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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Source d'amour...

30 Juin 2013, 22:46pm

Publié par Fr Greg.

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J'aime votre silence, j'aime votre fatigue éternelle, j'aime votre rire. J'aime tout de vous, et je ne me lasse pas de vous contempler dans cette vie ordinaire qui vous exténue, pour laquelle vous avez les attentions les plus rares. Je vous regarde chasser l'ombre du visage d'un enfant, apaiser ceux qui vous accablent d'eux- mêmes, renouveler l'eau des fleurs blanches, dans un vase ébréché. Je vous vois aller dans la vie la plus humble -qui est aussi la plus haute- avec cette intelligence qui ne met pas en péril ce qu'elle éclaire : vous veillez sans contraindre. Vous recueillez ce qui n'a pas lieu, vous écoutez ce qui n'est pas dit. Tout est obscur dans votre vie, car tout y est simple. Votre force est de ne jamais corrompre la faiblesse qui est dans les êtres, comme elle est dans les choses.


Vous vous tenez auprès de l'amour comme auprès d'un jeune enfant malade, qui peut à tout instant se réveiller et mendier la faveur d'un regard, d'un verre d'eau ou d'un conte. Dans la vie de chaque jour, vous ne demandez rien. Dans la vie éternelle- qui ne supporte aucune circonstance- vous demandez l'infini, et rien de ce qu'on vous donne ne convient, rien de ce qui est ne suffit. Alors vous demeurez là, silencieuse auprès de votre désir, par quoi la solitude -en vous- se fait consciente. Vous êtes une femme étrange, et d'ailleurs, pour dire votre étrangeté, il suffirait de dire cela : vous êtes une femme, et, en tant que telle, vous préférez toujours l'insaisissable désespoir à toute saisie d'amour.


 Qu'est-ce qu'aimer? Que veut une femme lorsque, comme vous, elle s'habille d'un mot d'amour qui la dérobe à nos yeux et l'offre à nos songes? Je ne sais pas. Peut-être n'y a-t-il, sous un ciel qui reste à inventer et à peindre, aucune distance entre la vie de chaque jour et la vie éternelle. Peut-être toutes différences entre l'amour et la solitude s'effacent-elles, dans l'exigence qui est leur source commune, unique. Peut-être. Je ne sais pas et j'écris pour savoir, je vous écris ces lettres qui n'égaleront jamais en pureté le simple fait de votre existence : écrire, c'est avoir une très haute conscience de soi-même, et c'est avoir conscience que l'on n'est pas à cette hauteur, que l'on n'y a jamais été.


C'est un mot obscur que celui de l'amour. Il résonne dans nos coeurs comme le nom d'un pays lointain dont, depuis l'enfance, on a entendu vanter les cieux et les marbres. Il dit ce qui délivre, il dit ce qui tourmente. Il est enroulé sur lui-même, luisant et creux, comme ces coquillages que l'on porte à l'oreille pour y entendre l'infini.

 

 

Christian Bobin. Lettres d'or

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LE CHIEN ET LES CHACALS

29 Juin 2013, 20:39pm

Publié par Fr Greg.

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   LE CHIEN ET LES CHACALS


  Du coquin que l’'on choie, il faut craindre les tours

  Et ne point espérer de caresse en retour.

Pour l’'avoir ignoré, maints nigauds en pâtirent.
C'’est ce dont je désire, lecteur, t’'entretenir.
Après dix ans et plus d'’homériques batailles,
De méchants pugilats, d'’incessantes chamailles,
 Un chien était bien aise d’'avoir signé la paix
 Avec son voisin, chacal fort éclopé
Qui n'’avait plus qu'’un œil, chassieux de surcroit,
 Et dont l’'odeur, partout, de loin le précédait.
 Voulant sceller l'’événement
 Et le célébrer dignement,
Le chien se donna grande peine
  Pour se montrer doux et amène.
 Il pria le galeux chez lui,
Le fit entrer, referma l'’huis,
L’'assit dans un moelleux velours
 Et lui tint ce pieux discours :
 « Or donc, Seigneur Chacal, vous êtes ici chez vous !
 Profitez, dégustez, sachez combien je voue
  D'amour à la concorde nouvelle entre nous !
Hélas, que j’'ai de torts envers vous et les vôtres,
Et comme je voudrais que le passé fût autre !
 Reprenez de ce rôt, goûtez à tous les mets,
Ne laissez un iota de ce que vous aimez ! »
 L’interpellé eut très à cœur
D’'obéir à tant de candeur.
La gueule entière à son affaire,
Il fit de chaque plat désert
Cependant que son hôte affable
 Se bornait à garnir la table.

 Puis, tout d’'humilité et la mine contrite,
  En parfait comédien, en fieffée chattemite,
Il dit : «Mais, j’'y songe, mon cher,

Nous voici faisant bonne chère
Quand je sais là, dehors, ma pauvrette famille :

  Mes épouses, mes fils, mes neveux et mes filles,
 Mes oncles et mes tantes que ronge la disette,
 Toute ma parentèle tant nue que maigrelette.

Allons-nous les laisser jeûner jusqu’'au matin ? »
 "Certes non ! » répliqua, prodigue, le mâtin,
Qui se leva, ouvrit, et devant qui passèrent
Quarante et un chacals parmi les moins sincères.

 Sans tarder cliquetèrent les prestes mandibules

Des grands et des menus, même des minuscules.
Ils avaient tant de crocs, de rage et d’'appétit,
 Ils mangèrent si bien que petit à petit
Les vivres s'’étrécirent comme peau de chagrin
Jusqu'’à ce qu’'à la fin il n’'en restât plus rien.

Ce que voyant, l'’ingrat bondit : « Ah ça, compère, je vous prédis
 Que si point ne nous nourrissez
Et tout affamés nous laissez
Tandis que vous allez repu,
La trêve entre nous est rompue ! »
Ayant alors, quoi qu'’il eût dit,
Retrouvé forces et furie,
 Il se jeta sur son mécène,

Et en une attaque soudaine

il lui récura la toison,

Aidé de toute sa maison.

Puis, le voyant à demi mort,

  De chez lui il le bouta hors.

Et l’'infortuné crie encore

«La peste soit de mon coeur d'’or ! »


 Retenez la leçon, peuples trop accueillants :

À la gent famélique, point ne devez promettre.
Ces êtres arriérés, assassins et pillards

Marchent en rangs serrés sous le vert étendard.
Vous en invitez un, l’emplissez d’ortolans,

Et c’est jusqu’à vos clefs qu’'il vous faut lui remettre.

Jean de LA FONTAINE

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Les hommes fermés

28 Juin 2013, 18:15pm

Publié par Fr Greg.

 

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Un médecin s’était fait un bureau portatif dans le couloir de l’hôpital. Plusieurs fois par jour, assis sur un tabouret devant une table roulante, il scrutait des chiffres sur un écran dont le sang bleu semblait celui d’un fantôme. On ne pouvait alors rien lui demander. Les ordinateurs doivent être très malades pour qu’on s’occupe autant d’eux. Les chiffres grignotent les poutres du monde. Ils avancent, ils avancent. Un jour il ne restera plus que la poésie pour nous sauver. Je ne parle pas ici d’un genre littéraire ni d’un bricolage sentimental. Je parle de la déflagration d’une parole incarnée. Seuls rendent habitable le monde les bégaiements d’une parole qui ne doit rien à la triste perfection d’un savoir-faire. La pianiste Zhu Xiao-Mei a été déportée cinq ans en Mongolie. Jean-Sébastien Bach est venu en personne la délivrer : elle s’est dans son exil souvenue des partitions apprises par cœur. Elle les jouait en appuyant ses doigts sur le clavier de l’air. Il y a un flux dans la vie qui est toute la vie. Une onde lumineuse. Quelque chose d’invincible qui tremble. Il faut, dit-elle, quand on joue Bach, porter « chaque phrase comme on le ferait d’une bougie qu’on ne veut pas voir s’éteindre un soir de vent ». C’est une jolie façon de parler de la musique. Jolie et juste. Parler par images c’est s’adosser à l’arbre de Vie. La poésie capture les choses telles que Dieu les voit à l’instant où il les crée et où elles lui glissent des mains. Cette pointe de feu dans le langage – les chiffres s’en écartent. La pianiste, sortie du camp de rééducation, vit dans l’Occident riche où, dit-elle, tout est beaucoup plus dur que dans un camp. Personne ne veut entendre cette parole-là. Les hommes fermés ont fait main basse sur le langage. Les chiffres avancent, avancent. Un jour nous lèverons la tête sur le ciel et nous ne verrons plus qu’un panneau d’affichage avec les prix d’entrée pour le paradis. La pianiste est parfois atteinte dans ses concerts d’une discrète fatigue. Se hausser sur le bout des pieds pour toucher le ciel étoilé, c’est fatigant. Elle oublie une note ou deux. La grâce la récompense. C’est une maladie mortelle que d’être professionnel jusqu’au bout des ongles. Qu’est-ce que l’humain, sinon ce qui ne supporte pas les chiffres, le terrible savoir-faire ? Dans les tableaux du peintre De La Tour, la flamme d’une bougie représente l’âme. Elle éclaire des mains qui ont l’intelligence de ne rien faire. Des mains qui réfléchissent, on les dirait en cire. Le monde moderne n’est qu’une tentative de moucher la chandelle de l’âme, afin que brille dans le noir la seule brillance hypnotisante des chiffres. L’âme, vous savez, cette pianiste qui joue toujours la note d’à côté, que le monde ne veut pas engager parce qu’elle manque d’habileté et dont il dit : « enlevez moi ça, tout ira mieux sans elle »

Christian Bobin - publié le 01/05/2013

 

http://www.lemondedesreligions.fr

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Précieux malheur

27 Juin 2013, 18:13pm

Publié par Fr Greg.

 

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La beauté est la mort de tout ce qui est beau : 

la mort est un secret qui n’est jamais trahi,
la mort est un amour qui n’a jamais douté.
Mon coeur est une neige où personne n’a marché, 
la neige qui portait l’empreinte de ton âme.
Tes yeux se sont éteints miraculeusement,
la pensée de l’azur ne quitte plus mon coeur.
Qui aime la beauté ne verra pas les anges,
ces anges agenouillés sur le parvis de l’âme.
Les anges m’éclairaient le cœur avec leurs lys. 
Le malheur m’a jetée entre les bras des anges.
Mon malheur radieux vaut plus que le bonheur,
il n’est d’autre bonheur que d’aimer son malheur.
Les anges jamais plus ne me laissent en repos,
Dieu veille dans la nuit sur mon précieux malheur.
J’ai chéri mon malheur jusqu’à en être aimée,
ce bonheur est si pur qu’il ne peut plus mourir.
 

 

Lydie Dattas

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La misère: un métastase incurable...?

26 Juin 2013, 20:08pm

Publié par Fr Greg.

 

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Je veux vous parler d’une cause qui dépasse les clivages idéologiques et les vulgaires querelles. J’attends avec grande espérance, et peut-être une certaine naïveté, que l’on me donne raison sur un point : le peuple français n’est pas un troupeau de pigeons pour lesquels il est plus important de converser en se grattant les couilles de sous-sujets idéologiques que d’agir véritablement pour ce qui en vaut la peine.

Il semblerait qu’il persiste en France un fléau aussi majeur que négligé : la pauvreté. Est-ce la force de l’habitude qui nous pousse à prendre pour chose commune les amas de mendiants étalés sur les quais au petit matin ?

S’il est vrai que la pauvreté se propage furieusement, elle est loin d’être une métastase incurable. Et s’il est vrai que les banques et les gouvernements nous mènent la vie dure, rien ne nous empêche de nous affranchir de leur pénible égide et de ne pas toujours compter sur leur secours pour parfaire le monde dans lequel il nous faut vivre.

Ceux qui papillonnent parfois sur Facebook le savent, les pages d’accueil regorgent de publications massivement diffusées : faits cachés sur les guerres, photos d’animaux en attente d’adoption, atrocités de France et du tiers-monde, initiatives individuelles qui ne demandent qu’à devenir collectives.

Récemment, je fus séduite par quelques-unes d’entre elles.

La première était la tradition du « café en attente » (« suspended coffee ») : Paul décide d’aller boire un café avec Jean. Ils en commandent quatre. Deux pour eux, deux en attente. Ces deux cafés déjà payés seront mis de côté pour des gens dans le besoin. Plus tard, un SDF pourra venir demander un café en attente et être gratuitement servi. Le principe vaut aussi pour les sandwichs et les repas. Cette initiative, née à Naples, s’est propagée dans le monde mais demeure marginale. Pourquoi ne pas tenter de souffler un mot au gérant des établissements dans lesquels vous vous rendez ?

