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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Tout le monde est occupé...

30 Septembre 2013, 18:11pm

Publié par Fr Greg.

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Les bonnes manières sont des manières tristes.

Les vivants sont un peu durs d'oreille. Ils sont souvent remplis de bruit. Il n'y a que les morts et ceux qui vont naître qui peuvent absolument tout entendre. Pour les morts et pour Guillaume à venir, Ariane raconte de belles histoires, le soir, auprès du laurier rose.

Même quand vous ne serez plus, je garderai vos noms en moi et je continuerai à les entendre chanter. Tout le monde est occupé. Tout le monde, partout, tout le temps, est occupé, et par une seule chose à la fois. [..] Dans la cervelle la plus folle comme dans la plus sage, si on prend le temps de les déplier, on trouvera dans le fond, bien caché, comme un noyau irradiant tout le reste, un seul souci, un seul prénom, une seule pensée.

Je ne fais que chanter. J'écoute aussi la conversation du tilleul avec le vent. Le fou rire des feuilles dans la petite brise du soir est un bon remède contre la mélancolie.

Hier soir, j'avais le cafard. J'ai allumé une bougie. La lumière des lampes électriques ne danse pas assez pour chasser le cafard.

- Tu m'énerves. Je n'ai pas l'impression du tout d'être gâté
- Justement. Quand on est gâté par la vie, on ne le sait pas. On finit même par penser qu'on le mérite, ou que c'est pour tout le monde comme ça.

C'est ainsi : les choses qui arrivent dans la vie basculent tôt ou tard dans les livres. Elles y trouvent leur mort et un dernier éclat.

Les cimetières de ce pays sont sans imagination, trop sérieux. Les morts sont paraît-il, de gros dormeurs. Allons les réveiller. Je prépare les oeufs durs, le vin blanc, le jambon et les gobelets en plastique.

Manège découvre dans l'automne ses couleurs préférées : le rouge explosé des feuilles de vigne et le blanc dragée des pierres tombales. L'automne est la saison des tombes et des cartables. Les tombes sont les cartables des morts. On va au cimetière à pied, en sifflant et en bavardant. Aucune raison d'être triste. On va à la rencontre de quelqu'un qu'on a aimé et le soleil est de la partie.

Tout ce qui pouvait bruler a brûlé. Ariane regarde les ruines chaudes. Elle n'a plus de voix pour appeler Crevette qui d'ailleurs ne répondrait pas. La douleur entre dans l'âme d'Ariane come une pelle dans une terre meuble, pour en arracher un bloc, d'un coup sec. La douleur a froid. Elle entre dans l'âme d'Ariane, en fait du petit bois, y met le feu.

 

Christian Bobin : Tout le monde est occupé ( Ed. Mercure de France - 1999 )

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La jalousie tue !

29 Septembre 2013, 00:34am

Publié par Fr Greg.

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l’Evangile (Luc 4, 16-30) ou Jésus rentre à Nazareth –chez ‘lui’- est un des passages de l’Evangile les plus « dramatiques », qui peut révéler « l’âme » de l’homme.

« Tout le monde attendait Jésus : ils voulaient le trouver. Et lui il est allé voir les siens. Pour la première fois il rentrait dans son pays. Et eux ils l’attendaient parce qu’ils avaient entendu tout ce que Jésus avait fait à Capharnaüm, les miracles. Et quand la cérémonie commence, comme d’habitude, ils demandent à l’invité de lire le livre. Jésus le fait et lit le livre du prophète Isaïe, qui était un peu une prophétie sur son compte. Il conclut alors en disant "Cette parole de l'Écriture, que vous venez d'entendre, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit." »

La première réaction fut très belle, « tout le monde avait apprécié ». Puis, le « ver de la jalousie » a commencé à s’insinuer dans l’âme de certains : « Mais où a-t-il étudié celui-là ? N’est-ce pas le fils de Joseph ? Et nous connaissons toute sa famille. Mais dans quelle université a-t-il étudié ?».

 « La Bible dit que le diable s’est introduit dans le monde par jalousie. Cette jalousie, celle que le diable enseigne à nos cœurs et qui nous fait dire du mal les uns des autres, détruit une communauté, une famille ». « La langue, les commérages, les ragots », peuvent être « des armes ».

« Ces personnes voulaient du spectacle : « Fais un miracle et nous croirons tous en toi ».  Mais Jésus n’est pas un artiste ».

Jésus ne fait pas de miracles mais souligne leur peu de foi, ce qui provoque « une grande colère », et menace de se conclure par un crime, l’assassinat de Jésus « par jalousie, par envie ».

 « cela arrive encore tous les jours dans nos cœurs, dans nos communautés» : celui qui « jacasse contre un de ses frères » finit par « vouloir le tuer », par « l’écorcher vif », comme l’écrit l’apôtre Jean (1Jn 3,15) « celui qui hait son frère dans son cœur est un assassin ».

Au quotidien, les hommes sont souvent « habitués aux commérages, aux ragots » et ils transforment leurs communautés, leur famille, en un « enfer » où l’on peut « tuer son frère et sa sœur avec sa langue ».

Dans ces circonstances, comment construire une communauté ? Comme est construit le ciel : pour que la paix règne au sein d’une communauté, dans les foyers, dans un pays, dans le monde, il faut commencer par être avec le Seigneur. Là où se trouve le Seigneur, il n’y a pas ni convoitise, ni criminalité, ni jalousie. Il y a la fraternité. Demandons cela au Seigneur : de ne jamais tuer notre prochain avec notre langue et d’être avec le Seigneur comme nous le serons au ciel ».

François, Pape.Traduction d’Océane Le Gall

( 3 septembre 2013) © Innovative Media Inc.

 

 

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Ne rien attendre, sinon l'inattendu...

27 Septembre 2013, 18:08pm

Publié par Fr Greg.

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Il faut donner à l'autre ce qu'il attend pour lui, non ce que vous souhaitez pour vous. Ce qu'il espère, non ce que vous êtes. Car ce qu'il espère, ce n'est jamais ce que vous êtes, c'est toujours autre chose. J'ai donc appris très tôt à donner ce que je n'avais pas.

Qu'est ce que c'est un adulte ? C'est quelqu'un qui est absent de sa parole comme de sa vie - et qui le cache. C'est quelqu'un qui ment. Il ment non sur telle ou telle chose, mais sur ce qu'il est. Un enfant devient adulte quand il est capable d'un tel mensonge profond, essentiel.

Oui, on est un peu comme ça quand on est amoureux. On vide ses poches, on perd son nom. On découvre avec ravissement la certitude de n'être rien.

Ma vie ne vient à moi qu'en mon absence. Dans la clarté d'une pensée indifférente à mes pensées. Dans la pureté d'un regard indifférent à mes désirs. Ma vie fleurit loin de moi, à l'école buissonière. Je m'en sépare en allant dans le monde. Je la rejoins en contemplant le ciel. Le ciel matériel, peint en bleu et en or... Les lumières qui y traînent sont des lettres d'amour. Un amour sans appartenance. Sans avidité. Un amour qui ne vous demande rien - sinon d'être là. Qui vous donne l'éternel, en passant.

Pourquoi faudrait-il un sens à nos jours ? Pour les sauver ? Mais ils n'ont pas besoin de l'être. Il n'y a pas de perte dans nos vies, puisque nos vies sont perdues d'avance, puisqu'elles passent un peu plus, chaque seconde.

Sans doute l 'avez-vous remarqué : notre attente - d'un amour, d'un printemps, d'un repos - est toujours comblée par surprise. Comme si ce que nous espérions était toujours inespéré. Comme si la vraie formule d'attendre était celle-ci : ne rien prévoir, sinon l'imprévisible. Ne rien attendre, sinon l'inattendu.

Reste l'amour qui nous enlève de tout, sans nous sauver de rien. La solitude est en nous comme une lame, profondément enfoncée dans les chairs. On ne pourrait nous l'enlever sans nous tuer aussitôt. L'amour ne révoque pas la solitude. Il la parfait. Il lui ouvre tout l'espace pour brûler. L'amour n'est rien de plus que cette brûlure, comme au blanc d'une flamme. Une éclaircie dans le sang. Une lumièredans le souffle. Rien de plus. Et pourtant il me semble que tout une vie serait légère, penchée sur ce rien. Légère, limpide : l'amour n'assombrit pas ce qu'il aime. Il ne l'assombrit pas parce qu'il ne cherche pas à le prendre. Il le touche sans le prendre. Il le laisse aller et venir. Il le regarde s'éloigner, d'un pas si fin qu'on ne l'entend pas mourir : éloge du peu, louange du faible. L'amour s'en vient, l'amour s'en va. Toujours à son heure, jamais à la vôtre.

Christian Bobin : Eloge du rien ( Ed. Fata Morgana -1990)

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L'excès de choix paralyse ou tue!

26 Septembre 2013, 09:26am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

 

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Qu'est-ce que cela veut dire, être intelligent ?

25 Septembre 2013, 15:02pm

Publié par Fr Greg.

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Pour le généticien Albert Jacquard, les surdoués sont des enfants plus rapides que les autres sur certains sujets. Mais quel intérêt de comprendre à 13 ans plutôt qu'à 18 ? Entretien avec l'auteur de «la Légende de demain» (Flammarion). 

Les enfants surdoués, cela existe-t-il, oui ou non ?

Albert Jacquard Non ! Je n'y crois absolument pas, et je me suis d'ailleurs battu à ce propos contre l'éthologiste Rémy Chauvin, qui a publié en 1975 un ouvrage précisément intitulé «les Surdoués». Il ne peut pas y avoir de surdoués, et cela pour deux raisons: tout d'abord, dans «surdoué», il y a sur, ce qui veut dire supérieur, et implique aussitôt une hiérarchie. Mais le surdoué est supérieur à quoi, à qui ?

Quand on songe que cette hiérarchie est basée sur un seul critère, la mesure du QI, le prétendu quotient d'intelligence, on voit tout de suite qu'il s'agit d'une idée folle. Mesurer l'intelligence? Prétendre ramener cette réalité multiforme à un malheureux chiffre? C'est idiot. Ou alors, pourquoi ne pas instaurer aussi un «QB», un «quotient de beauté»? Quand je propose cela, les gens ricanent. Tout le monde devrait ricaner de la même façon à propos du QI.

Et la seconde raison ?

Ah oui ! Dans «surdoué», il y a également doué. C'est-à-dire: bénéficiant d'un don. Un don de qui? De la nature, forcément. Les Québécois ont même inventé le mot douance - l'aptitude à être plus ou moins doué. Comme tout ce que la nature nous transmet est inscrit dans nos gènes, il faudrait donc supposer qu'il y a des gènes de l'intelligence. Or il n'existe que des gènes de l'idiotie, qui détruisent le cerveau. Mais l'idiotie n'est pas le contraire de l'intelligence, car c'est une maladie. De même, il existe de «méchantes» bombes, qui peuvent détruire, disons par exemple le château de Versailles; mais il n'existe pas plus de «bonnes» bombes, capables de le reconstruire, que de gènes de l'intelligence. Les gènes n'ont rien à voir avec la connexion des neurones.

Il y a tout de même - cela se voit à l'école - des enfants plus brillants que d'autres?

Voilà, vous l'avez dit : brillants. Mais est-ce que cela veut dire intelligents? L'intelligence, c'est la faculté de comprendre. Or comprendre vraiment quelque chose, c'est toujours long. Etre vraiment intelligent, c'est... comprendre qu'on n'a pas compris. Exemple type: Albert Einstein, élève à la scolarité médiocre, qui ne fut certainement pas un enfant surdoué, et dont personne ne prétendra, je suppose, qu'il n'était pas intelligent. Mais comprendre que l'on n'a pas encore compris, c'est beaucoup plus intelligent que de croire que l'on a compris? ce qui est la caractéristique de l'enfant prétendument surdoué. Ce dernier se signale avant tout par la confiance en soi, par l'habitude de s'imposer, ou l'aptitude à se manifester. C'est une simple question d'aventure sociale.

A l'inverse, un jeune garçon de 14 ans, dans un collège de banlieue à problèmes, m'a un jour posé la question suivante: «Monsieur, est-ce que l'on peut devenir généticien lorsqu'on a un casier judiciaire?» Cette question m'a troublé. Ce jeune n'avait pas de casier judiciaire... mais il savait que, fatalement, il finirait par en avoir un. Ce n'était pas un élève brillant, mais il avait compris beaucoup de choses. L'intelligence, c'est toujours l'aboutissement d'une aventure individuelle, nourrie par les stimuli extérieurs, et cela n'a rien à voir avec la génétique.

Mais comment la caractériser, et comment se construit-elle?

On peut relier l'intelligence au nombre des synapses ? les connexions entre les cellules nerveuses, ou neurones. Or nos (environ) 100 milliards de neurones sont reliés par (en moyenne) 10 millions de milliards de synapses. On voit tout de suite que la génétique est incapable de s'en mêler: comment les 100.000 informations de notre génome pourraient-elles contenir le «plan» de 10.000 millions de milliards de connexions?

Il y a plus. J'ai fait le calcul : entre la naissance d'un enfant et sa puberté, 300 millions de secondes s'écoulent. Au bout de ce temps, vous avez, on l'a dit, 10 millions de milliards de synapses. Cela veut dire que sans arrêt, pendant une quinzaine d'années, 30 millions de synapses se créent à chaque seconde. Comment voulez-vous que le programme génétique puisse contrôler un phénomène aussi fou? Forcément, cette construction des synapses est gouvernée par les informations et les stimuli provenant de l'extérieur. A cet égard, je suis persuadé, par exemple, que les caresses reçues (ou non) de la maman jouent un rôle important dans la construction de l'intelligence.

Les surdoués seraient des enfants qui ont été plus - ou mieux - caressés par leurs parents?

Ce n'est qu'un aspect de la question... Plus profondément, je pense que les enfants qualifiés de surdoués sont des enfants plus rapides que les autres sur certains sujets. Or la rapidité, ce n'est que l'une des composantes de ce que l'on nomme l'intelligence. Il n'y a aucune raison de supposer qu'elle en est la composante majeure. Quel intérêt de comprendre quelque chose à 13 ans plutôt qu'à 15 ou à 18? L'important, c'est de finir par comprendre, et souvent qui dit «rapide» dit aussi «superficiel»: les surdoués sont des êtres superficiels.

Malheureusement, ici comme ailleurs, nous succombons à cette mode absurde: la valorisation de la vitesse, dominant de la société actuelle. Cessons de confondre la vitesse avec l'aboutissement, car, on le sait depuis longtemps, rien ne sert de courir... Moi qui enseigne la génétique à des étudiants en première année de médecine, je constate que, en moyenne, les filles sont meilleures. Est-ce à dire que les garçons sont moins intelligents? Je pense qu'il y a une explication plus logique: à cet âge, tandis que les filles pensent à leurs études, les garçons pensent aux filles...

 

Propos recueillis par Fabien Gruhier 

 http://bibliobs.nouvelobs.com


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Quelque chose de pourri au royaume des beaux-arts...

23 Septembre 2013, 10:40am

Publié par Fr Greg.

 

« Les artistes contemporains, contrairement aux avant-gardes du XXe siècle, ne rêvent que d'entrer au musée avec la mine contrite et réjouie du roturier admis dans la noblesse. »

Jean Clair, L’hiver de la culture.

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L'historien de l'art Jean Clair  est également un essayiste volontiers polémique dont les constats désenchantés sur la modernité artistique et la culture de masse sont aussi sombres que son nom de plume est lumineux. Ancien rédacteur en chef dans les années 70 d'une revue avant-gardiste, cet érudit a fait une volte-face complète en s'imposant avec Considérations sur l'état des beaux-arts (1983) comme l'un des plus féroces critiques de l'esthétique contemporaine. Depuis, on ne compte plus les colères de cet atrabilaire qui tonne régulièrement contre la "tentation mercantile des musées", l'"art des traders" ou les lacunes du grand public en matière d'éducation à l'image. 


Après Malaise dans les musées en 2007, le voici qui, à 70 ans, enfonce encore un peu plus le clou avec L'hiver de la culture, un nouveau pamphlet contre "le système des beaux-arts". Au coeur de l'essai, on retrouve son obsession de la déchéance du culte de la culture puis du culturel qui aurait abouti à un art sans transcendance, uniquement voué au divertissement et à la marchandisation. Au point de remettre en question l'essence des musées, ces "abattoirs culturels" et "entrepôts de civilisations mortes" soumis à l'invasion de hordes de touristes pour " un bénéfice intellectuel et spirituel à peu près nul".


Extraits :

Du culte au culturel

Églises, retables, liturgies, magnificence des offices : les temps anciens pratiquaient la culture du culte. Musées, "installations", expositions, foires de l'art : on se livre aujourd'hui au culte de la culture.

Du culte réduit à la culture, des effigies sacrées des dieux aux simulacres de l'art profane, des oeuvres d'art aux déchets des avant-gardes, nous sommes, en cinquante ans, tombés dans le "culturel" : affaires culturelles, produits culturels, activités culturelles, loisirs culturels, animateurs culturels, gestionnaires des organisations culturelles, directeurs du développement culturel et, pourquoi pas ? "médiateurs de la nouvelle culture", "passeurs de création" et même "directeurs du marketing culturel"...

Kitsch

Les musées ne ressemblent plus à rien. La silhouette du nouveau musée d'Art contemporain de Metz rappelle à la fois les Buffalo Grill qu'on voit le long des autoroutes, un chapeau chinois et la maison des Schtroumpfs. Dans l'élévation d'un nouveau musée, on retrouvera souvent, in nuce, dans son mélange de modernité fade et d'emprunts hasardeux, le kitsch qu'on verra envahir l'architecture des mégalopoles, de Las Vegas à Dubai.


Construire un musée pose à l'architecte un problème insoluble. À quoi sert un musée ? D'un temple on savait la destination. D'une école aussi (encore un peu, à vrai dire). D'un aéroport, assurément. D'un stade, absolument, et même on en redemande, par dizaines, en tout lieu. Mais d'une collection d'objets arrachés à leur lieu d'origine et disposés dans l'oubli de leur fonction?

Entrepôts de civilisations mortes

Ennui sans fin de ces musées. Absurdité de ces tableaux alignés, par époques ou par lieux, les uns contre les autres, que personne à peu près ne sait plus lire, dont on ne sait pas pour la plupart déchiffrer le sens, moins encore trouver en eux une réponse à la souffrance et à la mort. Morosité des sculptures qui n'offrent plus, comme autrefois la statue d'un dieu ou d'un saint, la promesse d'une intercession. Dérision des formules et prétention des audaces esthétiques. Entrepôts des civilisations mortes. A quoi bon tant d'efforts, tant de science, tant d'ingéniosité pour les montrer ? Et puis désormais, la question, obsédante : pour qui et pour quoi ?

Les foules qui se pressent en ces lieux, faites de gens solitaires qu'aucune croyance commune, ni religieuse, ni sociale, ni politique, ne réunit plus guère, ont trouvé dans le culte de l'art leur dernière aventure collective. C'est pour cela qu'on les voit visiter l'un après l'autre les grands musées comme elles allaient autrefois au temple ou au Vel' d'Hiv. Elles ne s'y déplacent qu'en groupes et s'y photographient réciproquement comme pour étouffer, par l'uniformité de leur comportement et l'identité de leurs réactions, le soupçon qui les effleure parfois que, là non plus, il n'y a rien à attendre.

Le corps, un art ?

Pourquoi est-il devenu commun chez les artistes de ce début du siècle d'user dans leur oeuvre de matériaux comme les cheveux, les poils, les rognures d'ongles, les sécrétions, le sang, les humeurs, la salive, le pus, l'urine, le sperme, les excréments... ? Robert Gober utilise la cire d'abeille et les poils humains, Andres Serrano, le sang et le sperme, Mark Quinn façonne son buste avec son propre sang congelé, Wim Delvoye fabrique une pompe à merde qu'il baptise "Cloaca"... (...) Fascination du corps et de l'intérieur du corps : Mona Hatoum plonge dans les intestins, dans les rectums et en tire des vidéos, montrées dans des musées, qui ne sont autres que des endoscopies que l'on pourrait voir dans n'importe quel hôpital. Ces endoscopies n'ont aucune valeur scientifique. Mais ont-elles une valeur artistique ?

