissement étouffé : Prends pitié de nous, Seigneur !

A toi, Seigneur notre Dieu, la justice, à nous le déshonneur au visage, la honte (cf. Ba 1, 15).

Un mal jamais survenu auparavant sous le ciel s’est abattu sur nous (cf. Ba 2, 2). Maintenant, Seigneur, écoute notre prière, écoute notre supplication, sauve-nous par ta miséricorde. Sauve-nous de cette monstruosité.

Seigneur tout-puissant, une âme dans l’angoisse crie vers toi. Écoute, Seigneur, prends pitié.

Nous avons péché contre toi. Tu règnes pour toujours (cf. Ba 3, 1-2).

Souviens-toi de nous dans ta miséricorde. Donne-nous la grâce d’avoir honte de ce que, comme hommes, nous avons été capables de faire, d’avoir honte de cette idolâtrie extrême, d’avoir déprécié et détruit notre chair, celle que tu as modelée à partir de la boue, celle que tu as vivifiée par ton haleine de vie.

Jamais plus, Seigneur, jamais plus !

‘‘Adam, où es-tu ?’’.

Nous voici, Seigneur, avec la honte de ce que l’homme, créé à ton image et à ta ressemblance, a été capable de faire.

Souviens-toi de nous dans ta Miséricorde.

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L'attachement dans l'amour

7 Juin 2014, 06:43am

Publié par Fr Greg.

L'attachement dans l'amour

 

 

Tout commence à chaque instant, cela est vrai pour l'esprit comme pour le reste. Bien sûr, cela rappelle la tapisserie de Pénélope, constamment détruite et recommencée. Il y a là, sans doute, une loi de l'éternel recommencement qui veut que l'esprit vive de commencements.   Il doit être sans cesse ouvert à ce qui advient, au lieu de s'enfermer dans ce qui est advenu. Paradoxalement le secret de cette aventure perpétuelle est dans un grand attachement. L'attachement est la chance de l'aventure. Par aventure j'entends l'aventure véritable qui met tout en question. La passade, le caprice n'étant que des écarts vite oubliés. C'est à l'intérieur d'un attachement que se développent l'imagination et la créativité.

L'attachement est la chance de l'aventure, comme les rives sont la chance du fleuve, comme l'engagement est la chance de la liberté. Comment expliquer cette complexité des contraires? Je vois que l'esprit se pose en s'opposant, que la provocation est l'aiguillon de l'esprit. S'il n'est pas défié, l'esprit s'engourdit et s'étiole. Le défi de l'attachement stimule le désir du risque, de l'aventure. Et c'est ainsi que la force d'un attachement encourage, au lieu de la contrarier, la liberté de l'esprit.

L'explication par la provocation n'est pas suffisante. Elle est le point de départ, mais elle ne rend pas compte de la solidarité qui s'installe entre les deux termes en présence. A vrai dire, l'aventure est une réponse à l'attachement. Plus l'attachement est puissant, plus loin va l'aventure. Cette réponse est un accord. Elle répond à l'attachement et répond de lui. Ainsi se construit l'aventure d'un grand attachement.

Un attachement repose sur l'alliance de la continuité et du renouveau, de la constance et de l'invention, ce qui le rend créateur. C'est pourquoi on peut, à juste titre, parler de la grandeur de l'attachement. Il y a dans l'attachement une grandeur particulière, qui le met à part.  L'attachement est pris entre les exigences contradictoires de l'enracinement et du dépassement et ne peut s'en tirer que par une fuite vers le haut, vers les hauteurs de l'absolu qui n'accepte aucun compromis et demande tous les courages.

Un grand attachement exige le détachement vis-à-vis de soi-même. Si on tourne comme une chèvre autour du piquet de son petit moi, on ne peut s'élancer ailleurs. Cette condition est absolument nécessaire, il faut que l'attachement soi désintéressé, gratuit : alors il est créateur et brille comme un diamant.

 

Jacques de Bourbon Busset  :" L'Absolu vécu à deux"

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Le temps du Cénacle

6 Juin 2014, 07:30am

Publié par Fr Greg.

