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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'œuvre de Dieu ? (II)

31 Janvier 2013, 01:22am

Publié par Fr Greg.

 

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L' ŒUVRE DU PERE DANS L'EVANGILE DE SAINT JEAN

 

Le substantif (travail, œuvre) est employé 27 fois dans l'Evangile de Jean contre 10 fois dans les évangiles synoptiques. Quant au verbe (travailler, œuvrer), il est employé 8 fois dans l'Evangile de Jean contre 6 fois dans les évangiles synoptiques. On voit donc déjà que ces deux termes sont beaucoup plus employés par Jean que par les autres évangélistes.

 

Le premier emploi de dans l'Evangile de Jean apparaît en Jn 4,34. Aux disciples qui le pressent de manger, Jésus répond : « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre ». Jésus se présente donc comme celui qui a été envoyé afin d'accomplir l'œuvre du Père. Le discours à Nicodème a déjà lié Renvoi du Fils au salut de l'humanité :

 

Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour condamner le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n'est pas condamné ; qui ne croit pas est déjà condamné car il n'a pas cru au Nom du Fils unique de Dieu (8).

 

On voit dans ce texte comment, d'une part, le salut consiste en l'accueil du don de la vie éternelle, d'autre part, comment on accède au salut par la foi dans le Fils unique de Dieu. Nous verrons justement le lien étroit établi par Jean entre l'œuvre de Dieu et la foi en Jésus.

 

Le travail du Père et celui du Fils

Au chapitre 5 de son évangile, Jean nous rapporte la guérison de l'infirme de la piscine de Béthesda, guérison opérée le jour du sabbat. Après avoir guéri l'infirme, Jésus lui ordonne de prendre son grabat et de marcher. Aux Juifs qui objectent qu'il n'est pas permis de porter un grabat le jour du sabbat 9, Jésus répond : « Mon Père est à l'œuvre jusqu'à maintenant et moi aussi je suis à l'œuvre (10) » Cette affirmation de Jésus est à comprendre en lien avec l'interprétation juive du repos sabbatique que nous avons vue plus haut : du temps de Jésus, les Juifs avaient déjà compris que Dieu continue nécessairement d'être à l'œuvre le jour du sabbat ; ils ne devraient donc pas s'étonner que Jésus lui aussi soit à l'œuvre. Jean mentionne que cette affirmation de Jésus fut comprise par les Juifs comme une prétention insoutenable d'être l'égal de Dieu. Le long discours de Jésus en Jn 5, 19-47 vise à lever le scandale et à justifier l'affirmation de Jésus en montrant la totale dépendance de l'œuvre de Jésus à l'égard de l'œuvre du Père :

 

Amen, amen, je vous le dis, le Fils ne peut faire de lui-même rien qu'il ne voie faire au Père: ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. Car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu'il fait. Il lui montrera des œuvres plus grandes encore que celles-ci ; vous en serez stupéfaits (Jn 5, 19-20).

 

En quoi consistent donc ces œuvres que le Père montre au Fils ? Jésus dit qu'il s'agit d'une œuvre vivificatrice : « Comme le Père en effet ressuscite les morts et les rend à la vie, ainsi le Fils donne vie à qui il veut [...] Comme le Père en effet dispose de la vie, ainsi a-t-il donné au Fils d'en disposer lui aussi (11) ». Le travail de Dieu lors de la création de l'homme avait consisté à modeler le corps de l'homme et à lui donner vie ; l'œuvre vivificatrice du Père, à laquelle le Fils est pleinement associé, consiste à redonner vie à l'homme qui a perdu la vie par le péché.


Cette œuvre du Père est rendue manifeste à travers les signes accomplis par Jésus. Selon la théologie johannique des signes, en effet, les « miracles (12) » de Jésus, avant d'être des œuvres de miséricorde envers des personnes dans une situation de détresse, sont principalement des signes qui l'accréditent comme l'envoyé du Père : « les œuvres que le Père m'a donné d'accomplir, ces œuvres mêmes que je fais me rendent témoignage que le Père m'a envoyé 13 ». Le témoignage des ces œuvres devrait conduire à la foi en Jésus en dépit des difficultés à comprendre ses paroles : « le Père qui demeure en moi accomplit les œuvres. Croyez-m ‘en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Du moins, croyez-le à cause des œuvres 14. » Ces œuvres sont si éloquentes qu'elles doivent suffir pour emporter l'adhésion de foi. C'est pourquoi Jésus peut dire à l'égard de ceux qui refusent de croire en lui : « Si je n'avais pas fait parmi eux des œuvres que nul autre n'a faites, ils n'auraient pas de péché ; mais maintenant ils ont vu et ils nous haïssent, moi et mon Père» (Jn 15,24).

 

FR. ALAIN-MARIE

Aletheia. Ecole St Jean.

 

(8). Jn 3, 16-18.

(9). Cf. Jr 17, 21 : « Ainsi parle Yahvé : Gardez-vous bien - il y va de votre vie - de transporter un fardeau, le jour du sabbat, et de l'introduire par les portes de Jérusalem. »

(10).Jn5,17.

(11). Jn 5, 21.26.

(12). Nous employons ici le mot « miracle » parce que c'est la parole consacrée en français, mais il faut tout de suite faire remarquer que ce mot... n'existe pas tel quel dans le Nouveau Testament ! En effet, ce que nous appelons « miracle » est, en fait, appelé dans le NT par divers termes : « puissance » (ô'ùvau.iç), « prodige » (ïéçaç) et surtout, chez Jean, « signe » (o-nuelov). Cf. J.-P. CHARLIER, Signes et prodiges. Les miracles dans l'évangile. Lire la Bible n°79, Paris, Cerf, 1987.

(13). Jn 5.36.

(14). Jn 14. lOc-11.

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Qu’est-ce que l'œuvre de Dieu ?

30 Janvier 2013, 02:16am

Publié par Fr Greg.

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LE TRAVAIL ET LE REPOS DE DIEU DANS LA GENESE

 

Le travail de la création              

 

Les deux récits de la création dans la Genèse (Gn 1 et 2) nous présentent la création comme un « travail » de Dieu. Le premier récit nous montre Dieu créant de manière progressive, sur un intervalle de six jours, l'univers et ses habitants : la parole de Dieu fait surgir la lumière, la terre, les plantes, les animaux, et enfin l'homme. La parole divine est immédiatement efficace et produit sans peine son effet (1). Le deuxième récit de la création nous présente Dieu assumant tantôt la fonction du potier (pour façonner-le corps de l'homme), tantôt celle du chirurgien (pour façonner celui de la femme), tantôt encore la fonction du jardinier pour planter le jardin en Eden). Curieusement, toutefois, c'est à la fin du premier récit, et non du second, qu'apparaît l'affirmation bien connue du « repos » de Dieu : « Dieu conclut au septième jour l'ouvrage qu'il avait fait et, au septième jour, il chôma, après tout l'ouvrage qu'il avait fait. Dieu bénit le septième jour et le sanctifia, car il avait alors chômé après tout son ouvrage de création » (Gn 2, 2-3).

 

 Comme le remarque Jean Paul II 

l'achèvement de l'œuvre de Dieu ouvre le monde au travail de l'homme [...] A travers cette évocation anthropologique du travail divin, la Bible ne nous donne pas seulement une ouverture sur le rapport mystérieux entre le Créateur et le monde créé, mais elle jette aussi une lumière sur la mission de l'homme à l'égard du cosmos. Le travail de Dieu est en quelque manière exemplaire pour l'homme. Celui-ci, en effet, n'est pas seulement appelé à habiter, mais aussi à construire le monde, en se faisant ainsi collaborateur de Dieu (2).

 

Dans l'Ancien Testament, le Deutéronome se réfère au texte de la Genèse au sujet du commandement du sabbat :

 Observe le jour du sabbat pour le sanctifier, comme te l'a commandé Yahvé, ton Dieu. Pendant six jours tu travailleras et tu feras ton ouvrage, mais le septième jour est un sabbat pour Yahvé ton Dieu. Tu n'y feras aucun ouvrage, toi, ni ton fils, ni ta fille, m ton serviteur, ni ta servante, ni ton bœuf, ni ton âne ni aucune de tes bêtes, ni l'étranger qui réside chez toi. Ainsi, comme toi-même, ton serviteur et ta servante pourront se reposer (Dt5,12-14) (3).

 

Quant au psaume 94, il se termine par une mention du repos de Dieu mise dans la bouche du Seigneur (PS 94, 11) : « Alors, j'ai juré dans ma colère, jamais ils n'entreront dans mon repos. »

 Selon Jean Paul II le repos divin du septième jour n'évoque pas un Dieu inactif, mais il souligne la plénitude de la réalisation accomplie et exprime en quelque sorte la pause faite par Dieu devant l'œuvre « très bonne » sortie de ses mains, pour porter sur elle un regard plein d'une Joyeuse satisfaction : c'est un regard « contemplatif », qui ne vise plus de nouvelles réalisations, mais plutôt la jouissance de la beauté de ce qui a été accompli (4).

fr Alain Marie.

Aletheia. Ecole St Jean.

 

(1) Contrairement à de nombreux mythes de la création (le mythe babylonien, par exemple) où le cosmos est l'enjeu d'une lutte entre des puissances hostiles.

(2). JEAN PAUL II, Lettre apostolique sur la sanctification du dimanche, Dies Domini, §10.

(3). L'affirmation du repos de Dieu le septième jour de la création se retrouve également par deux fois dans le livre de l'Exode (Ex 20, 11 ; 31, 17).

(4). Dies Domini, § 11.

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L’atrabilaire amoureux ...

29 Janvier 2013, 03:35am

Publié par Fr Greg.

 

L'atrabile était pour les anciens le nom de la bile noire qui conduisait à la colère et à la dépression. Alceste, le misanthrope, était atteint de ce mal.

 

Alceste

       

 

 Alceste : « Tous les hommes me sont, à tel point, odieux, Que je serais fâché d’être sage à leurs yeux.

Philinte « Vous voulez un grand mal à la nature humaine !  »

Alceste : » Oui ! j’ai conçu pour elle, une effroyable haine. (…) Contre l’iniquité de la nature humaine, Et je nourris, pour elle, une immortelle haine. »

Molière, le Misanthrope.

 

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Philippe Le Guay confronte deux ego, Fabrice Luchini et Lambert Wilson, dans un duel à fleurets mouchetés autour du Misanthrope.

 

Pile ou face. Ils lancent une pièce en l'air pour savoir qui va incarner Alceste. Dans une maison au charme délabré, deux acteurs répètent Le ­Misanthrope. L'île de Ré est un théâtre. Il s'y passe des choses prodigieuses. Les phrases de Molière résonnent dans des salons vastes et humides. Lambert Wilson est venu déranger Luchini dans sa tanière. L'un est une vedette du petit écran, l'autre s'est retiré du métier. Le héros de feuilleton se balade en manteau blanc, signe des autographes, arbore une coiffure à la Liberace. Son ancien ami bougonne, a des problèmes d'intendance, les joues mal rasées. Il porte des écharpes et des gros pulls qui le font ressembler à Céline.

Les planches? Terminé. Basta. Finito. Pourtant, il se laisse tenter par la proposition. Il hésite, ondoie, revient sur sa décision. Oui. Peut-être. On verra. La partie n'est pas gagnée. Ne pas oublier que ce monsieur balance dans la cheminée les scénarios qu'il reçoit. Mais Molière, hein, Molière? Il n'est pas interdit de rêver d'un retour triomphal. Il y a une saison pour tout. Peut-être que le milieu a changé, que la trahison n'y est plus la règle. Luchini espère une revanche. La célébrité de Wilson l'agace. On ne peut pas éternellement rentrer en soi-même.

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L'astuce de Philippe Le Guay consiste à avoir offert le troisième rôle au décor. On zigzague sur des chemins creux, tombe dans des étangs. On se balade sur de longues plages à marée basse. On dérange des agents immobiliers. Les gens chuchotent sur la place du marché. Une serveuse de café voudrait devenir actrice de X. La province n'est plus ce qu'elle était. Une Italienne cherche à vendre sa villa. Cette brune piquante retourne dans son pays. Au milieu des cartons, elle réveille des désirs assoupis. Ça n'était pas prévu. La vraie vie déboule parmi les textes classiques. D'authentiques sentiments se mêlent aux émotions en caractères d'imprimerie. Ah, ces lueurs inédites qui pétillent soudain dans les regards! Il va falloir gérer cela. Les deux comédiens se surveillent. Leurs ego se frottent comme deux silex. Cela produit des étincelles. Ces Narcisse se tirent le tapis sous les pieds, emploient des formules à double sens, multiplient les cachotteries. Cette profession n'a pas le monopole de la jalousie. La notoriété aiguise les envies. Cela ne va pas sans violence. Ronchonner en robe de chambre est un honnête passe-temps. Il y a de faux espoirs, des états d'âme, des promesses non tenues.

 

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Tristesse rieuse et agressive

Ce duel à fleurets mouchetés est servi par deux phénomènes. Wilson est souple, moelleux. Il résiste à un Luchini acariâtre, lunaire, aux blessures secrètes. On dirait deux sportifs de même niveau. Ils s'échauffent, font des balles. Soudain, c'est le smash. Les répliques claquent. Elles sonnent juste. Le Guay est à son affaire. Il aime la langue française, les plaisirs de l'imagination, les mots qui crépitent comme des feux d'artifice. Un tempérament pareil ne court pas les rues. Quelle joie, quelle chance, de vivre dans un pays où l'on s'étripe pour un adjectif, où prononcer «indicible» au lieu d'«effroyable» constitue un crime, pire: une faute de goût. On déclenche des guerres pour moins que ça. Celle-ci se mène entre deux quinquagénaires bouffis d'orgueil, pétris de malice, au bord de la crise de nerfs. Ils sont capables de piquer des colères terribles à cause d'une virgule ou d'un portable qui sonne. Belle leçon de civilisation.

