Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

comme un enfant

30 Novembre 2013, 09:36am

Publié par Fr Greg.

1395260_611624038880941_2064356296_n.jpg

 

De vos lectures vous ne retenez rien, ou bien juste une phrase. Vous êtes comme un enfant à qui on montrerait un château et qui n'en verrait qu'un détail, une herbe entre deux pierres, comme si le château tenait sa vraie puissance du tremblement d'une herbe folle. Les livres aimés se mêlent au pain que vous mangez. Ils connaissent le même sort que les visages entrevus, que les journées limpides d'automne et que toute beauté dans la vie : ils ignorent la porte de la conscience, se glissent en vous par la fenêtre du songe et se faufilent jusqu'à une pièce où vous n'allez jamais, la plus profonde, la plus retirée. Des heures et des heures de lecture pour cette teinture légère de l'âme, pour cette infirme variation de l'invisible en vous, dans votre voix, dans vos yeux, dans vos façons d'aller et de faire.

A quoi ça sert de lire. A rien ou presque. C'est comme aimer, comme jouer. C'est comme prier. Les livres sont des chapelets d'encre noire, chaque grain roulant entre les doigts, mot après mot. Et c'est quoi,  au juste, prier. C'est faire silence. C'est  s'éloigner de soi dans le silence. Peut-être est-ce impossible. Peut-être ne savons- nous pas prier comme il faut : toujours trop de bruit à nos lèvres, toujours trop de choses dans nos coeurs.

Dans les églises personne ne prie, sauf les bougies. Elles perdent tout leur sang. Elles dépensent toute leur mèche. Elles ne gardent rien pour elles, elles donnent ce qu'elles sont, et ce don passe en lumière. La plus belle image de prière, la plus claire image des lectures, oui, ce serait celle-là : l'usure lente d'une bougie dans l'église froide.

       Christian Bobin,  Une petite robe de fête

Voir les commentaires

O toi, l'au-delà de tout

29 Novembre 2013, 10:55am

Publié par Fr Greg.

20131026_163339.jpg

 

O toi, l'au-delà de tout 

N'est-ce pas là tout ce qu'on peut chanter de toi ? 
Quelle hymne te dira, quel langage ? 
Aucun mot ne t'exprime. 
A quoi s'attachera-t-il ? 
Tu dépasses toute intelligence. 

Seul, tu es indicible, car tout ce qui se dit est sorti de toi. 
Seul, tu es inconnaissable, car tout ce qui se pense est sorti de toi. 
Tous les êtres, ceux qui pensent et ceux qui n'ont point la pensée, 
te rendent hommage. 

Le désir universel, l'universel gémissement tend vers toi. 
Tout ce qui est te prie, et vers toi tout être qui pense ton univers 
fait monter une hymne de silence. 

Tout ce qui demeure, demeure par toi; 
par toi subsiste l'universel mouvement.

De tous les êtres tu es la fin; 
tu es tout être, et tu n'en es aucun.

Tu n'es pas un seul être; 
tu n'es pas leur ensemble ;

tu as tous les noms et comment te nommerais-je, 
toi qu'on ne peut nommer? 

Quel esprit céleste pourra pénétrer les nuées qui couvrent le ciel même? 
Prends pitié, 0 toi l'au-delà de tout

n'est-ce pas là tout ce qu'on peut chanter de toi ? 

Grégoire de Nazianze (IVe siècle) 

 

 

Voir les commentaires

Des femmes et du féminisme

28 Novembre 2013, 10:43am

Publié par Fr Greg.

1001101 503004756449007 93439696 n

 

Il me semble qu’il n’y a rien de si laid qu’une femme insensible. Je n’entends pas par là  qu’elle soit pleurnicheuse et faible mais effilée dans ses perceptions intuitives et sa sagesse intérieure, sa capacité à recevoir intimement  le monde et non pas uniquement relativement à des lois pratiques ou rationnelles telles que les hommes peuvent les concevoir et les imposer. En ce sens, le féminisme a véritablement gâché la lumière spécifique de la femme, et je peux l’affirmer d’autant plus que c’est par lui que je l’ai perdue et que je peine tant à la retrouver ! La quête intellectuelle et la passion des idées que certains m’accordent ou me reprochent pour cause de féminisme d’ailleurs sont nées d’un violent rejet de  l’indolence féminine et de l’imprécision affective que j’ai moi aussi connue dans mon âge tendre. Ne sachant que choisir, entre cette paresseuse mollesse, cette sensiblerie des femmes qui ont le temps d’écouter le mystère caché qu’elles portent mais n’en restent qu’à la surface de leur sentiments voire de leur épiderme et d’autre part l’activisme maternisant dénué de toute intelligence et de toute douceur, fondé sur le désir plus ou moins conscient de culpabiliser ceux que l’on a choisi de servir, j’en ai acquis une horreur de la nature féminine, de laquelle j’ai simplement conservé un amour pour la beauté parce qu’elle reste fascinante. Finalement, je n’ai retenu des femmes que la forme magnifique de ce qu’elles sont, et toute la séduction qui s’en dégage. Et j’ai oublié que ce n’était que l’écorce.  J’ai aussi reçu avec application un certain féminisme, politique d’une part, dans l’air du temps. Mais celui-ci n’était que l’officialisation d’un autre, hypocrite et immémorial, que l’on appelle la guerre de sexes et dont le mariage de mes parents fut  un laboratoire d’observation inespéré pour l’enfant que j’ai été. Inconsciemment bien sûr, j’en ai intégré toutes les lois et les réflexes, et c’est avec ce féminisme haineux, masqué derrière le sentiment d’injustice permanent de ma mère, purifié de tout émerveillement, c’est avec ce féminisme-là  chevillé au cœur (et sans le savoir !) que je suis moi-même entrée dans le mariage et la relation avec l’homme.

L Pleuvier.

Voir les commentaires

Chaque fois qu'on simplifie, on attrape Dieu

27 Novembre 2013, 10:49am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

Voir les commentaires

Éloge du nombrilisme

26 Novembre 2013, 10:30am

Publié par Fr Greg.

 

4threegirls.jpg

 

Dans une certaine éducation qui se veut virile, purificatrice et efficace, on convient volontiers et un peu vite qu’il y a de vrais problèmes, la faim, la maladie, la séparation, la guerre, le chômage etc… et par ailleurs de faux problèmes, ceux de l’intérieur. L’examen de ces derniers est bien rapidement taxé de nombrilisme et de perte de temps, comme s’il était urgent de trouver une recette du bonheur et de l’appliquer avec efficacité en s’épargnant les atermoiements futiles de l’âme. On compare alors les problèmes des uns et ceux des autres, et l’on juge les sensibilités de l’extérieur, à la faveur des malheureux qui de ce fait même sont plus autorisés pour dire la souffrance humaine parce qu’ils « ont donné ». Bien souvent, dans les milieux qui veulent dispenser une éducation virile et serviable, lorsque des sentiments complexes et douloureux émergent dans une vie extérieurement « réussie » ou devant l’être par détermination, ils semblent aussitôt frappés d’interdit, estampillés « problèmes d’enfants gâtés », aussi bien dans nos consciences chrétiennes tout imprégnées de culpabilité dès qu’il s’agit du « moi » que dans le discours général, enclin à aller vite en besogne sur la subtile question du bonheur.

