Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Philomena

30 Avril 2014, 07:30am

Publié par Fr Greg.

Excellent film !

 

Philomena

On pourrait voir Philomena comme la suite non-officielle de Magdalene Sisters. Le film de 2002 de Peter Mullan s'intéressait aux couvents/prisons où étaient enfermées (jusqu'en 1996 !!!) de « mauvaises » jeunes femmes, souvent adolescentes, obligées d'y travailler façon esclave du XXème siècle. Leur tort ? Souvent, avoir commis le péché de la chair et être tombées enceintes sans être passées par la sacro-sainte case mariage.

C'est le cas de Philomena Lee. Dans les années 50, la demoiselle, tombée sous le charme d'un beau parleur, a été envoyée, par ses parents, dans le couvent de Roscrea en Irlande. En échange des « bons » services des nonnes, Philomena travaille en tant que blanchisseuse jusqu'à son accouchement. Mais l'enfant, qu'elle a élevé pendant ses toutes premières années lui est retiré pour être donné à l'adoption. 50 ans plus tard, la vieille dame décide de retrouver cet enfant qu'on lui a volé. Pour cela, elle va être aidé de Martin Sixsmith, un journaliste sur le retour, dépressif et snob, qui voit dans cette histoire une bonne façon de se refaire un nom.

 

Le film prend alors une tournure de road movie et d'enquête où notre « unlikely » duo s'évertue à remettre les pièces du puzzle ensemble. Et si cette histoire captive, elle n'est pas tant le fond du film qu'un prétexte pour Stephen Frears et Steve Coogan (co-scénatiste). Car Philomena est avant tout un film sur le pardon mais aussi un long-métrage social qui traite, à la fois d'une Irlande à deux vitesses, de l'étrange rapport de ce pays à son Eglise catholique et même de la difficulté des Etats-Unis à traiter avec la crise du Sida dans les années 80. En plus d'un humour fin qui joue sur l'improbabilité du tandem, une vieille bigote fan de littérature romanesque d'un côté et un journaliste athée et sarcastique de l'autre, le film parvient à nous atteindre par son absence totale de second degré. En effet, Philomena est un film sans arrière-pensée, ni ironie et qui parvient, malgré un sujet « violon/guimauve », à ne jamais sombrer lâchement dans le tire-larme facile mais, au contraire, à déployer des trésors d'intelligence et de compassion, bien éloigné du cynisme ambiant.

Et si Steve Coogan fait preuve d'une sobriété bienvenue, c'est Judi Dench, plus habituée aux rôles de femmes en costumes 3 pièces ou très actives, qui épate. En incarnant cette vieille femme blessée dont la capacité à pardonner force le respect, elle interprète peut-être son meilleur rôle.

http://www.ecranlarge.com/movie_image-list-34693.php

 

Philomena

Voir les commentaires

La miséricorde

29 Avril 2014, 05:01am

Publié par Fr Greg.

La miséricorde

La miséricorde, en cherchant toujours à soulager la pauvreté, la misère de l’autre, ajoute à la charité fraternelle une surabondance. Saint Vincent de Paul est un exemple merveilleux de cette ardeur à aider l’autre, à le soutenir dans sa misère. Cette misère, au lieu de nous faire nous éloigner, nous attire. En réalité, ce n’est pas la misère qui nous attire ; c’est le visage du Christ qui a voulu prendre la place du plus misérable pour nous attirer plus, et c’est en ce sens-là que saint Vincent de Paul aimait à voir Jésus dans la physionomie et le regard du pauvre. Et c’est la pauvreté du Christ crucifié qui lui permet d’être miséricordieux à l’égard de tous les hommes d’une manière absolue. Il n’y a plus d’exclusion, tout le monde peut recevoir la miséricorde du Christ crucifié à la Croix ; elle est vraiment donnée universellement, et en même temps la miséricorde doit toujours être une charité très personnelle, parce qu’elle regarde en chacun sa misère et que la misère met toujours en lumière la pauvreté individuelle de chacun, sa pauvreté caractéristique. C’est bien à l’égard de la pauvreté caractéristique de la personne qu’on doit être le plus miséricordieux. (…)

« Bienheureux les miséricordieux » qui sont capables d’envelopper le misérable et de lui redonner vie, en lui redonnant un élan d’amour ! C’est seulement par l’amour qu’on peut vivre (je ne dis pas « acquérir » car on ne l’acquiert pas, c’est un don de Dieu) cette béatitude de la miséricorde qui est en quelque sorte une miséricorde « substantielle ». Je crois que là est la différence entre une miséricorde purement humaine, qui regarde tel mal particulier, et la béatitude des miséricordieux qui vient de la charité, donc d’un amour divin. Dans la charité, c’est Dieu qui nous permet d’être miséricordieux vis-à-vis de la personne qui, à cause du mal, est réduite à n’être plus elle-même, à ne plus pouvoir vraiment atteindre sa finalité. Et on peut, grâce au Christ présent en nous, et grâce à Marie, avoir les gestes qu’il faut (plus que les paroles), avoir le silence qu’il faut, non pas un silence glacial mais un silence d’amour, non pas le silence de l’examinateur ou celui du savant qui cherche à connaître le mal, mais le silence de la mère qui enveloppe l’enfant qui souffre. Et cela, Mère Teresa l’avait bien saisi. Elle a vécu éminemment cette béatitude des miséricordieux à l’égard de ceux qui ont le plus besoin d’être enveloppés comme des tout-petits, d’être reçus en quelque sorte dans un nouveau « lieu » où ils puissent avouer les misères qu’on n’avoue à personne d’autre mais qu’on dit à celui qui est proche et qui est compatissant, miséricordieux.

Père Marie Dominique Philippe, "Je suis venu jeter un feu sur la terre"

Voir les commentaires

Enfants de la miséricorde !

28 Avril 2014, 09:00am

Publié par Fr Greg.

Enfants de la miséricorde !

 

Au centre de ce dimanche qui conclut l’Octave de Pâques, et que saint Jean Paul II a voulu dédier à la Divine Miséricorde, il y a les plaies glorieuses de Jésus ressuscité.

Il les montre dès la première fois qu’il apparaît aux Apôtres, le soir même du jour qui suit le sabbat, le jour de la résurrection. Mais ce soir-là, nous l’avons entendu, Thomas n’est pas là ; et quand les autres lui disent qu’ils ont vu le Seigneur, il répond que s’il ne voyait pas et ne touchait pas les blessures, il ne croirait pas. Huit jours après, Jésus apparut de nouveau au Cénacle, parmi les disciples, Thomas aussi était là ; il s’adresse à lui et l’invite à toucher ses plaies. Et alors cet homme sincère, cet homme habitué à vérifier en personne, s’agenouille devant Jésus et lui dit « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20,28).

Les plaies de Jésus sont un scandale pour la foi, mais elles sont aussi la vérification de la foi. C’est pourquoi dans le corps du Christ ressuscité les plaies ne disparaissent pas, elles demeurent, parce qu’elles sont le signe permanent de l’amour de Dieu pour nous, et elles sont indispensables pour croire en Dieu. Non pour croire que Dieu existe, mais pour croire que Dieu est amour, miséricorde, fidélité. Saint Pierre, reprenant Isaïe, écrit aux chrétiens : « Par ses plaies vous avez été guéris » (1P 2,24 ; Cf. Is 53,5).

Saint Jean XXIII et saint Jean Paul II ont eu le courage de regarder les plaies de Jésus, de toucher ses mains blessées et son côté transpercé. Ils n’ont pas eu honte de la chair du Christ, ils ne se sont pas scandalisés de lui, de sa croix ; ils n’ont pas eu honte de la chair du frère (Cf. Is 58,7), parce qu’en toute personne souffrante ils voyaient Jésus. Ils ont été deux hommes courageux, remplis de la liberté et du courage (parresia) du Saint Esprit, et ils ont rendu témoignage à l’Église et au monde de la bonté de Dieu, de sa miséricorde.

Il ont été des prêtres, des évêques, des papes du XXème siècle. Ils en ont connu les tragédies, mais n’en ont pas été écrasés. En eux, Dieu était plus fort ; plus forte était la foi en Jésus Christ rédempteur de l’homme et Seigneur de l’histoire ; plus forte était en eux la miséricorde de Dieu manifestée par les cinq plaies ; plus forte était la proximité maternelle de Marie.

En ces deux hommes, contemplatifs des plaies du Christ et témoins de sa miséricorde, demeurait une « vivante espérance », avec une « joie indicible et glorieuse» (1P 1,3.8). L’espérance et la joie que le Christ ressuscité donne à ses disciples, et dont rien ni personne ne peut les priver. L’espérance et la joie pascales, passées à travers le creuset du dépouillement, du fait de se vider de tout, de la proximité avec les pécheurs jusqu’à l’extrême, jusqu’à l’écœurement pour l’amertume de ce calice. Ce sont l’espérance et la joie que les deux saints Papes ont reçues en don du Seigneur ressuscité, qui à leur tour les ont données au peuple de Dieu, recevant en retour une éternelle reconnaissance.

Cette espérance et cette joie se respiraient dans la première communauté des croyants, à Jérusalem, dont parlent les Actes des Apôtres (Cf. 2, 42-47), que nous avons entendus en seconde lecture. C’est une communauté dans laquelle se vit l’essentiel de l’Évangile, c'est-à-dire l’amour, la miséricorde, dans la simplicité et la fraternité.

C’est l’image de l’Église que le Concile Vatican II a eu devant lui. Jean XXIII et Jean Paul II ont collaboré avec le Saint Esprit pour restaurer et actualiser l’Église selon sa physionomie d’origine, la physionomie que lui ont donnée les saints au cours des siècles. N’oublions pas que ce sont, justement, les saints qui vont de l’avant et font grandir l’Église. Dans la convocation du Concile, saint Jean XXIII a montré une délicate docilité à l’Esprit Saint, il s’est laissé conduire et a été pour l’Église un pasteur, un guide-guidé, guidé par l’Esprit. Cela a été le grand service qu’il a rendu à l’Église. C’est pourquoi j’aime penser à lui comme le Pape de la docilité à l’Esprit Saint.

Dans ce service du Peuple de Dieu, saint Jean Paul II a été le Pape de la famille. Lui-même a dit un jour qu’il aurait voulu qu’on se souvienne de lui comme du Pape de la famille. Cela me plaît de le souligner alors que nous vivons un chemin synodal sur la famille et avec les familles, un chemin que, du Ciel, certainement, il accompagne et soutient.

Que ces deux nouveaux saints Pasteurs du Peuple de Dieu intercèdent pour l’Église, afin que, durant ces deux années de chemin synodal, elle soit docile au Saint Esprit dans son service pastoral de la famille. Qu’ils nous apprennent à ne pas nous scandaliser des plaies du Christ, et à entrer dans le mystère de la miséricorde divine qui toujours espère, toujours pardonne, parce qu’elle aime toujours.

François, Pape.

Enfants de la miséricorde !

Voir les commentaires

Pourquoi l'aime-t-on autant...??

27 Avril 2014, 21:52pm

Publié par Fr Greg.

Pourquoi l'aime-t-on autant...??
Pourquoi l'aime-t-on autant...??

"Frères et sœurs, n'ayez pas peur d'accueillir le Christ et d'accepter son pouvoir! N'ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! 
À sa puissance salvatrice, ouvrez les frontières des États, les systèmes économiques et politiques, les immenses domaines de la culture, de la civilisation, du développement. N'ayez pas peur ! Le Christ sait ce qu'il y a dans l'homme ! Et lui seul le sait!"

 

" Ce n'est qu'à partir de sa relation avec Dieu que l'on peut comprendre Karol Wojtyla ". 

Dans une longue interview, la première depuis sa renonciation au ministère pétrinien, le Pape émérite réfléchit sur la personnalité et la spiritualité de son prédécesseur et raconte son extraordinaire relation avec le Pape polonais, quand il était préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. En voici un résumé.

« Saint-Père, vous devriez vous reposer »; et lui : « Je pourrai le faire au ciel ». Dans cet échange entre Jean-Paul II et le cardinal Joseph Ratzinger, qui remonte à la visite du Pape Wojtyla à Munich en 1980, il y a toute l’intensité de la relation entre les deux exceptionnels serviteurs du Seigneur. Dans cette interview accordée par le Pape émérite à Wlodzimierz Redzioch,  Benoît  XVI se souvient que sa première véritable rencontre avec Karol Wojtyla  a eu lieu en 1978 au moment du Conclave. Mais déjà, à Vatican II, ils s’étaient "cherché", travaillant tous deux à la Constitution Gaudium et Spes. « J’ai tout de suite perçu fortement – dit-il ému– la fascination humaine qu’il exerçait et, à la façon dont il priait,  j’ai saisi combien il était profondément uni à Dieu."

