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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le courage d'avoir peur (I)

30 Septembre 2012, 02:38am

Publié par Fr Greg.

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Il n'y a pas de péché grave sans orgueil -l'orgueil de la vie, la volonté d'affirmer nos exigences-. Les fautes inquiétantes sont celles qui durent, auxquelles on est attaché, les fautes qu'on a tendance à justifier. Dans ces fautes-là, il y a toujours de l'orgueil.

 

Quand il s'agit de l'orgueil, on se trompe sur le but. Pour être délivré de cet aveuglement, il ne s'agit plus de lutter ou de se dominer mais de se convertir. Le problème n'est plus de progresser, mais de virer de cap, « renverser la vapeur ».


La grâce de la conversion n'est pas d'abord une grâce de force mais de lumière - une lumière que nous ne pouvons pas fabriquer nous-mêmes. Dieu ne nous demande pas de la fabriquer mais de l'accueillir, et pour nous y disposer de l'attendre avec désir : telle est la fidélité de ceux qui veillent en attendant la visite du Maître. Nous obtiendrons la grâce de cette visite dans la mesure où nous accepterons d'en avoir besoin, de plus en plus douloureusement.

Quand Marie-Madeleine a vu le Christ, elle a compris ce qu'elle avait fait. Sa vue du monde a changé en un instant. Cela ne se produit pas à notre gré : tout ce que nous pouvons faire, c'est de gémir, de prier, d'invoquer l'Esprit-Saint.


Regardez Pierre. Chaque fois qu'il était question de la Croix, il disait : « Cela ne se passera pas comme ça ! » Il n'avait qu'un moyen de se convertir, c'était de trahir le Christ. Vous pensez bien que ce n'était pas lui qui pouvait inventer cela... Vous voyez ici comment l'orgueil se glisse dans les œuvres bonnes. C'était très bien de vouloir défendre le Christ contre les Pharisiens - mais l'orgueil se glissait là-dedans... Le Christ permet alors que Pierre fasse une grosse faute visible à l'œil nu. Au début, il n'y a rien compris ; cette trahison inconcevable, il ne s'en rendait même pas compte : il était le jouet de Satan. Alors là, regardez bien le miracle de la grâce. Pierre est en train de renier Jésus avec la plus parfaite conviction.., rien ne pouvait plus l'arrêter, si ce n'est une lumière à laquelle il ne se préparait nullement. Jésus le regarde : sa vue du monde change - le monde est renversé, tout s'effondre. Il ne dira plus : « Je mourrai pour toi » - à peine osera-t-il dire, le cœur douloureux : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime. »


Extraordinaire exemple de ce qu'on peut appeler les purifications passives. Toute conversion est essentiellement passive : c'est une grâce qui fond sur nous, une lumière imprévue et imprévisible par laquelle on se laisse prendre jusqu'à la division de l'âme et de l'esprit. On est retourné : c'est un vrai miracle à chaque fois. Les larmes que cela provoque sur les péchés passés ne sont plus des inquiétudes ou des craintes. On voit qu'on a refusé l'Amour, et que ce même Amour s'offre à nous de nouveau, plus que jamais. On s'est préféré à Dieu, on a le cœur brisé. Toutes les fois que cela arrive, même au plan du péché véniel, au bout du chemin ce sont les mêmes larmes.

 

La conversion suppose notre consentement, mais c'est tout de même quelque chose qu'on subit et non qu'on fabrique, parce que c'est l'axe de notre vie qui change. Par nous-mêmes, nous ne pouvons pas aller jusque-là, nous pouvons améliorer les moyens, nous ne pouvons pas améliorer le but.

MD Molinié, le courage d'avoir peur.

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Pour moi tu es belle...

29 Septembre 2012, 02:25am

Publié par Fr Greg.

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Une histoire du mal...

28 Septembre 2012, 00:15am

Publié par Fr Greg.

NO COUNTRY FOR OLD MEN

 

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"Il n’y a pas de lieu pour les vieux hommes, pas de pays pour reposer en paix."

 

Le Mal est dans notre monde et c’est la vanité et la gourmandise des hommes qui le déclenche et l’appelle.

Ce film a quelque chose d’une version moderne du film « Le bon, la Brute et le Truand » de Sergio Leone. Le sheriff est le bon, Anton Chigurh la brute (un homme de parole qui poursuit ce qu'il a décidé, logique avec lui, sans que le réel n'est de prise sur lui), et Llewelyn Moss le truand, petit profiteur, toujours attiré par l’argent et qui se prend pour un dur.


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Mais ce film décrit et montre, à travers le personnage d’Anton Chigurh, à la question du Mal. Anton en est son incarnation, sa présence sur Terre. Le Mal tue tous ceux qui l’empêchent d’arriver à ses fins : soit des obstacles directs, soit des collatéraux ( le type en début de film tué pour sa voiture).


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Et ce mal est là où les hommes sont pris par leur quête idiote de vanités matérielles (la drogue, l’argent). Llewelyn Moss incarne ainsi chacun avec ses petites gourmandises aux conséquences immenses ! Car le Mal ne dévie jamais, il est insensible à la raison et aux arguments. Il tue parce qu’il l’a promis, il ne dévie jamais de sa route, il se tient aux règles qu’il a fixé. Si on nous le montre après l’accident c’est pour enfoncer le clou : une chemise contre de l’argent, toujours la même constance, la même logique imparable : le Mal quel que soit sa nuisance a ses principes sur lesquels la raison ou les sentiments n’ont pas de prise. Ce que l’on prend pour de la folie s’avère être un comportement suivant une logique interne imparable. Si on voit le Mal quitter la scène sans être inquiété c’est qu’il ne peut être vaincu, quoi que fassent les hommes, ils ne peuvent faire dévier le Mal de sa trajectoire : on ne peut éradiquer le Mal.

 

Lorsqu’on voit le tueur partir, on sent que les deux gosses commencent à s’entredéchirer pour un billet. Donc même si le mal part sans tuer ceux qu’il rencontre, il laisse de toute façon derrière lui le chaos : chaque rencontre avec le mauvais engendre le désordre et nuit irrémédiablement.

  

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Le monologue en début de film et au final du sheriff l’inscrit en héros désenchanté, en observateur du monde ; il est la présence de l’homme qui pâtit du mal sans pouvoir rien faire : il rêve de son père mais ce dernier passe devant lui sans le reconnaître, un peu comme pour lui dire qu’il est encore trop tôt pour qu’il quitte ce monde. Ce rêve est là pour lui dire que même dans les endroits les plus sombres (la montagne noire du rêve) on trouve une lueur d’espoir, souvent à travers quelqu’un qu’on aime.

 

Le plan final -le shérif discute avec son épouse en buvant un café, sans musique de fond- semble montrer qu’on ne peut rien faire face au mal qui s’abat, comme si on était dans une lutte qui nous dépasse…

 

Face à la présence du mal 

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Anton Chigurh est source de toute violence, parce qu’il l’a décidé et il tue tous ceux qui lui disent qu’il est fou : ce qu’il a pensé est la mesure de tout ce qui existe : l’orgueil absolu, implacable, silencieux, rusé, fascinant, puissant, efficace, arrivant à ses fins, logique et surtout semble être en paix totale en lui-même.

- Llewelyn Moss a peur de la violence, et la fuit. Mais son seul moyen de riposter contre cette violence qui le suit sans cesse, c’est d’utiliser la violence…

- le sheriff ne comprend pas la violence. Il part en retraite, désabusé de constater qu’on ne peut pas revenir sur ce qui est en route : « Dès que la politesse disparaît, le reste suit pas à pas ». Il laisse la violence s’étendre, et ne tente rien pour l’en empêcher : il laisse les Mexicains se barrer.

 

Chercher à connaitre le mal c’est l’appeler.

Une chose détermine ou non la survie des personnes qui croise Anton Chigurh… c’est le regard que ces futures victimes porte sur sa personne. Le fait même de voir le Mal en action, les condamne (contrairement à la femme du bungalow, qui ne se soucie guère des requêtes d’Anton Chigurh). Regarder le tueur et soupçonner sa nature c’est se condamner à en devenir la victime. Les seuls personnages du film qui s’en sortent sont ceux qui n’ont pas vu le mal : les 2 gosses n’y ont vu qu’une victime d’un accident de la route, la gérante y a vu un petit emmerdeur mais pas plus.


Une présence du mal qui se révèle toujours plus implacable

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Le sheriff ouvre le film en parlant de ses aïeux, de la violence « d’avant », qui semble contraire à celle « d’aujourd’hui » qui est totalement détachée, abstraite, gratuite. Le sheriff est là pour observer ce changement, se rendre compte qu’il ne comprend plus, qu’il est « submergé ». Lui qui est le symbole de la loi et de l'ordre, ne peut plus que subir cette présence du mal qui s'impose !

Dans le dialogue avec « l’homme aux chats », on lui rappelle que cette violence incompréhensible a toujours fait partie du monde, et que c’est le recul fourni par l’âge qui lui permet de la voir dans son époque. Cette violence, ce Mal, trouve son origine dans l’observation conférée par les années : or de cette incompréhension nait le dégoût, l’envie de se retirer, de disparaître. D’où le titre : « il n’y a pas de pays pour les vieux hommes », car ils prennent conscience du Mal qui ronge l’humanité dans son intégralité et non un pays et une époque donnée.


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D’où cette conclusion du sheriff : « Ça m’a amené à un moment de ma vie auquel j’aurais jamais pensé que j’arriverais un jour. Y a quelque part un prophète de la destruction bien réel et vivant et je ne veux pas avoir à l’affronter. Je sais qu’il existe. J’ai vu son œuvre. Je me suis trouvé une fois en face de ces yeux-là. Et je ne recommencerai pas. »

Fr G.