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 Il règne là-dessus un climat doux-amer. Telles sont les mésaventures qui arrivent au mâle occidental en ce début de siècle vingt et unième. Tout cela sensible, intelligent, avec ce qu'il faut de cruauté. Comment peindre le théâtre? Le moyen de filmer le talent? Il suffit d'avoir la souplesse d'une chanson de Montand, de montrer des cœurs affolés, de rendre poétique un morceau des Charentes-Maritimes, d'écouter ­Molière, qui était un peu le Audiard de son époque.

Luchini, d'une tristesse rieuse et agressive, fonce à deux-roues sur la jetée en costume du XVIIIe. Dans le ciel, il y a de merveilleux nuages. Philippe Le Guay est l'éclaircie du cinéma français.

www.lefigaro.fr

 

 

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Vous est-il nécessaire de consommer pour exister? (II)

28 Janvier 2013, 01:42am

Publié par Fr Greg.

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La société contemporaine donne l'impression d'une société de l'instantané où l'on veut tout, tout de suite. Qu'en est-il vraiment ?

Danielle Rapoport : Les rapports au temps sont plus complexes que cela. L’immédiateté de la réponse à une demande sur Google par exemple. l’instant du « clic », l’accélération généralisée, dessinent une partie seulement du temps contemporain. La « slow attitude » qui concerne de plus en plus de secteurs de la consommation, le besoin pour les gens de faire une pause, ces moments pris à ne rien faire de « consommatoire » - flâner, jouer avec ses enfants… - cela ouvre à d’autres temps. Mais les « net kids » ont eu beaucoup de cadeaux numériques pour Noël, car leur propre temps n’est plus le même que le nôtre, ni celui de la nostalgie. Nous sommes dans un temps pluriel, adapté à nos envies de vivre plusieurs vies et le plus longtemps possible !

En quoi la volonté de reconnaissance d'un droit à l'enfant, via la procréation médicalement assistée (PMA) en débat aujourd'hui, s'inscrit-elle dans cette logique ?

Diane Drory : Il y a actuellement des discussions sur l'adoption par les homosexuels en Belgique, après le vote de la loi de l'adoption par les homosexuels. On veut maintenant revenir à l'accouchement sous X pour que les homosexuels masculins puissent avoir un enfant sans que celui-ci ne puisse jamais remonter à ses origines. Il y a dans ce droit à l'enfant cette marque de toute puissance, où on oublie  qu'un enfant est un don de la vie, et non pas un droit, ou une exigence de voir le désir de l’adulte comblé. Le droit à l'enfant donne lieu à des raisonnements qui oublient l'intérêt de l'enfant, en autres d’avoir droit à connaître ses origines.

Danielle Rapoport : Concernant la PMA, les progrès de la génétique et de la médecine vont de plus en plus loin et offrent la possibilité d’avoir son enfant de façon volontaire. Que ce soit en termes de moment, d’âge de la mère, ou pour demain de détermination du sexe et des caractéristiques physiques et intellectuelles de l’enfant, la procréation de hasard devient plus rare. Est-ce plus ou moins responsable ? Est-ce du seul désir des parents dont il est question, et ce faisant de toute leur histoire et lignée dont l’enfant sera redevable ? Cette logique du droit pose en effet de graves questions sur le réel désir d’enfant, à savoir un nouvel être différent des projections personnelles des parents, et parfois frustrant vis-à-vis des attentes.

Faudrait-il réintroduire de la frustration dans notre société ? Comment ?

Diane Drory : Qu’il faille le faire à travers l'éducation est évident. L’acceptation de la frustration s'acquiert durant l'enfance, l'adolescence, notamment à travers les limites et la transmission de valeurs humaines. Cette dernière est tout à fait essentielle. Il existe une pression sociale, et même professionnelle qui fait que l'on ne supporte plus la frustration, et impose qu'on n'attende plus. Où cela va-t-il s'arrêter ? Il est nécessaire de réintroduire la notion du temps, qui est très importante. Nous sommes tellement pris dans l'immédiateté qu'elle nous empêche de penser. L'acceptation du manque aide à penser, et nous permet de chercher une autre solution, d'ouvrir d'autres pistes. Pendant les guerres se créent de grandes inventions, car l'humain est en manque. Le désir développe la créativité et le manque oblige à se débrouiller et à trouver des solutions alternatives.

Danielle Rapoport: Il ne faut pas le faire n’importe comment. Deux choses importantes à prendre en compte. Le fait d’abord que cette fracture sociale et économique est difficilement admissible, elle expose des inégalités et des injustices peu propices au devenir de l’humain. Les plus pauvres ne devraient pas être en frustration de survie, ni les plus riches en frustration de désir et en « manque de manque ». La nécessité ensuite de réfléchir et de concrétiser les notions de « limites », du fait des impératifs « écolo-durables qui obligent à des frustrations collectivement plus acceptables.

Comment ? Rêvons un peu… Débouter l’argent idolâtre, aider les plus démunis par de vraies actions, non pas d’assistance mais de place possible pour chacun de travailler, de manger correctement, d’être en relation. Apprendre ce qu’est l’argent et sa vraie valeur, ce fluide vital qui ne s’use pas si l’on s’en sert de manière dépassionnée. Ouvrir à la possibilité de prôner des valeurs « d’être », pour pallier le déficit de futur des sociétés et des hommes. Oser la création, l’imagination, aimer la frustration quand elle veut dire désir, courage et volonté d’être et de devenir.

Propos recueillis par Ann-Laure Bourgeois

www.atlantico.fr


Diane Drory est psychologue et psychanalyste. Elle est l'auteur de Au secours !  Je manque de manque ! paru aux éditions De Boeck en 2011.

Danielle Rapoport est psychosociologue, spécialisée dans la consommation. Elle est fondatrice et directrice de Danielle Rapoport conseil, un cabinet d’études et de conseil stratégique.

 

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Vous est-il nécessaire de consommer pour exister?

27 Janvier 2013, 01:32am

Publié par Fr Greg.

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La société de consommation nous a-t-elle rendus intolérants à la frustration, à l'attente et à l'effort ?

Diane Drory : La frustration se manifeste lorsque l'on n'a pas immédiatement ce qui répond à notre désir. Ce dernier reste en attente d'être comblé. La frustration est très importante pour l'humanisation, car en son absence, nous serions en permanence dans la pure pulsion : "je veux, j'ai". La civilisation consiste justement à apprendre à gérer sa pulsion, et à la socialiser, selon les normes de la civilisation dans laquelle on grandit.

La société de consommation nous a rendus plus intolérants à la frustration. Puisqu’elle a pour objectif de faire tourner l'économie, elle cherche à combler tous nos désirs. La société de consommation nous permet d'acquérir les choses de manière rapide, sans faire trop d'effort. On oublie que parfois, il est difficile d'obtenir quelque chose.

La technologie contribue également à ce que nos désirs soient comblés dans l'immédiateté, qui est banalisée. D'un clic, je peux acheter la robe que j'ai vue. Je n'ai plus à prendre le bus ou la voiture pour aller au magasin. D'un clic, je peux aussi contacter quelqu'un à l'autre bout du monde. Il n'y a plus besoin d'aller chez les brocanteurs, qui sont maintenant en ligne. La technologie, avec tous les bienfaits qu'elle apporte montre que l'immédiateté impose plus que jamais que l'éducation doit former l'humain à l'effort et l'attente, qui ne va pas de soi.

Danielle Rapoport : Dans les années 1960, consommer avait un sens à la fois collectif et identitaire : faire marcher les usines, équiper sa maison, s’habiller, après des longues années de véritables manques, étaient synonymes d’un bonheur retrouvé. Aujourd’hui, la société d’"hyperconsommation" répond à des désirs au-delà des besoins vitaux. Sur-sollicités par des produits et un marketing de plus en plus sophistiqué, les consommateurs sont devenus des « ayants droits au plaisir » et à la satisfaction immédiate de leurs envies.

Les changements temporels dus au numérique, les offres de paiement à crédit, souvent pour les plus fragiles et endettés, l’offre qui adapte ses prix au moins disant, ont permis de ne pas vouloir attendre. Mais depuis 20 ans, nous avons appris les arbitrages et le renoncement à certains plaisirs pour d’autres plus investis. Et depuis 2008, certains ont su transformer le risque d’une grande frustration due à la baisse réelle du pouvoir d’achat, en une consommation parallèle, symboliquement plus satisfaisante – marché de l’occasion, troc, gratuité -.  « Faire au mieux comme on peut » est une devise plus raisonnée que le « tout tout de suite » des années 80.

La frustration, l'attente et l'effort ont-ils une utilité ?

Diane Drory : L'intérêt de la frustration est de pouvoir accepter la vie telle qu'elle se présente, de construire l'être au lieu de se focaliser sur l'avoir. Or, c'est en étant un être solide qu'on peut traverser la vie avec plus d'acceptation, et plus d'ouverture à l'autre. Tant qu'on est dans la toute puissance et l'insupportable de la frustration, on est complètement braqué sur soi.

D'où cet individualisme qui fait éclater notre société, on oublie la solidarité. Lorsque l'on est dans l'être, et qu'on accepte la frustration, on est plus facilement dans la solidarité, le respect de l'autre, et l'acceptation de la vie, et ce qu'elle apporte. Il y a l'acceptation des écueils de la vie, et de nos faiblesses.

Danielle Rapoport : Ces trois termes impliquent la capacité que nous avons à réfléchir, peser le pour et le contre, être responsables, avoir une pensée critique. Cette distance entre un désir et sa satisfaction, souvent "déceptive" d’ailleurs via les seuls objets de consommation, permet de quitter le registre de la pulsion pour aller vers plus de créativité, de lien, et au final de nous faire grandir. Savoir choisir, donc savoir faire la différence entre notre désir, ce que nous voulons vraiment, et notre besoin - par exemple de « faire pareil » que les modèles qu’on nous impose, que ses amis etc. - implique aussi de renoncer et de le supporter. Mais c’est grâce à cela que nous devenons des entités uniques et singulières, capables de différence et donc d’accepter celle de l’autre.


Gérer la frustration est-il la marque d'entrée dans le monde adulte ? Peut-on dire, par exemple, que nous sommes de grands enfants ?

Diane Drory : Bien que tous les adultes ne soient heureusement pas concernés, c'est effectivement une marque de grand enfant de ne pas supporter la frustration. On est encore dans un rêve de toute puissance. Notre société n'aide pas à faire le deuil de notre toute-puissance, nous sommes habitués à penser, agir, et avoir comme nous l’entendons c’est pourquoi on a l'impression que les choses nous sont dues. Or, ce n'est pas le cas. Il n'est pas étonnant qu'il y ait énormément de dépressions, de suicides, car les gens sont d'un coup confrontés à la frustration alors qu'ils  n'y sont pas du tout préparés.

Danielle Rapoport : C’est être adulte que de ne pas réclamer à corps et à cris ce que nous ne pouvons-nous permettre d’avoir, et ce qui n’est pas notre vrai désir. Nous devrions savoir poser des limites. Ce qui n’implique pas de renoncer à notre part d’enfance, sa spontanéité, son émerveillement. Ne pas confondre l’enfance et l’infantile.

La société "d’hyperconsommation" nous infantilise souvent, quand parfois nous « craquons » pour tel objet, juste pour emplir un vide et des angoisses, pour exister. Aujourd’hui, s’adonner à des comportements infantiles réfère entre autres à cette peur de grandir, parfois légitime, qu’ont les jeunes,  au refus de prendre ses responsabilités, et plus largement au fantasme d’une société de « dû », maternante… Le retour au principe de réalité n’en est que plus frustrant !

 

Propos recueillis par Ann-Laure Bourgeois

www.atlantico.fr

 

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L’homme n’est pas une mère comme une autre...

26 Janvier 2013, 01:39am

Publié par Fr Greg.

 

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Pour Pierre Lévy-Soussan*, le projet de loi autorisant le mariage et l’adoption pour tous « entame la question de la filiation, qui est fondamentale dans la construction psychique de l’enfant ». Selon le pédopsychiatre, « l’enfant a besoin de s’imaginer sa naissance comme le fruit d’une rencontre, issue d’une relation sexuée.


Ce sont des données structurelles de l’humain. Même avec une couleur de peau différente, l’enfant adopté peut imaginer qu’il aurait pu être le fruit d’une relation entre cet homme et cette femme que sont ses parents adoptifs ».

A contrario, « un enfant ne peut pas s’imaginer issu de deux hommes ou deux femmes, c’est matériellement impossible. On a beau dire ou beau faire, l’homme n’est pas une mère comme une autre. Il apportera toujours quelque chose de différent et de différencié à un enfant ». Pour Pierre Lévy-Soussan, il faut bien distinguer filiation et éducation. « Bien sûr que deux hommes, deux femmes, une nounou, des grands-parents peuvent éduquer un enfant. Mais aucun d’entre eux ne pourra se substituer à une mère et à un père. Bien sûr qu’il existe des enfants qui ont grandi avec une mère et sa compagne, ou un père et son compagnon, que ces derniers étaient très bien dans leur rôle éducatif. Mais ils savaient tout de même qu’ils étaient issus d’un homme et d’une femme. Cela change tout. Deux mères, deux pères, cela ne veut rien dire, c’est comme s’il n’y avait plus personne. »


Et le spécialiste de constater que « plus on explique ces enjeux, plus les Français sont sceptiques sur ce projet ».

Le parisien.fr.

* A publié « Destins de l’adoption », aux Editions Fayard.

 

 

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Les Bêtes du sud sauvage.

25 Janvier 2013, 01:32am

Publié par Fr Greg.

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Caméra d’or lors du dernier Festival de Cannes.

       

Il flotte un léger parfum d’apocalypse dans ce premier film de Benh Zeitlin, qui décrit la disparition non pas du Monde, mais d’un monde, la fin d’une communauté et d’un mode de vie. 


