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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

les chrétiens sont souvent paresseux !

31 Janvier 2014, 10:06am

Publié par Fr Greg.

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Il est important aujourd’hui que des chrétiens fassent de la philosophie, parce qu’avec la philosophie ils parlent à tous les hommes avec un langage humain. Si je suis chrétien, j’ai un privilège de parler la langue de Dieu en tant que croyant. Mais la langue de Dieu, extérieurement, est comme la langue de tous les hommes. Dieu a voulu l’incarnation. Il a voulu prendre le langage de tout le monde et, dans la signification de la Parole de Dieu, il y a une signification que seul le croyant atteint. Le philosophe parle un langage humain qui doit être compréhensif pour tous les hommes.

La philosophie regarde le « pourquoi », alors que la foi donne d’une certaine façon une connaissance qui va beaucoup plus loin. Il faut citer une remarque de Merleau-Ponty : « Je n’aime pas parler à des catholiques, parce qu’ils savent ». Sa réaction est une critique, car la philosophie est une recherche constante. Dans ce sens, il avait raison. Le philosophe cherche toujours, parce qu’il sait que plus il avance, plus il a des contacts avec des hommes différents et plus il peut creuser certaines choses qu’il n’avait pas vues avec assez de netteté. Enseigner, c’est être avec des jeunes. Quand on enseigne, on aime avoir les réactions de ceux qui vous ont écouté.

 

Le philosophe parle à l’homme et non au croyant. Le croyant, qui parle au croyant, sait ce qu’il dit. Le philosophe, qui parle au croyant, parle en philosophe. On peut réfléchir ensemble sur la dignité et sur la valeur de l’homme. La grâce ne supprime pas la personne humaine, la nature humaine. Elle la présuppose. Mais les chrétiens sont souvent paresseux. J’ai la foi, donc je sais. Non. On sait que Dieu sait tout et on reçoit des lumières. Mais Dieu n’aime pas les paresseux et la foi ne supprime en rien la recherche philosophique, bien au contraire. Si je suis un croyant, je dois aimer la recherche de la vérité. Cette recherche de la vérité au niveau proprement humain, au niveau de la connaissance scientifique, philosophique, mathématique demeure, pour que je puisse parler à tous les hommes. Le monde actuel est dominé par les mathématiques et par la science qui sont mesurées par l’efficacité.

 + MD Philippe.

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Voir ce qui est, tel qu'il est...

30 Janvier 2014, 10:00am

Publié par Fr Greg.

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«En tout, j'obéis à la Nature et jamais je ne prétends lui commander. Ma seule ambition est de lui être servilement fidèle.» Mais sa sculpture n'est pas pour autant un moulage: Le moulage ne reproduit que l'extérieur; moi je reproduis en outre l'esprit, qui certes fait bien aussi partie de la Nature. Je vois toute la vérité et non pas seulement celle de la surface. J'accentue les lignes qui expriment le mieux l'état spirituel que j'interprète (...) Le sentiment, qui influençait ma vision, m'a montré la Nature telle que je l'ai copiée (...) Si j'avais voulu modifier ce que je voyais, et faire plus beau, je n'aurais rien produit de bon. Le seul principe en art est de copier ce que l'on voit»

A Rodin. L'Art, pp. 49-52.

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L'artiste, l'écoute de ce qui est plus grand que lui...

29 Janvier 2014, 10:00am

Publié par Fr Greg.

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Un artiste, voyez-vous, il n’y a ni gloire ni ambition qui compte pour lui. Il doit faire son œuvre parce que le bon Dieu le veut, comme un amandier fait sa fleur... comme l’escargot fait sa bave.

 

La nature vue, la nature sentie, celle qui est là (il montrait la plaine verte et bleue), celle qui est ici (il se frappait le front) qui toutes deux doivent s’amalgamer pour durer, pour vivre d’une vie moitié humaine, moitié divine, la vie de l’art, écoutez un peu... la vie de Dieu.

 

Je veux, moi, me perdre en la nature, repousser avec elle, comme elle, avoir les tons têtus des rocs, l’obstination rationnelle du mont, la fluidité de l’air, la chaleur du soleil. Dans un vert, mon cerveau tout entier coulera avec le flot séveux de l’arbre. Il y a devant nous un grand être de lumière et d’amour, l’univers vacillant, l’hésitation des choses. Je serai leur olympe, je serai leur dieu. L’idéal au ciel s’épousera en moi. Les couleurs, écoutez un peu, sont la chair éclatante des idées de Dieu. La transparence du mystère, l’irisation des lois.

 

Les artistes, aux vieux temps, étaient les maîtres d’enseignement de la foule. Tenez, vous voyez Notre-Dame là-bas. La création et l’histoire du monde, les dogmes, les vertus, la vie des saints, les arts et les métiers, tout ce qu’on savait alors était enseigné par son porche et ses vitraux. Comme dans toutes les cathédrales de France, d’ailleurs. Le moyen âge apprenait sa foi par les yeux, comme la mère de Villon... le paradis où sont harpes et luths.

 

C’était la vraie science, et c’est tout l’art religieux. Ce que l’abbé Tardif, votre ami, dit qu’on trouve dans saint Thomas, le peuple le cherchait dans les statues du portail, à son église. Cet ordre, cette hiérarchie, cette philosophie, allez, ça valait la Somme et pour nous c’est plus vrai, puisque c’est plus beau et que nous le comprenons encore sans efforts.

 

Paul CÉZANNE.

Propos rapportés par Joachim GASQUET dans Cézanne.

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Rodrigo y Gabriela !

28 Janvier 2014, 10:00am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

 

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Dieu qui n’existe pas.

27 Janvier 2014, 10:04am

Publié par Fr Greg.

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Un seul mur peint en blanc et c’est la neige qui s’invite à la maison et, avec elle, l’ange édenté des éblouissements. Hier, j’ai repeint un mur du salon. C’était dans la nuit, et la lumière des lampes est parfois mensongère comme peut l’être une gentillesse commerciale. Ce matin, je vois quelques imper­fections, mais le mur est si aveuglant que tout s’efface devant la joie donnée. La lumière qui éclate, puissante comme sont les mères dans le rêve de l’abandonné, permet à toutes choses de chanter. Son feu blanc donne à l’air une vibration immobile. L’hiver est encore loin avec son silence et ses cymbales de givre, mais ce mur et les balles de feu qu’il jette partout dans la pièce me parlent de la neige et de Dieu, dont les yeux multipliés par mille, en raison de la réverbération de la lumière crue, crèvent mes yeux. La neige qui tombe sur notre sommeil, c’est le ciel qui pense à nous, et la lumière, la simple lumière du jour, c’est la main immatérielle de l’ange sur notre front saignant. Pensez que je suis fou mais alors demandez-vous ce que sont les fous, et ce qu’est cette raison qui ne sait qu’analyser, que découper, que désosser. N’aurait-elle donc affaire qu’aux morts? Un pèlerin, ailes dans le dos, bec savamment penché sur la terre, cherche sa nourriture dans le jardin. Ce pèlerin ailéest mon frère. Jai plus de chance que lui: je suis nourri à la petite cuillère par la lumière dun mur repeint àla hâte. Je mange de lair, de la neige et des poèmes. Logiquement – je parle ici dune logique de fou – je ne devrais jamais mourir de faim. Dieu qui nexiste pas, Dieu qui a le privilège d’être le seul vivant, Dieu qui a des épaulettes de fougères et des mouchoirs de plâtre blanc, Dieu dont la main de lumière frappe à la porte des roses, Dieu dont l’haleine blanchit les prés en automne, Dieu qui sort tous les soirs en smoking pailleté, Dieu qui s’endort sous la grande table de nos raisonnements, Dieu qui lance un juron et le regarde ricocher sur les eaux de la nuit étoilée, Dieu qui est matière et esprit, qui triomphe en diva par son absence, n’oublie pas ses enfants. Il les aime. Il vient chaque nuit repeindre en blanc les parois de leur cœur endormi. C’est un artiste, un grand, et même le seul. Il travaille avec ce que nous sommes. La perfection n’est pas son souci mais le vif, le vivant, le radieux. J’écris comme on écarte de deux doigts les lamelles d’une persienne, pour qu’un peu de jour explose dans la chambre noire. La poignée en cristal rose de la porte du paradis, en écrivant, j’arrive presque à la tourner. Presque. C’est assez beau, cette vie où on ne peut rien faire qu’échouer, vous ne trouvez pas? La joie se mariait ce matin en blanc froissé, cassé, et de la voir passer je suis devenu fou.

