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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

AU HASARD BALTHAZAR...

31 Octobre 2012, 01:53am

Publié par Fr Greg.

 

AU HASARD BALTHAZAR - Robert Bresson – 1966

 

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La vie de l'âne Balthazar, plongé au milieu des drames humains et qui en meurt.

"Je voulais que l'âne traverse un certain nombre de groupes humains qui représentent les vices de l'humanité. Il fallait aussi, étant donné que la vie d'un âne est très égale, très sereine, trouver un mouvement, une montée dramatique. C'est à ce moment que j'ai pensé à une fille, à la fille qui se perd." Robert Bresson.


Quelques années auparavant, en 1959, tout comme le cinéma français, Robert Bresson s'innovait lui-même avec Pickpocket et commençait ainsi, une quête vers la forme la plus dépouillée qui soit. Ainsi donc, quatre années après le Procès de Jeanne d’ Arc qui suivait dans la même veine, Au Hasard Balthazar est l'apogée de la magie bressonienne. Ce film est l'un des témoins de la quête stylistique de Bresson qui s'achèvera avec l'Argent en 1983, dernier film de ce génie, d'un style très radical. Pickpocket, le Procès de Jeanne d'Arc Au Hasard Balthazar annoncent la forme pure et extrême de Lancelot du Lac, le Diable Probablement... et l'Argent.

 

On peut discerner deux intentions précises et évidentes de la part de l'auteur dans Au Hasard Balthazar : suggérer les étapes de la vie d'un âne, de l'enfance à la mort ; et évoquer, au travers des portraits des différents maîtres successifs de Balthazar, les vices humains. Bresson s'impose comme un peintre de l'univers animal pour faire l'évocation la vie de Balthazar, palpitante de vérité : l'émotion vient d'un simple regard de l'âne Balthazar. Dès le début du film, surgissent l'atmosphère de la fraîcheur infinie de l'enfance, ébats, jeux, rires, caresses, la description y est juste et sensible. Mais les années passent, l'univers de l'enfance est balayée par l'univers des hommes, brutal et violent, sadique et méchant : coups de poings, coups de pieds, chaises et fouets s'abattent sur le dos de l'innocent âne (Gérard ira jusqu'à le torturer en lui enflammant la queue.) Marie, elle aussi, jeune victime innocente dont l'existence dure et triste est semblable à celle de Balthazar, se fait déshabillée, frappée et enfermée par le même Gérard. L'atmosphère poignante du film naît de la confrontation de ces trois univers qui s'arrachent en lambeaux tout au long du film. Mais ce monde plein de souffrance est aussi presque celui de la Bible.

 

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L'âne de la crèche (et baptisé au début du film) meurt, comme un martyr, témoin de la cruauté du monde. Un berger voit finalement en lui un saint réincarné qui aurait porté tous les péchés des hommes. L'âne, symbole de pureté et de vertu, est la triste victime de l'homme et de ses passions. Au Hasard Balthazar s'insère dans un moule esthétique spécifiquement bressonien. En travaillant avec soin le rythme, Bresson est parvenu à une plénitude esthétique qui donne l'impression que son film a été touché par la grâce. La mise en scène est d'une épaisseur indiscutable et fascinante, d'une part dans le parallélisme du destin de l'âne et des personnages et enfin dans l'abstraction de cette allégorie (Gérard, la luxure, le sadisme ; le père de Marie, l'orgueil et l'avarice ; Arnold, la paresse et l'ivrognerie, etc.) Bresson regarde l'humanité pécheresse avec lucidité. Il n'y a plus de place pour l'espoir dans ce constat terrible, une étude de sainteté et une sombre allégorie sur les penchants destructeurs de l'Homme où tout le malheur et toute la cruauté du monde peu rassurant des hommes semblent se refléter dans le regard de l'âne qu'on croit souvent bête. Résultat du long cheminement vers la perfection, Au Hasard Balthazar n'est pas de ces films dont il y a à s'attarder car ce film demande surtout beaucoup de sensibilité de la part du spectateur et car il fait partie des films dont les mots ne font pas le poids, surtout lorsque l'émotion y est pure. 

http://critiquescinema.canalblog.com

 

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La foi: vivre de Celui qui en nous aimant nous fait être quelqu'un pour Lui! (II)

30 Octobre 2012, 01:39am

Publié par Fr Greg.

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Les Pères conciliaires entendaient présenter la foi de façon efficace. Et s’ils se sont ouverts dans la confiance au dialogue avec le monde moderne c’est justement parce qu’ils étaient sûrs de leur foi, de la solidité du roc sur lequel ils s’appuyaient. En revanche, dans les années qui ont suivi, beaucoup ont accueilli sans discernement la mentalité dominante, mettant en discussion les fondements même du depositum fidei qu’ils ne ressentaient malheureusement plus comme leurs dans toute leur vérité.

Si aujourd’hui l’Église propose une nouvelle Année de la foi ainsi que la nouvelle évangélisation, ce n’est pas pour célébrer un anniversaire, mais parce que c’est une nécessité, plus encore qu’il y a 50 ans ! Et la réponse à donner à cette nécessité est celle voulue par les Papes et par les Pères du Concile, contenue dans ses documents. L’initiative même de créer un Conseil Pontifical destiné à promouvoir la nouvelle évangélisation, que je remercie pour les efforts déployés pour l’Année de la foi, entre dans cette perspective. Les dernières décennies ont connu une « désertification » spirituelle. Ce que pouvait signifier une vie, un monde sans Dieu, au temps du Concile, on pouvait déjà le percevoir à travers certaines pages tragiques de l’histoire, mais aujourd’hui nous le voyons malheureusement tous les jours autour de nous. C’est le vide qui s’est propagé. Mais c’est justement à partir de l’expérience de ce désert, de ce vide, que nous pouvons découvrir de nouveau la joie de croire, son importance vitale pour nous, les hommes et les femmes. Dans le désert on redécouvre la valeur de ce qui est essentiel pour vivre ; ainsi dans le monde contemporain les signes de la soif de Dieu, du sens ultime de la vie, sont innombrables bien que souvent exprimés de façon implicite ou négative. Et dans le désert il faut surtout des personnes de foi qui, par l’exemple de leur vie, montrent le chemin vers la Terre promise et ainsi tiennent en éveil l’espérance. La foi vécue ouvre le cœur à la Grâce de Dieu qui libère du pessimisme. Aujourd’hui plus que jamais évangéliser signifie rendre témoignage d’une vie nouvelle, transformée par Dieu, et ainsi indiquer le chemin. 

 

La première Lecture nous a parlé de la Sagesse du voyageur (cf. Sir 34,9-13) : le voyage est une métaphore de la vie et le voyageur sage est celui qui a appris l’art de vivre et est capable de le partager avec ses frères – comme c’est le cas pour les pèlerins sur le Chemin de Saint-Jacques ou sur les autres voies qui ont connu récemment, non par hasard, un regain de fréquentation. Comment se fait-il que tant de personnes ressentent le besoin de parcourir ces chemins ? Ne serait-ce pas parce qu’il trouvent là, ou au moins y perçoivent quelque chose du sens de notre être au monde ? Voici alors la façon dont nous pouvons penser cette Année de la foi : un pèlerinage dans les déserts du monde contemporain, au cours duquel il nous faut emporter seulement ce qui est essentiel : ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent et n’ayez pas deux tuniques – comme dit le Seigneur à ses Apôtres en les envoyant en mission (cf. Lc 9,3) – mais l’Évangile et la foi de l’Église dont les documents du Concile Œcuménique Vatican II sont l’expression lumineuse, comme l’est également le Catéchisme de l’Église catholique, publié il y a 20 ans maintenant.

Benoit XVI, ouverture année de la Foi.

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La foi: vivre de Celui qui, en nous aimant, nous fait être quelqu'un pour Lui!

29 Octobre 2012, 01:28am

Publié par Fr Greg.

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À 50 ans de l’ouverture du Concile Œcuménique Vatican II, c’est avec une joie profonde que nous inaugurons l’Année de la foi.  Le mouvement spirituel qui a caractérisé Vatican II, fut et demeure la foi en Christ, la foi apostolique, animée par l’élan intérieur qui pousse à annoncer le Christ à chaque homme et à tous les hommes pendant le pèlerinage de l’Église sur les chemins de l’histoire.

Jésus est le centre de la foi chrétienne. Le chrétien croit en Dieu par Jésus qui nous en a révélé le visage. Il est l’accomplissement des Écritures et leur interprète définitif. Jésus-Christ n’est pas seulement objet de la foi mais, comme le dit la Lettre aux Hébreux, il est « celui qui donne origine à la foi et la porte à sa plénitude » (He 12,2).

L’Évangile nous dit que Jésus, consacré par le Père dans l’Esprit-Saint, est le sujet véritable et pérenne de l’évangélisation. « L’Esprit du Seigneur est sur moi pour cela il m’a consacré par l’onction et m’a envoyé annoncer aux pauvres une bonne nouvelle » (Lc 4,18).Cette mission du Christ, ce mouvement, se poursuit dans l’espace et dans le temps, il traverse les siècles et les continents. C’est un mouvement qui part du Père et, avec la force de l’Esprit, porte la bonne nouvelle aux pauvres de tous les temps, au sens matériel et spirituel. L’Église est l’instrument premier et nécessaire de cette œuvre du Christ parce qu’elle est unie à Lui comme le corps l’est à la tête. « Comme le Père m’a envoyé, moi-aussi je vous envoie » (Jn 20, 21). C’est ce qu’a dit le Ressuscité aux disciples et, soufflant sur eux, il ajouta : « Recevez l’Esprit Saint » (v. 22).C’est Dieu le sujet principal de l’évangélisation du monde, à travers Jésus-Christ ; mais le Christ lui-même a voulu transmettre à l’Église sa propre mission, il l’a fait et continue de le faire jusqu’à la fin des temps en répandant l’Esprit-Saint sur les disciples, ce même Esprit qui se posa sur Lui et demeura en Lui durant toute sa vie terrestre, Lui donnant la force de « proclamer aux prisonniers la libération et aux aveugles la vue », de « remettre en liberté les opprimés » et de « proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4, 18-19).