 

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Du savoir-faire au savoir-vendre

(...) Or il n'y a plus ni métier ni maîtrise en arts plastiques. Il ne peut y avoir de master class en peinture, parce qu'il n'y a plus de maître. Un peintre autrefois était aidé de ses élèves, ses apprentis, ses petites mains qui préparaient les pigments et les supports, qui achevaient, parfois copiaient ses tableaux. Mais que peut-on "enseigner" aujourd'hui dans une école des beaux-arts, qui n'a plus rien à transmettre, sinon les ficelles, non plus le savoir-faire d'un métier, mais le savoir-vendre d'un marché ? Au mieux un vouloir-faire, et l'enseignant s'échauffera devant ses étudiants comme la mère devant son enfant qui voudrait bien marcher : "Exprimez-vous, lâchez-vous... Allez-y..." Mais lâcher quoi et aller où ?

Faux-monnayeurs

À partir du moment où le musée en tant qu'institution, à son plus haut degré de rayonnement, comme le Louvre ou Versailles, s'autorise à exposer les "actions" ou les artefacts de Muehl, de Koons, deDamien Hirst et à prétendre que ces "gestes" ou ces "actions" s'inscrivent dans la continuité d'une histoire, à côté de Van Eyck, de Véronèse, de Rembrandt, cette puissance fantasmatique qu'il incarne, qui fonctionnait déjà comme une machine à fabriquer des faux - les oeuvres déplacées de leur lieu d'origine et dénaturées - fonctionne désormais comme une machine à accréditer des faussaires : les artistes tirent de leur présence en ses murs la gloire et la puissance de s'intituler "artistes contemporains".

 

Profanation

Roger Caillois se souvenait qu'au musée de Séoul, dans les années 70, il voyait les visiteurs s'incliner et déposer leurs offrandes - monnaie, billets ou fruits - devant des bouddhas qui pourtant étaient là exclusivement à titre d'oeuvres d'art. "J'ai réfléchi, ajoute-t-il, qu'il était douteux que je surprenne jamais au Louvre, voire au Prado, fût-ce une dévote en train de se signer ou de se recueillir devant un Christ en croix, ce qu'elle n'eût pas manqué de faire en rase campagne devant un calvaire ou même un reposoir."

Dans les musées d'aujourd'hui, les gens ne prient pas en effet devant les oeuvres d'art qui sont pourtant, dans leur immense majorité, des oeuvres religieuses, ils les photographient, ils parlent fort, ils ricanent parfois. Les lieux qui les conservent sont aussi désormais victimes de vandalisme et de vols, commis à une fréquence de plus en plus haute.

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0ù est la beauté ?

(...) L'art pourrait- il à nouveau, comme Dostoïevski le disait de la Beauté, "sauver le monde"?

Pendant des siècles, durant la longue histoire du monde chrétien, ce qu'on appelle, d'un mot magnifique, la philocalie, avait été l'amour de la Beauté autant qu'une expérience spirituelle.

Or l'Église autant que l'État ne semblent plus agir que mus par la haine de la Beauté. Il semble même interdit à présent d'en parler. La Beauté est devenue l'innominata de la pensée, comme en Italie ces gens dont on redoute les pouvoirs cachés et dont on ne prononce jamais le nom.

L'hiver de la culture, de Jean Clair, Flammarion, 128 p

 

Thomas Malher, www.lepoint.fr

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L'Eglise, une mère miséricordieuse qui ne juge pas!

22 Septembre 2013, 00:31am

Publié par Fr Greg.

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Aujourd’hui encore, je reviens sur l’image de l’Église comme mère. J’aime beaucoup cette image de l’Église comme mère. C’est pour cela que j’ai voulu y revenir, parce qu’il me semble qu’elle ne nous dit pas seulement comment est l’Église, mais aussi quel visage l’Église devrait avoir de plus en plus, cette Église qui est notre mère.

Je voudrais souligner trois choses, en regardant toujours nos mamans, tout ce qu’elles font, ce qu’elles vivent, ce qu’elles souffrent pour leurs enfants, et en poursuivant ce que j’ai dit mercredi dernier. Je m’interroge : que fait une maman ?

1. Elle enseigne à marcher dans la vie, elle enseigne à bien se diriger dans la vie, elle sait comment orienter ses enfants, elle cherche toujours à leur indiquer la route juste dans la vie pour qu’ils grandissent et deviennent adultes. Et elle le fait avec tendresse, avec affection, avec amour, toujours, même lorsqu’elle essaie de redresser notre chemin parce que nous sortons un peu des rails dans la vie ou parce que nous empruntons une voie qui nous conduit dans le fossé. Une maman sait ce qui est important pour que son enfant avance bien dans la vie, et elle ne l’a pas appris dans des livres, mais elle l’a appris de son propre cœur. L’université des mamans c’est leur cœur ! Elles y apprennent comment faire avancer leurs enfants.

L’Église fait la même chose : elle oriente notre vie, elle nous donne des enseignements pour que nous cheminions bien. Pensons aux dix commandements : ils nous indiquent une route à parcourir pour mûrir, pour que nous ayons des points fermes dans la façon de nous comporter. Et ils sont le fruit de la tendresse, de l’amour même de Dieu qui nous les a donnés. Vous pourrez me dire : mais ce sont des commandements ! C’est un ensemble de « non » ! Je voudrais vous inviter à les lire – vous les avez peut-être un peu oubliés – et ensuite à y réfléchir un peu de manière positive. Vous verrez qu’ils concernent notre façon de nous comporter envers Dieu, envers nous-mêmes et envers les autres, c’est exactement ce que nous enseigne une maman pour bien vivre. Ils nous invitent à ne pas nous construire des idoles matérielles qui nous rendront esclaves par la suite, à nous souvenir de Dieu, à avoir du respect pour nos parents, à être honnêtes, à respecter l’autre... Essayez de les voir comme cela et de les envisager comme si c’étaient les paroles, les enseignements que donne une maman pour bien se diriger dans la vie. Une maman n’enseigne jamais ce qui est mal, elle ne veut que le bien de ses enfants, et c’est ce que fait l’Église.

2. Je voudrais vous dire une seconde chose : quand un enfant grandit, qu’il devient adulte, il choisit sa route, il assume ses responsabilités, il marche sur ses deux jambes, il fait ce qu’il veut et, parfois, il lui arrive aussi de quitter la route, il peut arriver un accident. En toute situation, une maman a toujours la patience de continuer à accompagner ses enfants. Ce qui la pousse, c’est la force de l’amour ; une maman sait suivre avec discrétion, avec tendresse, le chemin de ses enfants et, lorsqu’ils se trompent, elle trouve toujours le moyen de comprendre, d’être proche, pour les aider. Dans mon pays, nous disons qu’une maman sait « dar la cara ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu’une maman sait « faire face » pour ses enfants, c’est-à-dire qu’elle est poussée à prendre leur défense, toujours. Je pense aux mamans qui souffrent à cause de leurs enfants qui sont en prison ou dans des situations difficiles : elles ne se demandent pas s’ils sont coupables ou pas, elles continuent de les aimer et, souvent, elles subissent des humiliations mais elles n’ont pas peur, elles ne cessent pas de se donner.

L’Église est comme cela, c’est une maman miséricordieuse, qui comprend, qui cherche toujours à aider, qui encourage aussi même ses enfants qui ont fait des erreurs, et qui en font encore, elle ne ferme jamais la porte de la maison ; elle ne juge pas mais elle offre le pardon de Dieu, elle offre son amour qui invite même ceux de ses enfants qui sont tombés dans un fossé profond, à reprendre la route ; l’Église n’a pas peur d’entrer dans leur nuit pour donner l’espérance ; l’Église n’a pas peur d’entrer dans notre nuit quand nous sommes dans l’obscurité de l’âme et de la conscience, pour nous donner l’espérance ! Parce que l’Église est mère !

3. Une troisième pensée. Une maman sait aussi demander, frapper à toutes les portes pour ses enfants, sans calcul, elle le fait par amour. Et je pense combien les mamans savent frapper aussi et surtout à la porte du cœur de Dieu ! Les mamans prient beaucoup pour leurs enfants, spécialement pour les plus faibles, pour ceux qui en ont davantage besoin, ceux qui n’ont pas pris dans la vie le bon chemin ou qui ont pris un chemin périlleux. Il y a quelques semaines, j’ai célébré la messe dans l’église Saint-Augustin, ici à Rome, là où sont conservées les reliques de sa mère, sainte Monique. Que de prières elle a élevées vers Dieu pour son fils et que de larmes elle a versées ! Je pense à vous, chères mamans, qui priez tellement pour vos enfants, sans vous lasser ! Continuez de prier, de confier vos enfants à Dieu ; il a un cœur grand ! Frappez à la porte du cœur de Dieu par votre prière pour vos enfants.

Et c’est aussi ce que fait l’Église : elle met dans les mains du Seigneur, par la prière, toutes les situations de ses enfants. Ayons confiance dans la force de la prière de notre mère l’Église : le Seigneur n’y reste pas insensible. Il sait toujours nous surprendre lorsque nous ne nous y attendons pas. Notre mère l’Église le sait !

Voilà les pensées que je voulais vous dire aujourd’hui : voyons dans l’Église une bonne maman qui nous indique la route à parcourir dans la vie, qui sait être toujours patiente, miséricordieuse, compréhensive, et qui sait nous remettre entre les mains de Dieu.

François, Pape.

      © Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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Ecole Pilote Alexandre Dumas

21 Septembre 2013, 14:27pm

Publié par Fr Greg.

 

A MONTFERMEIL, L’ÉCOLE PILOTE ALEXANDRE DUMAS REND JOIE ET CONFIANCE AUX FAMILLES

 

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En septembre 2012 s’est ouvert à Montfermeil une école pilote, avec l’aide de la Fondation et le soutien chaleureux de la Mairie de Montfermeil. Surtout connue pour ses violences urbaines, ses tours, ses ZEP…, cette ville de Seine-Saint-Denis pourrait bien faire parler d’elle positivement pour le modèle d’école qu’elle propose et qui, après un an, donne des résultats de bon augure. Ouverte avec 12 élèves, la jeune école associant un primaire et un collège multiniveaux a triplé d’effectif au cours de l’année  et enregistre déjà de nombreuses demandes pour l’an prochain. L’école est pourtant pauvre et située dans des locaux précaires, mais elle est riche d’une équipe pédagogique qui se donne entièrement à la mission qu’elle a librement acceptée : celle d’offrir un nouveau départ aux enfants de Montfermeil.

Une genèse atypique

L’école pilote Alexandre Dumas est née de la rencontre entre des éducateurs expérimentés (Benoît Maisonneuve, fondateur de l’Institut de la Croix- des- Vents et Albéric de Serrant), la Mairie de Montfermeil et notamment son maire Xavier Lemoine et la Fondation (en particulier Eric Mestrallet). Tous estimaient que la liberté scolaire pouvait apporter une solution à une situation d’urgence éducative constatée jusqu’à présent avec un sentiment d’impuissance par les acteurs locaux. Les parents n’ont pas été à l’origine du projet, mais très vite ils ont apporté leur soutien respectueux et enthousiaste à cette école fondée sur une devise audacieuse à notre époque : honneur, excellence et discipline.

Une école pour trouver sa voie !

La capitainerie.

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A la barre du navire Alexandre Dumas, Albéric de Serrant le directeur de l’école. A la fin de chaque journée, il rend un « avis » tirant le bilan de la journée pour permettre à chacun de progresser.

Directement inspirée de l’esprit de capitainerie des Frères Charlier, (mettre lien vers vente de notre ouvrage de Charlier sur site fondation pour l’école) au cours Alexandre Dumas, l’accent est mis sur la camaraderie et le souci des amitiés saines. Cette pédagogie de l’exemple et de la responsabilité s’incarne dans la création de sizaines. Les enfants sont solidaires d’une petite équipe de six membres, sous le regard bienveillant et responsable du chef qui est un élève plus âgé. Ces sizaines apportent une cadre rassurant. Finies les angoisses et la solitude dans la cours de récréation ! Les enfants s’y sentent respectés et ne sont pas obligés de « jouer un personnage » pour être acceptés. Ils y apprennent aussi à se décentrer, à  se mettre au service de leur groupe et par conséquent de l’école. Aux plus grands, la sizaine apprend à être responsables. Ils se sentent respectés et pris au sérieux. Les enfants comprennent alors que l’éducation est un travail personnel de la volonté et de persévérance.

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les élèves sont fiers de leur uniforme qui marque leur unité et leur appartenance à l’école Alexandre Dumas.

Les parents mettent la main à la pâte.

Les parents de Charlie ont très vite vu l’intérêt de choisir cette école pour leur fille. Séduits par le projet éducatif, ils ont apporté généreusement leur aide à l’école en aidant la direction à dessiner et faire faire confectionner les uniformes pour chaque élève. Attirés particulièrement par les petits effectifs et le caractère convivial et au-delà, par le fonctionnement général de l’école, une sorte de « grande famille »,  ils soulignent le bon relationnel avec le directeur et affirment se sentir « vraiment entendus » dans leur préoccupation de parents.

Dans l’école, chaque enfant est aussi  accompagné dans la découverte de ses talents, ses aptitudes et ses inclinations pour qu’il puisse trouver notamment sa voie professionnelle. Un projet encouragé par Eric Scandella, entrepreneur de Montfermeil et président de l’association de gestion de l’école, qui encourage l’école à organiser pour leurs élèves des immersions dans les entreprises du bassin d’emploi.

Un projet de la Fondation Espérance banlieues

 Le projet pilote Alexandre Dumas a été développé avec le soutien déterminé de la Fondation Espérance Banlieues, laquelle est une fondation abritée de la Fondation pour l’école créée pour soutenir la création d’écoles indépendantes dans les banlieues sensibles en situation d’urgence éducative. Pour que l’école soit accessible au plus grand nombre, les frais de scolarité sont limités à 750 euros par enfant et par an, ce qui nécessite de trouver des financements complémentaires pour financer les professeurs et les locaux.  L’école a donc besoin de dons pour fonctionner, dans une proportion encore plus importante que la moyenne des écoles indépendantes. Mais si elle fait publiquement la preuve de sa pertinence, elle pourrait bien conduire les pouvoirs publics à accepter de financer ce type d’école qui se caractérise par la forte implication de l’équipe éducative grâce à la liberté que procure le statut hors contrat, la force de l’éthos de l’établissement qui donne aux enfants qui en bénéficie le goût d’étudier et la fierté de réussir,  le tout pour un coût global largement inférieur à celui d’un établissement public de ZEP.

http://www.liberte-scolaire.com/reportages-et-tmoignages/a-montfermeil-lecole-pilote-alexandre-dumas-rend-joie-et-confiance-aux-familles/

 

 

 

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Inédit: entretien avec le Pape François.

19 Septembre 2013, 20:02pm

Publié par Fr Greg.

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La revue mensuelle des jésuites français Études publie aujourd’hui 19 septembre 2013 la traduction française d’une interview exclusive du pape François.

 

http://www.revue-etudes.com/Religions/INEDIT_-_Un_entretien__avec_le_Pape_Francois./7497/15686

 

LA PERSONNALITÉ DU PAPE

• Sa vision de lui-même

«Je ne sais pas quelle est la définition la plus juste… Je suis un pécheur. C'est la définition la plus juste… Ce n'est pas une manière de parler, un genre littéraire. Je suis un pécheur. (…) Si, je peux peut-être dire que je suis un peu rusé (un po'furbo), que je sais manœuvrer (muoversi), mais il est vrai que je suis aussi un peu ingénu. Oui, mais la meilleure synthèse, celle qui est la plus intérieure et que je ressens comme étant la plus vraie est bien celle-ci: je suis un pécheur sur lequel le Seigneur a posé son regard. (…) Je suis un homme qui est regardé par le Seigneur.»

• Son besoin de ne pas être seul

«La communauté est pour moi vraiment fondamentale. J'ai toujours cherché une vie communautaire. Comme prêtre, je ne me voyais pas seul: j'ai besoin d'une communauté. C'est pourquoi je suis là, à Sainte-Marthe. Quand j'ai été élu, j'habitais par hasard dans la chambre 207. La chambre où nous sommes maintenant, la 201, était une chambre d'hôte. J'ai choisi de m'y installer car, quand j'ai pris possession de l'appartement pontifical, j'ai entendu distinctement un “non” à l'intérieur de moi. L'appartement pontifical du Palais apostolique n'est pas luxueux. Il est ancien, fait avec goût, mais pas luxueux. Cependant, il est comme un entonnoir à l'envers. S'il est grand et spacieux, son entrée est vraiment étroite. On y entre au compte-gouttes, et moi, sans les personnes, non, je ne peux pas vivre. J'ai besoin de vivre ma vie avec les autres.»

• Sa méthode de décision

«Ce discernement requiert du temps. Nombreux sont ceux qui pensent que les changements et les réformes peuvent advenir dans un temps bref. Je crois au contraire qu'il y a toujours besoin de temps pour poser les bases d'un changement vrai et efficace. Ce temps est celui du discernement. Parfois au contraire le discernement demande de faire tout de suite ce que l'on pensait faire plus tard. C'est ce qui m'est arrivé ces derniers mois. Le discernement se réalise toujours en présence du Seigneur, en regardant les signes, étant attentif à ce qui arrive, au ressenti des personnes, spécialement des pauvres. Mes choix, même ceux de la vie quotidienne, comme l'utilisation d'une voiture modeste, sont liés à un discernement spirituel répondant à une exigence qui naît de ce qui arrive, des personnes, de la lecture des signes des temps. Le discernement dans le Seigneur me guide dans ma manière de gouverner. Je me méfie en revanche des décisions prises de manière improvisée. Je me méfie toujours de la première décision, c'est-à-dire de la première chose qui me vient à l'esprit lorsque je dois prendre une décision. En général elle est erronée. Je dois attendre, évaluer intérieurement, en prenant le temps nécessaire. La sagesse du discernement compense la nécessaire ambiguïté de la vie et fait trouver les moyens les plus opportuns, qui ne s'identifient pas toujours avec ce qui semble grand ou fort.»

 

• Ses difficultés avec les Jésuites

«J'ai été moi-même témoin d'incompréhensions et de problèmes que la Compagnie a vécus récemment. Ce furent des temps difficiles, spécialement quand il s'est agi d'étendre le “quatrième vœu” d'obéissance au pape à tous les jésuites et que cela ne s'est pas fait. Ce qui me rassurait au temps du père Arrupe [alors supérieur général des jésuites de 1965 à 1981, NDLR], c'est qu'il était un homme de prière. Il passait beaucoup de temps en prière. Je me souviens de lui priant assis par terre, en tailleur, comme le font les Japonais. C'est pour cela qu'il avait une attitude juste et qu'il a pris les bonnes décisions.»

• Son naturel optimiste

«Je n'aime pas utiliser le mot “optimiste” parce qu'il décrit une attitude psychologique. Je préfère le mot “espérance”. (…) L'espérance chrétienne n'est pas un fantôme et elle ne trompe pas. C'est une vertu théologale et donc, finalement, un cadeau de Dieu qui ne peut pas se réduire à l'optimisme qui n'est qu'humain.»

• Sa façon de prier

«Je prie l'Office chaque matin. J'aime prier avec les psaumes. Je célèbre ensuite la messe. Et je prie le rosaire. Ce que je préfère vraiment, c'est l'Adoration du soir, même quand je suis distrait, que je pense à autre chose, voire quand je sommeille dans ma prière. Entre 7 et 8 heures du soir, je me tiens devant le saint sacrement pour une heure d'adoration. Mais je prie aussi mentalement quand j'attends chez le dentiste ou à d'autres moments de la journée. La prière est toujours pour moi une prière “mémorieuse” (memoriosa), pleine de mémoire, de souvenirs, la mémoire de mon histoire ou de ce que le Seigneur a fait dans son Église ou dans une paroisse particulière. (…) Je me demande: “Qu'ai-je fait pour le Christ? Qu'est-ce que je fais pour le Christ? Que dois-je faire pour le Christ?” (…) Par-dessus tout, je sais que le Seigneur se souvient de moi. Je peux L'oublier, mais je sais que Lui, jamais. Jamais Il ne m'oublie.»

