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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Ô bienheureuse faute !

31 Mars 2013, 01:07am

Publié par Fr Greg.

« Ô nécessaire péché d’Adam, que la mort du Christ a détruit,

Ô heureuse faute qui nous a mérité un tel et un si grand Rédempteur ! »

Exultet, Vigile Pascale.

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« Ô Felix culpa ! » « Ô Heureuse faute ! » Voilà ce que nous proclamons au monde et à nous-même pendant cette nuit pascale ! Ce qui est au cœur de notre foi –et qui n’est pas sans poser problèmes à nos intelligences cartésiennes et pharisiennes, moralistes et empresser de juger selon des schèmes étriqués et mesquins!!     

 


 La faute d’Adam, ce péché originel dont nous avons tous hérité à travers ses conséquences, voilà qu’elle devient le lieu d’un magnificat, d’une exultation ! Ce qui empoisonne notre vie quotidienne, et dont les conséquences –l’orgueil, la jalousie et nos vanités- ne mourront en quelque sorte qu’après nous, deviennent malgré elles, source de joie ! Cette faute, ce premier refus d’être pauvre face à un don excédant nos capacités et qui apparaissait à notre condition humaine comme quelque chose de négatif –tu ne mangeras pas…-  ce « non originel » a comme permis à Dieu de se donner encore plus à nous. Comment ?
  


Alors que nous étions créés juste face à Dieu, la faute originelle nous a blessée d’une manière telle qu’elle a comme hâté, obligé Dieu de s’abaisser vers nous, et de se donner à nous d’une manière toute nouvelle. En effet, nos pauvretés et nos misères, tout ce qui humainement nous diminue, est devenue l’occasion pour Dieu d’un don nouveau ! Comment ?

 

Dieu nous a donné l’existence, la vie, toutes nos capacités spirituelles, sensibles, cet univers qui est comme notre grand jardin, ce dont nous pouvons user pour nous développer. Ce ‘non’ premier a mutilé, handicapé notre existence, nos capacités. Même notre univers est touché par cette faute et ces conséquences. Et Dieu y a répondu, non pas en nous rétablissant dans cette harmonie première, mais en se donnant lui-même ! Nous avions reçu une existence humaine. L’ayant abimé, nous recevons Dieu lui-même !! Ayant défiguré notre existence créé, nous recevons directement l’Incréé ! Celui qui subsiste se donne à nous dans la plus grande des proximités, en venant –grâce à notre misères- nous épouser, nous communiquer sa propre dignité. La faute d’Adam est devenu comme le lieu, l’occasion du don incroyable de Dieu qui, donc, nous appartient ! Dieu est venu s’unir à nous immédiatement, par là où nous l’avions rejeté !

 

La Croix devient ainsi comme un lieu de joie : Dieu épousant notre misère, nous communique tout ce qu’il est, d’une manière telle que l’homme et Dieu sont UN, sans fusion des natures. Il s’est abaissé jusqu’à se faire notre esclave, notre aliment, pour que nous arrêtions de rechercher notre perfection en dehors de son don, en dehors d’une dépendance dans l’amour ; Il se donne totalement pour que nous arrêtions de nous inquiéter de nous-mêmes, pour que nous arrêtions de nous regarder, de nous comparer, d’écraser les petits et les pauvres par nos qualités ou nos perfections à taille humaine ! Et il est venu jusqu’à épouser notre mort, toutes nos morts et nos échecs, toutes nos fautes, pour leur donner un sens, un poids, une fécondité divine, s’unissant par-là en quelque sorte à tout hommes, au-delà de notre vécu ou de notre conscience !


 

Nos lieux de misères deviennent ainsi comme des lieux qui l’attirent, qui réclament son don ! Il n’y a donc plus de place pour aucun pharisaïsme ! Et nous devons tous crier avec la petite Thérèse que nous arriverons au ciel : ‘les mains vides’ pour tout recevoir de Lui, et que nos perfections ne fassent pas obstacles à son don ! Nous ne pouvons donc plus nous prévaloir « d’avoir la vérité » « de posséder la vraie religion » sinon dans une totale pauvreté ! Qui de nous peut se prévaloir de vivre tous les jours en Fils de Dieu ? En Ressuscité ? Qui a conscience d’avoir tout reçu de Dieu ? D’être héritier de Jésus, de race divine ?

 

L’orgueil absolu qui a été vaincu c’est l’orgueil religieux, celui du fils ainé, du pharisien qui croit qu’il sait, des grands prêtres établis dans leurs fonctions et qui refusent de rester des mendiants, dépositaires d’un mystère qui les dépasse.  

 

La résurrection, cette victoire que Dieu nous acquière, doit nous libérer de ces vraies maladie: la bonne conscience de nous-même, de cette satisfaction de gens bien propre sous tout rapport et qui baignent dans leur suffisance. Ce qui fait dire à St Jean de la Croix que l’obstacle le plus grand à son don, ce sont nos richesses spirituelles ! Même notre amour pour Lui –ou ce que nous croyons être notre amour pour Lui, peut-être un obstacle ! La résurrection est un don qui réclame de chacun, une pauvreté spirituelle radicale ! Qu’est-ce à dire que : ‘Jésus habite tout notre univers et confère à tout ce que l’on vit la dignité même de Dieu’ ?! Je n’en sais rien ! Cela nous échappe tous, puisqu’aucun avons une parfaite compréhension de Dieu !

 

La résurrection, c’est Jésus qui vient nous mettre relatif à lui, et qui vient nous dire que rien, absolument Rien dans notre vie n’est un obstacle à son don, sinon lorsque l’on croit que l’on sait ! «vous dites ‘nous voyons’, alors votre péché demeure… » Jean 9, 41.

 

 

Fr Grégoire.

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Ou est la vraie misère..?

30 Mars 2013, 01:56am

Publié par Fr Greg.

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« Nous nous arrêtons bien souvent à de faux obstacles, à des obstacles qui sont des moyens. Nous nous arrêtons à notre faiblesse, à notre pauvreté, à notre misère, à notre manque d'intelligence, à notre manque de sainteté... telle que nous la concevons.

 

               Eh non! Tout cela est moyen pour purifier notre foi. La misère qui nous enveloppe, les plaies que nous portons, la faiblesse dont nous sommes pétrie, l'absence de vertu, le manque d'intelligence pénétrante, je dis que tout cela est moyen. La foi doit se dresser en quelque sorte sur toute cette pauvreté. Si cette pauvreté n'existait pas, il faudrait la créer, pour pouvoir s'appuyer sur elle et pénétrer en Dieu ».

 

P. Marie Eugène de l'Enfant Jésus.

 

 

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"Si l'on désire un amour qui protège contre les blessures, il faut aimer autre chose que Dieu..."

29 Mars 2013, 03:14am

Publié par Fr Greg.

 

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« Peut-il y avoir des remèdes humains pour ceux qui sont malades du feu divin ? Qui sait jusqu’où va la profondeur de cette blessure ? »

Thérèse d’Avila.

 

Aucune vie intense n’est exempte d’épreuves. Aucun cœur aimant n’échappe à la brisure. Plus haut vole le désir, plus il est menacé. Et toute âme noble se voit en ce monde meurtrie et injuriée.

Qu’elle apparaisse sous forme de déchirure d’amour, de beauté ou de douleur, la blessure a pour sens d’ouvrir l’homme à l’inconnu, voire à l’illimité. Et d’abord elle rappelle que toute grande rencontre laisse une trace ineffaçable et que la grâce d’être touché au cœur désigne, élit même l’être véritablement humain.

Jacqueline Kelen – Divine blessure

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le trésor le plus précieux de l'amour...

28 Mars 2013, 02:49am

Publié par Fr Greg.

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"On peut donner bien des choses à ceux que l'on aime. Des paroles, un repos, du plaisir.
Tu m'as donné le plus précieux de tout : le manque.

Il m'était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais, tu me manquais encore.
Ma maison mentale, ma maison de cœur était fermée à double tour.

Tu as cassé les vitres et depuis, l'air s'y engouffre, le glacé, le brûlant et toutes sortes de clartés.
Tu étais celle-là, tu l'es encore aujourd'hui, celle par qui le manque, la faille, la déchirure entrent en moi pour ma plus grande joie.

C'est le trésor que tu me laisses : manque, faille, déchirure, joie.

Un tel trésor est inépuisable."

Christian Bobin. la plus que vive.

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La miséricorde...?

27 Mars 2013, 02:36am

Publié par Fr Greg.

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La miséricorde? Il ne s’agit pas d’une simple pitié ou même d’une souffrance ressentie à la rencontre d’un homme malheureux. La miséricorde, c’est la prise de la misère de l’autre dans son cœur, c’est la misère de l’autre qui se loge en nous, qui devient nôtre, d’abord comme une brûlure profonde, mais tout de suite comme une exigence d’action. Le miséricordieux n’entasse pas en lui les misères qu’il rencontre, par une variété de «masochisme ». Non. La misère de l’autre le brûle, mais pour le mouvoir.


La misère de l’autre. Il s’agit de l’afflige par toute misère. Celui qui a faim, celui qui n’est pas vêtu, celui qui n’est pas logé, celui qui est infirme, celui qui est malade, celui qui est chômeur. Le pauvre d’esprit, le mal doué, l’irrésolu. L’ignorant. Le méprisé, le délaissé, le trahi. Celui qui est sans amis, sans au moins un ami. Le clochard, l’ivrogne. Le désespéré. Mais aussi bien, le riche égoïste, le savant si spécialisé qu’il oublie l’essentiel, le vaniteux plein de soi, l’orgueilleux qui cherche la gloire, le dominateur qui opprime.


Chaque homme, par quelque point, est un miséreux. Et c’est pour cela qu’il faut tous les loger dans son cœur, dilater toujours plus son cœur et par là ressembler chaque jour plus au Christ qui logea dans son cœur toutes les misères de tous les hommes. La miséricorde devient ainsi l’une des formes suprêmes de l’épanouissement. L’homme broyé par la misère des autres, et progressivement de tous les autres, est un homme qui élargit toujours plus sa puissance d’aimer.