          

  J’ose pourtant espérer que  la difficulté de la vie n’enlève rien à la subtilité voire à la confusion des sentiments,  que ceux-ci ne sont pas la seule propriété honteuse des oisifs et des heureux, des enfants gâtés ! Les grandes souffrances simplement semblent avoir le pouvoir d’aiguillonner un instinct de précision vers l’essentiel. Elles peuvent permettre d’aller plus vite et donnent de ce fait probablement l’impression pour le regard extérieur de tailler à gros coups dans l’immense palette des affects, ce qui n’est certainement pas le cas. Les tergiversations sont moindres parce qu’il y a dans la souffrance pour les âmes sensibles un démultiplicateur de sensibilité tel qu’elle parvient enfin à devenir intelligente. L’urgence alors d’un sens à découvrir peut faire sortir  de son langoureux vécu et donner un fruit inattendu du côté du don et de l’incandescence, qui est une forme radicale de la sensibilité. C’est cela la souffrance bien comprise. Il ne s’agit pas de taire ses sentiments et ses questions, ses petites douleurs, aussi humbles et d’ailleurs humiliantes, soient-elles.

Le degré objectif de la souffrance n’est d’ailleurs pas l’indice d’une meilleure utilisation de la sensibilité ni d’une plus grande valeur morale. C’est dans les toutes petites souffrances qu’il faut se tailler un cœur humain, le reconnaitre. Les repousser, les négliger, les relativiser par rapport à d’autres, c’est épaissir sa sensibilité par la volonté, contourner son intériorité, c’est oublier la nécessité absolue de la catharsis et donc de la culture,  et devenir peu à peu un monstre de morale, un poison pour les autres, l’enfer d’une humanité systématisée, incolore et froide, bref, tout ce qui coupe d’un rapport réel au monde et à soi-même. Au contraire que la descente prudente et secrète dans les abysses de nos souffrances quotidiennes permet à la fin une question radicale. Et l’on peut remonter à la surface peu à peu chercher les réponses et trouver un vrai repos malgré la souffrance, avec elle et ce repos, ce sera l’amour du monde et d’un autre comme soif. Je préfère cette voie humiliante au sens noble du terme, d’« humus », qui fait toucher terre, la terre réelle. Plutôt que la voie de la culpabilité de l’enfant gâté  qui n’est que l’expression d’un idéal sur nous même, une relativisation du mal particulièrement sotte et inefficace. Car qui est gâté ? C’est tout le problème des « types » que la morale traditionnelle des familles nous ressert en général sans réflexion autre que le bon sens immédiat et matérialiste ainsi que la peur de l’individuation des sentiments.

            Et je plains ceux qui sont tellement écrasés par les soucis qu’ils n’ont plus que cela à donner au monde. Je plains ceux qui ne savent que raconter leurs problèmes parce qu’ils n’ont plus la force de les écouter, de les regarder, et d’en tirer un suc, parce qu’ils n’en ont pas l’habitude, parce qu’ils ne se le sont jamais autorisés dans des circonstances moindres et que maintenant qu’ils sont écrasés, il est trop tard pour se comprendre et qu’en outre maintenant ils ont le droit de se plaindre, au prétexte de leur malheur ! Ce n’est pas leur avoir rendu service que de leur avoir interdit un certain nombrilisme. Education néfaste qui n’apprend pas à interroger ses passions et ses inclinations comme y conduisaient les moralistes antiques ou classiques mais qui juge tout selon une purification précoce et imprudente, spiritualiste avant même de regarder la nature humaine, interdisant l’accès à la connaissance de soi. Elle produit des monstres ou à l’inverse des serpillères. La morale du devoir n’a rien à envier à celle du plaisir qu’elle fustige pourtant. Elles mènent à la même décadence : l’incapacité à rencontrer le monde dans sa subtilité, l’enfermement en soi-même par l’atrophie de la sensibilité pour l’une et son engluement dans la sensation pour l’autre.

 

L Pleuvier.

Voir les commentaires

Le temps qui reste...

25 Novembre 2013, 10:06am

Publié par Fr Greg.

 

20131026_163555.jpg

 

Après un grand amour c’est comme après la mort pour ceux qui en réchappent : on s’étonne du temps qui reste. On ne veut plus l’occuper, ce temps. Comme tous ceux qui reviennent  des blanches autoroutes d’un coma, on garde au fond de l’âme la douceur irradiée du grand amour. Elle tient lieu désormais de volonté et de désir. Elle tient lieu d’avenir.

Toi que j’ai si longtemps aimée, je t’aime encore et c’est comme l’eau claire de la chanson, jamais je ne t’oublierai.

Avant de te connaître, j’entrevoyais quelque chose de toi dans les visages passés à l’encre sentimentale des livres. Et puis j’ai quitté cet imaginaire- là ; Le grand amour nous engloutit si fort dans un seul attachement que la lassitude vient un jour de tous les attachements, que s’en est fini de tout mensonge sentimental et qu’il ne reste rien que l’amour nu. L’amour n’est pas un sentiment. Tous nos sentiments sont imaginaires et,  si profonds soient-ils, nous n’y rencontrons que nous-mêmes c’est-à-dire personne. L’amour n’est rien de sentimental. L’amour est la substance épurée du réel, son atome le plus dur. L’amour est le réel désencombré de nos amours imaginaires.

 

Christian Bobin, L’épuisement.

Voir les commentaires

Instants de beauté dans la dévastation

24 Novembre 2013, 09:43am

Publié par Fr Greg.

000_TS-Hkg9206254_m.jpg

 

TOLOSA (Philippines), 22 nov. 2013 – Mon collègue Jason Gutierrez et moi revenions d’un reportage sur les communautés de pêcheurs ayant tout perdu après le passage du typhon Haiyan sur l’île de Leyte, aux Philippines, quand nous avons croisé le chemin de cette petite procession religieuse dans le village de Tolosa.

Le temps est très orageux à cette époque de l’année aux Philippines. Alors que nous roulions sur le chemin de retour vers Tacloban, des nuages ont commencé à se former devant le soleil déclinant. Le long de cette route, les habitants avaient allumé des feux pour brûler les débris laissés par le typhon, provoquant une brume blanche éparse. Le paysage dévasté est devenu pour quelques instants d’une rare beauté.

C’est à ce moment précis que sur la route, en face de nous, a surgi ce groupe de huit ou dix femmes et enfants qui marchaient en récitant des prières et en portant des icônes. Cette procession, probablement improvisée, mais bien ordonnée, contrastait fortement avec le chaos ambiant. Nous l’avons dépassée, puis nous avons fait demi-tour pour être placés en amont de la marche. Je suis descendu du véhicule pour me rapprocher rapidement du groupe, car je savais que ce moment n’allait pas durer.

A cause de la fumée qui montait des ruines, le ciel se confondait avec la terre. Je me suis donc positionné en contre-jour pour tirer parti de la lumière qui était diffusée par les nuages et par la fumée. J’ai choisi une profondeur de champ très réduite, et cadré cette femme au premier plan, afin qu’elle se détache nettement du fond. J’ai dû courir à côté du groupe pour pouvoir la cadrer de profil et voir son visage, tout en maintenant le soleil hors-champ.


000_Hkg9206246_m.jpg

En reportage, les photographes ne maîtrisent pas leur environnement. De nombreux éléments doivent être réunis et certains d’entre eux échappent complètement au contrôle du photographe. Pour prendre cette image, au-delà de l’aspect technique, il a fallu que ces femmes apparaissent sous mes yeux à ce moment précis, sous cette lumière si particulière.

Cette image a fait la une de très nombreux journaux dans le monde entier. J’ai aussi appris à mon retour qu’elle est l’une des photos AFP les plus partagées de tous les temps sur les réseaux sociaux. Je suis heureux qu’elle ait touché autant de gens et qu’elle ait sensibilisé un peu plus l’opinion à cette tragédie. Cet exemple particulier rappelle aussi le travail des autres photographes et journalistes présents sur les lieux, dans des conditions difficiles, par ma collègue Agnès Bun.

