Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Mon Dieu, je ne Vous aime pas...

30 Mai 2012, 02:03am

Publié par Father Greg

 

 

 

images (30)Mon Dieu, je ne Vous aime pas, je ne le désire même pas, je m'ennuie avec Vous.

Peut-être même que je ne crois pas en Vous.
Mais regardez-moi en passant.
Abritez-vous un moment dans mon âme,

mettez-la en ordre d'un souffle, sans en avoir l'air, sans rien me dire.
Si Vous avez envie que je croie en Vous, apportez-moi la foi.

Si Vous avez envie que je Vous aime, apportez-moi l'amour.

Moi, je n'en ai pas et je n'y peux rien.

 Je Vous donne ce que j'ai : ma faiblesse, ma douleur.

Et cette tendresse qui me tourmente et que Vous voyez bien...

Et ce désespoir...

Et cette honte affolée...
Mon mal, rien que mon mal...
C'est tout !
Et mon espérance !

 

Marie Noël 

 

Voir les commentaires

Si l’homme regarde à l’apparence, le Seigneur regarde au cœur (II)

29 Mai 2012, 03:32am

Publié par Father Greg

 

 

David_Jacques_Louis_Portrait_of_a_young_Woman_in_a_Turban.jpgCet exercice de lucidité sur soi-même, cet « examen de conscience », est la porte d’entrée dans la vie spirituelle. Il nous faut, répète sainte Catherine de Sienne, demeurer dans la cellule intérieure de la connaissance de soi. Mais c’est un exercice dangereux. Il y a en effet une bonne lucidité et une mauvaise lucidité. On les distingue à leurs fruits.


La mauvaise lucidité nourrit le découragement. C’est une lumière froide, dure, tranchante comme un rasoir. Elle conduit à se mépriser, à se dénigrer, parce qu’en réalité elle s’accompagne d’un orgueil secret. Je regrette non pas tant le mal que je commets que le fait de ne pas correspondre à la belle image que je voudrais donner de moi, tant aux autres qu’à moi-même. C’est la lucidité, diabolique, de Judas. Judas, dit l’Évangile, ayant trahi Jésus, est pris de remords, mais il ne se convertit pas pour autant. Son remords est stérile parce qu’il n’est qu’une blessure d’amour-propre. Il ne supporte plus la triste image de soi que lui renvoie sa conscience. Alors il se détruit.


Rien de tel pour la lucidité qui vient du Christ. Elle est toute douceur et elle conduit à la vie. Car elle ne révèle la misère qu’à la lumière de la miséricorde. Elle ne dévoile le mal qu’en proportion du pardon déjà offert. Dans la cour du grand-prêtre, Pierre a trahi Jésus, comme Judas. « Un coq chanta, dit l’Évangile, et le Seigneur, se retournant, fixa son regard sur Pierre ». Un regard de vérité mais plus encore un regard de miséricorde. Alors, « Pierre pleura amèrement » (Lc 22, 61-62). Pleurs de honte sans doute, mais aussi pleurs de joie, car il a compris à travers ce regard jusqu’où va la miséricorde du Christ.


Bref, pour y voir clair, aussi bien autour de moi qu’en moi, il faut que sur moi, en moi, brille la lumière du Christ. Mais encore faut-il que j’ai un œil en bonne santé. Un œil sain. Un œil qui capte bien la lumière. Cet œil intérieur, cet œil que le Christ a ouvert en moi au jour de mon baptême, c’est, bien entendu, la foi. Mais c’est aussi l’intention profonde de mon cœur. En effet, l’œil, c’est ce qui prend la visée, ce qui fixe l’objectif. Or sur quoi est-ce que je fixe mon regard intérieur ? Qu’est-ce que je veux au fond, qu’est-ce que je cherche ? Est-ce vraiment Jésus qui est dans ma ligne de mire ? Ou bien mon regard vagabonde-t-il de-ci de-là sans jamais se poser vraiment ? Quand est-ce que je me déciderai enfin à rien préférer à l’amour du Christ et à agir en conséquence ?

 

« La lampe du corps, dit quelque part Jésus, c’est l’œil. » Et le corps désigne ici toute la personne. « Si donc ton œil est sain, ton corps tout entier sera lumineux ». Comprenons : si ton intention profonde – l’œil – est fixée sur la vraie lumière qu’est le Christ, si tu agis en fonction de cette lumière, alors tout ton comportement s’illumine, tu deviens fils de la lumière. « Mais si ton œil est malade », si tu souffres par exemple de strabisme, c’est-à-dire si tu prétends servir deux maîtres à la fois, alors « ton corps tout entier sera ténébreux » (Mt 6, 22-23). Ta vie n’a plus d’unité, plus de sens. « Sans savoir, sans comprendre, tu vas dans la ténèbre » (Ps 81, 5). Alors, Seigneur, je t’en supplie, attire-moi à toi, recentre-moi sur toi, « rassemble mon cœur pour qu’il te craigne » (Ps 85, 11) et ainsi « fais que je voie » (Mc 10, 51).

Serge-Thomas Bonino , Homélie.

Voir les commentaires

Si l’homme regarde à l’apparence, le Seigneur regarde au cœur

28 Mai 2012, 02:25am

Publié par Father Greg

 

" Mon Dieu, éclaire ma ténèbre " ps 17

 

Bruegel-Thetriumphofdeath.jpg«

  Celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va », dit Jésus (Jn 12, 35). Mais qui chemine en plein jour, qui marche dans la lumière, celui-là sait où il est, sait où il va, et il y va résolument, sans trébucher. Voilà pourquoi, dans l’Ancien Testament, le peuple juif ne cessait de remercier Dieu pour le don de la Loi, pour la Parole de Dieu, car, dit le psaume, « ta parole est une lampe sur mes pas, une lumière sur ma route » (Ps 118, 105). Elle indique le chemin, comme cette colonne, nuée le jour et lumière la nuit, qui dirigeait le peuple dans ses pérégrinations (Ex 13).

 

Cette Parole, cette Lumière, s’est faite chair. Elle a habitée parmi nous. « Le Verbe, qui était la lumière véritable » (Jn 1, 9), s’est adapté à la faiblesse de notre regard. Il a voilé sa splendeur éblouissante. Il l’a tamisée en prenant notre chair. Dès lors, en écoutant le Christ, en regardant le Christ, en imitant le Christ, nous comprenons mieux qui est Dieu, qui nous sommes et ce que Dieu attend de nous. Nous savons où aller et nous savons comment y aller. Par son enseignement et par ses exemples, le Christ, notre Lumière, nous fait voir toutes choses sous leur vrai jour. Il éclaire les événements de notre vie. Il leur donne un sens.

 

Mais il ne suffit pas de braquer le projecteur sur l’extérieur. Encore faut-il que la lumière du Christ se fraye un chemin jusque dans nos ténèbres intérieures pour y apporter sa vérité et sa paix. Car, dit le prophète Jérémie, « le cœur de l’homme est rusé plus que tout, et pervers, qui peut le pénétrer ? » (Jr 17, 9). Oui, mon cœur est compliqué. Ses plis et ses replis, ses intentions et ses réactions, sont une énigme non seulement pour les autres mais d’abord pour moi-même. Voilà pourquoi, spécialement en ce temps de Carême, il est bon de saisir la lampe qu’est le Christ et de descendre hardiment dans ce monde souterrain. J’y croiserai sans doute quelques jolis monstres des profondeurs – jalousie, rancune recuite ou orgueil -, mais ce sont des monstres « photophobes », des monstres qui craignent la lumière, des monstres qui reculent devant la lumière. J’y discernerai les racines du mal, bien implantées en moi et toujours fécondes, mais aussi les semences de vie déposées par le Christ.

 

 

Qu’il est difficile, mes amis, de démêler le bon grain et l’ivraie dans les mouvements de son propre cœur ! Parfois un acte a toutes les apparences d’une belle action et pourtant il est vicié de l’intérieur par l’orgueil ou le désir de paraître. Parfois une action maladroite, qui fait qu’on me soupçonne des plus noirs desseins, partait d’une excellente intention. Oui, le cœur de l’homme est compliqué et Dieu seul peut m’éclairer sur moi-même. Car « si l’homme regarde à l’apparence, le Seigneur regarde au cœur » (1 Sam 16, 7).

 

Serge-Thomas Bonino , Homélie.

Voir les commentaires

L'Esprit Saint, le père des pauvres...

27 Mai 2012, 02:35am

Publié par Father Greg

« Il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l'Esprit Saint. »

 

The_Burning_of_the_Houses_of_Parliament_Three_1834.jpgLe don de l’Esprit-Saint c’est le sommet de l’incarnation, ce pour quoi Jésus nous est donné en réponse à la faute originelle. Le Salut c’est quelqu’un, donné personnellement, sans condition, un don qui va jusqu’au bout. Et l’Esprit Saint, c’est, en Dieu, ce qu’il y a de plus secret, de plus intime et… c’est pour nous ! Et c’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile à recevoir ; parce que c’est l’amour dans toute sa pureté, dans toute sa force, sans mélange, et donc c’est ce qui nous appauvris et nous déstabilise le plus !