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Découvrir Philippe Muray

27 Septembre 2012, 02:55am

Publié par Fr Greg.

 

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Transparence! Le mot le plus dégoûtant en circulation de nos jours!

26 Septembre 2012, 02:42am

Publié par Fr Greg.

 

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... Dura lex, sed tex! Il y a des soirs où la télé, pour qui la regarde avec la répugnance requise, ressemble à une sorte de foire aux lois. C'est le marché des règlements. Un lex-shop à ciel ouvert. Chacun s'amène avec son brouillon de décret. Faire un débat sur quoi que ce soit, c'est découvrir un vide juridique. La conclusion est trouvée d'avance. "Il y a un vide juridique!" Vous pouvez fermer votre poste. Le rêve consiste clairement à finir par interdire peu à peu, et en douceur, tout ce qui n'est pas encore absolument mort. "Il faut combler le vide juridique!" Maintenant, l'obsession pénaliste se réattaque de front au plaisir. Ah! ça démangeait tout le monde, de recriminaliser la sexualité! En Amérique, on commence à diriger vers des cliniques spécialisées ceux à qui on a réussi à faire croire qu'ils étaient des addicts, des malades, des espèces d'accros du sexe. Ici, en France, on a maintenant une loi qui va permettre de punir la séduction sous ses habits neufs de "harcèlement". Encore un vide de comblé! Dans la foulée, on épure le Minitel. Et puis on boucle le bois de Boulogne. Tout ce qui se montre, il faut l'encercler, le menotter de taxes et décrets. A Bruxelles, de sinistres inconnus préparent l'Europe des règlements. Toutes les répressions sont bonnes à prendre, depuis l'interdiction de fumer dans les lieux publics jusqu'à la demande de rétablissement de la peine de mort, en passant par la suppression de certains plaisirs qualifiés de préhistoriques comme la corrida, les fromages au lait cru ou la chasse à la palombe. Sera appelée préhistorique n'importe quelle occupation qui ne retient pas ou ne ramène pas le vivant, d'une façon ou d'une autre, à son écran de télévision : le Spectacle a organisé un nombre suffisant, et assez coûteux, de distractions pour que celles-ci, désormais, puissent être décrétées obligatoires sans que ce décret soit scandaleux. Tout autre genre de divertissement est un irrédentisme à effacer, une perte de temps et d'audimat.


... Toutes les délations deviennent héroïques. Aux Etats-Unis, pays des lawyers en délire, les homosexuels de pointe inventent l'outing, forme originale de mouchardage qui consiste à placarder à tour de bras des photos de types connus pour leur homosexualité " honteuse ", avec la mention " absolute queer " (parfait pédé). On les fait sortir de leur secret parce que ce secret porte tort, dit-on, à l'ensemble du groupe. On les confesse malgré eux. Plus de vie privée, donc plus d'hypocrisie.


Transparence! Le mot le plus dégoûtant en circulation de nos jours! Mais voilà que ce mouvement d'outing commence à prendre de l'ampleur. Les chauves s'y mettent, eux aussi ils affichent à leur tour des portraits, des photos de célébrités qu'ils accusent de porter des moumoutes (pardon, des " compléments capillaires") ! On va démasquer les emperruqués qui ne s'avouent pas! Et pourquoi pas, après ça, les porteurs de fausses dents, les bonnes femmes liftées, les cardiaques à pacemakers? L'ennemi héréditaire est partout depuis qu'on ne peut plus le situer nulle part, massivement, à l'Est ou à l'Ouest. 


... " Le plus grand malheur des hommes, c'est d'avoir des lois et un gouvernement", écrivait Chateaubriand. Je ne crois pas qu'on puisse encore parler de malheur. Les jeux du cirque justicier sont notre érotisme de remplacement. La police nouvelle patrouille sous les acclamations, légitimant ses ingérences en les couvrant des mots " solidarité ", "justice", "redistribution". Toutes les propagandes vertueuses concourent à recréer un type de citoyen bien dévot, bien abruti de l'ordre établi, bien hébété d'admiration pour la société telle qu'elle s'impose, bien décidé à ne plus jamais poursuivre d'autres jouissances que celles qu'on lui indique. Le voilà, le héros positif du totalitarisme d'aujourd'hui, le mannequin idéal de la nouvelle tyrannie, le monstre de Frankenstein des savants fous de la Bienfaisance, le bonhomme en kit qui ne baise qu'avec sa capote, qui respecte toutes les minorités, qui réprouve le travail au noir, la double vie, l'évasion fiscale, les disjonctages salutaires, qui trouve la pornographie moins excitante que la tendresse, qui ne peut plus juger un livre ou un film que pour ce qu'il n'est pas, par définition, c'est-à-dire un manifeste, qui considère Céline comme un salaud mais ne tolérera plus qu'on remette en cause, si peu que ce soit, Sartre et Beauvoir, les célèbres Thénardier des Lettres, qui s'épouvante enfin comme un vampire devant un crucifix quand il aperçoit un rond de fumée de cigarette derrière l'horizon.


... C'est l'ère du vide, mais juridique, la bacchanale des trous sans fond. A toute vitesse, ce pseudo-monde en perdition est en train de recréer de bric et de broc un principe de militantisme généralisé qui marche dans toutes les situations. Il n'y a pas de nouvelle inquisition, c'est un mouvement bien plus subtil, une montée qui sourd de partout, et il serait vain de continuer à se gargariser du rappel des antiques procès dont furent victimes Flaubert ou Baudelaire : leur persécution révélait au moins une non-solidarité essentielle entre le Code et l'écrivain, un abîme entre la morale publique et la littérature. C'est cet abîme qui se comble chaque jour, et personne n’a plus le droit de ne pas être volontaire pour les grands travaux de terrassement. Qui racontera cette comédie? Quel Racine osera, demain, composer les Néo-Plaideurs? Quel écrivain s'échappera du zoo légalitaire pour en décrire les turpitudes?

 

"Exorcismes Spirituels I" de PHILIPPE MURAY
© 1997 Les Belles Lettres

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Le règne de l'émotion...

25 Septembre 2012, 02:07am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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Saintes Lois, priez pour nous!

24 Septembre 2012, 01:32am

Publié par Fr Greg.

 

 

 

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L'envie du pénal


... De cette légifération galopante, de cette peste justicière qui investit à toute allure l'époque, comment se fait-il que personne ne s'effare? Comment se fait-il que nul ne s'inquiète de ce désir de loi qui monte sans cesse ? Ah! la Loi! La marche implacable de nos sociétés au pas de Loi! Nul vivant de cette fin du siècle n'est plus censé l'ignorer. Rien de ce qui est législatif ne doit nous être étranger. "Il y a un vide juridique! " Ce n'est qu'un cri sur les plateaux. De la bouillie de tous les débats n'émerge qu'une voix, qu'une clameur "Il faut combler le vide juridique! " Soixante millions d'hypnotisés tombent tous les soirs en extase. La nature humaine contemporaine a horreur du vide juridique, c'est-à-dire des zones de flou où risquerait de s'infiltrer encore un peu de vie, donc d'inorganisation. Un tour d'écrou de plus chaque jour! Projets! Commissions! Mises à l'étude! Propositions! Décisions! Élaboration de décrets dans les cabinets! Il faut combler le vide juridique! Tout ce que la France compte d'associations de familles applaudit de ses pinces de crabe. Comblons! Comblons! Comblons encore! Prenons des mesures! Légiférons!



... Saintes Lois, priez pour nous! Enseignez-nous la salutaire terreur du vide juridique et l'envie perpétuelle de le colmater! Retenez-nous, ligotez-nous au bord du précipice de l'inconnu! Le moindre espace que vous ne contrôlez pas au nom de la néo-liberté judiciairement garantie est devenu pour nous un trou noir invivable. Notre monde est à la merci d'une lacune dans le Code! Nos plus sourdes pensées, nos moindres gestes sont en danger de ne pas avoir été prévus quelque part, dans un alinéa, protégés par un appendice, surveillés par une jurisprudence. " Il faut combler le vide juridique! " C'est le nouveau cri de guerre du vieux monde rajeuni par transfert intégral de ses éléments dans la poubelle-média définitive.


... Il en a fallu des efforts, et du temps, il en a fallu de la ténacité, de l'habileté, des bons sentiments et des causes philanthropiques pour incruster bien profond, dans tous les esprits, le clou du despotisme légalitaire. Mais maintenant ça y est, c'est fait, tout le monde en veut spontanément. L'actualité quotidienne est devenue, pour une bonne part, le roman vrai des conquêtes de la Loi et des enthousiasmes qu'elle suscite. De nouveaux chapitres de l'histoire de la Servitude volontaire s'accumulent. L'orgie procédurière ne se connaît plus aucune borne. Si je n'évoque pas ici les affaires de magistrats vengeurs, les scandales de fausses factures, la sombre "révolte" des juges en folie, c'est que tout le monde en parle partout. Je préfère aller chercher mes anecdotes en des coins moins visités. Il n'y a pas de petites illustrations. En Suède, tout récemment, un type saute au plafond d'indignation dans un film de Bergman qui passe à la télé, il vient de voir un père donnant une gifle à son fils! Dans un film? Oui, oui. Un film. À la télé. Pas en vrai. N'empêche que ce geste est immoral. Profondément choquant, d'abord, et puis surtout en infraction par rapport aux lois de son pays. Il va donc, de ce pas, porter plainte. Poursuivre en justice. Qui n'approuverait cet homme sensible? Le cinéma, d'ailleurs, regorge d'actes de violence, de crimes, de viols, de vols, de trafics et de brutalités dont il est urgent de le purger. On s'attaquera ensuite à la littérature.