 

La prière du miséricordieux est immense comme l’immensité de la misère. Et déjà, par la prière, l’homme brûlé par la misère de l’autre, des autres, est en mouvement dans la lutte contre les misères. Cependant, pour la plupart des hommes, la justification par la prière ne suffirait pas. Elle serait une tricherie pour ne pas s’engager, ne pas agir. Nous ne pouvons rien ajouter à Dieu. Dieu se suffit et sa miséricorde est de nous avoir appelés à être, à être à son image, dotés d’intelligence et de liberté. La miséricorde de Dieu nous a donné le monde. La miséricorde de Dieu nous a envoyé le Verbe, Fils unique, Homme-Dieu, pour nous sauver. La miséricorde de Dieu nous a, dans le Christ, glorifiés et rendus capables d’aimer jusqu’au don complet de nous-mêmes.

Louis-Joseph Lebret, L’évangile de la miséricorde, Collectif Cerf 1965 p.165-166.

 

 

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la personne de Jésus: joie des pauvres et des simples !

26 Mars 2013, 01:01am

Publié par Fr Greg.

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Foule, fête, louange, bénédiction, paix : c’est un climat de joie que l’on respire. Jésus a réveillé dans le cœur tant d’espérances surtout chez les gens humbles, simples, pauvres, oubliés, ceux qui ne comptent pas aux yeux du monde. Lui a su comprendre les misères humaines, il a montré le visage de miséricorde de Dieu, il s’est baissé pour guérir le corps et l’âme. Ça, c’est Jésus. Ça, c’est son cœur qui nous regarde tous, qui regarde nos maladies, nos péchés. L’amour de Jésus est grand. Et ainsi il entre dans Jérusalem avec cet amour, et nous regarde tous. C’est une belle scène : pleine de lumière – la lumière de l’amour de Jésus, celui de son cœur –, de joie, de fête.

Au commencement de la Messe nous l’avons répété nous aussi. Nous avons agité nos palmes, nos rameaux d’olivier. Nous aussi nous avons accueilli Jésus ; nous aussi nous avons exprimé notre joie de l’accompagner, de le savoir proche, présent en nous et au milieu de nous, comme un ami, comme un frère, aussi comme un roi, c’est-à-dire comme un phare lumineux de notre vie. Jésus est Dieu, mais il s’est abaissé pour marcher avec nous. Il est notre ami, notre frère. En cela il illumine notre marche. Et ainsi nous l’avons accueilli aujourd’hui. Et c’est la première parole que je voudrais vous dire : joie ! Ne soyez jamais des hommes et des femmes tristes : un chrétien ne peut jamais l’être ! Ne vous laissez jamais prendre par le découragement ! Notre joie n’est pas une joie qui naît du fait de posséder de nombreuses choses, mais elle naît du fait d’avoir rencontré une Personne : Jésus, qui est parmi nous ; elle naît du fait de savoir qu’avec lui nous ne sommes jamais seuls, même dans les moments difficiles, même quand le chemin de la vie se heurte à des problèmes et à des obstacles qui semblent insurmontables, et il y en a tant ! Et à moment-là vient l’ennemi, vient le diable, si souvent déguisé en ange, et insidieusement nous dit sa parole. Ne l’écoutez pas ! Suivons Jésus ! Nous accompagnons, nous suivons Jésus, mais surtout nous savons que lui nous accompagne et nous met sur ses épaules : ici se trouve notre joie, l’espérance que nous devons porter dans notre monde. Et s’il vous plaît ! ne vous laissez pas voler l’espérance ! Ne vous laissez pas voler l’espérance ! Celle que Jésus nous donne.

2. Deuxième parole. Pourquoi Jésus entre-t-il à Jérusalem, ou peut-être mieux : comment Jésus entre-t-il à Jérusalem ? La foule l’acclame comme Roi. Et lui ne s’oppose pas, il ne la fait pas taire (cf. Lc 19, 39-40). Mais quel type de Roi est Jésus ? Regardons-le : il monte un petit âne, il n’a pas une cour qui le suit, il n’est pas entouré d’une armée symbole de force. Ceux qui l’accompagnent ce sont des gens humbles, simples, qui ont la capacité de voir en Jésus quelque chose de plus ; qui ont le sens de la foi, qui dit : C’est le Sauveur. Jésus n’entre pas dans la Ville sainte pour recevoir les honneurs réservés aux rois terrestres, à qui a le pouvoir, à qui domine ; il entre pour être flagellé, insulté et outragé, comme l’annonce Isaïe dans la première Lecture (cf. Is 50, 6) ; il entre pour recevoir une couronne d’épines, un bâton, un manteau de pourpre, sa royauté sera objet de dérision ; il entre pour monter au Calvaire chargé d’un bois. Et alors voici la deuxième parole :Croix. Jésus entre à Jérusalem pour mourir sur la Croix. Et c’est justement ici que resplendit son être de Roi selon Dieu : son trône royal est le bois de la Croix ! Je pense à ce que Benoît XVI disait aux Cardinaux : vous êtes des princes, mais d’un Roi crucifié. Le bois de la croix est le trône de Jésus. Jésus prend sur lui… Pourquoi la Croix. Parce Jésus prend sur lui le mal, la saleté, le péché du monde, et aussi notre péché, de nous tous, et il le lave, il le lave avec son sang, avec la miséricorde, avec l’amour de Dieu. Regardons autour de nous : combien de blessures le mal inflige-t-il à l’humanité ! Guerres, violences, conflits économiques qui frappent celui qui est plus faible, soif d’argent, que personne ne peut emporter avec soi, on doit le laisser. Ma grand-mère nous disait à nous enfants : le linceul n’a pas de poches. Amour de l’argent, pouvoir, corruption, divisions, crimes contre la vie humaine et contre la création ! Et aussi – chacun de nous le sait et le reconnaît – nos péchés personnels : les manques d’amour et de respect envers Dieu, envers le prochain et envers la création tout entière. Et sur la croix Jésus sent tout le poids du mal et avec la force de l’amour de Dieu  le vainc, le défait dans sa résurrection. C’est le bien que Jésus fait à nous tous sur le trône de la Croix. La croix du Christ embrassée avec amour ne porte pas à la tristesse, mais à la joie, à la joie d’être sauvés et de faire un tout petit peu ce qu’il a fait le jour de sa mort !

3. Aujourd’hui sur cette place il y a beaucoup de jeunes : depuis 28 ans le Dimanche des Rameaux est la Journée de la Jeunesse ! Voici la troisième parole :jeunes ! Chers jeunes, je vous ai vus dans la procession, quand vous entriez ; je vous imagine à faire la fête autour de Jésus, agitant les rameaux d’olivier ; je vous imagine alors que vous criez son nom et exprimez votre joie d’être avec lui ! Vous avez une part importante dans la fête de la foi ! Vous nous portez la joie de la foi et vous nous dites que nous devons vivre la foi avec un cœur jeune, toujours : un cœur jeune, même à soixante-dix ou quatre-vingts ans ! Cœur jeune ! Avec le Christ, le cœur ne vieillit jamais ! Pourtant nous le savons tous et vous le savez bien que le Roi que nous suivons et qui nous accompagne est très spécial : c’est un Roi qui aime jusqu’à la croix et qui nous enseigne à servir, à aimer. Et vous n’avez pas honte de sa Croix ! Au contraire, vous l’embrassez, parce que vous avez compris que c’est dans le don de soi, dans le don de soi, dans le fait de sortir de soi-même, que se trouve la véritable joie et que par l’amour de Dieu, le Christ, Lui a vaincu le mal ! Vous portez la Croix pèlerine à travers tous les continents, par les routes du monde ! Vous la portez en répondant à l’invitation de Jésus « Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (cf. Mt 28, 19), qui est le thème de la Journée de la Jeunesse de cette année. Vous la portez pour dire à tous que sur la croix Jésus a abattu le mur de l’inimitié, qui sépare les hommes et les peuples, et qu’il a apporté la réconciliation et la paix. Chers amis, moi aussi je me mets en route avec vous, dès aujourd’hui, sur les traces du bienheureux Jean-Paul II et de Benoît XVI. Désormais nous sommes proches de la prochaine étape de ce grand pèlerinage de la Croix. Je regarde avec joie vers juillet prochain, à Rio de Janeiro ! Je vous donne rendez-vous dans cette grande ville du Brésil ! Préparez-vous bien, surtout spirituellement dans vos communautés, pour que cette Rencontre soit un signe de foi pour le monde entier. Les jeunes doivent dire au monde : il est bon de suivre Jésus ; il est bon d’aller avec Jésus ; le message de Jésus est bon ; il est bon de sortir de soi-même, vers les périphéries du monde et de l’existence pour apporter Jésus. Trois paroles : joie, croix, jeunes.

Demandons l’intercession de la Vierge Marie. Elle nous enseigne la joie de la rencontre avec le Christ, l’amour avec lequel nous devons le regarder sous la croix, l’enthousiasme du cœur jeune avec lequel nous devons le suivre en cette Semaine sainte et dans toute notre vie. Ainsi soit-il.

 

François, PP

© Libreria editrice vaticana

 

 

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Ce qu'il y a de terrible dans chaque vie...

25 Mars 2013, 02:14am

Publié par Fr Greg.

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Il y a quelque chose de terrible dans chaque vie. Il y a dans le fond de chaque vie, une chose lourde, dure et âpre. Il faut lui faire place comme au reste. La grâce se paie toujours au prix fort. Une joie infinie ne va pas sans un courage également infini. Encore faut-il consentir ce courage et surtout cette joie. Vivre. S’accommoder de ses contradictions, ne rien gaspiller de ses forces réduire ce qui ne peut l’être, avancer dans la déchirure, avec la déchirure, par la déchirure, et traiter avec l’amour sans intermédiaire. Avec le temps, bien des gens lâchent. Ils disparaissent de leur vivant et ne désirent plus que des choses raisonnables en disant: c’est comme ça, il y a des choses impossibles, il vaut mieux ne pas en parler, ne même plus y penser puisque c’est comme ça , impossible. Et ils commencent par se tuer eux-mêmes, par étrangler toute confiance instinctive, toute liberté donnée de soi soi. Il n’y a qu’ à voir le peu de liberté que chacun s’accorde, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions, et la buée que cela donne, cet empêchement de vivre et d’aimer. Je craindrais que tu ne bascules de ce côté. Et moi de même d'ailleurs. Quels mots donc que ceux de confiance, de liberté, j’y accolerai encore espérance (qui n’a rien voir avec l’optimisme), et commencements… Personne ne pourra jamais suffire ce besoin d’amour en moi. Personne ne pourra combler l’abîme qui me tient de cœur…. A voir... car je veux simplement ce que toutes les femmes veulent depuis le premier jour du monde : vouloir la liberté et l’amour, vouloir l’amour ouvert dans la liberté, la liberté exercée dans l’amour.