000_Hkg9206256_m.jpg

Nous n’avons jamais su exactement le motif de cette procession au milieu des ruines. Il aurait été impoli de l’interrompre pour demander. Les processions sont courantes aux Philippines, où 80% de la population est catholique. Après une tragédie, m’explique Jason Gutierrez, il est fréquent de voir des villageois se rassembler pour prier pour ceux qui sont morts, et remercier Dieu pour ceux qui ont survécu. La Vierge Marie et Sto Nino, l’enfant Jésus, sont particulièrement populaires à Leyte et dans beaucoup d’autres régions du pays, car les prières qui leur sont adressées ont la réputation d’être rapidement exaucées.

      Philippe Lopez est photojournaliste à l'AFP Hong Kong.

http://blogs.afp.com/

Voir aussi: 

Leçons de vie dans l'enfer de Tacloban  link

Voir les commentaires

La France doit sortir de son abrutissement organisé!

23 Novembre 2013, 10:17am

Publié par Fr Greg.

1136554-17888157-640-360.jpg

 

 

 

Que la France fatiguée en soit réduite à s’identifier à une équipe de football victorieuse n’est pas un bon signe. Certes, je me félicite du succès des Bleus, mardi soir face à l’Ukraine (3-0). Pour ma part (mais j’avoue être plus intéressé par la communion nationale que peuvent parfois générer ces rencontres que par le sport lui-même), j’ai surtout vu une équipe portée par un formidable public agitant d’innombrables drapeaux tricolores et reprenant La Marseillaise tout au long du match. Cependant, il ne faudrait pas demander à ces joueurs, souvent mal élevés et peu sympathiques, plus qu’ils ne sont capables de donner. A moins de considérer, ce qui semble être le cas, que nous n’aurions plus d’autres modèles ni d’autres symboles à notre disposition. Rien n’illustre mieux, malheureusement, la crise existentielle qui mine la nation que ce recours poussif au plus petit dénominateur commun qu’est le football. Dans Le Roi Lear, Shakespeare fait dire à un de ses personnages tout le mal qu’il pense, déjà au XVII e siècle, d’un "vil joueur de football" ("You base football player"). Or les voici promus au rang de héros intouchables.
 
J’admets bien volontiers que la France ne va pas fort, y compris moralement. Je déplore la paresse intellectuelle qui s’est installée depuis plus de trente ans dans les débats labellisés, qui invitent chacun à penser la même chose sous peine de se faire taper sur les doigts. Je soutiens que la crise des idées, ouverte par la pesanteur du politiquement correct, rend les dirigeants incapables de répondre aux explosions d’une société civile excédée. Observer Jean-Marc Ayrault tenter d’éteindre dans l’urgence l’incendie du ras-le-bol fiscal en promettant le big-bang fiscal illustre la panique qui gagne le gouvernement, prêt à ajouter de l’huile sur le feu. Qu’a fait le PS de ses dix ans d’opposition sinon réciter ses mantras? La droite n’a guère été plus finaude. 

tous-les-jours-je-lave-mon-cerveau-avec-la-tele-pochoir3

Répétons-le, puisque tout le confirmela crise la plus grave qui accable la France est celle de l’intelligence. Rien de ce qui advient -bouleversements identitaires et économiques - n’a été envisagé. Les conséquences des mutations démographiques et culturelles de notre société ouverte à l’immigration n’ont jamais été sérieusement analysées par les spécialistes en sciences humaines, sinon pour se féliciter de la cause. L’idéologie de l’antiracisme, promue depuis les années 1980, a rendu illégitime la moindre remarque sur le comportement des minorités. La critique du libéralisme, partagée par la droite, s’est accompagnée d’une dévotion absurde à l’État-providence, dont tout démontre aujourd’hui qu’il doit être réformé au plus vite. Depuis 1983, date de l’ouverture du PS aux réalités du marché, aucun autre progrès n’a été fait par la gauche. Tout est pétrifié.

La France a besoin d’intellectuels et d’esprits libres, capables de donner un sens à une société déboussolée. C’est eux, et non des mercenaires du spectacle, qu’il faut promouvoir, en respectant bien davantage la liberté d’expression. La France doit sortir de son abrutissement organisé.

 

Ivan Roufiol

 

66206429la-tele-jpg.jpg

 

 

 

Voir les commentaires

Panem et circenses !

22 Novembre 2013, 10:02am

Publié par Fr Greg.

Du pain et des jeux !  Du fric et du foot!

 

gladiator-2000-08-g.jpg

cours enseigné à l’ENA

Les dix stratégies de manipulation de masses

Le linguiste nord-américain Noam Chomsky a élaboré une liste des « Dix Stratégies de Manipulation » à travers les médias. Elle détaille l’éventail, depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie de la dégradation jusqu’à maintenir le public dans l’ignorance et la médiocrité.

1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l"économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique. « Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »  

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée « problème-réaction-solution ». On crée d’abord un problème, une « situation » prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter. Par exemple: laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté.  

3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en « dégradé », sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement. 

4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite. Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que « tout ira mieux demain » et que le sacrifice demandé pourra être évité. Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepter avec résignation lorsque le moment sera venu. 

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ». Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles » 

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements  

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. « La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte  

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts. Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto-dévalue et culpabilise, ce qui engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution!.. 

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

 

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes. Grâce à la biologie, la neurobiologie et la psychologie appliquée, le « système » est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement. Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes. 

http://www.kaosphorus.net/5291/les-dix-strategies-de-manipulation/


Voir les commentaires

Amazing people !

21 Novembre 2013, 10:49am

Publié par Fr Greg.

Voir les commentaires

Dignité et misère

20 Novembre 2013, 08:59am

Publié par Fr Greg.

tumblr_max4knMgdq1r3a6jho1_500.jpg

 

Pas de dehors pour l’homme dont l’existence économique n’est pas assurée. Pas de donnée stable. Rien, jamais, ne lui apparaît comme une chose : il ne saisit de l’environnement que ce qui est proie éventuelle ou possibilité d’assouvissement. Se nourrissant pour vivre, vivant pour se nourrir, il est englouti dans un processus cyclique, répétitif, sans commencement ni fin. « Le misérable, écrit Péguy, n’a plus qu’un seul compartiment de vie et tout ce compartiment  est occupé désormais par la misère ; il n’a plus qu’un seul domaine et tout ce domaine est irrévocablement pour lui le domaine de la misère ; son domaine est un préau de prisonnier ; où qu’il regarde, il ne voit que la misère ; et puisque la misère ne peut évidemment recevoir une limitation que d’un espoir au moins, puisque tout espoir lui est interdit, sa misère ne reçoit aucune limitation ; littéralement elle est infinie. » La vie dans la misère, c’est l’impossibilité faite aux individus de décoller de l’espèce, c’est la soumission uniformisante aux normes du biologique ; c’est la vie tout court, ce n’est jamais la vie de quelqu’un.  Il faut un monde à la vie pour qu’elle devienne individuelle. Le socialisme selon Péguy répond à cette exigence préjudicielle : « il suffit qu’un seul homme soit tenu sciemment, ou ce qui revient au même, sciemment laissé dans la misère pour que le pacte civique tout entier soit nul ; aussi longtemps qu’il y a un homme dehors, la porte qui lui est fermée au nez est une porte d’injustice et de haine. »

Ouvrir et même si besoin est, forcer cette porte afin que nul ne soit maintenu en exil dans la misère : telle est la tâche qui requiert Péguy. Il n’adhère pas, en effet, à une promesse d’abondance (« quand tout homme est pourvu du nécessaire, du vrai nécessaire, le pain et le livre, peu nous importe la répartition du luxe ») mais une promesse de mémoire et une promesse de cité. Il n’apporte pas la solution définitive du problème humain ; il réclame l’accès de tous à la condition humaine et à ses problèmes insolubles. Loin de vouloir l’unité du peuple, il aspire au déploiement de sa pluralité constitutive. « Plus je vais, écrit Péguy en 1901, plus je découvre que les hommes libres et les événements libres sont variés. Ce sont les esclaves et les servitudes et les asservissements qui ne sont pas variés, ou qui sont le moins variés. Les maladies qui sont en un sens des servitudes qui sont beaucoup moins variées que les santés. Quand les hommes se libèrent, bien loin qu’ils s’avancent dans je ne sais quelle unité, ils s’avancent en variations croissantes. (…) les ouvriers écrasés de fatigue sont en général bien plus près d’une certaine unité. »

 

                                                           Alain Finkielkraut, Nous autres, modernes

Voir les commentaires

Quel temps fait-il ?

