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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Dis-moi comment tu touches....

30 Juin 2012, 02:49am

Publié par Father Greg

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Le rôle du toucher

Le toucher est la première nourriture du corps. Il est essentiel à la construction de la personne parce qu'il nous révèle à notre humanité ; c'est-à-dire à la réalité de notre conscience physique. Un enfant non touché n'a pas conscience de son incarnation. Sans toucher, il ne peut y avoir de présence à la matérialité du corps. Il en est le déclencheur. Il révèle à la conscience de la matière. Le corps est conçu pour le toucher. Le corps est toucher (puisque s'il n'est pas touché, il n'est pas). En ce sens, le toucher donne la vie, puisque le corps ne vient à s'épanouir que grâce à lui.

La conscience du toucher 

Le rôle du toucher est d'éveiller le corps pour informer la conscience. 
En étant touché, l'être prend conscience de lui-même au travers de ses sensations. Par le toucher, il se relie à son corps, le reconnaît et peut dire 'je suis mon corps, mes sensations, mes émotions, mes sentiments, mes pensées'. 

Le corps développe alors son rôle de transmission de données nouvelles, intérieures et extérieures :'Je peux sentir mes états d'âme, comme je peux percevoir la température qu'il fait'. Le corps touché est la caisse de résonance, le réceptacle qui produit les informations de la conscience. Il n'y a pas de corps sans informations ni de transmission sans corps. C'est le lieu d'échanges entre moi et le monde, visible et invisible. Par les sensations, le corps guide le soi dans le monde. Par la sensibilité : le corps permet l'expérience du moi en lien avec le tout. 

Le corps ne peut développer ces qualités que s'il est exercé au toucher. Le toucher engendre la sensibilité du corps et de la conscience parce qu'il les joint et qu'il développe les perceptions, c'est-à-dire la capacité de voir au travers. Il conduit à faire les liens entre moi et mon corps, moi et l'autre, l'intérieur et l'extérieur de moi…

Hervé Péchot.

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Ce que nos mains ont touché... (II)

29 Juin 2012, 02:48am

Publié par Father Greg

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Des études montrent les effets positifs du toucher 

Le toucher ne profite pas seulement aux enfants. C'est un facteur réel et vérifié de diminution de l'angoisse et d'amélioration du système immunitaire. Ainsi, à l'heure où 75% des salariés se considèrent stressés, le toucher est une solution efficace et concrète contre ce fléau. Si bien souvent on ne peut réduire les causes extérieures de tensions, le toucher est un moyen sûr d'améliorer la capacité d'adaptation des individus : automatiquement, à la suite d'une séance, les hormones anti-stress diminuent et une catégorie de lymphocyte T augmente. 

Les services de relaxation par le toucher qui se répandent dans les entreprises répondent donc parfaitement à ce besoin. 

Les études ont montré également une amélioration de la vigilance et de l'attention et de nombreux métiers bénéficieraient des soins du toucher : que ce soient les métiers qui demandent une attention soutenue, les métiers physiques, tels que bouchers, boulangers; les métiers à risques ou ceux ou le don de soi est important tels que pompiers, infirmières, enseignants, éducateurs… 

Le toucher est un véritable acte de prévention de santé parce qu'il augmente les capacités de défenses de l'organisme et qu'il relance globalement l'ensemble des fonctions du corps; mais plus profondément encore, il reconnecte au sentiment de bien-être parce qu'il relie l'individu à lui-même, aux autres et à la réalité de son environnement. 

Des chercheurs ont apporté la preuve du lien entre le toucher et le cerveau affectif. Ils ont découvert un nouveau réseau de fibres nerveuses appelées C, plus fin et indépendant du système majeur, qui active directement le cerveau le plus profond, le cerveau émotionnel. 
Ils l'ont étudié sur une personne dont les nerfs du bras étaient sectionnés et qui pourtant ressentait les sensations d'une plume à la surface de sa peau. Cette découverte est extraordinaire car elle apporte l'explication scientifique du sentiment de bien-être éprouvé avec le toucher et elle justifie l'importance et le rôle du toucher relationnel pour l'être humain. 

Le plus étonnant est que la médecine chinoise, vieille de 5000 ans possédait déjà cette connaissance. Dans le système analogique d'explication du fonctionnement de l'univers, le système des '5 éléments', elle associe déjà le sens du toucher à l'organe du cœur. Comme le dit l'expression, on a tous 'le cœur sur la main'. Mais encore faut-il que la main soit ouverte ! 

Le toucher ne profite pas seulement à celui qui le reçoit ; il bénéficie aussi à celui qui le donne. Ainsi, les femmes dépressives qui donnent du toucher à leur enfant voient leur état s'améliorer et tissent une meilleure relation avec lui. Des personnes âgées qui massent régulièrement des bébés y trouvent un bénéfice plus grand que si elles étaient massées elles-mêmes. Le toucher est donc un domaine de gagnant-gagnant. Tout le monde y trouve son compte et le masseur reçoit autant que le massé. On peut donc penser que le toucher affecte aussi le cerveau émotionnel de celui qui touche. 

Hervé Péchot.

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Ce que nos mains ont touché du Verbe de Vie...

28 Juin 2012, 03:23am

Publié par Father Greg

 

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Introduction 
Le toucher est l'acte le plus essentiel de l'être humain; mais il a été jusqu'ici fort peu étudié, compris et utilisé. Le toucher est partout : dès le matin, je touche mon corps en me lavant, je prends les aliments de mon petit-déjeuner, et je serre la main de mes collègues de travail…Chacun de nous est positionné vis-à-vis de lui, consciemment ou non : j'accepte la bise de mes proches, je me détourne de quelqu'un d'antipathique, et je tape dans le dos de mes amis. Certains aiment le toucher et d'autres le rejettent, mais il concerne tout le monde. Il est présent dans toutes les activités humaines, de la naissance à la mort, dans tous les milieux, et dans tous les domaines de la vie, familial, professionnel, social, intime. Le toucher a un poids affectif inestimé et inestimable.

Le toucher est un besoin. 

Bien qu'il imprègne notre vie de tous les jours, et malgré les recherches, le toucher reste mystérieux. Les études sont relativement récentes et le champ d'investigation est encore grand ouvert. Aux États-Unis, les premiers instituts de recherche pluridisciplinaires sur le sujet ont apporté des preuves scientifiques, mesurées, des effets du toucher, et ont démontré sa valeur dans de nombreux domaines, qu'il s'agisse de l'enfance prématurée, des personnes âgées ou de certaines maladies. 

Il ne fait plus de doute que l'enfant a besoin du toucher pour se développer. On sait aujourd'hui qu'un enfant qui n'est pas touché ne se développe pas normalement. L'expérience encore proche des orphelinats roumains a démontré que l'absence complète de toucher entraînait des retards de croissance importants et des altérations des facultés mentales. Plusieurs études dans le monde ont prouvé que les prématurés prennent environ 50% de poids supplémentaire lorsqu'ils sont touchés. On a par ailleurs récemment découvert un gène assurant le lien entre la croissance et le toucher ! (données tirées du livre 'les bienfaits du toucher' de Tiffany Field - Payot)

Le toucher de la peau donne la conscience de la matière du corps et le corps ne peut se développer sans le toucher. Un enfant non touché ne peut entrer dans la conscience de son incarnation et développer ses ressources pour grandir. L'être humain a donc besoin de l'autre pour prendre conscience de lui-même ; et par là, il gagne la conscience de la relation. 


Le toucher est le sens premier. Je peux évoluer sans voir ni entendre mais je ne peux vivre sans être touché. Le toucher conduit l'être vers la communication avec l'extérieur, et vers la relation aux autres. Par le toucher tactile, le corps s'éveille. Il apporte à l'enfant la sécurité affective ; il réduit ses pleurs, améliore son sommeil et le rend calme, actif, et sociable. Il l'apaise parce qu'il lui rappelle la sécurité du lien à la mère et le relie à la relation d'origine. A l'extrême, on peut affirmer selon l'expression consacrée que 'l'absence de toucher tue ou affecte gravement la santé physique, mentale et relationnelle'.

Hervé Péchot.

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La foi est la pire des tyrannies, sans cette mendicité constante de l'intelligence !