 

Le peuple élu a buté sur l’incarnation : « Dieu fait homme pour que l’homme, quel qu’il soit, soit divinisé, au-delà de sa conscience » Quelle folie !! Les apôtres ont buté sur le mystère de la Croix : scandale pour l’intelligence, folie pour les peuples païens ! Or la Pentecôte, c’est, presque de la ‘démence’, une folie qui est de trop, sur laquelle on bute ! Un don dans lequel on ne peut entrer par nous-mêmes tellement ce n’est pas dans le prolongement de notre nature !

 

Pourquoi ? Parce que Noël c’est Dieu qui s’adapte à nous, qui se fait l’un de nous. La Croix, c’est Dieu qui vient nous crier son amour, nous dire que nous sommes tout pour lui. Alors que le don de l’Esprit Saint c’est Dieu qui nous adapte à Lui : Dieu qui vient nous mettre à son rythme, à sa taille, qui nous fait vivre sa vie ‘par nous-mêmes’ !!! Plus rien alors ne nous est plus connaturel !

                L’Esprit Saint c’est un feu qui transforme tout en feu, c’est comme un tremblement de terre qui fait que tout est apparemment détruit, c’est cette morsure intérieure qui nous fait de nous ces enfants qui, dans le désert, crient leur Père !

 

                 L’Esprit Saint c’est, en Dieu, le don le plus secret, ‘l’amour de l’amour’, ce qui ne se partage pas. Et c’est celui-là qui nous est donné. Il est Celui qui nous fait aimer, pâtir, être relatifs volontairement, qui nous fait nous quitter pour faire de nous des purs réceptivités, des agneaux, des victimes offertes, des cris de soifs, témoins de Jésus à la Croix qui ne vit plus que de la bonté du Père qui l’attire ! Ce qui fait dire à St Thomas que l’Esprit St n’aime que ceux qui aiment ! En cela il est le Père des pauvres : en nous attirant, Il est source en nous de ces états  de gratuité et de pauvreté ! L’amour fait que l’on est dépossédé de nous-mêmes et possédés par celui qui nous aime sans rien en posséder…

La pentecôte, ce débarquement de l’Esprit Saint, c’est cette vive flamme d’amour, cette attraction divine qui vient nous brûler d’une manière telle qu’on devient blessure d’amour vivantegratuite, sans repos et sans utilité que d’être attente de Celui qui nous attire… Cela, c’est l’état ‘normal’ de celui qui est aimé de Jésus ! Et c’est toujours de trop pour notre monde replié sur lui-même, replié sur ses fausses perfections, sur ce qu’il croit être des richesses, sur la satisfaction qu’il a de lui-même ! Or, sur terre, on ne sert à rien, à RIEN sinon à être témoin d’un amour offert, gratuit, donné inutilement, en pure perte, sans retour, pour le Père, pour Celui qui est source de tout amour !

 

Fr Grégoire

Voir les commentaires

Les bien-pensants & les satisfaits, obstacles terrible à la lumière de Dieu !

26 Mai 2012, 02:18am

Publié par Father Greg

« La Lumière est venue dans le monde, les hommes ont préférés les ténèbres »

 

Approach_to_Venice_1843.jpg

Le monde pour lequel la lumière vient, c’est l’homme blessé par le péché, la femme adultère, la samaritaine, le bon larron qui manifestent chacun de nous dans sa misère !

 

Le péché marque toutes personnes de notre humanité ! Même si certains, en quête d’exemplarité, de modèle rassurant plutôt manichéen ou marqués par un puritanisme qui se doit être efficace, réussissent à se les cacher apparemment. Or ces quêtes de perfection manifestent comme encore plus combien la grande misère de l’homme, c’est qu’il n’aime plus ! Nous sommes des rationnels, des gens logiques, prudents, obsédés du résultat, des choses propres, du quand dira-t-on, des opinions et des images de nous-même qui flattent notre ego ! Cela parce que nous sommes errants et qu’on ne sait plus ce qu’est Dieu. Dieu substantiellement Amour. Dieu excessivement donné. Dieu Père de l'homme.

 

Devant notre misère, est-ce que Jésus nous rabaisse en nous réduisant à nos fautes ? Non, il nous relève. Plus que cela : il nous ‘punit’ en se donnant à chacun, sans condition et au-delà de notre conscience ! Tel est l’évangile, la LUMIERE du chrétien !

 

Jésus s’est fait proche, a pris nos fautes, pour nous dire le Père comme il le connait. Et, la grande tentation des hommes en général et des chrétiens en particulier, c’est de se replier sur eux-mêmes par orgueil, de chercher un salut visible, temporel, politique, et de croire que l’on peut se sauver par soi-même ou bien par orgueil encore de s’enfoncer dans le désespoir !


Jésus vient nous apprendre à nous servir de notre misère pour nous laisser connaître et aimer par Dieu. Dans sa miséricorde, notre péché n’est plus un obstacle ! La miséricorde de Dieu est cet amour violent qui emporte tout, pour lequel nos fautes sont rien, ou plutôt la porte d’accès à la bonté du Père.

La miséricorde c’est cet échange merveilleux: le Fils a pris la place des pécheurs pour que, devenus semblables à lui, dans la foi, nous vivions dès maintenant la vie du Fils.

 

Toute la lutte vient du refus de la miséricorde par les Pharisiens. La lutte ultime est toujours cela : l’orgueil nous conduit à ne pas vouloir que la paternité de Dieu passe dans toute notre vie en faisant de nous ses enfants. Nous préférons alors être  ‘les fils du diable’, ceux qui jugent, qui se font mesure ! C’est très éclairant pour toutes les époques de l’Église, mais en notre temps d’une façon toute particulière. La lutte du pharisaïsme contre Jésus est actuelle.

Nous comporter en Pharisiens, c’est se croire capable de juger, de mesurer des actes, cette métatentation ou l'homme se fait sa propre mesure. Discerner par soi le bien du mal, tentation première ou l'on veut être à soi-même un dieu!  Etant juge de ce que l'on est, en nous posant comme mesure, on devient justicier des personnes ! C'est cela la faute la plus terrible: non pas les fautes qui touchent notre corps et nous humilie parce qu'elles sont manifestes et visibles; mais LA faute, c'est ce jugement ou l'on est sûr de nous-même; cette certitude qui fait que l'on se pose mesure de ce que fait l'autre, et qui nous fait chercher à separer le bon grain de l'ivraie ! "vous dites nous voyons, c'est pourquoi votre péché demeure" Jn 9,41.


Vivre de la miséricorde, c’est se reconnaitre pauvre et aveugle: ne pouvant savoir la signification des permissions, des lézardes que nous portons. C'est s'en remettre à Dieu seul; et donc, ayant besoin de lumières, à Celui qui est dans sa personne la lumière ! Jésus seul est la lumière du monde. Nous ne sommes pas la lumière du monde sans lui ; nous le devenons, si nous sommes témoins miséricordieux d’un amour qui va jusqu’à la folie !

Fr Grégoire

Voir les commentaires

Le cri des anges

25 Mai 2012, 11:32am

Publié par Father Greg

 

 

 
 

Voir les commentaires

Sortir des idées préconcues ! (II)

25 Mai 2012, 02:09am

Publié par Father Greg

 

Et j'étais à San Francisco il y a un certain temps à une séance de dédicaces. Il y avait ce type qui achetait un livre, la trentaine. Et je lui ai dit, "Vous faites quoi?" Et il a répondu, "Je suis pompier." Et j'ai dit, "Depuis combien de temps êtes-vous pompier?" Il dit, "Toujours, j'ai toujours été pompier." Et j'ai dit, "Eh bien, quand avez-vous choisi?" Il a dit, "Tout gamin", et ajouta, "En fait, c'était un problème pour moi à l'école, parce qu'à l'école, tout le monde voulait être pompier." Il a dit, "Mais je voulais être pompier." Et il a dit, "Quand je suis arrivé en Terminale, mes profs ne m'ont pas pris au sérieux. Un prof en particulier ne m'a pas pris sérieusement. Il a dit que je gâchais ma vie si c'était tout ce que je voulais en faire, que je devrais aller à l'université, viser une profession de haut niveau, que j'avais beaucoup de potentiel, et que je gaspillais mon talent avec ça." Et il a dit, "C'était humiliant parce qu'il a dit ça devant toute la classe, et je ne savais plus où me mettre. Mais c'est ce que je voulais, et dès que j'ai quitté l'école, j'ai postulé chez les pompiers et j'ai été accepté." Et il a dit, "Vous savez, je pensais à ce type tout à l'heure, il y a quelques minutes pendant que vous parliez. Il a dit, "parce qu'il y a six mois, je lui ai sauvé la vie." (Rires) Il a dit, "Il a eu un grave accident de voiture, je l'ai sorti de là, je lui ai donné un massage cardiaque, et j'ai aussi sauvé la vie de sa femme." Il a dit, "Je pense que maintenant il a une meilleure opinion de moi."

(Rires)

(Applaudissements)

Vous savez, pour moi, les communautés humaines s'appuient sur une diversité de talents, et non pas sur une conception unique de compétence. Et au cœur de nos défis --(Applaudissements) Au cœur du défi se trouve la reconstruction de notre sens de la compétence et de l'intelligence. Cette linéarité est un problème.