Le Concile Vatican II n’a pas voulu consacrer un document spécifique au thème de la foi. Pourtant, il a été entièrement animé par la conscience et le désir de devoir, pour ainsi dire, s’immerger à nouveau dans le mystère chrétien, afin d’être en mesure de le proposer à nouveau efficacement à l’homme contemporain. A cet égard, le Serviteur de Dieu Paul VI déclarait deux ans après la clôture de l’Assise conciliaire : « Si le Concile ne traite pas expressément de la foi, il en parle à chaque page, il en reconnait le caractère vital et surnaturel, il la répute entière et forte et établit sur elle toutes ses affirmations doctrinales. Il suffirait de rappeler quelques affirmations conciliaires […] pour se rendre compte de l’importance essentielle que le Concile, en cohérence avec la tradition doctrinale de l’Église, attribue à la foi, à la vraie foi, celle qui a pour source le Christ et pour canal le magistère de l’Eglise (Catéchèse de l’Audience générale du 8 mars 1967). Ainsi s’exprimait Paul VI.


Durant le Concile il y avait une tension émouvante face au devoir commun de faire resplendir la vérité et la beauté de la foi dans l’aujourd’hui de notre temps, sans pour autant sacrifier aux exigences du moment présent ni la confiner au passé : dans la foi résonne l’éternel présent de Dieu, qui transcende le temps et qui pourtant ne peut être accueillie par nous que dans notre aujourd’hui qui est unique. C’est pourquoi je considère que la chose la plus importante, surtout pour un anniversaire aussi significatif que celui-ci, est de raviver dans toute l’Église cette tension positive, ce désir d’annoncer à nouveau le Christ à l’homme contemporain. 

 Mais afin que cet élan intérieur pour la nouvelle évangélisation ne reste pas seulement virtuel ou ne soit entaché de confusion, il faut qu’il s’appuie sur un fondement concret et précis, et ce fondement est constitué par les documents du Concile Vatican II dans lesquels il a trouvé son expression. Pour cette raison, j’ai insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de revenir, pour ainsi dire, à la “lettre” du Concile – c’est-à-dire à ses textes – pour en découvrir aussi l’esprit authentique, et j’ai répété que le véritable héritage du Concile réside en eux. La référence aux documents protège des excès ou d’une nostalgie anachronique et ou de courses en avant et permets d’en saisir la nouveauté dans la continuité. Le Concile n’a rien produit de nouveau en matière de foi et n’a pas voulu en ôter ce qui est antique. Il s’est plutôt préoccupé de faire en sorte que la même foi continue à être vécue dans l’aujourd’hui, continue à être une foi vivante dans un monde en mutation.

Benoit XVI, ouverture année de la Foi.

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Regard sur Vatican II

28 Octobre 2012, 03:26am

Publié par Fr Greg.

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Qui est Dieu ? Quel rapport entretient-il avec l’humanité ? Pourquoi reste-t-il silencieux ?

27 Octobre 2012, 02:44am

Publié par Fr Greg.

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Qui est Dieu ? Quel rapport entretient-il avec l’humanité ? Pourquoi reste-t-il silencieux ?

 

« Derrière le silence de l’univers, derrière les nuages de l’histoire, y a-t-il oui ou non un Dieu ? S’il existe, nous connaît-il ? Il a quelque chose à voir avec nous ? Ce Dieu est-il bon et la réalité du bien a-t-elle oui ou non un pouvoir dans ce monde ? Cette question est aujourd’hui aussi actuelle qu’elle l’était autrefois, répond le pape. Tellement de gens se demandent : Dieu est-il ou non une hypothèse ? Est-il ou non une réalité ? Pourquoi ne se fait-il pas entendre ? ».

 

 « L’‘Evangile’ veut dire que Dieu a rompu le silence : Dieu a parlé, Dieu existe (…). Dieu nous connaît, Dieu nous aime, il est entré dans l’histoire. Jésus est sa Parole, le Dieu-avec-nous, le Dieu qui nous montre qu’il nous aime, qui souffre avec nous jusqu’à la mort et ressuscite ».

Mais une autre question surgit : « Dieu a parlé, il a vraiment rompu le grand silence, il s’est montré. Mais comment pouvons-nous faire parvenir cette réalité à l’homme d’aujourd’hui afin qu’elle devienne salut ? »

 

La réponse de l’homme

Trois moyens.

- La prière. Car les apôtres n’ont pas bâti l’Eglise en « élaborant une constitution », mais en se rassemblant pour prier dans l’attente de la Pentecôte : « Nous ne pouvons pas faire l’Eglise, a dit le pape : nous pouvons seulement faire connaître ce que Lui a fait. L’Eglise ne commence pas par notre « faire », mais par le « faire » et le « parler » de Dieu. (…) Dieu seul peut créer son Eglise. Si Dieu n’agit pas, nos « choses » ne sont que les nôtres et elles sont insuffisantes. Dieu seul peut témoigner que c’est lui qui parle et qui a parlé ».

Ce n’est donc pas une simple « formalité », si chaque session du synode commence par la prière : cela manifeste la conscience du fait que « l’initiative » vient toujours de Dieu, même si l’on peut l’implorer, car l’Eglise peut seulement « coopérer » avec Dieu.

 

-Deuxième moyen : la « confessio », la confession publique de la foi. Cet acte signifie plus que professer la foi dans le Christ : c’est une authentique « confession », comparable à celle que l’on ferait avec courage devant un tribunal, aux yeux du monde, quel qu’en soit le prix.

« Ce mot « confession », qui, dans le langage chrétien latin a remplacé le mot « profession », porte en lui l’élément du martyre, l’élément du témoignage devant des instances ennemies de la foi, témoigner même dans des situations de passion et de danger de mort », a fait observer le pape.


La flamme d’amour

C’est une question de « crédibilité » : « Cela garanti justement, la crédibilité : "La « confessio » n’est pas n’importe quelle chose que l’on pourrait aussi laisser tomber. La « confessio » implique la disponibilité à donner ma vie, à accepter la passion".

 

-Or, cette « confession » a besoin d’un « habit » qui la rende visible : la charité, c’est-à-dire « la plus grande force » qui doit "brûler dans le cœur du chrétien, la flamme qui doit déclencher le brasier de l’Evangile".

 

 « Notre passion doit grandir dans la foi, doit se transformer en feu de la charité. (…) Le chrétien ne doit pas être tiède. (…) La foi doit devenir en nous flamme d’amour : flamme qui, réellement, embrase mon être, devient la grande passion de mon être et ainsi embrase mon prochain. Voilà l’essence de l’évangélisation ».

 

Benoit XVI, ouverture du synode sur la nouvelle évangélisation. 

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Education...

26 Octobre 2012, 02:21am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

 

 

 

 


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La femme, secret de la création...

25 Octobre 2012, 02:04am

Publié par Fr Greg.

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«Tu es venue pour un instant à mes côtés, et tu m’as fait sentir le grand mystère de la femme qui palpite au cœur même de la création.
C’est elle qui toujours retourne à Dieu les flots débordants de sa douceur ; elle est la beauté toujours fraîche et la jeunesse dans la nature ; elle danse dans les eaux courantes et chante dans la lumière du matin ; avec de bondissantes vagues elle étanche la soif de la terre ; et c’est en elle que l’Unique et l’Eternel s’est incarné pour jaillir en une joie qui ne peut plus se contraindre, et s’épanche dans la douleur de l’amour.»

"O femme tu n’es pas seulement le chef-d’œuvre de Dieu, tu es aussi celui des hommes : ceux-ci te parent de la beauté de leurs cœurs.
Les poètes tissent tes voilent avec les fils d’or de leur fantaisie ; les peintres immortalisent la forme de ton corps.
La mer donne ses perles, les mines leur or, les jardins d’été leurs fleurs pour t’embellir et te rendre plus précieuse.
Le désir de l’homme couvre de gloire ta jeunesse.
Tu es mi-femme et mi-rêve."

«Tes yeux m’interrogent, tristes, cherchant à pénétrer ma pensée; de même la lune voudrait connaître l’intérieur de l’océan. 
J’ai mis à nu devant toi ma vie tout entière, sans en rien omettre ou dissimuler. C’est pourquoi tu ne me connais pas. 
Si ma vie était une simple pierre colorée, je pourrais la briser en cent morceaux et t’en faire un collier que tu porterais autour du cou. 
Si elle était simple fleur, ronde, et petite, et parfumée, je pourrais l’arracher de sa tige et la mettre sur tes cheveux. 

Rabindranath Tagore

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Le grand évènement d’Eglise qu’a été le Concile (II)

24 Octobre 2012, 01:13am

Publié par Fr Greg.

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« En effet, dit le pape, il a eu lieu à une époque où tout le monde reconnaît que les hommes sont davantage absorbés par le royaume de la terre que par le royaume des cieux ; à une époque où l’oubli de Dieu devient habituel, quasiment suscité par le progrès scientifique ; une époque où l’acte fondamental de la personne humaine, rendue plus consciente d’elle-même et de sa liberté, tend à revendiquer son autonomie absolue, s’affranchissant de toute loi transcendante ; une époque où le « laïcisme » est considéré comme la conséquence légitime de la pensée moderne et la norme la plus sage pour l’ordonnancement temporel de la société… C’est à cette époque-là qu’a été célébré notre concile à la louange de Dieu, au nom du Christ, sous l’inspiration de l’Esprit-Saint ». Paul VI concluait ainsi, indiquant dans la question de Dieu le point central du concile, ce Dieu qui « existe réellement, qui est vivant, qui est une personne, qui pourvoit à tout, qui est infiniment bon ; et il est non seulement bon en lui-même, mais aussi immensément bon pour nous, il est notre créateur, notre vérité, notre bonheur au point que l’homme, quand il essaie de fixer son esprit et son cœur en Dieu dans la contemplation, accomplit l’acte le plus élevé et le plus parfait de son esprit, un acte qui, encore aujourd’hui, peut et doit être le sommet de toute l’activité humaine et qui lui donne toute sa dignité ».


