Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Vous êtes français? Alors allez vous faire soigner..

30 Novembre 2012, 01:03am

Publié par Fr Greg.

jane-dill1.jpg

 

Selon une étude du département de santé publique de Créteil, les autorités françaises ont très largement sous-estimé le nombre de Français souffrant d’une pathologie mentale qui toucherait en fait 12 millions de personnes sur 69 millions. Le coût total des pathologies mentales en France s'élève à 110 milliards d’euros par an. Les Français sont-ils fous ou trop hygiénistes concernant leur santé mentale ?

 

Jean-Paul Mialet : Si on avait fait cette étude dans les années 70, on n’aurait certainement pas trouvé les mêmes chiffres, avec  12 millions de Français qui se portent mal. Les critères de pathologie n’étaient pas les mêmes que ceux d’aujourd’hui.

Il y a une trentaine d’années, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a donné une définition de la santé : « un état de bien-être physique, moral et social ». Si on désigne la santé comme état de bien-être, tout ce qui n’est pas un état de bien-être n’est pas la santé, et c’est donc la maladie. Peuvent donc se prétendre malade tous ceux qui ne sont pas dans cet état de bien-être. Cette évolution de la notion de maladie revient à englober beaucoup d’états qui correspondent à un mal être et dont la limite est discutable.

 

Parallèlement, la psychiatrie a développé des concepts discutables. Elle a d’abord été organisée autour de maladies bien repérables, comme la schizophrénie ou la psychose, les dépressions sévères… Puis, en plus de ces maladies bien répertoriées, elle a repéré une autre dimension : les personnalités pathologiques. Ce sont des dimensions de tempéraments, de caractères, qui ne sont plus de l’ordre de la maladie, mais qui servent de supports pour mieux comprendre certaines pathologies. Un glissement se fait à ce niveau-là, et on a tôt fait de se dire que telle personne ne va pas bien car elle présente une personnalité défaillante.

 Peut-on prendre pour exemple de ce glissement la schizoïdie, dont le Dr Philip Manfield estime qu’elle pourrait représenter jusqu’à 40% des cas de troubles mentaux, mais qui n’est pas une pathologie portant à conséquence ?

La schizoïdie est un excellent exemple, dans la mesure où c’est un trouble du caractère.

Le repérage des troubles mentaux s’est développé selon plusieurs axes. Le premier est l’axe morbide proprement dit, qui correspond aux maladies classiques, et l’autre axe qui est celui des troubles de la personnalité.  Ces troubles peuvent être appliqués à un très grand nombre de gens.


Une recherche a été faite en prenant des sujets « normaux » et en leur faisant passer les critères de classification : on s’est aperçu que 80% des gens pouvaient être classés dans une des catégories des troubles de la personnalité. En attaquant ce phénomène, on a attiré la psychiatrie vers un champ étendu et flou où on peut intégrer énormément de gens.

 Dans ce cas, ce chiffre impressionnant de 12 millions de Français atteints de troubles mentaux n’a donc pas de sens ? L’étude parle aussi d’1,8 millions de personnes atteintes de troubles sévères.

Il y a certainement 1,8 millions de personnes atteintes de troubles sévères. Cela correspond à 2,5% de la population. Les 10 millions de plus représentent la possibilité qu’on a d’étendre des interprétations psychiatriques à un grand nombre de gens.

 

D’où notre première interrogation, les Français sont-ils malades ou trop poussés à dépenser pour leur santé ?

Nous sommes dans une culture – qui n’est pas seulement française – où on pousse les gens à une quête de bien être sans fin. Et en France, on a un soutien social qui encourage cette quête. Si en Angleterre, les gens se retrouvent dans cette quête de bien-être, et que les dispositifs de soin les limitent, alors les gens ne vont pas aussi loin. Ils rencontrent une résistance, que ça soit le porte-monnaie, une longue liste d’attente, etc. Ils vivent donc avec leurs problèmes.

On sait déjà que les Français sont les plus grands consommateurs d’anxiolytiques au monde. Est-ce lié ?

Il est possible que la consommation record d’anxiolytiques en France soit due à la rencontre de ces deux facteurs : une culture qui veut absolument qu’on soit dans la non-souffrance, et un système social qui incite les gens à aller plus loin dans cette illusion.

La prise en charge médicale de ces troubles coûte 13,4 milliards d’euros, soit 8% des dépenses nationales de santé. Le coût des médicaments atteint 2,2 milliards d’euros. S’il s’agit d’une illusion, faut-il mettre un frein à ces dépenses ?

J’imagine qu’il y a des phénomènes qui aggravent la situation. Les médecins généralistes disposent de traitements très efficaces pour aider les gens à se sentir moins mal, les tranquillisants par exemple. Alors dès que quelqu’un exprime une inquiétude quelconque, il est tentant de répondre par un médicament. Essayer de comprendre pourquoi ils ne vont pas bien prend du temps et risque d’être mal perçu par le patient. Il est tellement plus facile de se débarrasser de la difficulté en prescrivant un traitement.

Ce dernier est devenu une facilité permettant au médecin d’éviter le dialogue et au patient de penser qu’on prend au sérieux son mal-être et qu’on ne se contente pas de lui apporter une réponse psychologique ou de lui dire « il faut accepter de vivre avec cela. »

 

La dépense la plus importante est le coût des services psychiatrique des hôpitaux publics, qui atteint 6,4 milliards d’euros (11% de la dépense nationale des hôpitaux publics). Est-ce la même dynamique ?

Je pense qu’on ne trouve que des troubles sévères dans les hôpitaux, et qu’ils sont difficilement compressibles. Les 11% de la dépense totale sont sans doute impossible à réduire, car les troubles qui aboutissent dans les hôpitaux sont sévères et il faut bien les soigner. La part hospitalière n’est pas due à une demande excessive de soins des patients.

La perte de productivité liée aux pathologies psychiatrique coute un peu plus de 24 milliards d’euros, selon l’étude. Est-il possible de concilier travail et maladie ?

Avec les troubles sévères, non. Avec les troubles non-sévères, peut-être plus.

Mais il y a aujourd’hui un acharnement des gens à être bien et un acharnement des médecins à tout soigner. La psychiatrie n’a peut-être pas suffisamment fermé les portes à des états moraux qui ont une définition floue. La normalité, en psychiatrie, est indéfinissable. Elle ne peut être statistique comme, par exemple, la tension artérielle : on ne peut pas dire qu’un comportement qui n’est pas le comportement moyen est anormal. Aussi, elle se prête à l'idéalisation : disposer d'un fonctionnement psychologique qui mettrait à l'abri de toute souffrance, alors que l'anxiété et la tristesse ou des moments d'abattement font partie de la vie. Malheureusement, de plus en plus, on attend du système de soin qu’il fournisse un bien être parfait. Et les médecins ne savent pas toujours dire non à cette demande.

 

Mais il faut admettre que cette extension de la demande tient aussi au fait que nous vivons dans une époque qui favorise le mal être, par l’absence de repères et la précarité sociale et affective auxquelles sont confrontés les gens.

 Jean Paul Mialet, 21 sept 2012.

www.atlantico.fr

 

Voir les commentaires

Au-delà des collines...

29 Novembre 2012, 00:09am

Publié par Fr Greg.

...  ou 'la foi sans intelligence entraine les pires corruptions'! 

 

20243444-r 640 600-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-xxyxx

 

 

 

 

Le plus terrible dans ce monde, c’est que chacun a ses raisons.” 

 Jean Renoir, La Règle du jeu.

 

Au-delà des collines emporte le spectateur au sein d’une communauté religieuse perdue dans la campagne roumaine dont le quotidien se trouve bouleversé par un élément extérieur : Alina, l’amie d’enfance de Voichita, l’une des sœurs, revenue d’Allemagne et encore amoureuse de celle qui a depuis embrassé la vie religieuse.

 

Inspiré de faits réels, le film s’emploie à décrire avec autant d’attention les tâches du quotidien (prières, préparations des repas, puisement de l’eau du puits) que les événements qui dérèglent petit à petit le rythme pieux et languide de la communauté : les explosions de violence de cette étrangère et l’épreuve que les religieux lui font subir. Ce qui donne à l’écran une alternance de plans fixes de toute beauté avec pour toile de fond l’hiver enneigé de la campagne roumaine et la pénombre des intérieurs, et de plans séquences énervés, le tout servi par la photographie d’Oleg Mutu, déjà au service de My Joy, le chef d’œuvre de l’Ukrainien Sergueï Loznitsa.

 

592q3 480x270 2blsle

 

 

 

Mais Mungiu ne prend pas son temps uniquement pour servir du formalisme vain. Si son film s’étire ainsi, c’est pour mieux distiller la tension sourde qui l’habite de bout en bout. Au fur et à mesure que le pope enchaîne les séances d’exorcisme censées chasser le malin qui contrôle l’âme perdue d’Alina, le film menace de sombrer dans l’horreur à la lisière du fantastique. On sait que tout ceci ne peut que mal finir, que le drame plane comme une épée de Damoclès, qu’il éclatera, mais pas un instant on peut s’attendre à la forme qu’il prendra. Si le film tend vers l’inéluctable, puisque chaque personnage se retrouve devant des choix les menant dans des impasses (le pope ne veut pas garder une fille rejetant Dieu, mais ne peut non plus se résoudre à la jeter à la rue, sachant qu’elle ne bénéficie d’aucun soutien et n’a nulle part  où aller ; Voichita ne veut pas abandonner son amie ni sa foi), il questionne cependant les conséquences de l’application à la lettre des préceptes de la religion, au point d’en oublier tout discernement. « La plupart des plus grandes erreurs de ce monde furent commises au nom de la foi et avec la conviction qu’elles servaient une bonne cause. » explique le réalisateur.


20103016-r 640 600-b 1 D6D6D6-f jpg-q x-20120510 015944

 

 

Ici, pas de manichéisme, même si la foi orthodoxe en prend pour son grade. Mais Mungiu se garde de condamner, laissant ce rôle aux instances compétentes, à l’instar des policiers venus interroger les religieux, et spécifiant que leur tâche s’arrête là, passant le relai au procureur. Il pose sur ses personnages un regard empli d’une certaine tendresse et le spectateur partage alors leurs souffrances intérieures. Magie du montage, ces lueurs furtives de détresse dans les yeux de Voichita (Cosmin a à la fin d’un plan où elle assiste, impuissante, au calvaire de son amie). La force du film tient dans cette chorégraphie des émotions qui prend son temps pour se déployer à l’intérieur d’un même plan. Au-delà des collines : une absence d’effets au bénéfice d’une tension sourde qui font de ce film un chef d’œuvre bouleversant.

www.laplumenoire

 

audeladescollines604-604x400

 

 

 

Les premières images d’Au-delà des collines  mettent en scène, deux jeunes femmes, élevées dans le même orphelinat, et l’on comprendra, par quelques allusions pudiques, qu’elles y ont combattu, dans une grande proximité, leur condition d’enfants abandonnées. 

 

 safe image

 

Cristian Mungiu signe un film époustouflant, triplement récompensé à Cannes au mois de mai dernier par un double prix d’interprétation féminine à ses actrices principales et le prix du scénario. 

 

Cette œuvre austère aux images très belles aurait aussi pu être distinguée pour ses indéniables qualités formelles : ses cadres, ses lumières et l’incroyable force de ses longs plans-séquences qui, à deux ou trois reprises, laissent le spectateur pantelant.


 video-xuvtr4.jpg

 

 

Cristian Mungiu l’a beaucoup répété : son film ne vise pas à juger, il interroge la société roumaine. Il ne cherche pas à mettre en cause, mais tente de comprendre, derrière ce qu’il appelle « le péché d’indifférence »,  sur quels fondements repose encore, ou ne repose plus, une communauté humaine. 

C’est par la somme de ses détails accumulés que ce long métrage révèle son vrai projet : cerner cet indicible autour duquel s’articulent le bien et le mal.

www.lacroix.com

         

 

 

 

Voir les commentaires

Ne pas regarder...!! peut heurter ceux qui errent...

28 Novembre 2012, 02:57am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

Voir les commentaires

Croire: un acte personnel & communautaire (II)

27 Novembre 2012, 02:58am

Publié par Fr Greg.

 

Goldau_1841.jpg

 

 

Au commencement de l’aventure chrétienne, lorsque l’Esprit Saint descend avec puissance sur les disciples, au premier jour de la Pentecôte, comme le rapportent els Actes des Apôtres (cf. 2,1-13), l’Eglise naissante reçoit la force d’accomplir la mission qui lui a été confiée par le Seigneur ressuscité : répandre l’Evangile aux quatre coins du monde, la bonne nouvelle du Règne de Dieu, et ainsi conduire l’homme à la rencontre avec lui, à la foi qui sauve. Les Apôtres surmontent toute peur de proclamer ce qu’ils avaient entendu, vu, ce dont ils avaient fait l’expérience en personne avec Jésus. Par la puissance de l’Esprit-Saint, ils commencent à parer des langues nouvelles, en annonçant ouvertement le mystère dont ils ont été témoins. Dans les Actes des Apôtres, on rapporte ensuite le grand discours que Pierre prononce justement le jour de la Pentecôte. Il part d’un passage du prophète Joël (3,1-5), en rattachant à Jésus, et en proclamant le noyau central de la foi chrétienne : celui qui avait fait du bien à tous, qui avait été accrédité par Dieu, par des prodiges et de grands signes, a été cloué sur la croix et tué, mais Dieu l’a ressuscité des morts, le faisant Christ et Seigneur.

 

Avec lui, nous sommes entrés dans le salut définitif annoncé par les prophètes et qui invoquera son nom sera sauvé (cf. Ac 2,17-24). Beaucoup se sentent interpellés personnellement par ces paroles de Pierre, ils se repentent de leurs péchés et ils se font baptiser et reçoivent le don de l’Esprit Saint (cf. Ac 2, 37-41). C’est ainsi que commence le chemin de l’Eglise, communauté qui porte cette annonce dans le temps et dans l’espace, communauté que le Peuple de Dieu fondé sur la nouvelle alliance grâce au sang du Christ et dont les membres n’appartiennent pas à un groupe social ou ethnique particulier, mais sont des hommes et des femmes venus de toute nation et culture. C’est un peuple « catholique » qui parle des langues nouvelles, universellement ouvert pour accueillir chacun, au-delà des frontières, en abattant toutes les barrières. Saint Paul dit : « Il n’y a plus de grec n de Juif, ni circoncision ni incirconcision, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni homme libre, mais le Christ qui est tout en tous » (Col 3,11).