Quand je suis arrivé à Los Angeles il y a environ neuf ans, je suis tombé sur une déclaration, très bien intentionnée, qui disait, "L'université commence à la maternelle. "Non, pas du tout. (Rires) Pas du tout. Si nous avions le temps, vous m'entendriez là-dessus. (Rires) La maternelle commence à la maternelle. (Rires) Un de mes amis a dit une fois, "Vous savez, à trois ans on n'est pas la moitié d'un enfant de six ans." (Rires)(Applaudissements) Ils ont trois ans.

Mais comme la session précédente disait, il y a une telle concurrence maintenant pour entrer à la maternelle, pour entrer dans la bonne maternelle, qu'à trois ans on doit passer des entretiens. Des enfants assis devant des jurys blasés, vous savez, inspectant leurs CV, (Rires) feuilletant et disant, "Eh bien, c'est tout?" (Rires) (Applaudissements) "Cela fait 36 mois que vous êtes là, et c'est tout?" (Rires) "Vous n'avez rien fait, rien. Passé les six premiers mois à téter, à ce que je vois." (Rires) Vous voyez, comme idée c'est choquant, mais ça attire les gens.

L'autre gros problème est la conformité. Nous avons construit nos systèmes éducatifs sur le modèle du fast-food. C'est quelque chose dont Jamie Oliver parlait l'autre jour. Vous savez qu'il y a deux modes de mesure de la qualité dans la restauration. L'un est le fast food, où tout est standardisé. L'autre, ce sont les restaurants comme Zagat ou les étoiles Michelin, où rien n'est standardisé, ils s'adaptent aux circonstances locales. Et nous nous sommes précipités dans un modèle éducatif "fast food". Et cela appauvrit notre pensée et nos énergies autant que les fast foods détériorent nos corps.

(Applaudissements)

Je crois qu'il nous faut reconnaître deux choses ici. L'une est que les talents humains sont terriblement variés. Les gens ont des aptitudes très différentes. J'ai découvert récemment qu'on m'a donné enfant une guitare vers l'époque où Eric Clapton a eu sa première guitare. Vous savez, ça a marché pour Eric, c'est ce que je peux dire. (Rires)D'un certain point de vue, pas pour moi. Je n'arrivais pas à faire marcher ce machin peu importe comment je soufflais dedans. Cela ne voulait pas marcher pas.

Mais ce n'est pas que cela. C'est une question de passion. Souvent, les gens sont bons à des choses qui ne les branchent pas. C'est une question de passion, et ce qui excite notre âme et notre énergie. Et si vous faites ce que vous aimez faire, pour laquelle vous êtes doué, le temps s'écoule différemment. Ma femme vient de finir d'écrire un roman, et je pense que c'est un grand livre, mais elle disparaît pendant des heures. Vous le savez, si vous faites quelque chose que vous aimez, une heure paraît cinq minutes. Si vous faites quelque chose qui ne résonne pas en vous cinq minutes paraissent une heure. La raison pour laquelle tant de gens abandonnent les études c'est parce qu'elles ne nourrissent pas leur esprit, elles ne nourrissent pas leur énergie ou leur passion.

Et je pense que nous devons changer de métaphores. Nous devons aller de ce qui est essentiellement un modèle éducatif industriel, un modèle manufacturier, qui est basé sur la linéarité et la conformité et des fournées de gens. Nous devons aller vers un modèle qui est davantage basé sur les principes de l'agriculture. Nous devons reconnaître que l'épanouissement humain n'est pas un processus mécanique, c'est un processus organique. Et vous ne pouvez pas prédire le résultat du développement humain; tout ce que vous pouvez, comme un fermier, c'est créer les conditions dans lesquelles ils vont commencer à s'épanouir.

Et quand nous considérons la réforme de l'éducation et sa transformation, ce n'est pas comme cloner un système. Il y a de grands systèmes comme KIPP. Il y a plusieurs excellents modèles. Il s'agit de les adapter aux circonstances, et de personnaliser l'éducation des personnes à qui vous enseignez vos matières Et faire cela, je pense est la réponse au futur parce que ce n'est pas monter en puissance une nouvelle solution; il s'agit de créer un mouvement dans l'éducation dans lequel les gens développent leurs propres solutions, mais avec un support externe basé sur un cursus personnalisé.

Maintenant, dans cette salle, il y a des gens qui représentent des ressources extraordinaires dans les affaires, en multimédia, dans l'internet. Ces technologies, combinées aux talents extraordinaires d'enseignants, fournissent une occasion de révolutionner l'éducation. Et je vous exhorte à y participer parce que c'est vital, pas seulement pour nous, mais pour le futur de nos enfants. Mais nous devons passer du modèle industriel à un modèle agricole, où chaque école peut fleurir demain. C'est là que les enfants expérimentent la vie. Ou à la maison, si c'est là qu'ils choisissent d'être éduqués avec leur famille ou leurs amis.

On a beaucoup parlé de rêves pendant ces quelques jours. Et je voulais, très vite -- J'ai été frappé par les chansons de Natalie Merchant la nuit dernière, qui ressuscite de vieux poèmes. J'ai voulu vous lire rapidement un très court poème de W.B. Yeats, quelqu'un que vous connaissez peut-être. Il a écrit ceci à celle qu'il aimait, Maud Gonne, et il se lamentait de ne pas pouvoir lui donner ce qu'il pensait qu'elle attendait de lui Et il a dit, "J'ai autre chose, mais ce n'est peut-être pas pour toi."

Il dit ceci: "Si j'avais les vêtements brodés des cieux Tout ornés d'or et de lumière d'argent, Les vêtements bleus et obscurs et sombres de la nuit et du jour et du demi-jour, j Mais, étant pauvre, je n'ai que mes rêves; J'ai étalé mes rêves sous tes pieds; Marche doucement parce que tu marches sur mes rêves."  

"Had I the heavens' embroidered cloths, Unwrought with gold and silver light, The blue and the dim and the dark cloths Of night and light and the half-light, I would spread the cloths under your feet: But I, being poor, have only my dreams; I have spread my dreams under your feet; Tread softly because you tread on my dreams."

Et chaque jour, partout, nos enfants étalent leurs rêves sous nos pieds. Et nous devrions marcher doucement. Merci. (Applaudissements) Merci beaucoup.

Sir Ken Robinson, www.TED.com

Voir les commentaires

Sortir des idées préconçues !

24 Mai 2012, 02:05am

Publié par Father Greg

 

 

J'étais ici-même il y a quatre ans, et je me souviens qu'à l'époque les conférences n'étaient pas mises en ligne, Je pense qu'on les donnait aux participants dans une boîte, une boîte de DVD, qu'ils mettaient sur une étagère, où ils sont toujours.

(Rires)

Et en fait Chris m'a appelé une semaine après ma présentation et m'a dit, "On va commencer à les mettre sur le web. On peut poster la tienne?" Et j'ai dit, "Pas de problème."

Et quatre ans plus tard, comme je le disais, cela a été vu par quatre ... Bon, elle a été téléchargée quatre millions de fois. Je pense qu’on pourrait multiplier ce nombre par 20 environ pour avoir le nombre de gens qui l'ont vue. Et comme Chris le dit, il y a une soif de mes vidéos.

(Rires)

(Applaudissements)

... vous ne le sentez pas?

(Rires)

Donc, cette conférence a été un coup monté pour que je vous en fasse une autre, alors la voici.

(Rires)

Al Gore parlait à la conférence TED où je parlais il y a quatre ans et parlait de la crise du climat. Et j'en faisais référence à la fin de ma dernière présentation. Et je voudrais repartir de là parce que franchement je n'avais que 18 minutes. Donc, comme je le disais ...

(Rires)

Vous voyez, il a raison. Je veux dire, il y a une crise du climat, évidemment. Et si les gens ne le croient pas, ils devraient sortir davantage (Rires) Mais je crois qu'il y a une second crise climatique, qui est aussi sévère, qui a les mêmes origines et qu'il nous faut affronter avec la même urgence. Ce que je veux dire par là -- et vous pouvez dire, d'ailleurs, "Ecoutez, c'est bon, J'ai déjà une crise climatique; J'en n'ai vraiment pas besoin d'une deuxième." Mais c'est une crise, non pas de ressources naturelles, même si je pense qu'elle existe, mais une crise de ressources humaines.

Je crois, fondamentalement, comme beaucoup de conférenciers l'ont dit ces derniers jours, que nous sous-utilisons nos talents. Beaucoup de gens passent leur vie complète sans avoir un véritable sens de leurs talents ni même s'ils en ont. Je rencontre toutes sortes de gens qui ne pensent pas être vraiment bons quelque part.