Christian Bobin.

 

http://www.lemondedesreligions.fr/

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En fait, Jésus il a apporté quoi ?

26 Janvier 2014, 08:26am

Publié par Fr Greg.

En fait, Jésus il a apporté quoi ?

« le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée. A partir de ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. » Comme il marchait au bord du lac de Galilée, il vit deux frères. Jésus leur dit : « Venez derrière moi, »  Matthieu, 4, 12-23.

 

Jésus vient reprendre l’humanité non seulement blessée, mais désespérée : il vient là où les promesses ont avortées, il vient reprendre ce qui est apparemment sans espoir. Le salut c’est pas des conseils, des trucs pour nous aider, des valeurs pour nous guider ! Le salut c’est quelqu’un qui descend et se rend présent là ou humainement tout est perdu, là où c’est mort ! C’est Jésus qui vient chercher l’homme découragé, mais découragé parce que de toute façon il ne peut revenir sur son passé et qu’il n’a plus le temps ! Il vient là où c’est la louse ! Il vient là où on a cru en quelque chose de possible et qui s’est transformé en échec cuisant !

Nous on voudrait tellement que Jésus vienne là où on a bossé, pour confirmer nos belles initiatives, notre générosité, pour qu’enfin le monde reconnaisse qu’on n’est pas si mal ! 

Or Jésus vient là où c’est mort, là où on est assis, même couché plein de tristesse et d’amertume, là où c’est moisi pour nous former à la gratuité de son don ! Pour nous former à la gratuité de son don excessif qui est pleinement lui-même là où on ne peut QUE recevoir ! Et ça, ça nous gave ! Nous on veut être reconnu pour ce qui vient de nous, notre originalité, notre cuisine ! Et c’est ça la croix : tout est brulé pour un nouveau don, encore plus gratuit !

Et, son don, c’est un choix actuel, personnel, définitif qui n’a pas d’autre raison que lui pour moi ! L’amour a en lui-même sa propre signification ! « Je te choisis parce que c’est toi ! » on est pas choisi pour remplir un rôle, une mission, être responsable de chez pas quoi sinon de son choix qui nous fait être quelqu’un pour lui ! C’est son don qui me transforme ! Il me fait être tellement autre que le Père ne peut plus nous regarder que comme ceux à qui Jésus à tout donné, ceux qui ne font plus qu’un avec Jésus parce que son don nous fait être comme une seule personne avec lui, pas moins ! Et là on doit être farouche, intransigeant : ‘je suis celui que Jésus a choisi !’ Et évangéliser c’est cela ; ce n’est pas d’abord des cours de KT ou de faire les photocs’ pour le curé, c’est être témoin qu’on est aimé d’un amour qui nous fait tout autre !

Et comment est-on possédé par cette gratuité, comment entre-t-on dans ce choix personnel ? et bien c’est ce que montre st jean dans son  Evangile en parlant de ceux qui sont témoins de Jésus pour lui (Jean Baptiste ou Marie) ou autrement chez St Paul aux corinthiens : « moi, j’appartiens à Paul, ou Appolos » et qu’on comprend toujours de travers, comme si Paul disait qu’il ne fallait appartenir à personne ! Mais c’est exactement le contraire ! On est lié à Jésus par un témoin que Jésus met sur notre route. Ça s’appelle la charité fraternelle : tel témoin que j’aime profondément est pour moi présence de Jésus : parce que mon frère ne fait pas nombre avec Jésus !!! Et ça s’appelle l’Eglise : un tissu de lien personnel et fraternel, pas d’abord une hiérarchie ou les rapports seraient indifférents et ‘objectifs’ ! Mon frère n’est jamais un moyen : mon frère et Jésus c’est tout 1 ! Alors qu’un sacrement et plus encore l’institution, la hiérarchie, la liturgie, oui, ce sont des moyens qu’il faut utiliser mais qui ne sont pas éternels ! Mon frère, celui-là que j’aime spécialement, c’est précisément le lieu où j’expérimente la plus grande gratuité, et le choix le plus actuel ! Là encore c’est le commandement du Christ : « aimez-vous » autrement dit : vous ne pouvez me rencontrer sans être attaché farouchement les uns aux autres ! Alors gare aux chacals et à tous les petits esprits étriqués et malingres qui prêcheront le contraire !

 

Fr Grégoire.

 

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« Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière »

25 Janvier 2014, 10:20am

Publié par Fr Greg.

 

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  La lumière de la foi en Jésus éclaire aussi le chemin de tous ceux qui cherchent Dieu, et offre la contribution spécifique du christianisme dans le dialogue avec les adeptes des diverses religions… L’image de cette recherche se trouve dans les mages, guidés par l’étoile jusqu’à Bethléem (Mt 2,1s). Pour eux, la lumière de Dieu s’est montrée comme chemin, comme étoile qui guide le long d’une route de découvertes. L’étoile évoque ainsi la patience de Dieu envers nos yeux, qui doivent s’habituer à sa splendeur.


      L’homme religieux est en chemin et doit être prêt à se laisser guider, à sortir de soi pour trouver le Dieu qui surprend toujours. Ce respect de Dieu pour les yeux de l’homme nous montre que, quand l’homme s’approche de lui, la lumière humaine ne se dissout pas dans l’immensité lumineuse de Dieu, comme si elle était une étoile engloutie par l’aube, mais elle devient plus brillante d’autant plus qu’elle est plus proche du feu des origines, comme le miroir qui reflète la splendeur.


      La confession chrétienne de Jésus, unique sauveur, affirme que toute la lumière de Dieu s’est concentrée en lui, dans sa « vie lumineuse », où se révèlent l’origine et la consommation de l’histoire (Décl. Dominus Jesus). Il n’y a aucune expérience humaine, aucun itinéraire de l’homme vers Dieu, qui ne puisse être accueilli, éclairé et purifié par cette lumière. Plus le chrétien s’immerge dans le cercle ouvert par la lumière du Christ, plus il est capable de comprendre et d’accompagner la route de tout homme vers Dieu.