• Sa vision de Dieu

«Mais le Dieu “concret”, pour ainsi dire, est aujourd'hui. C'est pourquoi les lamentations ne nous aideront jamais à trouver Dieu. Les lamentations qui dénoncent un monde “barbare” finissent par faire naître à l'intérieur de l'Église des désirs d'ordre entendu comme pure conservation ou réaction de défense. Non: Dieu se rencontre dans l'aujourd'hui.»

 

L'HOMME DE GOUVERNEMENT

• Sa vision du pouvoir

«À dire vrai, dans mon expérience de supérieur dans la Compagnie je ne me suis pas toujours comporté ainsi. Je n'ai pas toujours fait les consultations nécessaires. Et cela n'a pas été une bonne chose. Au départ, ma manière de gouverner comme jésuite comportait beaucoup de défauts. C'était un temps difficile pour la Compagnie: une génération entière de jésuites avait disparu. C'est ainsi que je me suis retrouvé provincial très jeune. J'avais 36 ans: une folie (una pazzia)! Il fallait affronter des situations difficiles et je prenais mes décisions de manière brusque et individuelle. Mais je dois ajouter une chose: quand je confie une tâche à une personne, je me fie totalement à elle ; elle doit vraiment faire une grosse erreur pour que je la reprenne. Cela étant, les gens se lassent de l'autoritarisme. Ma manière autoritaire et rapide de prendre des décisions m'a conduit à avoir de sérieux problèmes et à être accusé d'ultra-conservatisme. J'ai vécu un temps de profondes crises intérieures quand j'étais à Cordoba. Voilà, non, je n'ai certes pas été une bienheureuse Imelda, mais je n'ai jamais été conservateur. C'est ma manière autoritaire de prendre les décisions qui a créé des problèmes.

 

Je partage cette expérience de vie pour faire comprendre quels sont les dangers du gouvernement. Avec le temps, j'ai appris beaucoup de choses. Le Seigneur m'a enseigné à gouverner aussi à travers mes défauts et mes péchés. C'est ainsi que, comme archevêque de Buenos Aires, je réunissais tous les quinze jours les six évêques auxiliaires et, plusieurs fois par an, le conseil presbytéral. Les questions étaient posées, un espace de discussion était ouvert. Cela m'a beaucoup aidé à prendre les meilleures décisions. Maintenant, j'entends quelques personnes me dire: “Ne consultez pas trop, décidez.” Au contraire, je crois que la consultation est essentielle. Les consistoires, les synodes sont, par exemple, des lieux importants pour rendre vraie et active cette consultation. Il est cependant nécessaire de les rendre moins rigides dans leur forme. Je veux des consultations réelles, pas formelles. La consulte des huit cardinaux, ce groupe consultatif outsider [qui va se réunir début octobre à Rome pour travailler sur la réforme de la curie, NDLR] n'est pas seulement une décision personnelle, mais le fruit de la volonté des cardinaux, ainsi qu'ils l'ont exprimée dans les congrégations générales avant le conclave. Et je veux que ce soit une consultation réelle, et non pas formelle.»

• Sa vision de la réforme

«Les réformes structurelles ou organisationnelles sont secondaires, c'est-à-dire qu'elles viennent dans un deuxième temps. La première réforme doit être celle de la manière d'être. Les ministres de l'Évangile doivent être des personnes capables de réchauffer le cœur des personnes, de dialoguer et cheminer avec elles, de descendre dans leur nuit, dans leur obscurité, sans se perdre. Le peuple de Dieu veut des pasteurs et pas des fonctionnaires ou des clercs d'État.»

• Sa vision de la curie romaine

«Les dicastères [ministères, NDLR] romains sont au service du pape et des évêques: ils doivent aider soit les Églises particulières soit les conférences épiscopales. Ils sont des organismes d'aide. Dans certains cas, quand ils ne sont pas bien compris, ils courent le risque de devenir plutôt des organismes de censure. C'est impressionnant de voir les dénonciations pour manque d'orthodoxie qui arrivent à Rome! Je crois que ces cas doivent être étudiés par les conférences épiscopales locales, auxquelles Rome peut fournir une aide pertinente. De fait, ces cas se traitent mieux sur place. Les dicastères romains sont des médiateurs et non des intermédiaires ou des gestionnaires. (…) Il est peut-être temps de changer la manière de faire du synode [organisme romain, créé par le concile Vatican II, censé faire travailler les évêques du monde entier entre eux, NDLR] car celle qui est pratiquée actuellement me paraît statique. Cela pourra aussi avoir une valeur œcuménique, tout particulièrement avec nos frères orthodoxes. D'eux, nous pouvons en apprendre davantage sur le sens de la collégialité épiscopale et sur la tradition de la synodalité [terme ecclésial qui désigne la gouvernance fondée non sur un seul mais sur la consultation permanente des évêques, censés guider l'Église, NDLR].»

 

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SA VISION DU MONDE ET DE L'ÉGLISE

• Les urgences pour l'Église

«Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin l'Église aujourd'hui, c'est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le cœur des fidèles, la proximité, la convivialité. Je vois l'Église comme un hôpital de campagne après une bataille. Il est inutile de demander à un blessé grave s'il a du cholestérol et si son taux de sucre est trop haut! Nous devons soigner les blessures. Ensuite nous pourrons aborder le reste. Soigner les blessures, soigner les blessures… Il faut commencer par le bas. (…) L'Église s'est parfois laissé enfermer dans des petites choses, de petits préceptes. Le plus important est la première annonce: “Jésus-Christ t'a sauvé!”»

«Cette Église avec laquelle nous devons sentir, c'est la maison de tous, pas une petite chapelle qui peut contenir seulement un petit groupe de personnes choisies. Nous ne devons pas réduire le sein de l'Église universelle à un nid protecteur de notre médiocrité. Et l'Église est mère. L'Église est féconde. Elle doit l'être.»

«Au lieu d'être seulement une Église qui accueille et qui reçoit en tenant les portes ouvertes, cherchons plutôt à être une Église qui trouve de nouvelles routes, qui est capable de sortir d'elle-même et d'aller vers celui qui ne la fréquente pas, qui s'en est allé ou qui est indifférent.»

• Sa vision des prêtres, religieux et religieuses

«Les ministres de l'Église doivent être avant tout des ministres de miséricorde. Le confesseur, par exemple, court toujours le risque d'être soit trop rigide soit trop laxiste. Aucune des deux attitudes n'est miséricordieuse, parce qu'aucune ne fait vraiment cas de la personne. Le rigoureux s'en lave les mains parce qu'il s'en remet aux commandements. Le laxiste s'en lave les mains en disant simplement: “Cela n'est pas un péché” ou d'autres choses du même genre. Les personnes doivent être accompagnées et les blessures soignées.»

 

«Quand je me rends compte de comportements négatifs des ministres de l'Église, de personnes consacrées, hommes ou femmes, la première chose qui me vient à l'esprit, c'est: “voici un célibataire endurci” ou “voici une vieille fille”. Ils ne sont ni père ni mère. Ils n'ont pas été capables de donner la vie. En revanche, lorsque je lis la vie des missionnaires salésiens qui sont allés en Patagonie, je lis une histoire de vie, de fécondité.»

• La «sainteté» de l'Église

«Je vois la sainteté du peuple de Dieu dans sa patience: une femme qui fait grandir ses enfants, un homme qui travaille pour apporter le pain à la maison, les malades, les vieux prêtres qui ont tant de blessures mais qui ont le sourire parce qu'ils ont servi le Seigneur, les sœurs qui travaillent tellement et qui vivent une sainteté cachée. Cela est pour moi la sainteté commune. J'associe souvent la sainteté à la patience: pas seulement la patience comme hypomonè (supporter le poids des événements et des circonstances de la vie), mais aussi comme constance dans le fait d'aller de l'avant, jour après jour. C'est cela, la sainteté de l'Iglesia militante (Église militante) dont parle aussi saint Ignace. Cela a été celle de mes parents: de mon père, de ma mère, de ma grand-mère Rosa qui m'a fait tant de bien. Dans mon bréviaire, j'ai le testament de ma grand-mère Rosa, et je le lis souvent: pour moi, c'est comme une prière. C'est une sainte qui a tant souffert, moralement aussi, et elle est toujours allée de l'avant avec courage.»

• Les homosexuels

«À Buenos Aires, j'ai reçu des lettres de personnes homosexuelles, qui sont des “blessés sociaux”, parce qu'elles se sentent depuis toujours condamnées par l'Église. Mais ce n'est pas ce que veut l'Église. Lors de mon vol de retour de Rio de Janeiro, j'ai dit que, si une personne homosexuelle est de bonne volonté et qu'elle est en recherche de Dieu, je ne suis personne pour la juger. Disant cela, j'ai dit ce que dit le Catéchisme [de l'Église catholique, NDLR]. La religion a le droit d'exprimer son opinion au service des personnes, mais Dieu dans la création nous a rendus libres: l'ingérence spirituelle dans la vie des personnes n'est pas possible. Un jour, quelqu'un m'a demandé d'une manière provocatrice si j'approuvais l'homosexualité. Je lui ai alors répondu avec une autre question: “Dis-moi: Dieu, quand il regarde une personne homosexuelle, en approuve-t-il l'existence avec affection ou la repousse-t-il en la condamnant?” Il faut toujours considérer la personne.»

• Place des questions morales

«C'est aussi la grandeur de la confession: le fait de juger au cas par cas et de pouvoir discerner ce qu'il y a de mieux à faire pour une personne qui cherche Dieu et sa grâce. Le confessionnal n'est pas une salle de torture, mais le lieu de la miséricorde dans lequel le Seigneur nous stimule à faire du mieux que nous pouvons.»

«Nous ne pouvons pas insister seulement sur les questions liées à l'avortement, au mariage homosexuel et à l'utilisation de méthodes contraceptives. Ce n'est pas possible. Je n'ai pas beaucoup parlé de ces choses, et on me l'a reproché. Mais lorsqu'on en parle, il faut le faire dans un contexte précis. La pensée de l'Église, nous la connaissons, et je suis fils de l'Église, mais il n'est pas nécessaire d'en parler en permanence.»

«Les enseignements, tant dogmatiques que moraux, ne sont pas tous équivalents. Une pastorale missionnaire n'est pas obsédée par la transmission désarticulée d'une multitude de doctrines à imposer avec insistance. L'annonce de type missionnaire se concentre sur l'essentiel, sur le nécessaire, qui est aussi ce qui passionne et attire le plus, ce qui rend le cœur tout brûlant, comme l'eurent les disciples d'Emmaüs. Nous devons donc trouver un nouvel équilibre, autrement l'édifice moral de l'Église risque lui aussi de s'écrouler comme un château de cartes, de perdre la fraîcheur et le parfum de l'Évangile. L'annonce évangélique doit être plus simple, profonde, irradiante. C'est à partir de cette annonce que viennent ensuite les conséquences morales.»

«L'annonce de l'amour salvifique de Dieu est premier par rapport à l'obligation morale et religieuse. Aujourd'hui, il semble parfois que prévaut l'ordre inverse.»

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• Place de la femme

«Il est nécessaire d'agrandir les espaces pour une présence féminine plus incisive dans l'Église. Je crains la solution du “machisme en jupe” car la femme a une structure différente de l'homme. Les discours que j'entends sur le rôle des femmes sont souvent inspirés par une idéologie machiste. Les femmes soulèvent des questions que l'on doit affronter. L'Église ne peut pas être elle-même sans les femmes et le rôle qu'elles jouent. La femme lui est indispensable. Marie, une femme, est plus importante que les évêques. Je dis cela parce qu'il ne faut pas confondre la fonction avec la dignité. Il faut travailler davantage pour élaborer une théologie approfondie du féminin. C'est seulement lorsqu'on aura accompli ce passage qu'il sera possible de mieux réfléchir sur le fonctionnement interne de l'Église. Le génie féminin est nécessaire là où se prennent les décisions importantes.»

 

• Place du doute

«Bien sûr, dans ce “chercher” et “trouver” Dieu en toutes choses, il reste toujours une zone d'incertitude. Elle doit exister. Si quelqu'un dit qu'il a rencontré Dieu avec une totale certitude et qu'il n'y a aucune marge d'incertitude, c'est que quelque chose ne va pas. C'est pour moi une clé importante. Si quelqu'un a la réponse à toutes les questions, c'est la preuve que Dieu n'est pas avec lui, que c'est un faux prophète qui utilise la religion à son profit. Les grands guides du peuple de Dieu, comme Moïse, ont toujours laissé un espace au doute. Si l'on doit laisser de l'espace au Seigneur, et non à nos certitudes, c'est qu'il faut être humble.»

• Place des certitudes

«Si le chrétien est légaliste ou cherche la restauration, s'il veut que tout soit clair et sûr, alors il ne trouvera rien. La tradition et la mémoire du passé doivent nous aider à avoir le courage d'ouvrir de nouveaux espaces à Dieu. Celui qui aujourd'hui ne cherche que des solutions disciplinaires, qui tend de manière exagérée à la “sûreté” doctrinale, qui cherche obstinément à récupérer le passé perdu, celui-là a une vision statique et non évolutive. De cette manière, la foi devient une idéologie parmi d'autres. Pour ma part, j'ai une certitude dogmatique: Dieu est dans la vie de chaque personne. Dieu est dans la vie de chacun. Même si la vie d'une personne a été un désastre, détruite par les vices, la drogue ou autre chose, Dieu est dans sa vie. On peut et on doit Le chercher dans toute vie humaine. Même si la vie d'une personne est un terrain plein d'épines et de mauvaises herbes, c'est toujours un espace dans lequel la bonne graine peut pousser. Il faut se fier à Dieu.»

 

• Priorité aux frontières

«Quand j'insiste sur la frontière, je me réfère à la nécessité pour l'homme de culture d'être inséré dans le contexte dans lequel il travaille et sur lequel il réfléchit. Il y a toujours en embuscade le danger de vivre dans un laboratoire. Notre foi n'est pas une foi-laboratoire mais une foi-chemin, une foi historique. Dieu s'est révélé comme histoire, non pas comme une collection de vérités abstraites. Je crains le laboratoire car on y prend les problèmes et on les transporte chez soi pour les domestiquer et les vernir, en dehors de leur contexte. Il ne faut pas transporter chez soi la frontière mais vivre sur la frontière et être audacieux»

• Évolution de la pensée de l'Église

«La compréhension de l'homme change avec le temps et sa conscience s'approfondit aussi. Pensons à l'époque où l'esclavage ou la peine de mort étaient admis sans aucun problème. Ainsi on grandit dans la compréhension de la vérité. Les exégètes et les théologiens aident l'Église à faire mûrir son propre jugement. Les autres sciences et leur évolution aident l'Église dans cette croissance en compréhension. Il y a des normes et des préceptes secondaires de l'Église qui ont été efficaces en leur temps, mais qui, aujourd'hui, ont perdu leur valeur ou leur signification. Il est erroné de voir la doctrine de l'Église comme un monolithe qu'il faudrait défendre sans nuance.»

 

 

 

http://www.revue-etudes.com/Religions/INEDIT_-_Un_entretien__avec_le_Pape_Francois./7497/15686

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Le grand bluff de l'art contemporain

18 Septembre 2013, 14:41pm

Publié par Fr Greg.

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Le cochon tatoué aux armes de Louis Vuitton par le Belge Wim Delvoye.

 

On accueille aujourd’hui dans les musées des objets dénués de valeur esthétique, présentés comme étant de l’art, au nom du dogmatisme : par soumission totale aux principes imposés par une autorité. En théologie, un dogme est une vérité ou une révélation divine qui s’impose aux fidèles qui y croient. Kant opposait philosophie dogmatique et philosophie critique, ainsi que l’usage dogmatique de la raison à l’usage critique de la raison. Le dogme ne tolère aucune réplique ni aucun questionnement, il existe a priori.


Le dogme est une croyance, car sans l’intervention de la foi, il ne peut être assimilé par la connaissance. Le théoricien de l’art Arthur Danto (1) compare à la foi chrétienne celle qui permet de transformer un objet de la vie courante en objet d’art ; pour lui, c’est dans cette transfiguration que se trouve la signification de l’œuvre. Ce n’est pas un hasard si Danto utilise un terme religieux. C’est parfaitement intentionnel, une manière de dire que le critique n’est plus là pour juger l’œuvre, mais pour croire en sa signification.


J’analyse dans ce qui suit chacun des dogmes qui fondent ce qu’on ne peut qu’appeler l’idéologie de l’art contemporain, dans sa quête de la transfiguration dont parle Danto.

Transsubstantiation

Voici d’abord la transsubstantiation. Selon ce dogme, la substance d’un objet est transformée par magie, grâce à un acte de prestidigitation ou à un miracle. Ce que nous voyons n’est plus ce que nous croyons voir, c’est autre chose, une chose dont la présence physique ou matérielle n’a rien d’évident, puisque sa substance a changé. Celle-ci est invisible à l’œil nu. Pour la faire exister, il est nécessaire de croire en sa transformation.


La transsubstantiation repose sur deux dogmes secondaires : celui du concept et celui de l’infaillibilité. D’abord la doctrine du concept. Quand Marcel Duchamp revendiqua l’urinoir en tant qu’œuvre d’art, en 1917, dans son texte signé R. Mutt, il dit mot pour mot :

Que Richard Mutt ait fabriqué cette fontaine avec ses propres mains, cela n’a aucune importance, il l’a choisie. Il a pris un article ordinaire de la vie, il l’a placé de manière à ce que sa signification d’usage disparaisse sous le nouveau titre et le nouveau point de vue, il a créé une nouvelle pensée pour cet objet.»


C’est cette nouvelle pensée, ce concept, qui a transfiguré l’urinoir en fontaine, et par là même en œuvre d’art. L’urinoir en tant que tel n’a pas bougé d’un pouce, il a toujours le même aspect; il est ce qu’il est, un objet préfabriqué d’usage courant; mais le caprice de Duchamp a donné lieu à sa métamorphose magico-religieuse. Le discours joue ici un rôle fondamental: alors qu’il n’est pas visible, le changement est énoncé. Il ne s’agit plus d’un urinoir mais d’un objet d’art; nommer cette transformation est indispensable à sa réalisation effective.


Le dogme agit dans la mesure où on lui obéit sans le remettre en question, uniquement parce que les idéologues de l’art affirment: «Ceci est de l’art.» Celui-ci est devenu une forme de superstition qui nie les faits; y croire suffit à accomplir la transformation. Le ready-made nous ramène à la part la plus élémentaire et irrationnelle de la pensée humaine: la pensée magique. Tout ce que l’artiste choisit et désigne se mue en œuvre. L’art en est réduit à une croyance fantaisiste et sa présence à une signification. Danto écrit: «Il n’y a aucune différence visible entre un objet d’art et un objet ordinaire, et c’est précisément ce qui doit aujourd’hui retenir l’attention des critiques et des spectateurs.»

[…]

Suivant ce critère, n’importe quoi peut être pourvu de dessein et de sens. Par exemple: l’œuvre de Santiago Sierra (2), une vidéo pornographique intitulée «les Pénétrés» «est une critique qui interroge l’exploitation et l’exclusion des individus, générant un débat sur les structures du pouvoir» (c’est en tout cas ce qu’un ministre de la Culture espagnol souhaite que l’on pense). Si le public, face à l’œuvre ou à l’action, affirme que ledit sens est absent, c’est lui qui se trompe car l’artiste, le commissaire et le critique possèdent une culture, une sensibilité particulière, métaphysique et démiurgique qui leur permettent de voir ce qui n’est ni flagrant ni tangible. Les valeurs fictives de l’œuvre sont irréfutables et infaillibles.