 

La seconde initiative a eu lieu en Turquie. Un boulanger a choisi de faire confiance à l’honnêteté populaire. Il tient sa boutique mais a placé dehors un petit étal sur lequel il a déposé du pain avec l’indication suivante : « Si vous êtes dans le besoin, servez-vous… » Que les esprits perplexes le sachent : l’homme n’a jamais été pillé par des hordes malhonnêtes et certains se rappelleront peut-être qu’en 2007, le groupe anglais Radiohead avait ouvert une brèche en décidant de sortir l’album « In Rainbows » sur Internet, laissant aux gens le libre choix du prix qu’ils souhaitaient payer : jamais un album ne leur a rapporté autant d’argent.

 

Comme il est vrai que tout mal est puni et tout bien récompensé, heureux sont les candides qui ne prennent pas la cruauté du monde comme prétexte à l’infirmité décomplexée ou au cynisme le plus sinistre. Nul ne peut être insensible à la bonté. Contagieuse, elle désarme souvent, et fait fléchir, parfois, l’homme qui se veut cruel ou indifférent.

Propageons ces initiatives. Mieux encore, réfléchissons ensemble à celles que nous pourrions organiser à notre tour. Et tâchons d’avoir la vertu, dans le tumulte du monde, de réserver toujours aux âmes vulnérables une pensée constructive.

Altana Otovic

 

 

http://www.bvoltaire.fr

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de l’hypocrisie...

25 Juin 2013, 20:04pm

Publié par Fr Greg.

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L’hypocrisie dans l’Eglise, est souligné dans quatre épisodes évangéliques où « le Seigneur parle contre les hypocrites » : les deux premiers épisodes représentent les hypocrites qui utilisent « la casuistique » : il s’agit des pharisiens qui demandent au Christ s’il est permis de payer l’impôt à César (Mt 22, 15-22) et des saducéens qui lui soumettent le cas de la femme sept fois veuve (Mt 22, 24-30).

Ces catégories d’hypocrites « utilisent la voie de la casuistique » pour « faire tomber Jésus dans un piège » : ce sont « les hypocrites de la casuistique, les intellectuels de la casuistique », qui « n’ont pas l’intelligence de trouver, d’expliquer Dieu »; ils restent seulement dans la « casuistique: là on peut, là on ne peut pas». Ce sont « des chrétiens intellectuels sans talents ».

L’éthique sans bonté

Le troisième épisode se situe au chapitre 23 de Matthieu, où le Christ se tourne vers les pharisiens : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites, parce que vous fermez à clé le Royaume des cieux devant les hommes ; vous-mêmes n'y entrez pas, et ceux qui essayent d'y entrer, vous ne leur permettez pas d'entrer ! ».

Ceux-là utilisent la voie des préceptes, et à force de préceptes « la parole de Dieu ne semble pas féconde ». Ils « amènent le peuple de Dieu sur une voie sans issue. Ce sont des éthiciens sans bonté. Ils ne savent pas ce qu’est la bonté. Ce sont des éthiciens – il faut faire ceci, ceci, ceci – remplis de préceptes » mais « sans bonté ».

Ces mêmes hypocrites empruntent également « la route de la vanité », « à tel point qu’ils finissent par se rendre ridicules » : ils se « drapent pour faire semblant d’être majestueux, parfaits » mais ils n’ont « pas le sens de la beauté. Ils parviennent seulement à une beauté de musée ».


L’hypocrisie qui touche au sacré

Enfin, la quatrième sorte d’hypocrisie est illustrée en Mt 6, 1-6. 16-18 : « le Seigneur parle d’une autre classe d’hypocrites, ceux qui touchent au sacré… il parle du jeûne, de la prière et de l’aumône : les trois piliers de la piété chrétienne, de la conversion intérieure que l’Eglise propose dans le carême. Sur cette voie il y a des hypocrites, qui se pavanent en jeûnant, en rendant l’aumône, en priant ».

Cette hypocrisie est la forme la plus grave : « quand l’hypocrisie arrive à ce point, dans la relation avec Dieu [ces hypocrites] sont assez proches du péché contre l’Esprit-Saint. Ils ne connaissent rien à la beauté, à l’amour, à la vérité; ils sont petits, vils ».


La route alternative

Il y a une « route alternative » dans la première lecture (2 Co 9, 6-11) où Paul « parle de largesse, de joie. Tous les chrétiens ont la tentation de l'hypocrisie. Tous. Mais [ils ont] aussi la grâce, la grâce qui vient de Jésus Christ, la grâce de la joie, la grâce de la magnanimité, de la largesse ».

 

« L’hypocrite ne connaît pas la joie, ne connaît pas la largesse, ne connaît pas la magnanimité ». Ils fait « du mal à tous » dans l’Eglise et il a une attitude suffisante : « Seigneur, je fais tout cela… je fais partie d’une association... ».  Il est le contraire de l’« icône si belle du publicain qui prie ainsi : ‘aie pitié de moi Seigneur, je suis un pécheur’ ». (Lc 18, 9-14).


Cette humble prière, « c’est la prière que [le croyant] doit faire tous les jours, dans la conscience qu’il est pécheur, mais avec des péchés concrets, non pas théoriques », j'invite le chrétien à demander au Seigneur « qu’il le sauve de toute hypocrisie et lui donne la grâce de l'amour, de la largesse, de la magnanimité et de la joie ».

François, Pape.

 

 

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L’expérience de bonté

24 Juin 2013, 21:14pm

Publié par Fr Greg.

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Faire l’expérience de la bonté (1) d’un être et, à fortiori d’une personne, engendre presque toujours un sentiment d’euphorie, d’espérance, de confiance dans la vie. Un sourire rencontré en signe d’humanité partagée, un service rendu à notre insu, un accueil dans la joie de se retrouver, mais même l’affection échangée avec un animal ou la familiarité chaleureuse d’une réalité naturelle ou d’un objet ouvre le cœur, dilate l’âme. L’art sait dire la bonté éclatante comme celle du couronnement de la vierge de Fra Angelico, de l’emphase heureuse de l’architecture baroque ou de l’amour célébré du Taj Mahal. Mais la bonté, parce qu’elle est aussi profonde et discrète, se rend souvent visible, tangible, présente par des signes « faibles » que l’art ne peut traduire que de manière plus lente, exigeante, parcellaire comme dans les courbes de l’art roman, la cérémonie du thé ou la peinture de Chagall.

Malaise

Plus tragiquement dans les cultures du concept dominant, de la rationalité efficace et de l’autonomie de l’ego la bonté est mal vue. Elle fait figure de faiblesse, de mièvrerie, de pathos, d’idéalisation naïve. Là il est de bon ton d’être tendre mais jouisseur, bon au sens de performant, confiant mais intéressé et calculateur, intelligent mais critique, présent mais distancié, impressionnable mais pas émerveillé. La bonté dérange parce qu’elle passe par la dépendance consentie, la confiance au-delà du raisonnable, le don à perte, l’exposition à la souffrance et le labeur de la laisser devenir un lieu de rencontre. La bonté c’est ce qui en nous peut donner à l’autre d’être. Ce qui de l’autre me donne un espace, une lumière un souffle pour être plus et surtout mieux. En cela la bonté est contagieuse, diffusive ; comme le feu sous la cendre où dans les sous bois, elle est incendiaire.

Source

Le bien est au creux des cultures, il ne saurait être contenu par elles, il est entrevu à travers le beau et jamais véritablement dicible. Et pourtant il est la nappe phréatique et la plaque tectonique de nos existences. La question est de le laisser sourdre et de repérer pour s’y abreuver les sources qui nous le donnent à voir, à boire et à mettre au service de la vie. Dans cet apprentissage de l’irrigation des terres arides que sont les cœurs et les communautés humaines, le Christ apparaît comme un maître puisatier qui n’a pas hésité à laisser la Bonté, qui est un autre nom de Dieu, traverser son être en le rendant intégralement médiateur d’Eau Vive.

POSTÉ PAR SAMUEL ROUVILLOIS LE 9 JUIN 2013

http://culture-foi.blogs.la-croix.com/lexperience-de-bonte/2013/06/09/

1. L’expérience de bonté est le titre d’un livre splendide de Lydie Dattas, Arfuyen, 1999.

 

 

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Formidable ou Forminable..? alors on danse... :)

23 Juin 2013, 21:20pm

Publié par Fr Greg.

 

 

 

 

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Révolutionnaire de la grâce!

22 Juin 2013, 21:15pm

Publié par Fr Greg.

 

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L’apôtre Paul, à la fin d’un passage de sa lettre a nos ancêtres, dit ceci: ne soyez plus sous la loi, mais sous la grâce. Voilà ce qu’est notre vie : marcher sous la grâce, car le Seigneur nous a aimés, il nous a sauvés, nous a pardonné. Le Seigneur a tout fait, c’est cela la grâce, la grâce de Dieu. Nous marchons sous la grâce de Dieu, venue à nous en Jésus-Christ qui nous a sauvés. Mais ceci nous ouvre à un grand horizon, et cela est pour nous une joie « Vous n’êtes plus sous la Loi, mais sous la grâce ». Mais que signifie « vivre sous la grâce »? Nous allons essayer d’expliquer un peu ce que signifie vivre sous la grâce. C’est notre joie, notre liberté. Nous sommes libres. Pourquoi ? Parce que nous vivons sous la grâce. Nous ne sommes plus esclaves de la Loi : nous sommes libres parce que Jésus-Christ nous a délivrés, Il nous a donné la liberté, cette pleine liberté d’enfants de Dieu, que nous vivons sous la grâce.

 
Ceci est un trésor, Je tâcherai d’expliquer un peu ce mystère, si beau, si grand. Vivre sous la grâce.

Cette année vous avez beaucoup travaillé sur le baptême mais aussi sur le renouvellement de la pastorale après le baptême. Le baptême, ce passage de « sous la Loi » à « sous la grâce », est une révolution. L’histoire est pleine de révolutionnaires, n’est-ce pas ? Il y en a eu beaucoup. Mais personne n’a eu la force de cette révolution que Jésus nous a apportée. Une révolution pour transformer l’histoire qui change en profondeur le cœur de l’homme. Les révolutions de l’histoire ont changé les systèmes politiques, économiques, mais  aucune d’elles n’a vraiment modifié le cœur de l’homme. La vraie révolution, celle qui transforme radicalement la vie, Jésus-Christ l’a réalisée à travers sa Résurrection : la Croix et la Résurrection. 

Benoît XVI disait de cette révolution qu’elle est « la plus grande mutation de l’histoire humaine ». Pensons à cela !... La plus grande mutation de l’histoire de l’humanité ! C’est une vraie révolution et nous, nous sommes des révolutionnaires, les révolutionnaires de cette révolution, car nous marchons dans cette voie, celle de la plus grande mutation de ‘histoire de l’humanité. Aujourd’hui un chrétien qui n’est pas un révolutionnaire, n’est pas un chrétien! Il doit être un révolutionnaire par la grâce! C’est la grâce que le Père nous donne à travers Jésus-Christ qui fait de nous des révolutionnaires, car – et je cite encore une fois Benoît – « c’est la plus grande mutation de l’histoire de l’humanité ». Parce que c’est ça qui change le cœur. Le prophète Ézéchiel disait: « J’ôterai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur  de chair ». Et cette expérience, l’Apôtre Paul l’a vécue: après avoir rencontré Jésus sur la route de Damas, sa vision de la vie a radicalement changé, et il a reçu le baptême. 

Dieu  a transformé son cœur ! Vous imaginez ? Un persécuteur, un homme qui poursuivait l’Eglise et les chrétiens, devenu un saint, un chrétien jusqu’à la moelle, un vrai chrétien! D’abord un violent persécuteur, puis un apôtre, un témoin de Jésus-Christ devenu si courageux qu’il n’a pas eu peur de subir le martyre. Ce Saül qui voulait tuer tous ceux qui annonçaient l’évangile,  a fini par donner sa vie pour annoncer l’Evangile. La voilà la transformation, cette grande transformation dont parlait le pape Benoît XVI. Celle qui change le cœur, qui transforme les pécheurs que nous sommes en saints –  oui des pécheurs, car nous sommes tous des pécheurs – Chacun de nous n’est-il pas un pécheur ? Que celui qui ne l’est pas lève la main! Ah, regardez … je travaille pour vous, eh? Nous sommes tous des pécheurs, oui, tous ! 

Nous sommes tous des pécheurs! Mais la grâce de Jésus-Christ nous sauve du péché: elle nous sauve tous, si nous accueillons Jésus-Christ, c’est lui qui change notre cœur et fait de nous, pécheurs, des saints. Pour devenir saint, il n’est pas nécessaire de tourner les yeux de cette façon, ou d’avoir le visage comme celui d’une petite image pieuse, l’air un peu comme ça. Non, non, cela n’est pas nécessaire! Pour devenir saint il faut une seule chose: accueillir la grâce que le Père nous donne en Jésus-Christ.  C’est la grâce qui change notre cœur. Nous continuons à pécher, car nous sommes tous des êtres faibles, mais toujours avec cette grâce qui nous fait sentir que le Seigneur est bon, que le Seigneur est miséricordieux, que le Seigneur nous attend, que le Seigneur nous pardonne… Cette grâce immense qui transforme notre cœur. 