François, Pape.

 

 

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Pasolini, le sermon sur la montagne

24 Janvier 2014, 10:19am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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Caricature de l’autorité : un pouvoir contraignant et tyrannique ?

23 Janvier 2014, 10:00am

Publié par Fr Greg.

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(…) l’obéissance est vite blessée par des caricatures de l’autorité et devient vite elle-même une parodie de l’obéissance chrétienne. Alors la vie religieuse chrétienne, comme vocation spécifique dans l’Église et comme réponse d’amour au Père à la suite de Jésus crucifié et de Marie dans son mystère de compassion, ne peut plus être vécue dans la vérité ni être comprise de l’intérieur. Essayons de remarquer l’une ou l’autre de ces caricatures ; cela devrait nous aider à mieux comprendre ce que l’exercice de l’autorité et l’obéissance qui en dépend, doivent être vraiment.

 

La première caricature consiste, dans l’exercice de l’autorité, à rester ou à retomber au niveau de la cause exemplaire ; pensons aux Stoïciens qui, parlant du sage, affirment : Natus est ut exemplar, il est né pour être un exemple ! Ce n’est pas ce que Jésus affirme devant Pilate : « Moi, c’est pour cela que je suis né, et c’est pour cela que je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité ; quiconque est de la vérité écoute ma voix » (Jn 18, 37). Le témoignage de la vérité est de l’ordre de l’amour et de la cause finale. Celui qui reçoit un tel témoignage demeure entièrement libre de suivre celui qui le rend : c’est par la seule force de la vérité qu’il peut se laisser convaincre, toucher, attirer.

 

Par contre, celui qui exerce l’autorité selon la cause exemplaire se fait mesure. Il détermine et commande relativement à l’idée qu’il a de ce qui est à faire. Alors il peut garder son rang de premier et transforme vite son autorité en un pouvoir univoque et tyrannique. Nous en aurions une illustration très claire dans la conception platonicienne du gouvernement. Pour Platon, en effet, le gouvernant est bien celui qui modèle les autres sur ce qu’il est lui-même, selon la conception qu’il a du Bien-en-soi. En revanche, si celui qui gouverne regarde la cause finale et gouverne dans cette lumière, il relativise son rang de premier et ne peut plus être qu’au service de la fin et des personnes. Il est tout relatif à la fin qui seule s’impose pour chacun d’une façon éminemment personnelle.

 

Il nous semble que c’est bien cela que le Christ nous montre et nous invite à vivre dans le lavement des pieds (cf. Jn 13). Au cœur de la Pâque ancienne, avant d’instituer la Pâque nouvelle (l’Alliance dans son corps livré et dans son sang versé), Jésus a cette ultime initiative d’amour et de miséricorde : accomplir, pour chacun de ses Apôtres, le geste de l’esclave, du serviteur par excellence. Remarquons qu’il s’agit d’un geste ; et c’est un geste personnel du Christ pour chacun de ses Apôtres, ordonné à une rencontre intime du Christ avec chacun. Le geste a toujours cette dimension individuelle et personnelle, qui se comprend de l’intérieur même de la rencontre personnelle.

Mais d’autre part, Jésus donne à ce geste une dimension universelle qu’il explicite par la parole. La parole s’adresse d’abord à l’intelligence ! N’a-t-elle pas une dimension plus immédiatement universelle que le geste ? En parlant à ses disciples, Jésus explicite le sens profond de ce geste d’amour qu’il vient d’accomplir de sa propre autorité, de sa propre initiative : « Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m’appelez : Maître et Seigneur, et vous dites bien ; je le suis en effet. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres. Car c’est un exemple que je vous ai donné, pour que, comme moi je vous ai fait, vous fassiez vous aussi. En vérité, en vérité je vous le dis : l’esclave n’est pas plus grand que son seigneur, ni l’envoyé plus grand que celui qui l’a envoyé. Sachant cela, heureux êtes-vous si vous le faites ! » (Jn 13, 12-17). Dans ce geste, le Christ n’abdique pas son autorité ; il est le Maître et le Seigneur. Mais il enveloppe l’exercice de cette autorité d’un geste de miséricorde et de charité fraternelle. Celui qui est le Maître, en se faisant le serviteur, rappelle que son autorité est ordonnée à l’amour et n’est pas l’exercice d’un pouvoir efficient. Telle est bien l’autorité du Bon Pasteur qui se fait l’Agneau, qui donne sa vie pour ses brebis. Et c’est cela que Jésus nous invite à regarder comme « cause exemplaire » ! « C’est un exemple que je vous ai donné ». C’est en se faisant tout relatif à la fin et aux personnes dans l’amour fraternel que le Christ nous donne l’exemple de l’exercice de l’autorité. Elle n’a plus rien d’exemplaire, elle s’efface, sans abdiquer, devant le bien, devant la fin, dans l’amour.

 

On comprend alors comment, sans la sagesse et le désir actuel de la contemplation, l’obéissance devient très vite une pure obéissance d’exécution. Tous exécutent servilement les désirs du supérieur pour se conformer à la vision qu’il a des choses… Ils ont une âme d’esclave et confondent le caractère moutonnier et la docilité aimante à l’égard de Dieu seul. Ce n’est plus la fin qui est vraiment cherchée.

 

Alors que le bien réel est source de toute libération et de toute vision analogique, il est ici confondu avec le vouloir du supérieur. L’autorité se corrompt en un pouvoir tyrannique et contraignant. Elle n’est plus un service des personnes et de la communauté dans la recherche de la vérité, c’est-à-dire l’accomplissement de la volonté du Père.

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

 

 

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Philippina

22 Janvier 2014, 18:20pm

Publié par Fr Greg.

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MONTEBELLO HOTEL

 

N’oublie pas  

Après l’angoisse

Il y a le bananier chinois

Et quand le fer rouge s’approche de ton

Foie

Palpitant

Il y a toujours  le ballet des sirènes dans la piscine

 

JANE

 

Je me suis endormi sur ta minijupe

Quand je me suis réveillé le soir tropical dansait

Je croyais que j’étais déjà en France à l’hôpital psychiatrique

Et quand ta main a caressé mes cheveux

Je savais que demain à la même heure elle ne serait plus là

J’ai mis la tristesse au creux de l’estomac

On est allé au Sunflower boire de la téquila glacée

 

Et...

 

RANGOON

 

 Avec la pluie

La pagode dorée a brillé dans un nuage de suie

J’ai frissonné  dans un taxi

Les faux-cils des demoiselles sont devenus d’inquiétants papillons de nuit

Perdant des gouttes de sang dans les rues de mauvaise vie

  

 

Avec  la pluie

Rangoon a fait un délicat plongeon dans le gris

Avec une moniale nous avons travaillé sur l’esprit

Selma est restée plus longtemps dans mon lit

j’ai tapé dans un sac de boxe qui m’a cuit

 

Après la pluie

J’ai vu un homme allongé dans la rue mort la tête percée ses cheveux porc-épic se lamentaient et ne demandaient qu’à continuer à vivre ne serait-ce que chez un pissenlit

 

 

 

Michel Sigalla.