Le récit se déplace ensuite quelques années plus tard lorsque, devenu Pape, Jean-Paul II appelle le prélat allemand à figurer parmi ses plus proches collaborateurs comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. « Ma collaboration avec le Saint-Père – se souvient le Pape émérite - a toujours été marquée par l'amitié et l'affection et s’est « développée » sur les deux plans, officiel et privé ». Lors de leurs innombrables rencontres, confie le Pape émérite,  «c’était toujours beau, pour tous les deux, de chercher ensemble la bonne décision »  sur les grandes questions de la vie de l’Eglise.  Le premier grand défi abordé ensemble, relève-t-il, a été  celui de la “Théologie de la Libération ” qui se répandait en Amérique latine. L’opinion commune était « qu’il s’agissait d’un soutien aux pauvres » ;  « mais c’était une erreur  ». Et il explique : « La pauvreté et les pauvres  étaient incontestablement au cœur de la Théologie de la Libération, mais dans une perspective très spécifique  ». Il n’était pas « question d’aides et de réformes, disait-on, mais du grand bouleversement, d’où devait jaillir un monde nouveau ».

Donc, commente Benoît XVI,  « la foi chrétienne était utilisée comme moteur de ce mouvement révolutionnaire, et transformée  ainsi  en une force de type politique ». À « une pareille falsification de la foi chrétienne, il faut s’opposer justement par amour des pauvres et pour leur rendre service ». Et il explique : Jean-Paul II nous a amenés « d’un  côté à  démasquer une fausse idée de la libération, de l’autre à exposer l’authentique vocation de l’Eglise à la libération de l’homme ». Un autre défi, se souvient-il, consistait en l’ « effort pour parvenir à une juste compréhension de l’œcuménisme » ainsi que le dialogue entre les religions, ou encore le rapport entre l’Eglise et la science.  Benoît XVI met l’accent sur l’importance des Encycliques de Jean-Paul II, à partir de la première, Redemptor hominis, dans laquelle « il a proposé sa synthèse personnelle de la foi chrétienne ».

Puis il s’arrête longuement sur la spiritualité du Bienheureux Wojtyla. Une dimension, souligne-t-il,  caractérisée surtout par l’intensité de sa prière, et donc profondément enracinée dans la célébration de la Sainte Eucharistie et faite en communion avec toute l’Eglise ».

Le  Pape émérite en vient à évoquer la sainteté de  Karol Wojtyla. « Il m’est apparu de plus en plus clairement que Jean-Paul II était un saint », affirme-t-il.  Il  faut « avant tout garder à l’esprit, naturellement, sa relation intense avec Dieu, cette immersion de son être dans la communion avec le Seigneur ».  C’est de là « que  venait sa joie, au milieu des grandes fatigues qu’il a dû supporter, et le courage avec lequel il s’est acquitté de sa tâche à une époque vraiment difficile ». Jean-Paul II « ne demandait pas d'applaudissements, il n'a jamais regardé autour de lui, inquiet de la façon dont ses décisions seraient acceptées. Il a agi à partir de sa foi et de ses convictions, et il était même prêt à subir des coups ». Le « courage de la vérité est à mes yeux un critère de premier ordre de la sainteté. Ce n'est qu'à partir de sa relation avec Dieu que l'on peut comprendre son engagement pastoral inlassable. Il s'est donné avec une radicalité qui ne peut pas s’expliquer autrement ».

Dans la dernière partie de l’entretien, Benoît XVI rappelle la grande affection qui le liait au futur Saint. « Souvent –  confie-t-il avec une grande humilité – il aurait  pu avoir des motifs suffisants pour me blâmer et pour mettre fin à ma charge de préfet. Toutefois, il m’a soutenu avec une fidélité et une bonté absolument incompréhensibles ». Le Pape émérite cite l’exemple de la déclaration Dominus Jesus  qui a suscité, selon Ratzinger, « une  tourmente ». Jean-Paul II a défendu « sans la moindre équivoque le document », qu’il approuvait «  de manière inconditionnelle ».

" Il n'y a pas de paix sans justice, il n'y a pas de justice sans pardon : voilà ce que je veux annoncer dans ce message aux croyants et aux non-croyants, aux hommes et aux femmes de bonne volonté qui ont à coeur le bien de la famille humaine et de son avenir. "

" Chers jeunes, acceptez que je vous confie mon espérance : vous devez être ces bâtisseurs. Vous êtes les hommes et les femmes de demain ; dans vos coeurs et dans vos mains est contenu l'avenir. À vous Dieu confie la tâche, difficile mais exaltante, de collaborer avec lui pour édifier la civilisation de l'amour. "

Pourquoi l'aime-t-on autant...??

Voir les commentaires

Voir comme Dieu voit...

27 Avril 2014, 07:27am

Publié par Fr Greg.

Voir comme Dieu voit...

l’Esprit-Saint est l’âme, la sève vitale de l’Église et de tout chrétien : c’est l’amour de Dieu qui fait de notre cœur sa demeure en entrant en communion avec nous. L’Esprit-Saint est toujours avec nous, il est toujours en nous, dans notre cœur.

L’Esprit-Saint est « le don de Dieu » par excellence (cf. Jn 4,10), un cadeau de Dieu et, à son tour, il communique divers dons spirituels à celui qui l’accueille. L’Église en distingue sept : un nombre qui exprime symboliquement la plénitude, la complétude ; on les apprend lorsqu’on se prépare au sacrement de la Confirmation et on les invoque dans l’antique prière que l’on appelle « Séquence à l’Esprit-Saint » : sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété et crainte de Dieu.

1 Le premier don de l’Esprit-Saint, selon cette liste, est donc la sagesse. Mais il ne s’agit pas simplement de la sagesse humaine, fruit de la connaissance et de l’expérience. La Bible raconte que Salomon, au moment de son couronnement comme roi d’Israël, avait demandé le don de la sagesse (cf. 1 R 3,9). Et la sagesse est précisément ceci : c’est la grâce de pouvoir voir toute chose avec les yeux de Dieu. C’est simplement cela : voir le monde, voir les situations, les conjonctures, les problèmes, tout, avec les yeux de Dieu. Voilà la sagesse. Parfois nous voyons les choses selon ce qui nous plaît ou selon l’état de notre cœur, avec de l’amour ou avec de la haine, avec de l’envie… Non, ce n’est pas l’œil de Dieu. La sagesse, c’est ce que fait l’Esprit-Saint en nous afin que nous voyions toutes choses avec les yeux de Dieu. C’est cela, le don de la sagesse.

2 Évidemment, cela découle de l’intimité avec Dieu, de la relation intime que nous avons avec Dieu, de cette relation des enfants avec leur Père. Et l’Esprit-Saint, lorsque nous avons cette relation, nous fait le don de la sagesse. Lorsque nous sommes en communion avec le Seigneur, l’Esprit agit comme s'il transfigurait notre cœur et lui faisait percevoir toute sa chaleur et son amour de prédilection.

3 L’Esprit-Saint rend « sage » le chrétien. Pas dans le sens où il aurait réponse à tout, il saurait tout, mais dans le sens où il « connaît » Dieu, il sait comment Dieu agit, il sait quand quelque chose vient de Dieu ou quand ça ne vient pas de Dieu ; il a cette sagesse que Dieu donne à notre cœur. Dans ce sens, le cœur de l’homme sage a le goût de Dieu. Et comme il est important que, dans nos communautés, il y ait des chrétiens comme cela ! En eux, tout parle de Dieu et devient un beau signe vivant de sa présence et de son amour. Et c’est quelque chose que nous ne pouvons pas improviser, que nous ne pouvons pas nous procurer par nous-mêmes : c’est un don que Dieu fait à ceux qui se rendent dociles à son Esprit. Nous avons l’Esprit-Saint en nous, dans notre cœur ; nous pouvons l’écouter, nous pouvons ne pas l’écouter. Si nous écoutons l’Esprit-Saint, il nous enseigne cette voie de la sagesse, il nous offre la sagesse qui consiste à voir avec les yeux de Dieu, à entendre avec les oreilles de Dieu, à aimer avec le cœur de Dieu, à juger les choses avec le jugement de Dieu. C’est cela, la sagesse que nous offre l’Esprit-Saint, et nous pouvons tous l’avoir. Il faut seulement que nous la demandions à l’Esprit-Saint.

Pensez à une maman, dans sa maison, avec les enfants : quand l’un fait une chose, l’autre pense à une autre et la pauvre maman va d’un côté à l’autre, avec les problèmes des enfants. Et quand les mamans sont fatiguées et qu’elles grondent leurs enfants, est-ce que c’est la sagesse ? Gronder ses enfants, je vous le demande, est-ce que c’est la sagesse ? Qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce que c’est la sagesse ou non ? Non ! En revanche, quand la maman prend l’enfant et le corrige doucement et lui dit : « Ça, ça ne se fait pas… » et qu’elle lui explique avec beaucoup de patience, est-ce que c’est la sagesse de Dieu ? Oui ! C’est cela que l’Esprit-Saint nous donne dans la vie ! Ensuite, dans le mariage, par exemple, les deux époux – le mari et la femme – se disputent et après ils ne se regardent plus, ou s’ils se regardent, ils se regardent de travers : est-ce que c’est la sagesse de Dieu, cela ? Non ! En revanche, s’ils disent : « Bon, la tempête est passée, faisons la paix » et ils repartent dans la paix : est-ce que c’est la sagesse ? [- Oui !]. Et bien, c’est cela le don de la sagesse. Qu’elle vienne dans nos maisons, qu’elle vienne chez les enfants, qu’elle vienne chez chacun de nous !

Et cela ne s’apprend pas : c’est un cadeau de l’Esprit-Saint. C’est pour cela que nous devons demander au Seigneur de nous donner l’Esprit-Saint et de nous faire le don de la sagesse, cette sagesse de Dieu qui nous apprend à regarder avec les yeux de Dieu, à sentir avec le cœur de Dieu, à parler avec les mots de Dieu. Et ainsi, avec cette sagesse, nous avançons, nous construisons notre famille, nous construisons l’Église, et nous nous sanctifions tous. Demandons aujourd’hui la grâce de la sagesse. Et demandons-la à la Vierge Marie, qui est le Trône de la sagesse, de ce don : qu’elle nous donne cette grâce ! Merci.

François, Pape.

Voir les commentaires

La vie religieuse rend heureux ?

26 Avril 2014, 08:39am

Publié par Fr Greg.

960x426-ct.jpg

 

— (…) Vous êtes tellement heureux ! On le sent bien. Pourriez-vous me dire en quoi la vie religieuse peut rendre si heureux ?

— La vie religieuse, dans l’Eglise, consiste à vivre pleinement des béatitudes évangéliques à la suite de Marie (dont la consécration plénière à Dieu est, selon la Tradition, la source de la vie religieuse). Or l’Eglise, dans son génie maternel, a très vite compris que pour vivre des béatitudes évangéliques il faut vivre de l’esprit de virginité, de l’esprit de pauvreté et de l’esprit d’obéissance. C’est l’Esprit Saint qui nous fait vivre cette triple consécration : dans l’esprit de virginité, qui livre au Christ toutes nos capacités d’aimer ; dans l’esprit de pauvreté, qui nous fait suivre le Christ pauvre en nous dépouillant de tous nos avoirs et de toutes nos possibilités d’accaparement ; dans l’esprit d’obéissance qui, en nous configurant à l’obéissance d’amour du Christ à la Croix, et en nous faisant coopérer avec ceux qui nous transmettent les volontés de Dieu, nous fait édifier le Corps mystique du Christ.