19 Novembre 2013, 08:20am

Publié par Fr Greg.

 

il-pleut-drolement.jpg

 

L’une des mutations les plus radicales parmi celles que nous vivons depuis un quart de siècle est celle du rapport au temps. Tandis que la vulgarisation de la théorie de la relativité, proposée par Einstein, laisse entendre que le temps n’est ni un réel, ni une mesure absolus, les révolutions techno-économiques se chargent d’en fournir la démonstration. D’un côté, l’accélération du transport des biens, des personnes et des informations permettent de faire la même chose en temps réduit, de l’autre, la quasi instantanéité de la communication rend désormais possible d’agir simultanément en de multiples endroits du globe, pulvérisant ainsi distances et frontières.

 

Débordés

 

Le problème majeur est devenu, pour les humains que nous sommes, degérer les différents registres temporels que nous subissons ou/et sur lesquels nous agissons. Comment coordonner la préparation d’un repas au micro-ondes en dix minutes avec l’accueil d’une personne âgée et malade assujettie à son inertie biologique et physiologique ? Comment prendre le temps de l’intériorité méditante juste après avoir « rencontré sur Skype » un frère ou une nièce au-delà des océans et des continents ? Peut-on synchroniser les rythmes biologiques, la trépidation nerveuse qu’impose la vie urbaine et durée  lente que réclament l’écoute, la rencontre d’autrui, la prière ?

 

Temporisation

 La beauté, la parole, l’humanité contenues dans les œuvres, les traditions ou les représentations culturelles sont ainsi en voie de devenir, plus intensément qu’elles ne l’ont été originellement conçues, des espaces, des moyens, des occasions de recentrement, de synchronisation, d’harmonisation et d’unification dans ce chaos du temps. La culture peut même devenir salutaire quand la musique, le théâtre, la littérature, l’architecture … ou encore, la parole philosophique ou religieuse viennent nous re-proposer à temps et à contretemps un ré-ordonnancement de nos priorités, de la mobilisation de nos forces, de nos urgences et de notre présence au « maintenant ».

 

Liberté retrouvée

 

Quelques vers de Georges Séféris, la lumière d’un tableau de Vermeer, une cantate de Bach, la violence de Bacon ou de Munch, la vibration de l’arrondi roman ou de la peinture de Fabienne Verdier peuvent suffire à nous ramener là, au cœur de nous-mêmes, et disponibles au monde de la catastrophe permanente dans lequel nous sommes plongés. Alors que dire d’une Parole qui nous plonge dans l’Éternel dont la présence vibrante irradie chaque instant de la Création ? Et comment ne pas percevoir dans l’Évangile, et dans la présence qu’elle rend tangible du Souffle de Dieu qui s’invite dans le temps dé-synchronisé de notre aujourd’hui angoissé, l’inauguration  du Temps de la Paix.

Samuel Rouvillois.

 

http://culture-foi.blogs.la-croix.com

Voir les commentaires

Celui qui est juste ne le présume pas pour lui ni pour les autres!

18 Novembre 2013, 09:19am

Publié par Fr Greg.

Rire-d-enfant.jpg

 

 

Les saints ne sont pas des surhommes, et ils ne sont pas nés parfaits. Ils sont comme nous, comme chacun de nous : ce sont des personnes qui, avant d’atteindre la gloire du Ciel ont vécu une vie normale, avec des joies et des douleurs, des fatigues et des espérances. Mais qu’est-ce qui a changé leur vie ? Lorsqu’ils ont reconnue l’amour de Dieu, l’ont suivi de tout leur cœur, sans conditions et sans hypocrisies ; ils ont dépensé leur vie au service des autres, ils ont supporté des souffrances et des adversités sans haïr et en répondant au mal par le bien, en répandant la joie et la paix.

Voilà la vie des saints : des personnes qui, par amour de Dieu, ne lui ont pas posé de conditions dans leur vie ; ils n’ont pas été hypocrites ; ils ont dépensé leur vie au service des autres, pour servir leur prochain ; ils ont souffert beaucoup d’adversités mais sans haine. Les saints n’ont jamais haï. Comprenez bien cela : l’amour est de Dieu, mais la haine, de qui vient-elle ? La haine ne vient pas de Dieu mais du diable ! Et les saints se sont éloignés du diable ; les saints sont des hommes et des femmes qui ont la joie dans le cœur, et la transmettent aux autres. Ne jamais haïr, mais servir les plus nécessiteux ; prier et vivre dans la joie ; c’est là le chemin de la sainteté !

Etre des saints, ce n’est pas le privilège d’un petit nombre, comme si quelqu’un avait eu un gros héritage ; au baptême, tous nous avons l’héritage pour pouvoir devenir des saints. La sainteté est la vocation de tous. Nous sommes donc tous appelés à marcher sur la vie de la sainteté, et cette voie a un nom, un visage : le visage de Jésus-Christ. C’est lui qui nous enseigne à devenir des saints. C’est lui qui, dans l’Evangile, nous montre le chemin : celui des Béatitudes (cf. Mt 5,1-12). Le Royaume des Cieux est en effet pour ceux qui ne mettent pas leur sécurité dans les choses, mais dans l’amour de Dieu ; pour ceux qui ont un cœur simple, humble, ne présument pas être des justes, et ne jugent pas les autres, qui savent souffrir avec qui souffre et se réjouir avec qui est dans la joie, ne sont pas violents, mais miséricordieux, et cherchent à être des artisans de réconciliation et de paix. Le saint, la sainte, est un artisan de réconciliation et de paix ; il aide toujours les gens à se réconcilier, et il aide toujours jusqu’à ce qu’il y ait la paix.

 

François, Pape, Toussaint 2013.

Voir les commentaires

Dimanche de prière pour les Philippins

17 Novembre 2013, 09:25am

Publié par Fr Greg.

 

1453280_10151998426692427_174241193_n.jpg

 

Les populations touchées par le typhon Haiyan dans le centre des Philippines se sont rendues en masse ce matin dans les églises pour prier et communier neuf jours après la catastrophe qui a fait au moins 3.681 morts, déplacé quatre millions de personnes et provoqué des dégâts matériels considérables. 

1461756_233704766794034_686107836_n.jpg

Dans l'église catholique de Santo Niño, près du front de mer de Tacloban, où une partie du toit a été arrachée, des oiseaux volent au-dessus des fidèles. Parmi eux, Rosario Capidos, 55 ans, en larmes, qui serre dans ses bras son petit-fils de neuf ans, Cyrich. 