Voir de l’art en ces objets revient à suivre la maxime du théologien Jacques Maritain: «N’observons pas la réalité selon des méthodes physiques, mais faisons-le selon l’esprit pur.» Ce qui signifie que, pour voir l’œuvre, nous devons renoncer à notre perception de la réalité ainsi qu’à notre intelligence, et nous soumettre à la dictature de la foi. On nous demande de voir, comme sous l’emprise de la religion ou de la magie, ce qui pour d’autres reste invisible. L’accès à cette signification rend supérieur: celle-ci octroie une valeur à ce qui n’en a pas, mais aussi un statut d’intellectuel à ceux qui participent au miracle. […]


Pavé de bonnes intentions

Le deuxième dogme majeur postule la noblesse du message. On s’aperçoit, à travers l’ensemble des œuvres citées plus haut, que l’art est devenu une ONG qui tire profit de l’ignorance de l’Etat. Si les œuvres semblent matériellement infra-intelligentes et dépourvues de valeur esthétique, elles sont cependant, moralement, pavées de bonnes intentions. […] Il est curieux de constater que ces œuvres qui s’obstinent à assassiner l’art veulent tout aussi obstinément sauver le monde et l’humanité. Elles défendent l’écologie, dénoncent le sexisme, accusent l’hyperconsommation, le capitalisme ou la pollution. […]


Puisque c’est au musée... 

Troisième dogme majeur, celui du contexte, entendez l’environnement, les facteurs et les circonstances qui entourent et protègent l’œuvre, tout en influant sur son statut artistique. Le musée et la galerie incarnent par excellence le contexte. Les objets cessent d’être ce qu’ils sont à l’instant où ils en franchissent le seuil. Les œuvres qu’ils y côtoient, la surface d’exposition, l’affiche, le commissariat, tout contribue à faire d’un objet dénué de beauté ou d’intelligence un objet d’art.


Dans le grand art, c’est l’œuvre qui fait le contexte. Un musée se définit par sa collection de peinture, une place par sa statue. En abritant certaines œuvres, le musée nous dit que leurs caractéristiques sont extraordinaires, que leur valeur esthétique, leur apport culturel et historique exigent qu’elles soient protégées et classées pour être conservées et montrées. La création est ainsi partagée et la connaissance mise à la portée de tous. Ce cadre de référence sous-entend que tout ce qui se trouve à l’intérieur de cette enceinte est art.


Tandis que le patrimoine des musées de l’art véritable est constitué d’œuvres qui, même hors les murs, ne changent pas de nature, cet art fallacieux que l’on appelle contemporain a besoin de ces murs, de cette institution et de ce contexte pour pouvoir exister en tant qu’art aux yeux du public. Ces œuvres s’emparent d’éléments de la vie ordinaire, comme des objets trouvés, elles font des installations avec des meubles de bureau ou des installations sonores avec des bruits de la rue, et l’atmosphère créée par le musée se charge de transformer ces répliques littérales du quotidien en autre chose. Ces objets, incapables de créer et d’apporter un plus à la réalité, se voient insuffler par l’environnement cette singularité que l’artiste n’a pas su leur donner. Puisqu’elle est au musée, l’œuvre est de valeur.


Si un commerçant met une affiche dans la rue, c’est de la publicité; mais si Jeff Koons (3) ou Richard Prince (4) s’approprient cette même affiche pour l’exposer, alors c’est de l’art. L’invention de ce dogme a pour finalité d’élever artificiellement ces pièces et objets au rang d’art, rang qu’elles n’ont pas hors de l’enceinte ou du périmètre de l’exposition. Ready-made, choses banales, performances ou réappropriations… Ces choses qui n’ont rien d’exceptionnel requièrent un cadre d’autant plus grandiose, tape-à-l’œil, régi par des conventions et circonscrit pour pouvoir se distinguer, attirer l’attention et justifier leur prix.


Le dogme du contexte est une ruse pour ne pas admettre la fatalité de la situation qui impose le recours à la salle de musée pour exister. Le philosophe Theodor Adorno ainsi que le peintre et théoricien Kazimir Malevitch méprisaient les grands musées comme le Louvre, les qualifiant de cimetières, et prédisaient leur disparition. Ils n’avaient pas imaginé que l’art contemporain ne pourrait exister sans leurs murs. […]

Au commissariat

Quatrième dogme majeur : la toute-puissance du commissaire d’exposition. L’art contemporain offre à celui-ci une chance exceptionnelle : celle de voir ses idées prévaloir sur l’identité de l’artiste, sur l’œuvre, et par conséquent sur l’art lui-même. L’équation est parfaite: les commissaires étant des incontinents rhétoriques, ils éprouvent un besoin viscéral de produire les textes les plus invraisemblables. La pierre angulaire de cette opération étant que l’œuvre d’art contemporain le permet en n’étant pour ainsi dire rien ; on peut donc en dire ce qu’on veut et tout texte, aussi démesuré soit-il, s’impose à elle.

Quels que soient l’imagination et le bagage intellectuel qu’on y investisse, écrire des textes spéculatifs et rhétoriques sur des dessins d’Egon Schiele rencontre une limite. L’œuvre a déjà tout dit, elle est imposante et aucun mot ne pourra jamais l’égaler. Le critique ou l’expert s’expriment à leurs risques et périls, car l’œuvre est toute-puissante. Les descriptions, les théories, aussi poussées soient-elles, n’iront jamais aussi loin que l’œuvre elle-même. Ce sont là les limites auxquelles se heurtent le critique, le théoricien, l’historien. Les grandes œuvres sont supérieures à leurs textes.


Ce n’est cependant pas ce qui se produit dans l’art contemporain. Les commissaires y sont omnipotents et s’approprient l’œuvre, car elle est créée par leurs textes. Ce sont eux qui donnent sens aux quelques bâtons dégoulinant de peinture d’Anna Jóelsdóttir (5)  pour en faire «une vision métaphorique de la narrativité de la peinture qui instaure un dialogue abstrait pour être en rupture avec la représentation logique.» […]


« Tous artistes »

Cinquième dogme majeur : le « tous artistes ». […] Ce dogme est né de l’idée qu’il fallait en finir avec la figure du génie, ce qui n’est pas idiot, puisque, comme nous l’avons déjà noté, les artistes talentueux n’ont pas besoin de commissaires. Ses conséquences se font cependant sentir sur un tout autre terrain. […] La figure même de l’artiste en est détruite. Tant qu’existait le génie, le créateur était indispensable et son travail irremplaçable. En ces temps de surpopulation artistique, nul n’est indispensable et les œuvres sont interchangeables puisqu’elles manquent d’originalité. […] Ni Damien Hirst, ni Gabriel Orozco, ni Teresa Margolles, ni le cortège toujours plus long de ceux qui prétendent l’être ne sont des artistes. Ce n’est pas moi qui le dis, mais leurs œuvres. […]


Zéro frustration

Dernier dogme majeur : celui de l’éducation artistique. […] Dans les écoles, tout ce que fait l’élève est donc immédiatement considéré comme de l’art, qu’il s’agisse d’une table recouverte d’aliments en décomposition ou de petites voitures. La pédagogie paternaliste du zéro frustration empêche que l’œuvre soit analysée, corrigée et, comme elle devrait l’être dans la plupart des cas, retoquée. L’utopie s’est réalisée : nous sommes tous artistes, le gouffre de la bêtise s’ouvre à l’infini. Il y a de la place pour tous.

Avelina Lesper

http://bibliobs.nouvelobs.com/en-partenariat-avec-books/20130906.OBS5922/le-non-art-contemporain-en-6-dogmes.html

 

(1) Auteur de «La Transfiguration du banal. Une philosophie de l’art» (Seuil, 1989, Arthur Danto est un philosophe américain, qui s’est surtout fait connaître comme critique d’art pour «The Nation» (de 1984 à 2009). On trouve aussi en français : «Après la fin de l’art» (Seuil, 1996), «L’Art contemporain et la clôture de l’histoire» (Seuil, 2000), «La Madone du futur» (Seuil, 2003) et «Andy Warhol» (Les Belles Lettres, 2011).

(2) Santiago Sierra est un Espagnol né en 1966. L’une de ses œuvres les plus célèbres a consisté à payer un homme pour vivre quinze jours derrière un mur en briques.

(3) Jeff Koons est un célébrissime artiste «néo-pop» américain, né en 1955. Plusieurs de ses œuvres ont été présentées au château de Versailles en 2008. Sa sculpture géante en acier Tulips s’est vendue plus de 33 millions de dollars en 2012.

(4) Richard Prince est un célèbre peintre et photographe américain, né en 1949. Son tableau Overseas Nurse (2002), qui représente une infirmière au-dessus de laquelle est inscrit «Overseas nurse», a été vendu plus de 8 millions de dollars en 2008.».

(5) Anna Joelsdottir est une peintre et installatrice d’origine islandaise vivant à Chicago. Elle est née en 1977.

 

 

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Richard Wagner ou le Salut corrompu

17 Septembre 2013, 08:54am

Publié par Fr Greg.

 

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Voici le texte d'un sceptique que la musique de Wagner ennuie (lire  à ce titre l'avant-propos). Pourtant, le sujet de sa réflexion dévoile tout ce que le théâtre wagnérien peut susciter de débats et de polémiques féconds. Loin d'assécher la perception du théâtre wagnérien, c'est un nouveau texte qui relance et éclaire sa profonde richesse sémantique.

En dehors de la foi chrétienne, le héros wagnérien, et Wagner lui-même-, exprime une quête irrépressible de salut... Mais de quel salut s'agit-il ? Telle est la question centrale posée par cet essai des plus intéressants.

En brossant le portrait de chacun des héros lyriques conçus par Wagner, du Holandais maudit (Le Vaisseau fantôme, 1841) à Parsifal (1879), l'auteur interroge cette recherche clé qui est au centre de la question théâtrale wagnérienne : la place du héros / le rôle de l'artiste.


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Le Salut wagnérien en question ... 


En s'appuyant sur les mots précis et les formulations contenues dans les livrets de Wagner, écrits par le compositeur poète, le texte analyse comment l'anticléricalisme premier de Wagner, conduit le compositeur à concevoir une nouvelle scène lyrique où le héros devenu sauveur et roi-prètre (cumulant toutes ses fonctions dans Parsifal) prend jusqu'à la place de l'Elu, du Messie lui-même. 

En complétant aussi sont texte par les éclairages de Claudel ou de Nietzsche (tous deux d'abord enthousiastes puis sceptiques quant au message wagnérien : « Wagner n’a médité aucun problème plus intensément que celui du Salut. » précisait Nietzsche), l'auteur élargit encore sa propre compréhension du salut wagnérien, un salut ambigu, ambivalent, "corrompu " comme l'envisage le titre de cet essai. En dépit des apparences, ce salut n'a rien de chrétien ni de mystique : il affirme le retour d'un ordre pour prendre la place de Dieu lui-même. Vision blasphématoire et purement égocentrique que porte un désir essentiellement personnel ... Qu'on adhère ou pas à cette relecture subjective, le sujet mérite amplement d'être débattu en cette année du bicentenaire Wagner 2013. 

 

 

 

Au total, l'auteur traverse sous cet angle thématique la plupart des grands livrets de Wagner : Tannhäuser, Tristan et Le Vaisseau Fantôme, Lohengrin et évidemment Parsifal. Il y manque Rienzi et surtout l'argument défendu dans le Ring ... peut-être le sujet de prochains chapitres complémentaires ? Habité par cette question centrale relevant de son identité et de sa vocation, Wagner pourtant " sauvé " grâce à sa double rencontre au même moment (1864) avec Cosima et Louis II de Bavière, poursuit cette interrogation qui inspire ses pages les plus convaincantes ... y compris dans les dernières pages composées pour le Ring et donc Parsifal. Cette obsession du salut est d'autant plus méritante qu'il tend à sublimer son théâtre par une question éminemment morale, le conduisant vers une poétique universelle qui intéresse la raison d'être de tout individu. Il est donc tout à fait pertinent de poser ainsi la question et de lui consacrer un essai, d'autant plus captivant qu'il est ici très argumenté. 


Incidemment, telle une double lecture entre les lignes, c'est aussi l'interrogation du musicien sur son état et son statut d'artiste qui se précise peu à peu. Le poète créateur et démiurge face à la société des hommes, face à son propre destin ... dommage que l'auteur n'ait pas franchi clairement le pas et inscrit l'ambition personnelle de Wagner dans cette quête continûment formulée dans chacun de ses ouvrages. Le salut dont il s'agit, serait alors non de nature spirituelle et désintéressée mais - plutôt qu'esthétique-, précisément et matériellement narcissique. Wagner avait un orgueil démultiplié, et une claire conscience de sa mission salvatrice vis à vis de l'histoire de l'art germanique. On ne s'étonne plus dès lors que le salut dont il est question l'intéresse au premier plan, en lui accordant la première place. 



Alain Galliari : Richard Wagner ou le Salut corrompu. Essai. Date de parution : 5 septembre 2013. Editions Le Passeur. ISBN : 978-2-36890-040-6

 

 

 

 

 

 

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Paolo Conte

16 Septembre 2013, 14:13pm

Publié par Fr Greg.

 

 

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Enfants Valises

16 Septembre 2013, 08:32am

Publié par Fr Greg.

Le documentariste Xavier de Lauzanne a filmé le quotidien d’une classe de jeunes venus en France via le regroupement familial : un bijou, en salles depuis mercredi.

 

MAKING OF

Ce film a pour titre mystérieux « Enfants valises », c’est-à-dire des jeunes arrivés en France dans le cadre du regroupement familial, et qui doivent s’initier, à l’âge compliqué de l’adolescence, à un nouveau cadre scolaire, de nouveaux codes, de nouveaux rapports familiaux, bref, se réinventer totalement.

L’Education nationale a créé des structures pour ces quelque 40 000 jeunes par an, venus de pays francophones ou pas, légalement ou pas (l’école de la République a pour obligation d’accueillir tous les jeunes de moins de 16 ans) qui passent par un « sas » avant de rejoindre le tronc commun de l’Education nationale. Ici une classe Français langue écrite renforcée (Fler).

Un an dans une classe de région parisienne

Xavier de Lauzanne a posé sa caméra pendant un an dans une de ces classes d’accueil en région parisienne, et nous fait vivre les joies et les peines, les douleurs et les espoirs, les drames aussi, de ce groupe d’adolescents qui n’aspirent qu’à une chose : une vie « normale ». Ce qui n’est pas simple.

Il l’a fait sans jugement, sans « problématiser », sans enjoliver ou noircir une situation complexe, humainement et socialement. Son ambition, explique-t-il, est d’abord de montrer des individus confrontés à l’exil, parfois la séparation de proches les ayant élevés.

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Mardi soir, j’animais un débat dans une salle parisienne pour la première du film dont Rue89 est partenaire. Plusieurs riverains du site étaient présents.

L’enseignante, premier visage de la France

Mais surtout, cette soirée a réuni pour la première fois depuis le tournage, qui remonte déjà à cinq ans, une partie des élèves et leur enseignante, Julie L.

Les enfants du film sont devenus de jeunes adultes, et ils n’ont qu’un mot à la bouche : « Merci. » Merci d’abord et surtout à leur enseignante qui a été le premier visage de la France pour eux, le visage d’une France qui donne sa chance à des jeunes comme eux, chargés de tant de handicaps.

On les comprend : on la voit dans le documentaire d’un dévouement exceptionnel à la cause de l’intégration de ces enfants venus d’ailleurs, au point de passer des heures, chez elle, à téléphoner pour leur trouver des stages chez des artisans du coin...

Quarante mille enfants, ce n’est pas rien, et, à écouter l’enseignante, on peut s’inquiéter de la pérennité de ce système d’accueil et de la tendance croissante à placer ces enfants d’entrée de jeu dans les classes générales.

La « peur » des autres

En réponse à une question sur leurs rapports avec les autres élèves de l’établissement, un des jeunes présents au débat a expliqué qu’au début, ils avaient « peur » – c’est son mot – de ne pas avoir les codes, le vocabulaire, d’être « différents ». Ce passage par la classe de Julie les a aidés à prendre confiance en eux avant de se confronter à la société française.

Ce film a été réalisé avec trois bouts de ficelle, par la force d’un documentariste qui a déjà consacré plusieurs films à l’enfance et à l’éducation, et à la détermination d’une minuscule équipe.

Et il est distribué dans quelques salles, d’où il disparaîtra très vite sauf bouche à oreille rapide et massif qui, seul, lui donnera la visibilité qu’il mérite dans un système déterminé par les chiffres.

Et la télé publique ?

C’est là que la télévision et l’Education nationale ne jouent pas leur rôle. Aucune chaîne de télé n’a voulu acheter ce documentaire, en particulier aucune chaîne publique dont on aimerait penser qu’elles auraient à cœur de montrer une tranche de vie de notre société, émouvante, stimulante.

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Quant à l’Education nationale, elle devrait elle aussi s’emparer de ce film et le montrer à tous, élèves, enseignants, parents d’élèves. Il est au carrefour de plusieurs problématiques importantes de notre société, montre le rôle crucial de l’éducation et les moyens nécessaires pour faire face à un défi humain, social et nécessairement politique.

Cet appel ne sera sans doute pas entendu par les institutions. Reste l’initiative individuelle, celle d’enseignants ou d’associations qui peuvent faire vivre un film... 

 

 Pierre Haski

http://www.rue89.com/rue89-culture/2013/09/12/les-enfants-valises-disent-merci-a-lecole-republique-245640

 

 

 

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La joie: cohérence de vie et relations d'amitiés

14 Septembre 2013, 08:42am

Publié par Fr Greg.

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Rencontre du pape François avec les novices et les séminaristes du monde

Je demandais à Mgr Fisichella si vous comprenez l’italien et il m’a dit que vous aviez tous la traduction… Je suis un peu plus rassuré.

Je remercie Mgr Fisichella pour ses paroles, et je le remercie aussi pour son travail : il a beaucoup travaillé, non seulement pour cela, mais pour tout ce qu’il a fait et fera en cette Année de la foi. Merci beaucoup! Mais Mgr Fisichella a dit quelque chose, et je ne sais pas si c’est vrai, mais je le reprends: il a dit que vous aviez tous le désir de donner votre vie pour toujours au Christ! À présent, vous applaudissez, vous faites la fête, parce que c’est le temps des noces… Mais quand la lune de miel est terminée, que se passe-t-il? J’ai entendu un séminariste, un bon séminariste, qui disait qu’il voulait servir le Christ, mais pendant dix ans, et ensuite, il pensera à commencer une autre vie… Cela est dangereux! Mais écoutez bien: nous tous, même nous qui sommes plus âgés, nous aussi, nous sommes soumis à la pression de cette culture du provisoire et c’est dangereux parce qu’on ne joue pas sa vie une fois pour toutes. Je me marie tant que dure l’amour ; je deviens religieuse, mais pour «un petit bout de temps», «quelque temps» et ensuite on verra ; je deviens séminariste pour devenir prêtre, mais je ne sais pas comment finira cette histoire. Cela n’est pas possible avec Jésus! Je ne vous fais pas de reproches à vous, je fais des reproches à cette culture du provisoire qui nous maltraite tous, parce qu’elle n’est pas bonne pour nous, parce que, aujourd’hui, il est très difficile de faire un choix définitif. À mon époque, c’était plus facile parce que la culture favorisait les choix définitifs, que ce soit pour la vie matrimoniale, la vie consacrée ou la vie sacerdotale. Mais à notre époque, ce n’est pas facile de faire un choix définitif. Nous sommes victimes de cette culture du provisoire. Je voudrais que vous réfléchissiez à cela: comment puis-je être libre, comment puis-je être libre par rapport à cette culture du provisoire ? Nous devons apprendre à fermer la porte de notre cellule intérieure, de l’intérieur.