 

Christian Bobin. La plus que vive.

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L’amour est violent...

24 Mars 2013, 01:50am

Publié par Fr Greg.

 

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« Nous ne pouvons aimer personne sans vouloir automatiquement le prendre dans notre cœur, alors que l’être est de donner du cœur à ceux que l’on aime sans les ramener jamais à soi, et comment donner du cœur pendant l’éternité? » (Antonin Artaud)

La réponse, nous la connaissons tous, mais nous n’avons pas forcément envie de l’appliquer, c’est bien de maintenir tout le temps de sa vie l’inquiétude de cette question, et demeurer l’intérieur de cette question finalement riante et dansante, pleine d’élan, d’inconnu, de création et d’invention, au lieu de la considérer immédiatement sous un jour pessimiste et condamnée…

                                               

 

Christian Bobin. La plus que vive.

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L'homme-joie...

23 Mars 2013, 02:29am

Publié par Fr Greg.

 

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L'homme-joie est au bord d'être perdu, au bord d'être trouvé... C'est un titre de noble, une figure archétypale de l'homme à venir qui n'existe, en chacun de nous, que par intervalles. La joie dont je parle ici ressemble au sautillement, bref, suspendu, d'une enfant dans des flaques d'eau. Passagère, elle nous traverse le coeur par intermittence. Pourtant, étrangement, elle est plus nous que toute autre chose. L'enfant qui sautille convertit la petite malédiction de la pluie en jubilation, en jeu. Cette joie transforme toute malédiction en gaieté. C'est quelque chose vers lequel nous pouvons tendre, un soleil à venir. Il n'y a pas de règles, pas de recettes. La vie dispose de nous. C'est elle qui fait le travail. Pas nous. Quand cet état d'émerveillement et d'acquiescement à la vie, cette capacité à jouer avec elle, nous tombe dessus, on le sait. La spiritualité est du vif-argent, une floraison étonnante. Elle a de l'insolence, du charme, est toujours imprévue, ne se possède pas. Elle est un printemps hors saison qui pousse dans nos cœurs et qui ne dure qu'un temps. (...)

L'enfer sur terre est monotone et normé, un endroit assez conventionnel. Le paradis est tout sauf convenu. Tout y est sans arrêt nouveau ; d'une nouveauté de fleur de cerisier non commerciale. Chaque instant y est vécu comme étant le dernier.

La vie est un trésor que nous gâchons. Si on regarde ce qui est autour de nous, de plus fragile, de plus banal, nous pouvons y voir quelque chose d'illuminant. Les mères le savent bien. Quand l'une d'entre elles se penche sur le berceau de son tout-petit en train de dormir, elle est une géante qui veille sur la course des étoiles. Ces choses-là, qui ne sont petites qu'en apparence, sont le meilleur de l'existence.

 (...) Le bonheur n'est pas le contraire du malheur. Une vieille gitane a dit un jour que la vie la plus riche est celle où on a beaucoup souffert. Si on entend précisément cette phrase, il n'y a rien de doloriste. C'est juste que la vie qui s'est affrontée le plus à la vie est sans aucun doute la plus heureuse. L'image physique du bonheur serait d'imaginer un rosier injurié par la grêle. Il est dans le réel brut et pur.”

 Christian Bobin. L'homme -Joie

 

 

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Christianisme clérical, formaliste, éteint et durci…

22 Mars 2013, 02:38am

Publié par Fr Greg.

 

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« Oui, disent-ils, il n’est que trop vrai. A le prendre dans son ensemble, notre christianisme est affadi. Malgré tant de beaux efforts pour lui rendre vie et fraîcheur, il est énervé, habitué, sclérosé. Il tombe dans le formalisme et dans la routine. Tel que nous le pratiquons, tel que d’abord nous le pensons, c’est une religion faible, inefficace ; religion de cérémonies et de dévotions, d’ornement et de consolation vulgaire, sans sérieux profond, sans prise réelle sur l’activité humaine, parfois même sans sincérité. Religion hors de la vie, ou qui nous met nous-mêmes hors de la vie. Voilà donc ce qu’est devenu entre nos mains l’Évangile, ce qu’est devenue cette immense espérance qui s’était levée sur le monde ! Y peut-on reconnaître le souffle de cet Esprit qui devait recréer toutes choses et renouveler la face de la terre ? (…) Et que dire de cette alternance, voire de ce mélange de politique et de “dévotion”, où la religion a peine à se trouver une place ? Le mal est aussi grave, quoique d’une autre nature, chez les plus “pratiquants” que chez les mondains. Les plus vertueux eux-mêmes n’en sont pas toujours les moins atteints. L’impatience à toute critique, l’impuissance à toute réforme, la peur de l’intelligence, n’en sont-ils pas des signes manifestes ? Christianisme clérical, christianisme formaliste, christianisme éteint et durci… Le courant de la Vie, qui jamais ne s’interrompt, semble l’avoir depuis quelque temps déposé sur la rive… »

 

(…) Il n’a pas été promis aux chrétiens qu’ils seraient toujours le plus grand nombre. (Il leur a plutôt été annoncé le contraire). Ni qu’ils paraîtraient toujours les plus forts et que les hommes ne seraient jamais conquis par un autre idéal que le leur. Mais en tout cas, le christianisme n’aura jamais d’efficacité réelle, il n’aura jamais d’existence réelle et ne fera jamais lui-même de conquêtes réelles que par la force de son esprit à lui, par la force de la charité.

 

Henri de LubacLe drame de l’humanisme athée, p. 129

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J'aimais Dieu parce que je t'aimais

21 Mars 2013, 02:12am

Publié par Fr Greg.

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"..à certains instants j'ai eu le sentiment très net d'une densité plus forte, d'une lumière plus vive. Tout se passait comme si venait de se joindre à nous un troisième interlocuteur qui parlait par nos bouches et donnait à l'entretien plus de poids et de clarté. Et cet inconnu bienfaisant n'était que le reflet, le modeste interprète d'un autre invisible et lointain. Je crois que le sentiment de cette soudaine proximité du plus lointain, du plus différent, du plus autre est la racine même de ce qu'on appelle l'expérience religieuse. Elle se suffit à elle-même et, à vouloir la définir, l'enserrer dans des concepts, on risque de la détruire. Pour moi, expérience de de l'amour et expérience de la foi n'en font qu'une. Loin de se faire du tort, elles se renforcent l'une l'autre, conscientes de procéder d'une même intuition: celle de l'absolu se faisant proche.

 

Dès les premiers jours, nous avons senti que nous engagions, au -delà de nous-mêmes, un pouvoir qui nous dépassait et en même temps nous habitait. Ce compagnon extrêmement présent et discret, nous ne le nommions guère. Les mots ne lui convenaient pas. Il s'évadait de leur cage. Des anges gardiens de nos enfances il avait la fidélité et la modestie.

Il n'avait rien à voir avec le despote couronné, barbu et trônant sur les nuages d'une certaine imagerie. Ce dont nous étions sûr, c'est qu'il se réjouissait de notre alliance, que tout ce qui la consolidait lui plaisait, que tout ce qui la blessait lui peinait. Il se retrouvait en elle et nous la retrouvions en lui...

(...) Est-ce toi en Dieu ou dieu en toi? Je ne t'aimais pas en Dieu, je n'aimais pas Dieu en toi. J'aimais Dieu parce que je t'aimais...

Jacques de Bourbon Busset, Lettre à Laurence.

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chacun de vous est fils de Dieu...

20 Mars 2013, 03:15am

Publié par Fr Greg.

 

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«Parce que beaucoup parmi vous n'appartiennent pas à l’Eglise catholique et que d'autres ne sont pas croyants, je vous donne cette bénédiction dans mon cœur, en silence, à chacun de vous, en respectant la conscience de chacun, mais en sachant que chacun de vous est fils de Dieu.»

 François, Pape,  à la presse

 

 

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Dieu demeure toujours Le cherché...

19 Mars 2013, 01:49am

Publié par Fr Greg.

       

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Serviteurs de la vérité

L’Evangile dont nous avons la charge est aussi parole de vérité. Une vérité qui rend libres et qui seule donne la paix du cœur, c’est ce que les gens viennent chercher lorsque nous leur annonçons la Bonne Nouvelle. Vérité sur Dieu, vérité sur l’homme et sa mystérieuse destinée, vérité sur le monde. Difficile vérité que nous recherchons dans la Parole de Dieu et dont nous ne sommes, encore une fois, ni les maîtres ni les propriétaires, mais les dépositaires, les hérauts, les serviteurs.

 

De tout évangélisateur on attend qu’il ait le culte de la vérité, d’autant plus que la vérité qu’il approfondit et communique n’est autre que la vérité révélée et donc, plus que tout autre, parcelle de la vérité première qu’est Dieu lui-même.

 

Le prédicateur de l’Evangile sera donc quelqu’un qui, même au prix du renoncement personnel et de la souffrance, recherche toujours la vérité qu’il doit transmettre aux autres. Il ne trahit jamais ni ne dissimule la vérité par souci de plaire aux hommes, d’étonner ou de choquer, ni par originalité ou désir d’apparaître. Il ne refuse pas la vérité. Il n’obscurcit pas la vérité révélée par paresse de la rechercher, par commodité, par peur. Il ne néglige pas de l’étudier. Il la sert généreusement sans l’asservir.