Et le prophète Ézéchiel a dit qu’il aurait transformé notre cœur de pierre en cœur de chair. Qu’est-ce que cela veut dire ? Un cœur qui aime, un cœur qui souffre, un cœur qui se réjouit avec les autres, un cœur plein de tendresse pour celui qui, portant sur lui les plaies de la vie, se sent à la périphérie de la société. L’amour est une force, la plus grande des forces. Il transforme la réalité, car il abat les murs de l’égoïsme et comble les fossés qui nous tiennent loin les uns des autres. Cet amour-là vient d’un cœur de pierre qui a été transformé en cœur de chair, en cœur humain. Et c’est la grâce qui fait ça, la grâce de Jésus-Christ que nous avons tous reçue. 

Quelqu’un parmi vous sait combien coûte la grâce ? Où on en vend? Où puis-je acheter cette grâce ? Personne ne sait le dire : non. Je vais l’acheter au secrétariat de la paroisse, vous en vendez peut-être, de la grâce? Des prêtres en vendraient-ils ? Mais, écoutez bien cela : la grâce ne s’achète pas et ne se vend pas. C’est un cadeau de Dieu en Jésus-Christ. Jésus-Christ nous donne la grâce. Lui seul nous donne la grâce. C’est un cadeau: il nous l’offre, à nous. Prenons-la. Que c’est beau !  L’amour de Jésus est comme ça: il nous donne la grâce gratuitement. Gratuitement. Et nous devons la donner à nos frères, à nos sœurs, gratuitement. Voir quelqu’un se mettre à vendre la grâce est un peu triste: cela est arrivé quelques fois dans l’histoire de l’Eglise, et cela a fait beaucoup de mal, beaucoup de mal. La grâce n’est pas à vendre : on la reçoit gratuitement et ont la donne gratuitement. C’est cela la grâce de Jésus-Christ.

Et au milieu de tant de souffrances, tant de problèmes qu’il y a ici, à Rome, il y a des gens qui vivent sans espérance. Chacun de nous peut penser, en silence, aux personnes qui vivent sans espérance,  qui sont plongées dans une profonde tristesse dont elles essaient de sortir en croyant trouver leur bonheur dans l’alcool, dans la drogue, dans le jeu de hasard, dans le pouvoir de l’argent, dans la sexualité sans règles … Mais celles-ci se retrouvent encore plus déçues et il arrive que leur colère à l’égard de la vie se traduise par des comportements violents et indignes de l’homme. Que de personnes tristes, que de personnes tristes et sans espérance! Pensez à tous ces jeunes qui, après avoir expérimenté tant de choses, ne trouvent pas le sens de leur vie et tentent le suicide, comme solution. Savez-vous combien il y a de jeunes qui se suicident aujourd’hui dans le monde ? Le nombre est élevé. Pourquoi? Parce qu’ils n’ont pas d’espérance. Ils ont essayé tant de choses ! Et la société, qui est cruelle – si cruelle! – ne peut te donner l’espérance.

L’espérance, c’est comme la grâce : on ne peut pas l’acheter, c’est un don de Dieu. Et nous devons offrir l’espérance chrétienne par notre témoignage, par notre liberté, par notre joie. Cette grâce que Dieu nous donne en cadeau porte l’espérance. Nous qui avons la joie de nous apercevoir que nous ne sommes pas des orphelins, que nous avons un Père, pouvons-nous être indifférents face à cette ville qui nous demande, voire inconsciemment, sans le savoir, une espérance qui l’aide à regarder l’avenir avec plus de confiance et sérénité ? Nous ne saurions être indifférents. Mais alors comment faire ? Comment pouvons-nous offrir cette espérance ? En allant dans la rue et en disant : « Ah moi j’ai l’espérance ! » ? Non. Par votre témoignage, en disant avec le sourire: « Je crois avoir un Père » - Et l’annonce de l’Evangile est celui-ci: par ma parole, par mon témoignage dire : « J’ai un Père. Je ne suis pas orphelin. Nous avons un Père », et partager cette filiation avec le Père et avec tous les autres. « Ah, père, maintenant je comprends: il s’agit de convaincre les autres, de faire les prosélytes ! ». 

Non: rien de tout cela. L’Evangile c’est comme du grain : tu le sèmes, tu le sèmes par ta parole et par ton témoignage. Et puis, tu n’en fais pas une statistique : c’est Dieu qui le fait. C’est Lui qui fait pousser ce grain. Mais nous, nous devons semer avec cette certitude que l’eau c’est Lui qui la donne, que c’est Lui qui fait pousser la graine. Et ce n’est pas nous non plus qui faisons la récolte: c’est un autre prêtre qui la fera, un autre laïc, une autre laïque, un autre la fera. Mais la joie de semer par le témoignage, car la Parole ne suffit pas : cela ne suffit pas. La parole sans le témoignage, c’est du vent. Les paroles ne suffisent pas. Il faut ce vrai témoignage dont parle Paul.

 
L’annonce de l’Evangile est avant tout destinée aux pauvres, à ceux qui manquent souvent du strict nécessaire pour  pourvoir conduire une vie digne. Ils sont les premiers à recevoir l’heureux message que Dieu les aime plus que les autres et qu’Il leur rend visite à travers les œuvres de charité que les disciples du Christ accomplissent en son nom. Avant tout, aller vers les pauvres ! Lors du jugement dernier, comme nous pouvons lire dans Matthieu 25, nous serons tous jugés sur nos actes. Certains pensent que le message de Jésus est destiné à ceux qui n’ont pas de préparation culturelle: ah, non! Non. L’apôtre affirme avec force que l’Evangile est l’affaire de tous et qu’il est donc aussi pour les  instruits. La sagesse, qui dérive de la Résurrection, ne s’oppose pas à celle des humains, au contraire elle la purifie, elle l’élève. L’Eglise est toujours présente là où agit la culture. 

Le premier pas est toujours la priorité aux pauvres. Mais nous devons aussi aller aux frontières de l’intelligence, de la culture, dans les hauteurs du dialogue, du dialogue qui fait la paix, du dialogue intellectuel, du dialogue raisonnable. L’Evangile est l’affaire de tous ! Aller vers les pauvres ne signifie pas que nous devons tomber dans le paupérisme, devenir des sortes de clochards spirituels: non, non, cela ne veut pas dire ça, pas du tout. Cela signifie que nous devons aller vers la chair de Jésus qui souffre. Mais la chair de Jésus souffre aussi de ce que certains ne le connaissent pas par leurs études, par leur intelligence, par leur culture … C’est là que nous devons aller ! C’est pourquoi j’aime bien utiliser l’expression « aller vers les périphéries », vers les périphéries de l’existence. Vers tous les pauvres… de la pauvreté physique et réelle à la pauvreté intellectuelle qui, elle aussi, est réelle. Toutes les périphéries, tous les carrefours : aller là-bas. Et là semer l’Evangile, par la parole et par le témoignage. 


Cela signifie que nous devons avoir du courage. Paul VI disait qu’il ne comprenait pas les chrétiens découragés: il ne les comprenait pas. Ces chrétiens tristes, anxieux, ces chrétiens qui, on se demande s’ils croient en Christ ou en la déesse Plainte: on ne sait jamais. Mais tous les jours ils se plaignent, se plaignent … Et « comment va le monde, quelle calamité, les calamités … ».  Or, pensez-y, le monde n’est pas pire qu’il y a cinq siècles, vous ne trouvez pas ? Le monde c’est le monde : cela a toujours été le monde. Et quand certains se plaignent… c’est comme ça, on ne peut rien y faire… Ah les jeunes ! – mais, vous, vous connaissez … c’est une question que je vous pose: vous connaissez des chrétiens comme ça ? Il y en a, il y en a ! Mais, le chrétien doit être courageux et, devant un problème, devant une crise sociale, religieuse, il doit avoir le courage d’avancer, d’avancer avec courage. Et quand on ne peut rien faire, avec patience : en supportant. Supporter. Courage et patience, ces deux vertus de Paul. Le courage : avancer, faire les choses, donner des témoignages forts: allons-y ! Supporter porter sur son dos les choses que l’on ne peut encore changer. Mais avancer avec cette patience, avec cette patience que nous donne la grâce. 

Mais que devons-nous faire avec ce courage et cette patience? Sortir de nous-mêmes: sortir de nous-mêmes. Sortir de nos communautés pour aller là où les hommes et les femmes vivent, travaillent et souffrent, et leur annoncer la miséricorde du Père qui s’est fait connaître aux hommes en Jésus-Christ de Nazareth. Annoncer cette grâce qui nous a été offerte par Jésus. Si le jeudi saint j’ai demandé aux prêtres d’être des pasteurs avec l’odeur des brebis, à vous, chers frères et chères sœurs, je dis : soyez partout des porteurs de la Parole de vie dans nos quartiers, sur les lieux de travail et partout où les personnes se retrouvent et développent des relations. Vous devez sortir. Je ne comprends pas les communautés chrétiennes qui s’enferment dans leur paroisse … 

Mais je tiens à vous dire une chose : dans l’Evangile il y a ce beau passage du berger qui, de retour chez lui, s'aperçoit qu'il lui manque une de ses 99 brebis et part donc la chercher en laissant seules ces dernières. Mais, frères et sœurs, nous,  on en a une : il nous en manque 99! Nous devons sortir, nous devons sortir et aller les trouver! Mais, dans cette culture, soyons francs: dans cette culture nous n’en avons qu’une, nous sommes une minorité, avons-nous la ferveur, le zèle apostolique pour aller chercher les 99 autres ? Nous avons là une belle responsabilité et nous devons demander au Seigneur la grâce de la générosité et le courage et la patience pour sortir, pour sortir annoncer l’Evangile. 

Ah, cela est difficile. Il est plus facile de rester chez soi, avec cette unique brebis. C’est plus facile! Avec cette brebis, la brosser, la caresser … mais à nous prêtres, et à vous chrétiens, à tous, le Seigneur veut que nous soyons des pasteurs, pas ceux qui brossent les brebis! Et quand une communauté est fermée, toujours entre les mêmes personnes qui parlent,  cette communauté n’est pas une communauté qui donne vie. C’est une communauté stérile, non féconde. La fécondité vient par la grâce de Jésus-Christ mais à travers nous, notre prédication, notre courage, notre patience.

Tout ça est un peu long, n’est-ce pas ? Oui, ce n’est pas facile. Et nous devons être francs : évangéliser, faire circuler la grâce gratuitement, est un travail qui n’est pas facile. Car Jésus-Christ et nous, nous ne sommes pas seuls. Il y a aussi un adversaire, un ennemi qui veut tenir les hommes loin de Dieu. Et pour cela, il instille dans les cœurs la déception, quand nous ne nous voyons pas arriver tout de suite la récompense de notre engagement apostolique. Le diable, tous les jours,  jette dans nos cœurs des graines de pessimisme et d’amertume, et alors on se décourage. « Ça ne va pas, nous avons fait cela et ça ne va pas, cette autre chose et ça ne va toujours pas, et regardez cette religion comme elle attire tant de gens et pas nous pas … » : c’est le diable qui est l’œuvre. Nous devons nous préparer à la lutte spirituelle. Ceci est très important. On ne peut prêcher l’Evangile sans cette lutte spirituelle: une lutte de tous les jours contre la tristesse, contre l’amertume, contre le pessimisme … une lutte de tous les jours. Semer n’est pas facile: il est bien plus beau de récolter. Semer n’est pas facile, mais cette lutte est celle qui revient à tous les chrétiens, chaque jour.

Paul disait qu’il était pressé de prêcher, et il savait ce qu’était cette lutte spirituelle pour l’avoir vécue. Il disait : « J’ai dans ma chair une épine de Satan, et tous les jours je la sens ». Nous aussi nous avons des épines de Satan qui nous font souffrir et nous font avancer avec difficulté, et souvent nous nous décourageons. Nous préparer à la lutte spirituelle: l’évangélisation exige de nous un vrai courage aussi pour cette lutte intérieure, dans notre cœur, pour dire par la prière, par la mortification, par notre volonté de suivre Jésus, par les sacrements  qui sont une rencontre avec Jésus : Merci, merci pour Ta grâce. Je veux la porter aux autres. Mais cela est un travail : c’est un travail. Cela s’appelle – ne vous affolez pas – cela s’appelle le martyre: c’est cela le martyre. Lutter tous les jours pour témoigner. C’est cela le martyre. Et à certains le Seigneur demande le martyre de la vie. Mais il y a le martyre de tous les jours, de toutes les heures : le témoignage contre l’esprit du mal qui ne veut pas que nous soyons des évangélisateurs.