En fait, je divise maintenant le monde en deux groupes. Jeremy Bentham, le grand philosophe utilitariste, a dit de manière humoristique "Il y a deux sortes de gens dans ce monde, ceux qui divisent le monde en deux classes et ceux qui ne le font pas". (Rires) Je suis dans la première. (Rires)

Je rencontre toutes sortes de gens qui n'apprécient pas ce qu'ils font. Ils passent simplement leur vie vaquant à leurs occupations. Ils ne tirent pas grand plaisir de ce qu'ils font. Ils la supportent, plutôt qu'ils ne l'apprécient et ils attendent le week-end. Mais je rencontre aussi des gens qui adorent ce qu'ils font et n'imaginent même pas faire autre chose. Si vous leur disiez, "Ne faites plus ça", ils se demanderaient de quoi vous leur parlez. Parce que ce n'est pas ce qu'ils font, mais ce qu'ils sont. Ils disent "Mais, vous voyez, c'est moi. Ce serait idiot de ma part de l'abandonner, parce que cela parle à mon moi le plus authentique." Et ce n'est pas vrai de suffisamment de gens. En fait, je pense qu'au contraire c'est certainement une minorité. Et je pense qu'il y a beaucoup d'explications possibles. Et l'une des premières concerne l'éducation, parce que l'éducation, en un sens, sépare bien des gens de leurs talents naturels. Et les ressources humaines, comme les ressources naturelles, sont souvent enterrées profond. Il faut prospecter. Elles ne sont pas étalées au grand jour. Vous devez créer les circonstances où elles se révèlent. Et vous pourriez imaginer que ce serait là, le résultat de l'éducation. Mais trop souvent, ce n'est pas le cas. Tous les systèmes éducatifs du monde sont en pleine réforme aujourd'hui Et ce n'est pas assez. Réformer ne sert plus à rien, parce que c'est simplement améliorer un modèle inopérant. Ce dont nous avons besoin -- et le mot a beaucoup été utilisé ces derniers jours -- ce n'est pas une évolution, mais une révolution de l'éducation. Elle doit être transformée en quelque chose d'autre.

(Applaudissements)

L'un des véritables défis est de renouveler dans ses fondements en éducation. Innover est dur parce que c'est faire quelque chose que les gens ne trouvent pas facile pour la plupart. C'est remettre en cause ce que nous tenons pour acquis, les choses que nous pensons évidentes. Le grand problème pour réformer ou transformer est la tyrannie du bon sens, ce dont les gens pensent, "On ne peut pas le faire autrement parce que ça se fait comme ça."

Je suis tombé récemment sur une superbe citation de Lincoln, que je suis certain que vous aimerez voir cité à ce point. (Rires) Il a dit cela en décembre 1862 à la seconde réunion annuelle du Congrès. Je me dois de dire que je n'ai aucune idée de ce qui se passait à l'époque. On n'enseigne pas l'histoire américaine en Grande-Bretagne. (Rires)On la supprime. Vous savez, c'est notre politique. (Rires) Sans aucun doute, quelque chose de fascinant se passait en décembre 1862, dont les Américains parmi nous seront au courant.

Mais il a dit ceci: "Les dogmes du passé serein sont inadéquats pour le présent tempétueux. Les circonstances voient les difficultés s'accumuler, et nous devons nous élever avec les circonstances." J'aime cela. Pas s'élever jusqu'à, s'élever avec. "Comme notre cas est nouveau, nous devons penser et agir de manière nouvelle Nous devons nous désengager de nos liens et alors nous sauverons notre pays."

J'aime ce mot "se désengager" Vous savez ce qu'il veut dire? Qu'il y a des idées qui nous captivent tous, que nous considérons comme acquises, comme étant l'ordre naturel des choses, la manière dont elles vont. Et bon nombre de nos idées ont été formées, non pour répondre aux circonstances de ce siècle, mais pour affronter celles des siècles passés. Mais nos esprits sont toujours hypnotisés par elles. Et nous devons nous désengager de certaines d'entre elles. Maintenant c'est plus facile à dire qu'à faire. C'est d'ailleurs très difficile de savoir ce que vous tenez pour acquis. La raison c'est que vous le tenez pour acquis.

Laissez-moi vous demander quelque chose que vous pouvez tenir pour acquis. Combien d'entre vous ont plus de 25 ans? Ce n'est pas ce que je pense que vous tenez pour acquis. Je suis certain que cela vous est déjà familier. Il y a des gens de moins de 25 ans? Bien. Maintenant, les plus de 25 ans, pouvez-vous levez la main si vous portez une montre? C'est beaucoup d'entre nous, non? Posez la même question dans une salle pleine d'adolescents. Les adolescents ne portent pas de montre. Je ne veux pas dire qu'ils ne peuvent pas ou n'ont pas le droit, c'est simplement souvent leur choix. Et la raison c'est que, vous voyez, nous avons été élevés dans une culture pré-numérique, nous les plus de 25 ans. Et donc pour nous, si nous voulons avoir l'heure, nous devons porter quelque chose pour nous la donner. Les gamins vivent aujourd'hui dans un monde numérique, et ils trouvent l'heure partout. Ils ne voient pas pourquoi faire ça. D'ailleurs vous n'en avez pas besoin non plus, c'est juste que vous l'avez toujours fait, et vous continuez. Ma fille ne porte jamais de montre, ma fille Kate, qui a 20 ans. Elle n'en voit pas la raison. Comme elle dit, "C'est un accessoire monofonctionnel." (Rires) "du genre, c'est plutôt ringard?" Et je dis "Non, non, ça donne aussi la date." (Rires) "ça a plusieurs fonctions."

Mais vous voyez, il y a des choses qui nous subjuguent en éducation. Laissez-moi vous donner deux exemples. L'une d'elles est l'idée de linéarité, qui commence là, et vous suivez un cursus, et si vous faites tout bien, vous finirez équipé pour le restant de vos jours. Tous ceux qui ont parlé à TED ont raconté implicitement, ou parfois explicitement, une histoire différente, que la vie n'est pas linéaire, mais organique. Nous créons nos vies en symbiose en découvrant nos talents en relation avec les circonstances Mais vous savez, nous sommes devenus obsédés par ce récit linéaire. Et vraisemblablement le summum de l'éducation c'est d'entrer à l'université. Je pense que nous sommes obsédés par l’entrée à l’université certaines sortes d'universités. Je ne veux pas dire qu'il ne faut pas y aller, mais tout le monde n'en a pas besoin, et tout le monde n'a pas besoin d'y aller maintenant. Peut-être qu'ils y iront plus tard, pas tout de suite.

Sir Ken Robinson. www.TED.com


Voir les commentaires

L’école tue la créativité ! (II)

23 Mai 2012, 02:34am

Publié par Father Greg

 

 

Si notre système éducatif était visité par un martien, et qu'il demandait "A quoi ça sert, l'enseignement public?" Je pense qu'on devrait conclure, que ceux qui réussissent, qui font tout ce qu'on attend d'eux, qui ont tous les bons points, qui sont les gagnants -- Je pense qu'on devrait conclure que le but final de l'enseignement public à travers le monde est de produire des professeurs d'université. N'est-ce pas? C'est eux qui arrivent premier. J'ai été l'un d'entre eux, donc bon. (Rires) J'aime les professeurs d'université, mais vous savez, nous ne devrions pas les placer au sommet des réalisations humaines. Ils sont juste une forme de vie une autre espèce parmi les autres. Mais ils sont plutôt curieux, et je dis ça avec sympathie. Il y a, d'après mon expérience, quelque chose de singulier avec les professeurs -- pas tous, mais typiquement -- ils vivent dans leurs têtes. Ils vivent là-haut, et un peu seulement cette partie. Ils sont désincarnés, on peut dire, d'une manière littérale. Ils perçoivent leurs corps comme un moyen de transport pour leurs têtes, non?(Rires) C'est une façon de déplacer leurs têtes à des réunions. Si vous voulez une preuve réelle d'expérience de hors-corps, allez à une conférence locale, d'universitaires, puis allez avec eux en discothèque la dernière nuit. (Rires) Et là vous verrez, des adultes hommes et femmes se déhanchant de façon incontrôlable, en dehors du rythme, attendant la fin pour pouvoir rentrer chez eux et écrire un article sur ça.

Notre système éducatif est basé sur la notion d'aptitude académique. Et il y a une raison. Le système entier a été inventé -- à travers le monde, il n'y avait pas d'enseignement public, vraiment, avant le 19ème siècle. Ces systèmes sont tous apparus pour satisfaire les besoins d'industrialisation. La hiérarchie est donc fondée sur 2 idées. Premièrement, que les sujets les plus utiles au travail sont au sommet. Vous étiez donc de façon bienveillante écartés de certaines choses à l'école, des choses qu'enfants vous aimiez si elles ne vous permettaient pas d'obtenir un travail. N'est-ce pas? Ne fais pas de musique, tu ne seras pas musicien; Ne fais pas de l'art, tu ne seras pas un artiste. Un conseil bienveillant -- qui est maintenant, profondément faux. Le monde entier s'engouffre dans une révolution. Le second point est que l'habilite académique, domine vraiment notre vision de l'intelligence, car les universitaires ont modelé le système à leur image. Si vous imaginez, l'ensemble des enseignements publics à travers le monde c'est un long processus d'accès à l'université. Et la conséquence est que beaucoup de gens talentueux, brillants, créatifs pensent qu'ils ne le sont pas, car les matières où ils étaient bons à l'école n'étaient valorisées, ou étaient même stigmatisées. Ça ne peut pas continuer ainsi.