Paul VI, Evangelii nuntiandi § 78. 8 dec 1975.

 

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Camille Claudel

18 Mars 2013, 09:55am

Publié par Fr Greg.

« L'enfer est tout entier dans ce mot : solitude. » 

Victor Hugo

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Comment rendre en images l’extrême solitude, l'isolement quasi total d'un être que le reste de la société semble avoir abandonné, ce désespoir que rien ne semble pouvoir combler ? On ne pourra pas oublier le visage mouillé de larmes de Juliette Binoche cadré en plan fixe, le regard perdu dans le vide abyssal pendant que l'on entend la lecture d'une lettre, appel au secours que Camille Claudel a écrit à sa cousine. Camille Claudel dont on connaît les sculptures sublimes et la passion dévorante qu'elle entretint avec Auguste Rodin. Camille Claudel qui, à partir de 1895, sombra peu à peu dans la paranoïa après qu'elle eut compris qu'Auguste ne l'épouserait jamais.

 


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En 1913, à la mort de son père et après dix années passées recluse dans son atelier parisien, Camille est internée de force par sa famille – notamment son frère, l'illustre écrivain Paul Claudel – d'abord à Ville Evrard près de Paris puis, avancée de la guerre oblige, dans le Sud de la France, à Montdevergues, non loin d'Avignon.


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Bruno Dumont nous montre Camille Claudel en 1915, alors qu'elle est enfermée depuis déjà deux ans au milieu de patients bien plus gravement atteints qu'elle. Au-delà de la personnalité de l'artiste, le réalisateur pose la question de la survie d'un être libre dont l'esprit est encore vivace dans un milieu d'enfermement, en l'absence presque totale de relations avec ceux qu'il a aimés, qui l'ont aimé. Comment faire exister dans ces conditions une vie intérieure qui permet de continuer à se battre malgré tout et ne pas laisser son esprit partir à jamais ? Parti-pris radical, d'une intelligence et d'une puissance extrêmes, Dumont a fait le choix, pour mettre son actrice principale dans les conditions les plus proches possibles de la réalité, de tourner dans une institution psychiatrique bien réelle et de confier aux vrais malades le rôle des compagnons d'infortune de Camille Claudel. Et ce sont des soignantes de l'hôpital qui incarnent les religieuses en charge de la surveillance des patients.

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On ressent intensément ces moments inattendus, parfois bouleversants, qui naissent de la confrontation entre Juliette Binoche et les malades/acteurs. Une Juliette Binoche totalement habitée, qui sait rendre avec une force incroyable la complexité, la force intérieure, les déchirements de son personnage, notamment dans cette scène poignante où, un jour de pluie, Camille ramasse de la boue, tente de mouler une figure et n'y parvient plus…

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Autour de l'asile, les paysages du Lubéron sont magnifiques, et l'enfermement n'en devient que plus cruel. Une séquence en plan aérien nous montre Camille marcher en quasi-liberté dans le maquis avec d'autres pensionnaires. Elle pourrait fuir, s'enfoncer dans un chemin et disparaître facilement… mais elle n'en fait rien, la résignation est la plus sûre des « garde-fous »…

 



Pendant toutes ces années d'internement Camille Claudel vit – on le voit bien durant tout le film – dans l'espoir que son frère va la sortir de là et la ramener à la maison. Dumont présente avec une certaine cruauté l'écrivain catholique et mystique qui verbalise et soliloque, livrant un discours empreint de religiosité qui manque de la générosité, de l'humanité les plus élémentaires face à une sœur emmurée dans le silence de sa cellule. Et c'est bien ce besoin impératif d'une plus grande humanité que le cinéaste ne cesse de convoquer magnifiquement à travers tous les personnages de ses films, du commissaire trop sensible de L'Humanité au prédicateur taiseux de Hors Satan. Des êtres dont la vie intérieure est tellement intense qu'elle les menace d'implosion. Des êtres dont le verbe est rare mais l'âme si grande, des êtres que Bruno Dumont, grand cinéaste des âmes tourmentées, sait magnifier film après film.

Cinéma Utopia.

http://www.cinemas-utopia.org/avignon/

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une Eglise pauvre, pour les pauvres !!

16 Mars 2013, 12:19pm

Publié par Fr Greg.

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« Comme je voudrais une Eglise pauvre, pour les pauvres », a déclaré samedi le pape François à l’occasion de cette rencontre au Vatican avec les journalistes.

 

 

Ce matin Salle Paul VI, le Saint-Père s'est adressé aux milliers de journalistes et opérateurs des media venus à Rome, a-t-il dit, pour couvrir l'actualité du Saint-Siège, "depuis la surprenante annonce de mon vénéré prédécesseur Benoît XVI. Et je tiens à saluer chacun de vous. La place des media s'est considérablement accrue ces derniers temps au point de devenir indispensable pour rapporter les événements de l'histoire contemporaine. Merci de la qualité de votre service durant ces jours où les yeux du monde catholique, et pas seulement catholique, étaient rivés sur la Ville Eternelle, et tout spécialement sur ce petit territoire dont le barycentre est la tombe de Pierre. Combien vous avez travaillé! Vous avez dû parler du Saint-Siège, de l'Eglise, de ses rites et traditions, de sa foi, du rôle du Pape et de son ministère. Je remercie en particulier ceux qui ont su observer et présenter ces événements dans la perspective la plus juste. Les événements historiques demandent une lecture approfondie, qui touchent parois à la dimension de la foi. Mais les événements strictement ecclésiaux sont plus complexes que les politiques ou économiques, car ils répondent pas à une logique mondaine. C'est pourquoi il est difficile de les exposer à un vaste public. Si l'Eglise est une institution humaine et historique, avec tout ce que cela comporte, elle est avant tout une réalité spirituelle, le peuple de Dieu, ce saint peuple qui marche à la rencontre de Jésus-Christ. C'est seulement dans cette perspective que l'on peut comprendre l'action de l'Eglise".

 

"Le Christ est le pasteur de l'Eglise, et sa présence se manifeste au travers de la liberté des hommes dont un est choisi pour être son vicaire en tant que successeur de l'apôtre Pierre. Mais le coeur de l'Eglise c'est lui, le Christ. Sans lui l'Eglise n'existerait pas, n'aurait pas de raison d'être. Comme l'a souvent dit Benoît XVI, le Christ est présent et il guide l'Eglise. Dans tout ce qui s'est produit c'est l'Esprit qui a agi, qui a inspiré la décision que Benoît XVI a prise pour le bien de l'Eglise. Et c'est lui qui a orienté dans la prière le choix des cardinaux. Il faut tenir compte de cette perspective, de cette herméneutique, pour percer le sens des récents événements... C'est pourquoi je vous invite à approfondir votre analyse...des motivations spirituelles les plus authentiques la guidant pour comprendre l'Eglise. L'Eglise porte une grande attention à la presse et aux media car ils savent saisir et exprimer les attentes et les exigences du monde, et offrir des éléments de lecture des faits. Votre mission a besoin de sensibilité et d'expérience comme tant d'autres professions, et d'une attention toute particulière pour la vérité, la bonté et la beauté. C'est là que nous sommes proches car l'Eglise existe pour communiquer la vérité, la bonté et la beauté en la personne du Christ. De fait nous ne devons pas communiquer nous mêmes mais ces trois valeurs divines".

 

"Nombreux sont ceux qui, ignorant pourquoi je me suis appelé François, ont pensé à François-Xavier, à François de Sales et à François d'Assise. Voici les faits: dans la Sixtine j'avais à côté de moi le Cardinal Caludio Hummes, l'ancien Archevêque de Sao Paulo et ancien Préfet de la Congrégation pour le clergé, un grand ami, vraiment un grand ami! Lorsque les choses sont devenues dangereuses pour moi, il m'a rassuré et encouragé. Et lorsqu'on est arrivé aux deux tiers des votes, et que les cardinaux ont applaudi le Pape élu, cet ami m'a dit en m'embrassant: N'oublie jamais les pauvres! Ceci s'est imprimé dans mon esprit et j'ai immédiatement pensé au Poverello. J'ai pensé aux guerres, alors que le scrutin reprenait jusqu'à un vote unanime, j'ai pensé à François, l'homme de la paix, l'homme qui aimait et protégeait la nature. Alors que l'humanité a un rapport tellement médiocre avec la création! Il est l'homme diffusant l'esprit de la paix, l'homme pauvre. Combien je désire une Eglise pauvre pour les pauvres!". Un cardinal m'a dit: "Tu devrais t'appeler Adrien parce que Adrien VI fut un réformateur. Et nous avons besoin de réformer" l'Eglise. "Un autre de choisir celui de Clément. Mais pourquoi? Parce qu'en devenant Clément XV tu vengerais l'affront de Clément XIV qui avait supprimé la Compagnie de Jésus". Et "j'ai choisi François, le nom de mon coeur".

 

Pour finir le Saint-Père a de nouveau chaleureusement remercié les représentants des media: "Je pense à tout le travail que vous avez accompli, je pense à votre profession et vous souhaite d'oeuvrer avec sérénité et prospérité, de connaître de mieux en mieux l'Evangile du Christ et la réalité de l'Eglise. Je le confie à la protection de la Vierge, Etoile de l'évangélisation, et forme des voeux de bonheur à vos familles. De tout coeur je vous bénis". Mais avant cette bénédiction, le Pape a du saluer un certain nombre de représentants de la profession. Reprenant son allocution, il a dit: "Je vous ai dit que je vous aurais donné de tout coeur ma bénédiction. Mais nombre d'entre vous ne sont pas catholiques, ou ne sont pas croyants. Alors, en silence j'offre cette bénédiction à chacun de vous, dans le respect de sa conscience, car je sais que vous êtes tous fils de Dieu. Dieu vous bénisse!".

 

 

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Sens et décence du travail...

16 Mars 2013, 02:24am

Publié par Fr Greg.

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Laissons un début célèbre débuter notre propos. N’y a-t-il pas, en effet, introduction plus appropriée que l’incipit de La Peste d’Albert Camus[1] où le narrateur, encore anonyme, présente ainsi la petite société d’Oran, un narrateur [2] qui insiste à chaque page sur la vie en communauté menée avec ses « concitoyens »?