Donc l’Eglise dès le début, est le lieu de la foi, le lieu de la transmission de la foi, et lieu où, par le baptême, on est plongé dans le Mystère pascal de la mort et de la résurrection du Christ, qui nous libère de la prison du péché, nous donne la liberté des fils et qui nous introduit dans la communion du Dieu trinitaire. En même temps, nous sommes plongés dans la communion avec les autres frères et sœurs dans la foi, avec tout le Corps du Christ, tirés de notre isolement. Le Concile œcuménique Vatican II le rappelle : « Cependant le bon vouloir de Dieu a été que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel ; il a voulu en faire un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté » (Const. dogm. Lumen gentium, 9).


En rappelant encore la liturgie du baptême, nous notons qu’en conclusion des promesses où nous exprimons le renoncement au mal et où nous répétons « credo », aux vérités de la foi, le célébrant déclare : « Voilà notre foi, voilà la foi de l’Eglise et nous nous glorifions de la professer dans le Christ Jésus notre Seigneur ». La foi est une vertu théologale, donnée par Dieu, mais transmise par l’Eglise au long de l’histoire. Saint Paul lui-même, écrivant aux Corinthiens, affirme leur avoir communiqué l’Evangile qu’il avait à son tour reçu lui aussi (cf. 1 Co 15, 3).


Il y a une chaîne ininterrompue de la vie de l’Eglise, de l’annonce de la Parole de Dieu, de la célébration des sacrements, qui arrive jusqu’à nous et que nous appelons la Tradition. Elle nous donne la garantie que ce en quoi nous croyons est le message original du Christ, prêché par les Apôtres. Le noyau de l’annonce primordiale est l’événement de la mort et de la résurrection du Seigneur, d’où jaillit tout le patrimoine de la foi. Le Concile dit : « La prédication apostolique, qui se trouve spécialement exprimée dans les livres inspirés, devait être conservée par une succession ininterrompue jusqu’à la consommation des temps » (Const. dogm. Dei Verbum, 8).


De cette façon, si l’Ecriture sainte contient la Parole de Dieu, la Tradition de l’Eglise la conserve et la transmet fidèlement, afin que les hommes de chaque époque puissent accéder à ses immenses ressources et s’enrichir de ses trésors de grâce. Ainsi, l’Eglise « perpétue dans sa doctrine, sa vie et son culte et elle transmet à chaque génération, tout ce qu’elle est elle-même, tout ce qu’elle croit » (ibidem).


Enfin, je voudrais souligner que c’est dans la communauté ecclésiale que la foi personnelle croît et mûrit. Il est intéressant d’observer comment dans le Nouveau testament la parole « saints » désigne les chrétiens dans leur ensemble et tous n’avaient certainement pas les qualités pour être déclarés saints par l’Eglise. Qu’est-ce que l’on voulait donc indiquer par ce terme ? Le fait que ceux qui avaient la foi dans le Christ ressuscité et en vivaient, étaient appelés à devenir un point de référence pour tous les autres, en les mettant ainsi en contact avec la personne et avec le message de Jésus, qui révèle le visage du Dieu vivant. Et cela vaut aussi pour nous : un chrétien qui se laisse guider et modeler peu à peu par la foi de l’Eglise, en dépit de ses faiblesses, de ses limites, et de ses difficultés, devient comme une fenêtre ouverte à la lumière du Dieu vivant, qui reçoit cette lumière et la transmet au monde. Le bienheureux Jean-Paul II affirmait dans l’encyclique Redemptoris missio que « la mission renouvelle l’Eglise, fortifie la foi et l’identité chrétienne, donne un nouvel enthousiasme et des motivations nouvelles. La foi se fortifie si on la donne ! » (n. 2).

 

La tendance, aujourd’hui répandue, à reléguer la foi dans la sphère du privé contredit donc sa nature même. Nous avons besoin de l’Eglise pour avoir la confirmation de notre foi et pour faire l’expérience des dons de Dieu : sa Parole, les sacrements, le soutien de la grâce, et le témoignage de l’amour. Ainsi, dans le « nous » de l’Eglise, notre « je » pourra se percevoir à la fois comme le destinataire et le protagoniste d’un événement qui le dépasse : l’expérience de la communion avec Dieu, qui fonde la communion entre les hommes. Dans un monde où l’individualisme semble régler les rapports entre les personnes, en les rendant toujours plus fragiles, la foi nous appelle à être Peuple de Dieu, à être Eglise, porteurs de l’amour et de la communion de Dieu pour tout le genre humain (cf. Const. past. Gaudium et spes, 1). 

Benoit XVI

© Libreria Editrice Vaticana

Voir les commentaires

Croire: un acte personnel & communautaire

26 Novembre 2012, 03:59am

Publié par Fr Greg.

The_Church_at_Lormes_ca_1842.jpg

 

 

La foi est un don, parce que c’est Dieu qui prend l’initiative et qui vient à notre rencontre ; et ainsi la foi est une réponse par laquelle nous l’accueillons comme le fondement stable de notre vie. C’est un don qui transforme l’existence, parce qu’il nous fait entrer dans la vision de Jésus, qui agit en nous et nous ouvre à l’amour de Dieu pour les autres.

 

Aujourd’hui, je voudrais faire un pas de plus dans notre réflexion, en partant encore une fois de certaines questions : la foi a-t-elle un caractère seulement personnel, individuel ? Est-ce que je vis ma foi tout seul ? Certes, l’acte de foi est un acte éminemment personnel qui advient au plus profond du cœur et qui marque un changement de direction, une conversion personnelle : c’est mon existence qui reçoit un tour, une orientation nouvelle.

 

Dans la liturgie du baptême, au moment des promesses, le célébrant demande de manifester la foi catholique et formule trois questions : Croyez-vous en Dieu le Père tout–puissant ? Croyez-vous en Jésus-Christ son Fils unique ? Croyez-vous en l’Esprit Saint ? Autrefois, ces questions étaient adressées personnellement à celui qui devait recevoir le baptême, avant qu’il ne se plonge par trois fois dans l’eau. Et aujourd’hui encore la réponse est au singulier : « Credo ».

 

Mais ma foi n’est pas le résultat de ma réflexion solitaire, ce n’est pas le projet de ma pensée, mais c’est le fruit d’une relation, d’un dialogue, dans lequel il y a une écoute, une réception et une réponse ; c’est la communication avec Jésus qui me fait sortir de mon « moi » enfermé sur lui-même pour m’ouvrir à l’amour de Dieu le Père.

 

C’est comme une renaissance dans laquelle je me découvre uni non seulement à Jésus, mais aussi à tous ceux qui ont marché et qui marchent sur la même route ; et c’est cette nouvelle naissance, qui commence avec le baptême, continue tout au long de l’existence. Je ne peux pas construire ma foi personnelle dans un dialogue privé avec Jésus, parce que la foi m’est donnée par Dieu à travers une communauté croyante qui est l’Eglise et je m’insère ainsi dans la multitude des croyants dans une communion qui n’est pas seulement sociologique mais enracinée dans l’éternel amour de Dieu, qui en lui-même est communion du Père, du Fils et du Saint-Esprit, est Amour trinitaire. Notre foi n’est vraiment personnelle que si elle est aussi communautaire : elle ne peut être ma foi que si elle vit et se meut dans le « nous » de l’Eglise, seulement si c’est notre foi, la foi commune de l’unique Eglise.

 

Le dimanche, à la messe, en récitant le « Credo », nous nous exprimons à la première personne, mais nous confessons communautairement l’unique foi de l’Eglise. Ce « Credo » prononcé de façon individuelle nous unit à celui d’un choeur immense dans le temps et dans l’espace, dans lequel chacun contribue, pour ainsi dire, à une concorde polyphonique de la foi. Le Catéchisme de l’Eglise catholique l’exprime de façon claire en ces termes: « " Croire " est un acte ecclésial. La foi de l’Église précède, engendre, porte et nourrit notre foi. L’Église est la mère de tous les croyants. " Nul ne peut avoir Dieu pour Père qui n’a pas l’Église pour mère " (S. Cyprien, unit. eccl. : PL 4, 503A) » (n. 181). La foi naît donc dans l’Eglise, conduit à elle, et vit en elle. C’est important de le rappeler.

 

 

Benoit XVI

© Libreria Editrice Vaticana

Voir les commentaires

Jésus,témoin fidèle et vrai face au règne de l’opinion !

25 Novembre 2012, 02:43am

Publié par Fr Greg.

 

 

bosch-hieronymus-christ-crowned-with-thorns

 

 « C’est pour cela que je suis né et c’est pour cela que je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité ; quiconque est de la vérité écoute ma voix » (Jn 18, 37).

 

En interrogeant « es-tu le roi des Juifs ? » Pilate suis l’opinion du lobby de son temps: celui des  grands prêtres! Voilà le pouvoir, ou les calculs politiques et l'opinion dominante mesurent le réel! Voilà la tentation et la corruption propre de ceux qui gouvernent : la seule ambition de devenir quelqu’un les réduits souvent à être esclaves d'un pouvoir qui les domine: ils passent leur temps à éviter les coups, à tâter le pouls de l'opinion et se construire une image... jusqu'a mesurer l'autre, qui devient nécessairement un accusé puisqu'il n'entre pas dans leur opinion érigé en mesure!

 

D’où l’interrogation de Jésus, qui veut remettre Pilate devant la vérité de son jugement, dans un contact immédiat avec le réel : « dis-tu cela de toi-même ?» autrement dit : « me connais-tu par expérience? Est-ce ton expérience qui te fait dire cela, ou bien, juges-tu selon ce qu’on t’a dit, donc selon des opinions que tu as décidé d'ériger en mesure? »

 

Jésus remet Pilate devant son expérience: c’est la première miséricorde. Face à la tentation du pouvoir qui nous touche à chaque fois que l'on décide de dominer le réel au nom de ses idées, de mesurer un autre, on ne se corrige qu'en se remettant face au réel qui toujours nous dépasse; c’est cela, pour nous, être témoin de la vérité : accepter d’être mesuré par la réalité qui s’impose: depuis la matière jusque toute réalité sensible,  je n'ai pas fait la réalité! Je ne peux donc prétendre à la dominer au nom des mes idées, aussi spirituelles qu'elles puissent être! C'est la tentation démoniaque par excellence, celle du contemplatif et du spirituel, qui préfère l'immanence de sa pensée -très spirituelle- au réel existant, sensible, imparfait et sujet au changement.

 

Se faire mendiant, bruler ses schèmes préconcues et non assener son opinion, son idée de ce qu’on croit être le réel, en s'opposant dialectiquement à une autre opinion ! En cela, tout homme qui se met à juger son frère, à s’en faire la mesure, se replie sur lui-même et meurt dans son intelligence ! Il se rend incapable d’être attiré par une nouvelle lumière ! Celui qui ne cherche plus la vérité en la mendiant constamment à partir de son expérience, n'est témoin que de son désir de tout dominer! C'est pour cela qu'on peut définir la personne humaine comme celle qui cherche la vérité! (cf. Fides & Ratio n°28.)

 

Face à ce pouvoir que l'on s'octroit au nom de notre opinion érigé en mesure, Jésus interroge ! L’autorité du Christ, c’est celle qui nous rend mendiant et pauvre : il nous met face à ce qui nous dépasse et nous oblige à interroger: « Qu’est-ce que la vérité ? » En cela le croyant ne peut-être témoin de la vérité et ne pas prétendre à l'affirmer que si il la cherche toujours ! Dès qu’il se fait une opinion sur ce qui doit être fait, souvent par souci d’efficacité et d’application de ses schèmes religieux, il se pose en mesure et devient le pire des tyrans : un pharisien !

 

Jésus répond à Pilateà la croix: c'est là qu'il révèle la vérité: il est le secret du Père, qui donne tout pour tout recevoir! En cela il exerce son autorité : se faisant Agneau, il proclame que nous recevons tout d'en haut; Il est celui qui nous dépouille de tous les opinions que l’on s’est fait de nous-même et de nos frères en nous révélant qui on est pour Lui et nous communiquant tout ce qu'il vit. En se dépouillant de tout pouvoir sur nous, il nous révèle la place que l’on a pour lui. Son autorité est celle qui a pouvoir d’ouvrir les portes du Royaume, les secrets de son coeur à ceux qui sont perdus, qui n’ont que des misères et des pauvretés humaines à offrir.

 

Et, si nous confessons le Christ, Roi de l'Univers, c’est parce que cette seigneurie nous est donnée. Et elle nous est donnée pour en user !! Aussi, notre cœur est-il tourmenté de faire entrer les perdus de la terre dans le Royaume ? En leur révelant que tout leur donné, que le Christ à tout donné pour eux, que Jésus leur donne de vivre en Fils immédiatement...

 

Cette question nous est posée comme à Caïn: "Qu'as-tu fait de ton frère ?" Exercer cette Seigneurie, n’est-ce pas chercher à faire entrer dans les secrets de Jésus ? Ceux en lesquels il n’y a humainement plus rien à espérer ? Voilà notre ‘pouvoir’ sur les autres hommes. Mais, y sommes-nous entrés nous-même? Avons-nous brulés toutes opinions, toutes images, tout jugement pour se laisser emparer par le don actuel de Jésus Agneau? En acceptant que notre place soit celle du pauvre qui reçoit tout, en brulant et refusant le règne de l'opinion, nous avons autorité pour donner Jésus, secret caché du Père.

 

Fr Grégoire.

©Quecherchezvous.fr

 

 

Voir les commentaires

Le suivre, ou... se faire suivre ! (III)

24 Novembre 2012, 02:46am

Publié par Fr Greg.

 

360 

 

Notre vocation, c'est Dieu, c'est le Ciel. « Notre péché nous fait quitter le chemin du Ciel. Au lieu d'aller vers Dieu "droit comme un boulet de canon" (Saint François de Sales), le péché incurve notre trajectoire et nous fait retomber lamentablement sur la terre comme un geyser impuissant ».