Dans les 30 prochaines années, selon l'UNESCO, il y aura plus de personnes dans le monde diplômé que depuis le début de l'histoire. Plus de monde, et c'est la combinaison de toutes les choses dont nous avons discutées -- les technologies et ses impacts sur le travail, la démographie et l'énorme accroissement de la population. Soudainement, les diplômes ne valent plus rien. Pas vrai? Quand j'étais étudiant, si tu avais un diplôme, tu avais un travail. Si tu n'avais pas de travail, c'est que tu n'en voulais pas un. Et je n'en voulais pas un, honnêtement. (Rires) Mais aujourd'hui nos enfants diplômés préfèrent jouer aux jeux vidéo, car il faut un Master alors qu'avant tu n'avais besoin que d'une Licence et pour certains il faut même un Doctorat. C'est un processus d'inflation académique. Et cela nous montre que le système éducatif en entier est en train d'évoluer sous nos pieds. Nous devons radicalement repenser notre vision de l'intelligence.

Nous savons 3 choses sur l'intelligence. Une, elle est variée. Nous pensons le monde de toutes les façons que nous l'expérimentons. Nous le pensons de façon visuelle, de façon auditive, de façon kinesthésique, Nous pensons de façon abstraite, nous pensons en mouvement. Deuxièmement, l'intelligence est dynamique. Si vous regardez les interactions du cerveau humain, comme nous l'avons vu hier dans de nombreuses présentations, l'intelligence est merveilleusement interactive. Le cerveau n'est pas divisé en compartiments. En fait, la créativité -- que je définis comme le processus d'avoir des idées originales qui ont de la valeur -- le plus souvent, provient de l'interaction de différentes façons de voir les choses.

Le cerveau est intentionnellement -- d'ailleurs, les deux hémisphères du cerveau sont reliés par un corps appelé le corps calleux. Il est plus épais chez les femmes. D'après Helen hier, je pense que c'est probablement la raison pour laquelle les femmes sont meilleures pour les multi-tâches. Car vous l'êtes, non? Il y a beaucoup d'études, mais je le sais de mon expérience personnelle. Quand ma femme cuisine à la maison -- pas trop souvent, heureusement. (Rires) Donc quand elle cuisine -- non, elle fait bien certaines choses -- donc quand elle cuisine, vous savez en même temps, elle gère d'autres personnes au téléphone, elle parle aux enfants, elle repeint le plafond, elle fait une opération chirurgicale à cœur ouvert. Tandis que si je cuisine, la porte est fermée, les enfants sont dehors, le téléphone éteint, et si elle arrive, ça m'irrite. "Terry, s'il te plaît, j'essaie de faire cuire un oeuf. Laisse-moi tranquille." (Rires) En fait, vous savez cette vieille histoire philosophique, si un arbre tombe dans la forêt et personne ne l'entend est-ce que c'est arrivé? Vous vous rappelez cette histoire? J'ai vu un super t-shirt récemment qui disait, "Si un homme dit ce qu'il pense dans une forêt et qu'aucune femme ne l'a entendu, est-ce qu'il a toujours tort?" (Rires)

Et la troisième chose sur l'intelligence est qu'elle est distincte. Je suis en train d'écrire un nouveau livre appelé "Epiphany" (ndt :The Element), qui est basé sur une série d'interviews de personnes sur comment ils ont découvert leurs talents. Je suis fasciné par la façon dont certaines personnes y sont arrivées. J'ai été ainsi fasciné par une conversation que j'ai eue avec une merveilleuse femme que peut-être la plupart des gens ne connaissent pas, qui s'appelle Gillian Lynne, vous la connaissez? Certains oui. Elle est chorégraphe et tout le monde connaît son travail. Elle a fait "Cats" et le "Fantôme de l'opéra" Elle est merveilleuse. J'ai été au conseil d'administration du Royal Ballet, d'Angleterre, comme vous pouvez le voir. En tout cas, en déjeunant avec elle, je lui demande, "Gillian, comment es-tu devenue danseuse?" Et elle me répond - c'est intéressant - que quand elle était à l'école, elle était vraiment sans espoir. Et l'école, dans les années 30, avait même écrit à ses parents en disant, "Nous pensons que Gillian a un problème pour apprendre." Elle ne pouvait pas se concentrer, était turbulente. Je pense qu'on dirait maintenant qu'elle a le Trouble du Déficit de l'Attention. N'est-ce pas? Mais c'était dans les années 30, et l'TDA/H n'avait pas encore été défini. Ce n'était pas une option disponible. (Rires) Les gens ne savaient pas qu'ils pouvaient avoir cela.

Bref, elle est allée voir ce spécialiste. Dans cette pièce aux lambris de chêne. Et elle était là avec sa mère, assise sur cette chaise au fond, assise sur ses mains depuis 20 minutes au moins pendant que l'homme discutait avec sa mère des problèmes de Gillian à l'école. Et à la fin -- parce qu'elle gênait les autres, ses devoirs étaient toujours en retard, etc, etc, -- petit fille de 8 ans -- à la fin le docteur s'est assis près de Gillian et lui a dit, "Gillian, J'ai écouté toutes les choses que ta mère m'a dites et j'ai besoin de lui parler en privé" Il lui dit, "Attends là, nous ne serons pas long." Et ils sont sortis et l'ont laissée. Mais quand ils quittèrent la pièce, il alluma la radio posée sur son bureau. Et quand ils quittèrent la chambre, il dit à sa mère, "Restez juste là et observez-là." A la minute où ils quittèrent la pièce, elle m'a raconté, qu'elle était debout, en train de bouger avec la musique. Et ils l'ont regardée pendant quelques minutes puis il s'est retourné vers sa mère et a dit, "Mme. Lynne, Gillian n'est pas malade, c'est une danseuse. Inscrivez là à une école de danse."

J'ai dit, "Qu'est ce qui s'est passé?" Elle m'a répondu, "Elle l'a fait. Et c'était merveilleux. Nous avancions dans cette pièce remplie de gens comme moi. De gens qui ne pouvaient pas s'asseoir sans bouger, De gens qui devaient bouger pour pouvoir penser. "Ils ont fait du ballet, de la claquette, du ballet jazz du moderne, du contemporain. Elle a finalement été auditionnée pour la Royal Ballet School, elle est devenue soliste, et eut une merveilleuse carrière au Royal Ballet. Elle fut diplômée du Royal Ballet School et fonda sa propre troupe, la Gillian Lynne Dance Company, elle rencontra Andrew Lloyd Weber. Et elle fut responsable de certaines des plus grandes comédies musicales de tous les temps, elle donna du plaisir à des millions de personnes et est multi-millionnaire. Quelqu'un d'autre l'aurait sans doute mis sous médicament en lui disant de se calmer.

Je pense -- (Applaudissement) Ce que je pense est que: Al Gore a parlé l'autre nuit d'écologie et de la révolution recherchée par Rachel Carson. J'ai la conviction que notre seul espoir pour le futur est d'adopter une nouvelle conception de l'écologie humaine, une où nous commencerions à repenser notre conception de la richesse de la capacité humaine. Notre système éducatif a miné notre esprit de la même manière que nous avons épuisé la Terre : pour une ressource particulière. Mais pour l'avenir, cela ne nous aidera pas. Nous devons repenser les principes fondamentaux de l'éducation de nos enfants. Il y a cette merveilleuse citation de Jonas Salk, qui dit "Si tous les insectes disparaissaient de la planète dans les 50 ans qui suivent, ce serait la fin de la Terre. Si tous les humains disparaissaient de la planète dans les 50 ans suivants, toutes les formes de vies fleuriraient." Et il a raison.

Ce que TED célèbre est le cadeau de l'imagination humaine. Nous devons maintenant faire attention à utiliser ce cadeau, de façon sage, et éviter certains scénarios dont nous avons parlés. Et la seule façon de le faire est de voir la richesse de notre capacité créative, et voir nos enfants comme l'espoir qu'ils représentent. Notre tâche est de les éduquer de façon complète, afin qu'il puisse vivre dans ce futur. D'ailleurs -- nous ne verrons sans doute pas ce futur, mais eux si. Et notre mission est de les aider à faire quelque chose de leur futur. Merci beaucoup.

Sir Ken Robinson, http://www.ted.com

Voir les commentaires

L'Ecole tue la créativité !! (I)

22 Mai 2012, 02:28am

Publié par Father Greg

 

 

Bonjour. Comment allez-vous? C'était bien, n'est-ce pas? J'ai été époustouflé par tout ce qu'on a vu. D'ailleurs, je m'en vais. (Rires) Trois des thèmes dominants au cours de cette conférence sont liés à ce dont je veux parler. Le premier est l'extraordinaire preuve de la créativité humaine dans toutes les présentations que nous avons eues et avec toutes les personnes présentes. Rien que par cette variété et cette palette de sujets. Le second point est que cela nous emmène dans des endroits où nous n'avons aucune idée ce que nous réserve le futur. Aucune idée de comment les choses vont évoluer.