Cet esprit des vœux, qui se rattache directement aux béatitudes évangéliques, doit assumer toute notre nature humaine dans son épanouissement propre de nature humaine créée à l’image de Dieu. « A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu ». C’est l’exigence de cette filiation d’amour que la grâce met en nous. Par la grâce, nous sommes des enfants de Dieu, et cette grâce qui est reçue au plus intime de notre âme humaine fait que l’enfant de Dieu doit assumer toute l’image de Dieu qui est en nous, toute notre nature humaine. Cette incarnation se fait dans la lutte, parce que nous sommes nés dans le péché et que les conséquences du péché originel en nous s’opposent à l’esprit des vœux. Saint Jean le montre bien dans sa première Epître en parlant des trois « concupiscences » : tendance vers l’orgueil, tendance vers la vanité, tendance vers la chair. Les vœux sont d’abord comme une arme en face de ces trois concupiscences. Mais ils sont plus que cet aspect défensif : les vœux font aussi de nous des serviteurs de Dieu. Je crois que c’est très important : l’Ecriture nous montre quelles sont les trois grandes qualités du serviteur : le serviteur est fidèle, il est doux et il est pauvre. Le religieux est celui qui se donne totalement pour accomplir la volonté du Père qui s’exprime à travers ses représentants sur la terre. Les vœux, enfin, sont au service de notre vie intérieure, pour nous rendre plus dociles à l’Esprit Saint. C’est dans cette vision-là qu’il m’a semblé devoir reprendre toute la vie religieuse, dans cette petite communauté naissante. Les jeunes d’aujourd’hui qui ont la vocation n’ont pas reçu une éducation qui les rende vertueux ! Ils ont même horreur de la vertu ! Je crois que les vocations religieuses d’aujourd’hui demandent que l’on reprenne tout à la source pour que l’exigence de la vertu soit comprise de l’intérieur, par l’amour divin.

 

Vous comprenez alors qu’être ainsi consacré à Dieu, c’est une très grande joie, une joie qui vient d’en haut, pas de nous. La vie religieuse donne, à ceux qui s’y donnent par amour pour le Christ, une joie très profonde. Une joie très intérieure, mais qui ne peut que rayonner. Il faut que dans le monde nous donnions ce témoignage de joie, comme la Vierge Marie l’a donné…

+ MD Philippe Les trois sagesses, pp. 376-378

 

Voir les commentaires

Choeurs...

25 Avril 2014, 06:11am

Publié par Fr Greg.

 

 

Voir les commentaires

Donne moi tes mains

24 Avril 2014, 07:51am

Publié par Fr Greg.

561534_379412252141592_994375055_n.jpg

 


Donne-moi tes mains pour l’inquiétude
Donne-moi tes mains dont j’ai tant rêvé
Dont j’ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé


Lorsque je les prends à mon propre piège
De paume et de peur de hâte et d’émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fuit de partout dans mes mains à moi


Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Qui me bouleverse et qui m’envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j’ai trahi quand j’ai tressailli


Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d’aimer qui n’a pas de mots


Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D’une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d’inconnu


Donne-moi tes mains que mon coeur s’y forme
S’y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement …

Louis Aragon

 

 

Voir les commentaires

L'attachement: un choix? un conditionnement?

23 Avril 2014, 07:00am

Publié par Fr Greg.

 

La théorie de l'attachement est un champ de la psychologie qui traite des relations entre êtres humains. Boris Cyrulnik tente dans cette conférence une approche pluridisciplinaire de cette théorie, qui intègre des données biologiques, affectives, psychologiques, sociales et culturelles. Nous verrons comment est née la théorie de l’attachement au XXème siècle et l’état des recherches actuelles.

 

 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Du minuscule et de l'imprévisible

22 Avril 2014, 21:49pm

Publié par Fr Greg.

Du minuscule et de l'imprévisible
Du minuscule et de l'imprévisible

"L’exceptionnel, c'est l'ordinaire, c'est un visage  c'est une marguerite dans un pré  c'est une parole inouïe entendue quelque part    chaque jour à son poison et pour qui sait voir son antidote

 

 

Du minuscule et de l'imprévisible
Du minuscule et de l'imprévisible

Voir les commentaires

Ô vous frères humains

21 Avril 2014, 08:41am

Publié par Fr Greg.

1781914_589887887760693_1409878273_n.jpg

 

 

 "En vérité, je vous le dis, par pitié et fraternité de pitié et humble bonté de pitié, ne pas haïr importe plus que l'illusoire amour du prochain, imaginaire amour, mensonge à soi-même, amour dilué, esthétique amour tout d'apparat, léger amour à tous donné c'est-à-dire à personne, amour indifférent, angélique cantique, théâtrale déclaration, amour de soi et quête d'une présomptueuse sainteté, vanité et poursuite du vent, dangereux amour mainteneur d'injustice, d'injustice par ce trompeur amour fardée et justifiée, ô affreuse coexistence de l'amour du prochain et de l'injustice (...). Ô vous, frères humains, vous qui pour si peu de temps remuez, immobiles bientôt et à jamais compassés et muets en vos raides décès, ayez pitié de vos frères en la mort, et sans plus prétendre les aimer du dérisoire amour du prochain, amour sans sérieux, amour de paroles, amour dont nous avons longuement goûté au cours de siècles et nous savons ce qu'il vaut, bornez-vous sérieux enfin, à ne plus haïr vos frères en la mort. Ainsi dit un homme du haut de sa mort prochaine." 

 

  Albert Cohen, Ô vous, frères humains.

Voir les commentaires

Jésus ressuscité est présent à tout l'univers!

20 Avril 2014, 08:36am

Publié par Fr Greg.

Resurrection_of_Christ_and_Women_at_the_Tomb_by_Fra_Angelic.jpg

 

La résurrection, au-delà de la joie liturgique et du feu pascal, c’est d’abord l’expérience de l’absence. Absence de signes et de traces visibles. Pas de manifestation ! « Vous cherchez Jésus ? Il n’est pas ici ! » Il n’est pas dans une victoire temporelle ou un ordre naturel idéal ! Il n’est pas dans nos projets liturgique, pas dans un évènement extraordinaire, ou dans notre immanence pieuse : Jésus ressuscité n’est plus de ce monde ! Il n’est plus selon notre conditionnement ou notre psychologie à la recherche d’équilibre ou de guérison intérieure ! Il n’est plus localisable dans le monde physique, il échappe au lieu et au temps : parce qu’Il est encore plus présent, il est LA REALITE, Celui qui s’impose à tout ce qui existe et qui en même temps nous échappe.

 

 Jésus ressuscité, est présent d’une manière incroyable : il est partout présent ; La résurrection, c’est quelqu’un, c’est Jésus qui prend possession de tout l’univers ! Jésus ressuscité : c’est Celui qui nous attend, celui qui nous précède ! Et il est ressuscité pour nous, pour tout vivre avec nous, de l’intérieur. Et cela c’est tout de suite! Dans la foi, nous avons un contact immédiat avec lui, sans aucune distance. Et cela d’une manière telle, que sa résurrection, c’est la mienne : LA REVELATION N’EST PAS UNE VITRINE : donc LA RESURECTION C’EST LE REEL QUI M’ENTOURE: on ne 'respire' plus que du Jésus !


Aussi, on ne peut plus se regarder de la même manière ; On doit tout réapprendre auprès de Lui. Nous sommes déjà habitants du ciel, puisque tout en étant sur la terre -avec tout ce qui fait son poids quotidien- il vient nous prendre et nous épouser dans tout ce que nous sommes.

 

C’est cela que les femmes qui ont courus au tombeau doivent annoncer. Comment ? Pas par des mots, des consolations, des raisonnements ou des chocolats!  C'est vrai, on aimerait tellement prouver aux autres qu'on a ‘raison’ de croire à la résurrection! Et pourtant, même Jésus n'a pas cherché à prouver. Il aurait pu apparaitre à Hérode, à Pilate ou aux grands-prêtres au matin de Pâques: imaginez ces grands prêtres, dormant avec leurs phylactères, plein de leurs projets bien pieux, de quête de perfection toute humaine et bien moralisante, réveillés par une apparition de Jésus ressuscité: la cata pour eux...!  Non, Jésus ne s'impose pas de l'extérieur et la résurrection, cette présence victorieuse qui réordonne tout, cette attraction substantielle qui nous prend, est une victoire cachée.

 

C'est une victoire dont on est témoin en en vivant comme ce qui transfigure nos liens personnels, nos liens fraternels: Jésus est présent à travers chacun de ceux qui me sont donnés; Ce qui signifie que tout ce qui est en dehors de liens personnels est faux, contraire à ce que nous sommes et à la résurrection. 

 

Si nous sommes encore mort, c'est que nous restons dans notre générosité, dans ce que l'on fait, dans ce qui vient de nous, dans nos méthodes et nos trucs, et que l'on ne s'est pas livré jusqu'au bout à un autre dans un don personnel. La résurrection est une nouvelle vie, si tout en nous est pour l'amour d'un autre, pour être accueil et don personnel, pour être livré jusqu'au bout, définitivement.

 

 

Fr Grégoire.

Voir les commentaires

Le mystère du sépulcre

19 Avril 2014, 09:03am

Publié par Fr Greg.

Shroud.jpg

 

Jésus a été condamné comme un blasphémateur, rejeté par les grands prêtres comme ayant usurpé le titre de Fils de Dieu : il déclarait Dieu son Père !

Et Jésus est condamné, parce qu'il est de trop pour les hommes! Jésus est coupable de trop d’amour : il ne respecte pas les Lois, trop engagés dans la vie des personnes ! C’est un amour trop fort, trop exigeant pour l’homme. C’est une trop grande lumière, insupportable pour nos yeux trop humains. Cela dérange : n'est-ce pas du relativisme face à l’absolu de la loi ?! Un homme, ami des pécheurs, mangeant avec les publicains et les prostituées: mais voyons, n'avait-il pas une double vie alors? C'est trop louche...

 

Et ça demeure toujours. L’humanité d’aujourd’hui condamne Jésus. Les opinions des hommes, les racontars et les dire des grands prêtres ont avec eux le prestige et la puissance ! Et puis, dame : il n’y a pas de fumée sans feu : s’il est condamné, c’est qu’il y a faute !

Si Jésus a été condamné à mort, chaque chrétien lié à Jésus sait qu’il peut connaître le même sort que Lui, qu’il peut lui aussi être rejeté, mis au ban de la communauté dans laquelle il est ; qu’il peut être abandonné de ceux qui devraient l’aider et le soutenir : les autorités temporelles. 

 

Jésus a accepté de se taire et de prendre la dernière place pour montrer au Père qu’une seule chose compte à ses yeux : l’accomplissement de sa volonté. C’est pour ça que Jésus aime la Croix : c’est parce que la révélation de la bonté du Père, de son attraction sur nous passe par cette offrande silencieuse de tout lui-même!

 

Et Jésus pardonne à la croix, pardonne à ceux qui l’ont trahis, qui ont livrés ses secrets, qui l’ont blessés dans ce qu’il avait de plus vulnérable, en se faisant l'agneau qu'on mène à l'abattoir, en acceptant de disparaitre. 

 

Il doit disparaitre: tel est le jugement des hommes: il est trop dangereux, il doit disparaitre!

Son corps cadavérique doit être remis à la terre. Il n’y a plus de corps, plus de souffrance visible pour compatir.

Il n’y a plus rien.  C’est l’absence, le vide.

Séparée du cadavre de son Fils, Marie vit la descente aux enfers. Elle vit cette brisure, cet état cadavérique, ce silence de mort.

Il n’y a plus que l’abandon, il n’y a plus que la brutalité des faits : c’est la violence de la mort, de la mise au tombeau, qui plongent ceux qui restent dans une solitude totale : être là, comme inutile, dans un pâtir à l’état pur.

L’Eglise -et donc chaque chrétien- doit vivre le mystère du Sépulcre : c’est son ultime étape, la dernière étape avant le retour du Christ. Cette étape, on peut dire que l’église l’a toujours vécue, comme elle a toujours vécu de l’Agonie et de la Croix. Mais il y aura un moment - et nous y sommes peut-être - où l’Église devra vivre, d’une manière toute particulière, de ce mystère du Sépulcre.

 

fr Grégoire.

Voir les commentaires

La Sagesse de la Croix

19 Avril 2014, 06:51am

Publié par Fr Greg.

descente_de_croix_jean_fra_angelico_detail--2-.jpg

 

 

Le sommet, c’est la Croix du Christ : on ne peut pas aller plus loin. Tout le mystère de l’Incarnation est pour cela, pour que la nature humaine présente dans le Christ soit l’Agneau. A partir de la Croix du Christ, notre humanité est agneau, et c’est cela notre vocation. Il n’y a que dans l’Evangile de Jean que l’Esprit Saint, par Jean-Baptiste, a dit : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1, 29 et 36).

 

L’Esprit Saint le dit donc pour chacun d’entre vous et vous devez le redire tous les matins : « Voici l’Agneau de Dieu ». Cela nous aide prodigieusement à accepter toutes les difficultés, toutes les incompréhensions – car il y en a forcément, il ne peut pas en être autrement. Jésus a été parmi les hommes, l’incompris par excellence : il était trop grand… et il était trop petit. Les hommes aiment in medio stat virtus – la vertu est au milieu de deux extrêmes -, et là on est à l’aise ! C’est ce que Descartes a compris et c’est ce que, à sa suite, nous comprenons : « pas trop à droite, pas trop à gauche, au milieu stat virtus ».