 

PHOe902d450-4dc1-11e3-bd02-e4d15a3d1322-805x453.jpg

link

Le 8 novembre, lorsque Haiyan a frappé, cette grand-mère s'était réfugiée avec des membres de sa famille dans sa maison. Quand l'eau a monté, elle a installé trois de ses petits-enfants sur une planche de polystyrène et les a emmenés à l'abri en traversant une rue inondée et charriant des débris en tout genre.  Sa famille a survécu. "C'est pour cela que je pleure, je rends grâce à Dieu pour m'avoir accordé une deuxième chance", dit-elle. 

1396013_233197286844782_1079964793_n.jpg
Vendredi, les autorités philippines et les agences internationales estimaient à 900.000 le nombre de déplacés. Le chiffre a été spectaculairement revu à la hausse, on parle à présent de quatre millions de personnes. 



D'après les Nations unies, près de 250.000 habitations ont été touchées, la moitié d'entre elles détruites par les rafales de vent et les pluies qui se sont abattues sur le centre des Philippines, principalement dans les provinces de Leyte et Samar.  Le gouvernement philippin recense par ailleurs 1.186 disparus. 

 

 

 

 

 

Voir les commentaires

Ce que j’appelle printemps

16 Novembre 2013, 08:00am

Publié par Fr Greg.

foret-37055.jpg

 

Ce que j’appelle printemps, n’est pas affaire de climat ou de saison. Certes, je ne suis pas insensible à la résurrection du mois de mai, à cette candeur nouvelle de l’air qui rend le cœur si rouge et les filles si moqueuses. Mais on peut toujours objectiver que cette résurrection sera bientôt suivie par un nouvel hiver, un goutte- à-goutte de la mort froide. Ce que j’appelle le printemps brise ce cercle-là, comme tous les autres. Cela peut surgir au plus noir de l’année. C’est même une de ses caractéristiques : quelque chose qui peut venir à tout moment pour interrompre, briser – et au bout du compte délivrer.

 

Je vois votre étonnement. Je vois que vous ne me comprenez pas. Je vous rassure : le printemps n’est rien de compréhensible- c’est même ce qui lui permet de tenir dans trois fois rien- un bruit, un silence, un rire : à l’école où je travaillais, il y avait une petite fille dont la mère était morte dans un incendie. J’aimais regarder son visage pendant les récréations. Dans ses yeux il y avait un peu de gravité et beaucoup de rires. Elle n’avait connu sa mère que quatre ans et ces quatre ans avaient été à l’évidence, plus gorgés d’amour que quatre siècles. Telle était ma pensée devant ce visage : la mère, de son vivant, a versé une coupe de champagne dans l’âme de son enfant- d’où le pétillement dans les yeux de la petite fille. Cette pensée que j’avais alors était une pensée printanière. Il n’y a rien a en conclure. Le printemps se moque de conclure. Il ouvre et ne se termine jamais. Il est dans sa nature d’être sans fin.

 

Ce que j’appelle le printemps ne va pas sans déchirure. Cette une chose douce et brutale. Nous ne devrions pas être surpris de ce mélange. Si nous le sommes, c’est que la vie nous rend distraits. Nous ne faisons pas assez attention.. Si nous regardions bien, si nous regardions calmement, nous serions effrayés par la souveraineté de la moindre pâquerette : elle est là, toute bête, toute jaune. Pour être là, toute menue, elle a dû traverser des morts et des déserts. Pour être là, toute menue, elle a dû livrer des guerres sans pitié. Ce que j’appelle printemps est  une chose du même ordre, une chose qui brille comme une pâquerette ou comme un lutteur couvert de sueur. Rien de tranquille ni de gagné d’avance.

 Christian Bobin, L’équilibriste. 

Voir les commentaires

La joie...

15 Novembre 2013, 09:43am

Publié par Fr Greg.

 

enfantasie.png

 

La joie c'est de n'être plus jamais chez soi, toujours dehors, affaibli de tout, affamé de tout, partout dans le dehors du monde comme au ventre de Dieu. 

Christian Bobin, Le Très Bas.

Voir les commentaires

Je vais te dire un grand secret

14 Novembre 2013, 09:13am

Publié par Fr Greg.

 

69698DCCAE98F980BFE3864C75830_h498_w598_m2.jpg

 

Je vais te dire un grand secret Le temps c'est toi
Le temps est femme Il a
Besoin qu'on le courtise et qu'on s'asseye
A ses pieds le temps comme une robe à défaire
Le temps comme une chevelure sans fin
Peignée
Un miroir que le souffle embue et désembue
Le temps c'est toi qui dors à l'aube où je m'éveille

C'est toi comme un couteau traversant mon gosier
Oh que ne puis-je dire ce tourment du temps qui ne passe point
Ce tourment du temps arrêté comme le sang dans les vaisseaux bleus
Et c'est bien pire que le désir interminablement non satisfait
Que cette soif de l'oeil quand tu marches dans la pièce
Et je sais qu'il ne faut pas rompre l'enchantement
Bien pire que de te sentir étrangère
Fuyante
La tête ailleurs et le coeur dans un autre siècle déjà
Mon Dieu que les mots sont lourds Il s'agit bien de cela
Mon amour au-delà du plaisir mon amour hors de portée aujourd'hui de l'atteinte
Toi qui bats à ma tempe horloge
Et si tu ne respires pas j'étouffe
Et sur ma chair hésite et se pose ton pas

Je vais te dire un grand secret Toute parole
A ma lèvre est une pauvresse qui mendie
Une misère pour tes mains une chose qui noircit sous ton regard
Et c'est pourquoi je dis si souvent que je t'aime
Faute d'un cristal assez clair d'une phrase que tu mettrais à ton cou
Ne t'offense pas de mon parler vulgaire Il est
L'eau simple qui fait ce bruit désagréable dans le feu

Je vais te dire un grand secret Je ne sais pas
Parler du temps qui te ressemble
Je ne sais parler de toi je fais semblant
Comme ceux très longtemps sur le quai d'une gare
Qui agitent la main après que les trains sont partis
Et le poignet s'éteint du poids nouveau des larmes

Je vais te dire un grand secret J'ai peur de toi
Peur de ce qui t'accompagne au soir vers les fenêtres
Des gestes que tu fais des mots qu'on ne dit pas
J'ai peur du temps rapide et lent j'ai peur de toi
Je vais te dire un grand secret Ferme les portes
Il est plus facile de mourir que d'aimer
C'est pourquoi je me donne le mal de vivre
Mon amour.

Louis Aragon, Elsa

Voir les commentaires

Contre les bons sentiments du pharisaïsme laïque, lisez: 'la chute'!

13 Novembre 2013, 09:49am

Publié par Fr Greg.

PHOf8c231e0-3a5e-11e3-99f3-bdb84d078a5a-805x453

 

Le Camus humaniste, avocat des grandes causes, défenseur de la veuve et de l'orphelin, Camus ne lui a-t-il pas réglé son compte dans un petit livre vertigineux, La Chute (1956), qui prend le contre-pied des bons sentiments de La Peste (1947)?

Le thème de ce court roman est la vraie-fausse confession d'un avocat parisien déchu qui, du bar d'Amsterdam où il a échoué, se qualifie lui-même de «juge-pénitent». Ce qu'il décrit avec une lucidité grinçante, c'est la bonne conscience d'une élite parisienne qui est toujours du bon côté du manche.

Il suffit de suivre l'actualité seulement d'une oreille distraite pour comprendre la portée saisissante de ce texte. Les bûchers médiatiques s'allument pour un rien, réclament de plus en plus de victimes… et, parfois, même au sein du monde littéraire s'abat, sur un auteur, une fatwa.