Nous voyons combien l’époque dans laquelle nous vivons continue d’être marqué par un oubli de Dieu et une surdité à son égard. Je pense que nous devons donc retenir la leçon la plus simple et la plus fondamentale du concile qui est que le christianisme, dans son essence, consiste dans la foi en Dieu, qui est amour trinitaire, et dans la rencontre, personnelle et communautaire, avec le Christ qui oriente et guide notre vie : tout le reste en découle. L’important, aujourd’hui – c’était aussi le désir des pères conciliaires – est que l’on voit, encore une fois, très clairement, que Dieu est présent, qu’il nous regarde, qu’il nous répond. Et qu’en revanche, lorsque la foi en Dieu est absente, l’essentiel s’écroule parce que l’homme perd sa dignité profonde et ce qui fait la grandeur de son humanité, contre tout réductionnisme. Le Concile nous rappelle que l’Eglise, dans toutes ses composantes, a le devoir, le mandat de transmettre la parole de l’amour de Dieu qui sauve, pour que soit écouté et accueilli cet appel divin qui contient en lui-même notre béatitude éternelle.

En regardant dans cette lumière la richesse contenue dans les documents de Vatican II, je voudrais simplement évoquer les quatre Constitutions, pour ainsi dire les quatre points cardinaux de la boussole capable de nous orienter. La Constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium nous indique comment, dans l’Eglise, au commencement, il y a l’adoration, il y a Dieu, il y a la centralité du mystère de la présence du Christ.

Et l’Eglise, Corps du Christ et peuple en pèlerinage dans le temps, a comme tâche fondamentale de glorifier Dieu, comme l’exprime la Constitution Lumen gentium. Le troisième document que je voudrais citer est la Constitution sur la révélation divine, Dei Verbum : la Parole vivante de Dieu convoque l’Eglise et la vivifie tout au long de son chemin dans l’histoire. Enfin, la manière dont l’Eglise apporte au monde entier la lumière qu’elle a reçue de Dieu pour qu’il soit glorifié constitue le thème de fond de la Constitution pastorale Gaudium et spes.

Le concile Vatican II est pour nous un appel fort à redécouvrir chaque jour la beauté de notre foi, à la connaître plus en profondeur pour avoir une relation plus intense avec le Seigneur, à vivre jusqu’au bout notre vocation chrétienne. Que la Vierge Marie, Mère du Christ et de toute l’Eglise, nous aide à réaliser et à porter à son achèvement ce que les pères conciliaires, animés par l’Esprit-Saint, gardaient dans leur cœur : le désir que tous puissent connaître l’évangile et rencontrer le Seigneur Jésus qui est le chemin, la vérité et la vie. Merci.

 

Benoit XVI. Synode Nouvelle Evangélisation. Octobre 2012.

© Libreria Editrice Vaticana

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Le grand événement d’Eglise qu’a été le Concile...

23 Octobre 2012, 01:07am

Publié par Fr Greg.

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Le grand évènement d’Eglise qu’a été le Concile, événement dont j’ai été un témoin direct, (…) apparaît sous nos yeux, si l’on peut dire, comme une grande fresque, peinte dans toute la multiplicité et la variété de ses éléments, sous la conduite de l’Esprit-Saint. Et, comme devant un tableau, nous continuons à recueillir l’extraordinaire richesse de ce moment de grâce, à en redécouvrir des passages, des fragments, des morceaux particuliers.


Le bienheureux Jean-Paul II, au seuil du troisième millénaire, avait écrit : « je sens plus que jamais le devoir d'indiquer le Concile comme la grande grâce dont l'Église a bénéficié au vingtième siècle : il nous offre une boussole fiable pour nous orienter sur le chemin du siècle qui commence » (Lettre apostolique Novo millennio ineunte, 57). Je pense que cette image est éloquente. Il faut retourner aux documents du concile Vatican II, en les libérant de la masse de publications qui les ont souvent cachés au lieu de les faire connaître. Ils sont, pour notre temps aussi, une boussole qui permet au bateau de l’Eglise d’avancer en pleine mer, au milieu des tempêtes ou sur des eaux calmes et tranquilles, de naviguer en sécurité et d’arriver à bon port.


Je me souviens bien de cette époque : j’étais un jeune professeur de théologie fondamentale à l’université de Bonn et c’est l’archevêque de Cologne, le cardinal Frings, qui était pour moi une référence humaine et sacerdotale, qui m’a emmené à Rome avec lui pour être son conseiller théologique ; j’ai été ensuite nommé expert conciliaire. Cela a été pour moi une expérience unique : après toute la ferveur et l’enthousiasme de la préparation, j’ai pu voir une Eglise vivante – presque trois mille pères conciliaires venus de tous les coins du monde, réunis sous la conduite du successeur de l’apôtre Pierre – se mettre à l’école de l’Esprit-Saint, véritable moteur du concile. Rarement a-t-on pu dans l’histoire, comme cette fois-là, « toucher » presque concrètement l’universalité de l’Eglise, au moment de la grande réalisation de sa mission d’apporter  l’évangile en tous temps et jusqu’aux limites de la terre. Ces jours-ci, à la télévision ou à travers d’autres moyens de communication, si vous revoyez les images de l’ouverture de ces grandes assises, vous pourrez vous aussi percevoir la joie, l’espérance et l’encouragement qu’ont pu éprouver ceux d’entre nous qui ont pris part à cet événement de lumière qui rayonne encore aujourd’hui.


Dans l’histoire de l’Eglise, comme vous le savez sûrement, divers conciles ont précédé Vatican II. En général, ces grandes assemblées ecclésiales ont été convoquées pour définir des éléments fondamentaux de la foi, surtout en corrigeant les erreurs qui la mettaient en danger. Pensons au concile de Nicée en 325, pour contrer l’hérésie arienne et redire clairement la divinité de Jésus Fils unique de Dieu le Père ; ou à celui d’Ephèse, en 431, qui a défini Marie comme la Mère de Dieu ; ou encore à celui de Chalcédoine, en 451 qui a affirmé l’unique personne du Christ en deux natures, la nature divine et la nature humaine. Un peu plus proche de nous, il faut citer le concile de Trente, au XVIème siècle, qui a clarifié des points essentiels de la doctrine catholique face à la réforme protestante ; ou bien Vatican I, qui a commencé à réfléchir sur des thématiques diverses mais qui n’a eu le temps de produire que deux documents, un sur la connaissance de Dieu, la révélation, la foi et son rapport avec la raison, et l’autre sur la primauté du pape et sur l’infaillibilité ; il a été, en effet, interrompu par l’occupation de Rome en septembre 1870.


Si nous regardons le concile œcuménique Vatican II, nous voyons qu’à cette période du cheminement de l’Eglise, il n’y avait pas d’erreurs particulières sur la foi, à  corriger ou à condamner, ni de questions de doctrine ou de discipline spécifiques à clarifier. On peut alors comprendre la surprise du petit groupe de cardinaux présents dans la salle capitulaire du monastère bénédictin à Saint-Paul Hors-les-Murs, quand, le 25 janvier 1959, le bienheureux Jean XXIII a annoncé le synode diocésain pour Rome et le concile pour l’Eglise universelle. La première question qui s’est posée dans la préparation de ce grand événement fut précisément de savoir comment le commencer, quel rôle lui attribuer.

 

Le bienheureux Jean XXIII, dans son discours d’ouverture, le 11 octobre il y a cinquante ans, a donné une indication générale : la foi devait parler d’une façon « renouvelée », plus incisive – parce que le monde changeait rapidement – mais en gardant intacts tous ses contenus pérennes, sans renoncer à rien ni faire de compromis. Le pape désirait que l’Eglise réfléchisse sur sa foi, sur les vérités qui la guident. Mais à partir de cette réflexion sérieuse et approfondie sur la foi, devait se dessiner de manière nouvelle le rapport de l’Eglise avec l’ère moderne, du christianisme avec certains éléments essentiels de la pensée moderne, non pas pour s’y conformer mais pour présenter à notre monde, qui tend à s’éloigner de Dieu, l’exigence de l’Evangile dans toute sa grandeur et dans toute sa pureté (cf. Discours à la curie romaine pour la présentation des vœux de Noël, 22 décembre 2005). Le serviteur de Dieu Paul VI l’exprime très bien dans son homélie à la fin de la dernière session du concile, le 7 décembre 1965, par des paroles extraordinairement actuelles, quand il affirme que, pour bien évaluer cet événement, « il faut le voir dans l’époque où il s’est réalisé ».

 

Benoit XVI. Synode Nouvelle Evangélisation. Octobre 2012.

© Libreria Editrice Vaticana

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Esquisse...

22 Octobre 2012, 01:51am

Publié par Fr Greg.

 

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Le maître est celui que l'on aime. Auprès de lui s'apprend la pauvreté d'un incessant désir de pénétrer plus simplement le secret. Ne rien arracher, recevoir. C'est la rosée. Apprendre à voir en le regardant faire, sans craindre les longues heures de silence. Elles ne sont pas inutiles. Comment découvrir autrement l'inlassable recommencement du métier et sa nécessaire solitude ? On ne s'approprie pas l'expérience d'une vie, on ne peut que guetter les touches posées, reprises, jusqu'à l'hallucination. Jamais je n'ai ressenti aussi fort le prix et l'importance du travail, qu'au cours de ces longs après-midi d'été que mon maître épuisait sur une toile toujours trop petite pour contenir tout son désir. Je n'ai su le prix des nuances, la valeur d'un ton, son importance, qu'à travers cette lutte interminable et muette. Nous avions quitté depuis longtemps le temps des théories et des mots. Naît alors, au fond de soi, plus précieux que tout, l'exigence de cette taille sans concession. La qualité attire et essouffle. Le regard se concentre sur l'instant jamais atteint, comme l'horizon lumineux qui semble fuir le marcheur.