Et maintenant je voudrais finir,  en pensant à une chose. A une époque où la gratuité paraît s’amenuiser dans les relations interpersonnelles, car tout se vend et tout s’achète, et il est difficile de  trouver la gratuité, nous les chrétiens nous annonçons un Dieu qui, pour être notre ami, ne demande rien si ce n’est d’être accueilli. La seule chose que Jésus demande c’est d’être accueilli. Pensons à tous ceux qui vivent dans le désespoir parce qu’ils n’ont jamais rencontré personne qui leur ait consacré un peu d’attention, les ai consolés, les ait fait sentir précieux et importants. Nous, disciples du Crucifié, pouvons-nous refuser d’aller là où personne ne veut aller par peur de nous compromettre et par peur du jugement des autres, et ainsi nier à nos frères l’annonce de la Parole de Dieu? La gratuité: nous avons reçu cette gratuité, cette grâce, gratuitement; nous devons la donner gratuitement.

Et c’est par cela que je voudrais terminer, vous dire: de ne pas avoir peur, de ne pas avoir peur de l’amour, de l’amour de Dieu, de notre Père. Ne pas avoir peur. Ne pas avoir peur de recevoir la grâce de Jésus-Christ, ne pas avoir peur de notre liberté qui vient de la grâce de Jésus-Christ ou, comme disait Paul: « Ne soyez plus sous la Loi, mais sous la grâce ». Ne pas avoir peur de la grâce, ne pas avoir peur de sortir de nous-mêmes, ne pas avoir peur de sortir de nos communautés chrétiennes pour aller trouver ces 99 brebis qui ne sont pas chez elles. Et aller dialoguer avec elles, et leur dire ce que nous pensons, aller montrer notre amour qui est l’amour de Dieu. 

Chers frères et sœurs : N’ayons pas peur! Avançons et disons à nos frères et sœurs que nous sommes sous la grâce, que Jésus nous donne la grâce et que cela ne coûte rien : seulement la recevoir. Allons-y!

 

 François, Pape.

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Des douleurs, des peines y’en aura, mais on restera debout!

21 Juin 2013, 08:53am

Publié par Fr Greg.

 

On attend rien que de toi, parce que tu es sacré !

 

 

 

Tu l’entends ? Bien sûr que tu l’entends.
Le murmure. Le murmure assourdissant et permanent.
Il a envahit la ville et les esprits.
Il arpente les rues en hurlant.
Le murmure assourdissant et permanent,
Comme un bruit parasite à l’intérieur qui t’épuise,
Qui souffle à l’oreille de chacun « t’es mauvais, t’es bon à rien, tu seras jamais assez bien »,
Qui te répète « t’es comme ça, ou tu devrais, ça changerait rien si tu changeais ».
Le murmure assourdissant et permanent qui espère te mettre à terre en te criant : « Essaie pas de refaire l’histoire, t’y arriveras jamais c’est trop tard, c’est baisé, c’est imprimé dans les mémoires ».
Le murmure assourdissant et permanent qui te fait croire qu’y a pas de rédemption,
Pas de pardon. Pas de rachat. Pas de rémission.
Et tu l’acceptes. Tu le laisses rentrer.

Ooooh qu’est ce que tu fais ?! Arrête !
Qu’est ce qu’il te prend de faire des trucs pareil ?
Pourquoi tu t’fais du mal comme ça ?
Qu’est ce qui va pas ? Parle moi, tu sais que tu peux tout me dire.
Mais nan mais c’est des conneries tout ça tu le sais.
Regarde moi dans les yeux. Regarde moi. On s’en branle. C’est PAS important.
Moi j’te trouve magnifique. Depuis la première fois que j’t’ai vu.
D’ailleurs j’m’en suis toujours pas remis.
Et puis comment j’ferais sans toi moi ?
Et puis comment l’univers il ferait sans toi ?
Ca pourra jamais fonctionner. C’est impossible.
Alors faut pas pleurer ! Faut pas pleurer. Parce que ça va aller j’te le promets, ça va aller.
Parce qu’on est de ceux qui guérissent, de ceux qui résistent, de ceux qui croient aux miracles.
Pas d’ceux qui disent que leur ***** bouge parce qu’on les pousse du pied.
Mais un jour tout ça on y pensera même plus.
On aura tout oublié, comme si ça avait pas existé.

Qu’est ce qu’il faut qu’je fasse ?! Pour que tu t’sortes les doigts du cul,
Que t’enlèves cette merde que t’as dans les yeux ?
T’as tout !
T’as toutes les cartes en main ! T’as.. T’as tout ! T’es beaucoup trop beau enfoiré !
Salope de ta race*** ! Tu me brûles ! Tu me brûles trop !
Avec tous les autres aussi, qui me brûlent beaucoup trop fort !
Moi ça m’fout des cicatrices moi.
J’suis là. J’suis prêt à tout.
J’suis prêt à aller en enfer, j’te porte sur mon dos.
J’me prends des beignes regarde, j’me prends des beignes.
Et toi t’es assis. Tu plantes ton derche !
Tu refuses de sortir de ta cellule.
Mais tu vois pas qu’y a besoin de toi ?
Tu vois pas que si tu fais rien.. tu sers à rien ?
Ca va continuer combien de temps comme ça ?
Tu vas rester à côté des rails ? Comme une VACHE, qui regarde le train ?
Jusqu’à ce que t’en puisses plus ou… qu’on t’mettre dans une boîte en bois ?
Arrête de sourire ! Ce sourire là, qui pue l’échec !
Allez rend moi ce sourire papa. .. mais d’un autre côté t’as raison.
C’est tellement plus facile de sourire, plutôt que d’être heureux.

Tu te demandes si t’es une bête féroce ou bien un saint.
Mais tu es l’un, et l’autre. Et tellement de choses encore.
Tu es infiniment nombreux.
Celui qui méprise, celui qui blesse, celui qui aime, celui qui cherche. Et tous les autres ensemble.
Trompe toi, soit imprudent, tout n’est pas fragile.
On attend rien que de toi, parce que tu es sacré. Parce que tu es en vie.
Parce que le plus important n’est pas ce que tu es, mais ce que tu as choisi d’être.

Tu nous entends le Blizzard ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends, va te faire enculer.
Tu pensais que t’allais nous avoir hein ?
Tu croyais qu’on avait rien vu ?
Surprise connard !
Tu nous entends la Honte ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends fais gaffe quand tu rentres chez toi seule le soir,
On pourrait avoir envie de t’refaire la mâchoire avec des objets en métal,
Ou d’te laver la tête avec du plomb, qu’est ce que t’en dis ?
Tu nous entends la tristesse ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends, c’est que toi aussi tu vas bientôt faire ton sac.
Prendre la première à gauche, deuxième à droite, puis encore à gauche puis aller niquer ta race.
Félicitations ! Bravo !
Tu nous entends la Mort ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends sache que tu nous fais pas peur, tu peux tirer tout ce que tu veux.
On avance quand même, tu pourras pas nous arrêter.
Et on laissera personne derrière, on laissera personne se faire éliminer.
Tout ça c’est fini !

Tu nous entends la Dignité ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends sache qu’on a un genou à Terre et qu’on est désolé.
On est désolé de tout ce qu’on a pu te faire, mais on va changer !
On va devenir des gens biens tu verras !
Et un jour tu seras fière de nous.
Tu nous entends l’Amour ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends il faut que tu reviennes parce qu’on prêt maintenant, ça y est.
On a déconné c’est vrai mais depuis on a compris.
Et là on a les paumes ouvertes avec notre cœur dedans.
Il faut que tu le prennes et que tu l’emmènes.
Tu nous entends l’Univers ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends, attends nous ! On arrive.
On voudrait, tout comprendre, tout savoir, tout voir, tout vivre.
On cherche la porte du nouveau monde pour pouvoir s’y fondre en grand.
Tu nous entends Toi qui attends ? Tu nous entends ?!
Si tu nous entends souviens toi qu’t’es pas tout seul. Jamais.
On est tellement nombreux à être un peu bancal un peu bizarre.
Et dans nos têtes y’a un blizzard.
Comme les mystiques loser au grand cœur.
Il faut qu’on sonne l’alarme, qu’on s’retrouve, qu’on s’rejoigne.
Qu’on s’embrasse. Qu’on soit des milliards de mains sur des milliards d’épaules,.
Qu’on s’répète encore une fois que l’ennuie est un crime. Que la vie est un casse du siècle, un putain de piment rouge. Nique sa mère le Blizzard.
Nique sa mère le Blizzard.
Tout ça c’est fini.

Nique sa mère le Blizzard.
Quand la seule chose dont tu t’sens capable c’est d’te mettre en chien de fusil et d’plus penser à rien.
Nique sa mère le Blizzard.
Si tu t’sens glisser y’aura des mains pour te rattraper.
Nique sa mère le Blizzard.
Creuser, jusqu’au bout. S’arrêter que quand t’as tout enlever.
Nique sa mère le Blizzard.
Tu seras là, tu respireras l’air et tu réaliseras que y’a quelque chose qui a changé.
Nique sa mère le Blizzard.
La nuit sera calme. Personne restera sur le carreau.
Nique sa mère le Blizzard.
Des douleurs, des peines y’en aura, mais on restera debout.

FAUVE.

 

 

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Pourquoi Dieu manque…

20 Juin 2013, 20:54pm

Publié par Fr Greg.

 

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J’aurais aimé déployer une prose des plus grandiloquentes. Un peu de génie n’aurait été que juste politesse envers Celui qui peut tout. Hélas, des poètes, il n’y en a plus et ces quelques lignes seront la complainte pathétique et insensée d’une jeune fille qui croit.

Dieu ! Un terme obscène désignant l’ombre évanouie d’un ancien oppresseur dont nos terres ont été libérées, heureusement libérées ! Mais il fallait bien combler cette place laissée vacante : en ces temps impies, comme il n’est plus de Justice divine, il faut que l’homme érige la sienne pour ne pas se morfondre devant l’inégalité désormais inexpliquée.

Ce n’est pas un hasard si la dictature communiste russe brûlait les églises et si celles de la Chine et de Cuba se déclarent farouchement athées, coupant les ailes du peuple pour mieux le rendre dépendant de la justice sociale qu’il prétend lui offrir.

Nous voilà donc bons à nous rendre coupables et honteux d’une grandeur qui donne le vertige car nous avons appris à regarder en bas. Puisqu’il n’est plus rien pour expliquer le drame, nous voici encombrés d’un complexe de supériorité face à la ruine des autres que seule la nôtre pourra consoler.

Nous voilà bons pour la repentance aveugle offerte aux nations affligées de destins difficiles et aux communautés venues de terres éprouvées par l’Histoire : n’avez-vous pas remarqué que les temps ont vu disparaître Dieu en même temps que la fierté de nous-mêmes ?

Nous voilà bons à traquer l’excellence, taire la médiocrité et détruire le mérite : « 80% de bacheliers » ordonnés par Mitterrand, une école où les enfants ont l’écriture médiocre et la lecture maladroite, des quotas dans les grandes écoles et un niveau scolaire en déclin continuel car il n’est pas juste qu’il existe de bons et de mauvais élèves ; il faut alors se presser à niveler les terrains rugueux et inégaux, couper les têtes qui dépassent et hisser celles qui attendent en bas.

Nous voilà bons à réparer la cruelle nature : pauvres homosexuels sans descendance ! Pauvres couples stériles sans progéniture ! Il nous faut dérober les ventres des autres femmes afin d’offrir justice et égalité aux âmes démunies !

Babel-Bruegel

 

Nous voilà bons à dire que tout est relatif et que tout se vaut puisqu’il serait injuste qu’il y ait beauté et laideur, bassesse et grandeur ! Il nous faut terrer ce qui devrait nous rendre fiers : la qualité des uns offense l’orgueil des autres.

Nous voilà bons à être dépouillés de bravoure, craintifs face au péril, car nous avons oublié l’idée du destin. Le libre arbitre pur venu nous libérer ne nous diminue-t-il pas finalement à bien des égards ?

Nous voilà bons à détester le drame autrefois sublimé, puis à se demander pourquoi l’art est mort en se touchant sur Christine Angot et les tentatives contemporaines d’échapper au médiocre, en empilant des gobelets sur un socle en plastique.

Nous voilà finalement bons à rien déconnectés du Ciel, épris d’une justice vaine et artificielle, car Dieu manque à la France, et c’est de votre faute.

Altana Otovic.

 

http://www.bvoltaire.fr

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Oser montrer ses faiblesses!

19 Juin 2013, 20:44pm

Publié par Fr Greg.

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Citant saint Paul dans la première lecture (2Co 4,7-15), le pape a comparé les chrétiens à de « pauvres poteries sans valeur » qui vivent le « dialogue du salut » avec « la puissance de Jésus-Christ sauveur ».

Ce dialogue, a-t-il expliqué, doit se faire sur le modèle donné par l’apôtre : « tant de fois [Paul] a parlé, comme un refrain, de ses péchés : “j’ai été un persécuteur de l’Eglise.... j’ai persécuté...”. En lui revient la mémoire du péché. Il se sent pécheur. »

En d’autres termes, a ajouté le pape, « chaque fois que Paul parle de son curriculum vitae – “j’ai fait ceci, j’ai fait cela” – il parle aussi de ses ‘faiblesses’ », de ses péchés. Les hommes au contraire « ont toujours la tentation du curriculum, et de cacher un peu les ‘faiblesses’ pour qu’elles ne se voient pas trop ».