 

Oui, la vertu s’installe là, au milieu, entre les deux extrêmes. Et notre vie chrétienne, c’est les deux extrêmes ; notre vocation chrétienne, c’est la vocation de l’Agneau, et l’Agneau, c’est l’offrande de tout nous-mêmes pour devenir la nourriture de nos frères. Jésus est l’Agneau, la nourriture des frères ; il est le véritable Agneau pascal pour nourrir ses frères, pour les rassembler, pour leur apprendre à s’aimer. Ils s’aiment dans le Christ et par lui.

 

 

fr Marie-Dominique Philippe.

Voir les commentaires

Sagesse de Dieu

18 Avril 2014, 21:45pm

Publié par Les trois sagesses

Cet article est reposté depuis une source devenue inaccessible.

Sagesse de Dieu

Tous les actes de la vie du Christ, ceux que l’Écriture nous transmet (et non ceux que nous pourrions imaginer) ont force d’exemple, ils sont pour nous les modèles de notre vie chrétienne. Mais l’acte qui commande tous les autres, celui qui est le sommet, le point culminant de la vie de Jésus parmi nous, celui où Notre-Seigneur accomplit pleinement sa mission, c’est l’acte de la Croix. C’est pour l’accomplissement de cet acte unique qu’il est venu. C’est par la Croix que Jésus nous manifeste les exigences ultimes de l’unique précepte d’amour envers Dieu et le prochain. C’est le Christ crucifié qui, par la vertu de Dieu, a été établi notre « Sagesse » (cf. 1 Co 1,30).

Après la Cène et sur le point de quitter le Cénacle, Jésus déclare : « Il faut que le monde sache que j’aime le Père et que j’agis comme le Père me l’a ordonné. Levez-vous ! Partons d’ici » (Jn 14,31). C’est donc bien pour accomplir la volonté du Père qu’il se rend à Gethsémani, et Gethsémani est la phase initiale du mystère de la Croix. Si Jésus se dirige vers Gethsémani, c’est à la fois pour accomplir la volonté du Père et pour se donner complètement à nous. N’avait-il pas dit : « La volonté de celui qui m’a envoyé est que je ne perde rien de ce qu’il m’a donné » (Jn 6,39) ?

L’acte de la Croix qui termine tous les autres actes de la vie terrestre du Christ a donc, du point de vue de la théologie spirituelle, une importance capitale ; il doit en être le centre puisque c’est de là que rayonne toute lumière de sagesse. Mais si la Croix reste le centre de la grande manifestation d’amour, nous ne devons pourtant jamais la séparer du mystère de la Résurrection, car du point de vue de la foi ces deux mystères sont inséparables. Le mystère de la Croix est une « Pâque », un passage, transitus ad Patrem (cf. Jn 13,1), et le mystère de la Résurrection manifeste cette entrée glorieuse dans la demeure du Père.

Certes, l’Esprit Saint peut très bien, à certains moments de notre vie et selon son bon plaisir, nous faire vivre exclusivement le mystère de l’Agonie et de la Croix, il peut nous y cacher complètement, nous engloutir dans cette absolue tristesse et cette souffrance totale ; mais notre foi ne peut exclure le mystère de la Résurrection.

Aussi bien pourrons-nous vivre, à d’autres moments, des mystères de gloire ; mais n’oublions pas que, sur terre, la grande lumière de sagesse nous vient de la Croix et que la véritable expérience de gloire – la vision béatifique – est pour le ciel.

En définitive, nos expériences divines restent toujours réglées par la foi ; elles n’en épuiseront jamais le mystère, elles doivent toujours se dépasser elles-mêmes pour adhérer plus divinement au mystère lui-même. La vie contemplative ne peut se situer qu’au niveau de la foi et de la charité ; ses expériences, si éminentes soient-elles, ne sont que des jalons sur le chemin qui mène à la plénitude de la lumière révélée, cette lumière qui est contenue dans les mystères de la foi et possédée, dès ici-bas, par la charité.

Si du point de vue de la foi nous séparions ces mystères, nous risquerions, en ne regardant que la Croix, de perdre pied et de désespérer et, en ne considérant que les mystères de gloire sans plus adhérer à la Croix, de tomber dans l’illusion ou dans toute espèce de messianisme.

Marie-Dominique Philippe, OP, Le mystère du Christ crucifié et glorifié, Préface

© Librairie Arthème Fayard

Voir les commentaires

L'Agneau: Jésus et Marie, le Christ et chacun dans l'Eglise

18 Avril 2014, 06:40am

Publié par Fr Greg.

agnusd_peint_006.jpg

 

 

Jean nous dit de Marie qu’il la « prit chez lui », mais il ne nous dit pas comment, il ne nous dit pas en quoi cela consiste. (…) Recevoir Marie, prendre Marie, est donc bien un mystère de foi, et non une affaire de dévotion. Et prendre Marie, c’est lui demander constamment d’exercer sur nous en plénitude sa maternité ; car elle ne peut l’exercer que si nous lui demandons.

 

Voilà qui enlève toute espèce d’imagination de solitude, de rêve d’ermitage. Car cela peut arriver. On a des rêves d’ermitage, on pense que si on était seul, on serait contemplatif, ou bien on rêve d’ « une communauté plus contemplative ». ( …) A cela je réponds : « Soyez contemplatifs, et vous ferez la communauté contemplative ». Parce qu’il n’y a pas de communauté contemplative, il n’y a que des contemplatifs.

 

A la croix, Jean est seul, mais d’une solitude qui n’est pas le désert – c’est le moins que l’on puisse dire ! Normalement, le désert est silencieux et il sent bon, parce qu’il y a du vent et qu’il n’y a personne ! La Croix, elle, est le lieu des voix discordantes et aussi, comme le souligne saint Thomas, un lieu « fétide » parce que les cadavres corrompus s’y entassent. Le désert, parfois, fleurit, et c’est merveilleux. Alors on rêve à cela (il y a des gens qui toute leur vie, rêvent d’être dans un autre lieu que celui où ils sont). Le lieu de saint Jean, c’est Marie – un point c’est tout. Il faut que notre foi aille jusqu’au bout de ce réalisme, et donc que toutes les imaginations disparaissent. Les imaginations, ce n’est pas la foi ; et on doit lutter contre tout cela, comme on doit lutter pour que  la sincérité fasse place à la vérité. Quand on imagine on est sincère, oui, sincère avec soi-même, sincère avec son imagination ; mais on n’est pas dans la vérité. La vérité, c’est que Marie est donnée à Jean. La vérité, c’est de recevoir la parole de Jésus : « Voici ta mère ». Et on trouve, auprès de Marie, la solitude la plus totale qui soit. La solitude du désert n’est rien à côté de la solitude du cœur de Marie.

 

La solitude du cœur de Marie, voilà la vraie solitude, pour Jean et pour nous. Et il faut avoir le courage d’y entrer. Je dis bien « le courage », parce que la foi est toujours une épreuve. Pourquoi esquive-t-on la foi ? Pourquoi s’installe-t-on dans l’imaginaire ? Parce que c’est beaucoup plus facile ! Et on  y est bien : c’est notre imaginaire. Tandis que Marie, on ne peut pas dire que ce soit notre imaginaire : c’est le chef-d’œuvre de Dieu pour nous.

 

Marie est le chef-d’œuvre de Dieu à la Croix. Et elle est le chef-d’œuvre de Dieu, du Père et de l’Esprit Saint, pour nous.(…) Elle est là parce que c’est la volonté du Père, et elle a choisi cette volonté du Père. C’est le calice qu’elle doit boire jusqu’au bout. Voilà la vraie solitude : c’est le calice qu’on doit boire jusqu’au bout, la solitude de l’Agonie, la solitude de la Croix. Dans la solitude de l’Agonie, Marie n’est pas dans le même lieu que Jésus. Elle est seule, et Jésus est seul ; ils ne sont pas présents physiquement l’un à l’autre. A la Croix, ils sont présents l’un à côté de l’autre, mais dans un abîme d’adoration. Or quand on adore, on est toujours seul ; et quand on adore à la Croix, on n’est pas  dans une sorte d’union sensible qui réaliserait une fusion ou une identification, comme disent les psychologues. L’unité profonde avec Jésus, c’est dans la foi, l’espérance et la charité, au-delà de la sensibilité. L’Esprit Saint peut nous donner une expérience divine qui se répercute dans notre sensibilité, mais on ne s’y arrête jamais : on est toujours au-delà. Et dans l’adoration, on est dans un abîme de solitude en face de Dieu.

 

Il faut beaucoup demander à l’Esprit Saint de vivre de l’adoration de Marie dans la solitude, dans l’Agonie. L’Agonie n’est pas au niveau psychologique ; elle est au niveau divin, dans la foi, l’espérance et l’amour. (…) Il faut demander à l’Esprit Saint de nous donner l’expérience divine du cœur de Marie qui est notre désert. Une fois qu’on a vécu du cœur de Marie comme étant notre désert, on y revient toujours ; et toutes les nostalgies imaginatives du désert disparaissent, parce que Marie est plus que tout cela. Elle est le désert de Dieu, le désert du Christ.

 

Celle qui nous est donnée, c’est la Femme qui ne fait plus qu’un avec Jésus crucifié. Celle qui est toute tournée vers Jésus et toute tournée vers nous et elle est donnée à chacun d’entre nous d’une façon unique. Recevons-la comme elle nous est donnée, sans loucher comme Caïn qui, louchant sur Abel, oublie d’adorer. Abel, lui, adore, il ne s’occupe pas de Caïn : mais Caïn s’inquiète d’Abel.

 

 

M.D-Philippe, J’ai soif.

Voir les commentaires

C’est le silence qui transmet le mieux l’amour

17 Avril 2014, 09:09am

Publié par Fr Greg.

C’est le silence qui transmet le mieux l’amour

C’est l’Eucharistie qui vient nous introduire et nous faire vivre tout de suite du don de Jésus à la croix et de sa nouvelle présence de ressuscité. Et c’est l’eucharistie qui est la clé pour laisser ce don nous prendre ; Or St Jean ne dit rien de ce don. Rien ! Pourquoi ? Pourquoi ce silence...??

La parole permet de nommer les choses, mais elle garde un caractère universel, abstrait : on peut la répéter. Or l’eucharistie, l’offrande de la croix et la résurrection c’est un don personnel, individuel, unique, qui ne peut se dire.

Ce don c’est le testament que Jésus nous laisse comme nous a été laissé des œuvres d’art, des livres, des peintures, des musiques, des lieux incroyables… Le testament de Dieu, de l’ami divin et humain, l’héritage qui m’est remis, dont je peux user comme bon me semble, ce qui a été acquis pour moi, qui est ma propriété, mon bien propre, c’est Jésus –le Verbe- livré au Père et aux hommes. Et ça c’est mien comme quelque chose d’acquis!

Ce que Jésus réalise n’est pas dans le prolongement de l’Ancien testament, de nos désirs d’homme religieux, prudents, morals, ou pour l’épanouissement de ce qui est le plus humain en nous, ou pour épanouir toutes nos capacités. C’est quelque chose qui vient d’en haut, quelque chose de complétement nouveau et c’est pour cela que nous sommes perdus, déroutés et même scandalisés : c’est de la gratuité pure !

C’est un secret personnel, une pure attraction divine, substantielle, qu’aucun culte rite liturgique ou chant de paroisse ne pourra dire. Et de fait, ce don ce n’est pas d’abord un rite ou un culte ! C’est un pur don d’amour, silencieux. Il est là pour moi comme un nouveau soleil ou un nouveau ciel qui n’aurait pas de but en soi sinon d’être là! Et il laisse passer devant lui tous les artistes, tous les gens pieux, religieux, prudents, intellectuels : c’est un don pour les enfants, pour les simples, pour les handicapés…

C’est une rupture que Jésus réalise et qu’il réalise à travers un geste : «  Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, le dessein de le livrer, Jésus sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et, prenant un linge, il s’en ceignit. Puis il met de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint ».

Jésus –qui est le Maître, le Seigneur, Il le dit lui-même - qui est Dieu, se fait le serviteur et il lave les pieds à ses disciples. Il y a là un passage et de fait un scandale : c’est un passage, « la Pâque », celui d’une nouvelle ‘connaissance’, personnelle, intime, de Dieu dans ce geste de Jésus. Dieu qui fait le geste de l’esclave ! Voici le nouveau passage de Dieu ! C’est Dieu qui se fait totalement relatif à nous ! C’est un geste où Il se donne tout entier. C’est un geste qui est pour chacun, le geste du pardon.