 

"Exorcismes Spirituels I" de PHILIPPE MURAY
© 1997 Les Belles Lettres

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Prenant alors un enfant, il l'embrassa...

23 Septembre 2012, 02:37am

Publié par Fr Greg.

 

 

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Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d'eux, l'embrassa, et leur dit : « Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m'accueille ne m'accueille pas moi, mais Celui qui m'a envoyé. »

 

Par ce geste, Jésus nous révèle pourquoi la Croix, le sens de son offrande, de son état victimal : pour nous dire -nous communiquer et nous donner à vivre- jusqu’au bout ce qui fait de Lui l'enfant du Père: il est Celui qui de toute éternité reçoit tout du Père et Lui redonne tout; Et c’est Jésus crucifié qui manifeste cette ‘petitesse’ divine du Fils en Dieu, ce qu'il vit et qui nous est caché ! Là on voit en clair la vie du Fils face au Père. Et quand il nous 'dit' cela, il nous dit ce qu’il nous donne à vivre, immédiatement. Jésus ne nous dit rien qui ne soit pas pour nous!

 

Et c’est cela le chemin pour être grand et "le premier" : parce que Dieu nous veut grand, debout et victorieux ! Dieu ne nous veut pas nabot, étriqué et à moitié vivant ! Il ne veut pas pour nous ces faux chemins d’humilité narcissique ou de petitesse maladive ou l’on est replié sur soi et sur son vécu soi-disant spirituel… Dieu nous veut à sa taille ! C'est par un choix toujours plus actuel, personnel, ou je mendie qu’Il prenne tout en moi, que je deviens ce qu'il veut pour moi ! Un choix qui se sert de tout ce dont on pâtit, même de ces lieux où nous sommes complices ou pas très net. L'enfant ne se regarde pas: il ne regarde que son Père et lui donne tout !

 

Accueillir un enfant au nom de Jésus, c’est aussi, dans tous nos liens personnels, accueillir l’autre dans ce qu’il a de petit, d’impuissant, d’inefficace, de misérable, comme Jésus l’accueillerait, comme Jésus est face à moi: il est 'pour moi'. Car  recevoir Jésus, c’est recevoir celui qui veut comme tout attendre de nous : en se faisant pain, il se fait plus petit que tous les enfants, sans autonomie ni existence propre, et là il nous crie qu’il veut qu’on soit tout pour  Lui, tel qu’on est !

 

Jésus désire pour nous, que dans ces liens personnels -ceux qui me sont donnés par le Père, quelque soit leur imperfections- j'accueille toujours plus l’autre comme le bien-aimé de Jésus, comme Jésus Lui-même; C'est là la croix pour nous, l'état victimal; Là que j’exerce et déploie cette vie de Fils du Père, ce don prodigieux, cet héritage de Jésus qui est en ‘attente’ en moi.  

 

 

Fr Grégoire.

www.quecherchezvous.fr

 

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Voyages au bout des... Philippines.

22 Septembre 2012, 04:00am

Publié par Fr Greg.

 

9 nominations au festival de Berlin 2012

 

Actuellement en salle. (interdit -12ans)

 

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L’histoire : Thérèse Bourgoine est une citoyenne française qui travaille comme humanitaire bénévole pour une ONG sur l’île de Palawan aux Philippines. Alors qu’elle apporte des provisions au siège de l’ONG à Puerto Princesa en compagnie d’une autre bénévole philippine, les deux femmes sont kidnappées avec une vingtaine d’autres touristes étrangers par le groupe Abu Sayyaf, des musulmans terroristes…

 

Dès les premières images on est happé, en immersion. Sous le choc. Captive de Brillante Mendoza débute par une prise d'otages spectaculaire aux Philippines. Un hôtel de Palawan est pris d'assaut par le groupe Abu Sayyaf, des séparatistes musulmans de l'île de Mindanao. Ils enlèvent une vingtaine d'étrangers, les entassent dans un vieux rafiot. Bienvenue en enfer.


Caméra à l'épaule, dans ce style documentaire qu'il affectionne, Brillante Mendoza nous plonge avec un réalisme cru et brut dans le quotidien des otages et de leurs ravisseurs. Le réalisateur philippin s'est inspiré des enlèvements de l'hôtel Dos Palmas à Palawan en 2001 par le groupe Abu Sayyaf. À sujet délicat et polémique, enquête sérieuse du cinéaste. Il s'est appuyé sur les témoignages de survivants, de militaires, de terroristes recueillis avant d'écrire son scénario tourné dans un ordre chronologique mais pas sur les lieux mêmes. Trop dangereux.


Après plusieurs jours de mer, les ravisseurs et leurs otages débarquent dans la ville de Lamitan pour trouver refuge dans un hôpital. Après un siège sanglant et l'échec des négociations avec les militaires, les terroristes s'enfuient dans les montagnes, gonflant le rang de leurs otages avec des médecins, des infirmières, des patients philippins.


 

On pense à Ingrid Betancourt

 

Brillante Mendoza filme comme il respire, de manière viscérale, au plus près de cette nature envahissante, dangereuse et de ses personnages. On entendrait presque leur cœur qui bat. La vie des otages, qui dépend du versement d'une rançon, ne tient qu'à un fil. C'est la peur qui ne laisse aucun répit, la faim qui tenaille, le désespoir qui use autant que les marches forcées, harassantes, de jour comme de nuit, pour ne pas être repérés par les militaires. Les terroristes tuent à la machette ou à l'arme de guerre, sans état d'âme. Certains Philippins kidnappés se convertissent à l'islam pour adhérer à la religion de leurs kidnappeurs. Il y a une scène de viol, un accouchement dans la jungle, des mariages forcés entre les jeunes infirmières et les terroristes musulmans.


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Isabelle Huppert, sous les traits d'une humanitaire française, fait partie des otages. Elle se débat dans la boue, sous la pluie, contre les serpents, les sangsues, les guêpes et contre cet animal sauvage qu'est l'homme. Les moments de courage et d'entraide alternent avec l'instinct de survie qui vous fait faire parfois des choix irraisonnés. On pense à Ingrid Betancourt même si le contexte politique est complètement différent.


Brillante Mendoza, cinéaste du ­chaos et du trouble, soulève également les problèmes de corruption qui gangrènent son pays. Son captivant Captive vous prend aux tripes. Un cinéma empreint de violence, de sauvagerie sans pourtant être manichéen. Le brillant Mendoza signe là son film le plus accessible et le plus palpitant.

 

Emmanuèle Frois 

 www.lefigaro.fr



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La Foi... qu'est-ce..??

21 Septembre 2012, 09:06am

Publié par Fr Greg.

 

      St dominic - Copie (600x800)

 

Dans Famille Chrétienne du 22.09.2012, le Père Serge-Thomas Bonino, o.p, secrétaire de la Commission théologique internationale, introduit les lecteurs de ce journal à l'année de la foi. Il écrit ceci sur lequel je me permets de revenir: 

 

« L’acte de foi est la réponse de l’homme à la parole de Dieu, communiquée à travers la prédication de l’Église. Elle n’est pas un vague sentiment sans objet, mais une adhésion de l’intelligence à un contenu intellectuel, à un ensemble de vérités qui définit qui est Dieu et quel est son projet pour l’humanité ».


 

Tout en reconnaissant l'actualité du propos, je me permets –pour éveiller la recherche de ceux qui veulent se renouveler dans la foi- de préciser certaines choses :

 

La foi c’est d’abord en nous l’effet de Dieu qui me parle, c’est donc une nouvelle vie, avant d’être une réponse ! Car la Parole de Dieu a un effet quasi-substantiel en nous : elle nous transforme dans ce qu’il y a de plus vital en nous !

 

Ensuite, la foi est –comme réponse- adhésion à une personne se révélant et non adhésion à un contenu intellectuel ; « J’adhère » signifie que je suis immédiatement en contact avec celui qui me parle ; je ‘touche’ Dieu, la Trinité dans son existence qui me dit à travers sa Parole comment Il est vers moi et pour moi ! C’est pour cela que ce n’est pas seulement ‘intellectuel’ mais une adhésion –acte de l’intelligence, qui est en nous cette capacité de l’autre-  affective « pia affectio » dit le Concile d’Orange : notre intelligence est mû, porté, poussé, comme incliné par un poids intérieur à être vers Lui. L’intelligence adhérant normalement par les sensations à ce qui existe, elle est dans la foi, porté par un amour qui lui donne comme des ailes (sans aucun vécu bien sûr, en ce sens ce n’est pas un vague sentiment ou du ressenti)

 

La foi enfin n’est pas une définition d’un contenu intelligible ! Sinon c’est la mort de la foi ! Définir c’est mettre des limites : or même dans la vision béatifique je ne ‘comprendrais pas Dieu dans tout ce qu’il est : Dieu ne peut être défini ! Déjà humainement, croire mon ami, vivre de lui, l’écouter me dire ce que je suis pour lui ne peux signifier l’adhésion à un contenu intellectuel, ni ramener ce qu’il me dit à ce que je peux en définir !

 

Dire que la foi « définis qui est Dieu et son projet sur l’humanité » c’est presque ce que disaient les théologiens allemands du XIXe, source de l’athéisme contemporain !

 

Or, par exemple, lorsque Dieu me révèle qu’il est Père : j’adhère à sa présence comme source gratuite, parce qu’Il me le révèle, mais sans pouvoir définir ce qu’est la paternité de Dieu : c’est au-delà de toutes expériences humaines, cela me dépasse et je ne peux y entrer qu’en lui mendiant de me dire ce que cela signifie pour Lui ! Définir le contenu de ce qui est révélé voudrait dire que je peux contenir et posséder Dieu… et donc je serais Dieu ! Si je peux dire ‘qui est Dieu’, alors ce n’est pas Dieu : Dieu ne peut être que contempler, non pas définis !