Quand je suis rentré, j’ai regardé ce que j’avais écrit. Je voulais vous dire un mot et ce mot, c’est la joie. Partout où il y a les consacrés, les séminaristes, les religieuses et les religieux, il y a de la joie, il y a toujours de la joie ! C’est la joie de la fraîcheur, c’est la joie de suivre Jésus, la joie que nous donne le Saint-Esprit, pas la joie du monde. Il y a de la joie ! Mais où naît la joie ? Elle naît… Samedi soir je rentre à la maison et j’irai danser avec mes vieux amis ? C’est de là que naît la joie ? Pour un séminariste, par exemple ? Non ? Ou oui ?

Certains diront : la joie naît des choses que l’on possède et alors, nous voilà à la recherche du dernier modèle de smartphone, du scooter le plus rapide, de la voiture qui se fera remarquer… Mais je vous le dis, vraiment, cela me fait mal quand je vois un prêtre ou une religieuse avec le dernier modèle d’une voiture : mais ce n’est pas possible ! Ce n’est pas possible ! Alors vous pensez : mais maintenant, Père, il faut que nous nous déplacions en bicyclette ? C’est bien la bicyclette ! Mgr Alfred circule en bicyclette ; lui, il va à vélo. Je pense que la voiture est nécessaire, parce qu’il faut beaucoup travailler et pour se déplacer là-bas… mais prenez-en une plus humble ! Et si tu aimes cette belle voiture, pense à tous les enfants qui meurent de faim. Rien que cela ! La joie ne naît pas, ne vient pas de ce que l’on possède ! D’autres disent que cela vient des expériences les plus extrêmes pour éprouver le frisson des sensations fortes : la jeunesse aime être sur le fil du rasoir, elle aime vraiment cela ! Pour d’autres encore, cela vient des vêtements les plus à la mode, des distractions dans les lieux les plus à la mode — mais je ne veux pas dire par là que les sœurs vont dans ces lieux, je parle des jeunes en général. Pour d’autres encore, la joie vient du succès auprès des filles ou des garçons, en passant même de l’une à l’autre ou de l’un à l’autre. Ça, c’est l’insécurité de l’amour, qui n’est pas sûr : c’est l’amour « à l’essai ». Et on pourrait continuer… Vous aussi, vous êtes au contact de cette réalité que vous ne pouvez pas ignorer.

Nous savons que tout ceci peut satisfaire certains désirs, créer quelques émotions, mais à la fin, c’est une joie qui demeure superficielle, qui ne descend pas dans l’intime, ce n’est pas une joie intime : c’est l’ivresse d’un moment qui ne rend pas vraiment heureux. La joie n’est pas l’ivresse d’un moment : c’est autre chose!

La vraie joie ne vient pas des choses, du fait d’avoir, non ! Elle naît de la rencontre, de la relation avec les autres, elle naît du fait de se sentir acceptés, compris, aimés, du fait d’accepter, de comprendre et d’aimer, et ceci non pas en raison de l’intérêt d’un moment, mais parce que l’autre, homme, femme, est une personne. La joie naît de la gratuité d’une rencontre ! C’est s’entendre dire : « Tu es important pour moi », pas nécessairement avec des paroles. C’est beau… Et c’est précisément cela que Dieu nous fait comprendre. En vous appelant, Dieu vous dit : « Tu es important pour moi, je t’aime, je compte sur toi ». Jésus dit ceci à chacun de nous ! C’est de là que naît la joie ! La joie du moment où Jésus m’a regardé. Comprendre et sentir cela est le secret de notre joie. Se sentir aimé de Dieu, sentir que pour lui nous ne sommes pas des numéros, mais des personnes, et sentir que c’est Lui qui nous appelle. Devenir prêtre, religieux, religieuse n’est pas d’abord notre choix. Je n’ai pas confiance en ce séminariste, cette novice, qui dit : « J’ai choisi cette voie ». Cela ne me plaît pas ! Cela ne va pas ! Mais c’est la réponse à un appel et à un appel d’amour. Je sens quelque chose à l’intérieur, qui me trouble, et je réponds oui. Dans la prière, le Seigneur nous fait sentir cet amour, mais aussi à travers tant de signes que nous pouvons lire dans notre vie, toutes les personnes qu’il met sur notre chemin. Et la joie de la rencontre avec lui et de son appel pousse à ne pas se renfermer, mais à s’ouvrir. Elle nous conduit au service dans l’Église. Saint Thomas disait : bonum est diffusivum sui— ce n’est pas du latin trop difficile ! — le bien se diffuse. Et la joie aussi se diffuse. N’ayez pas peur de montrer votre joie d’avoir répondu à l’appel du Seigneur, à son choix d’amour, et de témoigner de son Evangile dans le service de l’Église. Et la joie, la vraie, est contagieuse, elle contamine… elle fait avancer. En revanche, lorsque l’on se trouve avec un séminariste trop sérieux, trop triste, ou avec une novice comme ça, on pense : mais il y a quelque chose qui ne va pas ! Il manque la joie du Seigneur, la joie qui te pousse au service, la joie de la rencontre avec Jésus, qui te conduit à la rencontre des autres pour annoncer Jésus. Il manque cela ! Il n’y a pas de sainteté dans la tristesse, il n’y en a pas ! Sainte Thérèse — il y a beaucoup d’Espagnols ici et ils la connaissent bien — disait : « Un saint triste est un triste saint ! ». C’est peu de chose… Quand on rencontre un séminariste, un prêtre, une sœur, une novice, qui tire une tête longue, triste, qui donne l’impression qu’on a jeté sur sa vie une couverture bien trempée, de ces couvertures bien lourdes... qui tirent vers le bas… Il y a quelque chose qui ne va pas ! Alors s’il vous plaît : jamais de sœurs, jamais de prêtres avec une tête de « piment au vinaigre », jamais ! La joie qui vient de Jésus. Pensez à cela: quand un prêtre — je dis un prêtre, mais ça pourrait aussi être un séminariste — quand un prêtre, une sœur, n’a pas de joie, qu’il ou elle est triste, vous pouvez penser : « Mais c’est un problème psychologique». C’est vrai : c’est possible, c’est possible, bien sûr. Cela peut arriver, certains, les pauvres, tombent malades… Cela peut arriver. Mais en général, ce n’est pas un problème psychologique. C’est un problème d’insatisfaction ? Eh oui ! Mais où est le cœur de cette absence de joie ? C’est un problème de célibat. Je vous explique. Vous autres, séminaristes, sœurs, vous consacrez votre amour à Jésus, un grand amour. Notre cœur est pour Jésus et cela nous pousse à faire le vœu de chasteté, le vœu de célibat. Mais le vœu de chasteté, le vœu de célibat ne se termine pas au moment du vœu, il continue… Un chemin qui mûrit, mûrit, mûrit jusqu’à la paternité pastorale, jusqu’à la maternité pastorale, et quand un prêtre n’est pas père de sa communauté, quand une sœur n’est pas mère de tous ceux avec lesquels elle travaille, ils deviennent tristes. Voilà le problème. C’est pourquoi je vous le dis : la racine de la tristesse dans la vie pastorale réside précisément dans l’absence de paternité et de maternité qui vient de ce que l’on vit mal cette consécration, qui doit au contraire nous amener à la fécondité. On ne peut pas imaginer un prêtre ou une sœur qui ne soient pas féconds : ce n’est pas catholique ! Ce n’est pas catholique ! C’est cela la beauté de la consécration, c’est la joie, la joie…

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Mais je ne voudrais pas faire rougir cette sainte sœur [il s’adresse à une sœur âgée au premier rang] qui était devant, contre la barrière, la pauvre, elle était vraiment étouffée, mais elle avait un visage heureux. Cela m’a fait du bien de regarder votre visage, ma sœur ! Vous avez peut-être de longues années de vie consacrée, mais vous avez de beaux yeux, je vous voyais sourire sans vous plaindre d’être écrasée… Quand vous trouvez des exemples comme ceux-ci, tant et tant de sœurs, tant de prêtres qui sont joyeux, c’est parce qu’ils sont féconds, ils donnent la vie, la vie, la vie… Cette vie, ils la donnent parce qu’ils la trouvent en Jésus ! Dans la joie de Jésus ! La joie, pas de tristesse, la fécondité pastorale.

Pour être des témoins joyeux de l’Évangile, il faut être authentiques, cohérents. Et voilà un autre mot dont je voulais vous parler : l’authenticité. Jésus se battait beaucoup contre les hypocrites : hypocrites, ceux qui pensent tout bas, ceux qui ont — pour dire les choses clairement — un double visage. Parler d’authenticité aux jeunes n’est pas compliqué parce que les jeunes, tous, ont cette envie d’être authentiques, d’être cohérents. Et cela vous dégoûte tous, quand vous trouvez parmi nous des prêtres qui ne sont pas authentiques ou des sœurs qui ne sont pas authentiques !

C’est une responsabilité avant tout des adultes, des formateurs. De vous, les formateurs qui êtes ici : donner un exemple de cohérence aux plus jeunes. Nous voulons des jeunes cohérents ? Soyons cohérents nous-mêmes ! Sinon, le Seigneur nous dira ce qu’il disait des pharisiens au peuple de Dieu : « Faites ce qu’ils disent, mais pas ce qu’ils font ! ». Cohérence et authenticité !

Mais vous aussi, à votre tour, cherchez à suivre cette route. Je dis toujours ce qu’affirmait saint François d’Assise : Le Christ nous a envoyés annoncer l’Évangile également par la parole. La phrase est celle-ci : « Annoncez toujours l’Évangile. Et, si nécessaire, par la parole ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Annoncer l’Évangile à travers l’authenticité de vie, la cohérence de vie. Mais dans ce monde auquel la richesse fait tant de mal, il est nécessaire que nous, prêtres, que nous, sœurs, que nous tous, soyons cohérents avec notre pauvreté ! Mais quand on se rend compte que le premier intérêt d’une institution éducative ou paroissiale ou de n’importe quelle autre institution, est l’argent, cela ne fait pas de bien. Cela ne fait pas de bien ! C’est une incohérence ! Nous devons être cohérents, authentiques. Sur ce chemin, faisons ce que dit saint François: prêchons l’Évangile par l’exemple, et ensuite par la parole ! Mais c’est avant tout dans notre vie que les autres doivent pouvoir lire l’Évangile ! Là aussi sans crainte, avec nos défauts que nous cherchons à corriger, avec nos limites que le Seigneur connaît, mais aussi avec notre générosité à le laisser agir en nous. Les défauts, les limites et — j’ajouterais aussi — avec les péchés… Je voudrais savoir quelque chose : ici, dans cette salle, y a-t-il quelqu’un qui ne soit pas pécheur, qui n’ait pas de péchés ? Qu’il lève la main ! Qu’il lève la main ! Personne. Personne. D’ici jusqu’au fond… tous ! Mais comment est-ce que je porte mon péché, mes péchés ? Je voudrais vous donner un conseil : soyez transparents avec votre confesseur. Toujours. Dites tout, n’ayez pas peur. « Père, j’ai péché ». Pensez à la Samaritaine qui, pour prouver, pour dire à ses concitoyens qu’elle avait trouvé le Messie, a dit : « Il m’a dit tout ce que j’ai fait », et ils connaissaient tous la vie de cette femme. Toujours dire la vérité à son confesseur. Cette transparence fera du bien, parce qu’elle nous rend humbles, tous. « Mais Père, je suis resté là-dedans, j’ai fait ceci, j’ai détesté »… peu importe de quoi il s’agit. Dire la vérité, sans cacher, sans demi-mots, parce que l’on parle avec Jésus dans la personne du confesseur. Et Jésus sait la vérité. Lui seul te pardonne toujours ! Mais le Seigneur veut seulement que tu lui dises ce qu’il sait déjà. La transparence ! C’est triste quand on trouve un séminariste, une sœur qui se confesse aujourd’hui avec quelqu’un pour effacer la tache et, demain, il ou elle va en voir un autre, et un autre, et encore un autre : une peregrinatio d’un confesseur à l’autre pour se cacher sa vérité. La transparence ! C’est Jésus qui t’écoute. Ayez toujours cette transparence devant Jésus présent dans le confesseur ! Mais c’est une grâce. Père, j’ai péché, j’ai fait ceci, ceci, cela… avec tous les mots. Et le Seigneur te serre dans ses bras, il t’embrasse ! Va, et ne pèche plus ! Et si tu reviens ? Encore une fois. Je dis cela par expérience. J’ai croisé tant de personnes consacrées qui tombent dans ce piège hypocrite du manque de transparence. « J’ai fait ceci », humblement. Comme le publicain qui se trouvait au fond du temple : « J’ai fait ceci, j’ai fait ceci… ». Et le Seigneur te fait taire : c’est lui qui te fait taire ! Ce n’est pas à toi de le faire ! Vous avez compris ? De notre péché, surabonde la grâce ! Ouvrez la porte à la grâce, avec cette transparence !

Les saints et les maîtres de vie spirituelle nous disent que pour nous aider à faire croître notre vie en authenticité, la pratique quotidienne de l’examen de conscience est très utile, et même indispensable. Que se passe-t-il dans mon âme ? De cette façon, ouvert, avec le Seigneur, puis avec le confesseur, avec le père spirituel. Cela est si important !

Combien de temps avons-nous encore, Mgr Fisichella ?

[Mgr Fisichella : Si vous parlez comme cela, nous, nous sommes là jusqu’à demain, sans problème !]

Il dit jusqu’à demain… Qu’il vous apporte au moins un sandwich et un Coca Cola, si on est là jusqu’à demain…

La cohérence est fondamentale pour que notre témoignage soit crédible. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi une préparation culturelle, je souligne, une préparation culturelle, pour donner raison de notre foi et de notre espérance. Le contexte dans lequel nous vivons nous invite constamment à « donner raison » et c’est une bonne chose, parce que cela nous aide à ne rien considérer comme acquis. Aujourd’hui, nous ne pouvons rien considérer comme acquis ! Cette civilisation, cette culture… nous ne pouvons pas. Mais il est certain que c’est également exigeant, cela demande une bonne formation, équilibrée, qui unisse toutes les dimensions de la vie, humaine, spirituelle, la dimension intellectuelle avec la dimension pastorale. Dans votre formation, il y a quatre piliers fondamentaux : la formation spirituelle, c’est-à-dire la vie spirituelle ; la vie intellectuelle, ces études afin de « donner raison » ; la vie apostolique, commencer à aller annoncer l’Évangile ; et quatrièmement, la vie communautaire. Quatre. Et pour cette dernière, il est nécessaire que la formation se fasse en communauté au noviciat, au prieuré, dans les séminaires… Je pense toujours à cela : le pire des séminaires est mieux que pas de séminaire ! Pourquoi ? Parce que cette vie communautaire est nécessaire. Souvenez-vous des quatre piliers : vie spirituelle, vie intellectuelle, vie apostolique et vie communautaire. Il y en a quatre. C’est sur ces quatre piliers que vous devez édifier votre vocation.

Et je voudrais ici souligner l’importance, dans cette vie communautaire, des relations d’amitié et de fraternité qui font partie intégrante de cette formation. Nous abordons un autre problème ici. Pourquoi est-ce que je dis cela : les relations d’amitié et de fraternité. Très souvent, j’ai trouvé des communautés, des séminaristes, des religieux ou des communautés diocésaines où les conversations les plus communes sont les « commérages » ! C’est terrible ! Ils « se font la peau » entre eux… Et ça, c’est notre monde clérical, religieux… Excusez-moi, mais c’est courant : jalousies, envies, mal parler de l’autre. Pas seulement mal parler des supérieurs, ça, c’est un classique ! Mais je veux vous dire que c’est si fréquent, si fréquent. Moi aussi, je suis tombé dedans. Je l’ai fait si souvent, si souvent ! Et j’ai honte ! J’en ai honte ! Ce n’est pas bien de faire cela : aller commérer. « Tu as entendu… Tu as entendu… ». Mais c’est l’enfer, cette communauté ! Cela ne fait pas du bien. Et c’est pour cela que la relation d’amitié et de fraternité est importante. Les amis sont peu nombreux. La Bible dit ceci : les amis, un, deux… Mais la fraternité, entre tous. Si j’ai un problème avec une sœur ou un frère, je le lui dis en face, ou je le dis à la personne qui peut aider, mais je ne le dis pas aux autres pour « le salir ». Et les commérages, c’est terrible ! Derrière les commérages, sous les commérages, il y a les envies, les jalousies, les ambitions. Pensez-y. Une fois, j’ai entendu parler d’une personne qui, après les exercices spirituels — une personne consacrée, une sœur… Ça, c’est bien ! Cette sœur avait promis au Seigneur de ne jamais dire du mal d’une autre. Ça, c’est un beau chemin, un beau chemin vers la sainteté ! Ne jamais dire du mal des autres. « Mais, Père, il y a des problèmes… ». Dis-le au supérieur, dis-le à la supérieure, dis-le à l’évêque, qui peut trouver une solution. Ne le dis pas à celui qui ne peut pas aider. C’est important : la fraternité ! Mais dis-moi, dirais-tu du mal de ta mère, de ton père, de tes frères ? Jamais. Alors pourquoi le fais-tu dans la vie consacrée, au séminaire, dans la vie entre prêtres ? Uniquement cela : réfléchissez, réfléchissez… La fraternité ! Cet amour fraternel.

Mais il y a deux extrêmes : dans cet aspect de l’amitié et de la fraternité, il y a deux extrêmes : aussi bien l’isolement que la dissipation. Une amitié et une fraternité qui m’aident à ne tomber ni dans l’isolement, ni dans la dissipation. Cultivez les amitiés, elles sont un bien précieux : mais elles doivent vous éduquer non pas à la fermeture, mais à sortir de vous-mêmes. Un prêtre, un religieux, une religieuse ne peut jamais être une île, mais une personne toujours disponible à la rencontre. Les amitiés s’enrichissent ensuite des divers charismes de vos familles religieuses. C’est une grande richesse. Pensons aux belles amitiés de tant de saints.

Je crois que je dois couper un peu, parce que vous êtes très patients !

[Les séminaristes : « Non ! ! ! »]

Je voudrais vous dire ceci : sortez de vous-mêmes pour annoncer l’Évangile, mais pour faire cela, vous devez sortir de vous-mêmes pour rencontrer Jésus. Il y a deux sorties : l’une vers la rencontre de Jésus, vers la transcendance, l’autre vers les autres pour annoncer Jésus. Elles vont ensemble. Si l’on n’en prend qu’une, cela ne va pas ! Je pense à Mère Teresa de Calcutta. Elle était courageuse, cette sœur… Elle n’avait peur de rien, elle allait dans les rues… Mais cette femme n’avait pas peur non plus de s’agenouiller, pendant deux heures, devant le Seigneur. N’ayez pas peur de sortir de vous-mêmes dans la prière et dans l’action pastorale. Ayez le courage de prier et d’aller annoncer l’Évangile.

Je voudrais une Église plus missionnaire, moins tranquille. Cette belle Église qui va de l’avant. Ces jours-ci, de nombreux missionnaires sont venus à la Messe du matin, ici à Sainte-Marthe, et quand ils me saluaient, ils me disaient : « Je suis une sœur âgée, il y a quarante ans que je suis au Tchad, que je suis ici, que je suis là… ». Comme c’est beau ! Mais on comprenait que cette sœur avait passé ces années de cette façon parce qu’elle n’avait jamais cessé de rencontrer Jésus dans la prière. Sortir de soi, vers la transcendance à Jésus dans la prière, vers la transcendance aux autres, dans l’apostolat, dans le travail. Apportez votre contribution à une telle Église : fidèle à la route que veut Jésus. N’apprenez pas de nous, de nous qui ne sommes plus très jeunes, n’apprenez pas de nous ce sport que nous, les vieux, nous avons souvent pratiqué : le sport des lamentations ! N’apprenez pas de nous le culte de la « déesse lamentation ». C’est une déesse, celle-là... toujours en train de se plaindre… Mais soyez positifs, cultivez la vie spirituelle et, en même temps, allez, soyez capables de rencontrer les personnes, surtout celles qui sont le plus méprisées et désavantagées. N’ayez pas peur de sortir et d’aller à contre-courant. Soyez des contemplatifs et des missionnaires. Gardez toujours la Vierge Marie avec vous, priez le chapelet, s’il vous plaît… ne l’abandonnez pas ! Gardez toujours la Vierge avec vous, chez vous, comme le faisait l’apôtre Jean. Qu’elle vous accompagne et vous protège toujours. Et priez aussi pour moi, parce que moi aussi j’ai besoin de prières, parce que je suis un pauvre pécheur, mais allons de l’avant.