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Il faut débarrasser Dieu de Dieu... (II)

21 Janvier 2014, 10:52am

Publié par Fr Greg.

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Qu'avez-vous traversé qui vous a le plus profondément heurté dans votre vie ?

Incontestablement la perte d'êtres chers. On s'aperçoit qu'on devient désert quand quelqu'un que l'on aime meurt. Qu'on n'a pas d'autre sens que d'être habité par des gens dont la présence nous réjouit ou dont le seul nom nous éclaire. Et quand ces présences s'éteignent, que les noms s'effacent, il y a un moment étrange et pénible où l'on devient à soi-même comme une maison vidée de ses habitants. On n'est propriétaire de rien au bout du compte. L'épreuve du deuil se traverse. Elle est une épreuve de pensée vécue à son maximum. En refoulant ces choses qui arriveront forcément, on enlève le terreau de la pensée la plus profonde. On risque de se vouer à l'irréel qui me semble être le plus dangereux dans ce monde.

C'est-à-dire ?

L'irréel, c'est la perte du sens humain, c'est-à-dire la perte de ce qui est fragile, lent, incertain. L'irréel, c'est quand tout est très facile, qu'il n'y a plus de mort et que tout est lisse. Contrairement aux progrès techniques, les progrès spirituels sont équivalents à un accroissement des difficultés : plus il y a d'épreuves, plus vous vous rapprochez d'une porte paradisiaque. Alors que l'irréel vous décharge de tout, y compris de vous-même : tout circule merveilleusement mais il n'y a plus personne.

N'est-on pas aussi dans l'irréel en étant trop religieux, en vivant par exemple dans l'évidence qu'il y a une vie après la mort ou que Dieu est bon ?

On peut faire avec Dieu ce que les enfants font avec un arbre, c'est-à-dire se cacher derrière. Par peur de la vie. Les pièges dans cette vie sont innombrables, comme penser qu'on est du bon côté, qu'on a vu et recensé tous les pièges, ou qu'on sait ce qu'il en est une bonne fois pour toute du visible et de l'invisible. Ça ne marche pas comme ça. Les religions sont lourdes. Elles reposent sur des textes qui sont des merveilles. Mais elles sont d'abord les analphabètes de leurs propres écritures. Elles n'oublient jamais leur puissance. Elles veulent détourner à leur profit le cours ruisselant de la vie. Au fond, il faudrait débarrasser Dieu de Dieu. On pourrait parler d'un Dieu athée de ses propres religions.

Vous parliez tout à l'heure des « endormissements théoriques ». La connaissance est-elle une barrière à un chemin spirituel ?

C'est difficile de répondre. Kierkegaard parlait de communication directe et communication indirecte. Pour le dire simplement, la communication directe, c'est quand vous transmettez un savoir : vous le donnez comme vous donnez un objet. La communication indirecte, d'après lui, est la seule qui convienne aux choses de l'esprit : il ne faut rien donner directement. La vérité n'est pas un objet mais un lien entre deux personnes. C'est pourquoi le Christ parle en parabole et rarement tout droit. Sa parole est chargée d'images, avec ce qu'il faut d'énigme pour que le chemin se fasse dans la tête de son interlocuteur, pour que cet interlocuteur accomplisse son propre travail mental. C'est l'origine de toute poésie vraie : il faut que quelque chose manque pour espérer goûter à un peu de plénitude. Le problème avec ce qu'on appelle le savoir, c'est que tout est fait, cuit et même mâché.

« Je suis né dans un monde qui commençait à ne plus vouloir entendre parler de la mort et qui est aujourd'hui parvenu à ses fins, sans comprendre qu'il s'est du coup condamné à ne plus entendre parler de la grâce. » C'est une phrase tirée du recueil la Présence pure, publié en 1999. Comment prolongeriez-vous aujourd'hui cette réflexion ?

Pardonnez-moi d'être banal, mais on n'a jamais plus conscience de la vie que lorsqu'on sait qu'à chaque seconde elle peut vaciller et tomber en poussière. La mort est une excellente compagne, très fertile pour la pensée de la vie. Si on expulse l'une, on condamne l'autre à s'épuiser dans le bagne d'une distraction perpétuelle. La claire conscience de la vie, amenée par la calme pensée de sa fragilité, est la grâce même. La grâce, c'est regarder Dieu se tenir sur la pointe d'une aiguille : quelque chose de fugace, d'infime, qui ne demande surtout pas à être retenu, et qui coïncide avec l'incorruptible joie d'être vivant. Emily Dickinson écrit dans l'une de ses lettres : « Le simple fait de vivre est pour moi une extase. » Sur la mort, avez-vous une espérance, une intime conviction ?

J'éprouve que le meilleur de nous, quand nous réussissons à le faire vivre, ne sera pas bruni, emporté par la mort. Je ne peux guère dire plus. Ou plutôt si : les nouveau-nés, je l'ai souvent écrit, sont mes maîtres à penser. Le bébé à plat dans son berceau avec le ciel étonné de nos yeux qui lui tombe dessus, est la figure même de la résurrection. C'est beau, le front dénudé des nouveau-nés. C'est la confiance qui remplace le crâne. La confiance est le berceau de la vie. 

Christian Bobin.

www.lemondedesreligions.fr

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Il faut débarrasser Dieu de Dieu...

20 Janvier 2014, 10:48am

Publié par Fr Greg.

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Comme souvent dans cette vie, les choses sont mélangées : il y a dans ce que vous appelez joliment mon retrait, une part de caractère, une sorte de pudeur, et la crainte que la parole, en s'exposant trop souvent en plein jour perde de sa vitalité. Rien n'est plus éblouissant que des traces de pattes de moineau dans la neige : elles permettent de voir l'oiseau tout entier. Mais pour ça, il faut la neige. L'équivalent de la neige dans une vie humaine, c'est un silence, une discrétion, cette distance qui permet le vrai lien. Mon retrait n'est pas une misanthropie, c'est ce qui me donne un lien plus sûr au monde. En écrivant, je me sens comme un enfant qui, laissé dans sa chambre, se met à parler seul, un peu plus fort qu'il n'est raisonnable, pour être entendu de la salle à côté où se trouvent peut-être les parents ou les gens.
 

Cette image vous ramène à votre propre enfance. La solitude du petit garçon que vous étiez vous a-t-elle jamais quitté ?

J'ai une sensation enfantine de la vie qui perdure : je suis attiré depuis toujours par ce qui est apparemment inutile, faible, laissé dans les ornières pendant que passe le grand carrosse du monde. Un enfant est rarement curieux de ce qui préoccupe les adultes. Il va exercer son attention sur ce qui leur échappe ou ce qui, de peu de poids, lui ressemble. Par exemple, je peux faire une danse de derviche tourneur autour d'un pissenlit toute une après-midi pour arriver au texte qui me convient, qui exaucera ce pissenlit et en fera ce que je l'ai vu être, c'est-à-dire un soleil descendu près de nous.

Ces états vous sont-ils donnés par la contemplation de la beauté ou bien par une méditation ?