Et je laisse de côté l’expression : « projet sur l’humanité… » il y aurait là encore beaucoup à dire !

 

 

enfin, au risque de paraître vraiment prétentieux, je rajoute à ce que dit le P Bonino  :

« La foi est ainsi une forme particulière d’une attitude psychologique courante dans notre vie quotidienne : la croyance. »

 Non ! La foi est "semens gloriae" ! "Semence de gloire", "participation à la nature de Dieu" ! C’est un don gratuit reçu au baptême (Cf. Rite de Baptême: "Que demandez-vous l'Eglise de Dieu? Réponse: "La foi ou la vie éternelle") bref, la foi, cela vient d’en haut ! Ce n’est donc pas une attitude 'psychologique', même si elle s'enracine dans un fondement humain qui est la croyance... !!

Fr Grégoire

@www.quecherchezvous.fr

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Tout les jours, redécouvrir la proximité de Celui qui nous devance et qui se fait notre Lumière !

20 Septembre 2012, 00:05am

Publié par Fr Greg.

Une homélie à travailler et à méditer !

La vérité demande d’être constamment redécouverte : on y entre qu’en acceptant cette pauvreté d’être face à un autre qui nous devance et qui est toujours plus que ce que nous en connaissons ! Comment peut-on se réjouir de la vérité et ne pas prétendre « avoir » la vérité ? Comment être possédé et guidée par elle ? Comment ne pas être un obstacle à la découverte de la lumière ? Comment ne pas se faire sa mesure, son schème, son modèle idéal qui tue toute quête et rencontre nouvelle de Celui qui est la Lumière … ?  

 

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Selon notre foi, l'Eglise est l'Israël qui est devenu universelle, dans lequel nous devenons tous, à travers le Seigneur, les enfants d'Abraham; l'Israël devenu universel, dans lequel persiste le noyau essentiel de la loi, libre des contingences du temps et du peuple. Ce noyau est tout simplement le Christ Lui-même, l'amour de Dieu pour nous et notre amour pour Lui et pour les hommes. Il est la Torah vivante, il est le don de Dieu pour nous, dans lequel, aujourd'hui, nous recevons tous la sagesse de Dieu. En étant unis au Christ, dans le «marcher-avec» et «vivre-avec» avec Lui, nous apprenons nous-mêmes comment être des hommes dans le droit chemin, nous recevons la sagesse qui est vérité, nous savons vivre et mourir, parce qu'Il est Lui-même la vie et la vérité.


Il convient donc, à l'Eglise, comme pour Israël, d'être remplie de gratitude et de joie. «Quel peuple peut dire que Dieu lui est aussi proche? Quel peuple a reçu ce don?». Nous ne l'avons pas fait nous-mêmes, nous l'avons reçu. La joie et la gratitude pour le fait que nous savons que nous avons reçu la sagesse de la vie bonne, qui est ce qui doit caractériser le chrétien. En effet, dans le christianisme des origines, c'était cela: être libéré des ténèbres, d'aller à tâtons, de l'ignorance - que suis-je? pourquoi suis-je? comment puis-je continuer? - le fait d'être devenu libre, d'être dans la lumière, dans l'ampleur de la vérité. C'était cela, la prise de conscience fondamentale. Une gratitude qui irradiait tout autour et qui ainsi unissait les hommes dans l'Église de Jésus-Christ.


Mais dans l'Église aussi, il y a le même phénomène: des éléments humains s'ajoutent et conduisent ou bien à la présomption, au triomphalisme qui vante soi-même au lieu de louer Dieu, ou bien à la contrainte, qu'il faut enlever, briser et écraser. Que devons-nous faire? Que devons-nous dire?


Je pense que nous sommes à ce stade, où nous voyons dans l'Eglise seulement que ce qui est fait par nous-mêmes, et que la joie de la foi nous est gâchée; que nous ne croyons plus et n'osons plus dire: Il nous a montré qui est la vérité, ce qu'est la vérité, il nous a montré ce qu'est l'homme, il nous a donné la justice de la vie juste droite. Nous nous préoccupons uniquement de nous louer nous-mêmes, et nous avons peur de nous laisser lier par des règles qui sont un obstacle dans la liberté et dans la nouveauté de vie.


Si nous lisons aujourd'hui, par exemple, dans l'Épître de Jacques: «Vous êtes engendrés par une parole de vérité», qui de nous oserait se réjouir de la vérité qui nous a été donnée? Il nous vient tout de suite la question: mais comment peut-on avoir la vérité? Ceci est de l'intolérance! Les notions de vérité et d'intolérance ont aujourd'hui presque complètement fusionné entre elles, et ainsi, nous n'osons plus croire à la vérité ou parler de la vérité. Elle semble éloignée, elle semble quelque chose auquel il vaut mieux ne pas recourir. Personne ne peut dire: j'ai la vérité - c'est l'objection que l'on avance - et à juste titre, personne ne peut avoir la vérité. C'est la vérité qui nous possède, c'est une chose vivante! Nous n'en sommes pas les propriétaires, mais nous sommes saisis par elle. 

 

C'est seulement si nous nous laissons guider et animer par elle que nous restons en elle, ce n'est que si nous sommes avec elle et en elle, pèlerins de la vérité, qu'alors elle est en nous et pour nous. Je pense que nous devons réapprendre ce «ne-pas-avoir-la-vérité». De même que personne ne peut dire: j'ai des enfants - ils ne sont pas notre possession, ils sont un don et comme don de Dieu, ils nous sont donnés pour un devoir - pareillement nous ne pouvons pas dire: j'ai la vérité, mais la vérité est venue à nous et pousse. Nous devons apprendre à nous laisser mouvoir par elle, à nous faire conduire par elle. Alors, elle brillera à nouveau: si elle-même nous conduit et nous pénètre.


Chers amis, nous voulons demander au Seigneur qu'il nous fasse ce don. Saint Jacques nous dit aujourd'hui dans la Lettre: vous ne devriez pas vous limiter à écouter la Parole, vous devez la mettre en pratique. Ceci est un avertissement sur l'intellectualisation de la foi et de la théologie. C'est l'une de mes craintes en ce moment, quand je lis tellement de choses intelligentes: qu'elle devienne un jeu intellectuel dans lequel «nous nous passons la balle », où tout n'est qu'un monde intellectuel qui n'imprègne ni ne forme nos vies, et qui donc ne nous introduit pas dans la vérité. Je pense que ces paroles de saint Jacques s'adressent justement à nous comme théologiens: non seulement l'écoute, non seulement l'intellect - faire, se laisser former par la vérité, être guidé par elle! Prions le Seigneur pour que cela nous arrive, et qu'ainsi la vérité devienne puissante sur nous, et qu'elle conquiert de la vigueur dans le monde à travers nous.



L'Église a placé la parole du Deutéronome - «Où y a-t-il un peuple à qui Dieu est aussi proche que notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l'invoquons?»- au centre de l'Office divin du Corpus Domini, et lui a donné ainsi un sens nouveau: Où y a-t-il un peuple à qui Dieu est aussi proche que notre Dieu est proche de nous? Dans l'Eucharistie, ceci est devenu pleine réalité. Certes, ce n'est pas seulement un aspect externe: quelqu'un peut rester auprès du tabernacle et, en même temps, loin du Dieu vivant. Ce qui importe, c'est la proximité intérieure! Dieu nous est devenu si proche qu'il est lui-même un homme: ceci doit nous déconcerter et nous surprendre encore et encore! Il est si proche de nous qu'il est l'un d'entre nous. Il connaît l'être humain, le «goût» de l'être humain, il le connaît de l'intérieur, il l'a éprouvé avec ses joies et ses souffrances. Comme homme, il est proche, voisin, «à portée de voix» - si près qu'il m'écoute et que je peux savoir: il entend ma voix et l'exauce, même si ce n'est peut-être pas comme je me l'imagine.

Laissons-nous remplir à nouveau de cette joie: Où y a-t-il un peuple à qui Dieu est aussi proche que notre Dieu est proche de nous? Si proche qu'il est l'un de nous, au point de nous toucher de l'intérieur. Oui, d'entrer en moi dans la Sainte Eucharistie. Une pensée qui peut être déconcertante. Sur ce processus, saint Bonaventure a utilisé, une seule fois, dans ses prières de Communion, une formulation qui secoue, qui effraie presque Il a dit: Mon Seigneur, comment a-t-il pu te venir à l'esprit d'entrer dans les latrines sales de mon corps? Oui, Il entre dans notre misère, il le fait avec conscience et il le fait pour nous pénétrer, pour nous nettoyer et pour nous renouveler, afin que, grâce à nous, en nous, la vérité soit dans le monde et le salut se réalise. 


Demandons pardon au Seigneur pour notre indifférence, pour notre misère qui nous fait penser seulement à nous-mêmes, pour notre égoïsme qui ne cherche pas la vérité, mais suit sa propre habitude, et donne peut-être souvent l'impression que le christianisme n'est qu'un système d'habitudes. Demandons-lui d'entrer, avec force, dans nos âmes, qu'Il se fasse présent en nous et à travers nous - et qu'ainsi la joie naisse aussi en nous: Dieu est ici, et il m'aime, Il est notre salut! Amen.

Benoit XVI, 05.09.2012.

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Il est indispensable de se sacrifier quelquefois. C’est l’hygiène de l’âme » Jean Cocteau

19 Septembre 2012, 02:31am

Publié par Fr Greg.

« Beaucoup naissent aveugles et ne s’en aperçoivent que le jour où la vérité leur crève les yeux…

A force de ne jamais réfléchir, on a un bonheur stupide.