Le temps du Cénacle

Marie est si proche des Apôtres et de nous-mêmes, dans cette attente de l’Esprit Saint. La pauvreté spirituelle, vécue sous le souffle de l’Esprit Saint, agrandit notre cœur en y mettant comme un abîme d’appel, de cri vers l’Esprit Saint. L’Esprit Saint ne peut être reçu dans notre âme, dans notre cœur, que s’il y a cet abîme de pauvreté, de dénuement, de mort à nous-mêmes pour que nous soyons transformés par l’Amour. La Lumière, le Verbe de Dieu, nous est donné à travers l’Incarnation, et l’Esprit Saint, l’Amour, nous est donné directement, sans adaptation, sans incarnation, tel qu’il est dans le mystère même de la Très Sainte Trinité. C’est pour cela qu’il faut que nous vivions ce dépouillement à l’égard de nous-mêmes, cette pauvreté intérieure, pour pouvoir recevoir ce feu brûlant d’amour, ce feu personnel tel qu’il est dans le mystère même de Dieu, tel qu’il est comme fruit immédiat de l’amour du Père et du Fils dans l’unité. Le fruit de cet amour, le fruit de cette unité, nous est donné tel qu’il est en Dieu pour nous élever, pour nous purifier de nous-mêmes, nous dépouiller de nous-mêmes, pour que nous puissions être dans cet état extatique, cette sortie de nous-mêmes, sous ce souffle d’Amour…

Seule la Vierge Marie, seule une mère, peut nous apprendre cette profondeur de la pauvreté. C’est pour cela que Marie nous est donnée comme mère : pour nous apprendre à recevoir l’Esprit Saint. Pour cela il faut qu’elle-même le reçoive en plénitude, pour nous apprendre à vivre de l’Amour. L’Esprit Saint nous est donné pour cela, pour que nous vivions de l’Amour et que l’Amour nous prenne tout entiers, qu’il n’y ait plus que cela.

Père Marie Dominique Philippe, Homélie, 27 mai 1995

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Quelqu'un m'a aimé

5 Juin 2014, 06:47am

Publié par Fr Greg.

Quelqu'un m'a aimé

                                                                                                                                                                                                                                                                                              J’ai toujours attendu que quelque chose sauve la vie. J’ai toujours été étonné, quand un livre me brûlait les mains, de voir que d’autres pouvaient en parler calmement, et que cela ne faisait que les rasseoir dans leur propre vie éteinte. Quand on leur amène leur propre cœur dans des mains blanches et que les gens n’en veulent pas, il n’y a plus rien à espérer pour eux. Par l’amour, c’est comme si j’avais été mis une fois pour toutes en haut d’un arbre, à l’abri de tous les dangers. Quelqu’un m’a aimé : par cet amour j’ai été sauvé de ma vie et du monde. Il m’a semblé que c’était cette lumière que je cherchais enfant. Tout à coup, quelqu’un rassemble toutes ces lumières et me les donne. C’est comme si je posais ma main sur le cœur nu de la vie. Je suis prêt à ce que tous mes livres disparaissent, et même le prochain, sauf cette phrase : "La certitude d’avoir été un jour, ne serait-ce qu’une fois, aimé, et c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière. " Il est possible que tout me soit enlevé, mais cette phrase-là est écrite en moi autant que dans mes livres(…)

L’amour c’est quand toute la limaille de notre pensée est précipitée vers le cœur de l’autre comme vers un aimant. Quand j’aime je suis dans ma propre vie comme dans une histoire à l’intérieur de laquelle j’aurai tout à coup disparu : c’est l’autre qui requiert toute mon attention.

Christian Bobin, "La lumière du monde"

 

 

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La gloire de nos mères, par Fabrice Hadjadj

4 Juin 2014, 07:15am

Publié par Fr Greg.

La gloire de nos mères, par Fabrice Hadjadj

 

La «fête des mères» a eut lieu dimanche 25 mai. Commerciale pour les uns, rétrograde pour les autres… cette fête a-t-elle encore un sens aujourd'hui, à l'heure où les repères familiaux sont plus que jamais bouleversés?

Ce qui est certain, c'est que le commerce a très bien su récupérer cette «fête» inscrite au calendrier officiel par le Maréchal Pétain. D'ailleurs, ce que vous appelez le «bouleversement des repères familiaux» est une sorte de marchandisation techno-libérale de la famille. Et ce bouleversement promet de nouvelles jolies «fêtes» pour le XXIe siècle: après les pères et les grand-mères, la «fête des mères porteuses», la «fête de l'utérus artificiel», la «fête des papas-sans-maman-grâce-aux-ingénieurs-compâtissants», etc. En attendant, pour fêter définitivement sa vieille maman malade, notre gouvernement semble s'orienter vers de nouvelles idées-cadeaux grâce à légalisation de l'euthanasie. Ça vous change du traditionnel bouquet de fleurs ou du fastidieux déjeuner du dimanche… Malgré tout, la question demeure de savoir ce que c'est que fêter quelque chose ou quelqu'un. La fête n'est-elle qu'un divertissement? Qu'un pic de consumérisme? Pourquoi les joyeux anniversaires, les réveillons de nouvel an, les fêtes des mères, si chaque année nous rapproche de la tombe? Parce qu'on y a réchappé encore? Il me semble que toute fête est avant tout célébration de la vie, sans quoi elle s'inverse en teuf, qui est fuite devant l'angoisse de la mort. La vraie fête suppose, au moins le temps de sa durée, que l'existence est justifiée, que la naissance n'a pas été que pour le régal des vermines.