Le geste manifeste un lien que l’on voudrait personnel. L'amour réclame cette sortie de soi, de nos schèmes d'homme prudent, de nos raisonnements. N’est-ce pas de découvrir que -d’une façon tangible- l’amour est au-dessus de tout ordre, parce que Dieu est amour, et il en est toujours la Source. Donc, l’amour est au-dessus de tout ! C’est l’amour qui fait connaitre, c’est l’amour qui nous fait voir Dieu, c’est l’amour qui réalise l’unité ! Et Jésus nous le fait toucher, en faisant –et c’est toujours actuel pour nous- ce geste du lavement des pieds, le geste de l’esclave. Jésus se met au service de Pierre, au service de Jean, au service même de Judas puisqu’Il veut lui pardonner. Et il lui pardonne en se faisant responsable de sa faute, comme si c’était lui-même qu’il l’avait commise !

Le pardon implique un don dans l’amour. Parce que pardonner par la parole, dire à quelqu’un : je vous pardonne, c’est relativement facile. Cela nous prend 30 secs et on oublie ! On ne s’en occupe plus, on laisse tomber pour avoir la paix. Tandis que là, le pardon dans un geste ou l’on se donne, c’est très différent. Le geste est tout à fait personnel. Toute l’Incarnation est pour le lavement des pieds. Parce que par l’Incarnation, Dieu lave les pieds de ses disciples et même de celui qui trahit, ça va jusque-là, de façon tangible.

Il y a là quelque chose que l’on doit regarder avec crainte et qui révèle la grandeur de tout amour : l’amour humain est toujours l’appel, l’attente du don personnel de Dieu pour nous ! On ne peut donc jamais formaliser, juger de l’extérieur, ou donner un ordre d’obéissance à propos d’un lien personnel ! Il n’y a rien au-dessus, car tout lien dans l’amour est un appel et touche déjà quelque chose d’éternel !

 

Et c’est le lavement des pieds a ouvert Jean à cette nouvelle relation auprès de Jésus. Dans le lavement des pieds, Jésus fait le geste de l’esclave, donc du serviteur par excellence. Par l’institution de l’Eucharistie, Jésus, par sa toute puissance, comme Il est Dieu, nous donne son Corps comme aliment sous le signe du Pain. L’aliment le plus simple, le plus commun. L’aliment c’est le serviteur du vivant. Serviteur d’une façon radicale, puisque il perd ce qu’il est, pour celui qui s’en nourrit.

Et donc, Jésus veut nous apprendre combien Il se met à notre service. C’est vrai, ce n’est plus du pain, c’est le Corps du Christ : « Ceci est mon Corps ». On comprend que c’est aller jusqu’au bout, on ne peut aller plus loin. Dieu se donne comme pain. C’est le don que seul Dieu peut faire ! C’est sa toute puissance qui est au service de son amour, elle est toujours au service de son amour.

Jean veut mettre en pleine lumière cet ordre nouveau : que Celui qui est le Maître, Celui qui est le seigneur, n’hésite pas de faire le geste de l’esclave. Donc de bouleverser cet ordre hiérarchique et de faire comprendre qu’il y a un ordre d’amour beaucoup plus profond, beaucoup plus radical, parce que au point de vue hiérarchique, ce n’est pas compréhensible ; Et on comprend la réaction de tous les talibans de l’ordre hiérarchique : non, non et non ! Ne fais pas ce geste-là, il faut que tu restes, vraiment Maître et Seigneur ! Or, Jésus nous demande de dépasser cet ordre-là, humain, pour être pris par son don. La nouvelle alliance, c'est une reprise totale dans l’amour, ou chacun, petites créatures, êtres seconds qui trouvons avec peine ce qui est à portée, sommes élevés à la dignité de Dieu! Dieu se fait pain pour qu'on 'apprenne' à nous nourrir de Lui!

 

C’est Marie, celle qui a reçu chaque initiative de Dieu comme un secret, dans l'amour, qui nous montre comment en vivre: par l'amour et la pauvreté. L'amour nous fait être accueil et don, et la pauvreté nous cache, nous garde de tout retour sur nous mêmes, nous empêche de posséder l'amour, et nous fait accepter de pouvoir être comme ignoré. L’Eucharistie, silence d’amour de Dieu pour nous, réclame cela. C’est le geste éternel -actuel- de Dieu qui est don dans tout ce qu'il est; cela c'est  ce que nous sommes en vérité. 

 

Fr Grégoire.

 

Voir les commentaires

L'Agneau et l'Epoux

17 Avril 2014, 09:08am

Publié par Les trois sagesses

Cet article est reposté depuis une source devenue inaccessible.

L’Agneau, c’est la miséricorde ; et c’est la passivité de l’état victimal. Etant la passivité, l’Agneau ne s’explique pas : Jésus n’a pas expliqué à Marie le chemin de la Croix. L’Agneau se tait : « Muet, il n’ouvre pas la bouche » (cf. Is 53). Et cela, c’est très rude : tant qu’il y a une explication, on s’appuie sur elle. Marie n’a aucune explication pour vivre du mystère de l’Agneau : elle est la Vierge qui suit l’Agneau partout où il va (cf. Ap 14). Elle s’appuie sur les paroles du Christ mais la parole de Dieu n’est pas une « explication ». Et le Samedi Saint, dans le mystère du sépulcre, c’est le silence le plus absolu, un silence substantiel. Il n’y a plus d’œuvre mais un état victimal radical. L’œuvre est accomplie : « Tout est achevé » (Jn 19) et il est remis à la terre, dans le sépulcre, dans cet état ultime de passivité de l’Agneau, la passivité de la mort.

Pourquoi, dans le mystère de l’Agneau, Jésus va-t-il jusqu’à se servir de la mort ? Parce qu’elle porte une passivité substantielle : il est remis à la terre pour qu’il y ait l’initiative de Marie et sa propre passivité dans l’amour. Si Marie n’était pas la Femme, celle qui est une avec l’Époux qui l’entraîne dans son mystère d’Agneau, elle ne pourrait pas le supporter. En effet, la pure passivité est inintelligible, elle fait trébucher, elle est la pierre de scandale. Pourquoi celui qui est la Force de Dieu se laisse-t-il faire de cette façon ? Pourquoi se laisse-t-il ainsi massacrer par les hommes ? « Muet, il n’ouvre pas la bouche » : il ne donne pas d’explication. Celui qui est l’Époux, qui est le prêtre, a comme ultime initiative de s’offrir lui-même comme Agneau : son sacerdoce s’achève dans un état victimal ; et il y entraîne Marie, la Femme.

Cela est vrai dans notre propre vie. La vie contemplative chrétienne, à la suite de Marie, nous entraîne dans une passivité, celle de l’Agneau, sans explication, ce qui peut nous révolter. Le mystère de la Compassion de Marie la fait entrer dans le mystère de l’Agneau, et réalise une unité dans le silence, dans une plénitude d’amour, de foi et d’espérance, sans plus aucune œuvre, d’une certaine façon. Il y a l’œuvre de la Croix ; puis il y a quelque chose d’ultime, qui comporte le dépassement de l’œuvre : cette passivité substantielle de l’Agneau, qui plonge le cœur de Marie dans un silence substantiel et dans l’adoration du dernier sabbat. Il n’y a plus que la foi et l’espérance pour que l’amour soit plénier : Marie n’a pas « compris » quelque chose, elle est entrée dans un mystère. Et sans l’amour on n’y entre pas : on en reste au scandale de la Croix et on s’arrête en chemin.

Si l’Agneau est l’achèvement du sacerdoce du Christ, il est l’acte ultime de l’Époux : la passivité ultime de l’Agneau fait donc comprendre la jalousie d’amour, la préférence d’amour de Jésus pour Marie. Il est l’Époux qui la regarde comme la Femme et l’aime d’un choix d’amour unique. La plénitude de foi de Marie fait qu’elle n’a jamais remis en cause l’amour de l’Époux, même dans le plus grand abandon, dans le délaissement apparent le plus extrême, dans le dépouillement ultime du sépulcre. Nous, quand nous oublions le choix de préférence du Christ, quand il se tait, nous commençons à demander des comptes et nous revenons au niveau de la justice. Nous oublions la gratuité de l’amitié. Le silence de Jésus Agneau n’est pas le signe qu’il ne nous aime pas : c’est au contraire le signe de sa préférence d’Époux qui nous fait totale confiance et nous choisit. L’Époux est celui qui dit : « Je t’aime à ce point que tout est unique entre nous ». « Qu’y a-t-il entre toi et moi, femme ? » (cf. Jn 2), il n’y a rien entre nous qui soit une séparation. « Qu’y a-t-il entre toi et moi ? Mon heure n’est pas encore venue ». Jésus montre par là qu’elle est celle qui est parfaitement une avec lui et coopère donc parfaitement à son œuvre propre. Jésus ne dit pas du tout : « De quoi te mêles-tu ? », comme beaucoup l’interprètent malheureusement. C’est l’inverse : c’est la jalousie d’amour du choix de l’Époux, qui établit une totale confiance, une unité parfaite dans l’amour.

Et lorsqu’il devient l’Agneau, lorsqu’il s’efface, il n’est pas moins l’Époux : il est encore l’Époux dans sa jalousie d’amour, ce que le Cantique des cantiques montre tellement. C’est l’Époux qui a l’initiative et il s’efface, non pas parce qu’il est infidèle dans l’amour, mais pour que la Bien-aimée comprenne que l’amour va jusque-là : dans l’effacement, le silence, l’absence, – « Il est bon pour vous que je m’en aille ». C’est encore la jalousie de son amour d’Époux, qui la fait entrer dans un amour tellement gratuit qu’il porte même le silence, l’absence, et jusqu’à la mort : c’est un amour de résurrection, c’est un amour de gloire.

L’amour de l’Époux est Celui même de Dieu : il finit par être un amour glorieux, un amour victorieux de tout ; il n’y a plus que l’amour. Et si Jésus accepte cette passivité de l’Agneau, s’il se laisse mener comme l’agneau à l’abattoir (Is 53), c’est pour qu’il y ait l’initiative de l’Épouse qui coopère et découvre le secret de l’amour divin, le mystère personnel de l’Esprit Saint Paraclet, à travers la passivité la plus grande. A travers l’Agneau, à travers le geste ultime de l’Agneau, la blessure du Cœur, à travers le silence victimal ultime de l’Agneau, du Verbe devenu chair, Marie découvre l’amour de l’Époux dans ce qu’il a d’ultime. Elle y coopère en entrant pleinement dans l’intention du Père. A la Croix et dans le mystère de sa Compassion, elle vit pleinement selon l’intention du Fils qui glorifie le Père (cf. Jn 17). Elle y entre, dans une unité plénière : l’époux et l’épouse vivent l’unité dans l’amour. Elle est pleinement la bien-aimée, dans une unité parfaite.

 

M.-D. Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

Voir les commentaires

Jésus crucifié, libération pratique de toutes bien-pensances !

16 Avril 2014, 05:27am

Publié par Fr Greg.

1537953_604063996343082_1569892295_o.jpg

 

Le monde pour lequel la lumière vient, c’est l’homme blessé par le péché, la femme adultère, la samaritaine, le bon larron qui manifestent chacun de nous dans sa misère !

 

Le péché marque toutes personnes de notre humanité ! Même si certains, en quête d’exemplarité, de modèle rassurant plutôt manichéen ou marqués par un puritanisme qui se doit être efficace, réussissent à se les cacher apparemment. Or ces quêtes de perfection manifestent comme encore plus combien la grande misère de l’homme, c’est qu’il n’aime plus ! Nous sommes des rationnels, des gens logiques, prudents, obsédés du résultat, des choses propres, du quand dira-t-on, des opinions et des images de nous-même qui flattent notre ego ! Cela parce que nous sommes errants et qu’on ne sait plus ce qu’est Dieu. Dieu substantiellement Amour. Dieu excessivement donné. Dieu Père de l'homme.

 

Devant notre misère, est-ce que Jésus nous rabaisse en nous réduisant à nos fautes ? Non, il nous relève. Plus que cela : il nous ‘punit’ en se donnant à chacun, sans condition et au-delà de notre conscience ! Tel est l’évangile, la LUMIERE du chrétien !

 

Jésus s’est fait proche, a pris nos fautes, pour nous dire le Père comme il le connait. Et, la grande tentation des hommes en général et des chrétiens en particulier, c’est de se replier sur eux-mêmes par orgueil, de chercher un salut visible, temporel, politique, et de croire que l’on peut se sauver par soi-même ou bien par orgueil encore de s’enfoncer dans le désespoir !