27 Juin 2012, 02:12am

Publié par Father Greg

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Paul IV n’hésitait pas à dire que le fidéisme était le plus grand danger actuel de la théologie catholique. Je l’ai entendu de mes propres oreilles cela, dans une petite audience à des théologiens : il avait parfaitement raison. Nous sommes tous un peu fidéistes; et peu à peu j’espère que le fidéisme diminue et que l’homme religieux contemplatif augmente, et qu’on acquiert progressivement une certaine contemplation naturelle, humaine. Ne disons pas que c’est facultatif : non, pas du tout. Ce n’est pas facultatif, c’est nécessaire au chrétien, si vous êtes chrétien jusqu’au bout, puisqu’on sait que le fidéisme est condamné par l’Eglise. Alors, on n’a pas le droit de dire : « Oh, cela n’a pas d’importance, c’est secondaire ». Tout dépend. Quelqu’un, qui ne peut pas du tout faire de philosophie, qui ne peut pas du tout comprendre ce que c’est que cette contemplation naturelle, c’est sûr, Dieu suppléera. Mais, quelqu’un qui le peut… C’est pour cela que quelqu’un comme Marthe Robin, qui avait un sens très étonnant du réalisme, comprenait cela très bien. Et elle comprenait la nécessité d’une métaphysique, d’une philosophie première, qui conduit à la contemplation. Elle le comprenait très bien, à un point invraisemblable : cela m’a toujours renversé de voir comment elle comprenait cela, alors que des quantités de théologiens ne comprennent plus. A cause de son réalisme divin, elle comprenait cela. Vous voyez, quelqu’un qui ne comprend pas cela, je dirai : il y a un réalisme divin qu’il n’a pas atteint. Et donc, je mets très en doute le caractère véridique de sa théologie, puisqu’il y a une erreur radicale, le fidéisme, au point de départ. Quand il y a une erreur fondamentale, cela se répercute sur tout le reste…

MDP, 01.07.92

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Il ne suffit pas d'aimer!

26 Juin 2012, 03:06am

Publié par Father Greg

 

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Il y a un problème très grave pour le chrétien d’aujourd’hui, et on en est tous un peu atteints ; vous ne pouvez pas dire que vous n’êtes pas atteints de cela, car vous avez respiré cet air-là. Et cet air-là, c’est de dire : « La philosophie, ce n’est pas nécessaire ! ». Attention ! C’est une nécessité pour le croyant, et c’est pour cela que l’Eglise maintient à tout prix la philosophie réaliste et la métaphysique. Ce n’est pas du luxe, ce n’est pas une chose ancienne propre au Moyen-Age comme la construction des cathédrales — c’est difficile de construire une cathédrale aujourd’hui ! La métaphysique n’est pas une cathédrale, c’est une nécessité pour le croyant. Alors si on est incapable soi-même d’étudier la métaphysique, qu’on le reconnaisse : « Je n’ai pas les capacités, je ne suis pas formé pour cela, je n’ai pas la forme d’intelligence pour cela ». Mais on n’a pas le droit de dire : « Ce n’est pas nécessaire ». Et quand vous dites que ce n’est pas nécessaire, c’est terrible, vous commettez une faute contre la foi. (…)

 

La métaphysique est nécessaire au croyant pour découvrir les preambula fidei ; elle est nécessaire pour que le croyant soit conscient de ce que la foi chrétienne lui apporte. Donc elle permet de déterminer avec exactitude l’acte propre de foi, et par le fait même, elle permet de préciser avec exactitude ce qu’est la théologie, puisque la théologie part de la foi. (…)

 

Au dire de Paul VI — je l’ai entendu de mes propres oreilles, dans une audience privée avec des théologiens, sitôt après le Concile —, le fidéisme est actuellement le mal le plus profond de l’Eglise catholique. Et un théologien de Rome, qui connaissait très bien ce que représentait l’état de la théologie d’aujourd’hui, m’a dit que quatre-vingt dix pour cent des théologiens d’aujourd’hui sont fidéistes  — et il allait même jusqu’à dire quatre-vingt quinze pour cent —, c’est-à-dire ne reconnaissent plus les preambula fidei. Du point de vue de la foi chrétienne, c’est sérieux : celui qui ne va pas jusqu’au bout de sa foi risque toujours de la perdre, parce qu’il ne l’exerce plus.

Si vous confondez la foi et les traditions et si vous confondez les opinions des hommes et ce que l’intelligence humaine peut par elle-même dire, votre foi s’humanise. Et une foi qui s’humanise est une foi qui perd son caractère propre. Et le caractère propre de la foi, c’est d’être ordonnée à la contemplation chrétienne — et non pas philosophique —, c’est de me rappeler que je suis héritier, avec Jésus, de la vision béatifique et que je suis fait pour cela.

Donc vous voyez l’importance de ce que nous essayerons de comprendre ensemble, de cette ultime partie de la philosophie qu’on appelle théologie naturelle, et qui reste quelque chose de nécessaire à voir aujourd’hui. Le Saint-Père m’a posé la question : « Où enseigne-t-on encore la métaphysique dans son ultime exigence, la théologie naturelle ? ». Quand j’enseignais la théologie naturelle à Fribourg, j’entendais mes chers confrères dire avec un air satisfait d’eux-mêmes : « La théologie naturelle, c’est une question de sentiment ! ». Qui est-ce qui disait cela avant eux ? Auguste Comte. Et donc sans le savoir, ils étaient positivistes.

MD Philippe, 9.10.1992. Aletheia n° 16 sur Fides et ratio

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Notre impuissance, lieu de la rencontre de Dieu

25 Juin 2012, 03:37am

Publié par Father Greg

 

« Dans le cœur de l’Eglise, ma Mère, je serai l’Amour...ainsi, je serai tout….ainsi  mon rêve sera réalisé ! »

 

HONTHORST, Gerrit van5

Quand Thérèse dit qu’elle « sera tout », ce n’est pas le tout de la philosophie hégélienne ; il s’agit au contraire du réalisme de l’amour, l’amour de charité qui « est tout » puisque, étant ce qui ordonne notre volonté vers sa fin ultime et,  par notre volonté, les actes de toutes nos vertus, il peut et il doit être présent partout. Quand les théologiens disent que la charité est la « la forme de toutes les vertus, » c’est cela qu’ils veulent exprimer, dans leur langage de théologiens que souvent nous comprenons mal. Thérèse prend un langage très simple : l’amour est présent à tout et c’est par là que Jésus prend possession de toute notre vie, de tout nous-mêmes. L’amour est victorieux de tout. Quand la lutte est très forte, quand la souffrance et la tristesse sont très fortes, il faut que l’amour soit victorieux, parce que le démon se sert de la tristesse et de la souffrance, telles quelles sont présentes dans notre psychisme humain ( c'est-à-dire dans notre sensibilité humaine et notre imagination, où elles se transforment en angoisse) ; il voudrait que cette souffrance et cette tristesse arrêtent l’amour, qu’elles soient comme un mur qui nous empêche d’aller plus loin et nous fasse nous replier sur nous-mêmes. En effet, la souffrance et la tristesse risquent toujours de nous replier sur nous-mêmes en arrêtant l’élan de notre cœur. C’est là qu’il faut comprendre que la victoire du Christ, la victoire de l’Esprit Saint, se réalise au plus intime de notre cœur. Même les souffrances les plus aiguës, même les tristesses les plus profondes de l’agonie, tout peut être transformé par l’amour ; c’est bien ce que Thérèse nous montre, elle a pu dire à la fin de sa vie : « la souffrance est devenue mon Ciel ici-bas ».Elle peut donc dire que l’amour est la voie, puisque c’est par l’amour- l’amour qui nous vient de Dieu, l’amour du cœur du Christ- que tout se transforme et prend un sens divin ; L’amour humain ne peut pas être victorieux de cela ; c’est toute la différence entre l’amour divin et l’amour humain. L’amour humain a un mode intentionnel ; il peut lutter contre la tristesse et la souffrance, et quand c’est un véritable amour d’amitié il est beaucoup plus fort parce qu’on est deux à lutter, mais il reste que l’amour humain n’est pas substantiel. Tandis que l’amour divin, étant substantiel, peut être victorieux de tout ; c’est cela que Thérèse a saisi avec une extrême vacuité.


Thérèse a trouvé le secret de « s’approprier » la flamme de l’amour divin, elle reconnait qu’elle n’est « qu’une enfant, impuissante et faible », mais c’est sa faiblesse même, nous l’avons vu, qui lui donne l’audace de s’offrir en victime à l’amour de Jésus. Tout est là et c’est dit avec une très grande netteté. C’est un abandon total dans l’amour, et c’est une audace, donc un désir, car il n’y a pas d’audace sans désir (c’est le désir qui rend audacieux). C’est même une audace prodigieuse, celle de l’enfant ; « si vous ne devenez pas comme des tout-petits, vous n’entrerez pas  dans le royaume des  Cieux ».Thérèse veut entrer tout de suite dans le Royaume des Cieux, le Royaume de Dieu, et c’est pour cela qu’elle a cette audace. Elle y entre sans y être encore tout à fait, sans être « au port », mais il y a chez elle cette audace divine de l’espérance propre à l’enfant. Car ce qui caractérise l’enfant, c’est que ses désirs sont toujours plus grands que l’expérience qu’il a déjà faite, qu’il a déjà vécue. Si l’homme adulte a tendance à en rester toujours à sa prudence, c’est que ses audaces sont mesurées par son « vécu » ; quant au vieillard, il juge tout en fonction de son passé, il se réfère toujours au passé. Ce qui fait l’audace du tout-petit, c’est qu’il dépasse ce qu’il a vécu, il est toujours au-delà, et il attend plus-« demain, demain » dit l’enfant. Pour Thérèse, le « demain » c’est la venue du Christ, c’est Jésus qui vient. « Voilà son demain ».  