Le modèle de Paul vaut aussi « pour les prêtres » : ceux qui « se vantent seulement de [leur] curriculum et rien de plus » finissent par « se tromper » car on ne peut pas « annoncer Jésus-Christ sauveur » si « au fond on ne le sent pas ».

Il s’agit « d’être humbles, mais d’une humilité réelle, avec nom et prénom : “je suis pécheur pour ceci, pour ceci et pour ceci”. Comme le fait Paul », a insisté le pape. Il s’agit de ne pas se présenter sous une image fausse, comme « des portraits d’enfant de choeur », de ne pas se faire passer pour « ingénu », de cette ingénuité « qui n’est pas vraie, qui est seulement apparence ».

L’humilité du chrétien doit être « concrète » : « je suis une poterie sans valeur pour ceci, pour ceci et pour ceci ». Quand un chrétien « ne réussit pas à faire à soi-même, devant l’Eglise, cette confession, quelque chose ne va pas ». Il ne « peut pas comprendre la beauté du salut que porte Jésus-Christ : ce trésor ».

Le seul « trésor » dont le chrétien peut se vanter est « celui de Jésus sauveur, la croix de Jésus-Christ », a poursuivi le pape. Et il s’accompagne d’une « confession de ses péchés » car c’est seulement ainsi que « le dialogue est chrétien et catholique, concret ».

De même, « le salut de Jésus Christ est concret » : « Jésus Christ ne sauve pas avec une idée, avec un programme intellectuel. Il sauve avec sa chair, avec la concrétude de la chair. Il s’est abaissé et s’est fait homme, il s’est fait chair jusqu’au bout. »

Le pape a conclu avec l’image de la samaritaine, qui dit à ses voisins : « j’ai trouvé un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait » : elle a trouvé Jésus sauveur et elle l’annonce en parlant de son péché, a-t-il fait observer.

 

 François, Pape, 15 juin 2013

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FAUVE ≠ BLIZZARD (VERSION LONGUE)

19 Juin 2013, 17:18pm

Publié par Gregoire P.

Premier album "VIEUX FRÈRES - Partie 1" disponible
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Vinyle : http://po.st/VIEUXFRERESvinylpreco
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EP "BLIZZARD"
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Vinyle (+mp3) : http://bit.ly/FAUVE-BLIZZARD-vinyl
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Premier album "VIEUX FRÈRES - Partie 1" disponible iTunes mp3 : http://smarturl.it/VIEUXFRERESiTunespre CD : http://po.st/VIEUXFREREScdpreco Vinyle : http://po.st/VIEUXFRERESvinylpreco Deezer : http://po.st/VF1deezer FAUVE en concert : http://FAUVEcorp.com/concerts FAUVE sur Facebook : http://www.facebook.com/FAUVEcorp S'abonner à la chaîne youtube de FAUVE : http://bit.ly/FAUVE-abonnementYT FAUVE newsletter : http://FAUVEcorp.com/newsletter FAUVE shop : http://depot.FAUVEcorp.com FAUVE sur Youtube : http://www.youtube.com/FAUVEcorp FAUVE sur leur site : http://www.FAUVEcorp.com FAUVE sur Twitter : http://twitter.com/FAUVEcorp FAUVE sur Instagram : instagram.com/FAUVEcorp EP "BLIZZARD" iTunes : http://smarturl.it/BLIZZARDiTunes Vinyle (+mp3) : http://bit.ly/FAUVE-BLIZZARD-vinyl CD Fnac : http://bit.ly/FAUVE-BLIZZARD-CD

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le tube de l'été !

18 Juin 2013, 21:43pm

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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Les deux « piliers du vrai amour »

17 Juin 2013, 11:00am

Publié par Fr Greg.

Les pélerins d'emmaüs

 

 

Les deux « piliers du vrai amour » : d’une part « l'amour se manifeste plus dans les œuvres que dans les paroles ». D’autre part « l'amour consiste plus à donner qu'à recevoir ». Le pape a développé ces critères en s’appuyant sur les lectures du jour.

« Alors que nous n'étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les coupables que nous étions », affirme l’apôtre Paul dans la première lecture (Rm 5,5b-11) : Jésus, a aimé l’homme « non par des paroles mais par les oeuvres, avec sa vie ». Et il « a donné sans rien recevoir » en retour.

Un amour pour chacun

« Aujourd'hui, la liturgie montre l'amour de Dieu dans la figure du pasteur. Psaume 22 : « Le Seigneur est mon berger ». En quoi est-ce que cela consiste ?

Tout d’abord, Dieu « connaît toutes ses brebis », comme l’illustre Ezechiel 34, 11-16 : « La brebis perdue, je la chercherai ; l'égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître avec justice ».

Dieu « les connaît toutes, une à une, par leur nom ». Dieu ne connaît pas les hommes « en groupe », mais « un par un ». Car « l'amour n'est pas un amour abstrait, ou général pour tous ; c'est un amour pour chacun. Et ainsi a aimé Dieu ».

Une proximité inimaginable

Ensuite, « Dieu s'est fait proche » : Dieu « se fait proche par amour et chemine avec son peuple ».

Ce cheminement parvient « à un point inimaginable »,: « on n'aurait jamais pu penser que ce même Seigneur se fasse l'un de nous et chemine avec nous, et demeure avec nous, demeure dans son Eglise, demeure dans l’eucharistie, demeure dans sa parole, demeure dans les pauvres et demeure avec nous en cheminant. C'est la proximité du pasteur ».

Cette proximité est soulignée aussi dans l'Evangile de la brebis perdue et retrouvée (Lc 15, 3-7), où le berger « aime avec tendresse ». Le Seigneur « connaît cette belle science des caresses : il n’aime pas avec des paroles ; il se rend proche et dans cette proximité il donne son amour avec toute la tendresse possible ».

Proximité et tendresse sont « deux facettes de l'amour du Seigneur, qui donne tout son amour, y compris dans les plus petites choses, avec tendresse ». Mais c’est aussi « un amour fort ».

Se laisser aimer

 « le Seigneur le dit : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Il s’agit de « se faire proche du prochain et tendre comme le bon samaritain ».

Pour « rendre au Seigneur » son amour, (il faut) « dire: Oui, en l’aimant, en se rapprochant de lui, en devenant tendres à son égard ».

Mais le plus important, est de « se laisser aimer par lui. Ouvrir son cœur et se laisser aimer », ce qui est « plus difficile que d’aimer Dieu ». Cela signifie « le laisser se faire proche de nous, et le sentir proche. Le laisser se faire tendre, nous caresser ». C'est « si difficile: se laisser aimer par lui ».

 

François, Pape.

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La plus que vive. Avignon 2013. Festival Off.

15 Juin 2013, 22:55pm

Publié par Fr Greg.

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La mort, comme la vie, a ses ritournelles, ses saisons et ses croissances. Aujourd'hui nous sommesau seuil du printemps. Demain, lilas et cerisiers donnerontleurs fêtes. Si je me retourne pour te voir dans tamort débutante, Ghislaine- mais retournern'est pas le mot qui convient,  tu as toujours été en avant, devant -, dans ce temps des derniers gels et des premières floraisons blanches, je te vois commeune jeune femme éclatantde rire sous les giboulées. Ton rire memanque. On peut se laisser dépérir dans le manque.

      On peut  aussi y trouver un surcroît de vie. L'automne et l'hiver qui ont suivi ta mort, je les ai occupés à défricher pour toi ce petit jardin d'encre. Pour y entrer, deux portes-un chant et une histoire.Le chant c'est le mien. L'histoire je n'en suis que le conteur. Je l 'offre à tes enfants, tes oiseaux de paradis, tes trois vies éternelles: Gael, Hélène, Clémence. Je les invite à fouler la terre de ce livre,afin de s'emparer d'une lumièrequi n'est à personne et dont tu fus  la servante exemplaire.

 

Christian Bobin, La plus que vive.

 

 

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Grand nettoyage de printemps

14 Juin 2013, 21:06pm

Publié par Fr Greg.

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Il y a décidément des articles plus délicats à écrire que d’autres. Savoir raison garder et ne pas s’indigner hors de propos. Avec le pape François, il y a de l’hostie sur la planche.

Le successeur de Benoit XVI a donc fait le buzz en évoquant « le lobby gay » du Vatican : « C’est vrai, il existe. Il faut voir ce que nous pouvons faire. (…) Dans la Curie, il y a des gens saints, vraiment. Mais il y a aussi un courant de corruption. » À l’époque du concile Vatican II, Paul VI, évoquait déjà les « fumées de Satan ». Rien de neuf sous le soleil et quand on veut avoir des nouvelles fraiches, on a plus vite fait de relire les épitres de saint Paul…


Les vaticanistes de comptoir voulaient de l’exotique et de l’extra-européen, fatigués qu’ils étaient des Italiens à répétition, du Polonais inusable et de l’Allemand un peu trop Prussien à leur goût. Un pape issu de la diversité devait être le bienvenu… Mauvaise pioche. Du temps de sa jeunesse, François faisait partie d’une certaine jeunesse : les jeunesses péronistes. Il aurait probablement pu faire sienne cette phrase de Dom Helder Câmara, évèque brésilien et figure historique de la théologie de la libération, opportunément rappelée sur ce site par notre confrère Alain de Benoist :« Quand je défends les pauvres, on m’applaudit, mais quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste ! »


Bref, le nouveau patron du Vatican vient de tirer la nappe en plein banquet, faisant voler vaisselle, étiquette et convenances, fustigeant au passage ces « vieilles congrégations sans vocation, peut-être parce que leur mission dans l’Église est terminée, qui restent accrochées à leurs bâtiments et à leur argent… » Ça, c’est un coup de règle sur les doigts des« traditionalistes », permettant d’équilibrer celui donné sur ceux des« progressistes ».


Il y aurait donc un « lobby gay » au Vatican… La belle affaire ! Il y en a bien un en politique, dans le monde des affaires, des restaurateurs, des attachés de presse et même des toiletteurs pour chihuahuas. Alors, au Vatican…


Ce qui, en revanche, promet d’être croquignolet, ce seront les réactions médiatiques. Comment, en effet, accuser l’église catholique d’être rétrograde sur la question du mariage homosexuel tout en réchauffant en son sein un réseau d’homosexuels, pourtant d’autant plus prévisibles qu’ils préfèrent la robe au pantalon ? Entre deux attaques, il va falloir choisir.

Plus sérieusement, et tant qu’à donner dans le grand nettoyage de printemps, François aimerait mener à bien le grand œuvre devant lequel Benoit XVI avait fini par reculer, à savoir ces finances vaticanes dont l’histoire a été jonchée de meurtres et de scandales. « Saint Pierre n’avait pas de compte en banque », affirme-t-il ainsi. Ce n’est pas faux. Et il n’est pas forcément un hasard que ce nouveau pape ait choisi de s’appeler François, comme un autre François, saint François d’Assise, le saint des pauvres.


Bref, un jésuite au Vatican, on ne sait pas trop bien à quoi cela aboutira ; une chose est néanmoins probable : ce pontificat s’annonce rock and roll. Et à côté, les Rolling Stones feront figure de Petits chanteurs à la croix de bois.

 

Nicolas Gauthier.

www.bvoltaire.fr

 

 

 

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Le salut fait peur

13 Juin 2013, 21:49pm

Publié par Fr Greg.

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Pourquoi des personnes sont-elles fermées au salut ?, s’est demandé le pape. Parce que « le salut fait peur », a-t-il répondu : l’homme « a besoin » du salut mais en même temps il a « peur », car « quand le Seigneur vient le sauver, [l’homme] doit tout donner », au point que ce soit le Seigneur qui « commande ».

Et l’homme a « peur de cela » car il veut « commander », il veut être « son propre patron ». A cause de cette peur, « le salut ne peut avoir lieu ».

Le pape a mis en garde contre la fuite, c’est-à-dire la tentation pour l’homme de chercher à « négocier », à prendre ce qui l’arrange, « un peu de ci et un peu de ça ». Cela revient à « faire une macédoine: un peu d’Esprit Saint et un peu de l’esprit du monde », a-t-il expliqué.

Pourtant il faut choisir, « une chose ou l’autre» : « on ne peut servir deux maîtres. Ou bien on sert l’Esprit Saint ou bien on sert l’esprit du monde. On ne peut pas tout mélanger », a-t-il insisté. Sinon, l’homme court le risque de l'hypocrisie, c’est-à-dire « ne pas laisser l’Esprit changer son cœur ».

Liberté et esclavage

Le pape a relevé un paradoxe : alors que la « liberté que donne l’Esprit » semble « une sorte d’esclavage, un esclavage envers le Seigneur », en réalité elle « rend libre ». Tandis que la liberté humaine est « un esclavage envers l’esprit du monde ».