 

Jésus vient nous apprendre à nous servir de notre misère pour nous laisser connaître et aimer par Dieu. Dans sa miséricorde, notre péché n’est plus un obstacle ! La miséricorde de Dieu est cet amour violent qui emporte tout, pour lequel nos fautes sont rien, ou plutôt la porte d’accès à la bonté du Père.

La miséricorde c’est cet échange merveilleux: le Fils a pris la place des pécheurs pour que, devenus semblables à lui, dans la foi, nous vivions dès maintenant la vie du Fils.

 

Toute la lutte vient du refus de la miséricorde par les Pharisiens. La lutte ultime est toujours cela : l’orgueil nous conduit à ne pas vouloir que la paternité de Dieu passe dans toute notre vie en faisant de nous ses enfants. Nous préférons alors être  ‘les fils du diable’, ceux qui jugent, qui se font mesure ! C’est très éclairant pour toutes les époques de l’Église, mais en notre temps d’une façon toute particulière. La lutte du pharisaïsme contre Jésus est actuelle.

 

Nous comporter en Pharisiens, c’est se croire capable de juger, de mesurer nos actes, se mesurer soi-même, là ou on croit que l'on est, ce dont on est capable etc...  cette métatentation ou l'homme se fait sa propre mesure. Discerner par soi le bien du mal, tentation première ou l'on veut être à soi-même un dieu c'est se faire juge de soi-même!  Etant juge de ce que l'on est, en nous posant comme mesure, on devient justicier des personnes ! C'est cela la faute la plus terrible : non pas les fautes qui touchent notre corps et nous humilie parce qu'elles sont manifestes et visibles; mais LA faute, c'est ce jugement ou l'on est sûr de nous-même; cette certitude qui fait que l'on se pose mesure de ce que fait l'autre, et qui nous fait chercher à separer le bon grain de l'ivraie ! "vous dites nous voyons, c'est pourquoi votre péché demeure" Jn 9,41.

C'est le propre des bien pensants, de ceux qui représente le BIEN, les tolérants, les gentils, ceux 'ouverts à l'autre' et à la différence... intolérants envers ceux qui ne pensent pas comme eux...

 

Vivre de la miséricorde, c’est se reconnaitre pauvre et aveugle : ne pouvant savoir la signification des permissions, des lézardes que nous portons. C'est s'en remettre à Dieu seul; C'est donc choisir la pauvreté spirituelle, celle qui fait qu'on suspend son jugement et qu'on demeure dans un état de manque du coté de la connaissance; C'est choisir de ne pas savoir, et de demeurer dans une obscurité certaines face à des états qui sembleraient désespérés ou inefficace apparement... C'est donc s'en remettre à Celui qui est dans sa personne la lumière ! Jésus seul est la lumière du monde. Nous ne sommes pas lumière pour nous. Lui seul -à la croix surtout- nous dit qui nous sommes et pourquoi nous vivons tel ou tel état; Là il est lumière pour nous, en lui nous voyons qui nous sommes; et par lui nous le devenons, si nous vivons actuellement de cette seule lumière, de cet amour qui s'abaisse jusqu’à la folie !

 

Fr Grégoire

Voir les commentaires

La confiance selon Bobin

15 Avril 2014, 08:14am

Publié par Fr Greg.

 

599090_432818470134303_2034058570_n.jpg

 

 

 

 

Voir les commentaires

Nos misères, moyens divins...

14 Avril 2014, 06:46am

Publié par Fr Greg.

 

8775_438038116279005_755940921_n.jpg

 

« Nous nous arrêtons bien souvent à de faux obstacles, à des obstacles qui sont des moyens. Nous nous arrêtons à notre faiblesse, à notre pauvreté, à notre misère, à notre manque d'intelligence, à notre manque de sainteté... telle que nous la concevons.

 

               Eh non! Tout cela est moyen pour purifier notre foi. La misère qui nous enveloppe, les plaies que nous portons, la faiblesse dont nous sommes pétrie, l'absence de vertu, le manque d'intelligence pénétrante, je dis que tout cela est moyen. La foi doit se dresser en quelque sorte sur toute cette pauvreté. Si cette pauvreté n'existait pas, il faudrait la créer, pour pouvoir s'appuyer sur elle et pénétrer en Dieu ».

 

 

P. Marie Eugène de l'Enfant Jésus.

Voir les commentaires

Voici le temps de la miséricorde !

13 Avril 2014, 07:51am

Publié par Fr Greg.

1528758_567882546627894_1639768906_n.jpg

 

Jésus qui traverse les villes et les villages. Et c’est curieux. Quel est le lieu où Jésus était le plus souvent, où l’on pouvait le trouver le plus facilement ? Sur les routes. Il aurait pu passer pour un sans-abri, parce qu’il était toujours sur la route. La vie de Jésus était sur la route. Il nous invite surtout à saisir la profondeur de son cœur, ce qu’il ressent pour les foules, pour les gens qu’il rencontre : cette attitude intérieure de « compassion », en voyant les foules il en eut compassion. Parce qu’il voit les personnes « fatiguées et épuisées, comme des brebis sans berger ». Nous avons entendu si souvent ces paroles que peut-être n’entrent-elles pas avec force. Mais elles sont fortes ! Un peu comme ces nombreuses personnes que vous rencontrez aujourd’hui dans les rues de vos quartiers… Et puis l’horizon s’élargit et nous voyons que ces villes et ces villages ce sont non seulement Rome et l’Italie, mais le monde… et ces foules épuisées sont les populations de tant de pays qui souffrent des situations encore plus difficiles…

Alors nous comprenons que nous ne sommes pas là pour faire une belle retraite spirituelle au début du carême, mais pour écouter la voix de l’Esprit qui parle à toute l’Église en ce temps qui est précisément le temps de la miséricorde. Cela, j’en suis sûr. Ce n’est pas seulement le carême ; nous vivons au temps de la miséricorde, depuis au moins trente années, jusqu’à maintenant.

1. Dans toute l’Église, c’est le temps de la miséricorde

C’était l’intuition du bienheureux Jean-Paul II. Il a eu du « flair » : nous sommes dans le temps de la miséricorde. Pensons à la béatification et à la canonisation de sœur Faustine Kowalska ; ensuite il a introduit la fête de la Divine miséricorde. Il a avancé peu à peu, et il a continué d’avancer dans ce sens.

Dans son homélie pour la canonisation, en l’An 2000, Jean-Paul II a souligné que le message de Jésus-Christ à sœur Faustine se situe dans le temps, entre les deux guerres mondiales, et qu’il est très lié à l’histoire du vingtième siècle. Et en regardant l’avenir, il disait : « Que nous apporteront les années qui s'ouvrent à nous ? Quel sera l'avenir de l'homme sur la terre ? Nous ne pouvons pas le savoir. Il est toutefois certain qu'à côté de nouveaux progrès ne manqueront pas, malheureusement, les expériences douloureuses. Mais la lumière de la miséricorde divine, que le Seigneur a presque voulu remettre au monde à travers le charisme de Sœur Faustine, éclairera le chemin des hommes du troisième millénaire ». C’est clair. C’est explicite, en 2000, mais c’est quelque chose qui mûrissait dans son cœur depuis longtemps. Dans sa prière, il a eu cette intuition.

Aujourd’hui, nous oublions tout trop vite, même le magistère de l’Église ! C’est en partie inévitable, mais les grands contenus, les grandes intuitions et les consignes laissées au peuple de Dieu, nous ne pouvons pas les oublier. Et celle de la miséricorde divine en fait partie. C’est une consigne qu’il nous a laissée, mais qui vient d’en-haut. C’est à nous, ministres de l’Église, de garder ce message vivant, surtout dans nos prédications et dans nos gestes, dans les signes, les choix pastoraux, par exemple, le choix de redonner la priorité au sacrement de la réconciliation, et en même temps aux œuvres de miséricorde. Réconcilier, faire la paix à travers le sacrement et aussi par les paroles et par les œuvres de miséricorde.

2. Que signifie la miséricorde pour les prêtres ?

Il me revient à l’esprit que certains d’entre vous m’ont téléphoné, m’ont écrit une lettre, et ensuite j’ai parlé au téléphone… « Mais, Père, pourquoi en voulez-vous aux prêtres ? » Parce qu’ils disaient que je donne la bastonnade aux prêtres. Je ne veux pas bastonner ici…

Demandons-nous ce que signifie la miséricorde pour un prêtre, permettez-moi de dire pour « nous », prêtres. Pour nous, pour nous tous ! Les prêtres s’émeuvent devant les brebis, comme Jésus lorsqu’il voyait les gens fatigués et épuisés comme des brebis sans berger. Jésus a les « entrailles » de Dieu, Isaïe en parle beaucoup : il est plein de tendresse pour les personnes, surtout pour celles qui sont exclues, c’est-à-dire pour les pécheurs, pour les malades dont personne ne s’occupe… Et ainsi, à l’image du Bon Berger, le prêtre est un homme de miséricorde et de compassion, proche de son peuple et serviteur de tous. C’est un critère pastoral que je voudrais vraiment souligner : la proximité. La proximité et le service, mais la proximité, être proche !

Celui qui est blessé dans sa vie, de quelque façon que ce soit, peut trouver chez lui attention et écoute… En particulier, le prêtre manifeste des entrailles de miséricorde lorsqu’il administre le sacrement de la réconciliation ; il le manifeste dans tout son comportement, dans sa manière d’accueillir, de conseiller, de donner l’absolution… Mais cela vient de la manière dont lui-même vit le sacrement en premier, de la manière dont il se laisse embrasser par Dieu le Père dans la confession et dont il reste dans ses bras… Si l’on vit cela soi-même, dans son cœur, on peut le donner aux autres dans le ministère. Et je vous laisse cette question : Comment est-ce que je me confesse ? Est-ce que je me laisse embrasser ? Il me vient à l’esprit un grand prêtre de Buenos Aires, il est plus jeune que moi, il aura 72 ans… Une fois, il est venu me voir. C’est un grand confesseur. Et une fois, il est venu me voir : « – Mais, Père… – Dis-moi – J’ai un peu de scrupule, parce que je sais que je pardonne trop ! – Prie… si tu pardonnes trop… ». Et nous avons parlé de la miséricorde. À un moment, il m’a dit : « Tu sais, quand je sens que ce scrupule est trop fort, je vais dans la chapelle, devant le tabernacle, et je Lui dis : « “Excuse-moi, c’est de ta faute, parce que tu m’as donné le mauvais exemple !” Et je repars tranquille… ». C’est une belle prière de miséricorde ! Si l’on vit cela pour soi dans la confession, dans son cœur, on peut aussi le donner aux autres.

Le prêtre est appelé à apprendre cela, à avoir un cœur qui s’émeut. Les prêtres – je me permets ce mot – « aseptisés », « de laboratoire », tout propres, tout beaux, n’aident pas l’Église. L’Église d’aujourd’hui, nous pouvons l’imaginer comme un « hôpital de campagne ». Excusez-moi, je répète cela parce que je le vois comme cela, je le sens comme cela : un « hôpital de campagne ». Il faut soigner les blessures, tellement de blessures ! Tellement de blessures ! Il y a tellement de gens blessés, par les problèmes matériels, par les scandales, même dans l’Église… Des gens blessés par les illusions du monde… Nous, les prêtres, nous devons être là, auprès de ces gens. Miséricorde signifie avant tout soigner les blessures. Quand quelqu’un est blessé, il a tout de suite besoin de cela, non pas d’analyses, comme le taux de cholestérol, de glycémie… Mais il y a la blessure : soigne la blessure et on verra après pour les analyses. Après, on donne les soins spécialisés, mais d’abord, il faut soigner les blessures ouvertes. Pour moi, en ce moment, c’est cela le plus important. Et il existe aussi des blessures cachées, parce qu’il y a des personnes qui s’éloignent pour ne pas montrer leurs blessures… Il me vient à l’esprit l’habitude, pour la loi mosaïque, des lépreux au temps de Jésus, qui étaient toujours éloignés, pour ne pas contaminer… Il y a des personnes qui s’éloignent par honte, parce qu’elles ont honte qu’on voie leurs blessures… ! Et elles s’éloignent peut-être un peu en regardant de travers, contre l’Église, mais au fond, à l’intérieur, il y a la blessure… Ils veulent une caresse ! Et vous, chers confrères – je vous le demande – connaissez-vous les blessures de vos paroissiens ? Est-ce que vous les devinez ? Est-ce que vous êtes proches d’eux ? C’est la seule question…

3. Miséricorde ne signifie ni indulgence ni rigidité

Revenons au sacrement de la réconciliation. Nous autres, prêtres, il nous arrive souvent d’entendre l’expérience de nos fidèles qui nous racontent avoir rencontré, dans la confession, un prêtre très « étroit » ou au contraire très « large », rigoriste ou laxiste. Et cela ne va pas. C’est normal qu’il y ait des différences de style entre les confesseurs, mais ces différences ne peuvent pas concerner la substance, c’est-à-dire la saine doctrine morale et la miséricorde. Ni le laxiste ni le rigoriste ne rendent témoignage à Jésus-Christ, parce que ni l’un ni l’autre ne prend sur lui la personne qu’il rencontre. Le rigoriste se lave les mains : en effet, il la cloue à la loi, vue de manière froide et rigide ; le laxiste, lui, se lave les mains : il n’est miséricordieux qu’en apparence mais en réalité il ne prend pas au sérieux le problème de cette conscience, en minimisant le péché. La véritable miséricorde prend sur elle la personne, l’écoute attentivement, s’approche avec respect et vérité de la situation, et l’accompagne sur le chemin de la réconciliation. Et c’est fatigant, oui, bien sûr. Le prêtre vraiment miséricordieux se comporte comme le Bon Samaritain… mais pourquoi le fait-il ? Parce que son cœur est capable de compassion, c’est le cœur du Christ !