                                                             L’acte d’offrande,  Marie Dominique Philippe.

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La pensée de Dieu (IV)

24 Juin 2012, 01:25am

Publié par Fr Moore G

 

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La véritable origine de l'Univers

A partir de maintenant, bien sûr, nous quittons la réalité explorée par la science pour entrer dans le domaine de la spéculation. Mais comme nous allons le voir, il nous restera en main un jeu d'hypothèses suffisamment solides pour en extraire quelques réponses nouvelles. La clef réside donc dans les deux formes du temps qui pourraient exister au moment du big bang.

Il y a d'abord le temps de chez nous. Il s'écoule à chaque instant. C'est ce qui fait qu'une rivière coule, qu'un feu brûle dans la cheminée et que le soleil se lève le matin. Il est bien sûr étroitement lié à ce qu'on appelle l'énergie. A présent, voyons le temps imaginaire. Avec lui, plus de mouvement - le temps imaginaire ne s'écoule pas. Un peu comme un disque DVD hors du lecteur, dont l'histoire est comme gelée. Dans le temps imaginaire, il n'y a donc pas de place pour l'énergie. Qu'allons- nous trouver à la place? Ce que les experts, depuis quelques années, appellent l'information. En fait, c'est un peu la même chose que l'énergie, mais dans le temps imaginaire. C'est pourquoi nous allons alors remplacer toutes les unités physiques, sans exception, par ces unités qu'on appelle des «bits d'information» (un mot que, bien sûr, vous connaissez bien). Ainsi, le fauteuil sur lequel vous êtes assis peut être entièrement décrit (du moins en théorie) par les bits d'information qu'il contient. A présent, revenons à l'Univers primordial. Où allons-nous trouver ce fameux temps imaginaire? En fait, là où le temps réel cesse totalement d'exister: à l'instant zéro. Cet instant correspond bien sûr dans le modèle standard à ce qu'on appelle la «singularité initiale» marquant le «zéro absolu» de l'espace et du temps. C'est-à-dire, la véritable origine de l'Univers. De quoi s'agit- il? D'un point mathématique, inaccessible au calcul physique. A la différence de tout ce qui existe dans l'Univers, son essence profonde est totalement abstraite. A ce stade, il n'y a plus de matière, plus d'énergie et plus de temps. A quoi il faut ajouter - en y insistant bien - que sur ce point zéro, ce qu'on appelle l'entropie de l'Univers (c'est-à-dire, en gros, son désordre) est nulle. Cela est une conséquence naturelle du fameux principe de la thermodynamique si bien explicité au début des années 1900 par ce génie visionnaire qu'était Ludwig Boltzmann. Or, comme l'information est tout simplement «l'inverse» de l'entropie, cela signifie qu'à l'instant zéro, l'information caractérisant le pré-Univers doit être considérée comme maximale. Que pouvons-nous en déduire? Qu'à l'instant zéro, il n'existe rien d'autre que de l'information. Une réalité numérique, qui pourrait «encoder» sous une forme mathématique l'ensemble des propriétés qui, après le big bang, concourent à l'existence et à l'évolution de l'Univers physique. Comme le pensait Leibniz - et après lui tous ceux de l'école de Göttingen -, il peut exister un nombre plus vaste que l'Univers. Dans ce temps imaginaire où l'harmonie préétablie prend sa source, un nombre-Univers d'une grande pureté, hors de l'espace-temps, pourrait bien contenir la complexité la plus haute que l'esprit humain puisse imaginer. Et que la pensée de Dieu puisse concevoir.

La Pensée de Dieu, Igor et Grichka Bogdanov, Grasset, 280 p., 

 www.lefigaro.fr

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La pensée de Dieu (III)

23 Juin 2012, 01:25am

Publié par Father Greg

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Dieu avait-il le choix?

Nous voici en 1951, dans le tranquille bureau qu'Einstein occupe à l'Institut des études avancées. C'est l'été. Les fenêtres sont ouvertes en grand sur le ciel et les magnifiques arbres du parc. Le maître est devant son tableau noir et trace de sa belle écriture ces équations de la relativité générale qu'il a écrites tant de fois. Soudain, il se tourne vers son assistant, le jeune physicien Ernst Straus. Son regard s'envole au-delà, vers l'invisible, lorsqu'il se demande à voix basse: «Est-ce que Dieu avait le choix lorsqu'il a créé l'Univers?»

La question est incroyablement profonde. En un seul trait, elle nous renvoie un quart de siècle plus tôt, lorsqu'il écrivait: «En tout cas, moi, je suis convaincu que Dieu ne joue pas aux dés.»

Einstein n'a donc pas le moindre doute: l'Univers n'est pas né par hasard! Toutefois, même si l'Univers échappe au hasard, aurait-il pu être différent? C'est-à-dire gouverné par des lois différentes? Pour Einstein, les lois dans l'Univers ne pouvaient pas être différentes au moment de sa naissance. En d'autres termes, Dieu n'avait pas le choix! Quarante ans après Einstein, un savant anglais, sir Roger Penrose, de l'université d'Oxford, s'est posé la même question. En imaginant un immense tableau couvert de milliards de points désignant des Univers possibles, Penrose s'est demandé si le Créateur avait la liberté de poser son stylet sur n'importe quel point au moment du big bang pour engendrer un Univers plus ou moins comme le nôtre. Et là encore, sa réponse, très argumentée par des calculs, est la même que celle d'Einstein: le Créateur n'a aucune liberté de choix. Il n'existe qu'un seul point, parmi les milliards de milliards de milliards d'autres possibilités, sur lequel le Créateur puisse poser son stylet. Pour donner une idée de l'immensité de cette contrainte à l'origine, Penrose montre que la «chance» pour que le Créateur tombe par hasard sur le bon point est de une sur 10 puissance 10 puissance 123! C'est peut-être pour cela qu'un beau jour, Einstein a lancé en souriant: «Le hasard, c'est Dieu lorsqu'il se promène incognito!»

 

La Pensée de Dieu, Igor et Grichka Bogdanov, Grasset, 280 p.

 www.lefigaro.fr

 

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la pensée de Dieu (II)

22 Juin 2012, 01:18am

Publié par Father Greg

 

 

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Deuxième hypothèse: celle des univers «parallèles». Selon les défenseurs de cette idée, l'univers dans lequel nous vivons ne serait que la version «gagnante» d'une infinité d'univers stériles: l'existence de l'univers «ordonné» dans lequel nous vivons n'aurait rien de remarquable puisqu'il serait perdu dans une multitude d'univers chaotiques. Disons-le sans détour: bien qu'à la mode, cette hypothèse n'est pas plus scientifique que la précédente. D'abord parce qu'elle n'est pas vérifiable expérimentalement. Mais surtout parce que dans tous les Univers possibles, les mathématiques resteraient forcément les mêmes que «chez nous». Et comme la réalité physique est entièrement déterminée par les mathématiques qui la sous-tendent, il est vraisemblable que l'on retomberait sur le même Univers que le nôtre.

D'où la troisième hypothèse, qui nous semble le plus en lien avec la science, celle d'un Univers unique et structuré par des lois physiques: dans ce cas, l'évolution cosmologique ne laisse rien au hasard et la vie apparaît comme la conséquence inévitable d'un scénario dicté, avec la plus haute précision, par les lois de la physique. Un Univers unique. Dans cette perspective, un code sous-jacent, d'essence mathématique, un peu comparable au code génétique pour un être vivant, explique toutes les lois physiques et organise, avec une précision vertigineuse, les valeurs de toutes les constantes fondamentales entre elles, jusqu'à engendrer un univers ordonné et susceptible d'évoluer vers la vie et la conscience. En fait, de plus en plus de physiciens observent que les lois fondamentales de la nature doivent être calibrées avec la plus haute précision afin que des étoiles et des planètes puissent se former pour permettre à la vie d'émerger de la matière. Jusqu'à une date récente, le travail des scientifiques consistait, pour l'essentiel, à découvrir la nature des lois physiques et les conséquences de leurs applications. Mais ils s'interdisaient de se poser des questions sur la raison d'être de ces lois. Or avec les progrès de la science, il devient de plus en plus difficile de considérer qu'au moment du big bang, ces lois ont fait leur travail de structuration de la matière sans aucune raison particulière: les scientifiques ont désormais le droit de s'interroger sur le «pourquoi» de ces lois et de se demander si elles ont une raison d'être.