« Seule la sagesse de l’Esprit, rend libre », d’une « liberté qui nait de l’Esprit Saint qui sauve, qui console, qui donne vie », a-t-il ajouté.

Parmi la foule qui suivait Jésus, « nombreux avaient besoin de salut », a-t-il fait observer. Mais il y avait aussi ceux qui « étaient là pour examiner cette nouvelle doctrine et pour se quereller avec Jésus. Ils n’avaient pas le coeur ouvert, ils avaient le cœur fermé » et à cause de cela « Jésus ne pouvait pas les changer ».

Seul « un cœur ouvert » peut aider à comprendre « les nouveaux commandements des Béatitudes » (Mt 5, 1-12) : sans cette ouverture, « être pauvre, être doux, être miséricordieux » semble « insensé ». Les Béatitudes sont « la loi de ceux qui ont été sauvés », la loi « des libres, avec la liberté de l’Esprit Saint ».

Force spéciale de Dieu

Il s’agit donc de garder « le cœur ouvert » et de « goûter la consolation de l’Esprit-Saint qui est salut ». Dans la première lecture (Co 1, 1-7), a fait observer le pape, Paul parle « neuf fois de consolation » sur sept versets.

La lettre de l’apôtre s’adresse aux chrétiens « jeunes dans la foi », à ceux qui « ont commencé depuis peu la route de Jésus ». Ces chrétiens « n’étaient pas tous persécutés. C’était des personnes normales qui avaient leur famille, leur travail », a-t-il poursuivi.

Si Paul « insiste sur cela », a estimé le pape, c’est parce que ces personnes « avaient trouvé Jésus ». Et c’est « un changement de vie tel qu’une force spéciale de Dieu, de l’Esprit-Saint, était nécessaire ; et cette force, c’est la consolation ».

Le pape a défini cette consolation comme « la présence de Dieu dans le cœur » de l’homme, après qu’il lui ait « ouvert la porte ». La conversion, c’est « ouvrir la porte au Seigneur».

En résumé, le salut revient à « vivre dans la consolation de l’Esprit-Saint » et non pas « dans la consolation de l’esprit du monde », qui est « le péché ».

(10 juin 2013) © Innovative Media Inc.

François, Pape.

 

 

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Les femmes et le secret

12 Juin 2013, 20:11pm

Publié par Fr Greg.

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LES FEMMES ET LE SECRET

               Rien ne pèse tant qu'un secret ; 
      Le porter loin est difficile aux Dames : 
               Et je sais même sur ce fait 
               Bon nombre d'hommes qui sont femmes. 
Pour éprouver la sienne un Mari s'écria 
La nuit étant près d'elle : Ô Dieux ! qu'est-ce cela ? 
               Je n'en puis plus ; on me déchire ; 
Quoi ! j'accouche d'un oeuf ! D'un oeuf ? Oui, le voilà 
Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire : 
On m'appellerait Poule. Enfin n'en parlez pas. 
               La femme neuve sur ce cas, 
               Ainsi que sur mainte autre affaire, 
Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire. 
               Mais ce serment s'évanouit 
              ;Avec les ombres de la nuit. 
               L'Épouse indiscrète et peu fine, 
Sort du lit quand le jour fut à peine levé : 
               Et de courir chez sa voisine. 
Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé : 
N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre. 
Mon mari vient de pondre un oeuf gros comme quatre. 
               Au nom de Dieu gardez-vous bien 
               D'aller publier ce mystère. 
Vous moquez-vous ? dit l'autre : Ah ! vous ne savez guère 
      Quelle je suis. Allez, ne craignez rien. 
La femme du pondeur s'en retourne chez elle. 
L'autre grille déjà de conter la nouvelle : 
Elle va la répandre en plus de dix endroits. 
               Au lieu d'un oeuf elle en dit trois. 
Ce n'est pas encore tout, car une autre commère 
En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait, 
               Précaution peu nécessaire, 
               Car ce n'était plus un secret. 
Comme le nombre d'oeufs, grâce à la renommée, 
               De bouche en bouche allait croissant, 
               Avant la fin de la journée 
               Ils se montaient à plus d'un cent. 

Fable, Jean de La Fontaine, 
Les Femmes et le secret,  Livre VIII, fable 6  

 

 

 

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J'accouche d'un œuf! Quoi ?

11 Juin 2013, 21:51pm

Publié par Fr Greg.

 

 

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Cette flamme si fragile...

10 Juin 2013, 18:47pm

Publié par Fr Greg.

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Aimons toujours! aimons encore!

Quand l'amour s'en va, l'espoir fuit.

L'amour, c'est le cri de l'aurore,

L'amour, c'est l'hymne de la nuit.

 

Ce que le flot dit aux rivages,

Ce que le vent dit aux vieux monts,

Ce que l'astre dit aux nuages,

C'est le mot ineffable: Aimons!

 

L'amour fait songer, vivre et croire.

Il a, pour réchauffer le cœur,

Un rayon de plus que la gloire,

Et ce rayon, c'est le bonheur!

 

Aime! qu'on les loue ou les blâme,

Toujours les grands cœurs aimeront:

Joins cette jeunesse de l'âme

A la jeunesse de ton front!

 

Aime, afin de charmer tes heures!

Afin qu'on voie en tes beaux yeux

Des voluptés intérieures

Le sourire mystérieux!

 

Aimons-nous toujours davantage!

Unissons-nous mieux chaque jour.

Les arbres croissent en feuillage;

Que notre âme croisse en amour!

 

Soyons le miroir et l'image!

Soyons la fleur et le parfum!

Les amants, qui, seuls sous l'ombrage,

Se sentent deux et ne sont qu'un!

 

Les poètes cherchent les belles.

La femme, ange aux chastes faveurs,

Aime à rafraîchir sous ses ailes

Ces grands fronts brûlants et rêveurs.

 

Venez à nous, beautés touchantes!

Viens à moi, toi, mon bien, ma loi!

Ange! Viens à moi quand tu chantes,

Et, quand tu pleures, viens à moi!

 

Nous seuls comprenons vos extases;

Car notre esprit n'est point moqueur;

Car les poètes sont les vases

Où les femmes versent leur cœur.

 

Moi qui ne cherche dans ce monde

Que la seule réalité,

Moi qui laisse fuir comme l'onde

Tout ce qui n'est que vanité,

 

Je préfère, aux biens dont s'enivre

L'orgueil du soldat ou du roi,

L'ombre que tu fais sur mon livre

Quand ton front se penche sur moi.

 

Toute ambition allumée

Dans notre esprit, brasier subtil,

Tombe en cendre ou vole en fumée,

Et l'on se dit: «Qu'en reste-t-il?»

 

Tout plaisir, fleur à peine éclose

Dans notre avril sombre et terni,

S'effeuille et meurt, lys, myrte ou rose,

Et l'on se dit: «C'est donc fini!»

 

L'amour seul reste. O noble femme,

Si tu veux, dans ce vil séjour,

Garder ta foi, garder ton âme,

Garder ton Dieu, garde l'amour!

 

Conserve en ton cœur, sans rien craindre,

Dusses-tu pleurer et souffrir,

La flamme qui ne peut s'éteindre

Et la fleur qui ne peut mourir!

 

 

Victor Hugo

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parler dans la vérité de l’amour

9 Juin 2013, 21:51pm

Publié par Fr Greg.

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« Maître, nous le savons : tu es toujours vrai ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens, mais tu enseignes le vrai chemin de Dieu » (Mc 12, 13-17).

Mais « ils ne croyaient pas à ce qu’ils disaient, c’était une flatterie », un « discours de flatteur, avec des paroles souples, avec de belles paroles, avec des paroles trop sucrées ».

Ce discours, a-t-il poursuivi est « le langage des corrompus, la langue de l'hypocrisie » et l’évangéliste précise que Jésus le sait : « sachant leur hypocrisie ». Les corrompus « n’aiment pas la vérité. Ils aiment seulement eux-mêmes et cherchent à tromper, à impliquer l’autre dans leur mensonge. Ils ont le cœur menteur; ils ne peuvent pas dire la vérité ».

L’hypocrisie « est le langage de Satan après le jeûne dans le désert : tu as faim ? Tu peux transformer cette pierre en pain. Pourquoi tant de travail ? Jette-toi du haut du temple. Ce langage qui semble convaincant porte à l'erreur, au mensonge ».

Ce langage est une tentative de « persuasion diabolique », dont les pharisiens feront usage également auprès de Pilate au moment de la Passion : « nous n’avons pas d’autre roi que César ». Par ce langage, ceux qui semblent « louer » le Christ « finissent par le trahir et l’envoyer sur la croix. Mais Jésus les regarde en face et leur dit : hypocrites ! ».

Le langage des enfants

Au contraire, le « langage de vérité » fonctionne « avec l’amour », « il n’y a pas de vérité sans amour : l'amour est la première vérité. Et s’il n’y a pas d’amour il n’y a pas de vérité ».

Chez les hypocrites « la vérité est esclave de leur propres intérêts » et le seul amour qu’on peut y trouver c’est « l’amour de soi », une « idolâtrie narcissique qui les porte à trahir les autres et aux abus de confiance ».

« La douceur que Jésus demande n’a rien, rien à voir avec cette flatterie, avec cette façon sucrée d’avancer. Rien. La douceur est simple, comme celle d’un enfant; et un enfant n’est pas hypocrite, parce qu’il n’est pas corrompu. Quand Jésus dit : que votre oui soit oui, que votre non soit non, avec une âme d’enfant, c’est le contraire de ce que disent les corrompus ».

Chacun a « une certaine faiblesse intérieure », une vanité, qui aime « que l’on dise du bien de soi, demandons-nous aujourd’hui quel est notre langage : parlons-nous en vérité avec amour ou bien parlons-nous un peu avec ce langage » hypocrite ?

« Que notre façon de parler soit évangélique, Que ce soit le langage des simples, des enfants, des fils de Dieu: parler dans la vérité de l’amour ».

Pape François.

 

 

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un acteur, c'est celui qui déchiffre non pas les mots mais les cicatrices (III)

8 Juin 2013, 20:20pm

Publié par Fr Greg.

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Oui, quand vous dites Molière ou Paul Valéry, on l'entend. Mais le même texte dit par d'autres ne produit pas nécessairement le même effet...

F.L. Vous me mettez dans une position impossible. Je ne peux pas être juge de moi-même, c'est votre boulot, ça. Soit je prends l'air faussement modeste [il prend une voix tourmentée] : "Je ne sais pas d'où ça vient... une énigme", ou alors je fais [il prend une voix très assurée] : "Oui, c'est parce que j'ai pas mal bossé." Donc je suis dans une impasse par rapport à votre question. La seule réponse valable est donc : c'est une passion qui est ma passion. Je voulais que ce que j'aime s'entende. Mais pour cela, il faut au moins trente ou quarante ans de votre vie. Moi, je suis au plus près du texte. Les gens n'osent pas dire que c'est le texte qui est génial, alors ils disent : "Oh, quel interprète !" Mais non... Ce n'est pas de la fausse vanité, mais je vous assure : c'est le texte. Il suffit de le suivre. Prenez La Fontaine : "Une tortue était, à la tête légère, qui, lasse de son trou, voulut voir le pays..." Si ce texte n'éveille pas en vous tout ce qu'il y a de burlesque, d'inquiétant, de prodigieux... Mais c'est le texte de La Fontaine qui fait ça, pas la diction de Luchini ! Moi, je ne fais que le faire résonner. 

Vous êtes quand même plus doué pour dire La Fontaine ou Céline que pour être coiffeur...

F.L. C'est vrai, je n'étais pas hyper-doué avec mes doigts et mes ciseaux, même pour faire des coupes au carré. En trente ans, je n'ai fait qu'une seule action : lire les grands textes. Mais il faut avoir une nature suffisamment ébranlée et douloureuse pour être acteur. Cela dit, je n'ai aucune conscience de ma spécificité. Aucune. Moi, je suis un mec normal avec une vie normale, des week-ends normaux. Revenons à La Fontaine : "Certain ours montagnard, ours à demi léché." Ours à demi léché. Formidable ! On ne sait pas : il n'est pas mal léché, il n'est pas bien léché, il est "à demi" léché. Ça a l'air de rien mais c'est une nuance. "Certain ours montagnard, ours à demi léché, [...] Nouveau Bellérophon vivait seul et caché. Il fût devenu fou, la raison d'ordinaire n'habite pas longtemps chez les gens séquestrés. Il est bon de parler, et meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés." Non mais vous entendez comme c'est écrit ! Ce n'est pas écrit, c'est autre chose !... Là où les écrivains écrivent, La Fontaine, lui, est dans le nerf ! C'est du miracle. Il n'y a aucune rhétorique.  