« Une manière commode de faire la connaissance d’une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt. Dans notre petite ville - est-ce l’effet du climat - tout cela se fait ensemble, du même air frénétique et absent. C’est-à-dire qu’on s’y ennuie et qu’on s’y applique à prendre des habitudes. Nos concitoyens travaillent beaucoup, mais toujours pour s’enrichir. Ils s’intéressent surtout au commerce et ils s’occupent d’abord, selon leur expression, de faire des affaires. Naturellement, ils ont du goût aussi pour les joies simples, ils aiment les femmes, le cinéma et les bains de mer. Mais, très raisonnablement, ils réservent les plaisirs pour le samedi soir et le dimanche, essayant, les autres jours de la semaine, de gagner beaucoup d’argent. »

Dans sa déclamation actuelle au théâtre des Mathurins à Paris, Francis Huster qui fait vivre cette « chronique imaginaire » sur les planches prononce les expressions « pour s’enrichir », « gagner beaucoup d’argent » et « faire des affaires » de manière spécifique et appuyée, avec agacement. Joignant le geste à la parole, l’acteur dessine de la main son dégoût, dans l’air, donnant un relief péjoratif aux préoccupations vénales et peu élevées de la population d’Oran livrée à l’habitude et à l’ennui. Les leitmotive de l’œuvre sont lancés, travail, amour, mort. Et quelques chapitres plus loin, l’un des personnages du roman, Joseph Grand, explique au Docteur Rieux pourquoi sa femme est partie sans crier gare :

« Le reste de l’histoire … était très simple. Il en est ainsi pour tout le monde : on se marie, on aime encore un peu, on travaille. On travaille tant qu’on en oublie d’aimer ».

Qu’est-ce qu’un travail humain ?

Notre romancier est également philosophe et c’est en philosophe que le romancier lance les bases de sa fiction humaniste nommant en premier l’une des dimensions fondamentales de l’homme, son travail, mais pour la mettre tout de suite en concurrence avec une deuxième dimension fondamentale, l’amour. Quand l’auteur du Mythe de Sisyphe stigmatise les habitants d’Oran travaillant, aimant, mourant, « faisant tout cela ensemble du même air frénétique et absent », il leur reproche de ne pas trouver, de ne pas donner de sens à leur travail, à leur amour, à leur mort ; il reproche aux concitoyens de Rieux de vivre en anesthésiés, de vivre dans l’absurde sans but qui puisse éclairer le chemin. Tel Sisyphe poussant son rocher, les citoyens d’Oran traînent leur travail dans une répétition égoïste sans sens, condamnés à une réduplication réductrice car sans finalité, se condamnant à une routine d’autant plus mortifère qu’elle est méthodique et raisonnable. Particulièrement révélateurs, les adjectifs « frénétique » et « absent » qualifiant « l’air » des membres de cette société. Synonymes de « fou », de et de « sans conscience », ils révèlent ni plus ni moins l’absence d’humanité de vies d’automates, vidées de toute liberté, de vies dégradées.

La question est brûlante. Les habitants d’Oran tels que Camus les dépeint nous ressemblent plus que jamais. Le roman, quoique écrit en 1947, n’est finalement pas si daté et continue à interroger les convulsions de notre société postmoderne en crise. Qu’est-ce qui donne sens au travail ? Comment faire pour qu’un travail soit véritablement humain ? C’est notre question avec celle de la décence qu’il implique pour être véritablement travail digne de l’homme, travail rendant l’homme digne de lui-même.

Le travail, un bien pour l’homme

Travailler est le propre de l’homme, occupe le temps de l’homme. C’est dans sa nature de travailler. Les diverses activités qui remplissent sa vie disent un statut de son corps, puisqu’avec ce corps il domine alors la matière qu’il ennoblit en transformant le monde. L’homme travaille de ses mains, utilise pour cela sa force vitale, se sert de son esprit. Il développe des talents, exerce son génie pour produire et faire. Il aboutit à une œuvre, dans laquelle il se reconnaît, de laquelle il se nourrit. C’est cette œuvre qui le réjouit, qui le satisfait, œuvre fruit de son travail, œuvre également qui justifie le salaire. Dimension individuelle bien sûr du travail. Mais dimension collective également : l’homme en travaillant accroît le bien commun d’une société et par là peut la rendre plus libre.

On m’objectera que travailler n’est pas souvent perçu comme cela, avec son angle de peine et d’effort rude. Le mot « travail » n’a-t-il pas à voir avec un instrument de torture d’esclave, ce tripaliumantique composé de trois pieux ? Le récit judéo-chrétien de la chute originelle n’a-t-il pas d’ailleurs gauchi notre vision du travail quand l’interprétation insiste autant sur le châtiment d’Adam transmis à toute l’humanité, sur ce « tu travailleras à la sueur de ton front[3] » retenu comme une seule obligation pénible, et comme séparation de Dieu ? (« Tu travailleras à la sueur de ton front », mot à mot « tu mangeras ton pain à la sueur de ton front » où l’on voit qu’on doit travailler en vue de son pain quotidien, de sa subsistance, ce qui fera dire à saint Paul : « que celui qui ne travaille pas qu’il ne mange pas non plus !…) Sans aucun doute l’assimilation du monde, son appropriation après la chute est difficile. Mais chacun en a fait l’expérience, quand l’homme travaille en voyant le sens de ce qu’il fait, même au prix de fatigues physiques, cela l’épanouit. Preuve donc que le travail n’est pas que peine. Quand il n’est pas simple instrument mais partie prenante d’une œuvre à faire, l’homme aime travailler, c’est un bien pour lui ; encore faut-il qu’il soit un bien utile, un bien digne. C’est un gage de son développement, de la croissance de sa personne, de son élévation spirituelle. En travaillant l’homme devient ce qu’il est et grandit en humanité. Tout homme a le droit de vivre cela.

Ne pas travailler, un mal

À l’inverse, ne pas travailler est un mal, plus qu’un préjudice, une profonde souffrance, une injustice. La plaie du chômage ne nous le rappelle que trop en inversant les choses : travailler n’est plus obligation ; avec les subventions, l’on mange sans travailler ; on enlève au travailleur la possibilité de se réaliser en tant qu’homme. Plaie également d’une certaine mécanisation, des machines supplantant parfois l’homme ou le rendant esclave.

Éloquent à ce titre, le film récent Ma part du gâteau (Cédric Klapisch, 2011). Il s’ouvre sur la tentative de suicide d’une salariée de Dunkerque. Cette mère de famille divorcée, élevant seule ses trois enfants, voit soudain sa vie basculer quand les licenciements la touchent elle aussi après avoir travaillé vingt ans pour la même entreprise. C’était toute sa vie. « Elle était possédée par son histoire » dirait Florence Aubenas[4]. Le sentiment de gâchis et d’injustice atteint son paroxysme. D’où son désespoir. Et c’est bien compréhensible. La nature du travail n’est pas seulement liée à l’objet exécuté, mais aussi à celui qui l’exécute, c’est-à-dire à une personne libre. Se séparer de travailleurs comme de vulgaires choses - « on n’est rien » dit l’héroïne dans le film – est strictement contre nature, indécent. Les chômeurs, des laissés-pour-compte, voilà ce que produit notre société au lieu d’en faire des partenaires, d’en mesurer le profit potentiel, d’utiliser leur capacité de travail. Nul doute que les économistes auraient là de bonnes pistes de réflexion.[5]

Importance de la dimension subjective du travail

Dans Laborem exercens, la troisième des quatorze encycliques écrites en vingt-sept ans de pontificat, Jean-Paul II, l’ex-mineur d’une Pologne broyée par un communisme dépersonnalisant, rappelle ce distinguo traditionnel que l’Église a toujours fait et ne cesse d’affirmer à temps et à contretemps dans notre âge de fer, rappelle que l’homme ne saurait être traité comme un instrument de production, en « force anonyme », ne saurait être « traité de la même façon que l’ensemble des moyens matériels de production », et non selon la vraie dignité de son travail :

« Les sources de la dignité du travail doivent être cherchées surtout, non pas dans sa dimension objective mais dans sa dimension subjective… Le premier fondement de la valeur du travail est l’homme lui-même, son sujet. Ici vient tout de suite une conclusion très importante de nature éthique : bien qu’il soit vrai que l’homme est destiné et est appelé au travail, le travail est avant tout « pour l’homme » et non l’homme « pour le travail ». … Le but du travail, de tout travail exécuté par l’homme – fût-ce le plus humble service, le travail le plus monotone selon l’échelle commune d’évaluation, voire le plus marginalisant – reste toujours l’homme lui-même. » (n.6)

Le pape slave connaissait la dure réalité du travail en Union soviétique et dans ses pays satellites. Tous ceux qui ont connu les camps de travail dans des systèmes totalitaires savent à quel point le travail forcé peut nier l’homme, lui extorquant sa liberté et sa dignité. J’ai en tête l’épisode que rapporte Soljenitsyne dans Une journée d’Ivan Denissovitch, l’épisode des énormes numéros usés par la pluie et le vent qu’on était obligé de repeindre à la peinture blanche sur les dos des zek : le travailleur, un numéro. Quand on nous donne en modèle actuellement les pays asiatiques qui, euxsavent travailler – combien de fois n’entend-on pas cela – je me demande si l’on n’est pas prêt à retomber dans les pires travers qu’une Histoire proche pourtant a stigmatisés, croyant que les sorties de crise passent par leurs façons de tout sacrifier au travail.

Travail et repos : une alternance de décence

Mais l’homme est l’homme. Et ce qui est un bien pour l’homme occidental l’est également pour l’homme oriental, pour tout homme : aspiration à la liberté, à une compatibilité de la vie personnelle avec la vie professionnelle, compatibilité de la vie professionnelle avec la vie familiale. Jouissance d’un repos le dimanche bon pour tous, bien loin d’être « une stupidité économique »[6]. Dans les lignes liminaires du roman de Camus le lecteur note que même les habitants d’Oran ne font pas de commerce le samedi soir et le dimanche ; ils les réservent aux plaisirs, à des « joies simples ».