 

 « Dieu restaure plus admi­rablement qu'il ne crée »

Le Père de Foucauld, dont la vie ne fut pas un long fleuve tranquille, peut témoigner : « non, les fautes passées ne m'effraient pas... les hommes ne pardonnent pas parce qu'ils ne peuvent rendre la pureté perdue ; Dieu pardonne parce qu'il efface jusqu'aux souillures et rend dans sa plénitude la beauté plénière » « nos fautes, loin d'être un obstacle, sont l'occasion d'attirer encore plus son Amour »

 

« Oui, osons nous exposer au soleil divin pour attirer son amour. N'en restons pas à des généralités sur nos humeurs, notre caractère — Exposons nos chutes réelles pour que la grâce vienne nous soigner, là où nous en avons besoin. Un médecin ne peut soigner qu'une plaie qui lui est montrée ». « Si le malade rougit de découvrir sa plaie au médecin, la médecine ne soigne pas ce qu'elle ignore » (St Jérôme). « Le Seigneur veut la vérité au fond de notre cœur ».

 « Le Bon Dieu sait toutes choses. D'avance, il sait qu'après vous être confessé, vous pécherez de nouveau et cependant, il vous pardonne. Quel amour que celui de notre Dieu qui va jusqu'à oublier volontai­rement l'avenir pour vous pardonner » Jean-Marie Vianney Curé d'Ars. Sa pensée, son cœur 2009 Ed. Cerf.

 « C'est par la persévérance de notre confiance en l'Amour Divin, de notre espérance en sa miséricorde inépuisable, de notre amour que seul le Seigneur cannait car il sonde le fond de notre cœur, que Lui pourra triompher de tous les obstacles sur lesquels nous butons même si apparemment rien ne semble changer  Accueillons la grâce du sacrement avec une attitude théologale, luttons sans nous avouer vaincus, car le Seigneur a vaincu pour nous sur la croix. Il attend seulement notre abandon confiant à son œuvre de grâce ».

 

Guillaume de Menthière, o.p, Sens du Péché et du Pardon.

Voir les commentaires

Le suivre, ou se faire suivre... (II)

23 Novembre 2012, 02:47am

Publié par Fr Greg.

 

flickr-3383482427-original.jpg

 

 

 « On nous a habitués à regarder nos ténèbres, notre laideur et pas le soleil purifiant, lumière de lumière qu'il est, Lui, et qui change en or la poussière que nous sommes. Nous pensons à nous examiner et nous ne pensons pas à nous plonger, avec toutes nos misères, dans la fournaise consumante et transformante de son cœur que nous ouvre un seul acte d'humble confiance » Père d'Elbée .

Et cette Miséricorde comme ce pardon de Dieu sont infinis, sans aucune limite. « Avec Jésus, s'ouvre le temps du pardon infini et inlassable » :

Au brave Simon Pierre qui croit avoir fait un effort considé­rable en proposant de pardonner jusqu'à 7 fois, Jésus répond jusqu'à 77 fois" — « À ce goutte à goutte de la pitié, (proposé par Pierre) le Seigneur oppose le flot impétueux de la grâce ».


De même dans la parabole du débiteur impitoyable : on voit celui qui vient de se faire remettre une dette de 60 millions de pièces d'argent refuser de faire crédit à celui qui lui en doit cent. « Quelle disproportion, Quel abîme entre ce que Dieu donne et ce qu'il nous demande ».


 « Le péché n'est pas une question morale de conformité aux préceptes, mais plutôt une question de destinée divine. En hébreu, étymologi­quement, pécher c'est manquer l'objectif... le pécheur est celui qui se détourne de sa fin, qui manque le but de son existence, qui ne répond pas à sa vocation humaine ».

 

Guillaume de Menthière, o.p, Sens du Péché et du Pardon.

Voir les commentaires

Le suivre, ou... se faire suivre !

22 Novembre 2012, 02:48am

Publié par Fr Greg.

« Si j'avais commis tous les crimes possibles j'aurais toujours la même confiance. Je sens que toute cette multitude d'offenses serait comme une goutte d'eau jetée dans un brasier ardent! »  

Ste Thérèse de l'Enfant Jésus

 

shining460.gif

 

Nous ne nous confessons plus et nous n'en finissons plus de la mise en place du soutien psychologique « quand on ne suit plus le Christ, le besoin se fait vite sentir de "se faire suivre".., sans le pardon libérateur, c'est la cellule psychologique ».


La prière du Notre Père ne demande pas d'éviter le péché mais de pardonner les offenses. « Car, à tout prendre, mieux vaut pécher mais savoir demander et recevoir le pardon que d'être impeccable, mais allergique au Pardon »:

 « Ma fille, ma délectation et ma prédilection, rien ne m'empê­chera de t'accorder des grâces. Ta misère ne gêne en rien ma miséri­corde — Ma fille, écris que plus grande est ta misère, plus elle a droit à ma miséricorde et incite toutes les âmes à la confiance en l'incon­cevable abîme de ma miséricorde car je désire les sauver toutes. La source de ma miséricorde a été largement ouverte par la lance sur la croix pour toutes les âmes. je n'ai exclu personne ». (à Ste Faustine)


 « Dieu n'est qu'Amour et miséricorde » s'écriait la petite Thérèse. « Il faut apprendre à son école qui est celle de l'Évangile, dont elle se nour­rissait si continuellement, à accueillir notre misère de pécheurs, non comme un obstacle à l'Alliance, mais bien plutôt comme une chance laissée à la miséricorde divine pour qu'elle s'engouffre en nous et trans­forme en vive flamme d'amour les "petits riens" que nous sommes. »

 

Guillaume de Menthière, o.p, Sens du Péché et du Pardon.

 

Voir les commentaires

Marie, secret du Père pour nous...

21 Novembre 2012, 02:52am

Publié par Fr Greg.

 fra-angelico.jpg

 

« La seule manière d'éviter toute peur, toute crainte, toute angoisse humaine, c'est justement de ne s'appuyer  que sur la miséricorde de Dieu. C'est répondre à la miséricorde prévenante par un geste d'abandon plénier. Jamais nous ne serons assez prudents, assez juste. Si nous restons uniquement dans un état de retour sur nous-mêmes, il y aura toujours place pour l'angoisse, la peur qui paralyse et empêche d'aller de l'avant. Ce qui manque alors, c'est la réponse divine dans l'abandon. » 

 

 « Cela, nous le savons spéculativement; mais pratiquement, vivons-nous comme si seule la miséricorde du Père comptait pour nous? Est-ce que nous comptons pas encore sur la force de nos poignets, de nos vertus? Sur une certaine grandeur d'âme? Sur une certaine noblesse?  Si nous y comptons encore, demandons à Marie de nous donner la force de tuer 'l’Égyptien' et de l'enfouir dans le sable, pour pouvoir, avec elle vivre de cette attitude que nous demande Jésus dans l’Évangile  vivre uniquement comme des petites fleurs des champs dans un abandon foncier, entier, total, sans aucune récrimination de justice, sans aucun appel vis-à-vis des grandeurs humaines, sans aucun désirs d’apparaître, de se montrer, d'être compris.» 

Marie-Dominique Philippe. Trois mystères de miséricorde. P62-64.

Voir les commentaires

Que dois-faire le baptisé...

20 Novembre 2012, 01:13am

Publié par Fr Greg.

edouard-manet-la-serveuse-de-bocks.jpg

 

«  Avant d'aider le prêtre dans son église, de prendre part au conseil pastoral, de faire partie d'une équipe liturgique, ou de gérer les finances de la paroisse, ils doivent être présents à leur famille, à leurs collègues de travail, à leurs amis, et marcher à la recherche des hommes privés de la grâce baptismale. Comme le levain dans la pâte, ils sont appelés à faire lever les âmes à moitié mortes, gisant dans le paganisme, faute d'oxygène céleste. Aujourd'hui face à la raréfaction des prêtres, le danger de cléricaliser les baptisés et de les faire vivre dans le temple est grand au nom du partage des responsabilités et du soutien dont les prêtres ont effectivement besoin. Ne tombons pas dans ce piège. Que chacun reste bien à sa place, si l'on veut que la foi atteigne le cœur humain, car le prêtre ne peut pas entrer dans tous les milieux, il n'est pas accepté partout, il ne peut pas être présent sur tous les fronts. En ce moment, en matière d'évangélisation, il n'y a pas de temps à perdre! Le passe-partout de la foi, c'est l'homme baptisé qui, l'air de rien, en aimant comme il respire, provoque le regard, suscite un questionnement, emporte vers plus haut celui qui vivait en bas. »

 

JRC - Encore faut-il que le baptisé soit bien préparé à cette mission…

 

MMZS - En effet. Cependant, précisons que cette préparation ne se confond pas avec un savoir à acquérir. La vraie préparation à la transmission de la foi suppose - pardonnez-moi ce pléonasme - de croire fermement dans le Credo, c'est-à-dire, d'y adhérer avec ses viscères, en un mot, d'avoir la foi ! Foi dans la présence actuelle de Jésus et de Marie dans la gloire - et en nous, et près de nous. Et si quelques aspects du mystère chrétien demeuraient flous, il suffirait d'aller voir un prêtre pour qu'il éclaire l'intelligence, ou d'ouvrir le Catéchisme de l'Eglise catholique, mais point n'est besoin d'un doctorat en théologie pour saisir l'essentiel du christianisme ! La foi, la foi, la foi ! Enracinée dans la prière quotidienne, fortifiée par la réception la plus fréquente possible de la sainte Eucharistie. Et sous la houlette de la sainte Vierge priée tous les jours, vous allez voir si le chrétien ne devient pas un apôtre et si sa parole ne chamboule pas ceux qui le voient vivre et l'entendent !

 

Michel Marie Zannoti Sorkine, Homme et prêtre p. 195 

Voir les commentaires

Vatican II, l'Eglise et la dernière semaine (II)

19 Novembre 2012, 02:12am

Publié par Fr Greg.

9-ecce-homo-georges-rouault-museus-do-vaticano1-copie-1.jpg

 

 

Si les événements passent devant, cela ne veut pas dire qu’il faille tomber dans le désespoir. La dernière semaine est la grande semaine où Jésus devient source de salut. L’Église, d’une façon communautaire, doit devenir cette source de salut dans le Christ, avec Marie. Il doit éclore en elle de petites communautés qui soient des oasis de lumière, d’amour, de charité, en union avec le mystère de la Compassion. C’est le mystère de la Compassion qui doit être vécu dans l’Église. Tout foyer chrétien doit être une oasis dans un monde qui se matérialise et qui ne sait plus où il va. Le monde d’aujourd’hui ne sait plus où il va, personne ne le conduit plus, il est livré à l’anonymat, à la rivalité. Les grands banquiers disent : « C’est nous qui gouvernons le monde », et c’est vrai. Les grands savants disent la même chose, et les hommes politiques aussi. C’est vrai des trois, et en même temps ce n’est vrai d’aucun d’entre eux. Il y a des alliances qui se font (on ne sait pas trop comment) : alliance avec l’argent, alliance avec la technique et l’efficacité, avec la science, avec le prestige. C’est très curieux, ce faux équilibre dans lequel nous vivons, cette fausse paix. Dans la guerre de 1939-45, il y a eu un moment qu’on a appelé « la guerre des nerfs ». Nous vivons aujourd’hui une sorte d’équilibre des nerfs. L’épée de Damoclès est là, et à chaque instant elle peut dégringoler sur notre tête. Nous vivons très profondément cela, et nous sentons que cela peut durer même si, en même temps, nous ne comprenons pas bien comment cela dure : cela dure sans que personne ne veuille que cela dure. Aujourd’hui, les requins sont fameux, et ils ont la dent dure, et ils mordront, parce qu’ils ne sont pas baptisés dans le sang du Christ. Ils veulent dominer et ils le font bien, à leur manière.

 

Si nous vivons la dernière semaine telle que saint Jean la montre, il est très important de revenir à saint Jean. N’est-il pas le seul qui nous permette d’avoir cette intelligence ultime des temps apocalyptiques que nous vivons ? L’Église a toujours vécu l’Apocalypse, mais dans la dernière semaine elle la vivra d’une manière très particulière. Il faut bien comprendre, dans l’Apocalypse, le sixième sceau et la sixième trompette (cf. Ap 6 et 9) ; car quand l’Église vivra la dernière semaine, ce sera sous le signe du sixième sceau et de la sixième trompette, et le mystère de Marie sera alors une source souterraine.

 

L’Esprit Saint est toujours caché, il fait (si j’ose dire) un travail de taupe, et Marie aussi est cachée. C’est un travail merveilleux que celui de l’Esprit Saint ; il est à l’œuvre aujourd’hui d’une manière étonnante, mais très cachée. C’est le grand mystère de la dernière semaine. Dans cette dernière semaine, la joie comme les luttes sont présentes. Ne disons pas que tout ce qui a été auparavant disparaît. Non, c’est l’œuvre de l’Esprit Saint, et donc tous les mystères de joie sont présents. C’est dans la dernière semaine que Jésus a connu dans son cœur les plus grandes joies, et c’est dans la dernière semaine qu’il a connu la plus grande lutte. Tous les mystères de joie et tous les mystères de lutte sont présents ; ils sont présents selon un mode nouveau, particulier, celui de l’Agneau qui accepte d’être conduit à l’abattoir (cf. Is 53, 7 ; Jr 11, 19), de mourir pour sauver les hommes.

 

M.-D. PhilippeSuivre l’Agneau, tome III, p. 10-12.

© Médiaspaul éditions

Voir les commentaires

Vatican II, l'Eglise et la dernière semaine

18 Novembre 2012, 02:11am

Publié par Fr Greg.

 

Moonlight A Study at Millbank 1797

 

 

Il est essentiel pour le chrétien, à qui le Christ demande: "Pourquoi ne savez-vous pas voir les temps où nous sommes?" de s'interroger sur la signification des événements et des enjeux contemporains.

 

 

L’Église est envoyée par le Christ, elle doit donc vivre le même mystère que lui. Elle le vivra d’une manière différente, puisque ce sera dans la communauté ; pour le Christ, c’est personnel, mais pour nous c’est en communauté : c’est le propre de l’Église, de vivre le mystère du Christ dans la charité fraternelle.

 

Si nous devons vivre le même mystère que Jésus, il est normal que le pèlerinage de l’Église (si nous voulons bien le comprendre) soit ponctué comme la vie apostolique de Jésus. L’Église, de fait, a vécu des mystères de joie : les prémices de la jeune Église. Elle a vécu de grands mystères de lutte, comme en témoignent les anathèmes prononcés par les conciles. Les grandes luttes entraînent nécessairement un jugement, un discernement qui va très loin, où certains sont déclarés exclus de l’Église. Enfin, nous pouvons nous demander si avec le concile Vatican II, nous n’entrons pas dans la dernière semaine. Cette dernière semaine (puisque c’est une semaine de Dieu) peut durer quelques siècles, mais elle peut aussi aller très vite. Nous n’en savons rien, et c’est très bien : nous n’avons qu’à nous en remettre au discernement du Saint-Esprit.