 

La Pensée de Dieu, Igor et Grichka Bogdanov, Grasset, 280 p.,

www.lefigaro.fr

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La pensée de Dieu

21 Juin 2012, 03:07am

Publié par Father Greg

Avec La Pensée de Dieu, leur nouveau livre, Igor et Grichka Bogdanov poursuivent leur exploration de l'Univers et leur quête d'un sens : par quel miracle tout a été si bien réglé pour que notre Univers voie le jour ?

 

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Maître, qu'est-ce que vous cherchez dans vos équations? Einstein ne répond pas tout de suite. Lentement, il regagne son bureau et s'assied juste en face de la jeune fille. Peut-être troublé par la beauté ambiguë de son étudiante, il soupire puis lui prend la main et murmure, à mots à peine soufflés: «Je veux savoir comment Dieu a créé l'Univers. Je ne suis pas intéressé par tel ou tel phénomène, tel ou tel élément. Je veux connaître la pensée de Dieu.» La pensée de Dieu! Le mot était lâché. Il allait faire le tour du monde. Provoquer des révoltes dans les laboratoires, engendrer des polémiques et susciter d'interminables discussions: aujourd'hui encore, cette petite phrase continue à entretenir le débat. Jusqu'au physicien Stephen Hawking qui se demande dans son célèbre ouvrage Une brève histoire du temps pourquoi l'Univers existe et lance dans la toute dernière ligne: «Si nous trouvons la réponse à cette question, ce sera le triomphe ultime de la raison humaine - à ce moment, nous connaîtrons la pensée de Dieu.»Pour certains, cette phrase étonnante pourrait bien devenir l'horizon de la science du XXIe siècle, comme l'affirme le légendaire théoricien américain Freeman Dyson: «Le défi est de lire la pensée de Dieu.» Afin de découvrir pourquoi l'Univers existe. Par quel «miracle» il a surgi tout à coup du néant, il y a treize milliards d'années. Pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien. Et pourquoi ce «quelque chose» a engendré de la vie et de la conscience. Les réponses à ces questions admettent seulement trois hypothèses. La plus simple - mais aussi la moins scientifique - consiste à défendre l'idée selon laquelle l'Univers, la conscience et la vie sont le résultat d'un formidable «hasard cosmique» et de rien d'autre. Dans ce cas, la vie est apparue «par hasard» et notre existence est parfaitement arbitraire: comme l'affirmait en son temps Jean-Paul Sartre, «le monde est absurde».



La Pensée de Dieu, Igor et Grichka Bogdanov, Grasset, 280 p.

www.lefigaro.fr

 

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Dieu est celui qui nous apprend à aimer d'une manière toujours plus personnelle et confiante...

20 Juin 2012, 02:01am

Publié par Father Greg

Ces mots sont les derniers écrits par Thérèse d’une main tremblante sur le cahier de sa vie, quelques semaines avant sa mort.

 

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      Je n'ai qu'à jeter les yeux dans le St évangile, aussitôt je respire les parfums de la vie de Jésus et je sais de quel côté courir... Ce n'est pas à la première place, mais à la dernière que je m'élance ; au lieu de m'avancer avec le pharisien, je répète, remplie de confiance, l'humble prière du publicain ; mais surtout j'imite la conduite de Madeleine, son étonnante ou plutôt son amoureuse audace qui charme le Coeur de Jésus, séduit le mien. Oui je le sens, quand même j'aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j'irais, le coeur brisé de repentir, me jeter dans le bras de Jésus, car je sais combien Il chérit l'enfant prodigue qui revient à Lui. Ce n'est pas parce que le bon Dieu, dans sa prévenante miséricorde, a préservé mon âme du péché mortel que je m'élève à Lui par la confiance et l'amour...

 

Thérèse de l’EJ.

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Le connais-tu vraiment?

19 Juin 2012, 02:13am

Publié par Father Greg

 

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Je t’assure que le Bon Dieu est bien meilleur que tu le crois. Il se contente d’un regard, d’un soupir d’amour… Oui je le sens, quand même j’aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j’irais, le cœur brisé de repentir, me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien Il chérit l’enfant prodigue qui revient à Lui. (Ms C, 36r-37v)

Ah ! mon cher petit Frère, depuis qu’il m’a été donné de comprendre aussi l’amour du Cœur de Jésus, je vous avoue qu’il a chassé de mon cœur toute crainte. Le souvenir de mes fautes m’humilie, me porte à ne jamais m’appuyer sur ma force qui n’est que faiblesse, mais plus encore ce souvenir me parle de miséricorde et d’amour. (LT 247)

Comment lorsqu’on jette ses fautes avec une confiance toute filiale dans le brasier dévorant de l’Amour, comment ne seraient-elles pas consumées sans retour ? (LT 247) 

Je ne puis craindre un Dieu qui s’est fait pour moi si petit… je l’aime !… car Il n’est qu’amour et miséricorde !  (LT 266)

Thérèse de l'EJ

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Le véritable pauvre, ou le trouver...??

18 Juin 2012, 02:08am

Publié par Father Greg

 

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O ma petite Soeur chérie, si vous ne me comprenez pas c'est que vous êtes une trop grande âme... ou plutôt c'est que je m'explique mal, car je suis sûre que le Bon Dieu ne vous donnerait pas le désir d'être POSSEDEE de Lui, de son Amour Miséricordieux s'il ne vous réservait cette faveur... ou plutôt il vous l'a déjà faite, puisque vous vous êtes livrée à Lui, puisque vous désirez être consumée par Lui et que jamais le Bon Dieu ne donne de désirs qu'il ne puisse réaliser... 

9 heures sonnent, je suis obligée de vous quitter, ah ! que je voudrais vous dire de choses, mais Jésus va vous faire sentir tout ce que je ne puis écrire...  

Je vous aime avec toute la tendresse de mon petit coeur d'enfant RECONNAISSANT

Thérèse de l'Enfant Jésus

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Aime doucement ta misère, ton néant...

17 Juin 2012, 02:04am

Publié par Father Greg

 

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O ma Soeur chérie, je vous en prie, comprenez votre petite fille, comprenez que pour aimer Jésus, être sa victime d'amour, plus on est faible, sans désirs, ni vertus, plus on est propre aux opérations de cet Amour consumant et transformant... Le seul désir d'être victime suffit, mais il faut consentir à rester pauvre et sans force et voilà le difficile car «Le véritable pauvre d'esprit, où le trouver? il faut le chercher bien loin» a dit le psalmiste... Il ne dit pas qu'il faut le chercher parmi les grandes âmes, mais «bien loin», c'est-à-dire dans la bassesse, dans le néant... Ah ! restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir, alors nous serons pauvres d'esprit et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons il nous transformera en flammes d'amour... Oh ! que je voudrais pouvoir vous faire comprendre ce que je sens !... C'est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l'Amour... La crainte ne conduit-elle pas à la Justice ?... Puisque nous voyons la voie, courons ensemble. Oui, je le sens, Jésus veut nous faire les mêmes grâces, il veut nous donner gratuitement son Ciel.    

 

Thérèse de l'EJ

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Seul le pauvre est aimé de Dieu..

16 Juin 2012, 02:01am

Publié par Father Greg

 

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Ma Soeur chérie, je ne suis pas embarrassée pour vous répondre... Comment pouvez-vous me demander s'il vous est possible d'aimer le Bon Dieu comme je l'aime ?...  

 

Si vous aviez compris l'histoire de mon petit oiseau, vous ne me feriez pas cette question. Mes désirs du martyre ne sont rien, ce ne sont pas eux qui me donnent la confiance illimitée que je sens en mon coeur. Ce sont, à vrai dire, les richesses spirituelles qui rendent injuste, lorsqu'on s'y repose avec complaisance et que l'on croit qu'ils sont quelque chose de grand... Ces désirs sont une consolation, que Jésus accorde parfois aux âmes faibles comme la mienne (et ces âmes sont nombreuses) mais lorsqu'il ne donne pas cette consolation c'est une grâce de privilège, rappelez-vous ces paroles du Père : «Les martyrs ont souffert avec joie et le Roi des Martyrs a souffert avec tristesse.» Oui Jésus a dit : «Mon Père, éloignez de moi ce calice.» Sr chérie, comment pouvez-vous dire après cela que mes désirs sont la marque de mon amour ?... Ah ! je sens bien que ce n'est pas cela du tout qui plaît au Bon Dieu dans ma petite âme, ce qui lui plaît c'est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c'est l'espérance aveugle que j'ai en sa miséricorde... Voilà mon seul trésor. MARRAINE chérie, pourquoi ce trésor ne serait-il pas le vôtre ?...  