Le jeune cinéaste nous entraîne dans un endroit appelé “La Baignoire” (The Bathtube), une bande de Terre située dans le delta du Mississippi, où quelques individus vivent à l’écart de la civilisation voisine, de l’autre côté de la digue. Cette communauté vit des fruits de la pêche, de la chasse, de l’élevage d’animaux et de cueillettes diverses. Et elle habite dans des cabanes de fortune, bricolées à partir d’objets récupérés.  


Tout irait pour le mieux si la baignoire en question n’était pas en train de prendre l’eau…  Cette partie du bayou est en effet menacée de disparition par la montée des eaux dans la région, de plus en plus manifeste. Les autorités ont donc décidé, par mesure de précaution, de faire évacuer la zone. 


Mais certains habitants refusent de quitter leurs terres et leur mode de vie traditionnel et rentrent en résistance, comme Wink et sa fille de dix ans, Hushpuppy. Pourtant, la presqu’île sera bientôt totalement engloutie par les eaux. La végétation pourrit. Les animaux meurent. Les humains aussi…

 

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      La jeune Hushpuppy réalise soudain que ce père qu’elle pensait immortel, celui qui s’occupe d’elle depuis la disparition mystérieuse de sa mère, qui l’élève à la dure pour la préparer à affronter les dangers du monde, est malade et n’en a plus que pour que quelques jours à vivre.

  
Le vaudou ne peut plus rien faire pour lui, la médecine moderne non plus. Son coeur est fatigué, son sang est malade, et il dilapide ses dernières forces pour protéger sa fille contre le déchaînement des éléments et lui apprendre quelques petites choses essentielles à sa survie. 


La gamine va notamment devoir affronter ses peurs et ses angoisses les plus profondes pour pouvoir accompagner son père jusqu’au bout du chemin et prendre sa propre route, laissant derrière elle son innocence enfantine.

 

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La force de ce très beau film provient de la juxtaposition de trois éléments.  
Le premier est la description quasi-documentaire d’un univers assez incroyable, hors du temps, où des hommes et des femmes vivent en autarcie, délibérément loin de la civilisation, et mènent une existence simple, frugale, probablement rude par moments, mais totalement libre. Incroyable, mais vrai, puisque le cinéaste s’est inspiré de l’île Jean-Charles, en Louisianne, peuplée notamment par des tribus indiennes vivant à l’écart de la civilisation (1).

 

 

 

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Le second est une fable écologique très contemporaine. Le cinéaste y évoque la fonte des glaces polaires et les catastrophes climatiques qui y sont associées, de tempêtes en inondations, avec les conséquences que l’on connaît pour les régions côtières des Etats-Unis. En Louisiane, les ravages causés par l’ouragan Katrina sont encore dans toutes les mémoires… De nombreuses digues ont été construites ou renforcées pour éviter les inondations venues de l’Océan Atlantique. Cela n’est pas sans conséquences pour les habitants de “la baignoire” et des autres îlots. Les tempêtes charrient de l’eau de mer qui contamine l’eau potable, détruit la flore et empoisonne la faune et les digues retardent le drainage des terres. Seule solution possible pour éviter la destruction de leur “paradis” : faire sauter une digue, ce qui n’est pas vraiment du goût des autorités…

 

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Enfin, le troisième élément, le plus beau, est la vision des évènements à travers des yeux d’enfant, ceux de la petite Hushpuppy. Une vision forcément déformée par la peur et la naïveté enfantine, quelque part entre la réalité et les fantasmes.

 

Le mélange de ces trois composantes donne un film envoûtant de bout en bout, qui nous plonge dans un univers sauvage, à la fois merveilleux et cauchemardesque. On y croise des humains courageux, en lutte contre les éléments, contre la civilisation, contre la disparition de leur monde, mais aussi des êtres extraordinaires, dotés de pouvoirs magiques, comme celui de comprendre les cris des animaux ou d’allumer le gaz simplement en passant à côté. Les animaux domestiques y côtoient des bêtes féroces fantasmées, imposants aurochs tout droit sortis de la préhistoire, et symbolisant les peurs enfantines. 

 

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Et, au milieu de tout cela, on observe la relation entre un père et sa fille, parfois heurtée, en raison du tempérament un peu rude du vieil homme et de son penchant pour l’alcool, parfois touchante, quand l’homme, conscient de sa fin prochaine, apprend à la gamine à se débrouiller seule, et finalement bouleversante, au moment des adieux, d’une infinie tendresse. Magnifique, tout simplement…

 

La mise en scène de Benh Zeitlin n’est pas étrangère à cette réussite. Le cinéaste compose ses plans comme des tableaux, jouant sur les lumières et les ombres, les ambiances, avec une énergie brute qui se ressent dans chaque séquence et un sens de la poésie très affirmé. En plus d’être un film très fort sur le plan des thèmes et des sujets abordés, Les Bêtes du Sud sauvage se paie le luxe d’être une formidable réussite esthétique et ce, malgré un manque de moyens financiers et techniques criant (le film a été tourné sur de la pellicule 16mm, avec une équipe recrutée localement). 

 


Et, pour couronner le tout, le cinéaste démontre qu’il est un formidable dénicheur de talents et un très grand directeurs d’acteurs. Ses comédiens, non-professionnels pour la plupart, sont tous remarquables, de Levy Easterly à Gina Montana, de Lowell Landes à Jonshel Alexander. Sans oublier, bien sûr, le duo principal de cette histoire : Dwight Henry, boulanger à la ville (2), démontre qu’il est aussi un acteur fort convaincant dans le rôle de Wink, et la jeune Quvenzhané Wallis, formidable Hushpuppy, à qui beaucoup prédisent une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice pour sa performance.


 http://www.anglesdevue.com

: Le film s’inspire de la pièce de “Juicy and Delicious” de Lucy Alibar pour la trame narrative, mais le cinéaste a choisi de planter le décor dans cette presqu’île de Louisiane inspirée par l’île Jean-Charles. 


(2) : Il tient le Buttermilk drop à Treme, près de la Nouvelle-orléans.

 


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Regard de l'historien sur Jésus (II)

24 Janvier 2013, 01:57am

Publié par Fr Greg.

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Le groupe sanguin sur les trois reliques de la Passion est le même

Des scientifiques américains, espagnols et français ont établi que les taches de sang figurant sur les trois grandes reliques de la Passion pouvaient se superposer: le linceul de Turin, le suaire d'Oviedo, linge qui aurait été mis sur le visage de Jésus aussitôt après sa mort, et la tunique d'Argenteuil, que Jésus aurait portée sur le chemin de croix. Le groupe sanguin est le même, AB, un groupe rare. On a également retrouvé sur ces linges des pollens de plantes ne poussant qu'au Proche-Orient. Ces découvertes sont restées ignorées de la plupart des médias.

 

Bref, on peut considérer que ces trois reliques, qui ont connu des pérégrinations très diverses au cours des âges, s'authentifient elles-mêmes, constituant une source très précieuse pour éclairer le déroulement de la Passion: le chemin de croix, le crucifiement, la descente de croix et la mise au tombeau. Partant de ces données, que peut-on dire de la vie de Jésus? Une certitude: il n'est pas né le 25 décembre de l'an 1, mais probablement en l'an - 7, à une date inconnue. Selon Matthieu et Luc, il voit le jour au temps du roi Hérode le Grand. Or, celui-ci meurt en - 4.Si l'on se réfère à l'épisode de l'étoile de Bethléem raconté par Matthieu, le calcul astronomique moderne a permis de constater qu'en l'an - 7, une conjonction très rare des planètes Jupiter et Saturne était intervenue à trois reprises dans la constellation des Poissons.

Des tablettes en écriture cunéiforme, découvertes à Sippar en Mésopotamie, l'avaient déjà notée. C'était le signe pour les Juifs de la venue du Messie. Le rabbin portugais Isaac Abravanel le disait encore au XVIe siècle. Ce phénomène expliquerait pourquoi l'évangéliste Matthieu nous parle d'une étoile qui apparaît et disparaît. Le rapprochement entre ces données scientifiques et l'étoile des mages est troublant. Benoît XVI, dans son dernier livre, L'Enfance de Jésus, l'admet d'ailleurs comme hypothèse.

 

L'historien, naturellement, ne peut se prononcer sur la naissance virginale de Jésus. On a longtemps pensé que le vœu de virginité de Marie était incompatible avec la mentalité juive, jusqu'au jour où l'on a trouvé dans les manuscrits de la mer Morte le rouleau dit du Temple, un texte parlant de vierges consacrées dans le cadre du mariage: «Si une femme mariée prononce un tel vœu sans que son mari le sache, il peut déclarer ce vœu nul. Si toutefois il est d'accord avec une telle mesure, les deux sont dans l'obligation de le garder.» Cela permet de comprendre la surprise de Marie, vierge consacrée, à l'annonce de l'ange Gabriel, et celle de Joseph qui avait songé à la répudier en secret.

 

Jésus était très probablement un Nazaréen, membre d'un petit clan de juifs pieux venus de Mésopotamie, qui prétendaient descendre du roi David. Ce clan attendait la naissance du Messie en son sein et avait fondé en Galilée le village de Nazara ou Nazareth (de netzer, le «surgeon», autrement dit le rejeton de Jessé, père de David). Marie faisait vraisemblablement partie de ce groupe qui, selon Julius Africanus, gardait soigneusement ses généalogies. Jésus était sans doute considéré comme cet héritier royal.

 

Historiquement, le massacre des Innocents relaté par Matthieu n'a rien d'impossible. La suppression d'une dizaine ou d'une quinzaine de nourrissons de Bethléem n'aurait été qu'un infime épisode dans la multitude des crimes d'Hérode le Grand, tyran sanguinaire et paranoïaque. En tout cas, Jésus a grandi au milieu de ses «frères» et «soeurs». À Nazareth, tous se disaient frères et soeurs. L'un d'eux, Jacques, fils de Marie femme de Clopas (qu'Hégésippe présente comme le frère de Joseph, l'époux de Marie), sera le premier évêque de Jérusalem et mourra en 62 de notre ère. Un autre, Syméon, son frère (ou cousin) et successeur, ne disparaîtra que sous le règne de Trajan (98-117). Il sera un témoin d'importance pour les premiers chrétiens. Quand il se fait baptiser par Jean en l'an 30 de notre ère, Jésus est un Juif pieux pleinement immergé dans la foi d'Israël, enraciné dans le monde culturel de son temps.

 

Il est un «vrai homme» mais pas un Juif ordinaire

N'en faisons pas un être céleste mystérieusement tombé sur notre planète, ayant revêtu une humanité abstraite, hors de son milieu, sachant tout, dominant le temps et l'espace. Il est «vrai homme». Pour autant, ce n'est pas un Juif ordinaire. Sa manière unique d'envisager la Loi annonce le dépassement de celle-ci. Viendra bientôt le temps de l'adoration de Dieu «en esprit et en vérité», comme il le dit à la Samaritaine. Son message d'amour et de miséricorde, exprimé dans Les Béatitudes, est d'une haute exigence: il demande d'intérioriser la loi mosaïque, loin des rites formalistes. Jésus vise l'intention du coeur et la droiture des consciences. D'où, par exemple, le durcissement de la morale sur l'interdiction des serments ou celle faite à l'homme de répudier sa femme (le contraire n'existait pas dans le monde juif).

 

Il fait éclater les multiples barrières instituées par les groupes religieux de son temps - pharisiens surtout - pour séparer le pur de l'impur. Il serait également erroné d'en faire un sage ou un philosophe venu simplement enseigner l'amour fraternel - les maîtres pharisiens, Hillel en particulier, l'avaient déjà prôné avant lui (même s'ils ne poussaient pas le principe jusqu'à l'amour des ennemis).Jésus place sa propre personne au coeur de son message. Quand il annonce le Royaume de Dieu, c'est en réalité de son avènement qu'il s'agit. «Je suis la Résurrection et la Vie; celui qui croit en moi, quand même il serait mort, vivra.»Ce qui surprend le plus ses auditeurs est l'autorité inouïe avec laquelle il parle.

 

Il dit: «Moïse vous a dit..., Moi, je vous dis...» Qui est ce «moi»? Le petit artisan de Nazareth? À l'écouter, comment ne pas percevoir le mystère de sa personne? «Il y a ici plus grand que le Temple!» (Matthieu, 12, 5-6), ose-t-il lancer à ses contradicteurs. Il appelle son père Abba (en araméen, «Papa chéri»), mot de tendresse et de filiation qui va très loin et dont on ne trouve pas trace dans les prières juives de l'époque (même si les Juifs ne méconnaissaient pas la paternité de Dieu).

 

Il marque aussi sa distance vis-à-vis de ses disciples: il dit «mon Père», jamais «notre Père», sinon pour leur enseigner la prière qu'ils devront réciter. Plus stupéfiant encore, il pardonne les péchés, ce que Dieu seul peut faire selon la loi juive. Pour les pharisiens, c'est odieux, inadmissible.

 

L'historien constate que cet homme était convaincu d'être le fils de Dieu

Sa personnalité surprend. Humble et doux, il jette pourtant de violents anathèmes, chasse les marchands du Temple, parle en prophète, mieux en maître absolu, s'impose avec une autorité inégalée, sans se référer à la loi juive. L'historien est en droit de conclure non pas que cet homme est Dieu, mais qu'il était convaincu d'en être le Fils, au sens fort du terme, vivant dans une relation fusionnelle unique, une intimité totale avec le Père.Grâce à l'Evangile de Jean, certaines de ses paroles peuvent être replacées dans leur contexte. Quand il dit à la foule: «Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive!», on se situe au dernier jour de la Fête des cabanes (Soukkot) de l'an 32. Or, c'est précisément le jour où une procession de prêtres va chercher l'eau à la piscine de Siloé pour l'apporter au Temple dans une carafe d'or. Quand il ajoute quelques heures plus tard: «Moi, je suis la lumière du monde», la fête s'achève par le rite vespéral des lumières.