 

Un jour le maître s'en va. Au vertige de l'amour orphelin s'ajoute l'incommensurable vertige de cette somme d'expérience et de savoir que le silence va enfouir. On mesure le temps gagné auprès de lui, tout en recevant dans un éclair le testament d'une quête personnelle qu'il nous faut poursuivre. La source ne se perd pas, elle rejaillit. Recevoir le secret d'un père, c'est aussi le porter au-delà, dans un grand respect. Travail de durée et de longue patience au rythme d'une reconnaissance intérieure. Il a été celui qui nous a ouvert la porte. On ne lui dira jamais assez merci. Sa quête devient notre quête. On ne refait pas. Il faut apprendre à renaître chaque jour.

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L'urgence précipite les instants. On ne peut tout saisir. Mais ce que l'on n'a pas pu voler au vent demeure enfoui, ce que l'on n'a pas pu arracher à la beauté, à la douleur, au silence, demeure une expérience personnelle, cachée comme l'humus. Le peintre porte en lui ces émerveillements qu'il n'a jamais pu dire. Les plus beaux voyages n'ont pas le prix de cette seconde transfigurée pour laquelle il donnerait tout. Troubadour des couleurs, il ne se repose que dans cette quête, contraint de travailler pour mieux voir, mieux recevoir, contraint d'épier encore à l'instant où. il ne voit plus. La lumière serait-elle un peu sa contraignante liberté ? Elle qui joue et s'envole, elle qui effleure puis disparaît, avec quelle rigueur elle se joue de celui qui la poursuit !

 

II n'y a pas deux quêtes. S'il n'est pas toute sa vie, le travail de l'artiste s'enracine dans sa vie même comme l'exigence qui creuse d'autres exigences. Cet appel suscite un autre appel. Pour le peintre, chaque matin est le début du monde. Si la lumière fugitive n'était que le reflet d'un éblouissement plus mystérieux ?

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ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n°14

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« Ouvre large ta bouche, Moi je l’emplirai »

21 Octobre 2012, 01:49am

Publié par Fr Greg.

 

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« Maître, nous voudrions que tu exauces notre demande. » Il leur dit : « Que voudriez-vous que je fasse pour vous ? » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé ? »  Ils lui disaient : « Nous le pouvons. » Il répond : « La coupe que je vais boire, vous y boirez ; et le baptême dans lequel je vais être plongé, vous le recevrez. »  Marc 10, 35-45.

 

Extraordinaire grandeur de Jacques et Jean ! Alors que très souvent nous réagissons comme les disciples qui s’indignent devant une telle demande, avec en arrière-fond une espèce de fausse humilité pieusarde qui voudrait, dans un orgueil -caché- qu’on soit loué pour notre rien du tout..., au contraire Jésus attend nos désirs, et de grands désirs ! Jésus nous veut grand, debout, avec des désirs très large et des audaces folles !

 

Parce que Jésus a des désirs croyables sur nous, qui réclament de s’emparer de nos attentes : « vous ne savez pas ce que vous demandez » autrement dit : « Je vais vous dire ce que vous cherchez derrière ce désir encore humain, que vous exprimez maladroitement, ou avec plein de mélanges, mais parce que c'est votre désir, et que vous le donnez, cela révèle votre taille, votre attente, votre noblesse ! Et je vais m'en servir, et vous dire ce que vous attendez jusqu'au bout.."

 

Et cela c’est l’espérance : découvrir ce que signifient nos désirs pour Jésus ! Laisser Jésus s’emparer de tous nos désirs pour qu’il les mette à sa taille ! Derrière des désirs qui aux yeux des puritains, des moralistes ou de faiseurs de leçons seraient ‘animaux’ ou vils, rempli de  grandeurs ou de désirs de pouvoir, Jésus lui ne refuse aucun de nos désirs, aucun !! Tout nos désirs sont en nous quelque chose de l'attraction actuelle qu'il exerce sur nous ! 


C'est pour cela que Jésus nous regarde toujours selon ce qu'il veut nous donner; jamais en fonction de la pureté ou non de ce qu'on véhicule en nous; le ménage et la serpillère de nos désirs, c'est pour les petits épiciers en manque de perfection et attaché à leur image propre !

 

Cela ne signifie pas que Jésus réponde selon notre attente..!  Jésus répond toujours! Mais, parce que sa réponse est selon son don, un don divin, substantiel, à la taille de Dieu, cela nous éprouve, cela nous appauvrit et creuse toujours d'une certaine manière en nous un état de manque radical! 


Et pour cela Jésus répond d’abord dans un don silencieux, parce que son don ne nous est pas extérieur : c’est de l'intérieur la coupe des noces, une union intime avec lui, qui fait de nous l'unique pour Lui! C'est toujours une nouvelle naissance : venant s’emparer de toutes nos attentes, il vient élargir l’espace de notre tente et nous mettre à sa taille !

 

Et Jésus éclaire le comment sa conduite sur nous ; cette conduite parfois si scandaleuse au regard de ce qu’il peut nous demander de porter, c’est pour nous faire désirer comme il désire, nous faire régner en Maitre, c’est-à-dire comme le Père, être introduit tout de suite dans la fécondité de la croix : cette offrande gratuite de Jésus au Père, qui nous fait être source avec Lui, témoin de cet amour gratuit, sans condition, qui nous fait être quelqu'un pour Lui !

Fr Grégoire

 

 

« ... il nous est très avantageux de ne point ralentir nos désirs » Thérèse d’Avila.

« Ah ! Pardonne-moi Jésus, si je déraisonne en voulant redire mes désirs, mes espérances qui touchent à l'infini. (…)  Ah ! le Seigneur... toujours Il m'a donné ce que j'ai désiré ou plutôt Il m'a fait désirer ce qu'Il voulait me donner »  Thérèse de l’enfant Jésus.

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Esquisse... (III)

20 Octobre 2012, 00:47am

Publié par Fr Greg.

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La lumière « retravaillée » n'est plus le premier éblouissement. Elle est remodelée. Elle devient comme l'architecture du tableau et la durée qui la compose lui donne alors une autre densité, cette fragile épaisseur d'une immobile succession. L'instant du tableau lui est antérieur. Il contient le si long geste du peintre. Mais il dure encore et renaît sans «'épuiser dans chaque vrai regard qui le reçoit. C'est l'instant qui se déroule, comme au delà de la durée, musique figée dans le silence. Les siècles n'éteindront jamais le halo qui cerne le regard du vieillard de Rembrandt. Est-ce encore un trait ou est-ce l'intangible rencontre de la lumière ?

 

Dans sa quête incertaine et qui le rend fragile, le peintre s'il veut grandir doit s'affronter à quelque chose qui le dépasse. Le risque sinon est de s'essouffler dans la fade reproduction, la quête d'une originalité à la mode, ou la fidélité béate à son seul imaginaire. La rude fréquentation des grands maîtres éclaire les balbutiements et corrige l'errance. Seule l'exigeante présence de ceux qui ont fait le chemin permet de se « mesurer ». On n'improvise pas, on ne devient pas peintre parce qu'un jour on s'est éveillé revêtu de l'Inspiration ! On peut devenir peintre, peut être, parce que l'on a rencontré un jour le regard d'un vrai peintre. Du regard on est passé à l'œuvre. De l'œuvre on est retourné au regard. Et ce long va-et-vient a duré toute une vie.

 

Choisir ou reconnaître un maître ? Le reconnaître plutôt, parce qu'on 'avait choisi déjà, à l'intérieur de son propre désir. La peinture, l'art ne s'invente pas. On demeure celui qui ne sait rien encore. Le torrent bondit, mais il faut des berges pour qu'il soit torrent. Les infinis possibles appellent une taille. Le maître est ce milieu. Il est celui qui reçoit, éveille et porte dans un climat de confiance et de respect. Il attire dans une admiration. Il n'est pas la peinture apprise à l'école, le savoir technique ou historique qui, détaché de la vie propre de l'art, donne naissance à ces vedettes, blessantes caricatures dont notre monde pullule. Le maître est là, vivant chaque jour au rythme de ses doutes et de ses folles joies. Le regarder « voir », tenter de comprendre de l'intérieur l'enracinement de la peinture. Référence vivante que l'on imite dans ses premiers balbutiements, à la manière de l'enfant qui refait le geste du père sans aucun souci de sa propre originalité. Il faut assurer le pas : le regard d'abord, le dessin, le volume, et la couleur, à travers la saisie de leurs rapports. Ecouter, recevoir encore, recommencer jusqu'à l'oubli de la technique, jusqu'à l'instant rare où le geste est habité. Rien n'est plus simple, difficile, et banal, qu'un apprentissage.

 

 

ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n°14

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Esquisse... (II)

19 Octobre 2012, 00:43am

Publié par Fr Greg.

 

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Tout est peinture. L'eau et le feu, le vent dans l'air doré et ce bleu froid qui borde l'incendie d'un ocre. L'arête d'ardoise, diagonale de lumière, griffe là-haut les chutes violettes de l'abîme. Il suffit de voir, il suffit de s'émerveiller. Peindre, c'est tenter d'arracher le secret d'un rapport - rapport des tons, valeurs et rythmes entre eux - qui ne s'impose qu'à l'instant où on le perçoit. Fulgurante évidence d'une unique possibilité dans la rencontre d'une lumière et du regard. La lumière construit mais il faut savoir lire, et rapidement. Le choix de cet instant porte la marque de chaque peintre. La structure des troncs de Cézanne n'a rien à voir avec le velouté d'un bosquet de Lorrain. Tout se conjugue : valeur, couleur, matière, dans un miracle intérieur à la peinture et qui essoufflera toute tentative d'explication. Personne ne peut prétendre entrer avec des mots dans cette saisie totale et rapide. C'est cela « voir » pour un peintre. Affiner le regard jusqu'à ne prendre du détail que ce qui sera indispensable à l'ensemble. Tout contenir dans l'essentiel, ce n'est pas avant tout « simplifier et dépouiller », c'est porter à sa pointe ultime tout au long du travail, dans une décision constante, le miracle entrevu.

 

L'évidence est si impérieuse qu'elle habite le pinceau. Le travail lui- même est source de découvertes. Torrent aride ou tumultueux, il emporte, de surprises en surprises, ce paysage nouveau-né des difficultés de la technique, des caprices de la matière, des impatiences ou des longs entêtements du peintre.