 

Ce qui est sûr, c’est que le concile Vatican II, en décidant de ne condamner personne, nous fait entrer d’une manière toute nouvelle dans le mystère de la charité fraternelle. C’est l’Église qui se met sur la Croix, qui accepte de vivre le mystère de l’Agonie, c’est l’Église qui accepte d’être le grain de blé qui tombe en terre et qui meurt pour sauver l’humanité d’aujourd’hui. Pour comprendre l’Église, il faut toujours la regarder à travers ceux qui vivent le plus intensément le mystère de Jésus. Il faut regarder les grands saints que Dieu met auprès de nous : ils vivent bien le mystère du grain de blé qui tombe en terre et qui meurt pour le mystère de la fécondité. Ils le vivent plus que jamais, et c’est pour nous comme un signe très net de ce que nous devons vivre. Les saints sont bien ce mystère de renouveau dans la dernière semaine, quand Jésus, pour devenir la source du salut, accepte que les événements passent devant. La dernière semaine, pour nous, c’est l’Église qui laisse les événements passer devant. C’est vrai : l’Église n’est plus à la tête de la culture, elle ne vit plus un triomphe. Les événements passent devant, la culture moderne n’est plus une culture chrétienne. L’Église aujourd’hui ne peut plus dire grand-chose en politique. Il suffit de voir, quand le Saint-Père dit quelque chose, comment c’est reçu…

 

M.-D. PhilippeSuivre l’Agneau, tome III, p. 10-12.

© Médiaspaul éditions

 

Voir les commentaires

Trop de pureté épuise....

17 Novembre 2012, 01:19am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

450px-Macke_Russisches_Ballett_1.jpg

 

 

« Comme je suis contente que Dieu ne soit pas un Saint ! Si un Saint avait créé le monde, il aurait créé la colombe, il n’aurait pas créé le serpent. Il aurait créé la colombe ?…Il n’aurait pas créé « mâle et femelle », il n’aurait pas osé créer l’Amour, il n’aurait pas osé créer le Printemps qui trouble toute chair au monde.

 

Et toutes les fleurs auraient été blanches. Dieu soit loué ! Dieu en a fait de toutes les couleurs. Dieu n’est pas un Saint. Dans son œuvre hardie, Il ne s’est pas soucié des disciples et de l’édification des Saints et s’Il était homme au lieu d’être Dieu, Il aurait encouru la censure des Saints…j’entends Bossuet: "Otez ce parfum qui damne, ôtez cette fleur..."

 

Pourtant, Vous êtes Saint, ô mon Dieu,  Saint qui sanctifiez le Saint, mais Vous êtes aussi Créateur qui fécondez l'artiste. Autre est la grâce de l'artiste, autre la grâce du saint et pourtant elles sont la même: le don de Vous, Ô mon Dieu, de vous si grand, que partent de Vous et mènent à Vous ces voies de sainteté et de beauté qui, semble-t-il, s'opposent. Et c'est votre grandeur qui me rassure et m'empèeche de trembler quand les saints me troublent en réduisant tous les chemins à une seule route. Ne crains pas. Sois parfaite de ton mieux, ô mon âme; non comme tel ou tel homme est parfait, mais comme toi-même dois l'être, selon toi-même.

Toutes les perfections sont en Dieu : la leur, la tienne. Monte par le chemin à toi, monte ! 

  Marie-Noël. Notes Intimes.

Voir les commentaires

Comme un fou qui ne sait rien, il garde le silence...

15 Novembre 2012, 01:08am

Publié par Fr Greg.

rembrandt-tete-du-christ 

 

Notre Seigneur n'a pas été comparé à un lion quand il a été conduit à la mort... Comme un agneau, une brebis, il gardait le silence quand il a été conduit à sa Passion et à la mort : « Il se taisait comme une brebis devant le tondeur. Il n'a pas ouvert la bouche » dans son humiliation (Is 53,7)...


       Debout devant le juge et interrogé, lui, le Maître et docteur de toute sagesse, ne répond pas..., afin d'accomplir cette parole : « Il a été conduit à l'abattoir comme un agneau » (Is 53,7). Ils le guident, le conduisent d'un lieu à un autre, le mènent d'un endroit à un autre, le traînant d'un juge à un autre comme s'il était muet.


Devant Anne, il se tait (Jn 18,13) ; jusqu'à ce que celui-ci l'ait adjuré, il ne parle pas. Interrogé par Pilate, il garde le silence ; et jusqu'à ce qu'il ait entendu sa question : « Es-tu le roi des Juifs ? » (Jn 18,33)... il ne répond pas. Ils l'ont conduit alors à Hérode qui l'a interrogé pour voir et entendre de sa bouche des choses extraordinaires et pour le tenter (Lc 23,8s) : là encore, il a gardé le silence, n'a pas parlé, n'a pas répondu à son interrogateur.


On le regardait comme un fou qui ne sait rien, comme un insensé qui n'a pas de réponse. Ses ennemis ont pensé ce qu'ils ont voulu, mais lui n'a pas abandonné l'innocence de l'agneau.

 

Philoxène de Mabboug, Evèque de Syrie.

Voir les commentaires

Il est urgent de se mobiliser !

14 Novembre 2012, 01:12am

Publié par Fr Greg.

Lettre au Pape Benoît XVI :
SOS pour l’Église d’aujourd’hui

Henri Boulad, s.j.

 

  

Très Saint Père,

J’ose m’adresser directement à vous, car mon cœur saigne de voir l’abîme dans lequel notre Église est en train de sombrer. Vous voudrez bien excuser ma franchise toute filiale, dictée à la fois par « la liberté des enfants de Dieu » à laquelle nous invite saint Paul, et par mon amour passionné pour l’Église. Vous voudrez bien aussi excuser le ton alarmiste de cette lettre, car je crois qu’ « il est moins cinq » et que la situation ne saurait attendre davantage.

Permettez-moi tout d’abord de me présenter. Jésuite égypto-libanais de rite melkite, j’aurai bientôt mes 76 ans. Je suis depuis trois ans recteur du Collège des jésuites au Caire, après avoir assumé les charges suivantes : supérieur des jésuites à Alexandrie, supérieur régional des jésuites d’Egypte, professeur de théologie au Caire, directeur de Caritas-Egypte et vice-président de Caritas Internationalis pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Je connais très bien la hiérarchie catholique d’Egypte pour avoir participé pendant plusieurs années à ses réunions, en tant que Président des Supérieurs religieux d’Instituts en Egypte. J’ai des relations très personnelles avec chacun d’eux, dont certains sont mes anciens élèves. Par ailleurs, je connais personnellement le Pape Chenouda III, que j’avais l’habitude de voir assez régulièrement.

Quant à la hiérarchie catholique d’Europe, j’ai eu l’occasion de rencontrer plusieurs fois personnellement tel ou tel de ses membres, dont le Cardinal Koenig, le Cardinal Schönborn, le Cardinal Martini, le Cardinal Daneels, l’Archevêque Kothgasser, les évêques diocésains Kapellari et Küng, les autres évêques autrichiens, ainsi que des évêques d’autres pays européens. Ces rencontres ont lieu lors de mes tournées annuelles de conférences en Europe : Autriche, Allemagne, Suisse, Hongrie, France, Belgique… Dans ces tournées, je m’adresse à des auditoires très divers, ainsi qu’aux médias (journaux, radios, télévisions…). J’en fais autant en Egypte et au Proche-Orient.

J’ai visité une cinquantaine de pays dans les quatre continents et publié une trentaine d’ouvrages dans une quinzaine de langues, notamment en français, arabe, hongrois et allemand. Parmi mes treize livres dans cette langue, vous avez peut-être lu Gottessöhne, Gottestöchter, que vous a passé votre ami, le P. Erich Fink de Bavière.

Je ne dis pas tout cela pour me vanter, mais pour vous dire simplement que mes propos sont fondés sur une connaissance réelle de l’Église universelle et de sa situation aujourd’hui, en 2007.

J’en viens à l’objet de cette lettre, où j’essaierai d’être le plus bref, le plus clair et le plus objectif possible. Tout d’abord, un certain nombre de constats (la liste est loin d’être exhaustive) :

La pratique religieuse est en déclin contant. Les églises d’Europe et du Canada ne sont plus fréquentées que par un nombre de plus en plus réduit de personnes du 3ème âge, qui disparaîtront bientôt. Il n’y aura plus alors qu’à fermer ces églises, ou à les transformer en musées, en mosquées, en clubs ou en bibliothèques municipales – comme cela se fait déjà. Ce qui me surprend, c’est que beaucoup d’entre elles sont en train d’être entièrement rénovées et modernisées à grand frais dans l’intention d’attirer les fidèles. Mais ce n’est pas cela qui freinera l’exode.

Les séminaires et noviciats se vident au même rythme, et les vocations sont en chute libre. L’avenir est plutôt sombre et l’on se demande qui prendra la relève. De plus en plus de paroisses européennes sont actuellement assumées par des prêtres d’Asie ou d’Afrique.

Beaucoup de prêtres quittent le sacerdoce et le petit nombre de ceux qui l’exercent encore – dont l’âge est souvent au-dessus de celui de la retraite - doivent assurer le service de plusieurs paroisses, de façon expéditive et administrative. Beaucoup parmi ceux-ci, tant en Europe que dans le tiers-monde, vivent en concubinage au vu et su de leurs fidèles, qui souvent les approuvent, et de leur évêque, qui n’en peut mais… vu la pénurie de prêtres.

Le langage de l’Église est désuet, anachronique, ennuyeux, répétitif, moralisant, totalement inadapté à notre époque. Il ne s’agit pas du tout d’aller dans le sens du poil et de faire de la démagogie, car le message de l’Evangile doit être présenté dans toute sa crudité et son exigence. Ce qu’il faudrait plutôt, c’est de procéder à cette « nouvelle évangélisation » à laquelle nous conviait Jean-Paul II. Mais celle-ci, contrairement à ce que beaucoup pensent, ne consiste pas du tout à répéter l’ancienne, qui ne mord plus, mais à innover, inventer un nouveau langage qui redise la foi de façon pertinente et signifiante pour l’homme d’aujourd’hui.

Cela ne pourra se faire que par un renouveau en profondeur de la théologie et de la catéchèse, qui devraient être repensées et reformulées de fond en comble. Un prêtre et religieux allemand rencontré récemment me disait que le mot « mystique » n’était pas mentionné une seule fois dans Le nouveau catéchisme. J’en étais estomaqué. Il faut bien constater que notre foi est très cérébrale, abstraite, dogmatique et parle très peu au cœur et au corps.

Comme conséquence, un grand nombre de chrétiens se tournent vers les religions d’Asie, les sectes, le New-Age, les églises évangéliques, l’occultisme, etc. Comment s’en étonner ? Ils vont chercher ailleurs la nourriture qu’ils ne trouvent pas chez nous, car ils ont l’impression que nous leur donnons des pierres en guise de pain. La foi chrétienne qui, autrefois, conférait un sens à la vie des gens, est pour eux aujourd’hui une énigme, la survivance d’un passé révolu.

Sur le plan moral et éthique, les injonctions du Magistère, répétées à satiété, sur le mariage, la contraception, l’avortement, l’euthanasie, l’homosexualité, le mariage des prêtres, les divorcés remariés, etc. ne touchent plus personne et n’engendrent que lassitude et indifférence. Tous ces problèmes moraux et pastoraux méritent plus que des déclarations péremptoires. Ils ont besoin d’une approche pastorale, sociologique, psychologique, humaine… dans une ligne plus évangélique.

L’Église catholique, qui a été la grande éducatrice de l’Europe pendant des siècles, semble oublier que cette Europe a accédé à la maturité. Notre Europe adulte refuse d’être traitée en mineure. Le style paternaliste d’une Église Mater et Magistra est définitivement périmé et ne colle plus aujourd’hui. Nos chrétiens ont appris à penser par eux-mêmes et ne sont pas prêts à avaler n’importe quoi.

Les nations les plus catholiques d’autrefois – la France, « fille aînée de l’Église »,  ou le Canada français ultra-catholique – ont opéré un retournement à 180° pour verser dans l’athéisme, l’anticléricalisme, l’agnosticisme, l’indifférence. Pour un certain nombre d’autres nations européennes, le processus est en cours. On constate que plus un peuple a été couvé et materné par l’Église dans le passé, plus la réaction contre elle est forte.

Le dialogue avec les autres Églises et les autres religions marque aujourd’hui un recul inquiétant. Les avancées remarquables réalisées depuis un demi-siècle semblent en ce moment compromises.

Face à ce constat plutôt accablant, la réaction de l’Église est double :

-         Elle tend à minimiser la gravité de la situation et à se consoler en constatant un certain renouveau dans son aile la plus traditionnelle, ainsi que dans les pays du tiers-monde.

-         Elle invoque la confiance dans le Seigneur, qui l’a soutenue pendant vingt siècles et sera bien capable de l’aider à dépasser cette nouvelle crise, comme il l’a fait pour les précédentes. N’a-t-elle pas les promesses de la vie éternelle ?...

À cela je réponds :

-         Ce n’est pas en s’arc-boutant sur le passé, en en recueillant les fragments, que l’on résoudra les problèmes d’aujourd’hui et de demain.

-  L’apparente vitalité des Églises du tiers-monde est trompeuse. Selon toute vraisemblance, ces nouvelles Églises passeront tôt ou tard par les mêmes crises qu’a connues la vieille chrétienté européenne.

-         La Modernité est incontournable et c’est pour l’avoir oublié que l’Église est dans une telle crise aujourd’hui. Vatican II, a essayé de rattraper quatre siècles de retard, mais on a l’impression que l’Église est en train de refermer lentement les portes qui se sont ouvertes alors, et tentée de se tourner vers Trente et Vatican I, plutôt que vers Vatican III. Rappelons-nous l’injonction plusieurs fois répétée de Jean-Paul II : « Pas d’alternative à Vatican II ».