N'êtes-vous pas prête à souffrir tout ce que le Bon Dieu voudra ? Je sais bien que oui, alors, si vous désirez sentir de la joie, avoir de l'attrait pour la souffrance, c'est votre consolation que vous cherchez, puisque lorsqu'on aime une chose, la peine disparaît. Je vous assure que si nous allions ensemble au martyre dans les dispositions où nous sommes, vous auriez un grand mérite et moi je n'en aurais aucun, à moins qu'il ne plaise à Jésus de changer mes dispositions.  

 Ste Thérèse de l'EJ

 LT 197  A soeur Marie du Sacré-Coeur. 17 Septembre 1896.

 

 

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le croyant, un mendiant joyeux..

15 Juin 2012, 02:51am

Publié par Father Greg

 

 

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" Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l'obscurité " (Ms C.7 r°)

" En chaque occasion de combat, je me conduis en brave…Lorsque je chante le bonheur du ciel, je n'en ressens aucune joie car je chante simplement ce que je veux croire…Je crois avoir fait plus d'actes de Foi depuis un an que pendant toute ma vie ".(Ms.C ;7 r°)

" Depuis qu'il a permis que je souffre des tentations contre la Foi, Il a beaucoup augmenté dans mon cœur l'esprit de Foi " (Ms. C,11,r)

" Quel bonheur ( pour moi ) de rester là quand même ( dans la tempête ), de fixer l'invisible lumière qui se dérobe à ( ma) foi ! ( Ms.B,5 r°)

Thérèse de l'EJ.

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Il vient chercher ceux qui sont perdu...

14 Juin 2012, 02:49am

Publié par Father Greg

 

 

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" Seigneur, …votre enfant vous demande pardon pour ses frères, elle accepte de manger aussi longtemps que vous le voudrez le pain de la douleur et ne veut point se lever de cette table remplie d'amertume où mangent les pauvres pécheurs avant le jour que vous avez marqué…Mais aussi ne peut-elle pas dire en son nom, au nom de ses frères : Ayez pitié de nous, Seigneur, car nous sommes pécheurs !…Il me semble que les ténèbres, empruntant la voix des pécheurs, me disent en se moquant de moi :

" Tu rêves la lumière,…tu rêves la possession éternelle du Créateur…, tu crois sortir un jour des brouillards qui t'environnent ! Avance, avance, réjouis-toi de la mort qui te donnera, non ce que tu espères, mais une nuit plus profonde encore, la nuit du néant " ( Ms.C.6)

Ste Thérèse de l'EJ.

 

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La foi, lumière obscure..

13 Juin 2012, 02:41am

Publié par Father Greg

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" Je ne pouvais croire qu'il y eût des impies n'ayant pas la Foi. Je croyais qu'ils parlaient contre leur pensée en niant l'existence du ciel…Aux jours si joyeux du temps pascal, Jésus m'a fait sentir qu'il y a véritablement des âmes qui n'ont pas la Foi, qui par l'abus des grâces perdent ce précieux trésor…Il permit que mon âme fût envahie par les plus épaisses ténèbres et que la pensée du ciel si douce pour moi ne soit plus qu'un sujet de combat et de tourment…Cette épreuve ne devait pas durer quelques jours , quelques semaines, elle devait ne s'éteindre qu'à l'heure marquée par le Bon Dieu et…cette heure n'est pas encore venue…Je voudrais pouvoir exprimer ce que je sens, mais hélas ! je crois que c'est impossible. Il faut avoir voyagé sous ce sombre tunnel pour en comprendre l'obscurité…La Foi, ce n'est plus un voile pour moi, c'est un mur…Lorsque je chante le bonheur du ciel, l'éternelle possession de Dieu, je n'en ressens aucune joie, car je chante simplement ce que JE VEUX CROIRE " (Ms.C ;5,7).

Ste Thérèse de l'EJ.

 

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L'Islamisme contre l'Islam ? (II)

12 Juin 2012, 02:15am

Publié par Father Greg

 

 

3441520711.2RELIGION ET POLITIQUE SERONT DESORMAIS INDISSOLUBLEMENT LIES.

« L’Islam est politique ou n’est rien. »  (Khomeiny)

La « soumission » à Dieu – qui est le sens même du mot « islam » – est aussi bien exigée du croyant que de l’État. Le pouvoir politique se voue donc entièrement à une mission religieuse. C’est l’annexion de la politique par la religion.

Ce qui frappe dans l’Islam, c’est son EXTRAORDINAIRE COHESION. Car dans l’Islam se mêlent indissolublement, inextricablement le sacré et le profane, le spirituel et le temporel, le religieux et le civil, le public et le privé. L’Islam couvre et embrasse tous les aspects de la vie et de la société. C’est en ce sens que je disais plus haut que l’Islam est global et globalisant, total, totalisant et totalitaire. L’idée d’un islam laïc est en soi une hérésie. Il contredit l’essence même de l’Islam.

L’ISLAM EST UN CREUSET FUSIONNEL INTENSE qui engendre un tissu social fortement structuré et donne à une société consistance, cohésion et continuité. D’où son extraordinaire capacité d’intégration. L’Islam a toujours été intégrateur, jamais intégré ; toujours assimilateur, jamais assimilé. Une seule exception : l’Espagne… En fait, ce recul n’a été possible que par les moyens que nous connaissons.

Autres atouts de l’Islam : SA GRANDE SIMPLICITE. Simplicité de son dogme, de sa morale, de ses principes. SA SOUPLESSE, son élasticité, sa capacité quasi infinie d’adaptation, à partir d’un noyau dur, solide, irréductible.

C’est cette souplesse de l’Islam qui explique en partie sa foudroyante expansion tant en Afrique qu’en Asie. Ce continent, dans lequel le christianisme a pénétré six siècles avant l’Islam, ne compte que 3% de chrétiens, alors qu’on évalue à près de 30 % le nombre de musulmans.

Un dernier point : LE DJIHAD. Le djihâd n’est pas un aspect marginal, un accessoire de l’Islam. Il constitue une des principales obligations du croyant. On a voulu interpréter ce terme de façon réductrice, comme si le djihâd n’était qu’un combat spirituel et intérieur, un combat contre les passions et les instincts. Non, les textes sont clairs : il s’agit bel et bien d’un combat par l’épée et ce n’est pas un hasard si l’Arabie Saoudite et tel ou tel groupe islamiste représente un glaive sur son écusson. (voir Coran : 2.216-217 ; 3.157-158 ; 3.169 ; 8.17 ; 8.39 ; 8.41 ; 8.67 ; 8.69 ; 9.5 ; 9.29 ; 9.41 ; 9.111 ; 9.123 ; 47.35 ; 59.8).

Il y a dans l’Islam l’idée de force, de puissance. L’islam est la religion de la force. Il s’impose souvent par la force et ne cède en général qu’à la force. C’est un fait : historiquement l’Islam s’est souvent étendu par la contrainte et la violence. Il n’est que de consulter les ouvrages de Bat-Ye’or pour s’en convaincre. D’ailleurs, l’Islam ne divise-t-il pas le monde en deux : la demeure de l’Islam et celle de la guerre – « Dar al-Islâm wa dâr al-harb » ?…

L’Islam a pour ambition et pour prétention de convertir l’humanité entière. Il est par essence planétaire, universel, à l’instar du christianisme. C’est la prétention de ces deux religions à l’universalité qui explique leur incompatibilité et leur rejet réciproques. Pour le musulman, il n’y a qu’une seule vraie religion, l’Islam : « Inna-dîn ‘ind-Allah al-Islâm ».

Le musulman a en lui la certitude d’avoir raison, de posséder la vérité. Cette conviction a pour conséquence la froide détermination d’aboutir, de réussir un jour à conquérir le monde, envers et contre tout. Rien ne l’arrêtera.

Car l’Islam compte avec le temps. Il a le temps, il a tout le temps, il a toute l’éternité. Il y a dans l’Islam la patience infinie du bédouin suivant sa caravane. Ça prendra le temps que ça prendra, mais on y arrivera.

Islamisme et Islam, par Henri Boulad, s.j. Tanail (Liban) – 10 avril 1996

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L’Islamisme contre l’Islam ?