 

La simplification n'est pas le fruit d'un a priori, geste aussi vain que le verbiage justificateur qui l'accompagne. On ne cherche pas avant tout à simplifier pour être à la mode, pour « faire de l'abstrait ». La vraie simplicité explose dans un silence. Elle naît d'un élagage patient et maîtrisé. J'entends encore mon maître fulminer : « Pour dépouiller, il faut avoir quelque chose à dépouiller ! » Si le silence ne peut être le fruit que de l'amour, l'espace dans le tableau ne peut vivre que de l'invisible palpitation d'une présence des choses. Quelle plénitude abandonne la montagne Sainte-Victoire dans la seule limpidité d'une ligne ; quelle force dans le gris décliné d'un mur de Nicolas de Staël ! Le peintre s'y cache, labouré d'avoir été toute une vie mendiant de la lumière.

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La peinture est faite de temps et de lumière... De ces longs temps d'incertitude qui mûrissent l'œuvre, de ces temps de désert ou de recherche sans but apparent, de ces temps de patience qu'exige la matière. Fulgurance et éternité. La vraie lumière naît d'un temps que l'on ne compte plus. La lumière de Rembrandt, ourlant un plissé de nuit, et que l'on devine plus qu'elle n'éclate, est modulée avec l'insistance d'un regard aiguisé. Elle surgit de vertigineux affrontements avec l'ombre, alors que Tintoret la sculpte et la drape, tournoyant abîme qui fait éclater le mystère. Captée et analysée par Vermeer, elle poudroie dans de subtiles couleurs qui emprisonnent le temps.

 ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n°14

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Esquisse...

18 Octobre 2012, 00:34am

Publié par Fr Greg.

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Demander au peintre pourquoi il peint, c'est demander au vent le secret de ses tourbillons, c'est demander à la mer quand elle cessera de creuser, d'étendre et d'ourler inlassablement ses vagues. Parler de la peinture, c'est déjà arrêter le regard, tenter de s'emparer de cet insaisissable qui justement ne peut être dit que par la peinture.

 

A-t-on appris à voir pour peindre, ou peint-on pour voir ? Quel est cet essentiel d'une réalité qui touche au silence et à la lumière des choses, qui échappe à toute analyse et demeure la fugitive expression d'une éternité ? Quelle est l'urgence qui, dans la seconde où elle a brûlé le regard, devient capable de vous mobiliser tout entier ? Quelle est cette attention qui retient dans l'instant le geste et la respiration du peintre?

 

Permanence et fulgurance... On ne choisit pas de peindre pour se distraire : « quel joli passe-temps ! », me dit-on souvent. La peinture s'impose avec une force grave comme une lutte nécessaire pour que survive l'éblouissement. Je me souviens de ces matins si transparents, si fragiles dans leur beauté, quand la lumière révèle les formes en les éveillant dans un miracle. S'impose alors avec acuité la certitude d'un mystère, d'un instant qui ne se reproduira plus. La joie, voisine de la douleur, demande de s'approprier ce réel. Commence alors ce long mouvement de va-et-vient entre ce que je vois et la nouvelle présence d'une réalité recréée par le travail. Cet échange est si profond qu'il n'a d'autres mesures que lui-même. Il ne s'agit pas bien sûr de reproduire ce réel avec une précision toute photographique, mais plutôt de se laisser aspirer. Supprimer la distance, devenir l'ombre, la lumière, ou le reflet, c'est tendre, au risque de tout perdre, à ce point ultime qui est limite et délivrance.

Quelle folie et quelle difficulté de vivre cet instant avec le seul contrôle de l'éblouissement ! C'est sans doute dans cette subtile correspondance qu'est la vérité du peintre. La réalité - source – nous dépasse toujours, et façonner ce qui déjà existe c'est choisir, dans l’alchimie des couleurs, la musique qui a éveillé le désir. Une étincelle émergera, peut-être une œuvre, correspondance transfigurée de l'émotion et de la réalité. Elle surprend toujours, acidulée comme une trahison ou libre comme l'envol du papillon. Il est vrai qu'à un moment donné l'œuvre s'impose. Le regard du peintre s'est posé sur un visage, puis sur le portrait en train de naître et là, par sa propre nécessité intérieure, l'œuvre guide la main jusqu'à l'instant où ce portrait est peut-être devenu le visage.

 

ISABELLE TABIN-DARBELLAY (peintre) Aletheia n°14

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De la nécessité pour tout croyant de se mettre à l'école du réel !

17 Octobre 2012, 00:01am

Publié par Fr Greg.

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Au moment où Benoît XVI tient à ce que l’Eglise propose aux non-croyants de dialoguer avec elle (le Parvis des gentils), il semble que la philosophie retrouve ses lettres de noblesse en terre catholique, après une période de délaissement où elle était parfois réduite à un « instrument » de passage pour pouvoir accéder à la théologie. Partagez-vous cette analyse ?

 

 

En fait, la formule selon laquelle la philosophie aurait été la servante de la théologie—ancilla theologiae—traduit peut-être le rêve de certains théologiens, mais n’a jamais correspondu à la réalité.

 

Même au Moyen Age, les facultés des « arts » et de théologie étaient distinctes, et les « artiens » élaboraient des échafaudages de concepts qui n’avaient pas toujours une pertinence théologique. Et les mêmes personnes pouvaient écrire de la philosophie et de la théologie sans mélanger les genres. Regardez Thomas d’Aquin quand il commente Aristote. Ou même, dans sa Somme (pourtant) théologique, par exemple quand il traite des passions ou des vertus…

 

Il est vrai que nous avons connu et connaissons encore deux écueils. Commençons par nous en garder.

 

D’une part, l’idée qu’il existerait une orthodoxie en philosophie. Il y en a une quant au dogme, et c’est très bien. Mais en philosophie, il n’existe que le vrai et le faux. Or, on a voulu régler des questions philosophiques à coup de condamnations, ce qui a paralysé pas mal de penseurs au XIXe et encore au XXe siècle.  

 

D’autre part, l’anti-intellectualisme. Pas chez les gens simples, qui savent bien qu’il faut parfois un vocabulaire technique : ils ne comprennent pas toujours leur médecin, moins encore celui qui répare leur portable… Ce qui est agaçant, c’est l’anti-intellectualisme de gens qui ont fait des études. Ils disent : « tout cela, c’est cérébral » pour faire passer leur pensée, pas moins cérébrale, mais simplement plus faible…

 

Rémy Brague, 03.10.2012.

http://www.zenit.org/article-32045?l=french

 

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Le danger actuel: l'indifférence amorphe...

16 Octobre 2012, 02:39am

Publié par Fr Greg.

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A.Bourdin (Zénith): "Il y a un obstacle plus difficile à abattre que le relativisme: l’indifférence de nombreux, de trop de baptisés. De ce point de vue, qu’en pensez-vous?"

 

L’indifférence est encore plus difficile à affronter que l’hostilité. Quand il y a de l’hostilité, on a un partenaire avec qui parler, on peut engager avec lui une partie de ping-pong, entrer en dialogue.

 

L’indifférence, par nature, est une sorte de masse amorphe que l’on ne peut pas saisir. Et donc, il me semble qu’une manière de réagir à cela, c’est d’être - de manière mesurée mais réelle - quand même un peu provocateur, faire des vagues… L’indifférence est molle, tandis que si l’on prend une attitude prophétique, provocatrice, audacieuse, alors on a quelque chance de secouer cette indifférence et de provoquer le débat.

Mgr Léonard, 29 sept 2012. Rome.

http://www.zenit.org

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L'Eglise dans le monde de ce temps...

15 Octobre 2012, 01:30am

Publié par Fr Greg.

Anniversaire Concile Vatican II


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  L’Eglise n’est pas un ilot isolé du monde. Le Concile avait voulu aller au monde pour lui partager la bonne nouvelle de l’Évangile.

 

      Mais le monde a fait irruption dans l’Église, et ce monde où l’Eglise ne cesse d’accomplir sa mission est aujourd’hui « un monde, attestait un témoin d’exception, le cardinal Garrone, au Synode des évêques de 1985, dont les transformations déconcertent notre réflexion ».


Car, pour le dire en peu de mots, « le monde du Concile » a disparu. Mon vieux père, angevin, paysan et vigneron, me confiait au terme d’une longue existence heureuse et  laborieuse, qu’il avait vu plus de changements au cours de sa vie que tous ses ancêtres au long d’un millénaire.

 

Nous vivons une crise de civilisation dont Mai ‘68 a été la manifestation spectaculaire, le vide d’une société sans âme, la remise en cause des piliers sur lesquels reposait la société, l’autorité contestée aussi bien dans l’Eglise que dans la famille et dans la cité. L’effondrement démographique de l’Europe, l’expansion de l’Islam, l’ampleur des mouvements migratoires, ont profondément bouleversé les équilibres séculaires et remis en cause les modèles de croissance et d’équilibre social. La crise, d’abord bancaire, puis financière, économique et sociale, n’a pas fini de faire sentir ses effets dans un monde où la globalisation de l’information instantanée ne cesse de bouleverser des équilibres devenus fragiles.


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L’optimisme des sixties, cher aux Américains, a fait place à un pessimisme généralisé. L’équilibre des pouvoirs, cher à Montesquieu, entre le législatif, l’exécutif et le judiciaire, a volé en éclat sous la poussée irrésistible du médiatique. La vie elle-même se trouve menacée, de l’avortement à l’euthanasie.

La transmission des valeurs, sans lesquelles une société se défait, peine à rejoindre les nouvelles générations, cette planète des jeunes qui évolue sur une orbite que les Pères du Concile, non seulement ne connaissaient pas, mais ne pouvaient même pas imaginer, notamment l’internet qui se joue diamétralement des voies millénaires de l’éducation, en famille, en école et en société.  

 

  

Cardinal Paul Poupard, Le Concile Vatican II. Une actualité surprenante

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Rodin, «élève de Dieu»

14 Octobre 2012, 03:35am

Publié par Fr Greg.