-         Jusqu’à quand continuerons-nous à jouer à la politique de l’autruche et à enfouir notre tête dans le sable ? Jusqu’à quand refuserons-nous de regarder les choses en face ? Jusqu’à quand essaierons-nous de sauver à tout prix la façade – une façade qui ne fait illusion à personne aujourd’hui ? Jusqu’à quand continuerons-nous à nous braquer, à nous crisper contre toute critique, au lieu d’y voir une chance vers un renouveau ? Jusqu’à quand continuerons-nous à remettre aux calendes grecques une réforme qui s’impose impérativement et qu’on n’a que trop longtemps remise ?

-         C’est en regardant résolument vers l’avant et non vers l’arrière, que l’Église accomplira sa mission d’être lumière du monde, sel de la terre, levain dans la pâte. Or, ce que nous constatons malheureusement aujourd’hui, c’est que l’Église est à la traîne de notre époque, après avoir été la pionnière du monde pendant des siècles.

-         Je répète ce que je disais au début de cette lettre : « IL EST MOINS CINQ ! » - fünf vor zwölf ! L’Histoire n’attend pas, surtout à notre époque, où le rythme s’emballe et s’accélère.

-         Toute entreprise commerciale qui constate un déficit ou des dysfonctionnements se remet immédiatement en question, réunit des experts, tente de se reprendre, mobilise toutes ses énergies pour dépasser la crise.

-         Pourquoi l’Église n’en fait-elle pas autant ? Pourquoi ne mobilise-t-elle pas toutes ses forces vives pour un radical aggiornamento ? Pourquoi ?

-         Paresse, lâcheté, orgueil, manque d’imagination, de créativité, quiétisme coupable, dans l’espoir que le Seigneur s’arrangera et que l’Église en a connu bien d’autres dans le passé ?...

-         Le Christ, dans l’évangile, nous met en garde : « Les fils des ténèbres sont beaucoup plus habiles dans la gestion de leurs affaires que les fils de lumière… »

ALORS, QUE FAIRE ?... L’Église d’aujourd’hui a un besoin impérieux et urgent d’une TRIPLE REFORME :

2.  Une réforme pastorale pour repenser de fond en comble les structures héritées du passé. (Voir ci-après mes suggestions dans ce domaine.)

3.  Une réforme spirituelle pour revivifier la mystique et repenser les sacrements en vue de leur donner une dimension existentielle, de les articuler à la vie. J’aurais beaucoup à dire là-dessus.

L’Église d’aujourd’hui est trop formelle, trop formaliste. On a l’impression que l’institution étouffe le charisme et que ce qui compte finalement c’est une stabilité tout extérieure, une respectabilité de surface, une certaine façade. Ne risquons-nous pas de nous voir un jour traiter par Jésus de « sépulcres blanchis… » ?

Pour terminer, je suggère la convocation, au niveau de l’Église universelle, d’un synode général auquel participeraient tous les chrétiens – catholiques et autres – pour examiner en toute franchise et clarté les points signalés plus haut et tous ceux qui seraient proposés. Un tel synode, qui durerait trois ans, serait couronné par une assemblée générale – évitons le terme de « concile » - qui rassemblerait les résultats de cette enquête et en tirerait les conclusions.

Je termine, très Saint-Père, en vous demandant de pardonner ma franchise et mon audace et en sollicitant votre paternelle bénédiction. Permettez-moi aussi de vous dire que je vis ces jours-ci en votre compagnie, grâce à votre livre remarquable, Jésus de Nazareth, qui fait l’objet de ma lecture spirituelle et de ma méditation quotidienne.

Sincèrement vôtre dans le Seigneur,

 

P. Henri Boulad, s.j.
henriboulad@yahoo.com 
Collège de la Sainte-Famille
B.P. 73 – Faggala – Le Caire – Egypte
Tel. (00202) 25900411 – 25900892 – Privé : 25883838

Graz, le 18 juillet 2007

 

Voir les commentaires

Espérer contre toute espérance...

13 Novembre 2012, 02:06am

Publié par Fr Greg.

Voir les commentaires

Cette révolte qui sourd en nous... (III)

12 Novembre 2012, 03:47am

Publié par Fr Greg.

enfants_pauvres2-2.jpg

 

 

— Non, je veux souffrir, moi aussi. Continue.

— Encore un petit tableau caractéristique. Je viens de le lire dans les Archives russes ou l’Antiquité russe, je ne sais plus. C’était à l’époque la plus sombre du servage, au début du XIXème siècle. Vive le Tsar libérateur ! Un ancien général, avec de hautes relations, riche propriétaire foncier, vivait dans un de ses domaines dont dépendaient deux mille âmes. C’était un de ces individus (à vrai dire déjà peu nombreux alors) qui, une fois retirés du service, étaient presque convaincus de leur droit de vie et de mort sur leurs serfs. Plein de morgue, il traitait de haut ses modestes voisins, comme s’ils étaient ses parasites et ses bouffons. Il avait une centaine de piqueurs, tous montés, tous en uniformes, et plusieurs centaines de chiens courants. Or, voici qu’un jour, un petit serf de huit ans, qui s’amusait à lancer des pierres, blessa à la patte un de ses chiens favoris. Voyant son chien boiter, le général en demanda la cause. On lui expliqua l’affaire en désignant le coupable. Il fit immédiatement saisir l’enfant, qu’on arracha des bras de sa mère et qui passa la nuit au cachot. Le lendemain, dès l’aube, le général en grand uniforme monte à cheval pour aller à la chasse, entouré de ses parasites, de ses veneurs, de ses chiens, de ses piqueurs. On rassemble toute la domesticité pour faire un exemple et la mère du coupable est amenée, ainsi que le gamin. C’était une matinée d’automne, brumeuse et froide, excellente pour la chasse. Le général ordonne de déshabiller complètement le bambin, ce qui fut fait ; il tremblait, fou de peur, n’osant dire un mot. « Faites-le courir, ordonne le général. — Cours, cours, lui crient les piqueurs. » Le garçon se met à courir. « Taïaut ! » hurle le général, qui lance sur lui toute sa meute. Les chiens mirent l’enfant en pièces sous les yeux de sa mère. Le général, paraît-il, fut mis sous tutelle. Eh bien, que méritait-il ? Fallait-il le fusiller ? Parle, Aliocha.

— Certes ! proféra doucement Aliocha, tout pâle, avec un sourire convulsif.

— Bravo ! s’écria Ivan enchanté ; si tu le dis, toi, c’est que… Voyez-vous l’ascète ! Tu as donc aussi un diablotin dans le cœur, Aliocha Karamazov ?

— J’ai dit une bêtise, mais…

— Oui, mais… Sache, novice, que les bêtises sont nécessaires au monde ; c’est sur elles qu’il est fondé : sans ces bêtises, il ne se passerait rien ici-bas. On sait ce qu’on sait.

— Que sais-tu ?

— Je n’y comprends rien, poursuivit Ivan comme en rêve ; je ne veux rien comprendre maintenant, je m’en tiens aux faits. En essayant de comprendre, j’altère les faits…

— Pourquoi me tourmentes-tu ? fit douloureusement Aliocha. Me le diras-tu, enfin ?

— Certes, je me préparais à te le dire. Tu m’es cher et je ne veux pas t’abandonner à ton Zosime. »

Ivan se tut un instant et son visage s’attrista soudain.

« Écoute, je me suis borné aux enfants pour être plus clair. Je n’ai rien dit des larmes humaines dont la terre est saturée, abrégeant à dessein mon sujet. J’avoue humblement ne pas comprendre la raison de cet état de choses. Les hommes sont seuls coupables : on leur avait donné le paradis ; ils ont convoité la liberté et ravi le feu du ciel, sachant qu’ils seraient malheureux ; ils ne méritent donc aucune pitié. D’après mon pauvre esprit terrestre, je sais seulement que la souffrance existe, qu’il n’y a pas de coupables, que tout s’enchaîne, que tout passe et s’équilibre. Ce sont là sornettes d’Euclide, je le sais, mais je ne puis consentir à vivre en m’appuyant là-dessus. Qu’est-ce que tout cela peut bien me faire ? Ce qu’il me faut, c’est une compensation, sinon je me détruirai. Et non une compensation quelque part, dans l’infini, mais ici-bas, une compensation que je voie moi-même. J’ai cru, je veux être témoin, et si je suis déjà mort, qu’on me ressuscite ; si tout se passait sans moi, ce serait trop affligeant. Je ne veux pas que mon corps avec ses souffrances et ses fautes serve uniquement à fumer l’harmonie future, à l’intention de je ne sais qui. Je veux voir de mes yeux la biche dormir près du lion, la victime embrasser son meurtrier. C’est sur ce désir que reposent toutes les religions, et j’ai la foi. Je veux être présent quand tous apprendront le pourquoi des choses. Mais les enfants, qu’en ferai-je ? Je ne peux résoudre cette question. Si tous doivent souffrir afin de concourir par leur souffrance à l’harmonie éternelle, quel est le rôle des enfants ? On ne comprend pas pourquoi ils devraient souffrir, eux aussi, au nom de l’harmonie. Pourquoi serviraient-ils de matériaux destinés à la préparer ? Je comprends bien la solidarité du péché et du châtiment, mais elle ne peut s’appliquer aux petits innocents, et si vraiment ils sont solidaires des méfaits de leurs pères, c’est une vérité qui n’est pas de ce monde et que je ne comprends pas. Un mauvais plaisant objectera que les enfants grandiront et auront le temps de pécher, mais il n’a pas grandi, ce gamin de huit ans, déchiré par les chiens. Aliocha, je ne blasphème pas. Je comprends comment tressaillira l’univers, lorsque le ciel et la terre s’uniront dans le même cri d’allégresse, lorsque tout ce qui vit ou a vécu proclamera : « Tu as raison, Seigneur, car tes voies nous sont révélées ! », lorsque le bourreau, la mère, l’enfant s’embrasseront et déclareront avec des larmes : « Tu as raison, Seigneur ! » Sans doute alors, la lumière se fera et tout sera expliqué. Le malheur, c’est que je ne puis admettre une solution de ce genre. Et je prends mes mesures à cet égard, tandis que je suis encore sur la terre. Crois-moi, Aliocha, il se peut que je vive jusqu’à ce moment ou que je ressuscite alors, et je m’écrierai peut-être avec les autres, en regardant la mère embrasser le bourreau de son enfant : « Tu as raison, Seigneur ! » mais ce sera contre mon gré. Pendant qu’il est encore temps, je me refuse à accepter cette harmonie supérieure. Je prétends qu’elle ne vaut pas une larme d’enfant, une larme de cette petite victime qui se frappait la poitrine et priait le « bon Dieu » dans son coin infect ; non, elle ne les vaut pas, car ces larmes n’ont pas été rachetées. Tant qu’il en est ainsi, il ne saurait être question d’harmonie. Or, comment les racheter, c’est impossible. Les bourreaux souffriront en enfer, me diras-tu ? Mais à quoi sert ce châtiment puisque les enfants aussi ont eu leur enfer ? D’ailleurs, que vaut cette harmonie qui comporte un enfer ? Je veux le pardon, le baiser universel, la suppression de la souffrance. Et si la souffrance des enfants sert à parfaire la somme des douleurs nécessaires à l’acquisition de la vérité, j’affirme d’ores et déjà que cette vérité ne vaut pas un tel prix. Je ne veux pas que la mère pardonne au bourreau ; elle n’en a pas le droit. Qu’elle lui pardonne sa souffrance de mère, mais non ce qu’a souffert son enfant déchiré par les chiens. Quand bien même son fils pardonnerait, elle n’en aurait pas le droit. Si le droit de pardonner n’existe pas, que devient l’harmonie ? Y a-t-il au monde un être qui ait ce droit ? C’est par amour pour l’humanité que je ne veux pas de cette harmonie. Je préfère garder mes souffrances non rachetées et mon indignation persistante, même si j’avais tort ! D’ailleurs, on a surfait cette harmonie ; l’entrée coûte trop cher pour nous. J’aime mieux rendre mon billet d’entrée. En honnête homme, je suis même tenu à le rendre au plus tôt. C’est ce que je fais. Je ne refuse pas d’admettre Dieu, mais très respectueusement je lui rends mon billet.

Fédor Dostoïevski, Les frères Karamazov.

Voir les commentaires

Cette révolte qui sourd en nous... (II)

11 Novembre 2012, 03:41am

Publié par Fr Greg.

 

photomada1.jpg

 

 

— Frère, à quoi bon tout cela ?

— Je pense que si le diable n’existe pas, s’il a été créé par l’homme, celui-ci l’a fait à son image.

— Comme Dieu, alors ?