« Jour des liens », comme l’ont appelé certains. Jour où, comme le dit notre ami Joseph Thouvenel de la CFTC, « l’on met entre parenthèses la consommation et la production pour autre chose ». Jour où l’on « fait société » comme le dit le Docteur en droit Daniel Perron, jour pour Dieu surtout où les catholiques célèbrent l’Eucharistie qui forme l’Église.

Notre Constitution garantit en son article premier une République « sociale ». N’est-il donc pas incohérent le Gouvernement qui touche au jour censé créer le lien social qui se délite un peu plus chaque jour ? Le dimanche est jour d’un travail « invisible », du travail bénévole[7], gratuit. Jour d’une « véritable valeur ajoutée de la cohésion sociale ». Le moteur, on le voit, n’est plus alors l’argent mais le don. C’est ainsi que le sens du travail se révèle paradoxalement lorsqu’on ne travaille pas, quand l’homme prend ce repos, quand l’homme prend conscience de ce qu’il a fait, de ce pour quoi il est fait. Il est alors décent de donner ce jour à tous.

DÉCENT, mot que l’Organisation International du Travail met à l’honneur dans ses codes. Décence selon le dictionnaire historique d’Alain Rey (Bordas) vient de « decens et est employé au sens moral de « convenable » « séant » ». Venant « du participe présent de decere, décent est surtout employé en construction impersonnelle. Decet, il convient. » « Mot spécialisé sur le plan de l’acceptabilité selon les normes sociales et signifie correct, acceptable. » Actuellement, travailler le dimanche et les jours fériés, travailler la nuit n’est toujours pas du travail décent. Jusques à quand ? Une dérégulation puissante est en marche.

Au niveau chrétien, le travail sanctifie le temps

Revenons encore à ce portail de La Peste. Les habitants d’Oran ne travaillent « que pour s’enrichir ». N’y aurait-il pas un autre but plus humain au travail ? Ce que nous révèlent les Écritures nous invite, en effet, à penser plus haut encore. Surtout nous, qui ne sommes plus les hommes d’après la chute mais les hommes de la Nouvelle Alliance, les hommes d’après la Croix, la grande œuvre de Dieu. Le travail, malgré son statut très rude depuis le jardin d’Eden, est une grâce donnée à l’homme pour sanctifier le temps. C’est même par le travail que l’homme va sanctifier le temps. L’amour ne se mesure pas, on n’aime pas trente-cinq heures par semaine ; quand on aime quelqu’un, on l’aime tout le temps même quand on n’y pense pas et même après sa mort. Le temps mesure le travail : on travaille deux heures et en sanctifiant son travail, on sanctifie le temps. Dans cette lumière on se rend encore mieux compte à quel point le travail doit être humain car la grâce ne peut s’enraciner que dans ce qui est humain. Alors plus le lieu de la grâce atteindra sa finalité naturelle, plus la grâce s’épanouira pleinement. N’est-ce pas normal d’offrir à Dieu, de rendre sacré, ce que l’homme a de meilleur ? Peut-on rendre sacré un travail inhumain ? C’est donc impératif pour un chrétien de faire un travail humain et d’offrir aux autres un travail qui respecte toute leur personne. Accomplir un travail humain, c’est se rendre justice à soi-même ; offrir un travail humain quand on est patron, c’est rendre justice aux autres ; et n’est-ce pas justice que d’offrir à Dieu un travail digne de ce nom ?

Dieu laisse à l’homme rien moins que de coopérer à sa création qui n’est pas achevée. Il lui laisse ainsi de se sanctifier par son travail, lui laisse un jour particulier sans travail, de repos, pour qu’il pense aux fins de son corps mortel promis à autre chose qu’à la putréfaction. Le jour sans travail, le repos hebdomadaire, une fois par semaine, donné le dimanche, a un visage, il ne ressemble pas aux autres jours. Il porte une valeur prophétique, celle que ce corps qui a travaillé, aimé et qui va mourir, pour reprendre la trilogie camusienne de tout à l’heure, est appelé à la vie qui dure toujours, à la vie éternelle, à être corps glorieux. Le dimanche ? Un jour vital pour ne pas s’aliéner aux choses matérielles donnant sens au travail des six autres jours. Un jour pour tous, pas un luxe pour un petit nombre. Est grandement responsable l’employeur qui fait main basse sur un tel jour et qui pour un profit « maximal » accapare ce qui ne lui appartient pas, oublie un principe énorme, la destination universelle des biens, droit commun de tous à utiliser les biens de la création.

Dans trois jours, ce 7 octobre, se déroulera la Journée Mondiale du Travail Décent (JMTD). Pourquoi ne pas participer à cet événement chacun à sa manière en se posant cette question simple : pour qui est-ce que je travaille ? Pour moi ? pour ma famille ? pour la société à laquelle j’appartiens ? et dans quelle proportion ? À quel bien commun est-ce que je participe ? Relisons aussi, pourquoi pas, Laborem exercens, première encyclique sociale de Jean-Paul II, pape qui a travaillé à son travail de pape avec une ardeur peu commune. Bel anniversaire en effet que ce jour de 1981 où cette encyclique a été écrite pour le monde entier[8], il y a tout juste trente ans. Non l’argent vulgaire ne peut être la clé du travail de l’homme avec comme seul moteur la cupidité pourrissant le cœur d’hommes qui « s’appliquent » à ne posséder que pour posséder. Ce « faire des affaires » que critique Camus via son narrateur concernant les habitants d’Oran.

Travailler, aimer, mourir. Travailler et pouvoir aimer encore. Travailler pour ne pas mourir comme une bête. Travailler, aimer, mourir. Non plus avec un air frénétique et absent. Travailler avec ardeur et avec conscience. Mettre au cœur de nos économies « capitalistes rigides »[9] un peu moins de cupidité, un peu plus de don et de gratuité. Pour que Sisyphe, levant les yeux sur des « choses nouvelles »[10], sorte de son destin tragique et maîtrise, enfin libre, son rocher.

 Hélène Bodenez

www.libertepolitique.com


[1] Roman écrit en 1947 et qui valut par la suite à Camus le Prix Nobel.

[2] L’anonymat est levé à la fin du roman : il s’agit du Docteur Rieux.

[3] Gn. 3,19.

[4] Florence Aubenas, Le quai de Ouistreham, p. 24, Éditions de l’Olivier, Points, 2011, P2679.

[5] Robert Lutz et Giles Decock, Réflexions sur le travail, « Pour un nouveau protocole anti-chômage », Éditions Grégoriennes, Le Guetteur, 2011.

[6] Echange rapide sur Radio Notre-Dame le vendredi 30 septembre 2011 entre Jean-Pierre Denis (La Vie) et Jean-Luc Mouton (Réforme).

[7] S’organise une conférence le 17 octobre 2011 au Comité économique et social européen à Bruxelles en l’année européenne du bénévolat : L’apport du « travail invisible » à la création de richesse – valeur ajoutée de la cohésion sociale.

[8] L’attentat du 13 mai en a retardé la publication qui eut lieu le 14 septembre, jour de la Croix glorieuse. Tout un symbole quand on lit la fin de l’encyclique : « Dans le travail de l’homme, le chrétien retrouve une petite part de la croix du Christ et l’accepte dans l’esprit de rédemption avec lequel le Christ a accepté sa croix pour nous. Dans le travail, grâce à la lumière dont nous pénètre la résurrection du Christ, nous trouvons toujours une lueur de la vie nouvelle, du bien nouveau, nous trouvons comme une annonce des « cieux nouveaux et de la terre nouvelle » auxquels participent l'homme et le monde précisément par la peine au travail. Par la peine, et jamais sans elle. D'une part, cela confirme que la croix est indispensable dans la spiritualité du travail ; mais, d'autre part, un bien nouveau se révèle dans cette croix qu’est la peine, un bien nouveau qui débute par le travail lui-même, par le travail entendu dans toute sa profondeur et tous ses aspects, et jamais sans lui. » (n.27)

[9] Jean-Paul II, Laborem exercens,

[10] Rerum Novarum, titre de l’encyclique de Léon XIII que tous les papes après lui n’ont cessé de reprendre et d’en approfondir le sens.

 

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Notre vocation : vivre de la sagesse de la Croix

15 Mars 2013, 03:31am

Publié par Fr Greg.

 

 

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Le sommet, c’est la Croix du Christ : on ne peut pas aller plus loin. Tout le mystère de l’Incarnation est pour cela, pour que la nature humaine présente dans le Christ soit l’Agneau. A partir de la Croix du Christ, notre humanité est agneau, et c’est cela notre vocation. Il n’y a que dans l’Evangile de Jean que l’Esprit Saint, par Jean-Baptiste, a dit : « Voici l’Agneau de Dieu » (Jn 1, 29 et 36).

 

L’Esprit Saint le dit donc pour chacun d’entre vous et vous devez le redire tous les matins : « Voici l’Agneau de Dieu ». Cela nous aide prodigieusement à accepter toutes les difficultés, toutes les incompréhensions – car il y en a forcément, il ne peut pas en être autrement. Jésus a été parmi les hommes, l’incompris par excellence : il était trop grand… et il était trop petit. Les hommes aiment in medio stat virtus – la vertu est au milieu de deux extrêmes -, et là on est à l’aise ! C’est ce que Descartes a compris et c’est ce que, à sa suite, nous comprenons : « pas trop à droite, pas trop à gauche, au milieu stat virtus ».

 

Oui, la vertu s’installe là, au milieu, entre les deux extrêmes. Et notre vie chrétienne, c’est les deux extrêmes ; notre vocation chrétienne, c’est la vocation de l’Agneau, et l’Agneau, c’est l’offrande de tout nous-mêmes pour devenir la nourriture de nos frères. Jésus est l’Agneau, la nourriture des frères ; il est le véritable Agneau pascal pour nourrir ses frères, pour les rassembler, pour leur apprendre à s’aimer. Ils s’aiment dans le Christ et par lui.

 

fr Marie-Dominique Philippe.

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l'évangile qui prend le bus...

14 Mars 2013, 11:14am

Publié par Fr Greg.