Merci beaucoup. Nous nous reverrons demain. Avancez, dans la joie, la cohérence, toujours avec le courage de dire la vérité, le courage de sortir de soi pour rencontrer Jésus dans la prière et de sortir de soi pour rencontrer les autres et leur donner l’Évangile. Avec la fécondité pastorale ! S’il vous plaît, ne soyez pas des « vieilles filles » et des « vieux garçons ». Allez de l’avant !

François, Pape, 6 juillet 2013.

 

 

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La misère abruti-t-elle ?

13 Septembre 2013, 13:21pm

Publié par Fr Greg.

 

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Il est des ouvrages qui marquent notre temps. Dans un livre paru récemment (Scarcity. Why having too little means so much ? Times Books, 2013), l’économiste d’Harvard Sendhil Mullainathan et le psychologue de Princeton Eldar Sharif constatent que si la pauvreté conduit à des comportements irrationnels, ce ne sont en fait pas ces choix hasardeux qui conduisent à la précarité mais que, bien au contraire, c’est cette précarité qui affecte les comportements et conduit aux mauvais choix. Une théorie intéressante, certainement à contre-courant des idées reçues du plus grand nombre, où le contexte modifie le comportement… A l’aide de nombreux exemples les auteurs démontrent ainsi que l’état "de manque" conduit à une vision limitée à très court terme et hypothèque l’avenir, se traduisant par une forme de focalisation sur les besoins immédiats et négligeant le contexte environnemental, et qu’en fait la pauvreté crée une mentalité qui perpétue la pauvreté… De façon particulièrement intéressante, cet état d’esprit n’est pas lié strictement au manque d’argent, où les situations humainement les plus dramatiques sont évidentes, mais se retrouve parfaitement transposable selon les auteurs dans d’autres situations ; tel le manque de temps chronique lié à une hyperactivité professionnelle ou encore lorsque les personnes sont seules et souffrent d’un déficit de contacts sociaux. Dans chaque cas se développe une sorte de cercle vicieux, qui fait que la situation ne peut qu’empirer : le manque d’argent amène à solliciter toujours plus de crédits de façon irrationnelle et à hypothéquer sa santé en sacrifiant par exemple l’accès aux traitements voire simplement à ne plus se nourrir correctement, le surbooking affecte clairement les décisions à prendre et conduit à des choix qui imposent encore plus de travail et les personnes isolées se complaisent dans leur situation en auto-centrant leurs préoccupations, ce qui renforce encore leur isolement. Les études réalisées par les auteurs amènent à constater que ce type de situation altère les capacités de jugement de façon permanente et dramatique, à peu près comme c’est le cas après une nuit blanche et une forte dette de sommeil… Pour le neurobiologiste un tel constat n’est pas sans rappeler la dépendance aux drogues d’abus… L’analogie est dès lors intéressante en ce sens que la dépendance présente de nombreuses similarités avec les situations décrites par les auteurs. De fait, le toxicomane adopte rapidement un comportement centré sur la recherche de sa substance d’addiction et néglige pour cela les contingences les plus élémentaires, conduisant aussi à des comportements irrationnels que chacun a constatés ; par exemple prendre sa voiture en pleine nuit pour aller s’enquérir du lieu où il pourra se fournir en cigarettes ou en alcool et pallier ainsi le manque, pour ne prendre que des situations très banales… Et le comportement renforce l’addiction. On peut même aller plus loin en considérant aussi que, dans une certaine mesure, le manque peut aussi avoir des effets positifs sur le comportement… à la condition qu’il soit limité et parfaitement temporaire. Ainsi une cigarette peut-elle permettre une meilleure concentration et une gêne financière temporaire peut-elle amener à retarder rationnellement certaines décisions d’achat ou encore un léger stress et une anxiété mesurée sont-ils moteurs pour avancer dans la vie... L’analogie s’arrête là mais elle illustre bien des processus mentaux quelque peu similaires. La différence qui cependant peut les distinguer est peut-être que le toxicomane trouve une satisfaction au moment où il consomme. Mais cela n’est-il pas quelque part le cas de la personne en grande détresse financière qui trouve quelques nouveaux subsides ? Ou encore de la personne seule qui se complait dans sa solitude ? 


Dès lors que l’on accepte le rapprochement entre ces situations, l’approche des problèmes peut aussi amener à proposer des solutions qui pourraient avoir des fondements  communs. D’abord, l’analogie avec la toxicomanie pourrait permettre de comprendre comment le manque d’argent, de temps ou d’interactions sociales affecte les comportements et génère une forme de "mentalité du manque" basée en grande partie sur l’anxiété considérable de demain qui accompagne ce manque. Ce point est souligné par les auteurs qui montrent bien combien l’anxiété permanente altère le jugement et ce qu’ils nomment une forme de "bande passante" du cerveau. Une vision à très court terme, dans tous les cas. Ensuite, si l’on sait qu’à l’évidence traiter la dépendance aux substances d’abus ne passe pas par un simple accès libre au produit mais par de longs protocoles de désintoxications conduisant à une désaccoutumance, il pourrait paraître simpliste de simplement combler le manque d’argent pour ramener à des comportements plus rationnels. C’est d’ailleurs ce que proposent les auteurs en considérant que la solution à la pauvreté n’est pas forcément de donner de l’argent –ce qui aurait pour effet de renforcer les comportements inappropriés- mais de permettre par exemple l’accès à la santé en fournissant des médicaments ou des bons de nourriture. Fondamentalement, c’est d’ailleurs la démarche des associations à vocation humanitaire auxquelles il faut rendre hommage, sans négliger l’éducation : "Apprendre à pêcher plutôt que de fournir du poisson…". Ces solutions ne sont pas nouvelles mais ce qui est intéressant dans l’étude de Mullainathan et Shafir est d’avoir tenté d’apporter des bases à une théorie "unifiée" de la mentalité de la pauvreté. Une démarche originale et qui nous interpelle.

 

http://www.atlantico.fr

 

 

" Donner de la nourriture sans offrir la possibilité de marcher par soi-même ne suffit pas. Une charité qui laisse le pauvre tel quel est insuffisante. La miséricorde qui nous vient de Dieu tend à la justice, afin que le pauvre sorte de son état. L'Eglise nous demande, ainsi qu'à Rome et aux institutions publiques, de faire en sorte que personne n'ait besoin de la soupe populaire, d'un abri de fortune, d'une assistance juridique pour se voir reconnaître le droit de vivre et travailler, d'être à plein titre une personne... Servir et accompagner signifie aussi prendre le parti des plus faibles... Combien de fois nous ne savons ou ne voulons pas donner voix à qui n'en a pas, à vous qui avez souffert et souffrez en voyant vos droits bafoués!... Il est important pour l'Eglise que l'accueil du pauvre et la promotion de la justice ne soient pas confiés à des ce qu'on appelle des spécialistes mais fassent partie de l'action pastorale... Et je voudrais inviter les congrégations religieuses à lire sérieusement et avec le sens de la responsabilité les signes des temps car le Seigneur les appelle au courage et à la générosité en mettant à disposition leurs maisons et couvents vides. Ces locaux ne peuvent servir à l'Eglise transformés en hôtels pour faire de l'argent. Ils ne sont pas notre propriété mais sont destinés à l'accueil de la chair du Christ que sont les réfugiés... Certes, ce n'est pas chose facile. Il faut du discernement, de la responsabilité et du courage. L'Eglise fait tant mais elle est peut-être appelée à faire plus encore en partageant avec décision ceux que la Providence nous donne à servir".

 

François, Pape.

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Le Pape roule en 4L blanche avec 300.000 km au compteur

11 Septembre 2013, 11:36am

Publié par Fr Greg.

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Un prêtre du nord de l'Italie, proche des pauvres, a eu l'idée d'offrir sa vieille 4L dans laquelle il a accompli tout son sacerdoce au Pape. François a volontiers accepté. Ancien propriétaire d'une 4L en Argentine le pape aurait même pris le volant du véhicule pour l'essayer.

 

Dans le garage du Vatican les grosses berlines noires se languissent. Elles sont rutilantes, prêtes à ronronner lentement et sûrement au contact des foules mais elles sont ouvertement délaissées par François. Ce pape a une prédilection pour les petites autos... Il l'a montré à Lampedusa en circulant dans la simple voiture qu'un habitant de l'île lui avait prêtée. Il l'a montré au Brésil, lors des JMJ où il se déplaçait dans une petite Fiat de série «Idea» fabriquée là bas sous licence. Il l'a montré mardi après-midi en se rendant dans un centre pour réfugiés à Rome dans une berline bleue de moyenne gamme.

Il ne l'a pas montré samedi après-midi - mais a été vu par une photographe de l'AFP Andreas Solaro - dans une Renault 4L blanche de 300.000 kilomètres! A faire pâlir de jalousie les deux Renault Kangoo électrique flambants neuves que Carlos Ghosn, président du Groupe Renault était venu en personne offrir à Benoit XVI !

L'hebdomadaire catholique italien Famiglia Cristiana a très vite mené l'enquête et à découvert que cette 4L mythique lui avait été offerte le jour même par le Père Renzo Rocca, un prêtre de Vérone au nord de l'Italie. Dans cette guimbarde, ce curé des pauvres a parcouru ces 300.000 kilomètres pendant 25 ans pour visiter les personnes handicapées, les personnes âgées, les paumés de toutes sortes, dont les jeunes drogués.

Bref, une vie vouée aux plus éloignés de l'Église, aux délaissés, que le pape François place aujourd'hui en priorité. Ce qui a donné l'idée à ce prêtre âgé de 70 ans de lui offrir sa voiture de toutes les charités - pneus neiges dans le coffre «on ne sait jamais» a confié le prêtre - pour l'encourager et comme le symbole d'une vie de sacerdoce.

Le Père Rocca a donc écrit au Pape qui lui a lui même… téléphoné pour accepter ce cadeau et fixer le jour de livraison: samedi 7 septembre dernier. Juste avant la veillée de prière pour la paix et jour de jeune décrété par François dans toute l’Eglise Catholique pour la Syrie.


Par hasard la scène où le pape monte à l'avant de la 4L n'a pas échappé à l'objectif du photographe Solaro. Car c'est le prêtre qui semble avoir conduit le Pape de la résidence Saint Marthe derrière la basilique Saint-Pierre vers la place où 100.000 personnes l'attendaient mais où le pape s'est présenté à pied. Le prêtre raconte que François lui a dit avoir eu, lui aussi, une 4L! Et que François en aurait même profité pour la conduire quelques minutes… Mais cela aucune photo ne l'atteste.

Message de sobriété

Le contraste est grand en tout cas avec les scènes du pontificat précédent où Benoît XVI avait fini par se laisser enfermer, y compris dans l'enceinte du Vatican, dans de grosses berlines allemandes blindées et frappés de ses armes pontificales. Et avec force dispositif de sécurité de la Gendarmerie Vaticane - de recrutement italien et sans aucun rapport avec la Garde Suisse - qui semblait craindre un attentat à chaque instant.

Le temps de cette surenchère de sécurité est révolu. Mardi après-midi c'est sans escorte, sinon le chef de cette Gendarmerie Vaticane, surdimensionnée aujourd'hui, que le pape François s'est rendu dans la ville de Rome pour visiter un centre d'accueil de réfugiés tenus par les Jésuites.


Une occasion pour le Pape de renouveler le message de sobriété qu'il diffuse depuis le début de son pontificat et pour lequel il entend donner l'exemple notamment par la simplicité de son mode de déplacement: «Les couvents vides ne servent pas à l'Église, a-t-il prévenu, pour qu'elle les transforme en hôtels pour gagner de l'argent. Les couvents vides ne sont pas à nous, ils sont pour la chair du Christ que représentent les réfugiés». Certes, a-t-il poursuivi, «ce n'est pas quelque chose de simple, il faut des critères, de la responsabilité mais aussi du courage. Nous faisons tant (en faveur des réfugiés, ndlr) mais peut-être sommes-nous appelés à faire davantage», a-t-il ajouté. Car «la charité qui laisse le pauvre tel qu'il est ne suffit pas»: «il ne suffit pas de donner un sandwich». En effet «la vraie miséricorde (…) demande justice, veut que le pauvre puisse trouver la voie pour ne plus l'être».

Mardi matin, dans son homélie, il avait d'ailleurs critiqué «l'Église triomphaliste» et les «Chrétiens triomphalistes». A cette heure, la petite 4L dormait encore dans le garage des voitures du Pape où elle a sa place à côté des grosses berlines et un abri... Celles-ci n'ont plus rien trouvé à redire.

Le figaro.fr

 

 

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Michael Kohlhaas

10 Septembre 2013, 08:17am

Publié par Fr Greg.

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Avec Mads Mikkelsen

Jusqu’à présent, aucun des deux films de fiction d’Arnaud des Pallières (Adieu et Parc) ne nous avait totalement convaincus – la qualité de son oeuvre documentaire (Drancy avenir ou Disneyland, mon vieux pays natal), étant par ailleurs indiscutable. Même ses essais documentaires à base d’archives (Diane Wellington, Poussières d’Amérique) nous avaient laissés un peu dubitatifs, ne nous semblant pas à la hauteur du grand talent qu’on a toujours senti bouillir en lui sans qu’il en apporte la preuve définitive. Comme si ce cinéaste singulier choisissait des sujets trop petits pour lui, comme s’il leur appliquait une forme bien trop grande…

Michael Kohlhaas est donc la première bonne nouvelle dans la carrière de des Pallières, qui semble avoir enfin trouvé un sujet et un auteur (un texte magnifique et solide de Kleist, inspiré de faits réels) dont il serait digne. L’adéquation entre la forme et le fond est parfaite. Tout au long du film règnent une austérité et un souffle romanesque qui font bon ménage. D’un côté, un personnage minéral, intransigeant, radical, interprété avec fougue et retenue par un Mads Mikkelsen qui n’en fait jamais trop (ça lui est arrivé par le passé) et une mise en scène très cadrée, très rigide elle aussi. De l’autre, une nature à la palette de couleurs limitée, mais qui reflète au plus près les sentiments violents qui habitent les hommes (c’est la définition même du romantisme).

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L’action se déroule au XVIe siècle dans les Cévennes (terre protestante) et raconte l’histoire d’un éleveur et marchand de chevaux, heureux en amour et en affaires. Mais un jour, deux de ses chevaux sont retenus par un petit seigneur qui fait encore usage de pratiques féodales pourtant dépassées. Quand Michael Kohlhaas finit par récupérer ses chevaux, ils ont été maltraités. Il intente un procès au petit seigneur, qui le gagne. Alors Kohlhaas, parce qu’il croit en la justice mais qu’elle n’a pas voulu l’entendre, va prendre les armes pour la faire régner par lui-même.


Quand Kleist écrit cette nouvelle, en 1810, l’Europe est à un tournant. Les monarchies et empires régnants ont été bousculés par les idées révolutionnaires en marche. L’écrivain s’est enthousiasmé pour Bonaparte, il déteste Napoléon. Il a aussi lu Kant. Connaît son impératif catégorique énoncé dans Fondements de la métaphysique des moeurs, paru en 1785. On peut y lire notamment : “Agis seulement d’après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle” et “Agis de façon telle que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans toute autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen”.

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Michael Kohlhaas met en scène un homme de bien qui va devenir un hors-la-loi afin d’obtenir justice. Mais si tout le monde faisait comme lui, à quoi ressemblerait le monde ? N’a-t-il pas entraîné avec lui des hommes dans des combats où ils n’étaient plus que des armes, donc des moyens ? C’est à peu près ce que va lui reprocher le personnage du pasteur (Denis Lavant) : on ne peut rendre la justice par le crime.

Un débat moral auquel la princesse qui règne sur la région (Roxane Duran) va elle-même être confrontée : comment réparer l’affront qu’a subi Kohlhaas, mais comment aussi le punir pour les crimes qu’il a commis ? La réponse sera aussi absurde qu’administrative, et l’on n’est pas surpris d’apprendre à quel point Franz Kafka adorait ce texte de Kleist…

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Deux heures durant, Arnaud des Pallières nous aura passionnés pour une question morale à laquelle le monde contemporain se trouve toujours confronté, avec des réponses pas toujours convaincantes ni définitives : où se situe la frontière entre la lutte armée politique et le meurtre ? Entre la résistance à l’oppression et le terrorisme ?

Jean-Baptiste Morain, les inrocks.

 

Michael Kohlhaas d’Arnaud des Pallières, avec Mads Mikkelsen, Mélusine Mayance, Roxane Duran (Fr., All., 2013, 2 h 02) 

 

 

 

 


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Marie-Dominique Philippe, la soif de la lumière divine.

8 Septembre 2013, 15:08pm

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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      Marie-Dominique Philippe 08 sept 1912-26 Août 2006

 

"Dieu seul sonde les reins et les cœurs. Il ne juge pas selon les réalisations matérielles, mais selon les intentions profondes de chacun.

Les  hommes s'habituent tellement à juger leurs frères selon leurs résultats : ‘qu'astu fais dans ta vie ?’ et quand cela commence à être négatif, c'est terrible. Il n'y a plus de place pour eux. Le dossier négatif faison cheminement ! C'esterrible cette humanité d’aujourd'hui, parce qu'on ne voit que l'aspect négatif et on juge les personnes en fonction de cela, alors que Dieu remonte à lsource et voiles intentionsEn Dieu, in'y a pas de jugement à partir des réalisationsDieu nous poursuijusqu'au bout pour qu'on redécouvrson amour de Père, sa sollicitude aimantsur nous. »

 

P. Marie Dominique Philippe. Retraite sur l’Apocalypse. 1995

 

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Il est difficile de présenter en quelque mots une personnalité aussi riche et profonde que celle d’un grand philosophe, théologien et mystique qui a voué toute sa vie au service de la recherche de la Lumière divine. Cela vaut pourtant la peine, car même avec des mots insuffisants pour le faire découvrir, cela garde valeur de témoignage et de gratitude. Le père Marie-Dominique Philippe était un dominicain, un prêtre catholique, né à Cysoing le 8 septembre 1912 et mort le 26 août 2006 au prieuré de Saint-Jodard dans la Communauté Saint-Jean qu’il a fondée après avoir enseigné la philosophie et la théologie à l’Université de Fribourg en Suisse.


Un philosophe passionné par la recherche de l’être à l’homme

La philosophie du père Marie-Dominique Philippe est curieusement terriblement méconnue. Il en avait pourtant exposé les grands traits dans un petit livre étonnant : Lettre à un ami, un itinéraire donnant les grandes étapes d’un cheminement philosophique s’achevant en sagesse. Le titre de ce livre n’était pas fortuit. Ce n’était pas un titre vendeur proposé par un éditeur. Il exprimait très exactement ce que le père Philippe considérait comme la condition pour faire de la philosophie ensemble. Il faut cette amitié. Ce n’est pas une amitié fondée sur une attirance sensible ou un amour passionnel ! Non, une amitié parce que les regards sont tournés vers le même but : la recherche de la vérité. Pour lui, la philosophie était une quête éperdue de la vérité. Il possédait en ce domaine une sorte de ferveur contagieuse. La recherche de la vérité, même en philosophie, réclame une bienveillance de fond qui permet de garder les yeux ouverts pour regarder et écouter l’autre. L’autre c’est d’abord l’ami. C’est l’autre le plus important pour nous. L’autre c’est l’homme dans toute sa diversité et toute sa profondeur, c’est aussi l’homme dans toute sa complexité. Le père Philippe a eu de très nombreux amis, de tous âges, dans tous les milieux, dans de nombreuses nations, des amis de droite ou de gauche, pauvres comme Job ou riches. Il ne faisait pas le tri, des amis qui partageaient avec lui leurs questions, leurs recherches, leurs travaux mais aussi leurs joies et leurs peines. Tout l’intéressait.