— Tu sais fort bien « retourner les mots », comme dit Polonius dans Hamlet, reprit Ivan en riant. Tu m’as pris au mot, soit ; mais il est beau, ton Dieu, si l’homme l’a fait à son image. Tu me demandais tout à l’heure : à quoi bon tout cela ? Vois-tu, je suis un dilettante, un amateur de faits et d’anecdotes ; je les recueille dans les journaux, je note ce qu’on me raconte, cela forme déjà une jolie collection. Les Turcs y figurent, naturellement, avec d’autres étrangers, mais j’ai aussi des cas nationaux qui les surpassent. Chez les Russes, les verges et le fouet sont surtout en honneur ; on ne cloue personne par les oreilles, parbleu, nous sommes des Européens, mais notre spécialité est de fouetter, et on ne saurait nous la ravir. À l’étranger, on dirait que cette pratique a disparu, par suite de l’adoucissement des mœurs, ou bien parce que les lois naturelles interdisent à l’homme de fouetter son semblable. En revanche, il existe là-bas comme ici une coutume à ce point nationale qu’elle serait presque impossible en Russie, bien qu’elle s’implante aussi chez nous, surtout à la suite du mouvement religieux dans la haute société. Je possède une charmante brochure traduite du français, où l’on raconte l’exécution à Genève, il y a cinq ans, d’un assassin nommé Richard, qui se convertit au christianisme avant de mourir, à l’âge de vingt-quatre ans. C’était un enfant naturel, donné par ses parents, quand il avait six ans, à des bergers suisses, qui l’élevèrent pour le faire travailler. Il grandit comme un petit sauvage, sans rien apprendre ; à sept ans, on l’envoya paître le troupeau, au froid et à l’humidité, à peine vêtu et affamé. Ces gens n’éprouvaient aucun remords à le traiter ainsi ; au contraire, ils estimaient en avoir le droit, car on leur avait fait don de Richard comme d’un objet, et ils ne jugeaient même pas nécessaire de le nourrir. Richard lui-même raconte qu’alors, tel l’enfant prodigue de l’Évangile, il eût bien voulu manger la pâtée destinée aux pourceaux qu’on engraissait, mais il en était privé et on le battait lorsqu’il la dérobait à ces animaux : c’est ainsi qu’il passa son enfance et sa jeunesse, jusqu’à ce que, devenu grand et fort, il se mît à voler. Ce sauvage gagnait sa vie à Genève comme journalier, buvait son salaire, vivait comme un monstre, et finit par assassiner un vieillard pour le dévaliser. Il fut pris, jugé et condamné à mort. On n’est pas sentimental dans cette ville ! En prison, il est aussitôt entouré par les pasteurs, les membres d’associations religieuses, les dames patronnesses. Il apprit à lire et à écrire, on lui expliqua l’Évangile, et, à force de l’endoctriner et de le catéchiser, on finit par lui faire avouer solennellement son crime. Il adressa au tribunal une lettre déclarant qu’il était un monstre, mais que le Seigneur avait daigné l’éclairer et lui envoyer sa grâce. Tout Genève fut en émoi, la Genève philanthropique et bigote. Tout ce qu’il y avait de noble et de bien-pensant accourut dans sa prison. On l’embrasse, on l’étreint : « Tu es notre frère ! Tu as été touché par la grâce ! » Richard pleure d’attendrissement : « Oui. Dieu m’a illuminé ! Dans mon enfance et ma jeunesse, j’enviais la pâtée des pourceaux ; maintenant, la grâce m’a touché, je meurs dans le Seigneur ! — Oui, Richard, tu as versé le sang et tu dois mourir. Tu n’es pas coupable d’avoir ignoré Dieu, lorsque tu dérobais la pâtée des pourceaux et qu’on te battait pour cela (d’ailleurs, tu avais grand tort, car il est défendu de voler), mais tu as versé le sang et tu dois mourir. » Enfin le dernier jour arrive. Richard, affaibli, pleure et ne fait que répéter à chaque instant : « Voici le plus beau jour de ma vie, car je vais à Dieu ! — Oui, s’écrient pasteurs, juges et dames patronnesses, c’est le plus beau jour de ta vie, car tu vas à Dieu ! » La troupe se dirige vers l’échafaud, derrière la charrette ignominieuse qui emmène Richard. On arrive au lieu du supplice. « Meurs, frère, crie-t-on à Richard, meurs dans le Seigneur ; sa grâce t’accompagne. » Et, couvert de baisers, le frère Richard monte à l’échafaud, on l’étend sur la bascule et sa tête tombe, au nom de la grâce divine. — C’est caractéristique. Ladite brochure a été traduite en russe par les luthériens de la haute société et distribuée comme supplément gratuit à divers journaux et publications, pour instruire le peuple.


« L’aventure de Richard est intéressante parce que nationale. En Russie, bien qu’il soit absurde de décapiter un frère pour la seule raison qu’il est devenu des nôtres et que la grâce l’a touché, nous avons presque aussi bien. Chez nous, torturer en battant constitue une tradition historique, une jouissance prompte et immédiate. Nékrassov raconte dans l’un de ses poèmes comment un moujik frappe de son fouet les yeux de son cheval. Qui n’a vu cela ? c’est bien russe. Le poète montre le petit cheval surchargé, embourbé avec sa charrette qu’il ne peut dégager. Alors, le moujik le bat avec acharnement, frappe sans comprendre ce qu’il fait, les coups pleuvent dans une sorte d’ivresse. « Tu ne peux pas tirer, tu tireras tout de même ; meurs, mais tire. » La rosse sans défense se débat désespérément, cependant que son maître fouette ses « doux yeux » où roulent des larmes. Enfin, elle arrive à se dégager et s’en va tremblante, privée de souffle, d’une allure saccadée, contrainte, honteuse. Chez Nékrassov, cela produit une impression épouvantable. Mais aussi, ce n’est qu’un cheval, et Dieu ne l’a-t-il pas créé pour être fouetté ? C’est ce que nous ont expliqué les Tatars, et ils nous ont légué le knout. Pourtant, on peut aussi fouetter les gens. Un monsieur cultivé et sa femme prennent plaisir à fustiger leur fillette de sept ans. Et le papa est heureux que les verges aient des épines. « Cela lui fera plus mal », dit-il. Il y a des êtres qui s’excitent à chaque coup, jusqu’au sadisme, progressivement. On bat l’enfant une minute, puis cinq, puis dix, toujours plus fort. Elle crie ; enfin, à bout de forces, elle suffoque : « Papa, mon petit papa, pitié ! » L’affaire devient scandaleuse et va jusqu’au tribunal. On prend un avocat. Il y a longtemps que le peuple russe appelle l’avocat « une conscience à louer ». Le défenseur plaide pour son client : « L’affaire est simple ; c’est une scène de famille, comme on en voit tant. Un père a fouetté sa fille, c’est une honte de le poursuivre ! » Le jury est convaincu, il se retire et rapporte un verdict négatif. Le public exulte de voir acquitter ce bourreau. Hélas ! je n’assistais pas à l’audience. J’aurais proposé de fonder une bourse en l’honneur de ce bon père de famille !… Voilà un joli tableau ! Cependant, j’ai encore mieux, Aliocha, et toujours à propos d’enfants russes. Il s’agit d’une fillette de cinq ans, prise en aversion par ses père et mère, « d’honorables fonctionnaires instruits et bien élevés ». Je le répète, beaucoup de gens aiment à torturer les enfants, mais rien que les enfants. Envers les autres individus, ces bourreaux se montrent affables et tendres, en Européens instruits et humains, mais ils prennent plaisir à faire souffrir les enfants, c’est leur façon de les aimer. La confiance angélique de ces créatures sans défense séduit les êtres cruels. Ils ne savent où aller, ni à qui s’adresser, et cela excite les mauvais instincts. Tout homme recèle un démon en lui : accès de colère, sadisme, déchaînement des passions ignobles, maladies contractées dans la débauche, ou bien la goutte, l’hépatite, cela varie. Donc, ces parents instruits exerçaient maints sévices sur la pauvre fillette. Ils la fouettaient, la piétinaient sans raison ; son corps était couvert de bleus. Ils imaginèrent enfin un raffinement de cruauté : par les nuits glaciales, en hiver, ils enfermaient la petite dans les lieux d’aisances, sous prétexte qu’elle ne demandait pas à temps, la nuit, qu’on la fit sortir (comme si, à cet âge, une enfant qui dort profondément pouvait toujours demander à temps). On lui barbouillait le visage de ses excréments et sa mère la forçait à les manger, sa propre mère ! Et cette mère dormait tranquille, insensible aux cris de la pauvre enfant enfermée dans cet endroit répugnant ! Vois-tu d’ici ce petit être, ne comprenant pas ce qui lui arrive, au froid et dans l’obscurité, frapper de ses petits poings sa poitrine haletante et verser d’innocentes larmes, en appelant le « bon Dieu » à son secours ? Comprends-tu cette absurdité ? a-t-elle un but, dis-moi, toi mon ami et mon frère, toi le pieux novice ? On dit que tout cela est indispensable pour établir la distinction du bien et du mal dans l’esprit de l’homme. À quoi bon cette distinction diabolique, payée si cher ? Toute la science du monde ne vaut pas les larmes des enfants. Je ne parle pas des souffrances des adultes, ils ont mangé le fruit défendu, que le diable les emporte ! Mais les enfants ! Je te fais souffrir, Aliocha, tu as l’air mal à l’aise. Veux-tu que je m’arrête ?

 

Fédor Dostoïevski, Les frères Karamazov.

Voir les commentaires

Cette révolte qui sourd en nous...

10 Novembre 2012, 02:38am

Publié par Fr Greg.

 

art.tears.getty

 

« Je dois t’avouer une chose, commença Ivan, je n’ai jamais pu comprendre comment on peut aimer son prochain. C’est précisément, à mon idée, le prochain qu’on ne peut aimer ; du moins ne peut-on l’aimer qu’à distance. J’ai lu quelque part, à propos d’un saint, « Jean le Miséricordieux », qu’un passant affamé et transi, vint un jour le supplier de le réchauffer ; le saint se coucha sur lui, le prit dans ses bras et se mit à insuffler son haleine dans la bouche purulente du malheureux, infecté par une horrible maladie. Je suis persuadé qu’il fit cela avec effort, en se mentant à lui-même, dans un sentiment d’amour dicté par le devoir, et par esprit de pénitence. Il faut qu’un homme soit caché pour qu’on puisse l’aimer ; dès qu’il montre son visage, l’amour disparaît.

— Le starets Zosime a plusieurs fois parlé de cela, observa Aliocha. Il disait aussi que souvent, pour des âmes inexpérimentées, le visage de l’homme est un obstacle à l’amour. Il y a pourtant beaucoup d’amour dans l’humanité, un amour presque pareil à celui du Christ, je le sais par expérience Ivan…

— Eh bien, moi, je ne le sais pas encore et ne peux pas le comprendre, beaucoup sont dans le même cas. Il s’agit de savoir si cela provient des mauvais penchants, ou si c’est inhérent à la nature humaine. À mon avis, l’amour du Christ pour les hommes est une sorte de miracle impossible sur la terre. Il est vrai qu’il était Dieu ; mais nous ne sommes pas des dieux. Supposons, par exemple, que je souffre profondément ; un autre ne pourra jamais connaître à quel point je souffre, car c’est un autre, et pas moi. De plus, il est rare qu’un individu consente à reconnaître la souffrance de son prochain (comme si c’était une dignité ! ) Pourquoi cela, qu’en penses-tu ? Peut-être parce que je sens mauvais, que j’ai l’air bête ou que j’aurai marché un jour sur le pied de ce monsieur ! En outre, il y a diverses souffrances : celle qui humilie, la faim, par exemple, mon bienfaiteur voudra bien l’admettre, mais dès que ma souffrance s’élève, qu’il s’agit d’une idée, par exemple, il n’y croira que par exception car, peut-être, en m’examinant, il verra que je n’ai pas le visage que son imagination prête à un homme souffrant pour une idée. Aussitôt il cessera ses bienfaits, et cela sans méchanceté. Les mendiants, surtout ceux qui ont quelque noblesse, ne devraient jamais se montrer, mais demander l’aumône par l’intermédiaire des journaux. En théorie, encore, on peut aimer son prochain, et même de loin : de près, c’est presque impossible. Si, du moins, tout se passait comme sur la scène, dans les ballets où les pauvres en loques de soie et en dentelles déchirées mendient en dansant gracieusement, on pourrait encore les admirer. Les admirer, mais non pas les aimer… Assez là-dessus. Je voulais seulement te placer à mon point de vue. Je voulais parler des souffrances de l’humanité en général, mais il vaut mieux se borner aux souffrances des enfants. Mon argumentation sera réduite au dixième, mais cela vaut mieux. J’y perds, bien entendu. D’abord, on peut aimer les enfants de près, même sales, même laids (il me semble, pourtant, que les enfants ne sont jamais laids). Ensuite, si je ne parle pas des adultes, c’est que non seulement ils sont repoussants et indignes d’être aimés, mais qu’ils ont une compensation : ils ont mangé le fruit défendu, discerné le bien et le mal, et sont devenus « semblables à des dieux ». Ils continuent à le manger. Mais les petits enfants n’ont rien mangé et sont encore innocents. Tu aimes les enfants, Aliocha ? Je sais que tu les aimes, et tu comprendras pourquoi je ne veux parler que d’eux. Ils souffrent beaucoup, eux aussi, sans doute, c’est pour expier la faute de leurs pères, qui ont mangé le fruit ; mais c’est le raisonnement d’un autre monde, incompréhensible au cœur humain ici-bas. Un innocent ne saurait souffrir pour un autre, surtout un petit être ! Cela te surprendra, Aliocha, mais moi aussi j’adore les enfants. Remarque que les hommes cruels, doués de passions sauvages, les Karamazov, aiment parfois beaucoup les enfants. Jusqu’à sept ans, les enfants diffèrent énormément de l’homme ; c’est comme un autre être, avec une autre nature. J’ai connu un bandit, un bagnard ; durant sa carrière, lorsqu’il s’introduisait nuitamment dans les maisons pour piller, il avait assassiné des familles entières, y compris les enfants. Pourtant, en prison, il les aimait étrangement ; il ne faisait que regarder ceux qui jouaient dans la cour et devint l’ami d’un petit garçon qu’il voyait jouer sous sa fenêtre… Tu ne sais pas pourquoi je dis tout cela, Aliocha ? J’ai mal à la tête et je me sens triste.

— Tu as l’air bizarre, tu ne me parais pas dans ton état normal, insinua Aliocha avec inquiétude.

— À propos, continua Ivan comme s’il n’avait pas entendu son frère, un Bulgare m’a récemment conté à Moscou les atrocités que commettent les Turcs et les Tcherkesses dans son pays : craignant un soulèvement général des Slaves, ils incendient, égorgent, violent les femmes et les enfants ; ils clouent les prisonniers aux palissades par les oreilles, les abandonnent ainsi jusqu’au matin, puis les pendent, etc. On compare parfois la cruauté de l’homme à celle des fauves ; c’est faire injure à ces derniers. Les fauves n’atteignent jamais aux raffinements de l’homme. Le tigre déchire sa proie et la dévore ; c’est tout. Il ne lui viendrait pas à l’idée de clouer les gens par les oreilles, même s’il pouvait le faire. Ce sont les Turcs qui torturent les enfants avec une jouissance sadique, arrachent les bébés du ventre maternel, les lancent en l’air pour les recevoir sur les baïonnettes, sous les yeux des mères, dont la présence constitue le principal plaisir. Voici une autre scène qui m’a frappé. Pense donc : un bébé encore à la mamelle, dans les bras de sa mère tremblante, et autour d’eux, les Turcs. Il leur vient une plaisante idée : caressant le bébé, ils parviennent à le faire rire ; puis l’un d’eux braque sur lui un revolver à bout portant. L’enfant tend ses menottes pour saisir le joujou ; soudain, l’artiste presse la détente et lui casse la tête. Les Turcs aiment, dit-on, les douceurs.

 

Fédor Dostoïevski, Les frères Karamazov.