 

Dans le Temple, le peuple chante et danse devant les quatre chandeliers qu'on vient d'allumer, un flambeau à la main. Impossible de penser que ces paroles ont été imaginées a posteriori, des décennies plus tard! Une des grandes difficultés rencontrées par Jésus a été sa lutte contre le désir des foules de l'identifier au Sauveur justicier et guerrier dont tout le monde rêvait pour chasser les Romains. Mal à l'aise avec l'étiquette messianique, il préfère utiliser la figure étrange du «Fils de l'Homme», qui renvoie au chapitre 7 du livre de Daniel.

 

Ce faisant, il épaissit encore davantage le mystère de sa personne, car le «Fils de l'Homme» est une figure infiniment plus grande qu'un messie temporel: c'est un personnage mi-humain, mi-céleste, qui doit revenir à la fin des temps pour juger les hommes. Or, tantôt Jésus fait référence à ce personnage comme à quelqu'un d'extérieur à lui-même, tantôt il s'identifie pleinement à lui. Si l'on s'appuie sur l'Evangile de Jean, on constate qu'il n'y a pas eu de procès juif, au sens où Jésus serait comparu devant le Sanhédrin en séance plénière. Les historiens israéliens en ont d'ailleurs souligné l'impossibilité la veille de la Pâque.

 

C'est dans un but didactique et en raison de leur chronologie serrée que les synoptiques ont ramassé en un procès symbolique les controverses entre Jésus et ses adversaires sadducéens et pharisiens, qui s'étalent tout au long des chapitres 7 à 10 de Jean. Jésus a simplement été interrogé de manière informelle sur «sa doctrine et ses disciples» par le grand prêtre honoraire Hanne, peut-être entouré de hiérarques de Jérusalem. L'important était de le livrer au pouvoir romain en tant qu'héritier davidique se prétendant roi des Juifs. Le vrai procès de Jésus est le procès romain.

 

Jésus crucifié en tant qu'agitateur politique

Ponce Pilate méprise Hanne et son gendre Caïphe, le grand prêtre en exercice, dont il se sert pour maintenir la paix dans le pays. Mais il refuse de se laisser instrumentaliser par eux. Il a compris que Jésus n'est pas le révolutionnaire à prétention messianique qu'on lui a présenté. «Mon royaume n'est pas de ce monde», lui a dit le prisonnier. Il tente donc de le libérer, non par compassion, mais par animadversion contre les grands prêtres.Par ailleurs, le comportement du préfet romain se comprend à la lumière du contexte de l'époque. L'année précédente, en 32, en effet, il s'était fait réprimander par l'empereur Tibère, à la suite d'une plainte des princes hérodiens, à propos des boucliers d'or portant des inscriptions à la gloire de Tibère (des idoles par conséquent pour les Juifs), introduits la nuit dans Jérusalem. Un an plus tard, les grands prêtres l'accusent de ne pas être «l'ami de César». C'en est trop! Une nouvelle plainte à Rome peut lui valoir son poste. Il est obligé de céder.

 

Ainsi, Jésus subira le cruel supplice de la croix en tant que Nazôréen, roi des Juifs, autrement dit agitateur politique, ce qu'il n'était pas. Avec sa seule méthode, l'historien s'arrête devant le tombeau vide, devant le linceul laissé à plat, comme si le corps avait disparu de l'intérieur, et les témoignages de ceux (les Douze, Jacques et plus de «cinq cents frères», dira saint Paul) qui assureront avoir vu Jésus ressuscité. Il bute sur le mystère de l'homme. Certes, le Jésus de l'Histoire ne s'oppose pas au Christ de la foi. Mais passer de l'un à l'autre relève d'une autre démarche, d'une démarche de liberté: celle de la foi. 

 Jean Christian Petitfils, Historien.

@lefigaro.fr

 

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Regard de l'historien sur Jésus

23 Janvier 2013, 02:51am

Publié par Fr Greg.

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Ce que nous savons de lui, nous le tenons des Evangiles, de brèves notations chez des historiens romains et de découvertes archéologiques. La connaissance de l'époque et le recours à l'exégèse historico-critique éclairent l'ensemble. Enquête sur le Jésus de l'Histoire.

 

 

La fascination du public - croyant ou incroyant - pour le personnage de Jésus est profonde. Sans doute témoigne-t-elle d'une quête de sens et de spiritualité dans une société largement sécularisée, où s'effondrent les connaissances de base que dispensait naguère la catéchèse traditionnelle. Cependant, le trouble s'installe dans les esprits. Mis à part des travaux spécialisés de haute qualité mais d'abord difficile, la plupart des ouvrages publiés chaque année sur le sujet sont empreints pour le moins d'ambiguïté. Ce sont soit des livres de fantaisie, avides de scandale ou de sensationnel, soit des écrits à prétention scientifique qui déforment le vrai visage du fondateur du christianisme sous prétexte de le démythifier.

 

Comment l'historien attaché à serrer au plus près la vérité du Jésus de l'Histoire peut-il œuvrer? Il lui faut, bien entendu, faire appel à toutes les données à sa disposition: le contexte politique, économique, social, culturel du Proche-Orient du Ier siècle, les acquis indiscutables de l'exégèse historico-critique et bien sûr sans omettre les renseignements innombrables tirés des récentes fouilles archéologiques en Israël. Mais, en même temps, il doit s'arrêter devant l'inexplicable, sans l'enjamber ni le négliger.

 

L'authenticité des exorcismes, des miracles et a fortiori de la Résurrection n'entre pas dans son domaine de compétence. Il doit se contenter des faits, tout en restant ouvert à leur interprétation. Il ne peut assurer, par exemple, que Jésus a marché sur l'eau ou a transformé l'eau en vin, mais il remarquera que, dans les communautés chrétiennes qui ont porté les Evangiles, ces faits, considérés comme authentiques, ont pris une signification capitale. Il lui est impossible de soutenir, au nom d'un positivisme hors d'âge, que la multiplication des pains n'a été qu'un banal partage fraternel de casse-croûtes tirés du sac: les Evangiles canoniques en parlent à six reprises, ce qui montre à quel point les esprits avaient été frappés par ce signe messianique.

 

Des textes anciens qui prouvent que Jésus a bien existé

Parlons des sources. Quelques notations peuvent être glanées chez Pline le Jeune, Tacite, Suétone et surtout Flavius Josèphe, ce Juif romanisé du Ier siècle qui évoque dans ses écrits la figure de Jean le Baptiste et celle de Jésus, «un homme exceptionnel» accomplissant des «choses prodigieuses». «La veille de la Pâque, dit le Talmud de Babylone, on pendit Yeshu le Nazaréen.» Mais tous ces textes anciens ne sont utiles que dans la mesure où ils prouvent que Jésus a bien existé. Même un polémiste ardent, très antichrétien, comme Celse au IIe siècle ne met pas en doute ce fait.

Ce n'est qu'à partir du XIXe siècle que certains maîtres du soupçon traiteront très artificiellement Jésus comme un mythe ou un personnage imaginaire conçu à partir de citations du Premier Testament. Faut-il se tourner vers les Evangiles apocryphes? Ils ne nous apprennent pour ainsi dire rien du Jésus de l'Histoire. Ce sont des écrits tardifs, emplis de légendes, certains imprégnés de doctrines gnostiques étrangères au christianisme. Il reste donc les quatre Evangiles canoniques, Matthieu, Marc, Luc et Jean.

 

Selon l'Eglise, ces catéchèses biographiques sont des textes inspirés. Tout en respectant pleinement leur portée spirituelle, l'historien est en droit de les traiter comme des documents historiques, de s'interroger sur leur genèse et leur fiabilité, puis de déterminer les hypothèses les plus plausibles et les plus cohérentes. À moins de sacrifier à une mode hypercritique de «déconstruction» qu'on ne trouve dans aucune autre science, on peut considérer que, compte tenu de leur datation - des écrits antérieurs à la destruction de Jérusalem en l'an 70, époque où beaucoup de témoins étaient encore vivants -, compte tenu aussi des techniques éprouvées de mémorisation pratiquées dans l'Orient ancien et d'une tradition orale rigoureusement contrôlée par les disciples et les apôtres, les Evangiles canoniques nous livrent des faits et des discours globalement fiables.

 

L'Evangile de Jean, le plus mystique et le plus historique

Mais leurs rapports à l'Histoire ne sont pas identiques. Les auteurs des Evangiles dits synoptiques (parce qu'on peut les lire en parallèle), Matthieu, Marc et Luc, ne sont pas des témoins directs - même si le premier Evangile comporte probablement un noyau primitif écrit en araméen par Lévi dit Matthieu, l'un des Douze. En revanche, le quatrième Evangile est celui d'un disciple de la première heure, un témoin oculaire, Jean.

 

Comme le père Jean Colson l'a montré, ce Jean n'était pas le fils de Zébédée, le pêcheur du lac de Tibériade, mort martyr très tôt, mais un disciple de Jérusalem, portant le même nom (très répandu), qui faisait partie du haut sacerdoce juif. Il s'est «endormi» à Ephèse en l'an 101. Cet éblouissant théologien, très versé dans la connaissance du judaïsme, «fut prêtre, disait au IIe siècle Polycrate, évêque de cette ville, et a porté le petalon», c'est-à-dire la lame d'or, insigne réservé aux grands prêtres et aux membres des grandes familles aristocratiques.

 

De fait, il connaît mieux Jérusalem et la topographie de la Judée que la Galilée et les bords du lac. Familier de l'administration du Temple, il est le seul à nous donner le nom du serviteur à qui Pierre a entaillé l'oreille de son glaive, Malchus. C'est lui qui, après l'arrestation de Jésus, permet à Pierre d'entrer dans la cour du grand prêtre en glissant un mot à la servante qui garde la porte. C'est quelqu'un du sérail. Il n'a pas suivi constamment Jésus en Galilée, mais il a été épaulé par certains de ses proches. «C'est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est conforme à la vérité», lit-on à la fin de son Evangile.

 

Si l'on se rapporte à un texte du milieu du IIe siècle, qu'on appelle le Canon de Muratori, ce «nous» renvoie à un certain nombre de disciples et d'apôtres (dont André, frère de Simon-Pierre) qui ont encouragé le «disciple bien-aimé» à écrire son Evangile en lui faisant part de leurs propres informations. Cet évangile est à la fois le plus mystique et le plus historique, ces deux approches étant complémentaires. Tout ce que dit Jean est vrai, mais immédiatement replacé dans sa dimension spirituelle. La chronologie de ce témoin exceptionnel est à préférer à celle des synoptiques qui ont ramassé en une année, de façon très schématique, le ministère public de Jésus, qui se déroule en fait sur trois ans, du printemps 30 au 3 avril 33, date de sa mort.

 

Parmi les sources du dossier historique, pourquoi se priver de recourir aux reliques de la Passion, celles du moins que l'on peut raisonnablement considérer comme authentiques? A propos du linceul de Turin, de nouvelles découvertes ont été faites depuis la très contestée datation au carbone 14 révélant que le linceul était un faux du XIVe siècle: trace d'une couture très particulière (la seule comparable a été trouvée à Massada, la forteresse juive tombée en 73), présence d'écritures grecques et latines le long du visage, etc.

Jean Christian Petitfils

@lefigaro.fr

 

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Testament.

22 Janvier 2013, 01:40am

Publié par Fr Greg.

Portrait de Louis XVI

 

Au nom de la très Sainte Trinité du Père du Fils et du St Esprit.

Aujourd’hui vingt cinquième jour de Décembre, mil sept cent quatre vingt douze.

Moi Louis XVIe du nom Roy de France, étant depuis plus de quatre mois enfermé avec ma famille dans la Tour du Temple à Paris, par ceux qui étaient mes sujets, et privé de toute communication quelconque, même depuis le onze du courant avec ma famille, de plus impliqué dans un Procès dont il est impossible de prévoir l’issue à cause des passions des hommes, et dont on ne trouve aucun prétexte ni moyen dans aucune Loy existante, n’ayant que Dieu pour témoin de mes pensées et auquel je puisse m’adresser.

Je déclare ici en sa présence mes dernières volontés et mes sentiments.

« Je laisse mon âme à Dieu mon créateur, et je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d’après ses mérites, mais par ceux de Notre Seigneur Jésus Christ qui s’est offert en sacrifice à Dieu son Père, pour nous autres hommes, quelque indignes que nous en fussions, et moi le premier.

« Je meurs dans l’union de notre sainte Mère l’Église Catholique, Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs par une succession non interrompue de Saint Pierre auquel Jésus-Christ les avait confiés. Je crois fermement et je confesse tout ce qui est contenu dans le Symbole et les commandements de Dieu et de l’Église, les Sacrements et les Mystères tels que l’Église Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je n’ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d’expliquer les dogmes qui déchirent l’Église de Jésus-Christ, mais je m’en suis rapporté et rapporterai toujours, si Dieu m’accorde vie, aux décisions que les supérieurs Ecclésiastiques unis à la Sainte Église Catholique, donnent et donneront conformément à la discipline de l’Église suivie depuis Jésus-Christ. Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans l’erreur, mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en Jésus-Christ suivant ce que la charité Chrétienne nous l’enseigne.

« Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés, j’ai cherché à les connaître scrupuleusement, à les détester et à m’humilier en sa présence, ne pouvant me servir du Ministère d’un Prêtre Catholique.

Je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j’ai d’avoir mis mon nom, (quoique cela fut contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de l’Église Catholique à laquelle je suis toujours resté sincèrement uni de coeur.

Je prie Dieu de recevoir la ferme résolution où je suis, s’il m’accorde vie, de me servir aussitôt que je le pourrai du Ministère d’un Prêtre Catholique, pour m’accuser de tous mes péchés, et recevoir le Sacrement de Pénitence.

« Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance (car je ne me rappelle pas d’avoir fait sciemment aucune offense à personne), ou à ceux à qui j’aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal qu’ils croient que je peux leur avoir fait.

« Je prie tous ceux qui ont de la Charité d’unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.

« Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui se sont fait mes ennemis sans que je leur en aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même que ceux qui par un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m’ont fait beaucoup de mal.

« Je recommande à Dieu, ma femme, mes enfants, ma Sœur, mes Tantes, mes Frères, et tous ceux qui me sont attachés par les liens du sang, ou par quelque autre manière que ce puisse être. Je prie Dieu particulièrement de jeter des yeux de miséricorde sur ma femme, mes enfants et ma sœur qui souffrent depuis longtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce s’ils viennent à me perdre, et tant qu’ils resteront dans ce monde périssable.

« Je recommande mes enfants à ma femme, je n’ai jamais douté de sa tendresse maternelle pour eux ; je lui recommande surtout d’en faire de bons Chrétiens et d’honnêtes hommes, de leur faire regarder les grandeurs de ce monde ci (s’ils sont condamnés à les éprouver) que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire solide et durable de l’Éternité.

Je prie ma soeur de vouloir bien continuer sa tendresse à mes enfants, et de leur tenir lieu de mère, s’ils avaient le malheur de perdre la leur.

« Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu’elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union, comme elle peut être sûre que je ne garde rien contre elle si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher.

« Je recommande bien vivement à mes enfants, après ce qu’ils doivent à Dieu qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux, soumis et obéissants à leur mère, et reconnaissants de tous les soins et les peines qu’elle se donne pour eux, et en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma soeur comme une seconde mère.

« Je recommande à mon fils, s’il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu’il se doit tout entier au bonheur de ses concitoyens, qu’il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément tout ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j’éprouve. Qu’il ne peut faire le bonheur des Peuples qu’en régnant suivant les Lois, mais en même temps qu’un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu’autant qu’il a l’autorité nécessaire, et qu’autrement, étant lié dans ses opérations et n’inspirant point de respect, il est plus nuisible qu’utile.

« Je recommande à mon fils d’avoir soin de toutes les personnes qui m’étaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés, de songer que c’est une dette sacrée que j’ai contractée envers les enfants ou les parents de ceux qui ont péri pour moi, et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi. Je sais qu’il y a plusieurs personnes de celles qui m’étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l’ingratitude, mais je leur pardonne, (souvent, dans les moment de troubles et d’effervescence, on n’est pas le maître de soi) et je prie mon fils, s’il en trouve l’occasion, de ne songer qu’à leur malheur.

« Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m’ont montré un véritable attachement et désintéressé. D’un côté si j’étais sensiblement touché de l’ingratitude et de la déloyauté de gens à qui je n’avais jamais témoigné que des bontés, à eux et à leurs parents ou amis, de l’autre, j’ai eu de la consolation à voir l’attachement et l’intérêt gratuit que beaucoup de personnes m’ont montrés. Je les prie d’en recevoir tous mes remerciements ; dans la situation où sont encore les choses, je craindrais de les compromettre si je parlais plus explicitement, mais je recommande spécialement à mon fils de chercher les occasions de pouvoir les reconnaître.

« Je croirais calomnier cependant les sentiments de la Nation, si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s’enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont pensé en être les malheureuses victimes. Je lui recommande aussi Cléry des soins duquel j’ai eu tout lieu de me louer depuis qu’il est avec moi. Comme c’est lui qui est resté avec moi jusqu’à la fin, je prie MM de la Commune de lui remettre mes hardes, mes livres, ma montre, ma bourse, et les autres petits effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.

« Je pardonne encore très volontiers à ceux qui me gardaient, les mauvais traitements et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi. J’ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes, que celles-là jouissent dans leur coeur de la tranquillité que doit leur donner leur façon de penser.

« Je prie MM de Malesherbes, Tronchet et de Sèze, de recevoir ici tous mes remerciements et l’expression de ma sensibilité pour tous les soins et les peines qu’ils se sont donnés pour moi.

« Je finis en déclarant devant Dieu et prêt à paraître devant Lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont avancés contre moi.

Fait double à la Tour du Temple le 25 décembre 1792. 

 

 

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Et Molière déchira la gauche ambiante...

21 Janvier 2013, 03:07am

Publié par Fr Greg.

 

Version longue: du grand Luchini !

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Ils n'ont plus de vin...

20 Janvier 2013, 01:29am

Publié par Fr Greg.

 

 

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Il y avait un mariage à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au repas de noces avec ses disciples.  Or, on manqua de vin ; la mère de Jésus lui dit : « Ils n'ont pas de vin. »  Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n'est pas encore venue. » 

 

Au début de l’Évangile de Jean, il y a Cana; premier signe, arch, archétype des autres signes, qui fait que tous les autres seront comme sur le modèle de celui-là. Eh bien, c’est un signe auquel d’abord on ne comprend rien !  

 

Dieu s’incarne, il assume un corps, une nature humaine et... il va à un mariage?! Là, Il ne dit rien. Il transforme de l’eau en vin. C’est beau mais, qu’est-ce qui est intelligible là-dedans ? Dieu source ce de toute intelligence, lui qui est la Sagesse, n’est pas très explicite !

 

Les paroles de Jésus -qui sont le sommet de tout évangile- disent 2 choses : ‘Femme’ et ‘mon heure’.

Femme – à sa mère?- "Femme" c'est celle qui dispose et achève: celle qui ‘complète’ ce que l’homme ne peut faire par lui-même. Elle  celle qui permet à l’homme d’aller jusqu'au bout de ce pour quoi il est fait.

L’heure de Jésus, c’est la croix. La demande de Marie le met donc face à son don ultime, à la lutte dans ce qu'elle a de premier. C’est donc une demande que Jésus éclaire d’une manière nouvelle quand à ce qu’elle est pour lui et qui les mets au cœur de la lutte.

 

 Ce qui est au cœur de la lutte, ce qu’il y a de plus urgent, c’est… « qu’ils n’ont plus de vin ! » Le plus urgent ce n’est pas de nous purifier de nos fautes, de nous aider, ou d’apporter des règles de conduite, l’urgence c’est 'le vin': renouveler notre désir, maintenir la joie, redécouvrir l'attente d’un don qui nous dépasse.

 

C’est pour cela que ce signe est premier, il manifeste ce que Jésus est venu apporter -lui-même- et comment il veut se donner : par notre désir qui hate et achève.

 

La grande misère de tout homme, la grande lutte actuelle, c’est qu’on a tout réduits à notre taille, à notre mesure, selon nos raisonnements, nos générosités ; et que l’on ne croit plus en celui qui se fait époux ; on ne croit plus qu'on est aimé ! On n’est plus en attente d’un amour qui nous dépasse.  L'enjeu le plus urgent de notre vie, c’est de renaitre tous les jours à l’heure de Jésus ; aujourd’hui, c’est comme tous les jours,  le jour des noces !

 

Et pour renaitre à cette heure, il faut pour chacun –et c’est la vraie réponse aux attentes de certains- être « la femme » c’est qui porte pour tous l’attente de ce don, celle qui prie. Parce que prier, ce n’est pas communiquer des infos à Jésus pour en obtenir un résultat. On n’apprend rien à Dieu ! Prier, c’est laisser le désir de Dieu s’emparer de notre cœur. C’est s’ouvrir à ce que Dieu veut nous donner. La prière c’est la miséricorde de Dieu qui veut qu’on porte tout avec lui ; c’est Lui qui veut nous mettre à la taille de son don. C’est Dieu qui vient nous adapter à lui !  

La prière, c’est laisser Dieu creuser en nous un désir toujours plus grand. Pourquoi ? Pour le laisser se donner à nous, pour qu'il soit en nous source d'un amour toujours nouveau.

 

Et c'est cela Cana: ce renouveau dans l'amour. Cela c'est bien l'enjeu de notre vie. Parce que l’amour est bien ce qu’il y a  de plus vital et de plus complexe pour nous. Il est à la fois sensible, passionnel et spirituel. Et, parce qu’on est toujours dépassé lorsque l’on aime, on a vite fait de le ramener à notre prudence, à nos raisonnements, à notre générosité, à notre efficience, à une joie sensible, à laquelle succède vite la tristesse… Et aujourd’hui notre amour n’est plus très frais en nous, il est un peu faisandé, terni. On n'aime plus, on gère! On ne vit plus, on survit !! Et on est souvent désabusé parce qu’on a cru que cela pousserait tout seul et sans luttes ; comme si ce n’était pas une quête bien plus importante que celle d’acquérir des compétences…

 

Et la réponse de Jésus, à cette question complexe, c’est... du vin ! Pourquoi ? Qu’y-a-t-il de commun entre le vin, un mariage et l’amour divin ? C’est que aimer, c’est toujours être face à un autre que l’on n’a pas fait, qui nous dépasse, qui nous oblige à sortir de nous-même ; L’amour, c’est en nous l'effet de la présence  de celui qui nous attire, et qui, comme un poids nous porte vers lui. Aimer c’est accepter de dépendre et choisir de dépendre d’une manière préférentielle, d’un autre qui nous agrandit.

 

C’est l’enjeu de notre vie : revenir et se remettre tous les jours face à l’absolu qu’est l’autre, qui s’impose dans son altérité, et qui dans sa bonté est source pour moi ; C'est ce choix intérieur qui n'a pas d'autres raison que l'autre dans sa bonté : ‘je t'aime, et mon choix n'a pas d'autre raison que toi’. C’est redécouvrir l’absolu de la personne de l’autre au-delà de sa manière d’être, au-delà de ce qu’il fait.

 

L’amour n’est pas une question de communication ou de langage approprié, ou de gestions de ses émotions ou pire d’être en relation ; tout cela c’est encore notre logique cartésienne qui veut mettre la main sur l’autre. Parce qu’on ne veut pas pâtir ; on ne veut pas que l’amour nous écorche et nous fasse souffrir. On ne veut pas naitre de nouveau tous les jours. On veut rester à sa taille : rabougri, étriqué, médiocre, raisonnable, prudent, gentil, crétin souriant... plutôt que d'attendre la promesse de Dieu: « on nommera ta contrée « mon épouse », car le SEIGNEUR met en toi sa préférence et ta contrée aura un époux. Comme un jeune homme épouse une jeune fille, celui qui t'a construite t'épousera. Comme la jeune mariée est la joie de son mari, ainsi tu seras la joie de ton Dieu. »

 

Alors il faut que le vin coule, que cette rencontre se fasse et se refasse ; et d’abord sensiblement : il n‘y a pas d’abstraction dans l’amour ! qu’on ne soit plus une terre désolé, mais celui qu’Il appelle sa préféré. Celle à qui il se donne, comme le vin, d’une manière substantielle !

 

Fr Grégoire.

 

 

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Tout vivre en victorieux...!!

19 Janvier 2013, 03:15am

Publié par Fr Greg.

 

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L'espérance fait que nous savons que la victoire nous est donnée. Un chrétien est un homme victorieux. Pas d'une victoire temporelle extérieure et humaine, mais d'une victoire divine, parce qu'il est lié à Jésus Sauveur.

 

 Il est lié à la médiation du Christ. La médiation du Christ faitque déjà nous sommes au terme. Dès que leChrist est présent, on touche le terme. Et le terme pour nous, c'est la vision béatifique. Je ne dis pas que déjà on a dès cette terre la vision béatifique, mais on a la certitude d'être ordonné à la vision béatifique, à un bonheur unique, à une béatitude unique.

 

Chaque fois que vous faites le signe de Croix, vous dites : j'accepte d'être martyr. C'est pour cela qu'on n'aime plus beaucoup de le faire. Chaque fois que vous faites le signe de Croix, vous acceptez d'être lié à la Croix du Christ. C'est cela l'espérance. L'espérance chrétienne naturelle nous lie à la Croix du Christ. On est victorieux avecJésus. Le martyr est un homme victorieux qui dépasse les souffrances, qui les accepte pleinement et qui les dépasse complètement.


MDP, retraite sur l’Apocalyspe.

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Confessions de G. Depardieu...

18 Janvier 2013, 03:39am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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Idéologie actuelle: le mouvement qui dégringole...

17 Janvier 2013, 02:20am

Publié par Fr Greg.

 

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L'idéolodogie moderne: 

 

«Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l'adoption. Moi je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l'usine, quelle différence? C'est faire un distinguo qui est choquant »

Pierre Bergé, président du Sidaction et fondateur de Têtu. Le Figaro, 16.12.2012

 

 

qui osera s'y attaquer?


REBELLE ET TAIS-TOI

Le nouveau rebelle est très facile à identifier : c’est celui qui dit oui. Oui à Delanoël. Oui aux initiatives qui vont dans le bon sens, aux marchés bio, au tramway nommé désert, aux haltes-garderies, au camp du progrès, aux quartiers qui avancent. Oui à tout.


Sauf à la France d’en bas, bien sûr, et aux ploucs qui n’ont pas encore compris que la justice sociale ne débouche plus sur la révolution mais sur un séjour d’une semaine à Barcelone défiant toute concurrence.

 

Par opposition à son ancêtre le rebelle-de-Mai, ou rebellâtre, on l’appellera rebelle à roulettes. Car la glisse, pour lui, est une idée neuve en Europe. Le rebelle-de-Mai est d’ailleurs mal en point, par les temps qui courent. Ce factieux assermenté, qui riait de se voir éternellement rebelle en ce miroir, ce spécialiste libertaire des expéditions plumitives sans risques, écume de rage depuis qu’on s’est mis à l’accuser de complicité avec les « pédocriminels ».