 

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François, alors Cardinal à Buenos Aires, prenait le bus... 

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Du bout du monde...!!

13 Mars 2013, 22:26pm

Publié par Fr Greg.

 

 

nouveau Pape

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nous ne sommes faits que de ceux que nous aimons et de rien d'autre...

13 Mars 2013, 03:39am

Publié par Fr Greg.

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La durée amoureuse n'est pas une durée. Le temps passé dans l'amour n'est pas du temps, mais de la lumière, un roseau de lumière, un duvet de silence, une neige de chair douce.


Vous écrivez l'histoire de l'amour pur, l'histoire du deuil de l'amour pur. Il n'y a rien d'autre à écrire, n'est-ce pas. Il n'y a rien d'autre à chanter dans la vie que l'amour enfui dans la vie. Vous n'écrivez pas pour retenir. Vous écrivez comme on recueille le parfum d'une fleur vers sa mort, sans pouvoir la guérir, sans savoir enlever cette tache brune sur un pétale, comme une trace de morsure minuscule - des dents de lait, mortelles.


Dans le chant, la voix se quitte : c'est toujours une absence que l'on chante. Le temps de chanter est la claire confusion de ces deux saisons dans la vie : l'excès et le défaut. Le comble et la perte.

 

On pense qu'on a très peu de temps dans la vie, qu'un an dure comme un sourire, que dix ans passent comme une ombre et que, dans si peu de temps, il ne reste qu'une seule chance, qu'une seule grâce : devancer notre mort dans la légèreté d'un sourire, dans l'errance d'une parole.

 

Il a cinquante ans. C'est l'âge où un homme entreprend l'inventaire de ses biens. C'est quoi réussir sa vie. Ce qu'on gagne dans le monde, on le perd dans sa vie.

 

Il n'y a pas d'apprentissage de la vie. Il n'y a pas plus d'apprentissage de la vie que d'expérience de la mort.

La vérité est sur des tréteaux dans un cercueil encore ouvert. La vérité a le visage d'un mort. C'est un visage retourné comme un gant. Un visage sans dedans ni dehors. Un mort c'est comme une personne. Un mort c'est comme tout le monde. Tout va vers ce visage, comme vers sa perfection. La peur, l'attente, la colère, l'espérance de l'amour et les soucis d'argent, tout va vers ce visage comme vers un dernier mot. Le mort se tait pour dire en une seule fois. Le mort dit vrai en ne disant plus et si, sur lui, l'on jette tant de silence, c'est pour ne rien entendre.

Christian Bobin.

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Nous ne possédons que ce qui nous échappe et se nourrit de notre amour

12 Mars 2013, 03:38am

Publié par Fr Greg.

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Il faut d'abord dire "je". C'est difficile, c'est comme se perdre dans la forêt, loin des chemins, c'est comme sortir de maladie, de la maladie des vies impersonnelles, des vies tuées. Ensuite, il faut dire "vous". La souffrance peut aider - la souffrance d'un bonheur, la jalousie, le froid, la candeur d'une saison sur la vitre du sang. Tout peut aider en un sens à dire "vous", tout ce qui manque et qui est là, sous les yeux, dans l'absence abondante.


L'émerveillement n'est pas l'oubli de la mort, mais la capacité de la contempler comme tout le reste, comme l'amer et le sombre : dans la brûlure d'une première fois, dans la fraîcheur d'une connaissance sans précédent.

 

La fin de l'enfance est sans histoire. C'est une mort inaperçue de celui qu'elle atteint. C'est la plus grande énigme dans la vie, comme l'épuisement d'une étoile dont l'éclat ne cesse plus de ravir toutes vos heures, jusqu'à la dernière.

 

Il n'y a ni futur ni passé dans la vie. Il n'y a que du présent, qu'une hémorragie éternelle de présent.


Nous n'avons guère plus de prise sur notre vie que sur une poignée d'eau claire. Nous ne possédons que ce qui nous échappe et se nourrit de notre amour : un arbre dans le songe, un visage dans le silence, une lumière dans le ciel. Le reste n'est rien. Le reste c'est tout ce qu'on jette dans les jours de colère, dans les heures de rangement. Il y a ceux qui jettent. Il y a ceux qui gardent. Il y a ceux qui régulièrement mettent leur maison à sac, ou le réduit d'une mémoire, le recoin d'un amour. Ils mettent de l'ordre. Ils mettent le vide, croyant mettre de l'ordre. Ils jettent. C'est une manière de funérailles, une façon d'apprivoiser l'absence - comme de ratisser le gravier d'un chemin par où mourir viendra. Et il y a ceux qui gardent. Ils entassent dans un tiroir, dans une parole, dans un amour. Ils ne perdent rien. Ils disent : on ne sait jamais. Même s'ils savent, ils ne savent jamais. Même s'ils savent que jamais ils ne reviendront aux lettres anciennes, aux boîtes rouillées, aux vieux médicaments et aux vieilles amours. Tant pis, ils gardent.

Christian Bobin

 

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quand on aime, on découvre avec ravissement la certitude de n'être rien

11 Mars 2013, 03:34am

Publié par Fr Greg.

 

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Il faut donner à l'autre ce qu'il attend pour lui, non ce que vous souhaitez pour vous. Ce qu'il espère, non ce que vous êtes. Car ce qu'il espère, ce n'est jamais ce que vous êtes, c'est toujours autre chose. J'ai donc appris très tôt à donner ce que je n'avais pas.


Qu'est ce que c'est un adulte ? C'est quelqu'un qui est absent de sa parole comme de sa vie - et qui le cache. C'est quelqu'un qui ment. Il ment non sur telle ou telle chose, mais sur ce qu'il est. Un enfant devient adulte quand il est capable d'un tel mensonge profond, essentiel.

 

Oui, on est un peu comme ça quand on est amoureux. On vide ses poches, on perd son nom. On découvre avec ravissement la certitude de n'être rien.


Ma vie ne vient à moi qu'en mon absence. Dans la clarté d'une pensée indifférente à mes pensées. Dans la pureté d'un regard indifférent à mes désirs. Ma vie fleurit loin de moi, à l'école buissonière. Je m'en sépare en allant dans le monde. Je la rejoins en contemplant le ciel. Le ciel matériel, peint en bleu et en or... Les lumières qui y traînent sont des lettres d'amour. Un amour sans appartenance. Sans avidité. Un amour qui ne vous demande rien - sinon d'être là. Qui vous donne l'éternel, en passant.

Pourquoi faudrait-il un sens à nos jours ? Pour les sauver ? Mais ils n'ont pas besoin de l'être. Il n'y a pas de perte dans nos vies, puisque nos vies sont perdues d'avance, puisqu'elles passent un peu plus, chaque seconde.

Sans doute l 'avez-vous remarqué : notre attente - d'un amour, d'un printemps, d'un repos - est toujours comblée par surprise. Comme si ce que nous espérions était toujours inespéré. Comme si la vraie formule d'attendre était celle-ci : ne rien prévoir, sinon l'imprévisible. Ne rien attendre, sinon l'inattendu.

Reste l'amour qui nous enlève de tout, sans nous sauver de rien. La solitude est en nous comme une lame, profondément enfoncée dans les chairs. On ne pourrait nous l'enlever sans nous tuer aussitôt. L'amour ne révoque pas la solitude. Il la parfait. Il lui ouvre tout l'espace pour brûler. L'amour n'est rien de plus que cette brûlure, comme au blanc d'une flamme. Une éclaircie dans le sang. Une lumièredans le souffle. Rien de plus. Et pourtant il me semble que tout une vie serait légère, penchée sur ce rien. Légère, limpide : l'amour n'assombrit pas ce qu'il aime. Il ne l'assombrit pas parce qu'il ne cherche pas à le prendre. Il le touche sans le prendre. Il le laisse aller et venir. Il le regarde s'éloigner, d'un pas si fin qu'on ne l'entend pas mourir : éloge du peu, louange du faible. L'amour s'en vient, l'amour s'en va. Toujours à son heure, jamais à la vôtre.

 

Christian Bobin : La part manquante ( Ed. Gallimard - 1989 )

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La femme, la vivante...

10 Mars 2013, 01:15am

Publié par Fr Greg.

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Les hommes sont des petits garçons obéissants.

Ils vivent comme on leur a appris à vivre.

Quand le temps est venu de quitter leur mère, ils disent:

d’accord mais il me faut une femme,

j’ai droit à une certaine quantité de femme rien qu’à moi,

il me faut une femme dans mon lit, à ma table,

une mère pour mes enfants et pour moi qui resterai inguérissable de mon enfance.

Et parce qu’il leur semble que le meilleur moyen de tenir une femme, c’est encore de l’épouser, alors ils épousent et prennent le mariage comme un fléau de plus, une corvée inévitable comme celle du travail salarié ou des courses à faire le samedi.

Quand ils ont leur femme, ils n’y pensent plus.

Ils jouent avec un ordinateur, réparent une étagère, passent la tondeuse dans le fond du jardin.

C’est leur manière de se reposer d’une vie vécue comme une intempérie.

C’est leur manière de partir sans partir. Avec le mariage quelque chose finit pour les hommes.

 

Pour les femmes, c’est l’inverse : quelque chose commence.

Dès l’adolescence les femmes vont droit à leur solitude.

Elles y vont si droit qu’elles l’épousent. La solitude peut-être un abandon et elle peut être une force.

Dans le mariage les femmes découvrent les deux. Le mariage est une histoire très souvent voulue par les femmes et par elles seules, rêvée en profondeur par elles seules, portée par elles seules, ce qui fait que parfois elles se lassent et désertent : quitte à être seules, autant l’être pleinement.

Lorsqu’on entre dans un lien, quel qu’il soit, on en connaît tout à l’avance.

Il suffit de voir une personne passer une porte, de regarder la manière qu’elle à de voyager avec son âme pour tout deviner d’elle, passé, présent, avenir.

Ce que les présences donneront plus tard, elles le donnent immédiatement.

Alors qui épouse-t-on lorsqu’on épouse ?

Qu’y a –t-il dans le cœur d’une mariée ?