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 L'on recherche l'utilité dans la vie moderne : l’on s'efforce d'améliorer matériellement l'existence: la science invente tous les jours de nouveaux procédés pour alimenter, vêtir ou transporter les hommes : elle fabrique économiquement de mauvais produits pour donner au plus grand nombre des jouissances frelatés : il est vrai qu'elle apporte aussi des perfectionnements réels à la satisfaction de tous nos besoins.

Mais l'esprit, mais la pensée, mais le rêve, il n'en est plus question. L'art est mort.

L'art, c'est la contemplation. C'est le plaisir de l'esprit qui pénètre la nature et qui y devine l'esprit dont elle est elle-même animée.  C'est la joie de l'intelligence qui voit clair dans l'univers et qui le recrée en l'illuminant de conscience. L’art, c'est la plus sublime mission de l'homme puisque c'est l'exercice de la pensée qui cherche à comprendre le monde et à le faire comprendre.

Mais aujourd'hui l'humanité croit pouvoir se passer d'art. Elle ne veut plus méditer, contempler, rêver : elle veut jouir physiquement. Les hautes et les profondes vérités lui sont indifférentes : il lui suffit de contenter ses appétits corporels. L'humanité présente est bestiale : elle n'a que faire des artistes.

L'art, c'est encore le goût. C'est, sur tous les objets que façonne un artiste, le reflet de son cœur. C'est le sourire de l’âme humaine sur la maison et sur le mobilier... C'est le charme de la pensée et du sentiment incorporé à tout ce qui sert aux hommes. Mais combien sont-ils ceux de nos contemporains qui éprouvent la nécessité de se loger ou de se meubler avec goût? Autrefois, dans la vieille France, l’art était partout. Les moindres bourgeois, les paysans même ne faisaient usage que d'objets aimables à voir. Leurs chaises, leurs tables, leurs marmites, leurs blocs étaient jolis. Aujourd'hui l'art est chassé de la vie quotidienne. Ce qui est utile, dit-on, n'a pas besoin d'être beau. Tout est laid, tout est fabrique à la hâte et sans grâce par des machines stupides. Les artistes sont les ennemis.  

 A.Rodin, l’art. Entretien avec Paul Gsell.

 

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      Paolo et Francesca, 1880-1882. 

 

«La tête de l'homme est penchée, celle de la femme est levée, et les deux bouches se rencontrent en un baiser où se scelle l'union intime de deux êtres. Par une extraordinaire magie de l'art, il est visible, ce baiser, à peine indiqué à la rencontre des lèvres, il est visible, non seulement à l'expression des visages recueillis, mais encore à tout le frisson qui parcourt ces deux corps de la nuque aux talons.» Quand Rodin sculpte Le Baiser, en 1882, il est déjà suffisamment célèbre pour que de nombreux critiques, dont le talentueux Gustave Geffroy, mettent leur plume au service de son art. Tous le reconnaissent: avec de la terre, du bronze et du marbre, Rodin a modelé de la passion, de la souffrance, de la volupté. «Avec lui, le marbre tremble», disaient ses contemporains, déconcertés de voir que ce matériau qui semble voué à la pesanteur et à l'immobilité s'animait soudain entre ses mains.


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À Paris, le musée Rodin expose quelques- uns des plus somptueux marbres du maître, ceux qui lui avaient valu le surnom de «Michel-Ange du XXe siècle».

 

Exposées dans la chapelle de l'hôtel Biron, une cinquantaine de pièces révèlent l'habileté du maître à faire vibrer la chair dans le marbre, la rendre vivante, en exprimer les courbes et la volupté. Dur et froid, le marbre doit pourtant acquérir souplesse et chaleur sous le ciseau de l'artiste. Dans cette esthétique de l'imitation, Rodin joue de la lumière et des ombres, des creux et des saillies.

 

Comme tous les artistes de sa génération, il a les yeux tournés vers l'Italie, où il se rend en 1875. D'abord très dérouté par la torsion des corps de Michel-Ange qui font un violent contraste avec le calme des modèles grecs que Rodin avait longuement étudiés au Louvre, il est plein d'enthousiasme au retour, convaincu que Michel-Ange l'a libéré de l'académisme. Il expose L'Âge d'airain à Bruxelles, qui suscite le premier des scandales dont la carrière de Rodin sera émaillée: la sculpture était tellement vivante qu'une campagne de presse accusa l'artiste d'avoir moulé le corps d'un modèle d'atelier.

 

Pour se justifier, Rodin produisit des photos des différentes étapes de son travail tout en constatant: «Il me faudrait un cerveau plus rusé que le mien pour sortir de ces difficultés.» Il aura du moins la satisfaction d'être soutenu par ses collègues les plus talentueux: Falguière, Chapu, Dubois. Rodin, qui n'obtient que des succès de scandale et ne vend rien, doit pourtant assurer l'existence des siens. Il est tour à tour ornemaniste, orfèvre, céramiste, ouvrier le jour, artiste le soir: «J'ai eu jusqu'à 50 ans tous les ennuis de la pauvreté», avouera-t-il plus tard.

 

Rodin devra s'habituer à déclencher querelles et passions: toutes ses oeuvres seront discutées. Ses Bourgeois de Calais ont choqué et rebuté le conseil municipal de la ville, qui faillit renoncer à sa commande. Son monument à Victor Hugo, qui représente le poète nu parmi les muses, a été refusé pour le Panthéon. Mais le plus grand tollé, ce fut pour son Balzac, débordant de puissance, commandé puis désavoué par la Société des gens de lettres, qui ne voulut pas de l'oeuvre et exigea d'être remboursée jusqu'au dernier sou. Sa vie durant, Rodin dut ainsi affronter les critiques, les coups bas, les cabales, les sarcasmes, les empoignades dans les journaux, les menaces de procès. Rodin bafoué mais génial. Vilipendé mais virtuose. Discuté mais glorieux. On le sait aujourd'hui: des Grecs à Picasso, l'histoire de la sculpture passe par lui.

Léonard de Vinci inventa le «sfumato», Rodin utilisera le «non finito»

 

Avant lui parurent des maîtres, mais Barye, Carpeaux ou même le Rude glorieux de La Marseillaise de l'Arc de triomphe ne renversent pas les courants artistiques de leur temps comme Rodin saura le faire. Il devra d'abord livrer un dur combat à cet académisme qui encombre les places publiques de monuments inspirés par l'antique et de personnages en toge ou en redingote. On admire qu'il soit parvenu à dominer les contradictions de son époque. 

 

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Quand il paraît sur la scène artistique, le mouvement réaliste décline alors que le symbolisme s'affirme peu à peu. Mais ces multiples courants sont peu perceptibles dans l'oeuvre de Rodin, si personnelle qu'elle est en mesure de les dominer, de les absorber. Il n'est pas davantage proche des impressionnistes, dont il est le contemporain et avec lesquels il lui arrive d'exposer.

 

Certes, comme eux, il se passionne pour les jeux de lumière, mais alors que Monet s'acharne à saisir les apparences, Rodin affirme que ce qu'il cherche, c'est la vérité intérieure qui transparaît sous la forme: «Établissez nettement les grands plans des figures que vous sculptez. Accentuez vigoureusement l'orientation que vous donnez à chaque partie du corps. L'art réclame de la décision», ordonne-t-il aux jeunes sculpteurs.

 

Le corps humain est devenu l'unique passion de Rodin. Il n'acceptera que très rarement de coiffer d'un casque le front de Bellone ou de poser des ailes sur les épaules du génie de La Défense. Le corps nu sera, tout au long de sa carrière, l'objet quasi exclusif de son étude, corps d'homme au temps de L'Âge d'airain, du Penseur, corps féminin surtout qu'il traquera sans cesse, dont il aimera traduire la chair dans l'argile ou le marbre. Cette volonté d'observer comment les sentiments se traduisent sur chaque muscle, chaque grain de la peau, fait de Rodin un sculpteur qui ne ressemble à aucun autre. Dès qu'il est parvenu à la maîtrise, une seule préoccupation l'assaille: saisir la vie sous toutes ses formes, telle que la révèle le corps du modèle qui évolue devant lui.

 

«Rodin, la chair, le marbre», musée Rodin, 79, rue de Varenne, 75007 Paris, jusqu'au 3 mars 2013.

www.Lefigaro.fr

 

 

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Pour le Christ, personne n’est étranger, personne n’est exclu, personne n’est lointain!

13 Octobre 2012, 02:29am

Publié par Fr Greg.

Anniversaire Concile Vatican II

 

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Le 7 décembre 1965, en présidant la session de clôture, Paul VI soulignait la générosité du Concile, à la rencontre de « l’humanisme laïque et profane, qui est apparu dans sa terrible stature et a, en un certain sens, défié le concile. Qu’est-il arrivé ? Un choc, une lutte, un anathème ? Cela pouvait arriver, mais cela n’a pas eu lieu. La vieille histoire du Samaritain a été le modèle de la spiritualité du Concile. Une sympathie sans bornes l’a envahi tout entier. La découverte des besoins humains – et ils sont d’autant plus grands que le fils de la terre se fait plus grand -, a absorbé l’attention de notre Synode". Et le lendemain, .sur la place Saint-Pierre ruisselante  de soleil, dans un geste totalement neuf dans l’histoire conciliaire bimillénaire, le Pape radieux remettait les messages au monde, aux gouvernants, aux hommes de pensée et de science, aux artistes, aux femmes, aux travailleurs, aux pauvres, aux malades, à tous ceux qui souffrent, aux jeunes, en leur disant avec chaleur communicative : "Pour l’Eglise catholique, personne n’est étranger, personne n’est exclu, personne n’est lointain". Le Concile s’achevait à Rome, il ne faisait que commencer à travers le monde.


Ainsi le Concile à son terme retrouvait-il l’inspiration de son premier geste, le message adressé au monde le 20 octobre 1962, dont Paul VI avait pu dire : "Geste insolite, mais admirable. On dirait que le charisme prophétique de l’Eglise a subitement explosé! Comme Pierre qui, le jour de la Pentecôte, se sentit poussé à élever tout de suite la voix et à parler au peuple, vous avez voulu tout d’abord vous occuper, non pas de vos affaires, mais de celles de la famille humaine, et engager le dialogue, non pas entre vous, mais avec les hommes".