J'ai de l'intérêt pour l'éducation en fait, je pense que tout le monde est intéressé par l'éducation. Vous ne pensez-pas? Je trouve cela très intéressant. Si vous êtes à un dîner et que vous dites que vous travaillez dans l'éducation en fait, vous n'êtes pas souvent invités à des dîners, si vous êtes dans l'Éducation. (Rires) On ne vous invite pas. Et on ne vous ré-invite jamais, bizarrement. Je trouve ça étrange. Mais si vous l'êtes, et que des personnes vous demandent "Que faites-vous dans la vie?" et que vous répondez que vous travaillez dans l'éducation, là, vous les voyez blêmir. Ils feront du style : "Oh mon dieu", "Pourquoi-moi? C'est ma seule sortie de la semaine!" (Rires) Mais si vous les questionnez sur leur éducation, ils ne vous lâcheront plus. Car c'est une des choses qui intéresse profondément les gens, n'est-ce pas? Comme la religion, l'argent et d'autres choses. Je m'intéresse beaucoup à l'éducation, et je pense que c'est le cas de tous. Nous avons un intérêt tout particulier pour cela, en partie car c'est l'éducation qui était censée nous emmener dans ce futur insaisissable. Quand on y pense, des enfants qui commencent l'école cette année (2006) seront à la retraite en 2065. Personne ne sait -- en dépit de tous les experts que nous avons vus ces 4 derniers jours -- comment sera le monde dans l'espace de 5 ans. Et pourtant, nous sommes supposés les éduquer à cela. Ce caractère imprévisible, je pense, est extraordinaire.

Et le troisième point de tout cela sur lequel nous sommes néanmoins tous d'accord, ce sont les capacités vraiment extraordinaires qu'ont les enfants -- ces capacités pour l'innovation. Regardez, Sirena hier était épatante, vous ne trouvez pas? Rien que de voir de quoi elle est capable. Et elle est exceptionnelle, mais je pense qu'elle n'est pas, façon de parler, exceptionnelle dans l'enfance au sens global. Ce que vous avez ici, c'est une personne vraiment consacrée, qui a trouvé son talent. Et mon cheval de bataille c'est que tous les enfants ont un talent fabuleux. Et nous le gaspillons, sans vergogne. J'aimerais donc vous parler d'éducation et aussi de créativité. Mon combat est que la créativité aujourd'hui est aussi importante dans l'éducation que la littérature, et nous devrions les traiter de façon égale. (Applaudissement) Merci. C'était tout, en fait. Merci beaucoup. (Rires) Il reste donc 15 minutes. Bon, Je suis né -- non. (Rires)

J'ai entendu une super histoire récemment -- J'adore la raconter -- d'une petite fille qui était à un cours de dessin. Elle avait six ans et elle était au fond de la classe, en train de dessiner, sa maîtresse disait que cette petite fille d'habitude avait du mal à se concentrer, pourtant, elle l'était à ce cours de dessin. La maîtresse fascinée, est allée la voir et lui a demandée, "Qu'es-tu en train de dessiner?" Et la petite fille lui a répondu, "Je fais un dessin de Dieu." La maîtresse lui dit alors, "Mais personne ne sait à quoi ressemble Dieu." Et la petite fille répond, "Ils le sauront dans une minute." (Rires)

Quand mon fils avait quatre ans en Angleterre -- en fait il avait quatre ans partout, pour être honnête. (Rires) Je suis sûr de ça, partout où nous allions, il avait quatre ans cette année. Il jouait dans la pièce "Nativité". Vous vous souvenez de l'histoire? Non, pourtant c'est connu. Vraiment connu. Mel Gibson a fait la suite. Vous l'avez peut-être vu: "Nativité II." Bon, James a eu le rôle de Joseph, nous étions enchantés. Nous pensions que c'était l'un des rôles principaux. Nous avions remplis la salle de complices avec le T-shirt: "James Robinson EST Joseph! (Rires) Il n'avait pas à parler, mais vous connaissez le passage avec les trois rois qui arrivent? Ils viennent chargés de cadeaux, et ils amènent de l'or, l'encens et la myrrhe. ça c'est vraiment passé. Nous étions assis et je me disais qu'ils avaient oubliés une scène parce que nous avons demandé à James après : "Tu es d'accord avec ça?" Et il répond, "Oui, pourquoi, c'était pas ça?" Ils avaient juste interverti, c'était tout. Donc, les trois garçons sont arrivés, quatre ans avec des torchons sur la tête, puis ils ont posé leurs boîtes et le premier garçon a dit, "Je t'apporte de l'or." puis le second garçon a dit, "Je t'apporte de la myrrhe." et le troisième garçon a dit, "Vincent t’envoie cela"

Ce que ces choses ont en commun est que les enfants vont oser. Même s'ils ne savent pas, ils essaieront quelque chose. Vous ne pensez-pas? Ils n'ont pas peur de se tromper. Maintenant, je ne dis pas que se tromper, c'est pareil qu'être créatif. Ce que je dis ici, c'est que si vous n'êtes pas prêts à vous tromper, vous ne sortirez jamais rien d'original. Si vous n'êtes pas prêts à vous tromper. Et avec le temps en devenant adultes, la plupart de ces enfants perdent cette capacité. Ils sont devenus peureux d'avoir tort. Nous dirigeons nos entreprises comme ça, par ailleurs. Nous stigmatisons les erreurs. Et nous dirigeons notre système éducatif national de telle façon que les erreurs sont les pires choses qu'ont puissent faire. Le résultat, c'est que nous éduquons des gens en dehors de leurs capacités créatives. Picasso a un jour dit ceci : Tous les enfants sont des artistes nés. Le problème est de rester un artiste en grandissant. J'ai l'intime conviction: que nous ne grandissons plus dans cette créativité. nous grandissons en dehors. Ou plutôt, nous sommes éduqués en dehors. Pourquoi cela?

Je vivais à Stratford-on-Avon jusqu'à il y a environ cinq ans. En fait, nous avons déménagé de Stratford à Los Angeles. Vous pouvez imaginer l'aisance de cette transition. (Rires) En fait, nous vivions a un endroit appelé Snitterfield, juste à l'extérieur de Stratford, qui est l'endroit où le père de Shakespeare est né. Êtes-vous frappé par quelque chose? Je l'ai été. Vous ne pensiez pas que Shakespeare avait un père, n'est-ce pas? Parce que vous ne pensiez pas que Shakespeare a été enfant, n'est-ce pas? Shakespeare ayant sept ans? Je n'avais jamais pensé à ça. Je veux dire il a eu sept ans un jour. Il était même dans la classe de Littérature de quelqu'un? Cela devait être plutôt embêtant? (Rires) "Dois faire plus d'effort." Envoyé par son père au lit, qui dit, à Shakespeare, "Au lit, maintenant!" à William Shakespeare, "et pose ton stylo. et arrête de parler comme ça. Tu embrouilles tout le monde." (Rires)

Donc, nous avons déménagé de Stratford pour Los Angeles, et je veux juste dire un mot sur la transition. Mon fils ne voulait pas venir. J'ai deux enfants. Il a 21 ans maintenant, ma fille 16. Il ne voulait pas venir à Los Angeles. Il adorait l'idée, mais il avait une petite amie en Angleterre. C'était l'amour de sa vie, Sarah. Il la connaissait depuis un mois. Imaginez, ils avaient fêté leur quatrième anniversaire, et ça fait un certain temps à 16 ans. Donc, il était bouleversé dans l'avion, et il disait, "Je ne trouverai jamais une autre fille comme Sarah." Et nous étions plutôt content de ça, honnêtement, car elle était la principale raison pour laquelle nous quittions le pays. (Rires)

Quelque chose vous frappe quand vous déménagez pour l'Amérique et que vous voyagez à travers monde: chaque système éducatif sur Terre à la même hiérarchie de sujets. Tous. N'importe où vous allez. Vous pensez que ça serait différent mais non. Tout en haut, vous avez les mathématiques et les langues, puis les sciences humaines, et tout en bas les arts. Partout sur la planète. Et dans à peu près, tous les systèmes aussi, il y a une hiérarchie dans les arts. L'art et la musique sont normalement plus haut à l'école que l'art dramatique et la danse. Il n'y a aucun système d'éducation qui enseigne la danse chaque jour à des enfants comme nous leurs enseignons les maths. Pourquoi? Pourquoi pas? Je pense que cela est important. Je pense que les maths sont importantes, mais la danse aussi. Les enfants danseraient tout le temps si ont leurs donnaient l'autorisation. Nous avons tous un corps n'est-ce pas? Ou alors j'ai manqué une conférence? (Rires) La vérité, ce qui ce passe est, que quand les enfants grandissent, nous commençons à les éduquer progressivement de la taille. Puis nous nous concentrons sur leurs têtes. Et principalement sur une partie.

 

Sir Ken Robinson. http://www.ted.com


Voir les commentaires

Le travail (VI)

21 Mai 2012, 02:49am

Publié par Father Greg

 

 

5.jpgLa philosophie de l'homme-travailleur doit nous permettre de saisir une dimension réelle de l'homme: L’homme capable de dominer l'univers en le transformant, en l'utilisant au moyen des outils qu'il se fabrique (du silex à l'ordinateur). La philosophie de l'homme-travailleur nous révèle donc un type particulier d'homme, et un aspect très spécial de sa liberté. Car ce qui est très net, c'est que le travail—coopération de l'homme avec la matière (capacité d'être transformé)—développe chez l'homme un sens très aigu de son pouvoir, de sa supériorité sur tout ce qui est capable d'être transformé — ce qui lui donne une conscience de plus en plus aiguë de sa liberté et de sa dignité d'homo faber qui peut, s'il le veut, si bon lui semble, œuvrer ou ne pas œuvrer: le travail augmente le sens de son autonomie, de sa sécurité et de sa valorisation. En revanche, si l'homme-travailleur est réduit à n'être plus que l'esclave de l'outil, de la machine, un sentiment de frustration peut se développer en lui. N'y a-t-il pas là, en effet, une anomalie radicale? Le travail, qui devrait ennoblir l'homme, le dégrade, L’abîme. L'efficacité de son travail ne lui appartient plus, puisqu'il est lui-même tout relatif à l'efficacité de la machine. Et si la machine appartient à un autre, il est, par le fait même, comme doublement désapproprié de son propre travail. Le sentiment de frustration qui en découle peut conduire l'homme-travailleur à une sorte de destruction ou à une sorte de révolte; car il lui est intolérable de dépendre à la fois de la machine et de celui qui la possède.