Voir les commentaires

Qu'est-ce que la foi? (II)

9 Novembre 2012, 02:59am

Publié par Fr Greg.

auguste-macke-femme-a-la-veste-jaune

 

 

Mais autour de nous, nous voyons tous les jours que beaucoup sont indifférents ou refusent d’accueillir cette annonce. A la fin de l’évangile de Marc, aujourd’hui, nous avons entendu les paroles dures du Ressuscité qui disaient : « Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné » (Mc 16, 16), il se perd. Je voudrais vous inviter à réfléchir là-dessus. La confiance dans l’action de l’Esprit-Saint doit toujours nous pousser à aller prêcher l’évangile, à donner le témoignage courageux de la foi ; mais, au-delà de la possibilité d’une réponse positive au don de la foi, il y a aussi le risque du refus de l’évangile, du non-accueil de la rencontre vitale avec le Christ.

 

Saint Augustin soulevait ce problème dans un de ses commentaires de la parabole du semeur : « Nous, du moins, nous parlons, disait-il, nous jetons et dispersons la semence. Parmi nos auditeurs il en est qui méprisent, il en est qui se plaignent, il en est qui rient. Si nous craignons tous ces auditeurs, il ne nous est plus possible de semer et nous devons nous attendre à mourir de faim à la moisson. Que la semence arrive donc jusqu'à la bonne terre » (De la discipline chrétienne, 13, 14). Le refus, donc, ne peut pas nous décourager. Comme chrétiens, nous sommes le témoignage de ce terrain fertile : notre foi, malgré nos limites, montre qu’il existe une bonne terre, où la semence de la parole de Dieu produit des fruits abondants de justice, de paix et d’amour, de nouvelle humanité, de salut. Et toute l’histoire de l’Eglise, avec tous ses problèmes, démontre aussi qu’il existe une bonne terre, qu’il existe du bon grain, et qu’il porte du fruit.

 

Mais posons-nous une question : d’où l’homme tient-il cette ouverture du cœur et de l’esprit pour croire en ce Dieu qui s’est rendu visible en Jésus-Christ mort et ressuscité, pour accueillir son salut, en sorte que Jésus et son évangile deviennent le guide et la lumière de son existence ? La réponse est celle-ci : nous pouvons croire en Dieu parce qu’il s’approche de nous et nous touche, parce que l’Esprit-Saint, don du Ressuscité, nous rend capables d’accueillir le Dieu vivant. La foi alors est avant tout un don surnaturel, un don de Dieu.

 

Le concile Vatican II affirme : « Pour exister, cette foi requiert la grâce prévenante et adjuvante de Dieu, ainsi que les secours intérieurs du Saint-Esprit qui touche le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’esprit et donne ‘à tous la douce joie de consentir et de croire à la vérité’ » (Const. dogm. Dei Verbum, 5). A l’origine de notre cheminement de foi, il y a le baptême, le sacrement qui nous donne l’Esprit-Saint, faisant de nous des enfants de Dieu dans le Christ, et qui marque l’entrée dans la communauté de foi, dans l’Eglise : on ne croit pas par soi-même, sans la prévenance de la grâce de l’Esprit ; et on ne croit pas tout seul, mais avec des frères. A partir du baptême, tout croyant est appelé à revivre et à faire sienne cette confession de foi, avec ses frères.

 

La foi est don de Dieu, mais c’est aussi un acte profondément libre et humain. Le Catéchisme de l’Eglise catholique le dit clairement : « Croire n’est possible que par la grâce et les secours intérieurs du Saint-Esprit. Il n’en est pas moins vrai que croire est un acte authentiquement humain. Il n’est contraire ni à la liberté ni à l’intelligence de l’homme » (n. 154). Au contraire, il les implique et les exalte, dans un pari de la vie qui est comme un exode, c’est-à-dire une sortie de soi, de ses sécurités, de ses schémas mentaux, pour se confier à l’action de Dieu qui nous indique la route pour obtenir la vraie liberté, notre identité humaine, la vraie joie du cœur, la paix avec tous. Croire, c’est se confier en toute liberté et dans la joie au dessein providentiel de Dieu sur l’histoire, comme le fit le patriarche Abraham, comme le fit Marie de Nazareth. La foi est alors un assentiment par lequel notre esprit et notre cœur disent leur « oui » à Dieu, en confessant que Jésus est le Seigneur. Et ce « oui » transforme la vie, lui ouvre le chemin vers une plénitude de sens, la rend nouvelle, riche de joie et d’une espérance sûre.

 

Chers amis, notre époque a besoin de chrétiens qui ont été saisis par le Christ, qui grandissent dans la foi grâce à leur familiarité avec l’Ecriture sainte et les sacrements. De personnes qui soient comme un livre ouvert qui raconte l’expérience de la vie nouvelle dans l’Esprit, la présence de ce Dieu qui nous soutient en chemin et nous ouvre à la vie qui ne finira jamais. Merci.

Benoit XVI.24.10.2012.

Voir les commentaires

Qu’est-ce que la foi ?

8 Novembre 2012, 03:49am

Publié par Fr Greg.

 

 01

 

 

Qu’est-ce que la foi ? La foi a-t-elle encore un sens dans un monde où la science et la technique ont ouvert des horizons encore impensables il y a peu de temps ? Que signifie croire aujourd’hui ? En effet, notre époque a besoin d’une éducation de la foi renouvelée qui comprenne bien sûr une connaissance de ses vérités et des événements de la foi, mais surtout qui naisse d’une véritable rencontre avec Dieu en Jésus-Christ, d’un amour pour lui, d’une confiance en lui, au point que la vie tout entière en soit impliquée.

 

Aujourd’hui, parmi tant de signes de bonté, se développe aussi autour de nous un certain désert spirituel. Parfois, en entendant tous les jours des nouvelles de certains événements, on a comme la sensation que le monde ne va pas vers la construction d’une communauté plus fraternelle et plus pacifique ; les idées mêmes de progrès et de bien-être dévoilent aussi leurs ombres. Malgré la grandeur des découvertes de la science et des succès de la technique, l’homme ne semble pas aujourd’hui être devenu plus libre, plus humain ; tant de formes d’exploitation, de manipulation, de violence, d’abus, d’injustice demeurent encore… Un certain type de culture aussi a enseigné à évoluer seulement dans l’horizon des choses, du faisable, à ne croire qu’en ce qu’on peut voir et toucher de nos mains. D’autre part aussi on constate un nombre croissant de personnes qui se sentent désorientées et qui, dans leur tentative d’aller au-delà d’une vision seulement horizontale de la réalité, sont prêtes à croire tout et son contraire. Dans ce contexte, certaines questions fondamentales émergent de nouveau, beaucoup plus concrètes qu’elles ne le semblent à première vue : quel est le sens de la vie ? Y a-t-il un avenir pour l’homme, pour nous et pour les nouvelles générations ? Dans quelle direction orienter les choix de notre liberté pour pouvoir mener une vie bonne et heureuse ? Qu’est-ce qui nous attend après la mort ?

 

On perçoit dans ces questions impérieuses combien le monde de la planification, du calcul exact et de l’expérimentation, en un mot le savoir de la science, bien qu’il soit important pour la vie de l’homme, ne suffit pas. Nous n’avons pas seulement besoin de pain matériel, nous avons besoin d’amour, de sens et d’espérance, d’un fondement sûr, d’un terrain ferme qui nous aide à donner un sens authentique à notre vie même dans les crises, dans l’obscurité, dans les difficultés et les problèmes quotidiens. La foi nous donne justement cela : c’est un abandon confiant à un « Tu » qui est Dieu, qui me donne une certitude différente, mais pas moins solide que celle qui me vient d’un calcul exact ou de la science.

 

La foi n’est pas simplement un assentiment intellectuel de l’homme à des vérités particulières sur Dieu ; c’est un acte par lequel je me confie librement à un Dieu qui est Père et qui m’aime ; c’est une adhésion à un « Tu » qui me donne espérance et confiance. Certes, cette adhésion à Dieu n’est pas privée de contenus : par elle nous sommes conscients que Dieu lui-même s’est montré à nous dans le Christ, a fait voir son visage et s’est réellement fait proche de chacun de nous. Et même, Dieu a révélé que son amour pour l’homme, pour chacun de nous, est sans mesure : sur la Croix, Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu fait homme, nous montre de la manière la plus lumineuse qui soit jusqu’où va cet amour, jusqu’au don de lui-même, jusqu’au sacrifice total.

 

Dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, Dieu descend au plus profond de notre humanité pour la ramener jusqu’à lui, pour l’élever à sa hauteur. La foi consiste à croire en cet amour de Dieu qui ne diminue pas devant la méchanceté de l’homme, devant le mal et la mort, mais qui est capable de transformer toute forme d’esclavage, en donnant la possibilité du salut. Avoir la foi, alors, c’est rencontrer ce « Tu », Dieu, qui me soutient et m’accorde la promesse d’un amour indestructible, qui non seulement aspire à l’éternité mais la donne ; c’est me confier à Dieu avec l’attitude d’un enfant qui sait bien que toutes ses difficultés, tous ses problèmes sont en sécurité dans le « tu » de sa mère.

 

Et cette possibilité de salut, à travers la foi, est un don que Dieu offre à tous les hommes. Je pense que nous devrions méditer plus souvent – dans notre vie quotidienne caractérisée par des problèmes et des situations parfois dramatiques – sur le fait que croire de manière chrétienne signifie cet abandon de moi-même, confiant dans le sens profond qui me porte et qui porte le monde, ce sens que nous ne sommes pas en mesure de nous donner, mais seulement de recevoir, et qui est le fondement sur lequel nous pouvons vivre sans peur. Et cette certitude libératrice et rassurante de la foi, nous devons être capables de l’annoncer par la parole et de la montrer par notre vie de chrétiens.

 

Benoit XVI, 24.10.2012

Voir les commentaires

Le petit René, apôtre du rationalisme, a la dent dure....

7 Novembre 2012, 01:14am

Publié par Fr Greg.

Rene-D.jpg

 

 

Dieu a-t-il de l’ordre, oui ou non ? Voilà, je pense, une sacrée question, c’est le cas de le dire, et crânement posée on en conviendra.

 

Je connais des bourgeois réellement forts [...], sincèrement épris de vérité, qui déplorent de bonnes foi et avec grande tristesse le désordre effrayant de l’œuvre de Dieu. Ils voient, pour s’en affliger profondément, que rien n’est à sa place, ni les choses ni les hommes, à commencer par eux-mêmes et qu’il est infiniment regrettable que le Créateur ait négligé de les consulter. [...]

 

La Création laisse beaucoup à désirer. Elle est, disons-le, ratée et même sabotée. Dieu n’a pas fait ce qu’on attend de lui et c’est fort injustement qu’il exige un salaire d’adoration. [...] sans insister sur ces guerres calamiteuses dont il est impossible de prévoir l’issue et qui peuvent déterminer soudainement des désastres financiers ; sans rien dire non plus de certaines famines inopinées qu’on a pas eu le flair d’organiser à l’avance et qui surprennent si péniblement parfois les capitalistes engagés dans d’autres affaires  d’un rendement inférieur ; oui, même en faisant table rase de tout cela, que penser des aberrations despotiques de la prétendue morale chrétienne ?

 

[...] “Au surplus et pour couper court” dira le philosophe bourgeois, “n’est-il pas écrit dans les livres soi-disant sacrés qu’on dit inspirés de l’Esprit Saint, que le Fils de Dieu venu pour sauver le monde a choisi la folie et a enseigné la folie ?” Il ne manquera pas d’ajouter que cet aveu est concluant et que le désordre divin est  manifeste et que la question posée tout à l’heure est parfaitement oiseuse”.

 

Léon Bloy, Exégèse des Lieux Communs, 1913

Voir les commentaires

Notre monde refuse que s'impose à lui ce qu'il n'a pas décidé!

6 Novembre 2012, 01:15am

Publié par Fr Greg.

homoparentalite-regression.jpg

 

"Ce ne serait pas le mariage pour tous, mais le mariage de quelques-uns imposés à tous"

 

"Qui va décider si et jusqu’à quand je peux vivre, jusqu’à quel seuil de handicap,

quel seuil de douleur, quel coût pour la société ?"

 

" La recherche sur des cellules souches embryonnaires restent moralement inacceptables et économiquement hasardeuses".

André, Cardinal Vingt-Trois.

 

Extrait du discours du président de la CEF.

(…)

Le concile Vatican II -pas plus qu'aucun des vingt autres conciles œcuméniques qui l'ont précédé- n'est pas derrière nous, il est devant nous ! Il est derrière nous pour les travaux qui ont été accomplis en leur temps, il est derrière nous pour les débats qui l'ont animé. Mais leconcile Vatican II est encore largement devant nous pour ses fruits. Il est devant nous pour sa fécondité. Il est devant nous pour le développement des dynamismes qu'il a suscités dans l'Église, par l'intérêt qu'il a soulevé dans le monde.

Nous ne sommes pas les gardiens nostalgiques d'un esprit du concile qui serait partout sauf précisément dans les textes du concile. Nous ne sommes pas les survivants d'une espèce de vieille armée, blanchie sous le harnais, et qui veut à tout prix entretenir les souvenirs de sa jeunesse.

Nous sommes des héritiers, nous avons hérité un patrimoine du concile comme nous avons hérité un patrimoine de l'Église. Et l'acte conciliaire qui s'est ouvert il y a cinquante ans a été un formidable travail de fond pour actualiser ce patrimoine de l'Église, pour le rendre plus accessible non seulement aux érudits, non seulement aux exégètes, non seulement aux théologiens, non seulement aux clercs, mais à tous les membres de l'Église. C'est cette diffusion du patrimoine de la tradition chrétienne telle que nous la recevons de l'Écriture et telle que nous l'interprétons dans la communion de l'Église qui devient le ferment et le dynamisme d'un renouveau missionnaire. C'est le sens de la Nouvelle Evangélisation et de l'Année de la foi.

 

Comment pourrions-nous oublier les transformations profondes que le concile a provoquées dans la capacité des chrétiens à accueillir, à partager et à annoncer la Parole de Dieu ? L'établissement d'un lectionnaire liturgique qui suit de façon continue la lecture des épîtres et des évangiles, avec des lectures de l'Ancien Testament, l'ouverture d'une réflexion profonde et structurée sur le rapport de l'Écriture à la Tradition, une meilleure évaluation théologique du dynamisme de récapitulation que le Christ opère par sa Résurrection, tout cela ouvre nos yeux et nos esprits à une approche renouvelée du monde qui nous entoure, non pas comme le symbole de la perversion et de la damnation, mais comme le terrain où Dieu lui-même est venu prendre chair, pour éveiller aux cœurs des hommes l'image divine qu'il y a déposée par son acte créateur.