C'est un commandement très ancien: «Honore ton père et ta mère.» Il précède le «tu ne tueras point». On peut comprendre cette antériorité, car il signifie: «Tu aimeras ta vie reçue.» Si d'être né n'est qu'un inconvénient, si la vie n'est pas bonne en elle-même, pourquoi ne pas la détruire? Le «tu ne tueras point» n'a aucun poids si l'on n'honore pas d'abord nos parents en tant qu'ils sont à l'origine de notre vie, et donc si l'on ne fête pas spécialement la maternité. Lévinas voyait en elle la figure de la responsabilité la plus profonde. Elle fait comprendre cette formule de politesse: «Après vous», dans laquelle le philosophe reconnaissait «la plus belle définition de notre civilisation». Pourquoi «Après vous»? Pourquoi faire place à l'autre? Est-ce hypocrisie, pour se faire valoir en tant que charitable? Est-ce négation de soi? La maternité nous montre que c'est au contraire un type d'accomplissement paradoxal, qui nous sort de nos visions individualistes et concurrentielles. La maternité est cette situation incroyable et originelle où une personne fait place à l'autre dans son propre corps, jusqu'à la déformation, jusqu'à consentir même à une certaine agression (les nausées, les douleurs, les risques de l'accouchement). Or ceci n'est pas négation de soi, mais don de la vie. Donc il faut fêter la maternité non seulement parce que c'est notre matrice, mais aussi parce qu'elle est le modèle de la générosité, et comme une espérance en acte.

Dans une société qui brouille de plus en plus la frontière entre les sexes, la maternité doit-elle rester une caractéristique de la féminité?

La maternité est le pouvoir le plus spécifique du féminin: ce que ne peut pas le prince si charmant soit-il, ce qui échappe au pouvoir patriarcal et phallique, ce qui met l'homme sous la dépendance première de la femme pour la possibilité même d'ouvrir un avenir. L'«utérus artificiel», qu'on pourrait prendre pour un accessoire de libération féminine, permet plutôt d'assurer la mainmise des hommes, ou du moins de la logique masculine, sur l'enfantement. Un féminisme qui va contre la maternité se change vite en une revendication d'égalité sur l'échelle des valeurs machistes, et donc renforce celles-ci en se les arrogeant. Ce serait le renoncement de la femme à sa puissance la plus singulière et la plus propre, cette puissance qui donne de mettre un frein au monde belliqueux des mâles (souvenez-vous de la Lysistrata d'Aristophane).

Le débat entre «famille biologique» et «famille sociale» semble aujourd'hui indépassable. Pour vous, qu'est-ce qu'une famille? Est-elle nécessairement constituée de l'altérité père/mère?

L'opposition radicale du biologique et du social verse dans un dualisme douteux, qui ne voit pas que ce qui est proprement humain, et donc ni angélique ni bestial, c'est l'entrelacs du spirituel et du charnel. L'homme est un être de culture, et c'est dans sa nature. La suite des générations a toujours procédé jusqu'ici de l'union d'un homme et d'une femme. On ne devient pas mère sans un père. Sans la paternité qui l'équilibre, la maternité tourne à la dévoration, cherchant à garder son petit dans son sein. Maintenant, on peut décider de sortir de l'humain. On peut dénier à la chair tout esprit, la réduire à un matériau, s'accoupler à des laboratoires et fabriquer des OGM à base homo sapiens sapiens.

Le mystère de la maternité est-il selon vous menacé par l'intrusion de la technique au sein du vivant (PMA, GPA) et par la revendication d'un «droit à l'enfant»?