Des siècles de théologie ou de psychanalyse m’éclairent là-dessus beaucoup moins qu’une chanson d’Edith Piaf.

C’est une chanson de quatre sous et ces quatre sous valent de l’or.

C’est une chanson qui dit l’évidence – une femme amoureuse oublie tout même ce qu’elle sait de l’amour:

Non, rien de rien, non, je ne regrette rien, ni le bien qu’on m’a fait, ni le mal, tout çà m’est bien égal, non, rien de rien, je ne regrette rien, car ma vie, car mes joies, aujourd’hui, çà commence avec toi.

Christian Bobin. La plus que vive.

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Les mains, vues par un génie...

9 Mars 2013, 03:53am

Publié par Fr Greg.

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L'artiste est celui à qui il revient à partir de nombreuses choses, d'en faire une seule, et à partir de la moindre partie d'une seule chose, de se faire un monde. Il y a dans l'œuvre de Rodin, des mains, de petites mains autonomes qui sans faire partie d'aucun corps sont vivantes.

 

Des mains qui se dressent irritées et méchantes, des mains dont les cinq doigts hérissés paraissent aboyer comme cinq gueules d'un chien des enfers. Des mains qui marchent, des mains qui s'éveillent, des mains criminelles, des mains à l'hérédité chargée, et d'autres qui sont fatiguées, qui ne veulent plus rien, qui se sont couchées dans un coin comme des bêtes malades qui savent que personne ne peut les secourir. Mais les mains sont déjà un organisme complexe un delta ou conflue quantité de vie venue de loin, pour se déverser dans le grand fleuve de l'action. Il y a une histoire des mains, elles ont effectivement leur civilisation à elles leur beauté particulière; on leur reconnaît le droit d'avoir une évolution propre et leurs propres désirs, leurs sentiments, leurs lubies et leurs préférences. Or Rodin sachant par l'éducation qu'il s'est donné que le corps n'est tout entier composé que des théâtres où se joue la vie-une vie capable à chaque endroit de devenir individuelle et  grandiose -a le pouvoir de conférer à n'importe quelle portion de cette vaste surface vibrante , l'autonomie et la plénitude d'un tout. De même que pour lui le corps humain n'est un tout  que pour autant une action commune (interne ou externe) mobilise tous ces membres et toutes ces énergies, de même pour lui les différentes parties de corps différents s'ordonnent aussi inversement en un seul organisme, lorsqu'elles sont jointes ensemble par nécessité intrinsèque.

 

Un main qui se pose sur l'épaule ou la cuisse d'autrui ne fait déjà plus tout à fait partie du corps dont elle est venue; avec l'objet qu'elle effleure ou empoigne, elle forme une nouvelle chose, une chose de plus qui n'a pas de nom et n'appartient à personne; et c'est de cette chose, avec ses frontières bien déterminées, qu'il s'agit dorénavant. Cette découverte est le fondement du groupement des personnages chez Rodin; c'est d'elle que résulte la façon inouïe dont les figures sont liées les unes aux autres, la cohésion des formes, et leur manière de ne pas se lâcher, à aucun prix. Il ne part pas des figures qui s’enlacent, il n'a pas de modèles qu'il dispose et arrange. Il commence aux endroits où le contact est le plus fort, qui sont autant de sommets de l'œuvre; il attaque à l'endroit où naît quelque chose de nouveau, et tout le savoir de son instrument, il le consacre aux mystérieuses manifestations qui accompagnent le devenir d'une chose nouvelle. Il travaille quasiment à la lueur des éclairs qui jaillissent en ces points, et, de tout le corps il ne voit que les parties qui en sont éclairées (…)


On a le sentiment que des surfaces en contact, des ondes partent là dans les corps tout entiers, des frissons de beauté, de pressentiment et d'énergie (…)

 

                                                                                  Rainer Maria Rilke  « Auguste Rodin »

 

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Nous avons reconnu et nous avons cru que l'amour de Dieu est parmi nous (II)

8 Mars 2013, 01:17am

Publié par Fr Greg.

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L’existence chrétienne consiste en une ascension continue du mont de la rencontre avec Dieu pour ensuite redescendre, en portant l’amour et la force qui en dérivent, de manière à servir nos frères et sœurs avec le même amour que Dieu. Dans l’Ecriture Sainte nous voyons que le zèle des Apôtres pour l’annonce de l’Évangile que suscite la foi est étroitement lié à l’attention charitable du service envers les pauvres (cf. Ac 6, 1-4). Dans l’Église, contemplation et action, symbolisées d’une certaine manière par les figures évangéliques des sœurs Marie et Marthe, doivent coexister et s’intégrer (cf. Lc 10, 38-42). La priorité va toujours au rapport avec Dieu et le vrai partage évangélique doit s’enraciner dans la foi (cf. Catéchèse lors de l’Audience générale du 25 avril 2012). Parfois, on tend en effet à circonscrire le terme de « charité » à la solidarité ou à la simple aide humanitaire. Il est important, en revanche, de rappeler que la plus grande œuvre de charité est justement l’évangélisation, c’est-à-dire le « service de la Parole ». Il n’y a pas d’action plus bénéfique, et donc charitable, envers le prochain que rompre le pain de la Parole de Dieu, le faire participer de la Bonne Nouvelle de l’Évangile, l’introduire dans la relation avec Dieu: l’évangélisation est la promotion la plus élevée et la plus complète de la personne humaine. Comme l’écrit le Serviteur de Dieu le Pape Paul VI dans l’Encyclique Populorum progressio, le premier et principal facteur de développement est l’annonce du Christ (cf. n. 16). C’est la vérité originelle de l’amour de Dieu pour nous, vécue et annoncée, qui ouvre notre existence à accueillir cet amour et rend possible le développement intégral de l’humanité et de tout homme (cf. Enc. Caritas in veritate, n. 8).

En somme, tout part de l’Amour et tend à l’Amour. L’amour gratuit de Dieu nous est communiqué à travers l’annonce de l’Évangile. Si nous l’accueillons avec foi, nous recevons ce premier et indispensable contact avec le divin en mesure de nous faire « aimer l’Amour », pour ensuite demeurer et croître dans cet Amour et le communiquer avec joie aux autres.

A propos du rapport entre foi et œuvres de charité, une expression de la Lettre de saint Paul aux Ephésiens résume peut-être leur corrélation de la meilleure des manières : « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, à cause de votre foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas de vos œuvres, il n’y a pas à en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés en Jésus-Christ, pour que nos œuvres soient vraiment bonnes, conformes à la voie que Dieu a tracée pour nous et que nous devons suivre » (2, 8-10). On perçoit ici que toute l’initiative salvifique vient de Dieu, de sa Grâce, de son pardon accueilli dans la foi; mais cette initiative, loin de limiter notre liberté et notre responsabilité, les rend plutôt authentiques et les orientent vers les œuvres de charité. Celles-ci ne sont pas principalement le fruit de l’effort humain, dont tirer gloire, mais naissent de la foi elle-même, elles jaillissent de la Grâce que Dieu offre en abondance. Une foi sans œuvres est comme un arbre sans fruits: ces deux vertus s’impliquent réciproquement. Le Carême nous invite précisément, avec les indications traditionnelles pour la vie chrétienne, à alimenter la foi à travers une écoute plus attentive et prolongée de la Parole de Dieu et la participation aux Sacrements, et, dans le même temps, à croître dans la charité, dans l’amour de Dieu et envers le prochain, également à travers les indications concrètes du jeûne, de la pénitence et de l’aumône.

4. Priorité de la foi, primat de la charité

Comme tout don de Dieu, foi et charité reconduisent à l’action de l’unique et même Esprit Saint (cf. 1 Co 13), cet Esprit qui s’écrie en nous « Abbà ! Père » (Gal 4, 6), et qui nous fait dire: « Jésus est Seigneur » (1 Co 12, 3) et « Maranatha ! » (1 Co 16, 22; Ap 22, 20).

La foi, don et réponse, nous fait connaître la vérité du Christ comme Amour incarné et crucifié, adhésion pleine et parfaite à la volonté du Père et miséricorde divine infinie envers le prochain; la foi enracine dans le cœur et dans l’esprit la ferme conviction que précisément cet Amour est l’unique réalité victorieuse sur le mal et sur la mort. La foi nous invite à regarder vers l’avenir avec la vertu de l'espérance, dans l’attente confiante que la victoire de l’amour du Christ atteigne sa plénitude. De son côté, la charité nous fait entrer dans l’amour de Dieu manifesté dans le Christ, nous fait adhérer de manière personnelle et existentielle au don total de soi et sans réserve de Jésus au Père et à nos frères. En insufflant en nous la charité, l’Esprit Saint nous fait participer au don propre de Jésus: filial envers Dieu et fraternel envers chaque homme (cf. Rm 5, 5).

La relation qui existe entre ces deux vertus est semblable à celle entre les deux sacrements fondamentaux de l'Église : le Baptême et l’Eucharistie. Le Baptême (sacramentum fidei) précède l'Eucharistie (sacramentum caritatis), mais il est orienté vers celle-ci, qui constitue la plénitude du cheminement chrétien. De manière analogue, la foi précède la charité, mais se révèle authentique seulement si elle est couronnée par celle-ci. Tout part de l’humble accueil de la foi (« se savoir aimé de Dieu »), mais doit arriver à la vérité de la charité (« savoir aimer Dieu et son prochain »), qui demeure pour toujours, comme accomplissement de toutes les vertus (cf. 1 Co 13, 13).

Chers frères et sœurs, en ce temps de Carême, où nous nous préparons à célébrer l’événement de la Croix et de la Résurrection, dans lequel l'Amour de Dieu a racheté le monde et illuminé l’histoire, je vous souhaite à tous de vivre ce temps précieux en ravivant votre foi en Jésus Christ, pour entrer dans son parcours d’amour envers le Père et envers chaque frère et sœur que nous rencontrons dans notre vie. A cette fin j’élève ma prière à Dieu, tandis que j’invoque sur chacun et sur chaque communauté la Bénédiction du Seigneur!

Du Vatican, le 15 octobre 2012

Benoit XVI.

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