Nous savons bien que ni le laxisme ni le rigorisme ne font grandir la sainteté. Peut-être que certains rigoristes paraissent saints, saints… mais pensez à Pélage et ensuite nous en reparlerons… Ni le laxisme, ni le rigorisme ne sanctifient le prêtre, et ils ne sanctifient pas le fidèle ! La miséricorde, en revanche, accompagne le chemin de la sainteté, l’accompagne et la fait grandir… Trop de travail pour un curé ? C’est vrai, trop de travail ! Et de quelle manière accompagne-t-il et fait-il grandir le chemin de la sainteté ? À travers la souffrance pastorale, qui est une forme de la miséricorde. Que signifie souffrance pastorale ? Cela veut dire souffrir pour et avec les personnes. Et cela n’est pas facile ! Souffrir comme un père et une mère souffrent pour leurs enfants, je me permets de dire, avec angoisse aussi…

Pour m’expliquer, je vais vous poser quelques questions qui m’aident lorsqu’un prêtre vient me voir. Cela m’aide aussi lorsque je suis seul devant le Seigneur !

Dis-moi : Est-ce que tu pleures ? Ou avons-nous perdu nos larmes ? Je me souviens que dans les anciens missels, ceux d’autrefois, il y a une très belle prière pour demander le don des larmes. La prière commençait comme cela : « Seigneur, tu as donné à Moïse l’ordre de frapper la pierre pour que sorte l’eau, touche la pierre de mon cœur pour que les larmes… » C’est plus ou moins cela, la prière. Elle était très belle. Mais combien, parmi nous, pleurent devant la souffrance d’un enfant, devant la destruction d’une famille, devant tant de personnes qui ne trouvent pas le chemin ? Les larmes du prêtre… ! Est-ce que tu pleures ? Ou bien avons-nous perdu nos larmes dans ce presbytère ?

Est-ce que tu pleures pour ton peuple ? Dis-moi, est-ce que tu fais ta prière d’intercession devant le tabernacle ?

Est-ce que tu luttes avec le Seigneur pour ton peuple, comme Abraham a lutté ? « Peut-être qu’il y en a moins ? Peut-être n’y en a-t-il que 25 ? Peut-être s’en trouvera-t-il 20 ?... » (cf. Gn 18,22-33). Cette courageuse prière d’intercession… Nous parlons de « parresia », de courage apostolique, et nous pensons aux plans pastoraux, c’est bien, mais cette « parresia » est nécessaire aussi dans la prière. Est-ce que tu luttes avec le Seigneur ? Est-ce que tu discutes avec le Seigneur comme l’a fait Moïse ? Quand le Seigneur en avait assez, quand il était fatigué de son peuple et qu’il lui a dit : « – Sois tranquille… je les détruirai tous et je te ferai chef d’un autre peuple. – Non, non ! Si tu détruis le peuple, détruis-moi aussi ! » Mais c’était des hommes ! Et je vous pose la question : Est-ce que nous sommes des hommes pour lutter avec Dieu pour notre peuple ?

Une autre question que je pose : le soir, comment est-ce que tu conclus ta journée ? Avec le Seigneur ou avec la télévision ?

Quel est ton rapport avec ceux qui aident à être plus miséricordieux ? Je veux dire quel est ton rapport avec les enfants, avec les personnes âgées, avec les malades ? Est-ce que tu sais les caresser, ou est-ce que tu as honte de caresser une personne âgée ?

N’aie pas honte de la chair de ton frère (cf. Jorge Mario BergoglioReflexiones en esperanza, ch. 1). À la fin, nous serons jugés sur la manière dont nous aurons su nous approcher de « toute chair » – ça, c’est Isaïe. N’aie pas honte de la chair de ton frère. « Nous faire proches » : la proximité, se faire proche de la chair de son frère. Le prêtre et le lévite qui passèrent avant le Bon Samaritain n’ont pas su s’approcher de cette personne malmenée par les bandits. Leur cœur était fermé. Peut-être le prêtre a-t-il regardé sa montre et a-t-il dit : « Il faut que j’aille à la messe, je ne peux pas arriver en retard pour la messe » et il est parti. Justifications ! Combien de fois trouvons-nous des justifications pour contourner le problème, la personne, l’autre ? Le lévite, ou le docteur de la loi, l’avocat, a dit : « Non, je ne peux pas parce que si je fais ça, demain, je devrai aller témoigner, je vais perdre du temps… » Les excuses… Ils avaient le cœur fermé. Mais le cœur fermé se justifie toujours de ce qu’il ne fait pas. Au contraire, ce Samaritain ouvre son cœur, se laisse émouvoir dans ses entrailles et ce mouvement intérieur se traduit en action pratique, dans une intervention concrète et efficace pour aider cette personne. À la fin des temps, ne sera admis à contempler la chair crucifiée du Christ que celui qui n’aura pas eu honte de la chair de son frère blessé et exclu. Je vous confesse, cela me fait du bien, parfois, de lire la liste sur laquelle je serai jugé, cela me fait du bien : c’est dans Matthieu 25.

Ce sont ces choses qui me sont venues à l’esprit, pour vous les partager. Elles sont un peu spontanées, comme elles me sont venues…

À Buenos Aires – je parle d’un autre prêtre – il y avait un confesseur connu : c’était un prêtre du Saint-Sacrement. Presque tous les prêtres se confessaient à lui. Quand, une des deux fois où il est venu, Jean-Paul II a demandé un confesseur, à la nonciature, il est allé le voir. Il est âgé, très âgé… Il a été provincial de son Ordre, professeur, mais toujours confesseur, toujours. Et il y avait toujours la queue, dans l’église du Saint-Sacrement. À cette époque, j’étais vicaire général et j’habitais à la curie et tous les matins, tôt, je descendais au fax pour voir s’il y avait quelque chose. Et le matin de Pâques, j’ai lu un fax du supérieur de la communauté : « Hier, une demi-heure avant la veillée pascale, le père Aristi est mort, à 94 ou 96 ans. L’enterrement aura lieu tel jour… » Et le matin de Pâques, je devais aller prendre le repas avec les prêtres de la maison de retraite – je le faisais en général à Pâques – et puis je me suis dit, ‘Après le repas j’irai à l’église’. C’était une grande église, très grande, avec une très belle crypte. Je suis descendu dans la crypte et il y avait le cercueil, et seulement deux petites vieilles qui priaient là, mais pas de fleurs… J’ai pensé : ‘Mais cet homme, qui a pardonné les péchés de tout le clergé de Buenos Aires, et les miens aussi, même pas une fleur…’. Je suis remonté et je suis allé chez un fleuriste – parce qu’à Buenos Aires, aux croisements des rues, il y a des fleuristes, dans les rues où il y a du monde – et j’ai acheté des fleurs, des roses… Et je suis revenu et j’ai commencé à bien arranger le cercueil avec les fleurs… Et j’ai regardé le chapelet, que j’avais à la main… Et aussitôt il m’est venu à l’esprit – ce voleur qui est en chacun de nous, non ? – et pendant que j’installais les fleurs, j’ai pris la croix du chapelet et en forçant un peu, je l’ai détachée. Et à ce moment, je l’ai regardé et j’ai dit : “Donne-moi la moitié de ta miséricorde”. J’ai senti quelque chose de fort qui m’a donné le courage de faire cela et de faire cette prière ! Et puis, cette croix, je l’ai mise ici, dans ma poche. Les chemises du pape n’ont pas de poches, mais je porte toujours sur moi une petite pochette en tissu et depuis ce jour-là, jusqu’à aujourd’hui, cette croix est avec moi. Et lorsqu’il me vient une pensée mauvaise contre quelqu’un, ma main se pose ici, toujours. Et je sens la grâce ! Je sens que cela me fait du bien. Tout le bien que fait l’exemple d’un prêtre miséricordieux, d’un prêtre qui s’approche des blessures…

Si vous réfléchissez, vous en avez sûrement connu beaucoup, beaucoup, parce que les prêtres d’Italie sont bons ! Ils sont bons. Je crois que si l’Italie est encore si forte, ce n’est pas tant à cause de nous, les évêques, mais pour ses curés, pour ses prêtres ! C’est vrai, cela, c’est vrai ! Ce n’est pas pour vous encenser, c’est ce que je ressens.

La miséricorde. Pensez à tous les prêtres qui sont au ciel et demandez cette grâce ! Qu’ils vous donnent cette miséricorde qu’ils ont eue avec leurs fidèles. Et cela fait du bien.

 

 PAPE FRANÇOIS

Voir les commentaires

Ida

12 Avril 2014, 14:33pm

Publié par Fr Greg.

Ida

Ida, un film à la Bresson, ou une visite intérieur de l'âme humaine dans ses médiocrités et ses désirs d'absolu...! Juste sublime !

 

« En somme, tu es une nonne juive »... Anna regarde, interloquée, cette parente inconnue que la supérieure de son couvent lui a demandé de rencontrer avant de prononcer ses voeux. Elle est pure comme une héroïne de Robert Bresson, la petite Anna, ses yeux semblent rappeler à chacun une innocence perdue. Quand elle sourit, trois fossettes se forment au coin de sa bouche. Le jeune joueur de saxo qu'elle rencontrera plus tard le lui dira : « Tu ne sais pas l'effet que tu produis »... Elle fait face à cette tante jamais vue, étrangère, une de ces femmes dont on devine, en un instant, la lassitude et le mépris de soi qui suscitent forcément la haine des autres. Doucement, presque tendrement, Wanda révèle la vérité : Anna ne s'appelle pas Anna, mais Ida. Elle est la fille de juifs disparus durant la guerre. Dénoncés. Tués. Depuis longtemps oubliés. « Où sont-ils enterrés ? » demande Ida. Nulle part. Comment ça, nulle part ?

C'est presque un polar classique, avec enquêteur expérimenté et débutant candide. Les enquêtes, Wanda connaît. Elle était procureur de la République dans le Parti communiste polonais des années 1950, et on la surnommait « Wanda la Rouge » quand elle condamnait, par paquets, des sociaux-traîtres au nom d'un idéal depuis longtemps perdu, aussi dangereux à ses yeux, désormais, que la foi inébranlable, irrationnelle qu'elle lit sur le visage de sa nièce. Alors, l'une pour découvrir ce qu'elle est, l'autre pour oublier ce qu'elle a été, Ida et Wanda entreprennent un périple dans la Pologne grise et gelée des sixties, où les jeunes gens, qui ressemblent aux ados de Milos Forman dans Les Amours d'une blonde, s'ennuient dans des hôtels tristes aux sons de tubes yéyé. Où les vieux, seuls, s'amusent comme pour mieux s'étourdir... Au bout de leur quête, l'effroi les guette : car c'est l'amnésie volontaire du pays qu'elles révèlent. L'horreur niée, jamais expiée, le mal accompli par tant de médiocres, pour des motifs parfois vils et désespérants : s'approprier une maison, un terrain... Comment vivre après cette découverte ? Comment croire en Dieu ? Pire encore : comment croire en l'homme ?...