En ce moment, je travaille Baudelaire. Je prépare un spectacle sur la musique classique et Baudelaire, qui sera un spectacle hyper-pointu, avec du piano, une chanteuse d'opéra, etc... Je ne suis pas fou de Baudelaire mais je suis fasciné par la belle oeuvre, le bel ouvrage : "Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres ; adieu vive clarté de nos étés trop courts ! J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres le bois retentissant sur le pavé des cours. Tout l'hiver va rentrer dans mon être : colère, haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé, et, comme le soleil dans son enfer polaire, mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé. J'écoute en frémissant chaque bûche qui tombe ; l'échafaud qu'on bâtit n'a pas d'écho plus sourd." Ça, c'est une forme prodigieuse. Mais La Fontaine est supérieur ! La Fontaine est supérieur à Baudelaire parce que ce n'est pas la forme mais l'éblouissement. Baudelaire, c'est le génie de la forme, une ciselure qu'on peut simplement suivre. Mais je crois qu'il faut se méfier du génie de la forme. La Fontaine, on peut l'aborder sans cette méfiance. Sans aucune méfiance : "Il est bon de parler mais meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais, alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire dans les lieux que l'ours habitait, si bien que tout ours qu'il était, il vint à s'ennuyer de cette triste vie." Vous rendez-vous compte ? "Si bien que tout ours..." D'ailleurs, on ne doit pas dire le s de "ours" : "Si bien que tout our qu'il était, il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Il est bon de parler, meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais, alors qu'ils sont outrés. Nul animal n'avait affaire dans les lieux que l'our habitait." A chaque fois il nous en envoie une ! Il y a tout Raymond Devos, en une phrase. Voilà : d'un côté, on a Baudelaire qui est un génie de la forme, de l'autre, on a La Fontaine qui est un génie tout court. 

Au cours de ces trente-cinq dernières années passées à satisfaire votre passion des grands textes, qu'avez-vous sacrifié ?

F. L. L'aspiration à un bonheur conjugal quotidien, organique et ménager. Ce qui est un beau projet. Le drame de l'époque est que tout le monde se prend pour Lautréamont. Mais personne n'est Lautréamont. Nous sommes tous des petits-bourgeois, très médiocres, et on devrait la fermer ! L'autre jour, je me promenais dans une rue de Paris et je regardais un homme marcher, quelques mètres derrière sa femme, puis entrer chez un marchand de pâtés pour acheter quelque chose qui avait l'air d'être très important pour eux. Il y a dix ans, je me serais peut-être dit : "Quelle vie médiocre !" Mais aujourd'hui, au contraire, je trouve cela formidable : tous les êtres sont philosophes sans le faire exprès. 

Qui aimez-vous parmi les philosophes ?

F.L. Nietzsche, bien sûr. Nietzsche est l'homme qui a découvert que personne ne supporte la vie. C'est la grande découverte. Personne ne supporte la vie et donc nous nous vengeons. En permanence, nous nous vengeons. "Avant moi, la philosophie n'a fait que se venger", dit Nietzsche. Il n'aimait pas la vie. Mais quel philosophe aime la vie ? Et puis, la philosophie, ce n'est pas facile. Ce n'est pas "cool". Ce n'est pas "sympa". Il faut faire un effort. Mais c'est ça qui rend la littérature si essentielle : il faut faire des efforts ! Mais attention, en étant nietzschéen, c'est-à-dire en faisant sienne cette phrase fabuleuse : "Tuons l'esprit de pesanteur !" 

Mais il y a aussi du plaisir à lire...

F.L. Moi, je n'ai aucun plaisir à lire. 

Allons !

F.L. Parole d'honneur ! Pour moi, lire, c'est être actant et non pas être absorbé. Il y a des gens qui aiment l'histoire et qui sont pris dans l'histoire que raconte un roman. Moi, je suis incapable d'être pris dans une histoire. J'ai un immense plaisir de comédien lorsque je lis sur scène, lorsque la lecture devient orale, mais l'attitude de prendre un livre et lire dans ma tête ne m'apporte aucun plaisir. D'ailleurs, il y a plein de livres que je n'ai pas réussi à terminer... 

Lesquels ?

F.L. Dois-je l'avouer ? Des livres que l'on dit éternels. L'homme sans qualités, par exemple, de Robert Musil. Proust, aussi. Je n'ai jamais pu dépasser Sodome et Gomorrhe : il y a résistance. Pourtant, Proust, c'est très grand. Non, je n'ai pas un rapport heureux à la littérature. J'ai un rapport très malheureux à Henry James ou à Virginia Woolf : j'essaie à chaque fois de m'y mettre et je ne sais pas le faire, je n'y arrive pas. Ça ne me parle pas... Je lis peu, d'ailleurs. Mais pour une excellente raison : je suis au théâtre tous les soirs et pendant deux heures et quart je dis de la littérature. Alors, le soir, quand je rentre, ou bien le week-end, chez moi, j'éprouve un besoin impérieux de me replonger dans les livres que j'aime. Nietzsche. Céline. Flaubert. Quand je lis, c'est de manière compulsive, répétitive, obsessionnelle. Je lis dix fois, cinquante fois, soixante-douze fois le même livre du même auteur. Nietzsche disait : "Lire lentement, plein d'arrière-pensées et plein de portes ouvertes." "Mais nous lisons très peu", ajoutait-il, lui qui devait lire énormément. "Nous n'avons pas besoin pour vivre de l'impulsion de l'imprimé. Nous lisons très peu mais nous refermons les livres de savants avec un grand soulagement. Nous les refermons parce qu'on y sent partout la bosse du spécialiste. Tout métier voûte." Vous savez, quand vous avez lu ça, vous n'avez pas besoin d'aller plus loin : "Tout métier voûte." Je n'ai pas de plaisir au roman. J'ai du plaisir à Flaubert, en revanche. J'ai relu tout Thomas Bernhard, une fois de plus. C'est vous dire que je m'ennuie ! Il y a quand même quelque chose de très, très, très douloureux dans mon histoire, parce que se retaper Thomas Bernhard pour dire au bout du compte que je l'adore mais que c'est un imposteur... Il y a des choses démentes chez cet écrivain : il interdit l'argent aux artistes, par exemple. Il dit que, pour qu'un artiste s'épanouisse, il faut lui couper toutes les bourses. Marche ou crève ! J'aimerais bien le lire un jour à Avignon, lui qui est contre toute subvention ! Pour lui, l'artiste doit créer ou crever. Il a une position totalement démente mais que je trouve très drôle. 

Vous parliez de Flaubert. Qu'aimez-vous chez lui ?

F.L. Tout. Je suis un fou de Flaubert. L'éducation sentimentale : "Il voyagea." Dernier chapitre. "Il connut la mélancolie des paquebots." Indépassable ! J'ai dû lire au moins trente fois Madame Bovary. Un coeur simple a été l'objet d'un spectacle. "Elle avait eu, comme une autre, son histoire d'amour. Son père, un maçon, s'était tué en tombant d'un échafaudage. Puis sa mère mourut, ses soeurs se dispersèrent, un fermier la recueillit, et l'employa toute petite à garder les vaches dans la campagne. Elle grelottait sous des haillons, buvait à plat ventre l'eau des mares, à propos de rien était battue, et finalement fut chassée pour un vol de trente sous, qu'elle n'avait pas commis. Elle entra dans une autre ferme, et devint fille de basse-cour, et comme elle plaisait au patron, ses camarades la jalousaient. Un soir du mois d'août (elle avait alors dix-huit ans), ils l'entraînèrent à l'assemblée de Colleville. Tout de suite, elle fut étourdie, stupéfaite par le tapage des ménétriers, les lumières dans les arbres, la bigarrure des costumes, les dentelles, les croix d'or, cette masse de monde sautant à la fois. Elle se tenait à l'écart modestement, quand un jeune homme d'apparence cossue et qui fumait sa pipe les deux coudes sur le timon d'un banneau, vint l'inviter à la danse. Il lui paya du cidre, du café, de la galette, un foulard, et, s'imaginant qu'elle le devinait, offrit de la reconduire. Au bord d'un champ d'avoine, il la renversa brutalement. Elle eut peur et se mit à crier. Il s'éloigna." C'est tout le génie de Flaubert, ces trois phrases : "Elle eut peur et se mit à crier. Il s'éloigna." C'est sublime. Et j'aime beaucoup, évidemment, la correspondance... 

Et la littérature contemporaine ?

F. L. Je dois avouer que les romans qui racontent que Jean s'occupe de Jean-Pierre (ou Jeannine), qui rentre du boulot et a un problème d'ascenseur, se met à écrire puis n'écrit plus, prend le métro ou le train... tout cela ne m'intéresse pas. Je suis sûr qu'il y a des choses très bien dans ce qui paraît en ce moment mais... je n'arrive pas à m'y intéresser, désolé. Dernièrement, j'ai lu Cioran. Son journal. Et le journal de Cocteau, aussi. Mais la littérature contemporaine... Si, j'aime beaucoup Philippe Muray. Il faut lire absolument ses Exorcismes spirituels. Il a inventé l'horreur du festif, l'horreur du débat. C'est un réac, mais un écrivain génial. Sa critique de la société actuelle est fabuleuse. Très violente, aussi... J'adore ce texte sur Ségolène Royal : "Ce sourire-là n'a jamais ri." Je me dis toujours que, quand j'arrêterai de travailler, je deviendrai enfin un lecteur normal, qui lit tout ce qui sort, qui suit la rentrée littéraire... Mais, non, je n'ai pas un rapport serein à la littérature. Je voudrais attaquer Chateaubriand. Ça m'impressionne, mais je sens que je vais bientôt réussir à y aller ! Chateaubriand et Balzac. Je sens que ça peut me plaire. 

 


http://www.lexpress.fr/

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un acteur, c'est celui qui déchiffre non pas les mots mais les cicatrices (II)

7 Juin 2013, 20:15pm

Publié par Fr Greg.

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Comment y parvient-on ?

F.L. D'abord, j'étais terrorisé. A cause de sa vie. A 18 ans, on veut aimer Rimbaud, Céline et Che Guevara. Et puis quand on apprend qui ils sont... Même Rimbaud n'était pas très sympa, hein ? Alors, voilà, je découvre leur vie et je suis terrorisé. Et puis, on lit. Tout simplement. Si j'arrive à dire Céline pas trop mal, c'est parce que Céline est mon obsession. Trente ans d'obsession. C'est le temps qu'il faut pour pouvoir dire les textes de Céline correctement. Trente ans d'obsession du passage de l'écrit à l'oral. Voilà : si on ne s'est pas demandé comment l'écrit pouvait devenir de l'oral, si on ne s'est pas demandé comment oraliser l'écrit sans le trahir, alors on ne peut pas réussir. C'est quoi, l'écrit ? Ça n'a l'air rien de rien, cette question, mais on doit se la poser de façon quasiment névrotique. L'imprimé, c'est des cicatrices, pas des mots. 

C'est-à-dire ?

F.L. Je parle des cicatrices organiques dont les mots sont porteurs. Les mots sont des planches jetées sur un abîme. Et un acteur, c'est celui qui déchiffre non pas les mots mais les cicatrices. Dès l'âge de 26, 27 ans, je ne me suis plus occupé que de ça : les cicatrices. Je suis un obsédé de la note. La note qui se trouve dans la phrase. C'est ça, travailler un texte. Mon obsession, avec Céline, était la suivante : comment restituer la perfection de l'écrit dans une oralité qui ne trahisse pas les intentions premières de l'œuvre ? Voilà. Cette obsession est devenue une passion. Je travaillais tout le temps : pendant les dîners, la nuit, pendant que je jouais d'autres pièces ou des rôles de cinéma... Aujourd'hui, j'en suis sorti mais cette passion m'a occupé au moins trente-cinq ans de ma vie. 

Votre spectacle, Le point sur Robert, se présente comme une anthologie littéraire : vous évoquez Perceval le Gallois, Chrétien de Troyes, La Fontaine, mais aussi Paul Valéry, Roland Barthes...

F.L. Ce spectacle, Le point sur Robert, c'est cinquante pour cent d'écriture quotidienne pondue par moi qui ne suis évidemment pas un écrivain et qui dois avoir une efficacité sur scène. J'ai écrit ce spectacle parce que j'avais envie de m'amuser, de sortir du carcan. Je me suis donc trouvé une voie médiane, entre le respect de Paul Valéry et le plaisir que j'ai à jouer Chrétien de Troyes mais aussi en alternant avec ma rencontre, réelle, avec Roland Barthes. 

Comment faire pour toucher le grand public avec les textes de Valéry ou de Barthes, plus exigeants, peut-être, que ceux de Céline ou de La Fontaine ?

F.L. Il n'y a pas de recette. Cela passe, me semble-t-il, par l'abandon obligatoire de la spécificité des choses difficiles et rares. Mais Barthes et Valéry ne sont pas difficiles ! C'est peut-être aussi le résultat d'un malentendu. Quand je vois tous ces gens sortir du théâtre, je ne peux m'empêcher de me demander qui consomme quoi. Pour répondre à votre question, pour toucher le grand public il faut oser s'amuser. Le point sur Robert est un spectacle très agréable à jouer. On ne peut pas dire du Rimbaud pendant une heure et demie ou deux heures. Même chose avec Valéry. En revanche, au milieu d'un spectacle... 