N'oublions pas que le travail, comme nous l'avons noté au point de départ, est notre expérience fondamentale, radicale, celle qui nous marque le plus profondément dans notre conditionnement humain, celle qui est la plus proche de notre conscience psychologique. Elle est aussi celle qui nous donne le sens le plus aigu du temps: tout le devenir du travail peut être mesuré par le temps, même si son aspect qualitatif et son contenu essentiel échappent à cette mensuration. Or ce devenir est essentiel au travail, il le caractérise en son conditionnement propre; il n'est donc pas seulement un aspect secondaire. C'est pourquoi, tant que le travail qualifie l’homme en l'ennoblissant, il l'épanouit, il fait partie de sa croissance humaine et le maintient dans un état d'euphorie; mais dès que le travail dégrade l'homme, dès qu'il l'étouffe, il lui devient intolérable. L'homme le subit un temps, mais il ne peut l'intégrer sans se détruire; aussi, très vite, le rejette-t-il en se révoltant.


Si le travail, qui devrait ennoblir, dégrade, c'est qu'il y a eu à un moment donné une erreur, une fausse orientation. II y a eu un détournement progressif. On n'a plus regardé la vraie finalité du travail — L’oeuvre —, ce pour quoi le travail devait être; on s’est replié sur l’efficacité pour elle-même, on n'a plus regardé que l'outil dans son efficacité, en oubliant l’homme!


MDP, Lettre à un ami.

Voir les commentaires

Le travail (V)

20 Mai 2012, 02:45am

Publié par Father Greg

 

 

salvador-dali-autosodomised-by-his-own-inspiration.jpgDe plus, ce travail qui est entièrement au rythme de la machine peut très facilement n'être plus une véritable coopération de l'homme avec la matière au moyen de l'outil, mais une exploitation de la matière, exploitation à laquelle l'homme-travailleur assiste en complice inconscient, puisqu'il n'est là que comme une condition sine qua non. Mais assister, fût-ce inconsciemment, à cette exploitation de la matière, ne peut être que source de tristesse, de brisure, de dégoût. Autant il est exaltant d'être source d'une grande œuvre impliquant une véritable coopération avec l'univers, autant il est dégradant d'être celui qui assiste, impuissant, à l'exploitation tyrannique de notre univers; car au lieu de «cultiver» notre univers, de l'achever, de l'accomplir, on l'exploite en le dégradant, en lui enlevant sa vraie grandeur.


Celui qui, aujourd'hui, fait la philosophie du travail, doit toujours se poser la question: jusqu'où le travail technique, dans notre monde, réalise-t-il encore une coopération de l'homme et de la matière? N’est-il plus qu'une exploitation tyrannique de la matière? L'homme rend-il le monde plus habitable? ou n'est-il pas, au contraire, en train de le rendre inhabitable? Permet-il à l'homme de s'épanouir dans un milieu de vie toujours plus humain? ou est-il en train de détruire le milieu vital de l'homme? II doit également se demander si le travail qui met l'homme dans une totale relativité à l'égard de l'instrument n'est pas un travail qui dégrade l'homme.


Si on ne regarde que l'efficacité du travail, on affirmera évidemment un progrès continu; mais si l'on considère le fruit du travail et la coopération de l'homme avec la matière, c'est différent.

La conception dialectique du travail, à la manière de la praxis marxiste, ne peut pas répondre à ce problème, ni même le saisir, car elle ne considère jamais l'œuvre comme le fruit du travail; elle ne regarde que L’efficacité du travail transformant la matière et transformant l’homme-travailleur. Tout demeure dans l'immanence de la praxis.


Quant au pur libéralisme économique, qui ne regarde, lui aussi, que l'efficacité du travail, il ne peut pas non plus considérer ce problème ni en saisir la signification. Pour cela il faut, au-delà du travail, regarder l'homme-travailleur.


MDP, lettre à un ami.

Voir les commentaires

Le travail (IV)

19 Mai 2012, 02:42am

Publié par Father Greg

Hailing_the_Ferry_1888.jpgSi le travail de l'artisan inventeur de son modèle implique une inspiration créatrice, le travail du simple artisan ne l'exige pas; il lui suffit d'un modèle qu'il cherche à reproduire en le copiant. Mais le travail d'un simple manœuvre, d'un ouvrier d'usine, de celui qui travaille à la chaîne, est-il encore un travail humain? II est évident que le travail humain demande de s'achever dans l'œuvre; s'il exige d'être efficace, L’efficacité n'a de sens que pour l'œuvre qu'elle réalise. L'efficacité, par elle-même et pour elle-même, n'a pas de signification. Si le travailleur n'est qu'un rouage dans une organisation complexe, impliquant une extrême division du travail en vue d'une efficacité plus grande, son travail n'a plus pour lui de sens profond. A la limite, on pourrait dire que l'homme, dans un tel travail, n'est plus qu'un instrument, un relais. Par conséquent, ce n'est plus seulement la phase d'inspiration et d'invention qui manque: il n'y a même plus de terme, de but précis. Le travailleur est téléguidé au nom d'un projet à réaliser et d'une œuvre dont il ignore la réalisation concrète. Un tel travail ne peut plus ennoblir l'homme: il ne peut plus que l'user.


II serait également intéressant de comprendre comment l'importance que prend l'outil modifie le travail humain: prenant progressivement une valeur qui s'impose de plus en plus, et exigeant un investissement.


5. L'imagination créatrice, du reste, présuppose nécessairement toute une série d'expériences impliquant nos sens externes, expériences d'un type particulier qu'on peut appeler « expériences sensibles artistiques ». Les artistes ne sont-ils pas toujours considérés comme ayant une sensibilité spéciale et détectant dans les réalités qu'ils expérimentent certaines qualités que les «béotiens» ne saisissent guère? Pensons à la manière dont un peintre ou un musicien regarde tel paysage, écoute tel bruissement dans la forêt...considérable, L’outil va en effet modifier le travail humain jusqu'à un point-limite; car, à la limite, c'est le travailleur qui est vraiment mis au service de l'outil, de la machine, et non plus l'inverse. Là encore nous touchons à une destruction du travail humain. En effet, si l'homme-travailleur est mis au service de l'outil, de la machine, son travail est alors tout relatif à l'efficacité pure de la machine, il devient une condition sine qua non de cette efficacité, de la capacité d'exécution de la machine. II n'a plus rien d'humain; loin d'ennoblir il avilit, car l'homme est devenu dépendant de l'outil (sauf, évidemment, dans le cas où l'homme-travailleur est le surveillant de la machine; car, comme surveillant, il garde la maîtrise de l'exercice et il n'est donc plus totalement relatif à elle, bien que l'efficacité relève avant tout de la qualité de la machine). Ce travail peut devenir monstrueux, ne permettant plus à l'homme-travailleur d'expérimenter vraiment ce qu'est le travail de l'homme. II n'expérimente plus que son état de dépendance, d'esclavage dans l'ordre de l'efficacité.

MDP, Lettre à un ami.

Voir les commentaires

Le travail (III)

18 Mai 2012, 02:35am

Publié par Father Greg

450px-Macke_Russisches_Ballett_1.jpgLe travail de l'artisan suppose toujours un certain choix, une certaine option. L'artisan réalise par son travail ce qu'il a voulu faire: telle paire de sabots, telle table, telle chaise. II a choisi le modèle sur lequel il désire réaliser son œuvre. En raison de ce qu'il désirait réaliser il a choisi telle matière plutôt que telle autre, il a choisi tel instrument et telle méthode, suivant ainsi un plan de réalisation. Et s'il est un véritable artiste et qu'il ait le temps et les capacités voulues, il inventera lui-même son modèle, il «créera» un nouveau type qu'il exécutera; voilà la causalité propre de l'activité artistique: la causalité exemplaire (ce sur le modèle de quoi se réalise l'œuvre).

Qu'est-ce qui est à l'origine de cette causalité exemplaire? Ici se posent le problème de l'inspiration et celui de la naissance de l'«idée» artistique, du «modèle ». Qu'est-ce que l'inspiration? D'où vient-elle? II est très important de bien saisir le caractère propre de l'inspiration, cette source spéciale d'un type particulier de connaissance. L'inspiration, en effet, est bien à l'origine d'une nouvelle connaissance portant sur des «possibles»: ce que l'artiste peut faire. En ce sens on peut dire que l'inspiration implique une sorte de révélation et d'illumination. N'est-elle pas pour l'artiste comme une nouvelle manière de regarder tout ce qui est autour de lui, tout ce qui est en lui? Tout, à partir de là, est vu dans une lumière nouvelle, comme «possible» au sens de «réalisable», susceptible d'être fait, exprimé.