04-06-2006 - PARAY - Pere prechant

 

Il disait dans son enseignement que le philosophe ne peut pas se spécialiser dans tel ou tel aspect de la philosophie parce qu’il regarde l’homme. L’homme n’est pas d’abord l’affaire de spécialistes, faire de la philosophie, c’est chercher à vivre pleinement notre vie d’homme, chercher à la vivre avec intelligence. C’est pourquoi il pensait que la philosophie n’était pas réservée à une élite, à un petit cercle universitaire. Chacun, à son rythme pouvait y avoir accès. Chercher à comprendre l’homme n’est pas une petite affaire. « Connais-toi toi-même », disait Socrate. De ce point de vue-là, il y avait quelque chose de socratique chez Marie-Dominique Philippe. La philosophie devait apporter à l’homme une connaissance profonde de ce qu’il est avec ses grandeurs, ses limites, ses erreurs. La philosophie avait une fonction « dévoilante ». Il fallait aller toujours plus loin, approfondir, découvrir ce qui n’était pas immédiatement donné ou évident.

La philosophie doit permettre à l’intelligence d’être plus elle-même, de voir tout ce qui est, avec un discernement plus grand, une pénétration plus profonde. Cette recherche de la vérité sur l’homme n’était pas abstraite pour lui. Elle regardait d’abord le philosophe lui-même et puis tous ceux qu’il rencontrait et était amené à découvrir.

 

Un philosophe passionné par l’art

Marie-Dominique Philippe aimait l’art et les artistes. Il ne se contentait pas de faire des analyses d’œuvres d’art. Il n’appliquait pas de méthode dans l’approche des œuvres d’art. Sa philosophie de l’activité artistique était beaucoup plus profonde qu’une simple esthétique. Il se déplaçait, allait voir tantôt une pièce de théâtre, un spectacle de danse contemporaine, une exposition de peinture, un concert etc. Il avait de grands amis artistes dans toutes les formes d’art et regardait avec une attention particulière ce que ceux-ci réalisaient. Il en parlait avec eux. Sa culture était immense. Il a encouragé la création de festivals, notamment le FestivalAgapè, qui s’est développé à Genève d’abord puis continue son travail dans différents endroits, en France et à l’étranger.


Pour découvrir la pensée de Marie-Dominique Philippe sur l’art, il y a – outre les cours nombreux qui ont été enregistrés – la découverte des deux tomes imposants d’un essai philosophique, L’activité artistique, réédité sous le titre Philosophie de l’art. Cette lecture devrait, à elle seule, nous permettre de comprendre le regard que pose le philosophe sur cette activité profondément humaine du « faire ». Si nous y réfléchissons un peu, nous comprenons tout de suite combien le « faire » tient une place importante dans notre vie. Combien d’heures passons-nous chaque jour (et dès l’enfance avec l’école) à travailler ? Si l’homme ne peut se résumer à l’homme travailleur (ce serait l’amputer d’autres dimensions de lui-même qui ne sont pas moins importantes), combien le travail sous toutes ses formes tient une place importante. Alors chercher à comprendre ce qu’est un travail humain devient une préoccupation essentielle pour le philosophe.

 

Le philosophe de l’amitié

Nous l’avons dit, le père Marie-Dominique Philippe avait de très nombreux amis. Il était ce que nous pourrions appeler un homme « amicable » (amicabilis). Il a compris sans doute à travers sa lecture profonde d’Aristote (mais au fond on ne trouve vraiment dans un philosophe que ce que l’on y cherche !) l’importance de l’amitié dans le vie humaine. Elle est une véritable finalité, elle donne un sens à la vie humaine. Aristote disait que l’homme sans ami était le plus malheureux des hommes. L’amitié permet de faire l’expérience humaine du bonheur. Il l’appelait l’amour d’amitié. Un bien beau nom : « amour d’amitié » veut dire un amour pleinement humain engageant l’homme non seulement au niveau des passions mais avec son intelligence et son cœur. Un amour spirituel pourrait-on dire. Mais un tel nom est souvent mal compris. C’est un amour humain qui procède d’une attraction que l’ami opère sur nous. Il nous attire. Une attraction qui va impliquer une délibération, un choix et une décision. On s’engage dans l’amitié librement, consciemment et si possible avec toute notre intelligence. C’est pourquoi Marie-Dominique Philippe aimait répéter dans son enseignement que l’intelligence devait être gardienne de l’amour. Non pour le bloquer, non pour l’écraser, non pour s’exalter elle-même et le tuer, mais pour lui permettre de demeurer toujours un amour pleinement humain et responsable. Le père Philippe avait une très grande limpidité dans ses relations amicales, peut-être tout simplement parce que sa sensibilité était extrêmement limpide.

Le père Philippe a enseigné l’éthique et avait le projet de sortir un ouvrage qui n’existe malheureusement que sous la forme d’un double polycopié.

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Le philosophe de la coopération

Marie-Dominique Philippe n’était pas un homme politique au sens où nous pouvons l’entendre habituellement. Certains l’imaginaient en homme de droite, d’autres le trouvaient sans doute trop à gauche. Il était un homme pour qui la politique était avant tout la gestion de la communauté humaine où chacun amenait sa contribution au service de tous et tous au service de chacun. Il comprenait très bien qu’en philosophie politique il n’y a pas de principes propres. La philosophie politique est une dimension de l’éthique dans laquelle nous trouvons le principe propre de l’activité humaine. La finalité humaine est toujours personnelle et non communautaire. La vie politique est de l’ordre de la disposition. Elle doit permettre à chacun et à tous de parvenir à cette finalité humaine que l’on découvre dans l’amitié et pour certains dans la contemplation.

Un philosophe contemplatif

Il suffisait d’écouter les cours du « maître » de la Fribourg Suisse pour comprendre l’altitude de ses pensées. Formé à l’école des Grecs (il enseignait l’histoire de la philosophie grecque à Fribourg), il y avait chez lui une compréhension profonde de la nature et du vivant. Il avait appris à la regarder avec un regard simple et pénétrant, sans doute à l’école des premiers physiciens, d’Héraclite, puis de Platon et d’Aristote. Il a tout naturellement développé une philosophie du vivant à laquelle seuls quelques privilégiés ont accès, car il s’agit, je crois, d’un polycopié qui n’a jamais été édité. Mais nous avons accès aux lignes directrices de la philosophie seconde du père Philippe à travers son œuvre si importante : Introduction à la philosophie d’Aristote. Quelques éléments apparaissent également dans la Lettre à un ami.

Mais évidemment le père Philippe s’est illustré particulièrement dans sa philosophie première. La philosophie de « ce qui est en tant qu’il est ». Ses études si profondes sur la problématique de l’être ont été réunies dans les volumes de ses essais surL’être, puis la grande remontée vers l’existence d’un Être Premier dans ses ouvrages réunis sous le nom : De l’être à Dieu. Tout cela a été repris dans l’ouvrage Retour à la source, publié chez Fayard en deux volumes.

La métaphysique du père Philippe n’était pas la scolastique thomiste classique. Il n’a pas fait une métaphysique à partir de Thomas d’Aquin, mais une philosophie première fondée sur le présupposé à toutes nos expériences : le jugement d’existence, qui vient débusquer l’être à l’intérieur même du devenir. Pas d’intuition de l’être à la manière de Jacques Maritain, mais des analyses profondes de ce qui est regardé en tant qu’il est. Le père Philippe était ce que l’on pourrait appeler un grand aristotélicien. Je me souviens d’avoir interrogé à la fin d’une conférence Emmanuel Levinas pour lui demander ce qu’il pensait du père Philippe. Il a eu cette réponse spontanée : « C’est un bon aristotélicien », ce qui, dans sa bouche n’avait rien de péjoratif.

Toute la métaphysique du père Philippe était finalisée dans un premier temps par la compréhension en profondeur de la personne humaine. L’être sert à comprendre ce qu’est l’homme, ce qu’est l’esprit en l’homme. Dans un deuxième temps sa métaphysique s’achevait dans la question puis la découverte d’un Être Premier que l’on peut reconnaître comme le Dieu des traditions religieuses monothéistes. Alors sa pensée s’achevait dans un regard de sagesse posé sur toutes choses dans la Lumière de cette ultime découverte.

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Un théologien catholique

Le père Philippe était un théologien très attaché à son Église. Il sentait que le navire était terriblement secoué, que beaucoup perdaient ou se détournaient de la foi. Il comprenait la difficulté de garder la foi dans une culture façonnée par les grandes idéologies athées qui se sont développées aux xixe et xxe  siècles. Il aimait beaucoup l’Église orthodoxe. Quelques temps avant sa mort, alors que nous conversions sur la situation des Églises, il me dit : « Les orthodoxes ont gardé la foi ». Ce n’était pas seulement pour me faire plaisir. Mais il comprenait l’importance d’enraciner la théologie dans la prière, la Parole divine et une liturgie qui soit un vecteur fidèle de la foi. La théologie du père Philippe s’est faite principalement à l’école de saint Jean. Il vivait du mystère du disciple bien-aimé comme peu d’hommes. C’était pour lui une nourriture permanente. L’Apocalypse le maintenait dans l’espérance, la Première Epître le donnait à ses frères, l’Evangile nourrissait sa foi contemplative.

Théologien du Christ crucifié et glorifié

Le père Philippe vivait d’un regard constamment tourné vers le Christ. Pour lui, l’Heure du Christ, la Croix était la Victoire du Christ sur le Mal. Le Christ à la Croix glorifie le Père et le Père le glorifie. C’est donc une grande victoire de la Lumière divine qui se réalise à l’heure même où les ténèbres s’abattent sur le monde.

Le père Marie-Dominique Philippe a composé un merveilleux ouvrage de théologie mystique johannique : Le Mystère du Christ Crucifié et Glorifié. Mais ce n’est là encore qu’un échantillon de son enseignement spirituel.

 

Théologien de la Mère de Dieu

Une de ses œuvres majeures est intitulée Le Mystère de Marie. Il y regarde la Mère de Dieu dans la perspective de la croissance en Elle de l’amour divin. Sur la Terre, Marie n’a cessé de croître d’amour en amour jusqu’à son entrée dans le Ciel. Comprendre cette croissance de la Mère de Dieu et les étapes de cette croissance nous éclaire sur notre propre parcours. Les chemins que nous devons traverser sont illuminés par celle qui est Mère de la vie divine des fils de Dieu. Le père Philippe à la suite de saint Jean avait réellement pris Marie chez lui. Ce n’était pas une dévotion sentimentale. Il l’avait prise avec toute son intelligence et son cœur parce qu’il avait compris que c’est Elle seule qui peut nous mener à bon port.

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Voilà j’ai rédigé ces quelques mots en hommage à un professeur, un maître et un ami qui nous a quittés il y a sept ans… A Dieu cher père Philippe…

 Blagnac le 28/05/13 Frédéric Tavernier-Vellas © www.theologieorthodoxe.com

 

 

 

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L’art a été le premier cri de l’homme et il sera le dernier...

7 Septembre 2013, 10:39am

Publié par Fr Greg.

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Le laid en art, c’est vieux ! Il y a surtout aujourd’hui une conception plus subjectiviste de l’art, conséquence de la position philosophique de la subjectivité : on exprime ses émotions plus que dans l’art contemplatif. 

Dante dit que l’art est petite fille de Dieu(1), il achève l’œuvre de la création. Tandis qu’il y a dans toute la perspective moderne un aspect de la négation, de la rupture, et c’est cet aspect qu’on veut exprimer en premier lieu. C’est la conséquence d’une vision du monde et de l’homme. Alors il y a des choses belles, mais il n’y a pas de grand chef-d’œuvre parce qu’on reste dans quelque chose de très individuel sans atteindre à ce qui est universel. Quelqu’un qui est brisé par la souffrance, ça peut être très grand et très beau et pourtant ça restera très individuel et moins communicable que ce qu’on appelle le beau, l’harmonie, la proportion.

L’art a été le premier cri de l’homme et il sera le dernier. Quand l’homme n’est plus religieux, il est errant, il ne sait plus d’où il vient, et il ne sait plus où il va. Et l’art exprime cette cassure et cette errance. Il y a des ébauches d’art dans notre monde qui appelle. Mais des œuvres parfaites...

Pourtant j’aime beaucoup certaines choses de la peinture de ce siècle. C’est dans ce domaine qu’il y a eu les choses les plus nouvelles, de Manet à Rouault.

Marie-Dominique Philippe. Le temps de l'église n°3, novembre 1992

 

 

(1) ... si tu lis bien ta Physique, tu trouveras, sans tourner beaucoup de pages, que votre art, autant qu'il le peut, suit la nature comme le disciple suit son maître ;si bien que votre art est comme le petit-fils de Dieu.

DANTE, Inferno, XI, 101-105.

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Appel

6 Septembre 2013, 19:16pm

Publié par Fr Greg.

 

 

 

 

 

Depuis 3 ans, ce blog essaye de mettre en lumière certaines dimensions de nos personnes, de sortir de nos chemins tracés, de redécouvrir nos désirs profonds, nos capacités, sortir du moralisme ambiant et du défaitisme culturel ...

 

Vous êtes en moyenne + 100 personnes à lire ce blog tous les jours, soit près de 82,000 connexions à ce jour et près de 150,000 pages visitées ! 

 

Et, je cherche  50 euros pour l'hébergement du site (over-blog) avant le 05/10/2013.   Merci.   fr Grégoire.

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Catherine ou la juste estime de soi...

5 Septembre 2013, 18:34pm

Publié par Fr Greg.

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POUR ÊTRE SAINT, IL N’EST PAS NÉCESSAIRE D’AVOIR UNE TÊTE D’IMAGE PIEUSE

3 Septembre 2013, 09:58am

Publié par Fr Greg.

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Résumé Audience du 17 juin 2013

Je ne comprends pas les communautés chrétiennes qui sont fermées, Il est plus facile de rester à la maison avec notre unique brebis, pour la brosser et la caresser, mais nous les prêtres et tous les chrétiens, le Seigneur veut que nous soyons des pasteurs, pas des brosseurs de brebis !"

“Il y a eu beaucoup de révolutionnaires dans l’histoire, mais aucun n’a eu la force de la révolution apportée par Jésus, une révolution (…) qui change en profondeur le cœur de l’homme, Dans l’histoire, les révolutions ont changé les systèmes politiques, économiques, mais aucune n’a vraiment modifié le cœur de l’homme“,

Ici, si quelqu’un n’est pas un pécheur, qu’il lève la main“, a encore lancé le pape François en déclenchant des rires dans la salle des audiences et avant de préciser que “nous sommes tous pécheurs“, sauvés cependant du péché par “la grâce de Jésus-Christ“. “Pour être saint, il n’est pas nécessaire d’avoir une tête d’image pieuse“, mais “il faut accueillir la grâce“, a poursuivi le pape en déclenchant d’autres éclats de rires.

le pape a également fustigé les “chrétiens découragés“ et “tristes“ dont “on se demande s’ils croient aux Christ ou en la déesse des plaintes“.

“Nous, disciples du crucifié, pouvons-nous refuser d’aller en ces lieux où nul ne veut aller de peur de se compromettre et du jugement des autres, reniant d’annoncer à nos frères la Parole de Dieu ? “n’ayez pas peur“. “N’ayez pas peur de l’amour de Dieu“, ou encore “de sortir de vous-même“.

 


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Pour être saint, il n’est pas nécessaire d’avoir une tête d’image pieuse

 

Bonsoir à tous, chers frères et sœurs !

L’apôtre Paul finissait le passage de sa lettre à nos ancêtres par ces paroles : vous n’êtes pas sous la Loi, mais sous la grâce. Et ceci est notre vie : marcher sous la grâce, parce que le Seigneur nous a aimés, nous a sauvés, nous a pardonnés. Le Seigneur a tout fait, et cela est la grâce, la grâce de Dieu. Nous sommes en chemin sous la grâce de Dieu, qui est venu à nous, en Jésus Christ qui nous a sauvés. Mais cela nous ouvre à un vaste horizon, et cela est une joie pour nous. « Vous n’êtes pas sous la Loi, mais sous la grâce ». Mais que signifie ce « vivre sous la grâce » ? Nous chercherons à expliquer quelque chose de ce que signifie vivre sous la grâce. Nous ne sommes plus esclaves de la Loi: nous sommes libres parce que Jésus Christ nous a libérés, il nous a donné la liberté, cette pleine liberté de fils de Dieu, qui vivons sous la grâce. C’est un trésor. Je chercherai à expliquer un peu ce mystère si beau, si grand : vivre sous la grâce.

Soyez RÉVOLUTIONNAIRES!

Cette année, vous avez beaucoup travaillé sur le baptême et également sur le renouveau de la pastorale post-baptismale. Le baptême, ce passage de « sous la Loi » à « sous la grâce », est une révolution. Il y a eu beaucoup de révolutionnaires dans l’histoire, beaucoup. Mais personne n’a eu la force de cette révolution que nous a apportée Jésus : une révolution pour transformer l’histoire, une révolution qui change en profondeur le cœur de l’homme. Les révolutions de l’histoire ont changé les systèmes politiques, économiques, mais aucune d’elles a véritablement modifié le cœur de l’homme. La vraie révolution, celle qui transforme radicalement la vie, c’est Jésus Christ qui l’a accomplie à travers sa Résurrection. Et Benoît XVI disait de cette révolution qu’elle est « la plus grande mutation de l’histoire de l’humanité ». Mais pensons à cela : c’est la plus grande mutation de l’histoire de l’humanité, c’est une véritable révolution et nous sommes les hommes et les femmes révolutionnaires de cette révolution, parce que nous marchons sur ce chemin de la plus grande mutation de l’histoire de l’humanité. Si un chrétien n’est pas révolutionnaire, à notre époque, ce n’est pas un chrétien ! Il doit être révolutionnaire pour la grâce ! C’est précisément la grâce que le Père nous donne à travers Jésus Christ crucifié, mort et ressuscité qui fait de nous des révolutionnaires parce que — et je cite à nouveau Benoît XVI — « c’est la plus grande mutation de l’histoire de l’humanité ». Parce que le cœur change. Le prophète Ezéchiel le disait : « J’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair ». Telle est l’expérience que vit l’apôtre Paul : après avoir rencontré Jésus sur la route de Damas, il change radicalement de perspective de vie et reçoit le baptême. Dieu transforme son cœur ! Mais pensez : un persécuteur, quelqu’un qui poursuivait l’Église et les chrétiens, devient un saint, un chrétien jusqu’à la moelle des os, un vrai chrétien ! Avant c’était un persécuteur violent, à présent il devient un apôtre, un témoin courageux de Jésus Christ au point de ne pas avoir peur de subir le martyre. Ce Saul qui voulait tuer celui qui annonçait l’Évangile, à la fin donne sa vie pour annoncer l’Évangile. C’est cela le changement, le plus grand changement dont nous parlait le Pape Benoît XVI. Il change notre cœur, de pécheur — de pécheur : nous sommes tous pécheurs — il nous transforme en saint. Y a-t-il parmi nous quelqu’un qui n’est pas pécheur ? S’il y a quelqu’un, qu’il lève la main ! Nous sommes tous pécheurs, tous ! Nous sommes tous pécheurs ! Mais la grâce de Jésus Christ nous sauve du péché : elle nous sauve ! Si nous accueillons la grâce de Jésus Christ, il nous change à tous notre cœur de pécheurs et nous rend saints. Pour être saint il n’est pas nécessaire de lever les yeux et de regarder de côté, il n’est pas nécessaire d’avoir une tête d’image pieuse ou de prendre le visage des images de saints ! Non, ce n’est pas nécessaire ! Une seule chose est nécessaire pour devenir saints : accueillir la grâce que le Père nous donne en Jésus Christ. Voilà, cette grâce change notre cœur. Nous continuons à être pécheurs, parce que nous sommes tous faibles, mais également avec cette grâce qui nous fait sentir que le Seigneur est bon, que le Seigneur est miséricordieux, que le Seigneur nous attend, que le Seigneur nous pardonne, cette grande grâce qui change notre cœur.