C'est un film aux immenses espaces vides. La lumière qui l'irradie semble écraser des personnages que Pawel Pawlikowski filme souvent au bord du cadre, comme isolés ou apeurés. Ces plans fixes en noir et blanc, entêtants, beaux, presque esthétisants, suscitent le trouble et le mystère. Le film change, passe constamment du secret à la vé­rité, de l'ombre à la clarté, des refrains délicieusement superficiels (Love in Portofino, 24 000 Baisers, Guarda che luna) au jazz de John Coltrane, qui fait entrevoir à Ida la beauté et la mélancolie de la vie.

Pawel Pawlikowski est un cinéaste de l'absolu. Ses personnages s'y plient ou en meurent. Dans son film précédent, le superbe et méconnu La Femme du Ve, le héros (Ethan Hawke) acceptait, après un long parcours dans un Paris métamorphosé en ville cauchemardesque, de sacrifier sa vie à son art. Il plongeait dans son destin... Ida, elle, tente de résister : elle ôte son voile, libère ses cheveux, emprunte la robe et les souliers noirs de sa tante, suit le beau saxophoniste qui lui a fait entrevoir le monde. Il lui propose de partir avec lui. Elle sourit : « Et après ? »... « Après, on achètera un chien et une maison ! Et on aura des enfants. » Oui, mais après ?... « Après, on aura des problèmes, comme tout le monde ! »...

Ida marche sur une route. La voilà en route. Elle a vu la médiocrité du monde. Elle croit toujours à un possible au-delà. Un prélude de Bach l'accompagne, celui-là même qu'avait utilisé Andreï Tarkovski dans Le Miroir. Et c'est bien ce que filme Pawel Pawlikowski, en définitive : nos reflets dans une glace. — Pierre Murat

http://www.telerama.fr/

 


 

Ida

Voir les commentaires

Le Papalagui ou "sagesse d'un chef de tribu sur les hommes blancs"

11 Avril 2014, 08:56am

Publié par Fr Greg.

Le Papalagui   ou  "sagesse d'un chef de tribu sur les hommes blancs"
Le Papalagui   ou  "sagesse d'un chef de tribu sur les hommes blancs"

Touiavii, chef de tribu sur une île de Samoa, a visité l’Europe, entre 1915 et 1920, et en a rapporté des notes à l’intention de ses frères des îles, qui ont été publiées en 1920 par Erich Scheuermann. Le regard qu’il porte sur le Papalagui, autrement dit le Blanc, est celui d’un Éveillé qui n’a manifestement jamais eu à passer par les affres de l’enfermement en soi. Tout ce qui nous enferme, nous les “civilisés”, et nous coupe de la réalité vivante, et qui nous semble tellement naturel – bien à tort, suscite en Touiavii un étonnement sans fin, mêlé de pitié et d’inquiétude; il voyait en effet la fascination que les réalisations du Papalagui pouvaient exercer sur ses frères, et les notes qu’il a écrites avaient avant tout pour but de les mettre en garde contre cette fascination. 

 

 

«C’est une chose embrouillée que je n’ai jamais vraiment complètement comprise, parce que cela m’ennuie de réfléchir plus longtemps que nécessaire à ces choses aussi puériles. Mais c’est une connaissance très importante pour le Papalagui. Les hommes, les femmes et même les enfants qui tiennent à peine sur les jambes, portent dans le pagne une petite machine plate et ronde sur laquelle ils peuvent lire le temps. Soit elle est attachée à une grosse chaîne métallique et pend autour du cou, soit elle est serrée autour du poignet avec une bande de cuir. Cette lecture du temps n’est pas facile. On y exerce les enfants en leur tenant la machine près de l’oreille pour leur faire plaisir. 


Ces machines, que l’on porte facilement sur le plat de deux doigts, ressemblent dans leur ventre aux machines qui sont dans les ventre des bateaux, que vous connaissez tous. Mais il y a aussi de grandes et lourdes machines à temps à l’intérieur des huttes, ou sur les plus hautes façades pour qu’on puisse les voir de loin. Et quand une tranche de temps est passée, de petits doigts le montrent sur la face externe de la machine et en même temps elle se met à crier, un esprit cogne contre le fer dans son coeur. Oui, un puissant grondement s’élève dans une ville européenne quand une tranche de temps s’est écoulée. 

Quand ce bruit du temps retentit, le Papalagui se plaint: Oh! là! là! encore une heure de passée!” Et il fait le plus souvent une triste figure, comme un homme portant un lourd chagrin, alors qu’aussitôt une heure toute fraîche s’approche. Je n’ai jamais compris cela, si ce n’est en supposant qu’il s’agit d’une grave maladie. Le Papalagui se plaint de cette façon: ”Le temps me manque!... Le temps galope comme un cheval!... Laissez-moi encore un peu de temps!...” (...)

 

En Europe, il n’y a que peu de gens qui ont véritablement le temps. Peut-être pas du tout. C’est pourquoi ils courent presque tous, traversant la vie comme une flèche. Presque tous regardent le sol en marchant et balancent haut les bras pour avancer le plus vite possible. Quand on les arrête, ils s’écrient de mauvaise humeur: ”Pourquoi faut-il que tu me déranges? Je n’ai pas le temps, et toi, regarde comme tu perds le tien!” Ils se comportent comme si celui qui va vite était plus digne et plus brave que celui qui va lentement. 

Le Papalagui oriente toue son énergie et toutes ses pensées vers cette question: comment rendre le temps le plus dense possible? Il utilise l’eau, le feu, l’orage et les éclairs du ciel pour retenir le temps. Il met des roues de fer sous ses pieds et donne des ailes à ses paroles, pour avoir plus de temps. Et dans quel but tous ces grands efforts? 

Que fait le Papalagui avec son temps? Je n’ai jamais découvert la vérité, bien qu’il parle sans cesse et gesticule comme si le Grand-Esprit l’avait invité à un fono. Je crois que le temps lui échappe comme un serpent dans une main mouillée, justement parce qu’il le retient trop. Il ne le laisse pas venir à lui. Il le poursuit toujours, les mains tendues, sans lui accorder jamais la détente nécessaire pour s’étendre au soleil. Le temps doit toujours être très près, en traint de parler ou de lui chanter un air. Mais le temps est calme et paisible, il aime le repos et il aime s’étendre de tout son long sur la natte. Le Papalagui n’a pas reconnu le temps, il ne le comprend pas et c’est pour cela qu’il le maltraite avec ses coutumes de barbare. 


Mes chers frères, nous ne nous sommes jamais plaints du temps, nous l’avons aimé comme il venait, nous n’avons jamais couru après lui, nous n’avons jamais voulu le trancher ni l’épaissir. Jamais il ne devint pour nous une charge ni une contrainte. 

Que s’avance celui d’entre nous qui n’a pas le temps! Chacun de nous a le temps en abondance, et en est content; nous n’avons pas besoin de plus de temps que nous en avons, et nous en avons assez. Nous savons que nous parvenons toujours assez tôt à notre destination, et que le Grand-Esprit nous appelle quand il veut, même si nous ne connaissons pas le nombre de nos lunes. 


Nous devons libérer de sa folie ce pauvre Papalagui perdu, nous devons l’aider à retrouver son temps. Il faut mettre en pièces pour lui sa petite machine à temps ronde, et lui annoncer que du lever au coucher du soleil, il y a plus de temps que l’homme en aura jamais besoin.»

 

«Quand le mot esprit vient dans la bouche du Papalagui, ses yeux s’agrandissent, s’arrondissent et deviennent fixes, il soulève sa poitrine, respire profondément et se dresse comme un guerrier qui a battu son ennemi, car l’esprit est quelque chose dont il est particulièrement fier. Il n’est pas question-là du grand et puissant Esprit que le missionnaire appelle Dieu, et dont nous ne sommes qu’une image chétive, mais du petit esprit qui est au service de l’homme et produit ses pensées. 


Quand d’ici je regarde le manguier derrière l’église de la mission, ce n’est pas de l’esprit, parce que je ne fais que regarder. Mais dès que je me rends compte que le manguier dépasse l’église, c’est de l’esprit. Donc il ne faut pas seulement regarder, mais aussi réfléchir sur ce que l’on voit. Ce savoir, le Papalagui l’applique du lever au coucher du soleil. Son esprit est toujours comme un tube à feu chargé ou comme une canne à pêche prête au lancer. Il a de la compassion pour nous, peuple des nombreuses îles, qui ne pratiquons pas ce savoir-réfléchir-sur-tout. D’après lui, nous serions pauvres d’esprit et bêtes comme les animaux des contrées désertiques. 


C’est vrai que nous exerçons peu le savoir que le Papalagui nomme penser. Mais la question se pose si est bête celui que ne pense pas beaucoup, ou celui qui pense beaucoup trop. Le Papalagui pense constamment: ”Ma hutte est plus petite que le palmier... Le palmier se plie sous l’orage... L’orage parle avec une grosse vois...” Il pense ainsi, à sa manière naturellement. Et il réfléchit aussi sur lui-même: Je suis resté de petite taille... Mon coeur bondit de joie à la vue d’une jolie fille... J’aime beaucoup partir en mélaga...» Et ainsi de suite... 


C’est bon et joyeux, et peut même présenter un intérêt insoupçonné pour celui qui aime ce jeu dans sa tête. Cependant, le Papalagui pense tant que penser lui est devenu une habitude, une nécessité et même une obligation. Il faut qu’il pense sans arrêt. Il parvient difficilement à ne pas penser, en laissant vivre son corps. Il ne vit souvent qu’avec sa tête, pendant que tous ses sens reposent dans un sommeil profond, bien qu’il marche, parle, manger et rie. 


Les pensées qui sont le fruit du penser, le retiennent prisonnier. Il aune sorte d’ivresse de ses propres pensées. Quand le soleil brille, il pense aussitôt: ”Comme il fait beau maintenant!” Et il ne s’arrête pas de penser: ”Qu’il fait beau maintenant!” C’est faux. Fondamentalement faux. Fou. Parce qu’il vaut mieux ne pas penser du tout quand le soleil brille. 


Un Samoan intelligent étend ses membres sous la chaude lumière et ne pense à rien. Il ne prend pas seulement le soleil avec sa tête, mais aussi avec les mains, les pieds, les cuisses, le ventre et tous les membres. Il laisse sa peau et ses membres penser pour lui. Et ils pensent certainement aussi, même si c’est d’une autre façon que la tête. Mais pour le Papalagui l’habitude de penser est souvent sur le chemin comme un gros bloc de lave dont il ne peut se débarrasser. Il pense à des choses gaies, mais n’en rit pas, à des choses tristes, mais n’en pleure pas. Il a faim, mais ne prend pas de taro ni de palousami. C’est un homme dont les sens vivent en conflit avec l’esprit, un homme divisé en deux parties.»

Erich Scheurmann, Le Papalagui, Présence Images éditions, 2001, pour la trad française, coll. Pocket, 

 

Le Papalagui   ou  "sagesse d'un chef de tribu sur les hommes blancs"

Voir les commentaires

Seuil de l'unique

10 Avril 2014, 07:35am

Publié par Fr Greg.

 

17110_423893611026789_1166052334_n.jpg

 


J'ai fait cahoter sur les collines du temps
Le chariot de ma folie que ta rouille ronge.
Ai-je assez goûté de vinaigre à ton éponge
Pour que ton nom m'éclabousse éternellement ?

J'ai brûlé mes joies à l'âtre de l'expérience
Et traqué mes perplexités le long des routes.
J'ai tenté longtemps d'étrangler sans bruit mes doutes
De peur de hâter les agonies du silence.

Je me suis nourri de l'amande douce des jours durs
Sous des frondaisons frémissantes de défaites.
Si quelqu'un disait ton nom, je hochais la tête
De peur que soit deviné mon profond désir.

J'ai enterré dans mon corps dévoré de teigne
Ce coeur que tu fis pour que rien ne l'apaisât.
J'ai, dans le trèfle, étouffé les cris de mes pas
De peur que trop tôt mon impatience t'atteigne.

C'est en me dérobant à toi que je t'épiais
Comme on guette, dans les broussailles, des bécasses.
J'ai toujours haussé les épaules devant tes grâces
De peur que l'intensité de ma soif t'effraie.

Quand je n'ai plus pu me passer de ton visage
J'ai vagabondé de site en site sans but.
À force d'indifférence j'ai reconnu
Ma nudité sous les textes du paysage.

[...]
Je me suis assis dans les ruines de ma vie
Sans souci d'être hébergé par d'autres que toi.
Si tu n'avais pas été mon passé déjà
Te saluerais-je à cette heure avec un tel cri ?

Jean Grosjean, Fils de l'homme, Gallimard, 1953.

 

 

Voir les commentaires

1 2 > >>