11 Juin 2012, 02:15am

Publié par Father Greg

 

 

rue-myrha.jpgIl y a quelques années, le grand juriste Égyptien Saïd el-Achmaoui publiait son fameux livre « Al Islam as-siyâssi » traduit en français sous le titre : « L’Islamisme contre l’Islam ». Dans cet ouvrage, Achmaoui cherchait à montrer que l’Islamisme est une déviation, une perversion du véritable Islam, dont l’orientation est uniquement spirituelle et religieuse.

Je prendrai ici le contre-pied de la position d’Achmaoui en affirmant que « L’ISLAMISME, C’EST L’ISLAM ». Cette affirmation n’a rien d’arbitraire ou de fantaisiste. Elle ne relève pas d’un parti-pris ou d’une provocation, ni d’une prise de position fanatique ou intolérante, ni d’une approche volontairement négative ou réductrice.

Je pense au contraire que cette affirmation est parfaitement cohérente avec l’histoire et la géographie, avec le Coran et la Sunna, avec la vie de Mohammed et l’évolution de l’Islam, avec ce que l’Islam dit de lui-même.

Je refuse la position de ceux – musulmans ou chrétiens – qui se voilent la face, jouent à la politique de l’autruche, tournent autour du pot, refusent de voir la réalité en toute objectivité, ou prennent leurs désirs pour des réalités, au nom du dialogue et de la tolérance.

On dira que le problème de l’Islam est plus complexe, que ma position est simpliste, simplificatrice et tend à l’ »amalgame », comme on dit aujourd’hui.

Je suis tout-à-fait conscient de la variété des islams. J’ai même une conférence de deux heures sur « Les six islams » où je déploie l’éventail des différents islams, depuis l’islam ouvert, libéral, modéré et laïcisant, jusqu’à l’islam le plus radical, en passant par le soufisme, l’islam des confréries et l’islam populaire.

Je suis parfaitement au courant de toute la tendance actuelle de l’islam laïc et laïcisant, moderne et modernisant. Je pense malgré tout que ce courant n’est guère représentatif de l’islam officiel, de l’islam orthodoxe et classique, de l’islam sunnite tel qu’il s’est toujours manifesté, tel qu’il s’est toujours voulu, tel qu’il se veut encore aujourd’hui.

D’où le rejet par l’islam officiel de tous les penseurs et intellectuels qui, cherchant à réinterpréter l’Islam à la lumière de la modernité, se font taxer d’hérétiques, d’apostats ou de déviationnistes.

L’islamisme n’est ni une caricature, ni une contrefaçon, ni une hérésie, ni un phénomène marginal et aberrant par rapport à l’islam classique orthodoxe sunnite.

Je pense au contraire que l’islamisme, c’est l’Islam à découvert, l’Islam sans masque et sans fard, l’Islam parfaitement conséquent et fidèle à lui-même, un islam qui a le courage et la lucidité d’aller jusqu’au bout de lui-même, jusqu’à ses dernières implications.

 

L’ISLAMISME C’EST L’ISLAM DANS TOUTE SA LOGIQUE, DANS TOUTE SA RIGUEUR.

L’islamisme est présent dans l’Islam comme le poussin dans l’oeuf, comme le fruit dans la fleur, comme l’arbre dans la graine.

Mais, qu’est-ce que l’islamisme ?

L’islamisme, c’est l’islam politique, porteur d’un projet et d’un modèle de société visant à l’établissement d’un État théocratique fondé sur la charia, seule loi légitime – parce que divine – telle que révélée et consignée dans le Coran et la Sunna, une loi qui a réponse à tout.

Il s’agit là d’un projet global et globalisant, total, totalisant, totalitaire.

CAR L’ISLAM EST UN TOUT: une foi et un culte, un horizon et une morale, un mode de vie et une vision du monde. Intransigeant, il offre le salut ou la perdition.

L’Islam est LA vérité qui ne supporte pas le doute et ses adeptes forment « la meilleure des communautés ».

L’Islam se veut A LA FOIS RELIGION, ETAT ET SOCIETE – « dîn wa dawla ». Et c’est ainsi qu’il a été tel depuis ses plus lointaines origines.

Le passage de la Mecque à Médine, qui marque le début de l’ère musulmane, l’Hégire, signifie que l’Islam cesse d’être une simple religion pour devenir État et société. L’Hégire est le moment où Mohammed cesse d’être simple chef religieux pour devenir chef d’État et leader politique.

 

Islamisme et Islam, par Henri Boulad, s.j. Tanail (Liban) – 10 avril 1996

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Hommages aux soldats et prières pour les familles.

10 Juin 2012, 14:08pm

Publié par Father Greg

Nos quatre soldats français tués hier en Afghanistan

adjudant-chef Thierry SERRAT (46 ans), 
maréchal des logis-chef Stéphane PRUDHOM (32 ans),
maréchal des logis Pierre-Olivier LUMINEAU (27 ans), 
brigadier Yoann MARCILLAN (24 ans)

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Qu’ils ne soient jamais oubliés par la nation et par le peuple français.

 

« Cette noblesse du soldat nous invite à redire ce que signifie être militaire : être militaire, ce n’est pas d’abord être disponible ou même porter les armes.

Être militaire, c’est avant tout ne plus s’appartenir, ni même appartenir à sa propre famille : j’ai conscience de la dureté de ces propos tenus en présence de nos familles éprouvées par le deuil.

Être militaire, c’est appartenir à la Nation. Exister et agir pour elle. Vivre et mourir pour elle.»

Monseigneur Luc Ravel, Evêque aux Armées, Cérémonie religieuse du 18 juillet 2011.

 

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"Divine blessure" Jacqueline Kelen (II)

10 Juin 2012, 02:36am

Publié par Father Greg

 

Gauguin1.jpgN. C. : L’amour, celui qui “élargit l’espace de notre tente”, pour paraphraser Isaïe, est votre grand thème...

J. K. : C’est la question essentielle et la source de toutes choses !... Aujourd’hui, trop de femmes ne cherchent plus l’amour mais un homme dans leur vie. Aimer fait peur, c’est une expérience qui envahit tout l’être, le bouleverse, le déborde et le dépouille. Comme le disait Thérèse d’Avila : “L’amour est dur et inflexible comme l’enfer”... Ainsi, Marie Madeleine croit absolument et aime absolument. Il n’y a pas ici de demi-mesure. Elle aime Jésus jusqu’au bout, même lorsqu’il est bafoué, trahi, agonisant et défiguré sur la croix. Elle est fidèle à cet amour, follement fidèle. Comme elle, j’ai le sens de l’amour total, donné une fois pour toutes. Si l’amour vient du cœur, s’il est mieux qu’un sentiment, un engouement et un désir physique, il dure par-delà le conflit, la séparation, le trépas. Aimer est une grâce et une gravité.

Mais prendre le risque de l’amour, ce “beau risque”, comme le disait Socrate à propos du mythe, agrée aux cœurs libres.

Une femme, tout particulièrement, devrait inviter à cette aventure chevaleresque et à cette passion qu’est l’amour. Quand on considère le code de le Fin’Amor (“parfait amour”) des xiie siècle, quand on lit les poèmes et les romans courtois du XIIe et XIIIe siècles ainsi que les récits mystique des Fidèles d’Amour persans, c’est toujours la Dame - une femme “sage et belle”, autant dire éveillée - qui inspire et oriente chevaliers et troubadours dans leur quête.

La Dame est la manifestation d’un amour infini, céleste, elle en est aussi la médiatrice.

Toute femme devrait être consciente de ce rôle souverain. De nos jours, on a tendance à oublier que l’amour humain est d’abord une union mystique des âmes et des esprits. Ensuite seulement, et comme de surcroît, l’union des corps peut s’accomplir, tels un cantique et une prière. En s’affairant uniquement dans le sexuel, notre époque a tout inversé et tout saccagé ! Selon le Fin’ Amor, né en pays d’Oc, les amants courtois vivent le « long désir », une approche infinie où jouent les affinités du cœur et des rêves : ils ont tout le temps puisque l’amour est éternel ! Dans cet art d’aimer - qui n’est pas révolu - il y a toujours trois présences : l’homme, la femme et le mystère de l’amour. Il y va de notre honneur de nous rendre digne de ce mystère, de nous affiner, de nous élever jusqu’à lui. Pour ma part, je vais au combat sans relâche pour sauver la beauté et le mystère de l’amour. C’est ma tâche de “guerrière spirituelle” qui consiste à répondre de l’Amour en un monde qui le profane et le crucifie...

N. C. : Vous dénoncez la façon dont le monde abîme l’amour, mais vous allez plus loin : dans votre dernier ouvrage, Divine Blessure, vous faites un éloge de la blessure qui rend vivant.

Le ton de votre livre est totalement à contre-courant de vos contemporains qui essaient, par tous les moyens, de se soustraire à la souffrance...