 

Le rebelle à roulettes, en revanche, a le vent dans les voiles et vapeurs. C’est un héros positif et lisse, un brave qui défie à vélo les intempéries. Il est prêt à descendre dans la rue pour exiger une multiplication significative des crèches dans les centres-villes (le rebelle à roulettes est très souvent un jeune ménage avec enfants). Il aime la transparence, les objets équitables et les cadeaux altruistes que l’on trouve dans les boutiques éthiques. Il applaudit chaque fois que l’on ouvre une nouvelle brèche législative dans la forteresse du patriarcat. Il s’est débarrassé de l’ancienne vision cafardeuse et médiévale du couple (la différence sexuelle est quelque chose qui doit être dépassé). Il veut que ça avance. Que ça avance. Que ça avance. Et que ça avance.

 

Et ce n’est vraiment pas à son intention que Bernanos écrivait, peu après la dernière guerre : « Ce monde se croit en mouvement parce qu’il se fait du mouvement l’idée la plus matérielle. Un monde en mouvement est un monde qui grimpe la pente, et non pas un monde qui la dégringole. Si vite qu’on dégringole une pente, on ne fait jamais que se précipiter, rien de plus. »

 

Le rebelle à roulettes descend et il croit qu’il bouge. C’est pour ça qu’il est entré dès son plus jeune âge dans la secte des Avançistes du Septième Jour. À Paris, il a voté Delanoël, rebelle d’Hôtel de Ville. Car, comme ce dernier, il est contre le désordre. À fond. « Nous sommes les candidats de l’ordre », avait d’ailleurs proclamé le Delanoël dans son dernier meeting de campagne.

 

Et en effet, il n’y a plus qu’un désordre, plus qu’une anarchie : ne pas être en phase avec l’idéologie du rebelle à roulettes.

 

Philippe Murray, Exorcismes spirituels III

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"Une minuscule coterie mène en bateau tout un pays"

15 Janvier 2013, 02:24am

Publié par Fr Greg.

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Mariage homosexuel, droit à l'adoption pour les couples de même sexe, extension de la PMA aux lesbiennes, transformation de la parentalité et de la filiation. Quelles conséquences anthropologiques et culturelles pour toute notre société ? Réponse d'une philosophe *.

 

 

Propos recueilllis par Jean Sévillia 

Le Figaro Magazine - En premier lieu, pouvez-vous nous rappeler le sens et le but du mariage civil...

Chantal Delsol - Le mariage est une institution faite pour garantir et protéger ces manifestations de l'existence humaine que sont la procréation, l'accueil de l'enfant et l'éducation/transmission. Le but essentiel du mariage est la protection du faible, c'est-à-dire de l'enfant. Celui-ci a besoin pour grandir d'un milieu stable, d'où l'institution. Le mariage est un contrat tissé par les deux futurs parents autour de ce projet.

L'expression « mariage pour tous » a été abandonnée dans le projet de loi, mais elle a été initialement utilisée par les promoteurs du mariage gay. En quoi est-elle contradictoire avec l'idée du mariage ?

C'est contradictoire en raison de la définition même du mariage. Celui-ci n'est pas fait pour tous, mais pour ceux qui souhaitent fonder une famille. L'expression « mariage pour tous » est une divagation. Au départ elle signifie que les couples hétérosexuels ne sont pas les seuls à pouvoir se marier. Elle détourne le mariage de son but : on ne se marie plus pour protéger les futurs enfants du couple, mais parce que l'on s'aime. Tous ceux qui s'aiment pourraient donc se marier. Dans ce cas, on pourrait assister à toutes sortes de mariages étranges, dont ne voudraient pas même les partisans du texte : entre un père et sa fille, entre deux enfants, voire entre un humain et son animal de compagnie. Ce n'est pas sérieux.

Que vaut le concept d'« égalité » brandi par les partisans du mariage homosexuel ?

Nous voyons bien là que la passion de l'égalité engendre des âneries. Tout ne peut pas être donné à tous. Il y a des destinations aux choses, aux institutions, des projets spécifiques auxquels tous ne peuvent pas prétendre, simplement parce que nous sommes différents les uns des autres. Aujourd'hui la différence est devenue une discrimination, ce qui signifie que toute différence serait injuste : il suffit de voir le crétinisme profond qui s'exprime dans la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité). Or l'homme est un être de relation, et il n'y a pas de relation du même au même : on n'entretient de complicité qu'avec la différence. Vouloir effacer toutes les aspérités, les bigarrures, les contrastes, c'est vouloir nous réduire à l'état d'éponges.

Ouvrir le droit à l'adoption pour les couples homosexuels, ce serait un bouleversement anthropologique...

D'une manière générale, je crains toujours d'abuser de l'idée de « nature ». On a prononcé tant d'exagérations à ce sujet que ce n'est plus guère crédible. Chaque fois qu'un changement social se produit, certains arguent que l'on va contre la « nature ». Certains textes du début du XXe siècle disaient que laisser les filles faire des études supérieures produirait des catastrophes, parce qu'elles ne sont pas faites pour cela. Comme la nature a bon dos ! Ne nous précipitons pas sur cet argument. Pourtant, dans le cas présent, la question est légitime. Où est la « nature », dira-t-on ? Regardons les deux projets de loi actuellement en route : celui sur l'euthanasie et celui sur le mariage gay. L'euthanasie a toujours existé partout, sauf dans les sociétés chrétiennes : partout on laissait mourir les enfants contrefaits et les vieillards trop fatigués ; là où l'infanticide a été interdit, comme sous Mao en Chine, c'était pour être « moderne », c'est-à-dire pour ressembler à l'Occident... Ce qui signifie que le projet de loi sur l'euthanasie n'est pas une rupture anthropologique, mais une rupture culturelle : un retour aux civilisations préchrétiennes. Tandis que pour le mariage gay, c'est autre chose. Aucune société n'a jamais mis en place une affaire pareille ! Nous ne trouvons des idées de ce genre - je dis bien des idées, jamais des réalisations - que chez certains esprits révoltés contre la société, à des périodes rares. Je citerais Diogène le Cynique, qui réclamait que l'on couche avec sa mère et que l'on mange son père, ou bien Sade et Shelley qui, après la saison révolutionnaire, exaltaient tout ce que l'époque considérait comme des perversions. Ces beaux esprits pouvaient amuser certains salons, mais aucune société n'aurait voulu légitimer ces comportements par des lois ! Car les sociétés savaient bien qu'il s'agissait là de subversion anthropologique, ou de nihilisme. Pour le mariage gay, il s'agit bien de cela ; mais pour la première fois, il y a tentative de réaliser ces délires.

Les députés socialistes veulent aller plus loin que le projet présidentiel en imposant la PMA (procréation médicalement assistée) pour les couples de femmes. Quelles en seraient les conséquences ?

C'est clairement une rupture anthropologique et une expression du nihilisme, au sens où l'on tord le cou à la filiation et à la transmission. On va faire croire à l'enfant qu'il a deux mères, alors qu'il est bien né, même grâce à la médecine, d'un père et d'une mère ! L'enfant sait quand on lui ment. Il a besoin de la vérité, et le souci de ses origines est primordial pour lui. Pourquoi a-t-on si peur de fabriquer des OGM et ne craint-on pas de fabriquer des enfants fous ? Les enfants me paraissent plus importants que les maïs... C'est ici qu'on n'a plus du tout envie de rire, mais de se mettre en colère : on ne joue pas avec les enfants ! Un enfant, ce n'est pas juste le fruit de mon envie, de mon désir, le jouet, qu'on fabrique comme ça et à qui on va raconter n'importe quoi. Un enfant, c'est sérieux, c'est une personne et à ce titre un seigneur, un roi, qui a droit à notre respect infini, et qui doit grandir alors que l'existence est truffée de difficultés. L'enfant n'est pas le produit de notre caprice, mais il n'est pas non plus le produit de notre révolte sociale : on ne le met pas au monde pour emmerder les hétéros ! Ça ne marche pas ainsi, la transmission de la vie et plus tard la transmission de la culture : c'est une oeuvre, un travail d'humilité et non de revanche ni de puissance... Je dois dire que la communauté homosexuelle ne manifeste pas l'esprit de sérieux requis. Dès qu'elle se montre, c'est dans l'esprit des bacchanales ! Je n'ai rien contre les bacchanales, mais que l'on ne mette pas d'enfants au milieu ! Tout le monde comprend cela.

Si le droit de la PMA est modifié, une deuxième étape pourrait être la légalisation de la gestation pour autrui (les mères porteuses). C'est alors tout l'édifice de la filiation qui serait ébranlé...

La gestation pour autrui n'est que la suite. Mais naturellement, c'est encore plus indigne parce qu'en plus on loue des ventres, ce qui n'est pas admissible. Qui gagnera ici : les homosexuels masculins qui exigeront de satisfaire leurs désirs, ou les homosexuelles qui s'indignent qu'on loue des ventres ?

Toutes les religions représentées en France se sont prononcées contre le mariage homosexuel. L'expression de ce refus constitue-t-elle un viol de la laïcité ?

Selon la définition française de la laïcité, oui ! Car la tradition française a tendance à penser que la laïcité, c'est la vie dans la neutralité absolue - c'est bien ce que dit notre ministre de l'Education quand il prépare pour l'école des cours de morale universelle, c'est-à-dire complètement exempte des particularités culturelles... Cela n'existe pas ! Les principes qui nous font vivre, et surtout les principes qui nous structurent et que nous n'inventons pas, sont tous ancrés dans des particularités : des morales religieuses ou non, des sagesses, des traditions locales ou nationales, des mythes civilisateurs, etc. Vouloir vivre dans le neutre ou l'universel, c'est se prendre pour des esprits désincarnés. En réalité, les principes des sociétés occidentales sont nourris aux racines du judéo-christianisme, et il est bien cohérent que ce soient les religions qui les rappellent, ces principes, puisqu'elles en sont pour ainsi dire les tabernacles.

 

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Mais il y a aussi des non-croyants, des citoyens votant à gauche et des homosexuels qui sont hostiles au projet gouvernemental...

Naturellement ! Enormément de gens ! Et beaucoup d'homosexuels ! Pourquoi ? Mais parce que le nihilisme n'est pas un projet de société : il ne convient qu'à quelques bobos qui amusent la galerie cinq minutes, mais dont il est criminel de réaliser les projets (Diogène était le premier bobo de notre histoire, et les Athéniens disaient déjà, en regardant ses vêtements de SDF branché, qu'on « lui voyait la vanité par les trous », mais la société dans laquelle il vivait n'a jamais essayé de mettre en place ses élucubrations, elle n'était pas folle). En réalité, nous nous trouvons en face d'une minuscule coterie qui mène en bateau tout un pays : une gauche qui a peur de son ombre dès qu'on lui parle d'une inégalité, une droite qui a encore trop souvent peur de la gauche, et un Président falot. Cette minuscule coterie parvient à se faire entendre en se faisant plaindre (« nous sommes les seuls à n'avoir pas droit au mariage »), et dans une société où le héros, c'est la victime. Alors ça marche. Cependant, la plupart d'entre nous ne sont pas dupes de cette arnaque, et je suis sûre que beaucoup d'homosexuels ont honte : ils sont assez lucides pour comprendre que la très grande majorité de leurs collègues archiminoritaires n'ont aucune envie de se marier, que s'ils le font, ce sera par provocation, et que leur essentielle motivation est de subvertir des institutions qu'ils maudissent (si le mariage est partout, il n'est nulle part). Ce qui est bien clair dans l'un des slogans utilisé par des militants du « mariage pour tous » dans une manifestation : « Un(e) hétéro, une balle ; une famille, une rafale. » Non désavoué par les organisateurs, ce slogan traduit bien le nihilisme dont nous parlons. Le débat, ici, n'est pas entre croyants et non-croyants, entre gauche et droite, entre hétéros et homos, mais entre humanistes et nihilistes.

« C'est une réforme de société et on peut même dire une réforme de civilisation », a affirmé Christiane Taubira. Cette réforme ne serait-elle pas plutôt une révolution ?

Ce n'est pas une réforme de société, puisqu'elle vise à défaire cette société (par le bouleversement de la filiation) et non pas à la réformer. Ce n'est pas une réforme de civilisation, puisque aucune civilisation nouvelle ne peut sortir de là - cela n'a jamais existé nulle part. Je n'utiliserais pas le mot révolution, parce qu'une révolution vise au retour à un état précédent, soit historique (la révolution américaine), soit mythique (la révolution russe). Ici, aucune idéologie ne soutient ce projet. C'est juste une pantalonnade d'anarchistes pédants et tapageurs, et d'autant plus pédants et tapageurs qu'on a pris l'habitude de les prendre au sérieux.

Si la manifestation des opposants au projet, le 13 janvier, est un énorme succès, quelle issue politique y aura-t-il pour François Hollande ? Le recours au référendum ?

Dans ce cas, François Hollande pourrait faire voter la loi en précisant bien qu'il ne sera jamais question de PMA (ce qui signifie qu'il en sera question dans quelque chose comme deux ans). A priori, on n'imagine pas qu'il puisse retirer sa loi : il est trouillard ! Toutefois, il faut se souvenir de 1984 : personne n'espérait que François Mitterrand allait retirer sa loi, et pourtant... On peut donc espérer. De toute façon, nous ne pouvons pas laisser passer une monstruosité pareille sans nous exprimer clairement : nos descendants nous jugeront là-dessus, comme nous avons jugé nos anciens à leur attitude devant les totalitarismes. Aujourd'hui, la barbarie, c'est ça.

Propos de Chantal Delsol

 * Professeur de philosophie à l'université de Marne-la-Vallée, où elle dirige l'Institut Hannah Arendt,

Chantal Delsol est membre de l'Institut. Dernier livre paru : L'Age du renoncement (Cerf).



 

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Mon Dieu...

14 Janvier 2013, 02:57am

Publié par Fr Greg.

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Mon Dieu, maintenant plus que jamais me voici devant toi.
Je suis sans cesse devant toi.
Jusqu’à présent j’ai surtout été en moi et je me suis regardée moi-même.