 

À quasi 50 ans de distance, dont trente ans passés, à la demande de Jean-Paul II, puis de Benoît XVI, en charge du dialogue avec les non-croyants et les cultures, puis du dialogue interreligieux, je voudrais, chers amis, faire avec vous mémoire d’espérance. La mémoire n’est-elle pas l’espérance du futur ? Après tant de commentaires et de publications – j’en ai, pour ma part, plus de deux mètres de rayonnage dans ma bibliothèque ! -, je voudrais retrouver avec vous le vrai visage du concile, en nous inspirant de la clé de lecture que nous a proposée, dès le début de son pontificat, notre pape Benoît XVI, en réponse aux vœux de Noël des cardinaux, le 22 décembre 2005.

 

 Benoît XVI,avec courage et simplicité, s’est interrogé : « Quel a été le résultat du concile ? A-t-il été reçu d’une manière juste ? Qu’est-ce qui, dans la réception du concile, a été bon ? Qu’est-ce qui a été insuffisant ou erroné ? Que reste-t-il encore à faire ? Personne ne peut nier que, dans diverses parties de l’Eglise, la réception du concile s’est déroulée d’une manière plutôt difficile… La question se pose : pourquoi ?...Eh bien, tout dépend de la juste interprétation du concile ou –comme on dirait aujourd’hui- de sa juste herméneutique, de la juste clé de lecture et d’application.


Les problèmes de la réception sont nés du fait que deux herméneutiques contraires se sont affrontées et se sont querellées. L’une a causé la confusion, l’autre, silencieusement mais d’une manière toujours plus visible, a porté des fruits. Il existe, d’une part, une interprétation que je voudrais appeler « herméneutique de la discontinuité et de la rupture », bien souvent elle a pu se prévaloir de la sympathie des médias et aussi d’une partie de la théologie moderne. D’autre part il y a « l’herméneutique de la réforme », du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Eglise que le Seigneur nous a donné. C’est un sujet qui grandit dans le temps et se développe ; demeurant pourtant toujours le même, unique sujet du peuple de Dieu en chemin…

 

Quarante ans après le concile, nous pouvons souligner que le positif est plus grand et plus vivant que ce qu’il paraissait dans l’agitation des années 1968. Nous voyons aujourd’hui que la bonne semence, tout en se développant lentement, grandit cependant, et ainsi grandit aussi notre profonde gratitude pour l’œuvre accomplie par le concile…

Nous pouvons ainsi tourner aujourd’hui notre regard avec gratitude vers le concile Vatican II  : si nous le lisons et le recevons guidés par une juste herméneutique, il peut être et devenir toujours davantage une grande force pour le renouveau, toujours nécessaire, de l’Eglise.» ( Documentation catholique, 15 janvier 2006, n° 2350, p.59-63). 


Cardinal Paul Poupard Le Concile Vatican II. Une actualité surprenante

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"Je n'aime pas parler aux cathos parce qu'ils 'savent'..." M.Merleau Ponthy.

12 Octobre 2012, 01:04am

Publié par Fr Greg.

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Certains, qui  répètent sans avoir compris, sont de « fausses » personnes ; car répéter reste imaginatif. Ils disent que Dieu existe sans avoir jamais compris ce que cela voulait dire. D’autres au contraire qui ont vraiment cherché loyalement toute leur vie mais dont la recherche a été un peu faussée, et qui de ce fait, n’ont pas découvert que Dieu existe sont des personnes humaines beaucoup plus vraies.

 Répéter n’est pas intelligent, c’est une imitation qui ne répond pas à ce que l’intelligence réclame. L’intelligence a horreur du toc, de la répétition ! C’est pourquoi une culture chrétienne  qui se sclérose, qui répète et est un peu tombée dans l’imagination, ne forme pas une personne ; elle la déforme plutôt du point de vue de l’intelligence. Or il est essentiel d’avoir une intelligence  qui cherche la vérité, qui soit rectifiée dans sa recherche.

La personne humaine ne se construit pas sur quelque chose de secondaire. Elle ne peut se construire que sur ce qui est premier, sur ce qui est vraiment l’intelligence comme intelligence, qui cherche à connaître ce qui est. Il est suffisant pour la rectitude de l’intelligence qu’elle respecte la recherche de ce qui est et reconnaisse que ce qui est antérieur à toute la  connaissance : voilà ce qui est capital pour la personne : reconnaître que l’intelligence est faite pour atteindre ce qui est, pour le connaître et s’y intéresser. Mais le développement de l’intelligence ne se fait pas d’une seule manière ; il se fait par l’art, par la philosophie, par les sciences, etc.

C’est l’intelligence cherchant la  vérité  qui rectifie l’homme et c’est en ce sens-là qu’elle fait partie de la personne humaine et la structure. De fait la découverte de la vérité ultime, celle de Dieu comme Etre premier est au-delà du seul bien de l’intelligence. C’est une découverte du bien de la personne, et, pour cette raison, les moyens peuvent être très divers, apparemment inefficaces. Ils sont pourtant en vue d’un même but : découvrir ce qui est premier.   

M-D Philippe. Retour à la source, Tome 1.

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Anniversaire du Concile Vatican II.

11 Octobre 2012, 02:21am

Publié par Fr Greg.

 

 

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Jean XXIII parlait (ainsi) du Concile, en son langage familier : "Une véritable joie pour l’Eglise universelle du Christ, voilà ce que veut être le nouveau Concile oecuménique. En fait de Concile, nous sommes tous novices. Le Saint Esprit sera là, lorsque tous les Evêques seront réunis. Et on verra bien!  Ce sera la fleur spontanée d’un printemps inattendu.


Le concile n’est pas une assemblée spéculative. C’est un organisme vivant et vibrant, qui embrasse le monde entier, une maison ornée pour une fête et resplendissant dans sa parure de printemps, l’Eglise qui appelle tous les hommes à elle.


Le Concile, disait-il, joignant le geste à la parole, c’est la fenêtre ouverte; ou encore, c’est enlever la poussière et balayer la maison, y mettre des fleurs et ouvrir la porte en disant à tous : "venez et voyez. Ici, c’est la maison du Bon Dieu". Le Concile fera monter vers le Ciel un chant printanier de jeunesse. A des architectes, il disait : le concile entend bâtir un édifice nouveau sur les fondements posés au cours de l’histoire. A un orchestre : Ce sera une puissante symphonie. Et à tous : Il suscite dans le monde entier une intense espérance. Que peut être un Concile, sinon le renouvellement de la rencontre avec le visage de Jésus Ressuscité ? Le Concile, c’est l’Eglise illuminant le monde à travers les siècles. Oui, lumière du Christ, Eglise du Christ, lumière des nations..."(Cf.Documentation catholique, T. LIX, 7 octobre 1962, n° 1385, Le Concile).


Puis ce fut à travers la place Saint-Pierre l’inoubliable procession des 2860 Pères, venant de 141 Pays, les Evêques en mitre blanche, avec le vieux Pape intensément recueilli, comme un bloc de prière, l’interminable célébration -plus de 5 heures dans la Basilique Saint - Pierre-, marquée par la longue et percutante homélie du vieux pontife à la voix étonnamment jeune, ferme et claire, fustigeant les prophètes de malheur et énonçant la distinction fameuse entre le dépôt de la foi et la forme de l’annonce, celle-ci devant conserver toutefois le même sens et la même portée.


La voix vigoureuse résonne encore à mes oreilles, ponctuée d’un geste assuré : "Il faudra attacher beaucoup d’importance à cette forme et travailler patiemment s’il le faut à cette élaboration. Et on devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère pastoral".


En clôturant cette première session, le 8 décembre 1962, Jean XXIII ajoutait : "Ce sera la nouvelle Pentecôte, si attendue". Mais en privé, il ajoutait : "ma part à moi, ce sera la souffrance". Et il mourait, offrant sa vie pour le Concile.

 

Cardinal Paul Poupard,Le Concile Vatican II. Une actualité surprenante

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Pas de langue de bois...!!!

10 Octobre 2012, 02:03am

Publié par Fr Greg.


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Accueillez l'autre sans réserve !

9 Octobre 2012, 01:32am

Publié par Fr Greg.

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Les frustrations présentes ne doivent pas conduire à vous réfugier dans des mondes parallèles (ils) peuvent, avec grande facilité, vous entraîner à une dépendance et à la confusion entre le réel et le virtuel.

Recherchez et vivez des relations riches d’amitié vraie et noble. Ayez des initiatives qui donnent du sens et des racines à votre existence en luttant contre la superficialité et la consommation facile!

Vous êtes soumis également à une autre tentation, celle de l’argent, cette idole tyrannique qui aveugle au point d’étouffer la personne et son cœur.

Recherchez de bons maîtres, des maîtres spirituels, qui sachent vous indiquer le chemin de la maturité en laissant l’illusoire, le clinquant et le mensonge.

Soyez les porteurs de l’amour du Christ! Comment? En vous tournant sans réserve vers Dieu, son Père, qui est la mesure de ce qui est juste, vrai et bon. Méditez la Parole de Dieu! Découvrez l’intérêt et l’actualité de l’Evangile. Priez!

 « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34). Là est le testament de Jésus et le signe du chrétien. Là est la véritable révolution de l’amour!

Et donc, le Christ vous invite à faire comme lui, à accueillir sans réserve l’autre, même s’il est d’appartenance culturelle, religieuse, nationale différente. Lui faire une place, le respecter, être bon envers lui, rend toujours plus riche d’humanité et fort de la paix du Seigneur. Je sais que beaucoup parmi vous participent aux diverses activités promues par les paroisses, les écoles, les mouvements, les associations.

La fraternité est une anticipation du ciel! Et la vocation du disciple du Christ est d’être « levain » dans la pâte, comme l’affirmait saint Paul: « Un peu de levain fait lever toute la pâte » (Ga 5,9).