La maternité se rapporte à la gestation, et la gestation consiste à accueillir en soi un processus obscur, mystérieux, qui aboutit au surgissement d'un autre et qui donc nous échappe deux fois: dans son opération et dans son terme. La technique se rapporte à la fabrication, et la fabrication consiste à produire quelque chose à l'extérieur de soi (ce qui est la seule possibilité masculine), selon un processus contrôlé, transparent même: in vitro. Voilà pourquoi je ne dirais pas que le mystère de la maternité est menacé par les nouvelles technologies, mais que la maternité est le lieu même du mystère, et qu'elle constitue une résistance radicale, meilleure que tous les discours, à l'emprise technocratique. Elle seule peut garantir que la venue d'un enfant soit un événement et non le résultat d'un programme.

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Rien ne dure que le sourire

3 Juin 2014, 06:36am

Publié par Fr Greg.

Rien ne dure que le sourire

Un ténor changeait mes os en cristal. Ce n’était rien, juste un chant d’oiseau dans le jardin que traversait l’armée en marche des couleurs, sous le casque des fleurs. Je ne voyais pas le prophète, je n’entendais que ses leçons. Il réveillait le soleil. Dieu me rentrait par l’oreille. J’étais reconduit au paradis d’être vivant donc immortel. Des murailles invisibles s’effondraient sous le chant d’un oiseau inconscient de son sacre, de son don, de sa race divine. Ses notes tombaient comme une eau surnaturelle sur les flammes de l’enfer. Sois présent, disait l’oiseau : garde tes soucis, garde tes projets, garde tes liens, puisque tu as la faiblesse de tenir à tout ça. Garde tout mais élève-toi d’un cran ne serait-ce qu’un instant. Hisse-toi sur ce tabouret de joie que je t’apporte, oui hisse-toi un instant qui sera plus qu’un instant jusqu’à cette note que je tiens, jusqu’au sans-souci, sans-projet, sans-lien. Jusqu’au rien. Chemise gonflée par le vent, l’oiseau chantait à tue-tête les amours de la lumière et du vide. Je goûtais à ce que les morts ne savent plus et que les vivants négligent : la liqueur bleutée de l’air, l’ivresse de renaître par décret solaire. La joie qui me traversait réveillait un consentement à vivre, donc à perdre. Puis l’écriture sainte s’est envolée. Le soleil a tourné la tête. Une caravane de nuages a traversé le ciel. Je suis rentré dans mon coeur où, par grâce, plus rien n’était en ordre. J’ai cherché dans les livres quelque chose, je ne savais quoi. La bouteille me parle, dit l’ivrogne : bois-moi. Les livres me disent la même chose. Quand je lis, ma tête est coupée et je la porte dans mes mains comme les saints des vieilles images. Les saints surgissent de leurs écrits le visage barbouillé du miel des lumières, comme des ours de l’absolu. Vivre, c’est gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés. Cette lumière, ce feu volant de crête en crête, de mot en mot ! Les saints sont fous comme sont fous nos coeurs qu’une mer rouge envahit chaque seconde, usant les falaises de chair, et ces oiseaux qui crient au-dessus, les mouettes perdues de nos pensées impensées. On marche, on marche et puis un jour on se retrouve à marcher à son propre enterrement, c’est drôle. La seule chose que nous ayons sous les yeux est la vie, et nous constatons qu’elle est éphémère. Pourquoi la mort aurait-elle, seule, le privilège de durer ? Rien ne dure que le sourire en poinçon des nouveau-nés, cette entaille faite au temps par l’éternel. La vie est un flux de particules lumineuses dont les saints et les oiseaux aident la circulation infinie. Ce qui peut être expliqué ne mérite pas d’être compris. Je me demande pourquoi tant de livres quand un seul chant d’oiseau dit tout.|

 

Christian Bobin

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Appelez le bonheur sur Jérusalem : Paix à ceux qui t’aiment !

2 Juin 2014, 07:09am

Publié par Fr Greg.

Appelez le bonheur sur Jérusalem : Paix à ceux qui t’aiment !

 

Ô Seigneur, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob,
Dieu de Jésus le Nazaréen,
du cœur de cette Cité Sainte,
patrie spirituelle des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans,
je fais mienne l’invocation des pèlerins
qui montaient vers ton temple, débordant de joie :
« Appelez le bonheur sur Jérusalem :
Paix à ceux qui t’aiment !
Que la paix règne dans tes murs,
le bonheur dans tes palais !
À cause de mes frères et de mes proches,
je dirai : ‘‘Paix sur toi !’’.
À cause de la maison du Seigneur notre Dieu,
je désire ton bien » (Ps 122, 6-9

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