Je suis incapable de séparer la pensée de la beauté. Elles ont pour racine commune le réel. Les petits astres que forment les pissenlits au mois de juin sont beaucoup plus réels et éclairants que toutes les lampes de nos savoirs. Ce que je recherche, et que j'ai du mal à nommer, ne se trouve pas dans les endormissements théoriques, pas plus que dans les agacements de l'économie ou le bruit machinal du monde. Cette chose me concerne personnellement et, je crois, concerne chacun de nous. J'essaie de faire des petites maisons de livres assez propres pour que l'invisible qui me semble donner le sens de toute vie y entre, et s'y trouve accueilli.


Cet invisible a-t-il rapport au divin ? Au moins, lui donnez-vous un nom ?

Paradoxalement, cet invisible n'est fait que des choses visibles. Mais délivrées de nos avidités, de nos volontés et de nos soucis. Ce sont ces choses familières qu'on laisse simplement être et venir à nous. Dans ce sens, je ne sais pas de livre plus réaliste que les Évangiles. Ce livre est comme du pain sur la table : le quotidien est le foncier de toute poésie.


Leur message a-t-il une résonance particulière dans vos livres ?
La lumière la plus profonde, je l'ai tirée d'un auteur que j'estime plus que tout, Jean Grosjean, et en particulier de son livre l'Ironie christique qui est une lecture d'abeille de l'Évangile de Jean : c'est un livre majeur du XXe siècle. L'auteur fait son miel de chaque parole du Christ, il entre dans chacune d'elle comme une abeille s'engouffre dans chaque fleur d'un rosier, pour en surprendre toute la pensée. À la fin de l'Évangile, il est dit qu'« il y a encore beaucoup d'autres choses que Jésus a faites ; si on les écrivait une à une, le monde lui-même, je crois, ne saurait contenir les livres qu'on en écrirait ». J'ai pris cette parole à la lettre : j'essaie d'avoir le souci du présent, de qui me parle ou de ce qui se tait devant moi ; je cherche dans le plus tremblé du présent ce qui ne glissera pas comme tout le reste dans les ténèbres. Le ciel est ce qui s'éclaire dans le face à face. Le fond de la vie, et c'est le fond même des Évangiles, c'est que tout ce qui compte se passe toujours entre deux personnes.

Dans l'enfance ou à l'âge adulte, avez-vous connu des moments d'illuminations, des expériences d'ordre mystique ?

Ce n'est pas vraiment une illumination mais un sentiment plus souterrain, diffus, que je pouvais parfois croire être perdu et qui revenait toujours : la sensation d'une bienveillance tramée dans le tissu parfois déchiré du quotidien. Cette sensation n'a jamais cessé de courir par-dessous les fatigues, les lassitudes et même les désespérances. Je tourne autour d'un mot : la bonté. C'est la bonté qui me stupéfie dans cette vie, elle est tellement plus singulière que le mal.

 

Christian Bobin.

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Faiblesse et fragilité

19 Janvier 2014, 10:55am

Publié par Fr Greg.

 

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 "Dieu ne se révèle pas dans la force ou dans la puissance, mais dans la faiblesse et dans la fragilité d’un nouveau-né."

Pape François.

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Air vif

18 Janvier 2014, 10:44am

Publié par Fr Greg.

 

 

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J’ai regardé devant moi
Dans la foule je t’ai vue
Parmi les blés je t’ai vue
Sous un arbre je t’ai vue


Au bout de tous mes voyages
Au fond de tous mes tourments
Au tournant de tous les rires
Sortant de l’eau et du feu


L’été l’hiver je t’ai vue
Dans ma maison je t’ai vue
Entre mes bras je t’ai vue
Dans mes rêves je t’ai vue


Je ne te quitterai plus.

 

Paul Eluard

 

 

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Des pères et des mères....

17 Janvier 2014, 10:49am

Publié par Fr Greg.

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Depuis la nuit des temps l'histoire des pères et des mères prospèrent
Sans sommaire et sans faire d'impairs, j'énumère pêle-mêle, Pères Mères
Il y a des pères detestables et des mères héroiques
Il a des pères exemplaires et des merdiques
Il y a les mères un peu père et les pères maman
Il y a les pères interimaires et les permanent
Il y a les pères imaginaires et les pères fictions
Et puis les pères qui coopèrent à la perfection
Il y les pères sévères et les mercenaires
Les mères qui interdisent et les permissions
Y'a des pères nuls et des mères extra, or dix mères ne valent pas un père
Même si dix pères sans mère sont du-per (perdu) c'est clair
Y'a des pères et des beaux-pères comme des compères qui coopèrent
Oubliant les comères et les langues de vipère
Il y a les « re-mères » qui cherchent des repères
Refusant les pépères amorphes
Mais les pauvres se récupèrent les expers(ex-pères) du divorce
Il y a les pères outre-mère qui foutent les glandes à ma mère
Les pères primaires, les perfides, les personnels qui ont le mal de mère
Ceux qui laissent les mères vexent et les perplexes
Moi mon père et ma mère sont carément Hors-pairs
Et au milieu de ce récit
Je prends quelques secondes je tampère
Pour dire à mon père et à ma mère merci

Il y une mère candide et un père aimable
Il y une mère rigide et imperméable
Il y a des pères absent et des mères usées
Il y a des mères présentes et des perfusés
Il y a des mères choyées et des mères aimées
Il y a des pères fuyants et des périmés
Il y a la mère interessée et la mère ville
L'argent du père en péril face à la mercantil
Il y a les pensions alimentaires, les « pères credit »
Des pères du week end et des mercredi
Y'a des pères hyper-fort et des mères qui positivent
Ou les coups de blues qui perforent les mères sans pères-pectives
Mais si les persécutés, le père sait quitter
Et si la mère pleure c'est l'enfant qui perd
Mais si la mère tue l'amertume la magie s'eveille
Et au final qu'elle soit jeune ou vielle la mère veille (merveille)
Moi mon père et ma mère sont carément Hors-pairs
Et au milieu de ce récit
Je prends quelques secondes je tampère
Pour dire à mon père et à ma mère merci

Il y a les mères qui desespèrent à cause des amourettes
Perpetuellement à la recherche d'un homme à perpette
Il y a la mère celibataire persuadé de n'etre personne
Et qui attends que dans ses chimères que derriere la porte un père sonne
Il y a les mères soumises et les pères pulsions
Il y a les mères battues et les percussions
Il y a les mères en galère à cause des pervers, des perturbés
Alors il y a la mère qui s'casse si elle est perspicace
En revanche, si le père et la mère s'accoquine et vont se faire mettre si je peux me permettre
La tension est à dix milles ampers
Car quand le père est en mère et que la mère obtepère
C'est la hausse du mercure car le père percute et la mère permute
Le père tend sa perche et la mère se rit de cette performance, de ce perforant impertinent
Elles sont les péripéties du père dur face à l'effet mère (l'ephémère)
Moi mon père et ma mère sont carément Hors-pairs
Et au milieu de ce récit
Je prends quelques secondes je tampère
Pour dire à mon père et à ma mère merci

      Grand corps malade.