 

«J'avais une spécialité: les nobles causes», confie Jean-Baptiste Clamence, le narrateur. «On aurait cru vraiment que la justice couchait avec moi tous les soirs…» Cet avocat repu de lui-même prend la défense des criminels, «à la seule condition qu'ils fussent de bons meurtriers, comme d'autres sont de bons sauvages»… Mais «je n'étais du côté des coupables, des accusés, que dans la mesure exacte où leur faute ne me causait aucun dommage».

 

Un jour, une fêlure survient et la belle image qu'il a de lui s'effondre. Lui qui avait le sentiment d'une vie réussie, comme on écrit dans les livres de développement personnel, prend conscience de sa vulnérabilité. Il se sent, comme au tribunal, ­livré à l'accusation publique. Et perçoit avec effroi, chez ses semblables, une «vocation irrésistible de jugement». Il a l'impression, sans raison, qu'on lui fait, dans les lieux publics, des crocs-en-jambe. Et découvre, chez des presque inconnus, des inimités dont il n'avait pas conscience.

 

Ce livre porte les stigmates de la violente polémique née de la parution, en 1951, de L'Homme révolté, un essai qui inventorie les révoltes, même généreuses, qui ont mal tourné et fait le lit du totalitarisme. En plein stalinisme triomphant, un tel «amalgame» est inadmissible. ­Voici Camus sur le banc des accusés. Tous ses amis, camarades, le clouent au pilori. Sartre se mue en procureur implacable, et même en pion méprisant: «Si vos pensées étaient vagues et banales? (…) Je n'ose vous conseiller de vous reporter à la lecture de L'Être et le Néant, la lecture vous en paraîtrait inutilement ardue…» On a là en germe le pamphlet de Jean-Jacques Brochier, Camus, philosophe pour classes terminales (1970).

Ce qui fascine dans La Chute, c'est que ce texte dépasse une querelle germanopratine pour lui donner une dimension universelle. On vit dans l'ère du jugement perpétuel, affirme Clamence: «Sur l'innocence morte, les juges pullulent.» Mais gare au jugement qui vous revient dans la figure!

 

Camus ne réplique pas seulement (de façon subtile) à ses «illustres contemporains», il descend en lui-même sans s'exonérer de ce pharisaïsme laïque. Le résultat, c'est un grand livre dans la lignée des moralistes français, une mise en abyme du jugement et de la culpabilité. Sur ce point, il n'est pas sûr, même en ces temps de célébrations et de panthéonades, qu'on soit prêt à l'entendre.

JM Bastière.

http://www.lefigaro.fr/

Voir les commentaires

J’entends j’entends

12 Novembre 2013, 09:30am

Publié par Fr Greg.

 

1375038_611623622214316_143774259_n.jpg

 

 

J'en ai tant vu qui s'en allèrent
Ils ne demandaient que du feu
Ils se contentaient de si peu
Ils avaient si peu de colère

J'entends leurs pas j'entends leurs voix
Qui disent des choses banales
Comme on en lit sur le journal
Comme on en dit le soir chez soi

Ce qu'on fait de vous hommes femmes
O pierre tendre tôt usée
Et vos apparences brisées
Vous regarder m'arrache l'âme

Les choses vont comme elles vont
De temps en temps la terre tremble
Le malheur au malheur ressemble
Il est profond profond profond

Vous voudriez au ciel bleu croire
Je le connais ce sentiment
J'y crois aussi moi par moments
Comme l'alouette au miroir

J'y crois parfois je vous l'avoue
A n'en pas croire mes oreilles
Ah je suis bien votre pareil
Ah je suis bien pareil à vous

A vous comme les grains de sable
Comme le sang toujours versé
Comme les doigts toujours blessés
Ah je suis bien votre semblable

J'aurais tant voulu vous aider
Vous qui semblez autres moi-même
Mais les mots qu'au vent noir je sème
Qui sait si vous les entendez

Tout se perd et rien ne vous touche
Ni mes paroles ni mes mains
Et vous passez votre chemin
Sans savoir que ce que dit ma bouche

Votre enfer est pourtant le mien
Nous vivons sous le même règne
Et lorsque vous saignez je saigne
Et je meurs dans vos mêmes liens

Quelle heure est-il quel temps fait-il
J'aurais tant aimé cependant
Gagner pour vous pour moi perdant
Avoir été peut-être utile

C'est un rêve modeste et fou
Il aurait mieux valu le taire
Vous me mettrez avec en terre
Comme une étoile au fond d'un trou

     

Aragon

Voir les commentaires

Tristesse et désolation aux Philippines

10 Novembre 2013, 20:52pm

Publié par Fr Greg.

564247-564241-un-homme-se-tient-devant-les-debris-de-sa-mai.jpg

 

La catastrophe causée par le passage vendredi du typhon géant Haiyan aux Philippines est un drame sans précédent, vu son ampleur. Plusieurs pays et organisations internationales ont -enfin- proposé leur aide.

En ce dimanche, associons aussi nos voix, notre prière pour nos frères et amis philippins éprouvés.

 

564248-564238-la-cote-a-tacloban-apres-le-pasdsage-du-typho.jpg

 

Deux jours après le passage d’un des typhons les plus violents de l’année dans le monde et l’un des plus forts à jamais avoir atteint les terres depuis des décennies, les secours ont beaucoup de mal à s’organiser faute de moyens de communication opérationnels et le bilan des pertes humaines ne cesse de s’alourdir.

 

aux-philippines-le-passage-du-super-typhon-a-devaste_145731.jpg

 

 

Le gouvernement philippin parle de plus de 10 000 morts actuellement et plus de 2000 disparus.

 

Des amis partis chercher leur familles sur l'île de Tacloban, ont rencontrés ce dimanche des centaines d'habitants qui n'avaient pas dormi depuis vendredi, qui avaient tout perdu, absolument tout et qui cherchaient déséspérement de quoi manger... 

 

Haiyan_scalewidth_460.jpg

 

 

 

 

 

link

 

 

Voir les commentaires

Le triomphalisme des chrétiens

10 Novembre 2013, 09:00am

Publié par Fr Greg.

 

84144-eFfBNVFYXq61I_WQQFqRww.jpg

 

Le triomphalisme qui appartient aux chrétiens est celui qui passe à travers l’échec humain, l’échec de la croix. Se laisser tenter par d’autres triomphalismes, par des triomphalismes mondains, signifie céder à la tentation de concevoir un « christianisme sans croix », « christianisme à moitié ».

Aujourd’hui, le danger est celui de succomber à la « tentation d’un christianisme sans croix. Un christianisme à mi-chemin. Cela est une tentation. Mais il y en a une autre, celle d’un christianisme avec la croix sans Jésus ». il s’agit de la « tentation du triomphalisme ». « Nous voulons le triomphe maintenant sans aller sur la croix. Un triomphe mondain, un triomphe raisonnable ». Pour exemple, le diable, après la provocation du temple, propose un pacte à Jésus : « Adore-moi et je te donnerai tout ». Et « cela pour qu’il n’arrive pas à faire ce que le Père voulait que Jésus fasse ».