Comment oublier le basculement des mentalités entraîné par l'approche non seulement théologique, mais aussi pratique, des relations avec les Églises et les communautés chrétiennes ? Comment oublier le renouvellement de notre regard sur nos frères orthodoxes, sur nos frères protestants ? Comment oublier le virage spectaculaire que Nostra Aetate a fait prendre à nos relations avec les autres religions, notamment l'Islam et le Judaïsme ? Comment oublier le discours de Jean-Paul II à Casablanca et ses démarches prophétiques à la synagogue de Rome et au Mur des Lamentations ? Mais aussi, comment ne pas souffrir de voir certains des membres de notre Église se livrer au « libre examen » et s'instaurer interprètes autorisés du concile à la place du Magistère, au mépris de la véritable tradition ?

Célébré dans un moment de grandes mutations de nos sociétés, le concile Vatican II ne doit pas être tenu pour responsable des ébranlements qui ont marqué les années 1960-1980. Au contraire, nous avons des raisons d'être fiers de ce grand événement qui préparait prophétiquement l'entrée dans le troisième millénaire.

 

2. Le synode des évêques

L'un des fruits du concile a été la mise en œuvre progressive d'une pratique concrète de la collégialité par les travaux du synode des évêques. Cette XIII° assemblée générale a montré la fécondité de l'institution. À travers les séances plénières et le travail des groupes linguistiques, nous avons vu évoluer progressivement la manière de comprendre dans sa dimension complète le thème initialement proposé. Partis d'une perspective dominée par le souci de rejoindre les chrétiens européens éloignés de l'Église, nous avons peu à peu mesuré que la nouvelle évangélisation concerne aussi les jeunes Églises et nous avons approfondi une orientation vers une évangélisation renouvelée qui pose finalement les questions fondamentales de l'annonce de l'unique foi chrétienne dans l'extrême diversité des situations à travers les cinq continents. Elle suppose une véritable conversion spirituelle pour renouveler en nous la puissance du témoignage. Plus que de stratégie et de moyens, c'est d'un recentrage sur le Christ qu'il a été question : c'est lui qui est l'Évangile de Dieu. C'est son Esprit qui nous envoie.

 

Nous avons entendu les difficultés, allant parfois jusqu'à l'agression physique, auxquelles sont confrontés les chrétiens dans le monde : entraves à la liberté de conscience, tentations d'un retour aux pratiques païennes, séduction de certains nouveaux mouvements religieux à tendance sectaire, développement d'un athéisme pratique dans la post modernité, nivellement des références culturelles par la globalisation médiatique, etc. Nous avons entendu le témoignage des Églises pour lesquelles l'annonce explicite de l'évangile est impossible. Elles proposent chaque jour le témoignage silencieux de l'évangile vécu et leur fidélité aboutit parfois au martyre. Nous avons aussi évoqué le témoignage de foi vécu dans toutes les œuvres caritatives de l'Église. Nous avons éprouvé notre communion avec ces frères et sœurs qui sont viscéralement attachés au Christ à travers le monde entier.

 

Maintenant, en entrant dans l'Année de la foi, c'est à nous de tirer quelques conséquences de cette expérience de l'Église universelle. Comment ce grand élan de la nouvelle évangélisation va-t-il relancer un dynamisme nouveau dans nos communautés particulières ? Comment les paroisses, les mouvements, les groupes de toute sorte qui sont constitués au nom du Christ vont-ils être renouvelés dans leur vocation missionnaire ? Comment notre appel à la mission va-t-il en être revigoré ?

 

Nous savons bien que, chez nous, la situation du christianisme s'est beaucoup transformée au cours des dernières décennies. Le passage d'un christianisme sociologique à un christianisme de conviction s'est accéléré et nous en retrouvons les traces dans l'éloignement pratique de beaucoup de baptisés par rapport à la vie de leur Église. Moins que d'une hostilité, qui est plutôt le fait de quelques militants, il s'agit plutôt d'une indifférence.

 

3. La loi républicaine

La crise économique atteint de plus en plus l'ensemble de notre société. Des entreprises ferment et la précarité s'étend. Des actes de violence barbares heureusement isolés, montrent l'extrême fragilité de notre tissu social et le désarroi de nombreuses familles qui ont besoin d'être soutenues et confortées dans leur mission éducative.

 

C'est dans ce contexte préoccupant que le gouvernement fait passer en urgence des mutations profondes de notre législation qui pourraient transformer radicalement les modalités des relations fondatrices de notre société. Des changements de cette ampleur imposaient un large débat national qui ne se contente pas d'enregistrer des sondages aléatoires ou la pression ostentatoire de quelques lobbies. Nous aurions été heureux, comme dans d'autres occasions, notamment pour les lois de bioéthique, d'apporter notre contribution à ce débat. L'élection présidentielle et les élections législatives ne constituent pas un blanc-seing automatique, surtout pour des réformes qui touchent très profondément les équilibres de notre société. Puisque ce débat n'a pas encore été organisé, nous voulons du moins exprimer un certain nombre de convictions et alerter nos concitoyens sur la gravité de l'enjeu.

 

Contrairement à ce que l'on nous présente, le projet législatif concernant le mariage n'est pas simplement une ouverture généreuse du mariage à de nouvelles catégories de concitoyens, c'est une transformation du mariage qui toucherait tout le monde. Ce ne serait pas le « mariage pour tous » (étrange formule qu'il ne faut sans doute pas prendre au pied de la lettre !). Ce serait le mariage de quelques-uns imposé à tous. Les conséquences qui en découlent pour l'état civil en sont suffisamment éloquentes : a-t-on demandé aux citoyens s'ils étaient d'accord pour ne plus être le père ou la mère de leur enfant et ne devenir qu'un parent indifférencié : parent A ou parent B ? La question fondamentale est celle du respect de la réalité sexuée de l'existence humaine et de sa gestion par la société. Alors que l'on prescrit la parité stricte dans de nombreux domaines de la vie sociale, imposer, dans le mariage et la famille où la parité est nécessaire et constitutive, une vision de l'être humain sans reconnaître la différence sexuelle serait une supercherie qui ébranlerait un des fondements de notre société et instaurerait une discrimination entre les enfants.

 

Que pouvons-nous faire ? Face à ces mesures qui menacent notre société, que pouvons-nous faire ? Que devons-nous faire ? Nous devons d'abord inviter à prier puisqu'il s'agit de provoquer et soutenir la liberté de conscience de chacun. Comme pasteurs de notre Église, il nous incombe d'éclairer les consciences, de dissiper les confusions, de formuler le plus clairement possible les enjeux.

 

Nous continuons d'appeler les chrétiens, et tous ceux qui partagent notre analyse et nos questions, à saisir leurs élus en leur écrivant des lettres personnelles, en les rencontrant et en leur exprimant leurs convictions. Comme citoyens, ils peuvent, et peut-être doivent, utiliser les moyens d'expression qui sont ceux d'une société démocratique, d'une « démocratie participative », pour faire connaître et entendre leur point de vue. Les sites de la conférence épiscopale et ceux de nos diocèses présentent toutes sortes d'arguments qui sont finalement assez connus. Une chose doit être claire : nous ne sommes pas dans une défense de je ne sais quels privilèges confessionnels. Nous parlons pour ce que nous estimons le bien de tous. C'est pourquoi nous ne mettons pas en avant la question du sacrement de mariage qui est une vocation particulière, mais la fonction sociale du mariage qui ne dépend d'aucune religion.

 

1/ Aucun être humain n'a le pouvoir de disposer de la vie de son semblable, à quelque stade que ce soit de son développement ou de son itinéraire et quels que soient les handicaps dont il peut être frappé ou la détérioration de son état de santé. Chacun de nous est responsable du respect de cet interdit absolu du meurtre et notre société doit s'employer à éliminer les manquements à cette obligation. Dès lors que le respect absolu de la vie humaine ne serait plus la règle défendue par la société, les individus entreraient dans une dynamique de suspicion et d'angoisse. Qui va décider si et jusqu'à quand je peux vivre, jusqu'à quel seuil de handicap, quel seuil de douleur, quel seuil de gêne pour les autres, quel coût pour la société ?

 

2/ Tout être humain conçu a le droit de vivre à quelque moment que ce soit de son développement. Celui et celle qui l'ont appelé à la vie en sont responsables et la société doit les soutenir et les aider dans l'exercice de cette responsabilité. Le respect de l'embryon participe de cette protection que la société doit aux plus faibles de ses membres. Alors que les recherches sur les cellules souches adultes donnent déjà lieu à des applications thérapeutiques et que le prix Nobel de médecine vient d'être attribué au Professeur Yamanaka et au Professeur Gurdon pour leurs travaux sur la reprogrammation des cellules différenciées en cellules pluripotentes, certains voudraient autoriser plus largement encore la recherche sur des cellules souches embryonnaires. De telles recherches restent moralement inacceptables et économiquement hasardeuses.

 

3/ Tout enfant venu au monde a droit à connaître ceux qui l'ont engendré et à être élevé par eux, conformément à la Convention Internationale relative aux droits de l'enfant ratifiée par la France en 1990 (article 7 /1 : « L'enfant est enregistré aussitôt sa naissance et a dès celle-ci le droit à un nom, le droit d'acquérir une nationalité et, dans la mesure du possible, le droit de connaître ses parents et d'être élevé par eux. »). Ce droit impose de ne pas légaliser les procréations anonymes qui rendent cet impératif impossible à tenir. Dans certaines situations exceptionnelles des personnes peuvent, pour le bien de l'enfant, assumer généreusement la responsabilité parentale. Elles ne peuvent jamais se substituer totalement à l'homme et à la femme qui ont engendré l'enfant.

 

4/ Tout enfant a droit à être éduqué. Cette obligation repose d'abord sur les parents qui sont les premiers responsables de l'éducation de leurs enfants. La société doit les soutenir et les aider dans cette mission, aussi bien par les aides financières, qui reconnaissent leur apport pour un meilleur avenir de l'ensemble de notre société, que par des aides pédagogiques qui sont souvent très nécessaires.

L'obligation de l'éducation repose ensuite sur l'institution scolaire qui a la charge de transmettre les savoirs nécessaires à l'exercice de la liberté personnelle, mais aussi le devoir de développer chez les jeunes la reconnaissance et le développement d'un certain nombre de qualités morales sur lesquelles reposent le consensus social et l'apprentissage de relations respectueuses et pacifiques entre les membres du corps social. Nommer le bien et le mal fait partie de cette responsabilité collective.

 

5/ Les enfants ou les jeunes délinquants, quels que soient leur statut juridique : français, étrangers, en situation régulière ou non, ne doivent pas être traités par la seule incarcération. Dans une démarche éducative, la punition peut être nécessaire. Elle doit toujours avoir pour objectif la transformation positive de celui qui l'a méritée. Elle ne doit pas éluder les responsabilités des adultes dans le déclenchement, l'organisation ou l'exploitation de la délinquance : réseaux organisés de mendicité, institution du trafic de drogues, prostitution, pornographie publique, etc.

 

Pour terminer, je voudrais évoquer un droit qui concerne directement l'exercice de notre religion et qui, à ce titre, fait partie des éléments constitutifs de la laïcité, comme l'avait très bien compris et institutionnalisé J. Ferry. Il s'agit du droit des enfants à recevoir une formation chrétienne librement choisie par leur famille comme le complément de leur formation scolaire. Il est trop clair que nous ne sommes plus dans la même situation qu'à la fin du XIX° siècle. Mais puisque le ministre de l'Éducation Nationale veut entreprendre un réaménagement de l'ensemble du temps scolaire et qu'il souhaite le faire dans une pratique de la concertation, il serait assez étrange que cette concertation exclue la consultation de l'Église qui catéchise plus du quart des enfants de France. À ce jour, nous suivons avec intérêt la liste des organisations consultées. Nous attendons toujours de savoir quand et comment nous le serons.

Pour nous, cette question est primordiale puisqu'elle touche plus particulièrement les enfants dont les familles ont le moins de possibilités concrètes d'organiser le temps libre de leurs enfants. Ce sont ces enfants qui ont aussi souvent le plus de difficultés à trouver les chemins d'une bonne insertion sociale. Ils n'y seront pas aidés si le temps de la catéchèse devient une sorte de créneau négligé dans l'organisation du temps scolaire. Les enfants catholiques, comme ceux des autres religions, ont le droit de disposer d'un temps convenable pour cette formation.

 André, Card. Vingt-Trois, archevèque de Paris. 03 Nov 2012.

 

 

http://www.eglise.catholique.fr/conference-des-eveques-de-france/textes-et-declarations/discours-d-ouverture-de-l-assemblee-pleniere-de-novembre-2012-15174.html

Voir les commentaires

L'urgence de l'éducation au gout..!!

5 Novembre 2012, 02:35am

Publié par Fr Greg.

 

 

      "Tous les hommes désirent par nature connaître. L’amour des sensations en est le signe. En effet, celles-ci, en dehors de leur utilité, sont aimées pour elles-mêmes et, plus que les autres, celles [qui nous viennent] par les yeux. Car ce n’est pas seulement pour agir, mais c’est même lorsque nous ne nous apprêtons à rien faire, que nous choisissons de voir à l’encontre, pour ainsi dire, de tout le reste. La cause en est que, parmi les sensations, celle-ci [la vision] nous fait connaître le plus de [qualités] et nous montre des différences plus nombreuses.


Tous les animaux naissent en ayant par nature la sensation : de celle-ci, pour les uns, n’est engendré aucun souvenir, tandis que pour les autres naît le souvenir. Et c’est pourquoi ceux-ci sont plus prudents et plus aptes à apprendre que ceux qui ne peuvent pas se souvenir. Sont prudents sans [pouvoir] apprendre tous [les animaux] qui ne peuvent pas entendre les sons (par exemple l’abeille, et tout autre genre d’animaux qui est tel, s’il s’en trouve). Apprennent tous ceux qui, outre le souvenir, ont ce sens [l’ouïe]. Les uns donc, vivent d’images et de souvenirs, et participent peu à l’expérience. "

 

Aristote, Métaphysique, A, 1

Voir les commentaires

1 2 > >>