A force de plaisirs notre bonheur s’abime.

Le bonheur exige du talent. Le malheur pas.

On se laisse aller. On s’enfonce.

C’est pourquoi le malheur plaît et le bonheur effraye la foule. » 

Jean Cocteau.


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Enfin la peine de mort !

16 Septembre 2012, 00:04am

Publié par Fr Greg.

 

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Le monde politique semble voler très en dessous des aspirations profondes d’un peuple qui semble avoir perdu ses repères et la perspective de son destin. Parmi l’une des propositions des différents partis politiques j’avais relevé dans le projet du Parti Socialiste en page 73 une proposition qui me renvoie immédiatement à une scène vécue le 5 décembre 2010 à la prison de Manille, Bilibid où vivent 12.000 détenus. Cette proposition, le gouvernement socialiste veut la transformer aujourd’hui en loi.


On m’a entraîné malgré moi dans le couloir menant à la chambre d’exécution des condamnés à mort : L’atmosphère y est sinistre malgré une propreté d’hôpital. La pièce est impeccable et toute blanche. La planche où l’on étend le condamné ressemble à un billard de salle d’opération. Quatre tabourets l’entourent sur lesquels sont posées quatre seringues. Pourquoi quatre ? Parce que le médecin - c’est le nom qu’on m’a donné à quelqu’un que j’aurais plus simplement désigné comme le bourreau - qui injecte le produit létale ne doit pas savoir que c’est lui. Car sur quatre seringues une seule est mortelle. Les quatre praticiens espèrent avoir trois chances sur quatre d’être innocent de ce geste de mort. 


Aujourd’hui cette chambre est un musée. Parce que depuis Juin 2006 les Philippines ont abrogé la peine de mort. La présentation macabre qui m’avait été faite ne servait qu’à rappeler les usages d’un autre âge corrigés par une conscience qui s’affine en s’incarnant dans la loi.


Hors la peine de mort a été rétablie en Hollande, en Belgique et le projet du Parti Socialiste en page 73 que notre gouvernement voudrait faire voter à l’assemblée veut la rétablir en maquillant le terme en "mourir dans la dignité". Il faut savoir comment se passera cette euthanasie proposée en page 73. Rigoureusement comme je vous ai décrit l’exécution des criminels de la prison de Bilibid avant Juin 2006 : Par la même injection létale au chlorure de potassium pratiquée cette fois ci par un seul médecin. La différence notable c’est qu’ici l’exécuteur assurera sans état d’âme son rôle de bourreau.


Pourquoi un malade désespéré mais innocent ne pourrait pas bénéficier de la même mansuétude du législateur que le criminel philippin d’hier ?


Les gouvernements des pays du Sud progressent en humanité au moment même où ceux de l’Occident s’effondrent en barbarie.


Yves Meaudre, Président d’enfants du Mékong.

www.magistro.fr/

 

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La condition humaine sans fard !

14 Septembre 2012, 01:35am

Publié par Fr Greg.

2 Films avec Olivier Gourmet, anti-héros holywoodien qui tient la route : massif, intérieur, angoissé, impressionnant par la souffrance rentrée qu'il dégage.

 

L’Exercice de l’Etat de Pierre Schoeller. (2011)

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Parce qu’il évite la facilité de regarder la vie politique de façon manichéenne, "L'Exercice de l'état" nous imprègne des meurtrissures quotidiennes de la vie politique : passer son temps à éviter les coups, tâter le pouls de l'opinion, se construire une image... Là encore, l'ambition balaie tout, y compris la mauvaise conscience. Glacial mais réaliste, la première scène du film très symbolique annonce déjà la teneur de cet  ‘exercice du pouvoir’ qui réclame de vous y livrer corps & âme ! Cette satire politique de haut vol démontre, pour ceux qui l’ignorait, le cynisme des gouvernants guidés par leurs ambitions personnelles, devenus esclaves du pouvoir. Le tout donne un film vif, survolté, agressif, stressant et palpitant à l’image du quotidien de cet homme : sans aucun répit.

 


Sauf le respect que je vous doisde Fabienne Godet,

drame social (basés sur des faits réels).

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Jusqu’à quel point obéit-on en entreprise ? Jusqu’à ce que tout parte en vrille, sans doute. Et là, tout se détraque avec effroi et douleur. Face à un licenciement abusif, faut-il se mettre en colère ou se résigner ? Pour certains « cela ne nous regarde pas » pour d’autres : « Quand on met la tête dans le sable on oublie qu’on a le cul à l’air ».

 Bref. Terrible et efficace. Un pétage de plomb d'Olivier Gourmet qui donne chair et sang à la colère et à la douleur de François et fait franchir au spectateur le seuil qui sépare la vie d'un homme ordinaire de celle d'un révolté. Lorsqu'il est pris par ces émotions terribles, elles se propagent en un instant, et Sauf le respect que je vous dois révèle la grandeur de l'homme pris et attaché au respect de son ami mort tragiquement.

Musique : des passages magnifiques de Lisa Gerrard viennent amplifier le tragique ou personne n’avais raison ou tort, mais où chacun passe par toutes les teintes de la complexité du réel humain.

fr Grégoire.

 

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Examen de conscience...

12 Septembre 2012, 02:06am

Publié par Fr Greg.

 

 

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« Il faut le reconnaître humblement, mon cher compatriote, j’ai toujours crevé de vanité. Moi, moi, moi, voilà le refrain de ma chère vie, et qui s’entendait dans tout ce que je disais. Je n’ai jamais pu parler qu’en me vantant, surtout si je le faisais avec cette fracassante discrétion dont j’avais le secret. Il est bien vrai que j’ai toujours vécu libre et puissant. Simplement, je me sentais libéré à l’égard de tous pour l’excellente raison que je ne me reconnaissais pas d’égal. Je me suis toujours estimé plus intelligent que tout le monde, je vous l’ai dit, mais aussi plus sensible et plus adroit, tireur d’élite, conducteur incomparable, meilleur amant. Même dans les domaines où il m’était facile de vérifier mon infériorité, comme le tennis par exemple, où je n’étais qu’un honnête partenaire, il m’était difficile de ne pas croire que, si j’avais le temps de m’entraîner, je surclasserais les premières séries. Je ne me reconnaissais que des supériorités, ce qui expliquait ma bienveillance et ma sérénité. Quand je m’occupais d’autrui, c’était pure condescendance, en toute liberté, et le mérite entier m’en revenait : je montais d’un degré dans l’amour que je me portais.

           

Avec quelques autres vérités, j’ai découvert ces évidences peu à peu, dans la période qui suivit le soir dont je vous ai parlé. Pas tout de suite, non, ni très distinctement. Il a fallu d’abord que je retrouve la mémoire. Par degrés, j’ai vu plus clair, j’ai appris un peu de ce que je savais. Jusque-là, j’avais toujours été aidé par un étonnant pouvoir d’oubli. J’oubliais tout, et d’abord mes résolutions. Au fond, rien ne comptait. Guerre, suicide, amour, misère, j’y prêtais attention, bien sûr, quand les circonstances m’y forçaient, mais d’une manière courtoise et superficielle. Parfois, je faisais mine de me passionner pour une cause étrangère à ma vie la plus quotidienne. Dans le fond pourtant, je n’y participais pas, sauf, bien sûr, quand ma liberté était contrariée. Comment vous dire ? Ca glissait. Oui, tout glissait sur moi.

 

           

Soyons justes : il arrivait que mes oublis fussent médiocres. Vous avez remarqué qu’il y a des gens dont la religion consiste à pardonner toutes les offenses et qui les pardonnent en effet, mais ne les oublient jamais. Je n’étais pas d’assez bonne étoffe, pour pardonner aux offenses, mais je finissais toujours par les oublier. Et tel qui se croyait détesté de moi n’en revenait pas de se voir salué avec un grand sourire. Selon sa nature, il admirait alors ma grandeur d’âme ou méprisait ma pleutrerie sans penser que ma raison était plus simple : j’avais oublié jusqu’à son nom. La même infirmité qui me rendait indifférent ou ingrat me faisait alors magnanime.


            Je vivais donc sans autre continuité que celle, au jour le jour, du moi-moi-moi. Au jour le jour les femmes, au jour le jour la vertu ou le vice, au jour le jour, comme les chiens, mais tous les jours, moi-même, solide au poste. J’avançais ainsi à la surface de la vie, dans les mots en quelque sorte, jamais dans la réalité. Tous ces livres à peine lus, ces amis à peine aimés, ces villes à peine visitées, ces femmes à peine prises ! Je faisais des gestes par ennui, ou par distraction. Les êtres suivaient, ils voulaient s’accrocher, mais il n’y avait rien, et c’était le malheur. Pour eux. Car, pour moi, j’oubliais. Je ne me suis jamais souvenu que de moi-même.

 

Albert Camus, La Chute

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"La vérité comme la lumière aveugle" (II)

11 Septembre 2012, 01:23am

Publié par Fr Greg.