84144-KrX_HKP0SOVHgk_CEo4o_A.jpg

 « Une fois, j’étais dans un moment sombre de ma vie spirituelle, et je demandais une grâce au Seigneur. Je suis allé prêcher les exercices chez les sœurs et le dernier jour, elles se sont confessées. Une sœur âgée est venue se confesser, de plus de quatre-vingts ans, mais avec les yeux clairs, vraiment lumineux. C’était une femme de Dieu. À la fin, j’ai vu que c’était une telle femme de Dieu que je lui ai dit : “Ma sœur comme pénitence priez pour moi, parce que j’ai besoin d’une grâce, d’accord ? Si vous la demandez au Seigneur, il me la donnera sûrement”. Elle s’est arrêtée un instant, comme si elle priait, et elle m’a dit cela : “Soyez certain que le Seigneur vous donnera la grâce, mais ne vous trompez pas : à sa manière divine”. Cela m’a fait beaucoup de bien : entendre que le Seigneur nous donne toujours ce que nous demandons, mais qu’il le fait à sa manière divine ». Cette manière, « fait participer à la croix. Non par masochisme, non, non : par amour, par amour jusqu’à la fin ». Il faut demander au Seigneur « la grâce de ne pas être une Église à mi-chemin, une Église triomphaliste, des grands succès ».

François, Pape.

L'Osservatore RomanoÉdition hebdomadaire n° 23 du 6 juin 2013


Voir les commentaires

Qui ose mettre son orgueil dans ses faiblesses..?

9 Novembre 2013, 09:00am

Publié par Fr Greg.

 

21272_450335055049311_618225943_n.jpg

 

"Ma grâce te suffit : ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse. » Je n'hésiterai donc pas à mettre mon orgueil dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ habite en moi.

 

C'est pourquoi j'accepte de grand coeur pour le Christ les faiblesses, les insultes, les contraintes, les persécutions et les situations angoissantes. Car, lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort."                                                                            

2e Cor. 12, 9-10

 

Dieu n’aime pas les surhommes

Seuls mes carnets secrets savent ma pauvreté, mes tentations, mes manques et mes échecs. Ils sont ma joie, ces carnets, parce qu’ils sont témoins de ma lutte quotidienne. Ils me connaissent mieux que quiconque.

Au fil des années je m’aperçois que j’avance cahin-caha. Mais j’avance ! On traine toute sa vie sa fichue peau, son ivraie qui profite de tout pour envahir le peu de terrain qu’on a déchiffré.

Ma fragilité me donne une force. Elle me replonge, chaque fois que j’en prends conscience, dans l’immense cohorte des pécheurs de tous les jours.

 

Je ne me vante pas de ma fragilité, mais je la reconnais et vis avec elle. Dieu s’appuie sur elle pour me donner une force pas possible. Je comprends pourquoi le Seigneur a aimé prioritairement les pécheurs. La tendresse particulière de Jésus s’est toujours manifesté pour eux .

Guy Gilbert. Coeur de prêtre, coeur de feu.

Voir les commentaires

Comment en finir avec le jugement des hommes ?

8 Novembre 2013, 09:52am

Publié par Fr Greg.

Albert_Camus2.jpg

« Bourgeois naïf », « belle âme », « beau parleur »… voilà les mots de Sartre pour parler de Camus, après la publication de L'Homme révolté, en 1951. On en connaît les causes : Camus avait osé dénoncer le nihilisme révolutionnaire et le totalitarisme soviétique. Les compagnons de route du Parti communiste s'employaient à lui faire payer ce crime de lèse-unité. On connaît beaucoup moins les conséquences, les répercussions de ces jugements sur Camus et sur son œuvre. La Chute, en 1956, témoigne du contrecoup : « J'ai connu ce qu'il y a de pire, qui est le jugement des hommes ». Mais on n'avait pas mesuré à quel point, ni de quelle manière, cette polémique haineuse est liée à la crise très profonde que traverse Camus quelques années plus tard, où il a le sentiment d'avoir tout à reprendre et à repenser. Lui qui est alors mondialement reconnu, célébré, nobélisé, finira par écrire, dans ses carnets, en 1959 : « Je dois reconstruire une vérité après avoir vécu toute ma vie dans une sorte de mensonge. »

Le grand mérite du beau livre de Paul Audi, Qui témoignera pour nous ? Albert Camus face à lui-même, est de faire émerger le sens de cette mise à l'épreuve radicale. « Je me fais la guerre et je me détruirai ou je renaîtrai, c'est tout », écrit encore Camus dans les Carnets de 1959. La signification et les enjeux de cette guerre contre soi-même sont politiques, mais en un sens plus profond, sans doute plus décisif, que celui des grilles de lecture habituelles. Au lieu d'ajouter un énième dossier à tous ceux existant sur Camus en politique – très engagé ou pas trop, socialiste ou anarchiste, de gauche ou pas tant que ça, révolté ou révolutionnaire, indigné avant l'heure ou avide de reconnaissance Paul Audi met au jour ce qui touche Camus au plus intime quand Sartre l'accuse d'être devenu « bourgeois ».

La blessure n'est pas liée à l'injustice de cette étiquette. En devenant écrivain et célèbre, Camus n'a pas simplement vengé son enfance de pauvre, sa mère qui faisait des ménages et se taisait obstinément, il les a également trahis, en un sens. Car cette figure maternelle, mutique parce que sans moyens d'aucune sorte – sans mots comme sans argent, Camus l'avait toujours liée à ce sentiment de la séparation, qui court en filigrane dans la thématique de l'exil, de l'étranger, de la vie même, ainsi que la fin de La Peste l'exprime. La mission que Camus s'était donnée, celle de témoigner, consistait à rompre ce silence, avec la conviction que la parole répare, fait cesser l'indifférence.

UNE CRISE PROFONDE, VITALE

Or c'est là, précisément, que tout se met pour lui à vaciller. En devenant écrivain – celui qui dit ce qui est, qui le formule au plus juste, Camus « beau parleur» devient aussi traître, et « bourgeois», non pas d'un point de vue simplement social, mais en raison de son projet le plus fondamental. Du coup, la culpabilité d'avoir réussi s'empare de lui, qui n'est pas liée au succès mondain mais bien à son travail, son écriture, son engagement. Voilà pourquoi la crise est profonde, vitale, et pourquoi Camus en vient à se « faire la guerre ».

Au terme de cette lutte radicale contre soi-même, sa renaissance-reconstruction le conduit à penser que la parole répare mais aussi sépare, que le silence n'est pas seulement indifférence mais également amour, qu'il est possible d'écrire non plus pour rompre ce silence mais pour le parfaire. Autrement dit, il aura fallu ce chemin, cette crise, ce long détour et ce déclic politique pour que Camus se réconcilie avec sa mère, sa pauvreté et son mutisme. Toutefois, qu'on ne se méprenne pas : ce travail de Paul Audi n'est pas l'interprétation philosophico-psychanalytique d'un conflit intime.

1444684-gf.jpg

Au contraire, si le philosophe scrute ainsi l'itinéraire de Camus, c'est pour mieux creuser une difficile question : les relations entre justice et jugements. Car la modalité constante des rapports humains, ce sont les jugements que les uns portent sur les autres, qui enferment et qui tuent. L'enfer, ce n'est pas les autres, mais leurs jugements. « Imaginez des cartes de visite : Dupont, philosophe froussard ou propriétaire chrétien, ou humaniste adultère, on a ce choix vraiment. Mais ce serait l'enfer ! » (La Chute). Comment faire pour que l'humanité devienne capable de coexistence, voire de solidarité, sans recourir sans cesse aux catégories du tribunal ? Que serait une justice sans jugement ? En 1947, Artaud enregistrait Pour en finir avec le jugement de Dieu. Camus se demande comment en finir avec celui des hommes. La question le taraude, mais son ampleur inévitablement le déborde.

C'est pourquoi, sans quitter Camus de vue, la seconde moitié du livre de Paul Audi entame, sous la forme d'un dialogue, une exploration de ce vaste problème, en convoquant tour à tour Lacan, Nietzsche, Günther Anders et d'autres. Cette réflexion de fond sur l'éthique et la place du jugement dans les relations humaines est aussi exigeante que passionnante. A partir de Camus, mais au-delà de lui, comme il l'a fait à partir de Rousseau, de Nietzsche, de Gary, et au-delà d'eux, Paul Audi poursuit l'élaboration d'une pensée qui figure sans conteste parmi les plus originales de notre époque.