 

 

 

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Sugar man

16 Janvier 2014, 10:16am

Publié par Fr Greg.

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Euphorisant conte de Noël qui garde pourtant les pieds sur terre et le regard fièrement vissé à ses lunettes de soleil, Sugar Man retrace le fascinant destin de Sixto Rodriguez, chanteur-compositeur originaire de Détroit qui signa deux merveilles d'albums folk en 1970 et 1971. Mais les authentiques pépites que sont Cold Fact et Coming from Reality essuyèrent en Amérique un flop si brutal que l'artiste se retira illico de la scène musicale, sans savoir qu'il allait devenir un demi-Dieu en Afrique du Sud, où ses chansons frondeuses devinrent des emblèmes de la lutte contre l'Apartheid.

 

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Construit comme une enquête en deux temps, Sugar Man démarre sur une majestueuse route sud-africaine, où Malik Bendjelloul (réalisateur suédois ayant notamment livré des documentaires sur l'histoire du heavy metal) nous fait rencontrer Stephen Segerman, un fan inconditionnel de Sixto Rodriguez. En s'implantant d'emblée au sein des admirateurs sud-africains blancs du chanteur américain, le cinéaste observe les conséquences concrètes exercées par la musique de Rodriguez sur l'imaginaire collectif d'une nation qui a connu une histoire récente particulièrement violente. Très attentif à la parole des personnes interviewées, le film atteint une dimension mythologique lorsqu'il révèle que l'album Cold Fact a été écoulé à 500 000 exemplaires en Afrique du Sud et que les compositions de ce troubadour aux origines mexicaines y ont joué un rôle encore plus influent que celles des Beatles ou des Rolling Stones.

La saveur de Sugar Man réside donc dans la coexistence d'un versant légendaire (les fans de Rodriguez ont par exemple longtemps cru qu'il s'était suicidé en plein concert) et l'aspect nettement plus tangible des investigations menées. Lorsqu'il tente d'éclaircir la question des contrats qui lièrent Rodriguez aux maisons de disque, Sugar Man offre ainsi un truculent témoignage sur une industrie musicale aux ramifications plus que nébuleuses, qui n'informa pas l'intéressé du succès qui était le sien en Afrique du Sud. Parallèlement à cette quête de vérité, quelques séquences d'animation illustrent les chansons de l'artiste (Sugar Man, ritournelle consacrée à un lénifiant dealer, ou I Wonder, fiévreux hymne à la libération sexuelle), pour mieux insister sur l'idée d'un musicien inaccessible, dont la silhouette crépusculaire semble ne pouvoir être abordée que par le biais du fantasme.

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Situé à mi-chemin entre la fable et le document réaliste, Sugar Man trouve naturellement toute sa cohérence lorsque Sixto Rodriguez est enfin retrouvé par la caméra de Malik Bendjelloul, de la même façon que Stephen Segerman et ses acolytes avaient retrouvé leur idole à la fin des années 1990. Si le fait d'avoir « mis la main » sur Rodriguez pourrait entraîner l'euphorie du cinéaste, c'est avec une tranquillité sidérante que la rencontre se déroule. Le chanteur, mythifié dans la première partie du film, se présente en effet dans sa modeste maison du Michigan comme un homme d'âge mûr qui travaille depuis plus de 30 ans comme ouvrier et passe le plus clair de son temps sur des chantiers de démolition. A voir ce papy au look placide se frayer un chemin au milieu des rues désertes et enneigées, il apparaît comme une évidence que le Rodriguez d'aujourd'hui fait corps avec l'existence qu'il s'est choisie, de la même façon que ses féroces chansons faisaient corps au début des années 1970 avec le spleen de la zone industrielle de Détroit.

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Bien décidé à conserver vis-à-vis de l'artiste la même distance respectueuse que dans la première partie, Sugar Man ne résiste néanmoins pas au plaisir narratif induit par la destinée hors du commun de son héros. Les images d'archives de la triomphale tournée effectuée en Afrique du Sud à la fin des années 1990 montrent ainsi des salles entières remplies de fans ébahis et expose la façon dont le père de famille qu'est devenu Rodriguez a soudain profondément modifié le regard que portait sur lui son entourage le plus proche. Epousant la mystérieuse magnanimité du chanteur, Malik Bendjelloul préfère voir en lui une salvatrice figure de conciliation plutôt que celle du revenant prenant sa revanche sur l'industrie musicale. Oeuvre passionnée et passionnante, Sugar Man filme donc Sixto Rodriguez à hauteur d'homme, en refusant de croire aux fantômes et de tomber dans la surenchère mystique. Mais le film n’en dessine pas moins une voie sacrée, par la foi qu’il accorde aux vertus de la patience, de la ténacité et de la liberté de conscience (celles de Rodriguez autant que des admirateurs qui ont retrouvé sa trace) pour finalement dresser le portrait d'un homme réconcilié avec son art et affranchi de toute soumission à l'urgence médiatique.

 www.ecranlarge.com

 


 

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Parole intime, cri d'amour...

15 Janvier 2014, 10:29am

Publié par Fr Greg.

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Le Christ sort au matin de la vieille maison fatiguée du monde. Il a une trentaine d’années. Il n’emporte rien avec lui. Il commence sa vie buissonnière dont, après sa disparition, ses amis recueillent des lambeaux. La joie de l’air contre ses tempes, les confidences de l’eau entre ses mains, les éblouissements des renards qui croisaient son chemin- de tout cela rien ne nous est parvenu. Quelques paroles dont la plupart empruntent leur beauté à l’univers patient des bergers, des pêcheurs, des viticulteurs : voilà tout ce qui reste du passage sur terre du plus grand des poètes. Car c’est être poète que regarder la vie et la mort en face, et réveiller les étoiles dans le néant des cœurs. Les commentateurs ont usé jusqu’à la corde ces paroles de l’errant. Elles résistent. Le simple est inépuisable. Comme des frelons sur une poire tombée dans l’herbe, ainsi s’agitent les théologiens, agglutinés autour des larmes d’un visage si humain qu’il en devenait divin. « Mon dieu, mon dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Cette parole du Christ est la parole la plus amoureuse qui soit. Chacun en connaît la vibration intime. Aucune vie ne peut faire l’économie de ce cri. Cette parole est le cœur de l’amour, sa flamme qui tremble, se couche et ne s’éteint pas. Elle est aussi bien la seule preuve de l’existence de Dieu : on ne s’adresse pas ainsi au néant. On ne fait pas de reproches au vide.

Après, plus rien- l’arrachement du souffle, l’énergie qui déserte ce qui n’est plus que chair pourrissante. Cette dernière flambée de la parole fait du Christ mieux qu’un ange : notre frère angoissé et fragile ; « Mon dieu,  mon dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » Ce cri qui s’en va exploser contre la gueule de marbre d’un Dieu muet, fait de celui qui le jette notre intime, le plus proche d’entre les proches : nous –mêmes quand la confiance s’en va de nous comme le sang par une veine coupée et que nous continuons à parler amoureusement à ce qui nous tue.

Il faut que le noir s’accentue pour que la première étoile apparaisse.

Christian Bobin , « l’Homme Joie ».

 

 

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Pour le moment, laisse moi faire !