Maintenant permets-moi de me perdre moi-même,

en quelque sorte comme si je cessais d’exister ;

comme si je cessais d’être ce que j’ai été jusque-là.
Je ne suis plus capable d’être ainsi et je ne suis pourtant pas capable encore

d’être différente, comme tu veux que je sois.
Tu as le droit de vouloir cela, parce que je suis ta créature.
Et pourtant je souffre, même si je comprends ce droit et que je le reconnais.
Il est si difficile pour moi de cesser d’être moi-même.
Oh, si je pouvais au moins savoir ce que je devrais être.
Je sais que tu ne détruis rien, tu ne fais que créer. Tu nous crées à travers la nature
et d’une manière nouvelle tu nous crées à travers la grâce.
J’y crois, comme je crois en toi de toute ma foi, tout en souffrant beaucoup,

à cause de l’expérience de ma faiblesse et de mon incapacité.
Aide-moi à me trouver moi-même et aide-moi à te rencontrer en moi.
Et tant que je dois me perdre dans l’obscurité de mon être,

tiens-moi par la main comme une enfant,
donne-moi de te comprendre et aussi de comprendre ta manière d’agir
à travers les personnes que tu as mises sur ma route.
Je te prie, afin de ne jamais cesser d’espérer en toi et de ne pas céder au désespoir.
Je te prie, afin de savoir me laisser guider par toi.
Je te prie, afin de pouvoir payer pleinement la dette de ma vie
dans les tâches que tu me confies, dans les personnes qui ont besoin de mon aide.
Je veux réaliser en tout et pour tout la vocation de ma vie.

Je désire être toujours plus à la hauteur de cette vocation,
afin que tout ce que j’ai toujours fait avec la conviction que c’était mon devoir,
je puisse le faire mieux encore, en me donnant plus pleinement et en même temps
avec une grande simplicité et une paix profonde.
Je te supplie de me donner la paix de l’âme et des sentiments et les forces nécessaires à mon corps.
Fais de moi un soutien pour Andrzej et permets-moi de bien éduquer nos enfants.
Pardonne-moi mes fautes, purifie tout mon être
et guide-moi sur le chemin, où tu seras toujours.
Amen

Karol Wojtyla, pour être priée par Wanda, Prehyba, 13 février 1963.

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Homme et Femme il les créa...

13 Janvier 2013, 02:42am

Publié par Fr Greg.

 

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Par la communion des personnes, l'homme devient image de Dieu (14 novembre 1979).

Le récit de la création de l'homme, dans le premier chapitre de la Genèse, affirme dès le début que l'homme a été créé à l'image de Dieu, en tant qu'homme et femme. Le récit du chapitre 2 ne parle pas de l'« image de Dieu », mais révèle que la complète et définitive création de l'« homme » s'exprime dans le fait de donner vie à cette « communion de personnes » que forment l'homme et la femme... L'homme devient image de Dieu moins au moment de la solitude qu'au moment de la communion. En effet « dès l'origine » il est non seulement une image qui reflète la solitude d'une Personne qui régit le monde mais, rappelle Jean-Paul II, aussi et essentiellement image d'une insondable communion divine de Personnes, (pp. 53 - 54)


La révélation et la découverte de la signification conjugale du corps (9 janvier 1980).


Il y a un lien très fort entre le mystère de la création en tant que don et cette « origine » béatifique de l'existence de l'être humain comme homme et femme, dans toute la vérité d'une communion entre les personnes. Quant à la vue de la première femme le premier homme s'est écrié : « EIle est l'os de mes os et la chair de ma chair » (Gn 2, 23), il affirmait seulement l'identité humaine de deux êtres. En s'exclamant ainsi, il semblait dire : voilà un corps qui exprime la « personne » ! ... Le corps manifeste la réciprocité et la communion des personnes. Il l'exprime dans le don... Voici ce qu'est le corps : un témoin de la création en tant que don fondamental, donc un témoin de l'Amour comme source... La masculinité-féminité - c'est-à-dire le sexe - est le signe originel d'une donation créatrice... Cette « origine » béatifique.. de l'homme comme homme et comme femme est liée à la révélation et à la découverte de la signification du corps qu'il convient d'appeler « conjugale »... Nous avons déjà constaté, exprime Jean-Paul II, que les paroles qui expriment la première joie de la venue de l'être humain à l'existence comme « homme et femme » (Gn 2, 23) sont suivies immédiatement par le verset qui établit leur unité conjugale (Gn 2, 24), puis par celui qui atteste la nudité de chacun d'eux qui « n'en ont aucune honte », l'un vis-à-vis de l'autre (Gn 2, 25). C'est précisément cette confrontation significative qui nous permet de parler de la révélation et en même temps de la découverte de la signification « conjugale » du corps dans le mystère même de la création... (pp. 79 - 80)


Quand l'homme-personne devient don (16 janvier 1980).

Le Créateur les a voulus, chacun d'eux, « pour eux-mêmes » (cf. Gaudium et Spes n° 23). Et ainsi, dans la première rencontre béatifique, l'homme retrouve la femme, et la femme le retrouve, lui, l'homme. Et ainsi, celui-ci accueille intérieurement la femme ; il l'accueille telle que le Créateur l'a voulue « pour elle-même », telle qu'elle a été, avec sa féminité constituée dans le mystère de l'image de Dieu ; et, réciproquement la femme accueille de la même manière l'homme, tel que le créateur l'a voulu « pour lui-même » et l'a constitué avec sa masculinité. C'est en cela, explique Jean-Paul II, que consistent la révélation et la découverte de la signification conjugale du corps... (pp. 84 - 85)

Jean Paul II, Catéchèses sur le corps.

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De la tristesse...

12 Janvier 2013, 01:32am

Publié par Fr Greg.

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Je crois que presque toutes nos tristesses sont des moments de tension que nous ressentons comme une paralysie car nous sommes désormais sourds à la vie de nos sentiments devenus étranges. Nous sommes seuls, en effet, face à cette étrangeté qui est entré en nous ; car, pour un temps, tout ce qui nous est familier, tout ce qui est habituel, nous est ravi ; nous sommes en effet, au cœur d’une transition où nous ne savons pas nous fixer. C’est aussi la raison pour laquelle la tristesse est passagère : ce qui est nouveau en nous, l’adjuvant de ce que nous étions, est allé jusqu’à notre cœur, a pénétré son lieu le plus intime, mais n’y est pas non plus resté. : il a déjà passé dans le sang. Et nous ne savons pas ce que c’était. Il serait facile de nous persuader qu’il ne s’est rien passé ; mais nous avons pourtant bien changé, comme change une maison où un hôte est entré.

 

  Nous sommes incapables de dire qui est entré, nous ne le saurons sans doute jamais, et pourtant bien des signes témoignent du fait que c’est ainsi que l’avenir pénètre en nous pour s’y modifier longtemps avant qu’il n’arrive lui-même. Voilà pourquoi il est si important d’être solitaire et attentif lorsqu’on est triste : l’instant apparemment immobile où  semble t-il rien ne se passe, cet instant où l’avenir pénètre en nous est en effet beaucoup plus proche de la vie que cet autre moment arbitraire et patent où l’avenir nous arrive pour ainsi dire de l’extérieur.

 

 Plus nous sommes silencieux, patients et disponibles lorsque nous sommes tristes, et plus ce qui est nouveau pénétrera profondément et sûrement en nous, mieux nous le ferons nôtre ; il sera d’autant plus notre destin propre, et, plus tard, lorsqu’il se « produira » (c'est-à-dire lorsqu’il surgira de nous pour passer aux autres), nous nous sentirons profondément intimes et proches. Et c’est nécessaire ; Il est nécessaire-et c’est vers cela que peu à peu doit tendre notre évolution-que nous ne nous heurtions à aucune expérience étrangère, mais que nous rencontrions que ce qui, depuis longtemps, nous appartient. Il a fallu déjà repenser tant de conceptions du mouvement qu’on saura peu à peu admettre que ce que nous appelons destin provient des hommes et ne vient pas de l’extérieur.

 

 C’est uniquement parce que nombre d’entre eux ne se sont pas imprégnés de leur destin quand il vivait en eux, ne l’ont pas transformé en ce qu’ils sont eux-mêmes, qu’ils n’ont pas su reconnaître ce qui provenait d’eux ; cela leur est si étranger que, dans leur crainte confuse, ils ont cru qu’il venait à l’instant de les atteindre car ils juraient n’avoir auparavant rien trouvé de pareil en eux.

 

De même qu’on s’est longtemps abusé à propos du mouvement du soleil, on continue encore de se tromper sur le mouvement de ce qui est à venir. L’avenir est fixe cher monsieur Kappus, mais c’est nous qui nous déplaçons dans l’espace infini. 

 

                                               Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.

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La passion, 1er signe de l'amour divin!

11 Janvier 2013, 02:26am

Publié par Fr Greg.

 


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A une passante


La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! Trop tard ! Jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Baudelaire.

 

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Échappe-t-on à notre conscience...?

10 Janvier 2013, 01:39am

Publié par Fr Greg.

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Lorsque avec ses enfants vêtus de peaux de bêtes,
Echevelé, livide au milieu des tempêtes,
Caïn se fut enfui de devant Jéhovah,
Comme le soir tombait, l'homme sombre arriva
Au bas d'une montagne en une grande plaine ;
Sa femme fatiguée et ses fils hors d'haleine
Lui dirent : « Couchons-nous sur la terre, et dormons. »
Caïn, ne dormant pas, songeait au pied des monts.
Ayant levé la tête, au fond des cieux funèbres,
Il vit un oeil, tout grand ouvert dans les ténèbres,
Et qui le regardait dans l'ombre fixement.
« Je suis trop près », dit-il avec un tremblement.
Il réveilla ses fils dormant, sa femme lasse,
Et se remit à fuir sinistre dans l'espace.
Il marcha trente jours, il marcha trente nuits.
Il allait, muet, pâle et frémissant aux bruits,
Furtif, sans regarder derrière lui, sans trêve,
Sans repos, sans sommeil; il atteignit la grève
Des mers dans le pays qui fut depuis Assur.
« Arrêtons-nous, dit-il, car cet asile est sûr.
Restons-y. Nous avons du monde atteint les bornes. »
Et, comme il s'asseyait, il vit dans les cieux mornes
L'œil à la même place au fond de l'horizon.
Alors il tressaillit en proie au noir frisson.
« Cachez-moi ! » cria-t-il; et, le doigt sur la bouche,
Tous ses fils regardaient trembler l'aïeul farouche.
Caïn dit à Jabel, père de ceux qui vont
Sous des tentes de poil dans le désert profond :
« Etends de ce côté la toile de la tente. »
Et l'on développa la muraille flottante ;
Et, quand on l'eut fixée avec des poids de plomb :
« Vous ne voyez plus rien ? » dit Tsilla, l'enfant blond,
La fille de ses Fils, douce comme l'aurore ;
Et Caïn répondit : « je vois cet œil encore ! »
Jubal, père de ceux qui passent dans les bourgs
Soufflant dans des clairons et frappant des tambours,
Cria : « je saurai bien construire une barrière. »
Il fit un mur de bronze et mit Caïn derrière.
Et Caïn dit « Cet oeil me regarde toujours! »
Hénoch dit : « Il faut faire une enceinte de tours
Si terrible, que rien ne puisse approcher d'elle.
Bâtissons une ville avec sa citadelle,
Bâtissons une ville, et nous la fermerons. »
Alors Tubalcaïn, père des forgerons,
Construisit une ville énorme et surhumaine.
Pendant qu'il travaillait, ses frères, dans la plaine,
Chassaient les fils d'Enos et les enfants de Seth ;
Et l'on crevait les yeux à quiconque passait ;
Et, le soir, on lançait des flèches aux étoiles.
Le granit remplaça la tente aux murs de toiles,
On lia chaque bloc avec des nœuds de fer,
Et la ville semblait une ville d'enfer ;
L'ombre des tours faisait la nuit dans les campagnes ;
Ils donnèrent aux murs l'épaisseur des montagnes ;
Sur la porte on grava : « Défense à Dieu d'entrer. »
Quand ils eurent fini de clore et de murer,
On mit l'aïeul au centre en une tour de pierre ;
Et lui restait lugubre et hagard. « Ô mon père !
L'œil a-t-il disparu ? » dit en tremblant Tsilla.
Et Caïn répondit : " Non, il est toujours là. »
Alors il dit: « je veux habiter sous la terre
Comme dans son sépulcre un homme solitaire ;
Rien ne me verra plus, je ne verrai plus rien. »
On fit donc une fosse, et Caïn dit « C'est bien ! »
Puis il descendit seul sous cette voûte sombre.
Quand il se fut assis sur sa chaise dans l'ombre
Et qu'on eut sur son front fermé le souterrain,
L'œil était dans la tombe et regardait Caïn.

 

Victor Hugo    (1802-1885)

 

 

 

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L'ennui, l'autre face d'un amour avorté...

9 Janvier 2013, 02:45am

Publié par Fr Greg.

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“Ma paroisse est dévorée par l’ennui, voilà le mot. Comme tant d’autres paroisses ! L’ennui les dévore sous nos yeux et nous n’y pouvons rien. Quelque jour peut-être la contagion nous gagnera, nous découvrirons en nous ce cancer. On peut vivre très longtemps avec ça. […]

 

Je me disais donc que le monde est dévoré par l’ennui. Naturellement, il faut un peu réfléchir pour se rendre compte, ça ne se saisit pas tout de suite. C’est une espèce de poussière. Vous allez et venez sans la voir, vous la respirez, vous la mangez, vous la buvez, et elle est si fine, si ténue qu’elle ne craque même pas sous la dent. Mais que vous vous arrêtiez une seconde, la voilà qui recouvre votre visage, vos mains. Vous devez vous agiter sans cesse pour secouer cette pluie de cendres. Alors, le monde s’agite beaucoup.