Qui témoignera pour nous? Albert Camus face à lui-même, de Paul Audi

www.lemonde.fr

 

 

Voir les commentaires

Personne ne peut vivre une seconde sans espérer

7 Novembre 2013, 00:00am

Publié par Fr Greg.

 

20131026_150640.jpg

 

L’ombre d’un oiseau m’est apparue il y a dix ans, en devanture du magasin d’un encadreur : un détail dans un tableau, un oiseau d’encre de Chine. Son envol tout de grâce et de nerfs a arrêté mes pas un jour comme celui-ci, un jour d’automne. Je suis immédiatement tombé amoureux de sa puissance d’arrachement et de la grande ouverture de ses ailes. Je suis entré chez l’encadreur, j’ai acheté le tableau. Chez moi je l’ai laissé au ras du sol, appuyé sur une pile de livres. Je n’ai jamais su mettre quelque chose sur un mur. Depuis que je suis dans cet appartement, même si dix ans ont passé, j’ai l’impression que je peux être appelé à en partir du jour au lendemain, alors à quoi bon s’installer ? J’ai gardé le papier peint que j’ai trouvé en entrant, un papier affreux, même dans les salles d’attente des dentistes on n’en voit plus comme ça, je l’ai laissé pour la même raison de négligence, pour cette gaieté de vivre comme si mourir devait être demain. La vie durable, la vie avec plan de carrière et traites sur vingt ans, je n’y crois pas. Je ne crois qu’à son contraire — l’éternité. Ce papier peint est donc seul, sans rien dessus, on dirait des taches de café sur le mur, passagèrement là depuis dix ans. Les adolescents sont les personnes qui mettent le plus de choses sur les murs. Des photos et des mots. C’est que l’adolescence est un temps où on est sans visage clair. L’ancien visage princier d’enfance est fané, du moins on croit qu’il est fané et ça revient au même. Le nouveau visage, celui de l’homme ou de la femme qu’on sera, n’est pas encore disponible, et on n’est pas sûr d’en vouloir. Alors on cherche au dehors dans les revues, dans les photos d’acteurs, de chanteurs ou de sportifs, on essaie des visages comme on essaie des vêtements, aucun ne va, tant pis, on recommence, on déchire, on découpe, on finira bien par trouver. C’est une recherche qui prend un temps fou. C’est une recherche qui connaît de longs temps de repos. Un jour on quitte les parents, ou l’argent vient et on est adulte — c’est-à-dire on imite les adultes, ce qui fait qu’on en devient un. On ne colle plus d’affiches ni de phrases sur un mur, on accroche quelques reproductions de peintures. On croit ne plus chercher un visage, on le cherche encore sans savoir : quand on lit Shakespeare ou quand on contemple une couleur dans le ciel, c’est toujours avec l’espérance d’y trouver notre vrai visage. Quand on tombe amoureux c’est pareil, sauf que là on est au plus près de découvrir enfin la pureté de nos traits, là, sur le visage d’un autre. Ce qui nous incite à chercher c’est l’espérance et elle est inépuisable, même chez le plus désespéré des hommes. Personne ne peut vivre une seconde sans espérer. Les philosophes qui prétendent le contraire, qui parlent de sagesse et ne font entendre que leur résignation à vivre une vie sans espérance, ces philosophes se mentent et nous mentent. Même celui qui va se pendre, dit Pascal, a l’espérance d’un mieux être : s’il accroche une corde à une poutre c’est parce que la pendaison est soudain devenue l’unique figure du bonheur. Celui qui médite de se pendre a la croyance qu’il va ainsi respirer mieux et il espère encore : l’espérance, dans l’âme, est au principe de la respiration comme de la nourriture. L’âme a, autant que le corps, besoin de respirer et de manger. La respiration de l’âme c’est la beauté, l’amour, la douceur, le silence, la solitude. La respiration de l’âme c’est la bonté. Et la parole. Dans la prime enfance tout rentre par la bouche. L’enfant en bas âge prend l’air, la parole, le pain, la terre, il prend tout ça avec ses doigts et il colle ses doigts contre sa bouche et il engloutit l’air, le pain, la terre. Et la parole. Il y a une immédiateté charnelle de la parole. Il y a une présence physique de l’âme, donnée par la parole quand elle est vraie.

 

Christian Bobin, L’épuisement.

Voir les commentaires

Les Nouveaux chiens de garde !

6 Novembre 2013, 08:22am

Publié par Fr Greg.

 

19997888.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

 

 

Depuis la parution de l’essai de Serge Halimi Les Nouveaux Chiens de garde (1997), succédant lui-même à celui de Pierre Bourdieu, Sur la télévision (1996), la critique radicale des médias est devenue un sport de combat très prisé au sein des médias alternatifs (Acrimed, Le Monde diplomatique, Le Plan B…) ou chez Pierre Carles, le premier à avoir mis en images cette défiance à l’égard des pratiques médiatiques dominantes (Pas vu, pas pris; Enfin pris?; Fin de concession).

 

19860898.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Le documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, adapté du livre d’Halimi, prolonge cette tradition critique en condensant ses principales lignes de front à travers un effort de synthèse des écrits de cette clique prompte à donner des claques à la profession journalistique en vue.

Par-delà cette efficacité pédagogique, cet effet de déjà-vu joue un peu contre le film dans la mesure où rien de très nouveau ne sort de ce discours balisé depuis le milieu des années 90 : la mainmise sur les grands médias des puissants groupes industriels et financiers (Bouygues, Bolloré, Dassault, Lagardère, Pinault, Arnault…), l’absence de pluralisme de la pensée…

19860905.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Dans ce cadre idéologique prévisible, opposant deux camps attachés à leurs positions, le film déploie pourtant un récit nerveux et énervé, dont l’efficacité narrative tient à l’implacable effet de démonstration par l’image.

Même sans le ton sarcastique d’un Pierre Carles, une analyse politique s’incarne à l’écran à travers un dispositif mêlant extraits d’émissions, images sur le vif de lieux de mondanités journalistiques et entretiens avec des observateurs critiques.

19860899.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Accumulant ses sources, le film met ainsi à nu les mœurs risibles et conniventes de la cour médiatique hexagonale.

Le récit s’autorise de vrais tours de force, entre esprit potache (les effets de montage pour se moquer des dialogues complices de Luc Ferry et Jacques Julliard, Jean-Pierre Elkabbach faisant un éloge gênant de son patron Arnaud Lagardère…) et pure déconstruction analytique (la critique implacable par l’économiste Frédéric Lordon de l’incompétence des experts célébrant depuis des années les vertus des marchés financiers).

Dépassant le cadre classique d’une analyse sur la concentration des médias, le film s’accroche à cet angle mort de l’aveuglement des médias sur eux-mêmes.

19860904.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

Cette fixation sur ces usages dévoyés des élites médiatiques occulte la réalité plus vaste du travail des “dominés” du champ journalistique (c’est-à-dire la quasi-majorité des journalistes), attachés à leur distanciation à l’égard des actionnaires, ainsi que la vraie polyphonie de prises de parole qui subsiste dans certains médias.

Il reste que le mode militant ouvertement assumé par le film dessine un cadre de réflexion pratique, au sein duquel la critique radicale des médias affleure comme un contrepoison à l’ivresse d’un système de castes, où tous les chiens sont gris.

 

http://www.lesinrocks.com

 

 

 

Voir les commentaires

1 2 > >>