14 Janvier 2014, 09:46am

Publié par Fr Greg.

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Dans l’A.T, le baptême était acte pénitentiel, un rite de purification religieux, de la créature devant Dieu. En se plongeant dans l'eau, le pénitent reconnaissait son désordre, manifestant son désir de mourir à ses comportements erronés et était en attente d’un salut.

 

Ainsi, lorsque le Baptiste voit Jésus venir avec les pécheurs, il est perdu ! Reconnaissant en Lui le Messie, Celui qui est sans péché, il ne comprend pas ! Lorsque Jésus débarque dans notre vie : on ne comprend pas ! Face à l’eucharistie, d’abord, on ne comprend pas ! Dès qu’on croit comprendre, on s’est déjà rattrapé dans nos raisonnements sécuritaires et nos schèmes humains ; Et, Jésus réclame qu’on entre dans ce nouveau chemin, dans ce nouveau geste sans d’abord comprendre !

 

Ceci explique les réactions laïcistes ou athées de nombreux de nos contemporains qui sont furieux face à la prétention des chrétiens qui disent ‘savoir’ ! Il ne s’agit pas de diminuer la vérité, mais on la défend différemment si on en est un mendiant ou si on a l’orgueil et la prétention de la posséder ! Le chrétien –encore plus que tout homme- devrait être un mendiant de la lumière et de la vérité !

 

C’est peut-être ce désordre premier dans lequel Jésus veut descendre ! Car c’est bien cela le nouveau baptême : c’est laisser Dieu lui-même s’abaisser et descendre dans notre péché premier qui est de préférer ce qu’on croit savoir, nos idées, plutôt que d’être toujours relatif à ce qui nous dépasse et qu’on ne peut contenir.

‘Accomplir ce qui est juste’, c’est choisir de laisser Dieu venir porter ce qui est mort en nous, de le laisser venir nous rencontrer là où c’est moisi. C’est là qu’il veut descendre, parce que c’est là où l’on va pouvoir voir son visage ; notre misère en nous devient le lieu de la rencontre !

Il vient s’unir à nous d’une manière telle, qu’il se fait responsable de chacun de nous devant le Père. Et cela d’une manière cachée, pour que son geste ne soit pas une accusation ou source d’un nouveau repliement sur nous-même !

 

Et, en laissant Dieu réaliser cet acte de vérité et d'amour excessif, nous Lui ‘permettons’ de se manifester tel qu’il est pour nous, dans ce qui est le plus lui-même : dès que nous laissons Jésus porter ce qui est mort en nous –notre prétentions à posséder la vérité- nous permettons comme une nouvelle présence de Dieu, une nouvelle connaissance de sa paternité pour nous.

 

La réalité du baptême –qui demeure du coté de Dieu un don toujours actuel- nous insère dans cet amour réciproque qui est Dieu; Dieu se déverse alors lui-même en nous, et se rend présent d’une nouvelle manière. Le bain de l'eau, nous lie et nous insère en Jésus avec qui nous devenons comme un, unis à lui dans sa personne.

 

Fr Grégoire.

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Ski, montagne & prière !

13 Janvier 2014, 16:49pm

Publié par Fr Greg.

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Vacances de février/Pâques : à Montvalezan, 15min de bourg St Maurice –domaine la rosière, Tignes/les Arcs à 30min-, dans un ancienne tour des chanoines du Gd St Bernard, avec oratoire, possibilités messe quotidienne avec frères de St Jean, 3 chambres de 3 lits, salle de bain & cuisine commune ; prix : 15euros/jour/pers.

Renseignements : gregoirefsj@gmail.com ou par ce blog.

 


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Prier, c'est ennuyer Dieu pour qu’il nous écoute !

13 Janvier 2014, 10:29am

Publié par Fr Greg.

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« Je ne sais pas si cela peut sembler étrange, mais prier c’est un peu ennuyer Dieu pour qu’il nous écoute. Mais le Seigneur le dit : comme l’ami à minuit, comme la veuve avec le juge… C’est attirer le regard, attirer le cœur de Dieu vers nous… Et c’est aussi ce qu’ont fait ces lépreux qui se sont approchés de lui : ‘Si tu veux, tu peux nous guérir !’. Ils l’ont fait avec une certaine assurance. C’est comme cela que Jésus nous apprend à prier. Quand nous prions, nous pensons parfois : ‘Mais oui, j’exprime mon besoin, je le dis au Seigneur une, deux, trois fois, mais pas avec beaucoup de force. Et puis je me lasse de demander et j’oublie de le demander’. Eux, ils criaient et ils ne se lassaient pas de crier. Jésus nous dit : ‘Demandez’ mais il nous dit aussi : ‘Frappez à la porte’ et quand on frappe à la porte, on fait du bruit, on dérange, on ennuie ».

Les aveugles de l’Évangile, « sont sûrs » de leur fait « en demandant au Seigneur la santé » : lorsque Jésus leur demande s’ils croient qu’il peut les guérir, ils répondent : « Oui, Seigneur, nous croyons ! Nous sommes sûrs ! »

« La prière recouvre ces deux attitudes : elle « exprime un besoin » et elle est « certaine ». Lorsque nous demandons quelque chose, la prière exprime un besoin: ‘J’ai besoin de cela, écoute-moi, Seigneur’. Mais aussi, lorsqu’elle est vraie, elle est certaine : ‘Écoute-moi ! Je crois que tu peux le faire parce que tu l’as promis’ ».

« Il l’a promis » : c’est sur cette promesse que repose l’assurance d’être exaucé : « Avec cette certitude, nous exprimons nos besoins au Seigneur, mais en étant sûrs qu’il peut le faire ». Prier, c’est « entendre Jésus » poser la question qu’il a posée aux deux aveugles : « Crois-tu que je peux faire cela ? ».

« Il peut le faire. Quand est-ce qu’il le fera ? Comment ? Nous ne le savons pas. C’est cela la certitude de la prière. Le besoin de dire les choses en vérité au Seigneur. ‘Seigneur, je suis aveugle. J’ai ce besoin. J’ai cette maladie. J’ai ce péché. J’ai cette souffrance…’ mais toujours la vérité, la chose telle qu’elle est. Et lui, il entend ce besoin, mais il entend que nous lui demandons d’intervenir avec assurance ».

 « Demandons-nous si notre prière exprime un besoin et si elle est sûre : un besoin, parce que nous nous exprimons à nous-mêmes la vérité, et sûre, parce que nous croyons que le Seigneur peut faire ce que nous lui demandons ».

 

François,  pape.

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L'attente heureuse

12 Janvier 2014, 10:11am

Publié par Fr Greg.

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J’ai toujours l’espérance de grandes choses. J’ignore en quoi elles consistent et je les attends sans impatience. Il est même possible qu’elles soient déjà venues sans que je m’en sois rendu compte. Mon âme est comme un chien en arrêt devant un buisson, aux aguets  d’un gibier proche et invisible. Bien sûr je n’attrape jamais rien, aucune proie, juste, et c’est suffisant, la certitude éblouie d’avoir entrevu une chose plus grande que ma vie et pourtant accordée à elle, une lumière si pure qu’elle en est presque cruelle.