Soyez les messagers de l’Evangile de la vie et des valeurs de la vie. Résistez courageusement à tout ce qui la nie: l’avortement, la violence, le refus et le mépris de l’autre, l’injustice, la guerre.

Vous répandrez ainsi la paix autour de vous. Est-ce que ce ne sont pas les « agents de paix » que nous admirons finalement le plus?

N’est-ce pas la paix ce bien précieux que toute l’humanité recherche?

N’est-ce pas un monde de paix qu’au plus profond nous voulons pour nous et pour les autres ?

« Salami Outikom » ["Je vous donne ma paix"] a dit Jésus. Il a vaincu le mal non par un autre mal, mais en le prenant sur lui et en l’anéantissant sur la croix par l’amour vécu jusqu’au bout.

Découvrir en vérité le pardon et la miséricorde de Dieu, permet toujours de repartir pour une nouvelle vie. Il n’est pas facile de pardonner. Mais le pardon de Dieu donne la force de la conversion, et la joie de pardonner à son tour. Le pardon et la réconciliation sont des chemins de paix, et ouvrent un avenir.

 Benoit XVI, 19 sept 2012, aux Jeunes du Liban.

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Le courage d'avoir peur (V)

8 Octobre 2012, 02:56am

Publié par Fr Greg.

 

 

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3. Dans l'âme, le désespoir. - Non pas le désespoir d'être condamné par Dieu, mais de se condamner soi-même en se voyant incapable de la confiance qui nous sauverait.

Il faut passer par un tel désespoir atténué pour que meurent les racines orgueilleuses qui sont à sa source. Le salut n'est pas offert à notre orgueil, mais à notre âme d'enfant. Pour que la confiance s'épanouisse (cette confiance qui gémit dans les douleurs de l'enfantement), il faut que meure tout orgueil._ et l'orgueil meurt en désespérant. Il n'a rien d'autre à faire, il ne faut rien souhaiter d'autre pour lui.

Mais il faut souhaiter qu'en désespérant, il n'entraîne pas l'enfant de Dieu dans son naufrage. C'est pourquoi Dieu procède avec une telle délicatesse...

Notre situation est comparable à celle d'un pays infesté de brigands. Les brigands sont nos péchés, éventuellement nos vices, plus profondément la part d'orgueil qui se mêle à notre vertu elle-même et qui veut farouchement être quelque chose.

A cause des brigands, le pays a bien du mal à vivre. La circulation n'est pas sûre, les échanges difficiles, la vie culturelle, les joies de la famille et de l'amitié ne s'épanouissent pas. C'est la situation combien décrite par les psychiatres et violemment criée par les poètes : l'homme est un loup pour l'homme, on ne communique pas, il n'y a pas d'amour heureux.

Le peuple apprend qu'aux frontières règne un roi merveil­leux doté d'une armée puissante. Dans son désespoir, il lance un appel au roi, qui franchit la frontière avec son armée. A peine a-t-il paru que les brigands vont se cacher au plus pro­fond des forêts et des grottes. Le pays respire, la vie reprend, le roi occupe ses bonnes villes : c'est le fruit de notre don absolu à Jésus-Christ.., notre coeur se remet à vivre, nos qualités s'épanouissent, nous connaissons la joie et la paix.

En réalité nous sommes loin de compte, et notre idéal est bien médiocre. Ce que nous appelons la paix c'est plutôt un compromis, un dosage entre le bien et le mal (nommé

équilibre » !). Nous rêvons de « coexistence pacifique » entre le vieil homme et le nouveau, notre coeur de pierre et notre coeur de chair, l'orgueil et l'esprit d'enfance : « Ce n'est pas brillant, mais enfin on s'entend encore à peu près. Il ne faut pas trop en demander ! »

Mais le Christ n'est pas venu pour cela : « Je vous donne ma paix, je vous laisse ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne... » Le monde la donne par mode de compromis : le Christ veut nous la donner par l'extinction de tout ce qui menace la circulation de l'Amour.

Alors le roi dit un jour : « Quand je suis venu, il y avait des brigands dans ce pays. Que sont-ils devenus ? - Seigneur, ils se cachent, ils dorment, ils sont neutralisés... - Point du tout : il faut en finir. Je vais les poursuivre et les exterminer. - ! Mais vous allez les réveiller ! ce sera encore la guerre...- Je ne suis pas venu vous apporter la paix (selon votre idée), mais une guerre d'extermination contre tout ce qui menace ma Paix. Toute créature doit être salée par le feu, et je suis venu jeter ce feu sur la terre. »

C'est donc le roi lui-même qui déchaîne les brigands que sa présence avait endormis. Il ne faut pas s'étonner si d'étranges tentations se soulèvent dans nos cœurs et dans nos corps après de longues années passées au service du Christ : réveil de fièvres endormies, ou même éclosion de fièvres inconnues. C'est le Saint-Esprit qui provoque ces fièvres lorsque notre heure est venue. Il faut savoir cela, il faut comprendre que c'est normal, car nous portons en nous des choses dangereuses.

Méditez l'Epître aux Romains : « Je sens deux hommes en moi » - mais ne croyez pas que ce soit là un état définitif ! Beaucoup s'imaginent que l'idéal de la vie chrétienne, c'est d'éviter que le vieil homme fasse des siennes. Il y a beaucoup plus à espérer : c'est qu'il meure. Dans les épîtres pastorales, Paul ne dit plus la même chose, mais : « J'ai combattu le bon combat, ma course est consommée, j'attends la couronne de justice. » Tant que nous sentons deux hommes en nous, nous ne sommes pas complètement sauvés.

Après plusieurs années de vie chrétienne ou religieuse, nous atteignons un certain plafond que nous ne pourrons jamais dépasser par nous-mêmes. Nous faisons des progrès, mais à l'intérieur de limites étroites. Nous en arrivons alors à la coexistence pacifique dont je parlais : par nous-mêmes, je le répète, nous ne pouvons rien faire de plus. Mais ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu, et nous n'avons pas le droit d'en douter.

Alors, si nous le croyons vraiment, nous pouvons encore faire une chose. Nous pouvons dire à Dieu : « J'accepte le traitement »... et signer notre feuille d'hospitalisation - notre entrée dans le monastère des purifications passives. Alors là, Dieu sait comment faire. Il nous donne le Sang du Christ, lequel a le pouvoir d'opérer le miracle de notre sanctification totale, de faire de nous des êtres qui, même dans leurs premiers mouvements, n'offrent aucune résistance profonde à la volonté de Dieu : ce sont les saints. Tout ce qu'Il nous demande, c'est d'y croire et de le désirer.


Marie Dominique Molinié, Le courage d'avoir peur 

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Celui qui n'accueille pas le royaume de Dieu à la manière d'un enfant n'y entrera pas

7 Octobre 2012, 01:57am

Publié par Fr Greg.

 

 

"Je dois donc me supporter telle que je suis, avec toutes mes imperfections"

Saint Thérèse de Lisieux, Manuscrit C

 

"Puisqu'il est avec nous dans nos jours de faiblesse n'espérons pas tenir debout sans l'appeler"

Hymne Laudes, vendredi 3e semaine

 

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Je voudrais dire une chose, une seule chose, je voudrais la clamer, la chanter, la crier, pour qu'elle puisse enfin être ENTENDUE. Nous connaissons cette chose, nous l'enseignons mais nous ne semblons pas la laisser bouleverser nos vies tant nous vivons loin de cette bonne nouvelle. Cette chose est infiniment simple. Elle ne demande aucune érudition pour être comprise, aucun effort pour être atteinte. Elle ramasse toute la foi chrétienne.


Qu'elle est donc cette chose qui fait que nous sommes des saints hommes ?  Ma réponse peut vous étonner : vivre avec perfection nos imperfections. Notre perfection - il faut des yeux de Pâques pour saisir cela - se conjugue à l’imparfait.  Se vit à l'imparfait. Nous sommes parfaitement imparfaits. Au lieu de nous tourmenter par nos imperfections, il faudrait s'en réjouir. C'est François de Sales qui affirmait dans sa vie dévote qu'il adressait aux gens ordinaires : Nos chères imperfections sont un chemin pour accueillir celui qui est parfait. Il ajoute : nous avons perpétuellement besoin du lavement des pieds car nous marchons dans la poussière.   


Maurice Bellet écrit en se référant à l'épitre aux Romains que la foi chrétienne commence quand je n'ai plus à me tourmenter de mon impuissance, que je n'ai plus à m'enrager de mes faiblesses, que je n'ai plus à me tendre dans une raideur désespérée pour me rendre conforme à ce qu'il faudrait que je sois pour que Dieu me regarde. La foi chrétienne, c'est la certitude que Dieu lui-même vient pour me transformer, transformer mes démons en diables de papier et faire de ma faute cette vieille peau morte qui tombe au lever du jour (Maurice Bellet, La rage de la perfection).


Thérèse de l’enfant Jésus, la chercheuse de Dieu, fait de ses faiblesses le coeur de sa petite voie. J'ai le droit sans offenser le bon Dieu de faire des petites sottises jusqu'à ma mort. Voyez les petits enfants, ils ne cessent de casser, de déchirer, de tomber tout en aimant leurs parents (JEV 120)


Le bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ; me grandir, c’est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections, mais je veux chercher le moyen d‘aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d’inventions, maintenant ce n’est pas la peine de gravir les marches d’un escalier, chez les riches un ascenseur le remplace avantageusement. Moi, je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection (Ms C 2v).


Et si cette réflexion de Thérèse de Lisieux ne vous convient pas, retenez celle de saint Bernard : Ô bienheureuses faiblesses que la puissance de Dieu vient combler! Qui m’accordera non seulement d’être faible mais aussi de perdre tout ce qui fait ma force, voire de me perdre, pour être restauré par la puissance du Seigneur tout-puissant. Cette puissance se manifeste pleinement dans ma faiblesse (2 Co 12, 4). Quand je suis faible, c’est donc que je suis fort et puissant (2 Co 12, 10(Sermon sur le Cantique des Cantiques).

http://geraldchaput.homily-service.net

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