Comment avez-vous choisi les textes et les auteurs qui composent ce spectacle ?

F.L. C'est sorti comme ça ! J'étais en train de dire Rimbaud, langue prodigieuse, et j'ai eu envie de comprendre ce qu'était une langue qui ne levait pas. La langue de Paul Valéry, par exemple. Car la langue de Valéry est éblouissante mais elle est sèche. Oui, c'est une langue qui ne lève pas ! Quand Valéry écrit Tel quel, il ne le fait pas pour être Molière mais pour dire : "Ce qui nous force à mentir est fréquemment le sentiment que nous avons de l'impossibilité chez les autres qu'ils comprennent entièrement notre action. Ils n'arriveront jamais à en concevoir la nécessité, qui à nous-mêmes s'impose sans s'éclaircir. Je te dirai ce que tu peux comprendre. Tu ne peux comprendre le vrai, je ne puis même essayer de te l'expliquer. Je te dirai donc le faux. C'est là le mensonge de celui qui désespère de l'esprit d'autrui, et qui lui ment, parce que le faux est plus simple que le vrai. Même le mensonge le plus compliqué est plus simple que le vrai." 

Ça lève, là, quand même, la langue...

 

F.L. Ah oui ! Mais par le concept, par la pensée. Ça ne lève pas comme : "J'étais sur le théâtre, en humeur d'écouter la pièce qu'à plusieurs j'avais ouï vanter. Les acteurs commençaient, chacun prêtait silence - je vous file juste ça - lorsque d'un air bruyant et plein d'extravagance, un homme à grands canons est entré brusquement en criant : "Holà-ho ! Un siège, promptement !" Et de son grand fracas surprenant l'assemblée, dans le plus bel endroit a la pièce troublée. Hé ! mon Dieu ! nos Fran-çais, si souvent redressés, ne prendront-ils jamais un air de gens sensés, ai-je dit, et faut-il sur nos défauts extrêmes qu'en théâtre public nous nous jouions nous-mêmes, et confirmions ainsi par nos éclats de fous ce que chez nos voisins on dit partout de nous ? Tandis que là-dessus je haussais les épaules, les acteurs ont voulu continuer leurs rôles. [Il s'exclame] Mais l'homme pour s'asseoir a fait nouveau fracas, et traversant encore le théâtre à grands pas, bien que dans les côtés il pût être à son aise, au milieu du devant il a planté sa chaise." [Les fâcheux de Molière] Ça, c'est prodigieux, ça, c'est une turbo. Il y a un moteur là-dedans : on ne sait plus comment ça commence ni comment ça s'arrête. Quand on est acteur de ça, c'est une propulsion ! 

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un acteur, c'est celui qui déchiffre non pas les mots mais les cicatrices

6 Juin 2013, 20:11pm

Publié par Fr Greg.

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"Tout esprit profond avance masqué", assurait Nietzsche. Au royaume des comédiens, Fabrice Luchini occupe une place sans pareille. Luchini, disons-le tout net, est le meilleur ami des lecteurs que nous sommes. Il suffit de l'écouter, un soir, sur scène, lorsqu'il lit Céline, La Fontaine, Molière, Roland Barthes ou Paul Valéry : on découvre d'une oreille nouvelle ce que l'on croyait pourtant connaître par coeur ! Ses masques, Fabrice Luchini n'a pas l'intention de les tomber. Pas tout de suite.

Pourtant, Robert (devenu Fabrice) Luchini n'a pas un rapport heureux à la littérature. Dans la bibliothèque de son appartement parisien, on trouve ses écrivains cultes mais aussi le théâtre de Guitry et de Cocteau, de très nombreux journaux intimes (Léautaud, Cioran, Cocteau, des dizaines d'autres) mais pas de romans contemporains et assez peu de "classiques". Il a le courage de dire qu'il n'aime pas Dostoïevski ni Zola, qu'il n'arrive pas à lire Henry James ou Virginia Woolf et, surtout, il explique par quel miracle il parvient à rendre aux textes les plus sublimes de la littérature toute leur saveur. 


Quand on vous entend lire des textes que nous croyons connaître (La Fontaine, Molière, Céline et tant d'autres...), on les redécouvre comme s'ils étaient entièrement neufs. En êtes-vous conscient et comment l'expliquez-vous ?

Fabrice Luchini. La réponse est simple : je suis persuadé que ces textes étaient structurés, pensés pour être dits. Et pourtant, je ne suis pas fanatique du danger que représente le "dire" d'un texte écrit qui, obligatoirement, altère les "harmonies premières". 

Comment vous est venue l'idée de dire les grands textes seul en scène ?

F.L. C'était en 1986. Jean-Louis Barrault m'a proposé de dire des passages de Voyage au bout de la nuit seul sur scène. J'étais complètement terrorisé à l'idée de toucher à Céline. Et puis j'ai joué. Huit fois. A 18 h 30. A plat. Sans dramaturgie. Parce que j'avais une totale passion pour ce livre. Et puis un jour, j'aperçois une silhouette dans la salle. On me dit : "C'est Madame Lucette Destouches." Pour un célinien, c'est énorme ! 

C'est quoi, être célinien ?

F.L. Etre célinien ? C'est sortir de la chose écrite. C'est sortir du petit pré carré littéraire de la rue des Saints-Pères, Paris VIe. Céline, lui, fout une merde noire partout ! Il invente une langue et il les anéantit tous ! Céline, c'est avant tout un immense poète. Le voyage au bout de la nuit, il y a des critiques qui essayent de dire que c'est de la trompette, fort, sonore... Non, non ! C'est beaucoup plus pervers. Oui, il faut un génie pervers pour mettre ensemble le populaire, l'argot et Racine. Céline, c'est le mélange de ces trois choses. En mêlant la phrase extraordinairement bien écrite, par une rupture, avec de l'organique argotique et en la dotant d'une sensibilité unique, il a créé une langue. Ceci, par exemple : "Moi je m'étais trouvé pour la pratique un petit appartement au bord de la zone d'où j'apercevais bien les glacis et l'ouvrier toujours qui est dessus, à regarder rien, avec son bras dans un gros coton blanc, blessé du travail, qui sait plus quoi faire et quoi penser et qui n'a pas assez pour aller boire et se remplir la conscience. Molly avait eu bien raison, je commençais à la comprendre. Les études ça vous change, ça fait l'orgueil d'un homme. Il faut bien passer par là pour entrer dans le fond de la vie. Avant on tourne autour seulement. On se prend pour un affranchi mais on bute dans des riens..." Alors, voilà : "Et l'ouvrier toujours qui est dessus, à regarder rien." C'est génial ! Qui pourrait, en 1928, écrire : "L'ouvrier qui est dessus, à regarder rien " ? Au-delà même de l'invention d'une langue, Céline a fait éclater la confidence personnelle du "moi-je". Le philosophe Gilles Deleuze dit que Céline et Proust sont les deux plus grands, parce que Céline ne parle jamais de sa misère mais de la misère et Proust ne parle pas de son enfance mais de l'enfance. Céline a éjecté la littérature du domaine privé, il l'a élevée à l'universel. Ce n'est pas une affaire privée, la littérature. Et c'est pour cela qu'on aime Flaubert, Proust ou Céline. La littérature comme affaire privée, c'est ce qui paraît aujourd'hui. Je ne veux pas être méchant mais il y a des pauvres gens qui sont obligés d'en pondre. Alors ils pondent, ils pondent, ils pondent... 

Vous ne lisez jamais de romans contemporains ?

F.L. Non. Pas le temps. Flaubert. Céline. Oh, il y a sûrement des choses merveilleuses. On me le dit parfois. Céline est important dans ma vie parce que c'est le premier livre que j'ai lu. J'avais dix-sept ans. Imaginez ! Je vis à Paris, à Montmartre, dans un milieu bizarre composé de voyous et de types qui sortent de prison et je tombe sur Céline... Cette description de sa mère, lorsqu'elle vient le rejoindre après la guerre... Oui, je tombe en arrêt devant ceci : "Nous parcourûmes ensemble avec ma mère des rues et des rues du dimanche. Elle me racontait les choses menues de son commerce, ce qu'on disait autour d'elle de la guerre, en ville, que c'était triste la guerre, épouvantable même, mais qu'avec beaucoup de courage nous finirions tous par en sortir, les tués pour elle c'était rien que des accidents, comme aux courses, y n'ont qu'à bien se tenir, on ne tombait pas. En ce qui la concernait elle n'y découvrait dans la guerre qu'un grand chagrin nouveau qu'elle essayait de ne pas trop remuer ; il lui faisait comme peur ce chagrin ; il était comblé de choses redoutables..." Il ne lâche jamais l'affaire, Céline. Il parle d'un élément, il dit : "La tante à Bébert rentrait des commissions." C'est le seul écrivain qui est capable d'écrire une phrase aussi banale. "La tante à Bébert rentrait des commissions." Il y a toute la dramaturgie, dans cette phrase ! C'est Shakespeare ! Il est capable, lui, au lieu d'inventer du lyrisme et de la fausse poésie, de rendre un événement dramaturgique en écrivant : "La tante à Bébert rentrait des commissions." On est déjà étonné, intéressé. Avant, il a décrit Bébert, en disant de lui : "Sur sa face livide dansotait cet infini petit sourire d'affection pure que je n'ai jamais pu oublier. Une gaieté pour l'univers. Peu d'êtres en ont encore un petit peu après les vingt ans passés de cette affection facile, celle des bêtes. Le monde n'est pas ce qu'on croyait ! Voilà tout ! Alors, on a changé de gueule ! [...] Tout de la vache qu'on devient en moins de deux !" J'aime pas "Tout de la vache", mais j'aime "Sur sa face livide dansotait cet infini petit sourire d'affection pure que je n'ai jamais pu oublier. Une gaieté pour l'univers. Peu d'êtres en ont encore un petit peu après les vingt ans passés de cette affection facile..." Il ne lâche jamais... Je ne veux pas attaquer de petits ennemis, mais que tous ceux qui parlent mal de Céline baissent d'un ton : ils n'atteignent pas son génie poétique. 

Le Voyage est génial. Mais les autres livres ?

F.L. On le sait tous, après Mort à crédit, il y a des problèmes. C'est des pamphlets, c'est la folie, c'est la démence. Et après il y a Nord, qui est quand même moins fort... Et alors ? Il reste le Voyage. Moi, je lis ça à 17 ans et je me dis : "C'est prodigieux !" Et je me mets à l'apprendre par coeur. Dix ans plus tard, on me demande de le dire chez Barrault. Et je l'ai joué pendant quinze ans. Ça a commencé avec la banlieue de La Garenne- Rancy. Et puis, après, l'arrivée à New York : "Figurez-vous qu'elle était debout leur ville. Absolument droite. New York c'est une ville debout. On en avait déjà vu nous des villes bien sûr, et des belles encore, et des ports et des fameux même. Mais chez nous, n'est-ce pas, elles sont couchées les villes, au bord de la mer ou sur les fleuves, elles s'allongent sur le paysage, elles attendent le voyageur, tandis que celle-là l'Américaine, elle ne se pâmait pas, non, elle se tenait bien raide, là, pas baisante du tout. Raide à faire peur." La partie américaine est beaucoup plus difficile à jouer parce qu'elle est plus descriptive et qu'il y a moins de personnages pittoresques, comme la tante à Bébert. 

Lucette Destouches, la veuve de Céline, a dit plusieurs fois à quel point elle aimait votre spectacle sur Céline. Comment avez-vous réagi ?

F.L. C'était énorme ! Pendant une quinzaine d'années, j'ai été invité à Meudon tous les mois, le dimanche. J'y croisais François Gibault, et tout un tas de gens. Et puis un jour, Lucette me dit que Céline l'appelait la nuit, il lui racontait qu'il avait l'ambition que le Voyage soit dit. Tout est là ! Céline n'a pas écrit de l'oral. Ce serait trop simple. Il écrit, point final. Et son écriture n'obéit qu'à une seule ambition : restituer l'émotion du langage parlé dans la langue écrite qui, pour lui, n'est qu'une langue morte. Céline fait cela pour atteindre le nerf de l'émotion. Pas l'émotion, non, mais le nerf de l'émotion ! Et, pour lui, le nerf se situe dans l'oralité, dans la langue parlée. Et pourtant, il n'écrit pas une langue parlée. Il écrit une langue écrite mais qui aboutit à une langue que le lecteur a l'impression de parler. 

Il y a donc une façon différente de lire Céline selon qu'on est lecteur ou acteur ?

 

F.L. Oui, c'est exactement cela. Le lecteur lit une écriture écrite et pense qu'il s'agit d'une écriture parlée, mais l'acteur qui travaille l'oralité d'une langue écrite doit faire très attention à ne pas oraliser bêtement. 

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