Et le prophète Ezéchiel disait qu’il change un cœur de pierre en un cœur de chair. Qu’est-ce que cela veut dire ? Un cœur qui aime, un cœur qui souffre, un cœur qui se réjouit avec les autres, un cœur empli de tendresse pour ceux qui, portant en eux les blessures de la vie, se sentent aux périphéries de la société. L’amour est la plus grande force de transformation de la réalité, parce qu’il abat les murs de l’égoïsme et comble les fossés qui nous maintiennent éloignés les uns des autres. Et cela est l’amour qui vient d’un cœur changé, d’un cœur de pierre qui est transformé en un cœur de chair, un cœur humain. Et c’est la grâce qui fait cela, la grâce de Jésus Christ que nous avons tous reçue. L’un d’entre vous sait-il combien coûte la grâce ? Où se vend la grâce ? Où je peux acheter la grâce ? Personne ne connaît la réponse, non. Je vais l’acheter au secrétariat de la paroisse, peut-être que l’on y vend la grâce ? Est-ce qu’un prêtre la vend, la grâce ? Écoutez bien ceci : la grâce ne s’achète pas et ne se vend pas ; c’est un don de Dieu en Jésus Christ. Jésus Christ nous donne la grâce. C’est le seul qui nous donne la grâce. C’est un don: il nous l’offre à nous. Prenons-la. Cela est beau. L’amour de Jésus est ainsi : il nous donne la grâce gratuitement, gratuitement. Et nous, nous devons la donner à nos frères, à nos sœurs, gratuitement. C’est un peu triste lorsque l’on rencontre certaines personnes qui vendent la grâce : dans l’histoire de l’Église, parfois, cela est apparu, et cela a fait du mal, beaucoup de mal. Mais on ne peut pas vendre la grâce : on la reçoit gratuitement et on la donne gratuitement. Et cela est la grâce de Jésus Christ.

 

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Au milieu de tant de douleurs, de tant de problèmes qui sont ici, à Rome, il y a des gens qui vivent sans espérance. Chacun de nous peut penser, en silence, aux personnes qui vivent sans espérance, qui sont plongées dans une profonde tristesse dont ils tentent de sortir en croyant trouver le bonheur dans l’alcool, la drogue, dans les jeux de hasard, dans le pouvoir de l’argent, dans la sexualité déréglée... Mais ils sont encore plus déçus et laissent parfois éclater leur colère envers la vie par des comportements violents et indignes de l’homme. Combien de personnes tristes, combien de personnes tristes, sans espérance ! Pensez aussi aux nombreux jeunes qui, après avoir expérimenté tant de choses, ne trouvent pas de sens à leur vie et cherchent le suicide comme solution. Savez-vous combien il y a de suicides de jeunes dans le monde aujourd’hui ? Un nombre très élevé ! Pourquoi ? Ils n’ont pas d’espérance. Ils ont essayé tant de choses et la société, qui est cruelle — elle est cruelle ! — ne peut leur donner d’espérance. L’espérance est comme la grâce : on ne peut l’acheter, c’est un don de Dieu. Et nous devons offrir l’espérance chrétienne avec notre témoignage, avec notre liberté, avec notre joie. Le don que nous fait Dieu de la grâce apporte l’espérance. Nous, qui avons la joie de nous apercevoir que nous ne sommes pas orphelins, que nous avons un Père, pouvons-nous être indifférents envers cette ville qui nous demande, peut-être même inconsciemment, sans le savoir, une espérance qui l’aide à se tourner vers l’avenir avec une plus grande confiance et sérénité ? Nous ne pouvons pas être indifférents. Mais comment pouvons-nous faire cela ? Comment pouvons-nous aller de l’avant et offrir l’espérance ? Avancer sur notre chemin en disant : « Moi j’ai l’espérance » ? Non ! À travers votre témoignage, à travers votre sourire, dire : « Je crois que j’ai un Père ». L’annonce de l’Évangile, c’est cela : à travers ma parole, à travers mon témoignage, dire : « J’ai un Père. Nous ne sommes pas orphelins. Nous avons un Père », et partager cette filiation avec le Père et avec tous les autres. « Père, à présent, je comprends : il s’agit de convaincre les autres, de faire du prosélytisme ! ». Non, rien de tout cela. L’Évangile est comme la semence : tu la sèmes, tu la sèmes par ta parole et par ton témoignage. Puis, tu ne fais pas de calculs sur la façon dont les choses sont allées : c’est Dieu qui le fait. Lui fait croître cette semence, mais nous devons semer avec la certitude que c’est Lui qui donne l’eau, c’est lui qui donne la croissance. Et ce n’est pas nous qui faisons la récolte : c’est un autre prêtre, un autre laïc, une autre laïque, un autre qui le fera. Mais avec la joie de semer à travers le témoignage, parce que la parole seule ne suffit pas, elle ne suffit pas. La parole sans le témoignage est vide. Les paroles ne suffisent pas. C’est le véritable témoignage dont parle Paul.

L’annonce de l’Évangile est destinée avant tout aux pauvres, à ceux qui manquent souvent du nécessaire pour conduire une vie digne. C’est à eux en premier qu’est annoncé le message joyeux que Dieu les aime avec prédilection et qu’il va à leur rencontre à travers les œuvres de charité que les disciples du Christ accomplissent en son nom. Avant tout, aller vers les pauvres : cela est le premier point. Au moment du Jugement dernier, pouvons-nous lire chez Matthieu, chap. 25, nous serons tous jugés sur cela. Mais certains pensent également que le message de Jésus est destiné à ceux qui n’ont pas de préparation culturelle. Non ! Non ! L’apôtre affirme avec force que l’Évangile est pour tous, également pour les érudits. La sagesse, qui dérive de la Résurrection, ne s’oppose pas à celle humaine, mais au contraire, elle la purifie et l’élève. L’Église a toujours été présente dans les lieux où s’élabore la culture. Mais le premier pas est toujours la priorité aux pauvres. Mais nous devons également aller aux frontières de l’esprit, de la culture, au sommet du dialogue, du dialogue qui édifie la paix, du dialogue intellectuel, du dialogue raisonnable.

L’Évangile est pour tous. Le fait d’aller vers les pauvres ne signifie pas que nous devons devenir paupéristes ou un genre de « clochards spirituels » ! Non, non, ça ne signifie pas cela ! Cela signifie que nous devons aller vers la chair de Jésus qui souffre, mais la chair de Jésus souffre aussi de ceux qui ne le connaissent pas par leur étude, leur intelligence, leur culture. Nous devons aller là ! C’est pourquoi j’aime utiliser l’expression « aller vers les périphéries », les périphéries existentielles. Aller vers tous, vers tous ceux-là, de la pauvreté physique et réelle à la pauvreté intellectuelle, qui est elle aussi réelle. Aller là, vers toutes les périphéries, toutes les croisées des chemins : aller là. Et là, semer la semence de l’Évangile, à travers la parole et le témoignage.

 

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Et cela signifie que nous devons avoir du courage. Paul VI disait qu’il ne comprenait pas les chrétiens découragés : il ne les comprenait pas. Ces chrétiens tristes, anxieux, dont on peut se demander s’ils croient en Christ ou en la « déesse de la lamentation » : on ne sait jamais. Ils se lamentent tous les jours, ils se lamentent : regarde comment va le monde, regarde, quelle catastrophe, toutes ces catastrophes. Mais pensez-y : le monde n’est pas pire qu’il y a cinq siècles ! Le monde est le monde ; il a toujours été le monde. Et quand quelqu’un se plaint : c’est ainsi, on ne peut rien y faire, ah la jeunesse... Je vous pose une question : connaissez-vous des chrétiens qui sont ainsi ? Il y en a, il y en a ! Mais le chrétien doit être courageux et devant les problèmes, devant une crise sociale, religieuse, il doit avoir le courage d’aller de l’avant, aller de l’avant avec courage. Et quand on ne peut rien y faire, avec patience : en supportant. Supporter. Courage et patience, deux vertus de Paul. Courage : aller de l’avant, faire les choses, rendre un témoignage fort ; aller de l’avant ! Supporter : porter sur ses épaules les choses que l’on ne peut pas encore changer. Mais aller de l’avant avec cette patience, avec cette patience que nous donne la grâce. Mais que devons-nous faire avec le courage et avec la patience ? Sortir de nous-mêmes : sortir de nous-mêmes. Sortir de nos communautés, pour aller là où les hommes et les femmes vivent, travaillent et souffrent et leur annoncer la miséricorde du Père qui s’est faite connaître aux hommes en Jésus Christ de Nazareth. Annoncer cette grâce qui nous a été offerte par Jésus. Si j’ai demandé aux prêtres, Jeudi Saint, d’être des pasteurs avec l’odeur des brebis, à vous, chers frères et sœurs, je dis : soyez partout des porteurs de la Parole de vie dans vos quartiers, sur les lieux de travail et partout où les personnes se retrouvent et développent des relations. Vous devez aller à l’extérieur. Je ne comprends pas les communautés chrétiennes qui sont fermées, en paroisse. Je veux vous dire quelque chose. Dans l’Évangile se trouve un beau passage qui nous parle du pasteur qui, quand il revient à la bergerie, se rend compte qu’il manque une brebis, laisse les 99 autres et va la chercher, va en chercher une. Mais nous, frères et sœurs, nous en avons une : il nous manque les 99 autres ! Nous devons sortir, nous devons allers vers elles ! Dans cette culture — disons-nous la vérité — nous n’en avons qu’une, nous sommes une minorité ! Et nous, sentons-nous la ferveur, le zèle apostolique d’aller et de sortir, et de trouver les 99 autres ? Il s’agit d’une grande responsabilité et nous devons demander au Seigneur la grâce de la générosité et le courage et la patience pour sortir, pour sortir annoncer l’Évangile. Ah, cela est difficile. Il est plus facile de rester à la maison, avec cette unique brebis ! Cela est plus facile avec cette brebis, la peigner, la caresser... mais nous les prêtres, vous aussi chrétiens, nous tous : le Seigneur veut que nous soyons des pasteurs, pas des coiffeurs de brebis ; des pasteurs ! Et quand une communauté est fermée, toujours avec les mêmes personnes qui parlent, cette communauté n’est pas une communauté qui donne vie. C’est une communauté stérile, elle n’est pas féconde. La fécondité de l’Évangile vient par la grâce de Jésus Christ, mais à travers nous, notre prédication, notre courage, notre patience.


Cela paraît un peu long, n’est-ce pas ? Mais ce n’est pas facile ! Nous devons nous avouer la vérité : le travail d’évangéliser, de porter de l’avant la grâce gratuitement n’est pas facile, car nous ne sommes pas seuls avec Jésus Christ ; il y a aussi un adversaire, un ennemi qui veut garder les hommes séparés de Dieu. Et c’est pourquoi il instille dans les cœurs la déception, quand nous ne voyons pas notre engagement apostolique immédiatement récompensé. Chaque jour le diable jette dans nos cœurs des semences de pessimisme et d’amertume, et cela décourage, nous nous décourageons. « Cela ne va pas ! Nous avons fait cela, ça ne va pas ; Nous avons fait ceci et ça ne va pas ! Et regarde cette religion comme elle attire tant de personnes et pas nous ! ». C’est le diable qui fait cela. Nous devons nous préparer à la lutte spirituelle. Cela est important. On ne peut pas prêcher l’Évangile sans cette lutte spirituelle : une lutte de tous les jours conte la tristesse, contre l’amertume, contre le pessimisme ; une lutte de tous les jours ! Semer n’est pas facile. Il est plus beau de récolter, mais semer n’est pas facile, et cela est la lutte quotidienne des chrétiens.

Paul disait qu’il ressentait l’urgence de prêcher et il avait l’expérience de cette lutte personnelle, quand il disait : « J’ai dans ma chair une épine de satan et tous les jours je la sens ». Nous avons nous aussi des épines de satan qui nous font souffrir et nous font avancer avec difficulté et qui parfois nous découragent. Nous préparer à la lutte spirituelle : l’évangélisation nous demande un véritable courage également pour cette lutte intérieure, dans notre cœur, pour dire avec la prière, avec le sacrifice, avec l’envie de suivre Jésus, avec les sacrements qui sont une rencontre avec Jésus, dire à Jésus : merci, merci de ta grâce. Je veux l’apporter aux autres. Mais cela est un travail : c’est un travail. Cela s’appelle — ne vous effrayez pas — cela s’appelle le martyre. Le martyre est cela : lutter, tous les jours, pour témoigner. Cela est le martyre. Et à certains le Seigneur demande le martyre de la vie, mais il y a le martyre de tous les jours, de toutes les heures : le témoignage contre l’esprit du mal qui ne veut pas que nous soyons des évangélisateurs.

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Et à présent, je voudrais finir en pensant à une chose. En cette époque, où la gratuité semble diminuer dans les relations interpersonnelles car tout se vend et tout s’achète, et où il est difficile de trouver la gratuité, nous chrétiens nous annonçons un Dieu qui pour être notre ami ne demande rien, si ce n’est d’être accueilli. C’est l’unique chose que Jésus demande : être accueilli. Pensons à ceux qui vivent dans le désespoir car ils n’ont jamais rencontré quelqu’un qui leur a apporté de l’attention, qui les a consolés, qui les a faits se sentir précieux et importants. Nous, disciples du Crucifié, pouvons-nous nous refuser d’aller dans ces lieux où personne ne veut aller par peur de se compromettre et du jugement des autres, et nier ainsi à ces frères l’annonce de la Parole de Dieu ? La gratuité ! Nous avons reçu cette gratuité, cette grâce, gratuitement ; nous devons la donner, gratuitement. Et c’est cela que, pour finir, je veux vous dire. Ne pas avoir peur, ne pas avoir peur. Ne pas avoir peur de l’amour, de l’amour de Dieu, notre Père. Ne pas avoir peur. Ne pas avoir peur de recevoir la grâce de Jésus Christ, ne pas avoir peur de notre liberté qui est donnée par la grâce de Jésus Christ ou, comme disait Paul : « Vous n’êtes plus sous la Loi, mais sous la grâce ». Ne pas avoir peur de la grâce, ne pas avoir peur de sortir de nous-mêmes, ne pas avoir peur de sortir de nos communautés chrétiennes pour aller trouver les 99 brebis qui ne sont pas à la maison. Et aller dialoguer avec elles, et leur dire ce que nous pensons, aller montrer notre amour qui est l’amour de Dieu.

 

Chers amis, chers frères et sœurs: n’ayons pas peur ! Allons de l’avant pour dire à nos frères et à nos sœurs que nous sommes sous la grâce, que Jésus nous donne la grâce et cela ne coûte rien : il faut seulement la recevoir. Allons de l’avant !

François, Pape.

www.vatican.va

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Les six traits de caractère qu'il faut avoir absolument pour réussir dans la vie

2 Septembre 2013, 10:03am

Publié par Fr Greg.

 

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Six. Six traits de caractère, de personnalité qu’a recensé le professeur Jeffrey Pfeffer. Ces six traits sont pour lui la clé de la réussite, de la puissance et de la performance, afin d’atteindre le haut niveau. Mais le professeur n’a pas fait que comparer ce qu’avaient les "champions" en commun : son analyse s’est également penchée sur le manque des moins "forts".

Le premier trait concerne l’énergie et l’endurance physique. En partant de ce postulat, effectivement, il y a déjà une sélection qui s’effectue. Car tous les individus n’ont pas la résistance physique d’aligner au minimum dix heures de travail par jour, et des semaines oscillant entre 60 et 65 heures, minimum. Pour le professeur Pfeffer, la capacité et la volonté de travailler comme un acharné a caractérisé bon nombre de personnages puissants. Cette masse de travail abattu permet de "dépasser" certains individus, pourtant plus intelligents ou compétents. De plus, cette énergie dépensée dans le travail va inspirer l’entourage à travailler également plus. Une émulation par le labeur en somme.

Deuxième clé de la réussite, la concentration / application / attention  / perspective. Le focus, en un mot. Le professeur cite l’exemple d’un étudiant qui a refusé un excellent poste dans une compagnie pétrolière. La raison ? Son ambition de conquérir le bureau ovale étant plus forte que tout, travailler dans le pétrole, l’or noir du XXIe siècle l’aurait grandement compromis. Selon Jeffrey Pfeffer, les directeurs à succès de grands groupes sont ceux qui ont concentré leurs efforts de carrière au sein de la même entreprise, ou d’un nombre restreint.

Un peu d’humanité dans ce monde de brute : la troisième clé du succès repose sur la sensibilité aux autres. Car savoir ce que les autres veulent aide à mieux communiquer. Mais, il y a un pas entre savoir ce qu’autrui désire, et ce qu’il obtient. Et le professeur de Standford le sait bien. La négociation entre alors en compte.

 La quatrième clé réside dans la flexibilité. Et là, cela devient complexe, voire schizophrène comme le décrit l’auteur de l’article de Business Insider, qui n’hésite pas à parler de Machiavel. Un subtil dosage s'avère nécessaire Pour Pfeffer, si la flexibilité peut conférer un grand pouvoir, elle s’oppose à la fois à la clé numéro 2, ainsi qu’indirectement à la clé numéro 3. Dans le rapport aux autres, être flexible peut être compris comme faible, peu ferme par rapport aux autres…Un subtil dosage de toutes ces clés s’avère donc primordial.

L’avant dernière clé du conflit réside dans la capacité à tolérer les conflits. Mais il ne faut pas pour autant forcément les fuir. C’est un peu comme remporter une bataille, ou la guerre…

Enfin, la dernière clé à assembler aux cinq autres, concerne la capacité à maîtriser son ego, à ravaler parfois sa fierté. Car l’ego peut être un ennemi redoutable.

La conclusion peut être déroutante : s’il faut parfois tracer son chemin en solitaire, carriériste, il est bon aussi à certains moments de créer des alliances et des réseaux d’amitié. Pour Jeffrey Pfeffer, les gens qui peuvent accéder aux plus hautes charges sont en mesure de modifier leur comportement en fonction de l’opportunité qui se présente à eux. Légèrement schizophrène donc. Mais six vous possédez ces six traits de personnalité, et que vous le souhaitez, vous devriez parvenir à de grandes carrières.

 

http://www.atlantico.fr/decryptage/six-traits-caractere-qu-faut-avoir-absolument-pour-reussir-dans-vie-829349.html#tshKCd47fGTZQCBw.99

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Contre la sagesse bourgeoise des valeurs…

1 Septembre 2013, 03:58am

Publié par Father Greg

 

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J’ai vu « Chacun sa vérité » de Pirandello. Cela a la force et la simplicité des chefs d’œuvre. Suzanne Flon y est admirable. Chacun sa vérité est un des truismes profonds que la science la plus pointue confirme et qui ridiculise les systèmes. Les uns après les autres ils s’effondrent sous nos yeux, non sans dégâts.

 

 

Naturellement les dogmatiques s’indignent. Ils crient à l’individualisme déchaîné, au déclin des valeurs. Ces valeurs dont ils se réclament n’ont de valeur que si elles sont  assumées par une conscience. Une valeur imposée est sans valeur. Pour ce problème d’éducation, on ne peut se passer du secours de la tradition.

 

La tradition n’est pas une vérité en soi, mais le socle indispensable pour construire. La table rase est une vue de l’esprit, donc rien. Chacun doit repenser la tradition qu’il a reçue, sans l’accepter ni la refuser en bloc. Tâche difficile et dont beaucoup n’aperçoivent même pas l’intérêt. Il n’est pas vrai de dire que la liberté est le désir le plus violent de l’homme. Appeler à la liberté, ce n’est pas appeler au bonheur. Beaucoup préfèrent la servitude dorée à la liberté misérable. La vocation de clochard n’est pas très répandue. Dans l’ordre de l’esprit, je préfère être clochard qu’esclave. Affaire de goût.

 

Jacques de Bourbon Busset

 


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