J. K. : Beaucoup d’auteurs ou de conférenciers parlent de réconcilier le masculin et le féminin. Les mythes me proposent autre chose, d’ordre vertical : l’union entre ma nature mortelle, humaine ; et ma nature immortelle, divine. Cette tâche qui nous est impartie ouvre une blessure en nous, nous rappelant une blessure ancienne, ontologique. Or, précisément, profondément, cette blessure est ce par quoi le fini peut s’ouvrir à l’infini. Aussi, je trouve beau de se sentir blessé, c’est-à-dire imparfait, en marche, empli de soif. Aujourd’hui, par crainte d’être accusés de dolorisme, nous refusons tout sens à la souffrance et toute valeur à l’épreuve. Nous voulons être indemnes, protégés de tout. Nous oublions que nous sommes mortels, limités. Vivre est un risque permanent et passionnant, une aventure pleine d’imprévus. Tous les héros des mythes naviguent sur des mers déchaînées, traversent des forêts peuplées de brigands et de monstres, découvrent des territoires inconnus, hostiles... La vie nous demande confiance, ardeur et humilité. Il n’y a pas de chemin de maturité sans épreuves. Celles-ci sont autant de portes, autant de rencontres qui nous forgent et nous enseignent. Pour moi, une “belle vie” ne consiste pas en une succession de bonheurs, de plaisirs ou de gratifications. C’est une vie remplie de toutes sortes d’expériences, de souffrances comme d’espérances, c’est une vie intense, entière. Avoir une “bonne vie”, c’est tout embrasser, ne rien rejeter, c’est avoir envie de tout bénir, de tout serrer sur son cœur...

N. C. : Votre vision de la vie est à la fois passionnée et apaisée. Êtes-vous détachée de toute peur ?

J. K. : Je m’interroge peu sur la peur, probablement parce que, depuis l’enfance et grâce à une vie solitaire, j’ai développé mes qualités de courage et de vaillance. Cela permet de faire face aux épreuves et je n’en ai pas été dépourvue ! Je n’ai en particulier pas peur de la mort. Je l’ai frôlée de très près à trente-cinq ans. Cette expérience m’a allégée, délivrée. Devenir vivant me paraît bien plus important ! La planète se dégrade, le bateau coule. S’il est nécessaire que certains hurlent pour attirer l’attention sur le drame qui s’annonce, il est pour moi plus important de s’interroger sur “que sauver ?”.

N. C. : Quels désirs vous animent, vous tiennent debout ?

J. K. : Je suis un être de désir, portée par le désir lui-même ! Nicolas Flamel parlait du “désir désiré”, qui est entièrement gratuit, sans objet, pure flamme. Notre époque est contradictoire : elle est partagée entre la satisfaction immédiate des désirs que nous propose la société de consommation et la méfiance à leur égard, dans le sillage d’un bouddhisme à l’occidentale. Aucune de ces deux attitudes ne me convient. Je me sens une femme qui brûle et qui est brûlée - par l’amour, par l’étude, par la beauté et la douleur, par les rencontres aussi... Il est important de ne pas passer à côté des grandes rencontres, de ne pas s’y dérober, qu’elles s’avèrent heureuses ou pas. Elles sont peu nombreuses sur le chemin. C’est la raison pour laquelle, en amitié, je fais souvent le premier pas. La rencontre exige attention et disponibilité, elle est une élection. La petite fille que j’étais adorait les surprises et aujourd’hui encore, j’aime l’inattendu, tout ce qui peut surgir et surprendre.

N. C. : Henri Gougaud, qui fréquente les contes depuis des dizaines d’années, avoue avoir des “contes amis” auxquels il reste toujours fidèle. Avez-vous des “mythes amis” ?

J. K. : Certains personnages, comme la reine de Saba ou Shéhérazade, me sont chers, mais il est un mythe celtique du Moyen Âge qui contient tout pour moi, c’est celui de Mélusine.

Il y est question de l’amour et de son lien au mystère, au secret, à la dignité, à la solitude. C’est l’un des rares mythes qui évoquent l’histoire conjugale. En effet, le mythe s’intéresse à la quête de soi, non aux formes sociales et temporelles.

Ainsi, une fois le héros réalisé, libre à lui d’être ermite, marié ou en communauté. De même, les notions de maternité et de paternité sont rarement évoquées. La femme-fée Mélusine illumine l’existence de son époux, Raymond de Lusignan. Elle lui a promis de le rendre heureux et prospère, riche et respecté de tous, mais le mariage repose sur un pacte : elle demande une journée pour elle seule, le samedi. Cette condition est judicieuse : l’amour n’est ni la confusion ni la promiscuité, et la vie conjugale doit respecter, et même révérer, le secret et la solitude de chacun des époux. Notre époque se déroule sous le signe de la collectivité, mais l’aventure de conscience, de la quête spirituelle, ne peut se vivre que sous le signe de la singularité.

Un jour, assailli par le doute, le seigneur Raymond de Lusignan rompt l’interdit du samedi et cherche à surprendre le secret de Mélusine. Un peu plus tard, il tiendra des propos insultants à son égard. Mélusine, qui veillait sur cette distance d’étrangeté, d’émerveillement entre eux, va déployer ses ailes et quitter Raymond pour toujours. Leurs adieux, inépuisables, me font toujours monter les larmes aux yeux. Ils ne se combattent pas l’un l’autre ni ne se déprécient, comme on a tendance à le faire lors d’une séparation, mais, au contraire, ils se chantent et se remercient pour tout ce qu’ils se sont apportés l’un à l’autre. Les êtres nobles se séparent sans renier l’amour, ils se quittent mais l’amour ne les quitte pas...

Je me demande : si certains personnages des mythes se haussent à ce niveau de relation, pourquoi nous, au XXIe siècle, n’en sommes-nous pas capables ? La réponse est terrible : nous n’en avons pas envie ! La perfection, le perfectionnement nous effraient. Au début du XVIIe siècle, John Done, le grand poète métaphysicien anglais, s’interrogeait : “Pourquoi ne meurt-on plus d’amour ?” C’est la question que je me pose.

Nous sommes mendiants de l’amour et en même temps, nous sommes si avares de signes de tendresse, de gestes affectueux. L’amour ne paraît plus essentiel aux mortels. C’est peut-être pour cela qu’ils restent mortels !

Jacqueline Kelen. http://www.cles.com

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"Divine blessure" Jacqueline Kelen

9 Juin 2012, 02:33am

Publié par Father Greg

On connaît sa plume -elle a publié une trentaine d’ouvrages -, on ne connaît pas la femme. Le dernier livre de Jacqueline Kelen,"Divine Blessure", donne le prétexte pour passer de l’autre côté du rideau. Quelle femme se cache derrière cette “guerrière de l’absolu” ?

divine-blessure---kelen.jpgNouvelles Clés : Quelle petite fille étiez-vous ?

Jacqueline Kelen : Je me retourne rarement sur le passé. Je n’ai, en particulier, aucune nostalgie ni de mon enfance ni de mon adolescence. Pour moi, l’existence commence à être intéressante à partir de trente ans. Avant, tout n’est qu’imitation et balbutiement. Je n’ai pas non plus l’esprit de famille, les liens du sang m’importent peu. Dès l’enfance, je me sentais une ascendance non terrestre, beaucoup plus précieuse. Mes parents me confortaient en disant : “cette petite ne nous ressemble pas, ce n’est pas nous qui l’avons faite” ! (Rires). J’étais une enfant solitaire et heureuse de l’être. Je lisais énormément. J’annotais et commentais mes Babar ! Il me semblait que j’avais déjà mille ans, que je venais de bien plus loin que du jour de ma naissance. Cette sensation m’étonnait. Je suis également née avec la grâce de la foi, cette confiance totale dans la bonté de Dieu. Par chance, la religion ne me l’a pas fait perdre et, malgré de nombreuses épreuves, je n’ai jamais douté de cet amour total venant de la divinité. J’avais une passion pour l’étude. C’est, du reste, le génie de la tradition hébraïque : les juifs interrogent inlassablement les textes, les commentant, car il en va de la liberté humaine. Il me semble que les catholiques devraient étudier et se cultiver davantage, au lieu de répéter des formules et de se contenter des réponses du catéchisme.

N. C. : Quelles relations aviez-vous avec vos semblables ?

J. K. : Grâce aux livres, j’ai très vite rencontré des personnages immenses comme Ulysse et Don Quichotte, des auteurs d’envergure tels Platon, Chrétien de Troyes, Dante ou Giordano Bruno. Je me suis dit : “Ma famille, ce sont les artistes et les philosophes, les grandes amoureuses, les personnages héroïques.” Ce sont eux mes contemporains. Mais cela a créé une coupure irréversible : je me sens souvent éloignée des gens de notre époque. Adolescente, en regardant les humains marcher dans la rue, je me faisais cette réflexion étrange : “Il y a peu d’êtres vivants”... Pour ma part, je vivais avec le Christ, mais aussi avec les chats, les fleurs, les rêves, les poètes. Je me suis très tôt sentie oiseau de passage, exilée en ce monde.