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Comment ? Quel soir ? J’y viendrai, soyez patient avec moi. D’une certaine manière, d’ailleurs, je suis dans mon sujet, avec cette histoire d’amis et d’alliés. Voyez-vous, on m’a parlé d’un homme dont l’ami avait été emprisonné et qui couchait tous les soirs sur le sol de sa chambre pour ne pas jouir d’un confort qu’on avait retiré à celui qu’il aimait. Qui, cher monsieur, qui couchera sur le sol pour nous ? Si j’en suis capable moi-même ? Ecoutez, je voudrais l’être, je le serai. Oui, nous en serons tous capables un jour, et ce sera le salut. Mais ce n’est pas facile, car l’amitié est distraite, ou du moins impuissante. Ce qu’elle veut, elle ne le peut pas. Peut-être, après tout, ne le veut-elle pas assez ? Peut-être n’aimons-nous pas assez la vie ? Avez-vous remarqué que la mort seule réveille nos sentiments ? Comme nous aimons les amis qui viennent de nous quitter, n’est-ce pas ? Comme nous admirons ceux de nos maîtres qui ne parlent plus, la bouche pleine de terre ! L’hommage vient alors tout naturellement, cet hommage que, peut-être, ils avaient attendu de nous toute leur vie. Mais savez-vous pourquoi nous sommes toujours plus justes et plus généreux avec les morts ? La raison est simple ! Avec eux, il n’y a pas d’obligation. Ils nous laissent libres, nous pouvons prendre notre temps, caser l’hommage entre le cocktail et une gentille maîtresse, à temps perdu, en somme. S’ils nous obligeaient à quelque chose, ce serait à la mémoire, et nous avons la mémoire courte. Non, c’est le mort frais que nous aimons chez nos amis, le mort douloureux, notre émotion, nous-mêmes enfin !

Albert Camus, La chute.

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" La vérité comme la lumière aveugle "

10 Septembre 2012, 02:19am

Publié par Fr Greg.

 

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N’avez-vous jamais eu subitement besoin de sympathie, de secours, d’amitié ? Oui, bien sûr. Moi, j’ai appris à me contenter de la sympathie. On la trouve plus facilement, et puis elle n’engage à rien. « Croyez à ma sympathie » , dans le discours intérieur, précède immédiatement « et maintenant, occupons-nous d’autre chose ». C’est un sentiment de président du conseil : on l’obtient à bon marché, après les catastrophes. L’amitié, c’est moins simple. Elle est longue et dure à obtenir, mais quand on l’a, plus moyen de s’en débarrasser, il faut faire face. Ne croyez pas surtout que vos amis vous téléphoneront tous les soirs, comme ils le devraient, pour savoir si ce n’est pas justement le soir où vous décidez de vous suicider, ou plus simplement si vous n’avez pas besoin de compagnie, si vous n’êtes pas en disposition de sortir. Mais non, s’ils téléphonent, soyez tranquille, ce sera le soir où vous n’êtes pas seul, et où la vie est belle. Le suicide, ils vous y pousseraient plutôt, en vertu de ce que vous vous devez à vous-même, selon eux. Le ciel nous préserve, cher monsieur, d’être placés trop haut par nos amis ! Quant à ceux dont c’est la fonction de nous aimer, je veux dire les parents, les alliés (quelle expression !), c’est une autre chanson. Ils ont le mot qu’il faut, eux, mais c’est plutôt le mot qui fait balle ; ils téléphonent comme on tire à la carabine. Et ils visent juste. Ah ! les Bazaine ! 

Albert Camus, La chute. 

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Aux gens qui s’affolent...

9 Septembre 2012, 08:19am

Publié par Fr Greg.

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Dites aux gens qui s’affolent : « Prenez courage, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c'est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver » Isaie, 35,4. 

 

La crise de notre humanité est avant tout une crise de l'espérance. Nous avons trop facilement une espérance humaine, à propos de choses secondes : des attentes mondaines, imaginatives, à notre taille, trop petites quoi. L'attente seule d’un changement humain engendre toujours plus de déceptions et la foi en Celui qui nous attend n’est plus une vie qui nous mobilise. Nous avons donc l'espérance d'un « mieux » humain, mais pas celle de Dieu lui-même : trop lointain pour nous, inaccessible, pas selon notre sensibilité, notre vécu ou notre ressenti, bref pas possible, et surtout pas très ‘utilisable’… Or, « la vraie, la grande espérance de l'homme, qui résiste malgré toutes les désillusions, ce peut être seulement Dieu – le Dieu qui nous a aimés et qui nous aime » dixit Benoit XVI.

 

Fr Grégoire.

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1912-2012: 100 ans de la naissance du Père Marie-Dominique Philippe

8 Septembre 2012, 12:46pm

Publié par Fr Greg.

Figure éminente de l'Église se renouvelant à la lumière du concile Vatican II, prêcheur inlassable, fidèle à l'ordre dominicain auquel il appartenait, fondateur de la Communauté Saint-Jean, né le 08 septembre 1912.

 

 

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C'est en 1980 - je n'avais pas encore vingt ans -lors d'une retraite dans un Foyer de Charité, à Roquefort-Les-Pins, que j'ai rencontré pour la première fois ce théologien reconnu. C'était la Semaine sainte : je découvris alors avec étonnement et admiration une compréhension des mystères de la Passion comme jamais on ne me les avait expliqués. Le père Marie-Dominique Philippe me fit toucher, comme à tant d'autres, l'importance du disciple bien-aimé, le tout jeune Jean, uni à la Vierge Marie, fidèle au pied de la Croix, celui-là même qui a vu donner le coup de lance dans le cœur du Christ, d'où ont jailli le sang et l'eau, lui qui témoigne qu'ayant vu "il sait qu'il dit vrai". Toute la vie, entièrement donnée du père Philippe, fut de nous faire entrer "toujours plus loin" dans ce grand mystère. Nous avions à être des disciples "contemporains" du cœur blessé de l'Agneau

Attentif aux plus pauvres, donnant son temps sans compter, le père Marie-Dominique Philippe est, sans conteste, en amont d'une immense œuvre. Il était farouchement attentif à l'enseignement de l'Église et particulièrement à l'enseignement lumineux et exigeant de saint Thomas d'Aquin qu'il connaissait parfaitement et qu'il enseignait avec autorité, c'est-à-dire avec la pédagogie d'un véritable maître.

Jean-Paul II fut, en particulier, un pape qu'il n'a cessé de commenter. La joie du père Philippe fut immense lors de la parution en 1998 de l'encyclique Fides et Ratio. Théologien, le père Marie-Dominique n'en était pas moins docteur en philosophie, et cette encyclique majeure du pontificat, rappelant à point nommé l'alliance fondamentale de la foi et de l'intelligence, confirmait le père Marie-Dominique dans toutes les intuitions qu'il ne cessait de développer inlassablement depuis tant d'années.

Dans La Libellule ou... le Haricot, les "Confessions sur le siècle", mémoires roboratifs, du Père Bro, o.p., j'aime relire, en ce temps de deuil, cet éloge sympathique:

"J’ai une dette de gratitude à l'égard [du père Marie-Dominique Philippe], il fut mon voisin de cellule lorsque j'enseignais dans le couvent d'études du Saulchoir. Son courage, sa ferveur religieuse, son amour de l'Église en ont fait certainement un des pionniers les plus typiques et féconds de la fin du XXe siècle[ ... ]. Son livre Les Trois sagesses montre comment le regard d'un philosophe est rendu encore plus aigu par la pratique de la théologie et comment la théologie est rendue plus vraie par la sagesse mystique. La conjonction des trois sagesses est exprimée dans ces pages d'une manière exemplaire, et contagieuse. Que de fois, me suis-je dit intérieurement, "quel bonheur, il pense cela".

J'ai beaucoup échangé avec le père Marie-Dominique Philippe lorsque pendant des années il était mon voisin de cellule au couvent d'études du Saulchoir, au moment où nous y étions tous les deux professeurs. Je me suis bien souvent confessé à lui. Il m'a inlassablement conseillé, avec magnanimité, pour ma thèse de doctorat ou pour tel cours plus difficile que j'avais à assurer le lendemain matin, ne ménageant jamais son temps. Cela me donne droit de mesurer l'étrange réaction de ceux qui s'en prennent à lui sans l'avoir parfois jamais rencontré. Je pense par exemple aux amalgames d'articles de journaux qui l'accusèrent en janvier 2001 d'introduire des sectes dans l'Église. Le père Marie-Dominique Philippe aura aidé les disciples de Thomas d'Aquin à comprendre que la philosophie et théologie de celui-ci ne se limitent pas à un envoûtement des propriétés de la "notion d'être", mais conduisent à une authentique intelligence de la personne. Le séjour de Karol Wojtyla à Fribourg, là où enseignait le père "Marie-Do" n'a pas été sans conséquences sur Jean-Paul II, ni leur amitié.


Que veulent-ils ceux qui lui jettent la pierre ou le malmènent? Peu lui importe à lui, il a déjà remis sa copie.

Elle parle au cœur de l'Église." (p. 41-42).

Lors d'un séjour au Canada en 2004, j'ai pu mesurer à quel point le rayonnement du père Philippe dépassait les frontières françaises. Alors que je parlais de la jeune Communauté Saint-Jean à un prêtre qui réalisait une thèse ardue, alors qu'il me demandait qui en était le fondateur, à la réponse que je lui donnai, ses yeux s'illuminèrent et il s'exclama: ''Ah, le grand spécialiste de la Vierge Marie !" On ne serait évidemment pas complet, si tant est qu'on puisse l'être, en ne disant pas très vite le grand amour que le père Marie-Dominique Philippe avait pour la Vierge Marie. C'était plus qu'une simple dévotion ou une piété surannée. C'était hautement théologal: la Mère de Jésus continuait d'avoir un rôle de premier plan dans ces "temps de l'Église qui sont les derniers".

Début juillet, à Saint-Jodard, lieu de formation des frères novices, j'ai assisté à la dernière session de philosophie du père Marie-Dominique Philippe. Bien qu'affaibli physiquement, son intelligence restait plus que jamais vive, son cœur jeune m'a frappée alors, son insistance sur la Bonté. Comme le vieux saint Jean, le père Philippe continuait de creuser, "intelligence ouverte", l'essentiel: Dieu est amour, Dieu est bon. Et il s'attristait de voir que la Sagesse ne fût plus aimée.