 

On dira peut-être que le monde est depuis longtemps familiarisé avec l’ennui, que l’ennui est la véritable condition de l’homme. Possible que la semence en fût répandue partout et qu’elle germât çà et là, sur un terrain favorable. Mais je me demande si les hommes ont jamais connu cette contagion de l’ennui, cette lèpre ? Un désespoir avorté, une forme turpide du désespoir, qui est sans doute comme la fermentation d’un christianisme décomposé. […]

 

G. Bernanos. Journal d’un curé de campagne

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Cours Forest, cours...

8 Janvier 2013, 02:16am

Publié par Fr Greg.

Courir après le temps est l'occupation principale de l'être humain. Comme si rien n'était plus intéressant que cela, comme si c'était la seule chose qui avait de la valeur. Le temps. Courir courir pour aller vite et finir par croire que la mort est vaincue. Mais vaut-il mieux vivre peu et intensément ou longtemps et de manière bâclée ?

 

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Je suis sorti, Seigneur, dehors les hommes sortaient.

Ils allaient, ils venaient, ils marchaient, ils couraient.

Les vélos couraient, Les voitures couraient, Les camions couraient, 
La rue courait, La ville courait, Tout le monde courait. 
Ils couraient pour ne pas perdre de temps.

Pour rattraper le temps, pour gagner du temps.

 

Au revoir, monsieur, excusez-moi, je n’ai pas le temps.

Je repasserai, je ne puis attendre, je n’ai pas le temps. 
Je termine cette lettre, car je n’ai pas le temps. 
J’aurai aimé vous aider, mais je n’ai pas le temps. 
Je ne puis accepter, faute de temps. 
Je ne peux réfléchir, lire, je suis débordé, je n’ai pas le temps. 
J’aimerais prier, mais je n’ai pas le temps.

 

Tu comprends, Seigneur, ils n’ont pas le temps ;

L’enfant, il joue, il n’a pas le temps tout de suite… plus tard…

L’écolier, il a ses devoirs à faire, il n’a pas le temps… plus tard…

Le lycéen, il a ses cours et tellement de travail, il n’a pas le temps… plus tard…

Le jeune homme, il fait du sport, il n’a pas le temps… plus tard…

Le jeune marié, il a sa maison, il doit l’aménager, il n’a pas le temps… plus tard…

Le père de famille, il a ses enfants, il n’a pas le temps… plus tard…

Les grands-parents, ils ont leurs petits-enfants, ils n’ont pas le temps… plus tard…

Ils sont mourants, ils n’ont…

Trop tard ! … ils n’ont plus le temps !

 

Ainsi les hommes courent tous après le temps, Seigneur. 
Ils passent sur la terre en courant,

Pressés, bousculés, surchargés, affolés, débordés. 
Toi qui es hors du temps, Tu souris, Seigneur,

De nous voir nous battre avec lui.

Seigneur, j’ai le temps, J’ai tout mon temps à moi,

Tout le temps que Tu me donnes,

Les années de ma vie, Les journées de ma vie, 
Les journées de mes années, Les heures de mes journées,

Elles sont toutes à moi.


A moi de les remplir, tranquillement, calmement,

Mais de les remplir tout entières, jusqu’au bord,

Pour Te les offrir, et que de leur eau fade 
Tu fasses un vin généreux, comme jadis à Cana,

Tu fis pour les noces humaines.

 

Je ne Te demande pas ce soir, Seigneur,

Le temps de faire ceci, et puis encore cela, 
Je Te demande la grâce de faire consciencieusement,

Dans le temps que Tu me donnes, ce que Tu veux que je fasse.

                                                                          Michel Quoist

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De l'amitié...

7 Janvier 2013, 01:03am

Publié par Fr Greg.

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Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu'accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En l'amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l'une en l'autre, d'un mélange si universel qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi. »


Il y a, au-delà de tout mon discours, et de ce que j'en puis dire particulièrement, ne sais quelle force inexplicable et fatale, médiatrice de cette union. Nous nous cherchions avant que de nous être vus, et par des rapports que nous oyions l'un de l'autre, qui faisaient en notre affection plus d'effort que ne porte la raison des rapports, je crois par quelque ordonnance du ciel ; nous nous embrassions par nos noms. Et à notre première rencontre, qui fut par hasard en une grande fête et compagnie de ville, nous nous trouvâmes si pris, si connus, si obligés entre nous, que rien dès lors ne nous fut si proche que l'un à l'autre. Il écrivit une satire latine excellente, qui est publiée, par laquelle il excuse et explique la précipitation de notre intelligence, si promptement parvenue à sa perfection. Ayant si peu à durer, et ayant si tard commencé, car nous étions tous deux hommes faits, et lui plus de quelques années, elle n'avait point à perdre de temps et à se régler au patron des amitiés molles et régulières, auxquelles il faut tant de précautions de longue et préalable conversation.

 

Celle-ci n'a point d'autre idée que d'elle-même, et ne se peut rapporter qu'à soi. Ce n'est pas une spéciale considération, ni deux, ni trois, ni quatre, ni mille : c'est je ne sais quelle quintessence de tout ce mélange, qui ayant saisi toute ma volonté, l'amena se plonger et se perdre dans la sienne ; qui, ayant saisi toute sa volonté, l'amena se plonger et se perdre en la mienne, d'une faim, d'une concurrence pareille. Je dis perdre, à la vérité, ne nous réservant rien qui nous fût propre, ni qui fût ou sien, ou mien. 

Montaigne,  Les Essais, livre Ier, chapitre XXVIII 

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La Mère Nature ou le nouveau visage de Dieu… (II)

5 Janvier 2013, 01:04am

Publié par Fr Greg.

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Malgré tout, ce problème d’allocation sur le marché du travail provoque indéniablement une détresse sociale, qui pourrait amener certains à se tourner vers la religion…

Ces personnes se sentent en effet en situation de crise, et ils se tournent justement vers les nouveaux grands prêtres de la religion individuo-globale, qui peuvent être des psychothérapeutes (dans la version la plus apparemment rationnelle) ou vers des guides spirituels. Reste qu’ils acceptent en général de gagner moins pour occuper un emploi qui les épanouit. Ceux qui n’arrivent pas à trouver une profession épanouissante sont « stressés » et cherchent à compenser durant leur loisir en partant en stage de yoga, en sautant à l’élastique, etc. Dans les années 1970 ou 1980, seule une archi-minorité avait ce type d’aspiration.

L’enquête mondiale sur les valeurs, la plus grande enquête réalisée dans l’histoire de l’humanité, qui a débuté dans les années 1970, et dont les dernières vagues ont visé à étudier des échantillons représentatifs (près de 90% de la population mondiale) font très clairement apparaître ce tournant culturel des années 1990, que le sociologue américain Ronald Inglehart appelle la « Révolution culturelle silencieuse ». Simultanément, on assiste à un déclin de ce qu’on appelle les valeurs traditionnelles et industrielles, soit toutes les valeurs rattachées à la morale classique, dans les mœurs, la sexualité, à la croyance en un Dieu omnipotent, à une hiérarchie sociale stricte. Et en même temps, les revendications « spirituelles » s’affirment : on veut « se développer », s’épanouir, vivre des expériences intérieurement enrichissantes… même dans le travail. Les trois axes de cette « nouvelle religion » postindustrielle sont le développement personnel(recherche de la créativité), le bien-être (une santé supérieure) et la connaissance de soi(découvrir la vérité du monde au travers de pratiques comme le yoga ou la relaxation).

On le voit dans le travail, mais aussi dans nos loisirs : on ne part plus en vacances pour se vider, on part à la recherche de nouvelles expériences, de nouvelles compétences qui nous transforment, nous améliorent. C’est l’ère du tourisme culturel, du tourisme spirituel, du tourisme humanitaire. On part faire de l’humanitaire, on veut s’accomplir en construisant un hôpital au milieu de nulle part.

Cela transparaît également dans notre rapport au couple : si, un temps, divorcer était un échec, le divorce apparaît aujourd’hui de plus en plus comme une expérience positive, une étape dans le parcours dans le parcours existentiel.

N’existe-t-il pas une contradiction entre la volonté de s’engager dans l’humanitaire et le nombrilisme de cette « religion du bien-être et de l’accomplissement de soi » ?

Tout à fait. Mais justement une religion se fonde toujours sur des contradictions, la première d’entre elle étant le fait de désirer vivre et pourtant de devoir mourir. L’ « individuo-globalisme » se fonde sur la contradiction entre le désir d’être Soi et la quête de l’Universel, du Tout, la quête de la singularité individuelle et le désir de diversité. C’est ainsi que l’on vénère aujourd’hui l’altérité, la diversité, l’autre, le lointain, mais à travers le voyage vers l’autre lointain on cherche en réalité à se construire soi-même. On retrouve souvent cette logique chez les gens qui sont engagé dans l’humanitaire. D’ailleurs je ne critique pas, je ne dis pas que c’est bien ou mal, c’est seulement ainsi.

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Selon vous, les manifestations de cette nouvelle religion vont de l’écologie, l’engagement humanitaire, le développement durable et le culte du bien-être à… Avatar, le film de James Cameron. Comment ce film peut-il être un avatar de cette nouvelle religion ?

La religion permet aux humains de raconter une vie cohérente sur une scène mythique. Nous avons tous besoin de raconter notre vie. Ne serait-ce que se donner un nom, Pierre, Paul, Jean, etc., c’est déjà faire référence à une histoire, c’est essayer d’être autre chose qu’un organisme animal. C’est cela l’identité au fond ! Qui dit scène mythique, dit évidemment scénarios à jouer (et nous avons déjà évoqué les thèmes centraux des scénarios dans lesquels nous jouons notre vie), mais il faut aussi des décors comme dans un théâtre. Dans la religion individuo-globale, il y a trois décors qui sont combinés, superposés les uns aux autres, ce que j’appelle l’hypertradition (une tradition plus que traditionnelle, dont les religions classiques ne seraient que des versions frelatées), l’hyperscience (une science capable de comprendre l’énergie, qui justement redécouvrirait la vérité de l’hypertradition, qui s’intéresse au mystère de l’infini, à l’ondulatoire, etc.) et enfin l’hypernature (vision d’une nature plus que naturelle, qui est même le critère de la vérité de toute science et de toute tradition).La nature ne saurait mentir, elle est aujourd’hui à proprement parler surnaturelle.

Dans la morale individuo-globale, même un tsunami, s’il fait des morts, ne peut pas être l’œuvre seulement de la nature, mais doit quelque part avoir été provoqué par la « mauvaise » science de l’homme, par l’industrie, etc. La nature est la clé métaphysique de la théologie individuo-globale : l’hypertradition et l’hyperscience doivent prouver qu’elles sont « naturelles » pour être légitimes. C’est valable pour nos pratiques individuelles. La méditation, par exemple, est vantée parce qu’elle serait une pratique à la fois traditionnelle, scientifique, bénéfique à la santé et, forcément, naturelle. De même pour le taï-chi, le chi-kong et la relaxation.

On retrouve cela en marketing. Aujourd’hui, pour vendre un produit de beauté, il faut expliquer qu’il est issu d’une longue tradition, mais que, en même temps, il a été éprouvé par la science d’avant-garde et les nouvelles technologies propres – naturelles – et qu’en cela il renoue avec la Nature. Ce produit, pour être désirable, doit être hypernaturel.

Or le film Avatar exprime, de manière caricaturale, ces trois décors : la fascination pour l’hyperscience, qui peut quasiment tout faire ; pour l’hypertradition, celle de ces autochtones extraterrestres (qui ressemble en réalité à des « autochtones » très terrestres, en dehors de leur peau bleuté), qui vivent selon une tradition originelle, ce qui rend leur mode de vie supérieur à la vie urbaine polluée des humains ; mais une tradition qui est en contact direct avec la nature. Ces « autochtones » sont comme la partie non corrompue de nous-mêmes que nous pouvons redécouvrir lorsque nous partons à la rencontre de l’autre, ainsi que le fait le héros du film, qui va redécouvrir la partie originelle « naturelle » de son humanité en sauvant ce peuple extraterrestre naturel. Et bien sûr on retrouve l’incontournable culte de l’énergie qui sait tout (conférant une connaissance intuitive et immédiate de soi et du monde), qui procure bien-être (source inépuisable de santé voire d’immortalité), et permet la créativité (qui développe toutes les capacités, en nous traversant elle nous fait devenir ce que nous devons être, elle nous révèle à nous-mêmes).

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Quels sont les dogmes de cette nouvelle religion ?

Un des dogmes cruciaux est celui de la connectivité. Il faut être connecté au monde et à soi-même. Connecté depuis son ordinateur, connecté avec ses amis, connecté aux autres, à la terre, et, in fine, connecté à l’univers, à la nature. Quelqu’un qui est connecté se connaît forcément lui-même, il est aussi forcément créatif, et forcément en bonne santé. La connectivité recoupe le dogme de la circulation de l’énergie. Ainsi, dans l’imaginaire individuo-global un problème est forcément un blocage de l’énergie. Par exemple en matière de santé il s’agira de combattre les blocages. De même en matière de management, en politique, il faudra toujours restituer les flux, les accroître (il y a un lien avec le développement du capitalisme libéral bien sûr). Ce qui circule est positif, bienfaisant. L’arrêt ne peut être qu’un blocage. On voit bien que nous sommes au niveau religieux, parce que le caractère positif, merveilleux, bénéfique de « l’énergie qui circule » n’est pas discuté, cela va de soi, cela a la saveur de l’évidence. Personne ne remet en question ces priorités de bien-être, de créativité, de connaissance de soi, ou même la valeur surnaturelle de la Nature. Or le propre du religieux, c’est d’être indiscutablement admis, de constituer la trame même de nos désirs les plus profonds

 

 Propos recueillis par Ania Nussbaum

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