N. C. : Comment et quand est née votre attirance pour les mythes ?

J. K. : J’ai suivi une formation de lettres classiques qui m’a permis de rencontrer très tôt les mythes fondateurs de l’Occident. Mais le chemin s’est fait progressivement et l’étude des mythes s’est accompagnée de la lecture incessante et passionnée des mystiques - égyptiens, tibétains, chrétiens, soufis ou juifs,... Tous me nourrissaient et m’éblouissaient. Tous parlaient d’une même saveur de Dieu et convergeaient au sommet. J’étais attirée par cette pointe de la pyramide. Le langage des sages et des mystiques est universel dans sa diversité, contrairement au langage unique de la mondialisation qui réduit et appauvrit. À leur façon, les mythes sont inépuisables, éternellement jeunes, parce qu’ils sont reliés à la Source. Il en va ainsi de toute parole prophétique.

N. C. : Quels sont les premiers mythes que vous ayez rencontrés personnellement ?

J. K. : Je ne me destinais pas à l’écriture mais à l’enseignement. La vie en a décidé autrement. Deux sujets se sont imposés à moi, en songe : Salomé et Marie Madeleine. Je fus d’abord fascinée par les récits de David face à Goliath, de Judith et Holopherne ou encore de Salomé avec Jean Baptiste. Ce thème de la décapitation m’intriguait et me troublait, j’ai mis quelque temps avant de comprendre qu’il s’agissait d’un rituel d’initiation, avec passage du seuil, soumission du mental, coupure irréversible... En travaillant sur ce sujet, je me suis retrouvée en plein mythe du Graal ainsi que dans la littérature alchimique : la tête coupée, caput mortuum (ou tête de corbeau), désigne en effet l’Œuvre au noir, première phase de l’œuvre alchimique... Pour me libérer de ces images, pour les éclairer aussi, je me suis mise à écrire, bien que ce projet soit resté inachevé.

N. C. : Vous avez écrit une trentaine d’ouvrages, dont certains sont traduits jusqu’au Japon ou en Corée. La femme, son mystère et sa vocation reviennent toujours...

J. K. : Mon second rendez-vous personnel avec les mythes s’est fait à travers le personnage de Marie Madeleine. Élevée dans la religion catholique, on me l’avait présentée comme une prostituée et une pécheresse repentie. Or, les poètes et les peintres la montraient comme une reine... Je ne comprenais pas où avait eu lieu la scission et j’ai cherché du côté des Évangiles apocryphes, très difficiles à trouver à l’époque, car interdits par l’Église de Rome. Dans ces lectures, j’ai rencontré une femme de lumière, éveilleuse, une femme qui avait part à la Connaissance spirituelle.

Dans les Évangiles officiels, Marie de Magdala garde le silence, mais dans les Évangiles secrets, elle transmet une parole prophétique, c’est-à-dire impérissable, toujours verdoyante, une parole qui fait danser les montagnes... Alors jeune éditeur, Marc de Smedt a eu un véritable coup de cœur pour mon manuscrit et l’a publié en 1982. Je lui en garde une immense gratitude. Marie Madeleine a le rôle difficile, sans cesse contesté, d’éveiller le cœur de l’homme et c’est, pour moi, la nature profonde de la femme. Inlassablement, celle-ci doit parler et témoigner dans sa chair de l’amour. De cet amour qui se rit du temps et de la dégradation, qui est connaissance et ouverture à l’infini.

Entretiens avec Jacqueline Kelen.

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L'amour d'amitié (VII)

8 Juin 2012, 02:49am

Publié par Father Greg

Quand l'homme est entièrement absorbé par l'homo fàber et qu'il ne ressent plus que l'exigence de l'efficacité, très vite la source de son amour se tarit. L'efficacité se substitue alors à la fécondité. La personne humaine n'est plus regardée que comme une matière capable d'être transformée, ou un outil dont on se sert: il n'y a plus aucun respect de la personne humaine. N'est-ce pas le danger numéro un de notre monde d’aujourd’hui’? La philosophie de Sartre et celle de Marx n'illustrent-elles pas ce primat de l'activité artistique, de deux manières totalement différentes et qui sont peut-être même deux extrêmes (mais comme deux contraires à l'intérieur d'un même genre)?

Si l'inverse (le primat exclusif de l'activité morale) est aujourd'hui très rare, il a pu arriver: c'est l'homme moral qui absorbe l'homo faher (une certaine dégradation de la morale chrétienne a pu engendrer de telles attitudes!). La finalité s'impose avec une force telle qu'elle veut rejeter tout problème d'efficacité: L’amour d'amitié suffit! Du point de vue de la vie humaine, il y a certes là quelque chose d'anormal; mais c'est moins monstrueux que l'exaltation exclusive de l'efficacité, car le respect de l'autre n'est pas détruit. La philosophie d'un Gabriel Marcel n'est-elle pas une illustration de cette tendance? Ses essais de dramaturge le confirment bien...

Avant de considérer la troisième expérience, celle de la coopération, notons que ces deux activités humaines, L’activité artistique et l'activité morale, qui se développent dans un certain devenir, ont l'une et l'autre leur propre fruit immanent, qui vient de l'intérieur qualifier, ennoblir l'homo faber ou l'homo amicus, leur permettant d'exercer leur activité propre avec plus de noblesse, de facilité, de rapidité. Ces fruits immanents s'enracinent très profondément dans nos puissances vitales, notre intelligence pratique, notre volonté et jusqu'à nos puissances sensibles. C'est ce qu'on a appelé les hahitus d'art et de vertu.

II y a là un fait qu'on ne peut nier: c'est en forgeant qu'on devient forgeron, c'est en dansant qu'on devient danseur. C'est par l'exercice même du travail que ces dispositions, ces déterminations vont naître en nous et croître lentement. Nous deviendrons par là ouvrier qualifié, maître forgeron...

 

MDP, Lettre à un ami.

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L'amour d'amitié (VI)

7 Juin 2012, 02:48am

Publié par Father Greg

 

 

auguste-renoir-bal-a-bougival.jpgSans vouloir développer ici ce parallélisme, suggérons-le cependant en quelques mots. Si toute l'activité morale commence par l'amour et se noue dans l'intention, L’activité artistique commence par la connaissance—L’expérience sensible et une certaine contemplation artistique —pour rebondir, se renouveler totalement et se nouer dans l'inspiration. On peut dire que l'intention est à la vie morale ce que l'inspiration (source de toutprojet) est à la vie artistique.

L'intention morale exige la phase de conseil, que réclame le choix, L’élection. Dans l'activité artistique, la phase de conseil n'est pas exigée; il n'y a que le choix créateur, qui s'impose: c'est le passage du possible au nécessaire, tandis que dans l'activité morale le choix demeure dans le contingent.

 

Le choix moral est suivi du commandement (L’imperium) à l'égard de l'exécution: la mise en œuvre, L’exercice de nos diverses puissances vitales sensibles et spirituelles. Si par là nous atteignons notre bien personnel, nous nous y reposons dans la joie. Dans l'activité artistique, le choix est suivi du travail, qui s'achève dans la réalisation de l’œuvre. On ne peut s’arrêter que lorsque l'{œuvre est terminée. Cette réalisation demande d'être constamment contrôlée par un jugement critique. Elle réclame en effet une autolucidité, pour vérifier si ce qui est exécuté correspond bien au projet initial. Car le travail, par lui-même et en lui-même, a une certaine opacité, L’opacité même de la matière; c'est pourquoi il réclame cette réflexion critique, qui n'existe pas dans le développement de l'exécution au niveau moral: L’acte de commandement initial suffit, car il est lui-même un acte d'intelligence pratique.

Le développement de ces deux activités forme la trame la plus immédiate de nos diverses activités humaines. Cependant en chacun d'entre nous, ordinairement, L’un de ces développements est plus explicite, plus actuel que l'autre, ce qui nous donne une attitude plus sensibilisée soit à l'efficacité immédiate, soit à la finalité. II faut en avoir conscience pour le comprendre chez les autres et pour se rectifier soi-même. N'estce pas précisément cela, se prendre en charge, assumer intelligemment ses diverses énergies, les ordonner? Car si le développement de l'une de ces activités en arrivait à l'emporter exclusivement au détriment de l'autre, il y aurait un complet déséquilibre de la vie humaine, quelque chose de monstrueux.


MDP, Lettre à un ami.

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