"L'homme aux mille vocations", le deuxième "homme en blanc", entre autres, de toute une génération, ma génération, celle de Jean-Paul II, est entré dans le sein du Père. Comment être fidèle à son héritage? Il est tellement immense.

Hélène Bodenez, Décryptage, Août 2006.

 

 



 

 

 

 

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Spes nostra !

8 Septembre 2012, 00:14am

Publié par Fr Greg.

La naissance de Marie, c’est la naissance de celle qui est la plus pauvre, qui ne compte pas sur elle, qui vit du désir de celui qui l’a choisi de toute éternité ; et cela, c’est pour nous, c’est ainsi qu’Il nous regarde ! C'est pour cela qu'elle est notre Espérance, c'est à dire: elle ce que Jésus veut pour nous, d'un désir divin: actuel et divenement efficace.

 

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Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance, et je n’en reviens pas.
Cette petite fille qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance, Immortelle.

Car mes trois vertus dit Dieu, les trois vertus mes créatures,

mes filles mes enfants sont-elles-mêmes comme mes autres créatures,

de la race des hommes.


La Foi est une épouse fidèle. La Charité est une mère, une mère

ardente, pleine de cœur, ou une sœur aînée qui est comme une mère.

L’Espérance est une petite fille de rien du tout qui est venue au monde

le jour de Noël de l’année dernière, qui joue avec le bonhomme Janvier (…)  

et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas,
puisqu’elles sont en bois.


C’est cette petite fille qui traversera les mondes,

cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversa les mondes révolus.

 

La petite espérance s'avance entre ses deux grandes sœurs

et on ne prend seulement pas garde à elle.

 

Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur le chemin raboteux

du salut, sur la route interminable,

Sur la route entre ses deux sœurs la petite espérance s'avance.

       Charles PEGUY, Le porche de la deuxième vertu.

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N’attendez pas le jugement dernier, il a lieu tous les jours...

7 Septembre 2012, 02:14am

Publié par Fr Greg.

 

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"J'ai connu un homme qui a donné vingt ans de sa vie à une étourdie, qui lui a tout sacrifié, ses amitiés, son travail, la décence même de sa vie, et qui reconnut un soir qu'il ne l'avait jamais aimée. Il s'ennuyait, voilà tout, il s’ennuyait  comme la plupart des gens. Il s'était donc créé de toutes pièces une vie de complications et de drames. Il faut que quelque chose arrive, voilà l'explication de la plupart des engagements humains."

Albert Camus, La chute.

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Faut-il continuer "Que cherchez-vous?"

6 Septembre 2012, 02:11am

Publié par Fr Greg.

 

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Ce blog existe depuis presque 2 ans, pour redonner espérance, pour dire que c'est possible de découvrir la lumière et d'en vivre, que la lumière oblige à cette quête quotidienne, qu'elle n'est pas réservé à certains, qu'elle est présente dans nos expériences les plus simples, et pour cela j'ai voulu remettre en pleine lumière les grandes dimensions de notre personne humaine -distinct de notre vie chrétienne- sortir des chemins tout tracés, redécouvrir nos désirs les plus profonds, nos capacités, sortir du moralisme ambiant et du défaitismes culturel dans lequel nous baignons ...

 

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Qu'est-ce que juger ? Et comment juger...?

4 Septembre 2012, 01:14am

Publié par Fr Greg.

 http://www.filmosphere.com/wp-content/uploads/2011/08/presume-coupable-affiche.jpg

 

 

 

Le film raconte le calvaire d'Alain Marécaux - "l'huissier" de l'affaire d'Outreau - arrêté en 2001 ainsi que sa femme pour d'horribles actes de pédophilies qu'ils n'ont jamais commis. C'est l'histoire de la descente en enfer d'un homme innocent face à un système judiciaire incroyablement injuste et inhumain, l'histoire de sa vie et de celle de ses proches broyée par une des plus importantes erreurs judiciaires de notre époque.

 

Comment aborder un film relatant la terrible erreur judiciaire de l'affaire d'Outreau ? Le sujet pourrait se révéler casse-gueule tant il reste encore gravé dans toutes les mémoires, tant il a déchaîné les passions au début des années 2000. Pour son deuxième long métrage après Comme les autres, Vincent Garenq a choisi de s'attaquer avec Présumé coupable à cette histoire en se basant sur le témoignage d'un des accusés à tort d'Outreau, Alain Marécaux. Une terrible descente aux Enfers pour un homme accusé d'actes aussi ignobles les uns que les autres et qui n'aura, comme douze autres prévenus, bénéficié à aucun moment de la présomption d'innocence. Il faut bien avouer que la gravité des faits qui étaient reprochés dépassait l'entendement mais, même dans l'opinion publique, Alain Marécaux et ses compagnons d'infortunes, ont tout de suite été jugés coupables. Forcément la parole d'un enfant prime avant tout.

 

Dès les premières images de Présumé coupable, Vincent Garenq nous embarque dans la réalité. Il plante le décor : la perquisition chez la famille Marécaux, l'arrestation des parents, l'enlèvement des trois enfants, la mise en garde à vue sans que les intéressés sachent vraiment pourquoi, le juge d'instruction froid et déjà rempli de certitudes, l'attitude des policiers puis celle des médias... Vincent Garenq choisit le réalisme et ne cherche pas à édulcorer ou user d'artifices pour raconter l'histoire du point de vue de Marécaux. C'est brut, froid.

 

Alors évidemment, on ne peut pas être insensible à ce que nous raconte Vincent Garenq et par son intermédiaire Alain Marécaux. Il faudrait être inhumain pour ne pas ressentir de l'empathie mais cela ne s'arrête pas là. On passe par toute une palette d'émotion, au rythme de ce que l'accusé a subi tout au long des trois ans de son « calvaire ». On est tour à tour en colère, triste, outré, indigné, abasourdi par l'implacable machine judiciaire et humaine qui s'abat sur Alain Marécaux. Comme lui on se sent impuissant, on ressent l'injustice, le dégout... Mais tout cela sans dépasser le cadre de la réalité brut sans pathos, l'une des grandes forces du film.


Autre qualité de Présumé coupable, son interprète principal, Philippe Torreton, qui fait beaucoup plus qu'incarner Alain Marécaux. Il est l'accusé d'Outreau. L'acteur livre une performance rare et juste. Une implication telle qu'il a été jusqu'à perdre 27 kilos pour coller au mieux à ce que Marécaux a vécu et subi durant sa détention, entre tentatives de suicide, grève de la faim, éloignement de sa famille, divorce, une première condamnation et enfin l'acquittement...

 

A travers la vision d'un seul homme et de son vécu, Vincent Garenq livre un film fort qui vaut non seulement le détour par son côté documentaire que son histoire finalement tellement incroyable qu'elle ne serait certainement jamais sortie de l'esprit d'un scénariste. Et si grâce à la « fiction », un homme meurtri peut terminer sa reconstruction, dix ans après être tombé dans les abymes, c'est déjà l'essentiel.


Olivier CORRIEZ

http://lci.tf1.fr/cinema/presume-coupable-5670371.html

 

 


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Pardonner, une odieuse injustice...?

2 Septembre 2012, 00:08am

Publié par Fr Greg.

 

 

Pardonner n'est pas oublier, mais donner une fécondité divine à ce qui a été vain et inhumain !

 

 

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Ainsi la Cour de cassation de Bruxelles vient-elle, ce mardi 28 août 2012, d'accorder la liberté conditionnelle à Michelle Martin, ex-femme et complice du meurtrier pédophile Marc Dutroux, l'odieux assassin, après les avoir violées et emmurées vivantes, de quatre fillettes.

Carences de la justice belge

La Belgique est de nouveau, à la suite de cette très problématique et même révoltante décision de justice, sous le choc, sinon en colère. Les uns crient au scandale. Les autres hurlent à la honte. L'intensité de l'émoi tout autant que l'ampleur de l'indignation, au sein de la population, sont, du reste, compréhensibles : celle qui fut ainsi reconnue pourtant coupable de l'une des plus abominables séquestrations de personnes dans les annales judiciaires - c'est elle qui laissa mourir de faim et de soif, l'une des pires agonies qui soit, les petites Julie et Mélissa lorsque Dutroux était en prison - n'aura finalement purgé, pour cet épouvantable crime, que la moitié de sa peine, soit seize ans de réclusion sur les trente initialement prévus. C'est dire si les failles du droit belge, quant à cette libération anticipée, s'avèrent là, en ce très douloureux cas tout particulièrement, aussi flagrantes, au regard de la justice, que cruelles, à l'égard des victimes. 

Grandeur morale des victimes

Ce très légitime sentiment, Jean-Denis Lejeune, le père de Julie, l'a d'ailleurs magnifiquement bien exprimé, admirable de dignité tout autant que de courage, dans la très poignante lettre qu'il vient d'adresser, sans haine ni esprit de vengeance, mais avec lucidité et fermeté de ton, à Michelle Martin, à laquelle il demande, non moins opportunément, si elle a encore une once d'humanité, sinon de conscience : "Vous êtes libre alors que je suis prisonnier de ma douleur." Car c'est bien ce perpétuel cauchemar éveillé qui préside désormais, pour l'éternité, au funeste destin de ce père à jamais brisé face à l'atroce mort, au sommet d'une barbarie sans nom, de son enfant.

Mais voilà : inutile, hélas, d'épiloguer outre mesure, du moins pour le moment, sur cette inique mais souveraine décision de justice ; la loi belge, quels que soient les dysfonctionnements et autres anomalies que l'on pourrait aisément lui imputer (notamment par rapport à la non-incompressibilité des peines, même dans les cas les plus graves), a définitivement tranché, toutes procédures respectées, aussi brutale et mécanique qu'un couperet, aussi froide et inflexible qu'un scalpel taillant, d'un geste sec mais précis, dans la chair vive. "Dura lex, sed lex."