 

L’amour est le miracle d’être un jour entendu jusque dans nos silences, et d’entendre en retour avec la même délicatesse : la vie à l’état pur, aussi fine que l’air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse.

 

J’ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s’est rapproché pour voir ce qui se passait.

 

 

Christian Bobin, Ressusciter 

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nous pouvons toujours recommencer depuis le début...

11 Janvier 2014, 10:06am

Publié par Fr Greg.

 

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Notre Dieu montre toujours la grandeur de sa miséricorde. Il nous donne la force pour avancer, il est toujours avec nous pour nous aider à avancer, c’est un Dieu qui nous aime tant, Il nous aime et pour cela Il est avec nous pour nous aider, pour nous fortifier et pour aller de l’avant… courage, toujours de l’avant !

Grâce à son aide nous pouvons toujours recommencer depuis le début. Comment ? Recommencer depuis le début ? Quelqu’un peut me dire « je suis un grand pécheur, une grande pécheresse, je ne peux pas recommencer du début… » Faux ! Tu peux recommencer du début ! Pourquoi ? parce qu’Il t’attend, Il est proche de toi, Il t’aime, Il est miséricordieux, Il te pardonne, Il te donne la force de recommencer du début. A tous ! Alors nous sommes capables de rouvrir les yeux, de dépasser la tristesse et les larmes et d’entonner un chant nouveau. Et cette vraie joie demeure encore dans l’épreuve, dans la souffrance, car ce n’est pas une joie superficielle, mais elle descend au plus profonde la personne qui se confie en Dieu.

La joie chrétienne, comme l’espérance, a son fondement dans la fidélité de Dieu, dans la certitude qu’Il garde toujours ses promesses. Le prophète Isaïe exhorte ceux qui ont perdu la route et sont dans le découragement à faire confiance à la fidélité du Seigneur, car le salut ne tardera pas à faire irruption dans leur vie. De nombreuses personnes ont rencontré Jésus sur leur chemin, expérimentant dans leur cœur une sérénité et une joie dont rien ni personne ne pourra les priver. Notre joie est le Christ, son amour fidèle et inépuisable ! Par conséquent, quand un chrétien devient triste, cela veut dire qu’il s’est éloigné de Jésus. Mais il ne faut pas le laisser seul ! Nous devons prier pour lui, et lui faire sentir la chaleur de la communauté.

 

 François, Pape.

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Je suis quelque chose de Dieu...tout en étant autre que Lui...

10 Janvier 2014, 10:50am

Publié par Fr Greg.

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« Chacun peut dire: 'je suis le fruit de l'amour de Dieu pour moi'. Son amour est efficace, réaliste: Dieu me crée en m'aimant, c'est tout. Ma réponse est un acte d'amour, ... je me reçois de lui, tout en moi lui appartient... Et l'amitié, c'est pour que l'on comprenne mieux ce qu'Il est, Créateur dans un amour pur, dans un don total... l'amitié c'est pour que Dieu soit plus présent. Et comme l'ami me permet de découvrir Dieu, l'ami me permet encore de l'adorer. L'adoration est l'acte le plus personnel qui soit, l'acte dans lequel je suis directement uni à Dieu... et Dieu aime qu'il se fasse avec mon ami pour saisir la gratuité du point de départ… »

 

Père M-D Philippe. cours sur le Gouvernement Divin.

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Vulnérabilité à l'autre...

9 Janvier 2014, 10:51am

Publié par Fr Greg.

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Même entre nous, surtout entre nous, les phrases ne sont jamais innocentes. Jetées sur le papier, elles  perdent  la vibration qui en fait tantôt des flèches, tantôt, et c’est le plus fréquent, de fragiles esquisses d’une impossible fusion. Elles deviennent des passerelles qui s’attirent les unes les autres et aident à aller plus loin. Ce désir d’aller toujours plus loin n’est-il pas signe d’insatisfaction ? Je ne mets pas très haut la satisfaction, c’est tout ce que je puis répondre.

Tu es mieux installée que moi dans l’absolu et cette différence, dès le début de notre aventure, m’a mis en porte à faux et m’a stimulé. Si tu étais, comme moi, freinée par un parti pris de lucidité, tu ne m’apporterais pas le monde, tu ne m’apporterais qu’un autre regard, aussi froid que le mien.

Pourtant je n’ai pas toujours été ainsi. J’ai été un enfant très sensible. Dès ma seizième année,  j’ai pensé  que  cette sensibilité excessive me désarmerait, m’affaiblirait, me soumettrait aux cœurs plus durs. J’ai voulu réagir et je n’ai que trop bien réussi. Je me suis fait une carapace et n’ai pu m’en défaire. Ton arrivée en bourrasque dans ma vie m’a contraint à remettre en question le personnage que j’avais fabriqué. Cela n’a pas été sans peine ni profondes rechutes, tu le sais et en as assez souffert. Cependant grâce à toi je suis maintenant capable de céder à l’enthousiasme, sans provoquer le sourire narquois de mon censeur intérieur, dont je n’ai d’ailleurs plus cure.

La brèche irréversible a été faite dans mon système de défense et à travers elle tout ce que j’ai tenu à distance déferle, non pas des forces inconnues, des forces familières auxquelles je refusais le droit de cité et, au premier rang, le grand refoulé, Dieu.

Je ne m’efforce pas d’aimer Dieu comme je t’aime, je m’efforce de t’aimer comme je devrais l’aimer, lui, dans la simplicité et la confiance. Je ne puis supporter l’idée d’une concurrence entre Dieu et toi, idée plate et faible,  comme il en court beaucoup. Ce qui t’est donné n’est pas pris à quelqu’un d’autre. En t’aimant davantage, j’aime davantage Dieu et Dieu, cela inclut la nature et les hommes. Tu es le moyen qui m’est  donné pour aller jusqu’au bout. En me faisant responsable de toi, tu m’as fait responsable de moi.

Celle que les autres voient, la femme gaie, active, ensoleillé, ce n’est pas celle-là qui me dévoile ce qui est caché, ce qui même dévoilé,  reste obscur. C’est l’angoissée qui me fait toucher l’impalpable. Ta peur contenue, si mal contenue, me conduit vers le pays où les éclairs accentuent l’ombre. Tes silences me parlent du très grand et  très haut silence. Ta voix quand elle se brise, fracture le réel et, par cette faille, accourt toute la misère du monde. Grâce à tes yeux à la dérive, je vois ce que je refusais de voir,  qui est que l’homme est un être- pour- la- pitié(…)

Tu m’as appris à retrouver sur les visages des autres un peu de ta souffrance. Jadis je m’arrangeais pour ne pas trop la voir, pour faire la part de l’exagération et de la comédie. Maintenant des yeux qui vacillent me rappellent les tiens, je devine ce qu’ils cachent et j’ai envie de leur donner de l’assurance et de l’éclat.

 

 

Jacques de Bourbon Busset, Tu ne mourras pas.

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La Charité: porter les misères de ses frères...

8 Janvier 2014, 10:47am

Publié par Fr Greg.

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"Vivre la charité signifie ne pas chercher son propre intérêt, mais porter les fardeaux des plus faibles et des plus pauvres."

 

François, Pape.

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