Amants diaboliques

Il ne me viendra pas non plus à l'idée ici, ne fût-ce que par respect envers la mémoire de ces fillettes meurtries en leur innocence même comme par égard envers ces familles dévastées par leur incommensurable chagrin, de m'attarder à tenter de comprendre - je n'ai pas dit, la nuance conceptuelle est de taille, justifier - ce qui, sur le plan psychologique et même psychanalytique, aura bien pu pousser cette femme alors manifestement sous influence, par-delà ses indéniables propensions à la manipulation d'autrui, à suivre aussi aveuglément, en commettant l'irréparable, les pulsions criminelles de celui - son ancien mari - qu'elle disait aimer, à l'époque des faits, éperdument... jusqu'à, précisément, se perdre dans le mal absolu ! Aucun sentiment, fût-il le plus extrême, ne peut excuser, à moins de plaider la démence, pareille aliénation du jugement ! Aucun amour, fût-il le plus fou, ne saurait expliquer, à moins d'invoquer le délire, semblable obscurcissement de la raison !

Je n'ignore pas, toutefois, qu'il existe des femmes (ou des hommes) à ce point amoureuses de leur partenaire qu'elles seraient prêtes à le suivre en enfer et s'y damner l'âme. La littérature elle-même regorge de ces amants diaboliques. Jean-Paul Enthoven, écrivain dont l'étincelante plume n'a d'égale que la sagacité de l'esprit, brosse à ce propos, dans sa somptueuse mais tragique Dernière femme, et plus exactement dans son chapitre intitulé "Laure et ses blasphèmes", un terrible mais juste portrait de l'une des maîtresses, passionnée jusqu'à l'adoration et perverse jusqu'à l'abnégation, de Georges Bataille : "Cette sorte de femme rencontre toujours un certain succès auprès des individus qui, tout en redoutant leur part ténébreuse, se rêvent crucifiés. (...) Ce genre de femme déconcerte ceux qui s'en approchent tant elles se veulent innocentes en faisant le mal. Après tout, y sont-elles pour quelque chose ? Et n'auraient-elles pas consenti, avant de pactiser avec l'enfer, à ce bonheur serein qui les a repoussées ? Dès que ces femmes, mal suicidées, sont de retour sur le manège des vivants, elles massacrent avec un sourire. Ce sont des assassins bienveillants. Des bourreaux qui s'excusent."[1]

Mais trêve, via l'analyse littéraire, de diagnostics psychiatriques, lesquels, pour pertinents qu'ils puissent paraître au niveau théorique, pourraient surtout sembler déplacés, sinon indécents, au regard de l'indicible souffrance, bien réelle quant à elle, des victimes de cet innommable drame humain qu'est la tristement célèbre "affaire Dutroux".

Charité chrétienne

Car, entre les déplorables carences de la justice belge et la grandeur morale des parents de ces petites martyres, il reste encore à comprendre - et je peux dire là, en âme et conscience, justifier - ce qui motive, en toute logique, les soeurs du couvent des Clarisses de Malonne, paisible bourgade située non loin de la ville de Namur, à accueillir aussi généreusement, peut-être à leurs risques et périls, une Michelle Martin, la femme la plus honnie du royaume, qui, sans leur providentiel secours, ne saurait où aller ni à quel saint (c'est le cas de le dire) se vouer, risquant même de se faire lyncher par une foule assoiffée de vengeance, à partir du moment où, soudain livrée ainsi à la rue, cette libération met sa vie, paradoxalement, en danger.

Heureusement, donc, que ces bonnes soeurs sont là pour pallier les insuffisances de la justice ! Mais, en cette Belgique encore traumatisée par le pire crime de son histoire judiciaire, nombreux sont pourtant ceux qui s'insurgent, à grand renfort de slogans à l'emporte-pièce, contre l'attitude de ces religieuses. Ils ont tort, cependant ! Car ces miséricordieuses soeurs - et c'est un athée qui parle ici - ne font jamais là, animées par ce que les croyants nomment "l'esprit saint", qu'appliquer scrupuleusement les préceptes bibliques, que mettre très concrètement en pratique l'enseignement de l'évangile lui-même : aime ton prochain, fût-il un criminel, comme toi-même ; tends la joue droite à ceux qui te frappent sur la joue gauche ; ne t'endors pas le soir en n'ayant pas pardonné à ton ennemi ! Il y a en effet là, en cette pure et inconditionnelle charité chrétienne, quelque chose de profondément christique, de magnifiquement divin tant cet héroïque geste dépasse, quelle que soit notre difficulté à l'admettre, l'entendement humain...

Parole d'évangile

N'est-ce pas d'ailleurs le Christ qui, alors même qu'il était sur le point de rendre l'âme sur sa croix, accueillit au paradis le larron qui, crucifié lui aussi, implorait alors le pardon de ses péchés ? N'est-ce pas encore ce même Christ qui, empli de compassion, empêcha la femme adultère, que les plus médisants disaient prostituée, de se voir lapidée, sans pitié ni remords, par la foule ? Ses paroles, à cette occasion-là, sont restées célèbres : "Que celui qui n'a jamais péché jette la première pierre ; va, repens-toi et ne pèche plus."

C'est très exactement de cet esprit-là, pour incompréhensible qu'il soit au commun des mortels, que soeur Christine, abbesse du couvent des Clarisses, qui a une longue tradition d'accueil des personnes les plus vulnérables, s'inspire lorsqu'elle énonce, pour justifier la décision de son ordre, ces mots : "Madame Martin est un être humain capable, comme pour nous tous, du pire et du meilleur. (...) Nous croyons donc que tabler sur le meilleur d'elle-même n'est pas de l'inconscience de notre part." Que vaudrait par ailleurs le sacrifice du Christ en croix, descendu sur terre pour racheter les péchés du monde, s'il n'y avait, afin de gagner la vie éternelle, la possibilité du pardon ? C'est là l'essence même du christianisme, son fondement théologique tout autant que sa raison d'être. Sans cela, autant fermer les églises ! Ces catholiques qui protestent bruyamment en place publique pour demander la peau de Michelle Martin, au prétexte qu'ils n'oublient pas la gravité de son crime, devraient le savoir, eux qui vont à confesse chaque dimanche et se gargarisent de catéchisme. D'autre part, pardonner ne signifie pas oublier - bien au contraire, et c'est même là que réside la grandeur du pardon - pas plus que le repentir d'un individu n'équivaut, loin de là, à l'exonérer de son passé, ni la pénitence à effacer le mal qu'il a fait.

 

Oui, je le clame ici haut et fort, quitte à choquer les bien-pensants ou à heurter l'opinion publique : ces religieuses du couvent des Clarisses, en accueillant cette grande pécheresse de façon aussi désintéressée, sans même exiger auparavant d'elle une quelconque conversion à leurs propres convictions, sont là, conformément à leur vocation première tout autant qu'en parfaite cohérence avec la mission qu'elles se sont fixée, des chrétiennes exemplaires et, tout à la fois, d'une humanité sans pareille. Elles sont l'incarnation même, en leur généreuse humilité, de la foi chrétienne en ce qu'elle a - et c'est encore là le même athée qui parle - de plus noble et grand !


L'impénétrable voie du Seigneur

Et puis, qui sait si Michelle Martin, pour éminemment condamnable que soit son passé, ne suivra pas elle-même un jour ces spectaculaires méandres de la conversion la plus inattendue. Après tout, bon nombre de mystiques furent, avant leur extatique rencontre avec Dieu, de grands débauchés ou de vrais bandits, parfois même des criminels de la pire espèce. Le plus célèbre, au sein de cette étrange et surprenante assemblée, est un certain saint François d'Assise, qui, avant de devenir le très pieux moine que l'on sait, courait les tavernes, dépensant son argent sans compter pour s'enivrer du meilleur vin, tout en retroussant les filles et en faisant les quatre cents coups : un mélange avant la lettre, pour ce libertin des grands chemins, de Sade et de Casanova !

Bien avant encore, à l'aube du christianisme justement, il y eut Saul de Tarse, mieux connu sous le nom de saint Paul, qui, avant qu'il ne fût illuminé sur la route de Damas pour ensuite devenir le plus zélé et prolifique des apôtres, tenait impunément la tunique, à Jérusalem, de ceux-là mêmes qui lapidaient les chrétiens ! C'est là, ce passage de l'abjection à la sainteté, ce que Dante lui-même appelle, dans un passage de sa Divine comédie, la "vita nova" (dans la langue de Molière, la "nouvelle vie") : tout un symbole pour ce précurseur de la Renaissance !

Reste à espérer que ce sera aussi là, sans bien sûr vouloir pour autant comparer ici l'incomparable et certes toutes proportions gardées dans l'échelle du mal, l'impénétrable voie du Seigneur qu'empruntera désormais, jusqu'à sa propre mort peut-être, Michelle Martin. En attendant, paix à l'âme de ses innocentes et trop jeunes martyres, et toute ma compassion à leurs admirables parents. Je ne suis pas sûr, étant moi-même père, que j'aurais, si je devais affronter pareille épreuve, leur force et leur courage !

Par DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

http://blogs.mediapart.fr/blog/daniel-salvatore-schiffer

 

 

* Philosophe, auteur de "La Philosophie d'Emmanuel Levinas" (PUF) et porte-parole, pour les pays francophones, du Comité International contre le Peine de Mort et la Lapidation ("One Law For All"), dont le siège est à Londres.

[1] Jean-Paul Enthoven, "La Dernière Femme", Paris, Grasset, 2006, p. 44-49.

 

 

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