Ce qui caractérise cette connaissance nouvelle provenant de la lumière de l'inspiration, c'est précisément de regarder les «possibles», ce qui peut être réalisé par l'homme, par l'artiste. L'objectivité d'une telle connaissance est donc toute différente de celle des autres connaissances dites « objectives », qui considèrent telle ou telle réalité existante; car l'inspiration elle-même est source de ces possibles. C'est donc bien l'intelligence inspirée de l'artiste qui se donne à elle-même sa propre détermination, sa propre spécification. C'est elle qui se donne la signification immédiate des possibles qu'elle connaît. N'est-ce pas ce que les idéalistes disent de toute connaissance philosophique? Autrement dit, si l'inspiration était le modèle de toute connaissance philosophique, les idéalistes auraient raison; mais comme l'inspiration est propre à la connaissance artistique, il faut reconnaître que les idéalistes ramènent toutes nos connaissances philosophiques à la connaissance poétique.

N'oublions pas que l'inspiration relève de l'alliance profonde de l'intelligence et de l'imagination. C'est pourquoi on a pu parler d'« imagination créatrice». En réalité, c'est l'intelligence présente au plus intime de nos activités imaginatives qui leur donne cette capacité nouvelle de «créativité» . Cela explique, du reste, que l'inspiration poétique soit à la naissance de l'«idée» artistique (idea).

MDP, Lettre à un ami.

Voir les commentaires

Le travail (II)

17 Mai 2012, 02:33am

Publié par Father Greg

edouard-manet-jeune-fille-au-piano.jpgCette œuvre qui achève son travail est soit une œuvre utile, par exemple un outil, instrument qui permettra à l'homme-travailleur de travailler de nouveau avec une efficacité et une rapidité plus grandes, soit une œuvre d'art agréable à regarder. L'œuvre utile, ordonnée à un usage, possède une forme toute relative à celui qui s'en sert; tandis que l'œuvre d'art possède une forme d'expression capable d'attirer notre connaissance et de lui plaire. Dans l'œuvre d'art, la forme resplendit, elle est parfaitement elle-même; dans l'œuvre utile, au contraire, elle est une forme d'adaptation. On voit comment, en précisant ce qu'est la forme de l'œuvre réalisée par le travail de l'homme, on discerne en même temps ce en vue de quoi elle est réalisée. En effet, cette œuvre est soit en vue d'une connaissance artistique, soit en vue d'un usage, soit en vue d'une efficacité plus grande. On voit comment la découverte de la forme et celle de la fin sont simultanées.


Si c'est par sa forme qu'on précise ce qu'est l'œuvre, celle-ci se distingue encore par sa matière, laquelle joue un rôle très important, aussi bien dans l'œuvre utile que dans l'œuvre d'art. Elle constitue même une des qualités propres de telle ou telle œuvre: tel outil est d'acier, telle peinture d'huile, telle sculpture de bois, etc.


C'est de l'œuvre d'art que se prend la première distinction de la forme et de la matière, puisqu'en analysant l'œuvre d'art on découvre en premier lieu ce qu'est sa forme et ce qu'est sa matière. La forme est ce qui la détermine et lui donne son originalité, la matière est ce qui est capable d'être transformé et modifié, ce qui donne à l'œuvre d'art son fondement, son enracinement dans le monde physique: ce en quoi elle est faite.


Cependant, face à l'œuvre d'art, ce qu'il faut surtout découvrir, c'est sa source immédiate. Elle provient du travail de l'homme, cela est évident. Mais pour que le travail soit vraiment humain, quels sont les éléments qu'il doit impliquer? Le travail humain se réalise dans des conditions très diverses, qui le modifient parfois d'une manière telle qu’on peut se demander si ces conditions n'en changent pas la nature. II nous faut donc regarder le travail humain dans sa réalisation la plus simple et la plus manifeste: le travail de l'artisan; et à partir de là, nous chercherons à saisir toute la gamme des diverses formes de travail.

MDP, Lettre à un ami.

Voir les commentaires

Le travail...

16 Mai 2012, 02:57am

Publié par Father Greg

 

 

500px-August_Macke_003.jpg


Inutile d'insister sur le fait de l'expérience du travail. Cette expé­rience est certainement celle que les hommes font le plus, et le plus souvent. C'est vraiment celle qui les marque le plus et qui leur fait le mieux saisir leur conditionnement: leur temporalité, leur dépendance à l'égard de l'univers, ainsi que leur capacité de le transformer. Cette expérience semble bien être la première, selon l'ordre génétique. Car si l'appétit naturel, c'est-à-dire l'appétit instinctif, sensible et passionnel du lait maternel est certes, du point de vue génétique, la première activité vitale manifeste de l'enfant, cet appétit instinctif et sensible n'est pas pleinement conscient pour celui qui le vit. On ne peut le considérer comme une véritable expérience. De plus, cet appétit impli­que-t-il un amour volontaire, spirituel, de l'enfant à l'égard de sa mère, ou même à l'égard de la Source propre de son être? C'est là une question à laquelle on ne peut répondre immédiatement; y répondre affirmativement ou négativement, sans une réflexion philosophique, serait un a priori. Par conséquent, à supposer que l'on réponde affirma­tivement, cette réponse ne serait pas le fruit d'une expérience immédia­te sensible. Aussi semble-t-il bien que l'expérience du travail, c’est-à-dire de la transformation de la matière (au sens très général), soit notre première expérience, génétiquement parlant; car cette expérience est vraiment consciente et implique un certain jugement d'existence. Quand le petit garçon s'amuse avec un jeu de construction, ou la petite fille avec une poupée, ni l'un ni l'autre n'a guère conscience de ce qu'il fait: ils jouent et, en jouant, ils demeurent dans un monde imaginaire, merveilleux. Dès que commence l'école, il faudra «travailler», se soumettre à certains règlements, et ce travail réclamera attention et réflexion, ce qui éveillera une certaine conscience.


Si le travail est vraiment notre première expérience consciente, on comprend que cette expérience conditionne toutes nos autres expériences et que même, si nous n'y prenons pas garde, elle les détermine. Car, nous le savons, ce qui est premier dans un genre donné conditionne tout ce qui vient après lui; et même (le premier d'une série n'est-il pas chef de file?) tout ce qui vient après lui est relatif et dépend de lui. Ajoutons que, très souvent (c'est le phénomène de la «répétition »), tout ce qui vient après lui est déterminé par lui. Si on considère l'homme uniquement dans son devenir, dans sa relation au monde physique, le travail n'est plus seulement l'expérience génétiquement première: il devient l'expérience dominante, celle à laquelle il faut référer toutes les autres. N'est-ce pas ce qui arrive dans toute position philosophique politique, qui ne regarde que l'aspect collectif de l'homme, puisque, si on ne regarde plus que le conditionnement de l'homme, c'est nécessairement cette expérience qui est au centre?


L'expérience du travail permet de saisir comment l'homme domine la matière et comment il peut la transformer. Par le travail, L’homme acquiert une certaine connaissance de la matière, connaissance relative, du reste, à la transformation même qu'il réalise. L'œuvre n'est-elle pas le fruit du travail de l'homme sur la matière? La première fois que l'homme réalise une œuvre, et chaque fois qu'il en réalise une nouvelle, ne s'étonne-t-il pas de l'efficacité de son travail, de la résistance de la matière dont il se sert ou de sa mollesse? Cette œuvre réalisée par son travail, il peut l'admirer. Cet étonnement et cette admiration le conduisent à interroger pour savoir ce qu'est l'œuvre dont il est l'auteur.


MDP, Lettre à un ami.

Voir les commentaires

How to manipulate human mind...

15 Mai 2012, 02:18am

Publié par Father Greg

 

 

Voir les commentaires

Enorme...

14 Mai 2012, 02:15am

Publié par Father Greg

Voir les commentaires

Internet et les réseaux sociaux nous rendent plus solitaires et plus narcissiques que jamais

13 Mai 2012, 02:42am

Publié par Father Greg

 

 

facebook_4.jpgNous vivons dans un état d'isolement qui aurait été inimaginable pour nos grands-parents. Et pourtant, nous n'avons jamais été aussi accessibles. La contradiction est criante : plus nous sommes connectés, plus nous sommes seuls. On nous avait promis de vivre dans un village global, au lieu de ça, nous arpentons sans jamais nous croiser ou nous arrêter le boulevard périphérique de l'information, déplore le site américain.


En tête de cette vraie-fausse interactivité : le géant Facebook, le "king" des réseaux sociaux. Avec plus de 845 millions d'utilisateurs, le site de Mark Zuckerberg totalise 3,7 milliards de dollars de revenus par an. Certains ont même récemment estimé que Facebook valait 100 milliards de dollars rappelle Le Point. Pour les trois derniers mois de 2011, ses utilisateurs ont généré en moyenne 2,7 milliards de mentions "like" ou de commentaires par jour. Quelque soit la manière dont vous percevez Facebook (une entreprise, un phénomène culturel, un pays à lui seul), son impact dépasse l'imagination.

La manière dont Mark Zuckerberg est dépeint dans le film The Social Network - un geek dégénéré atteint du 
syndrome d'Asperger - est absurde. Cette description est en revanche parfaitement adaptée à Facebook.

En témoigne, une scène mythique du film où Mark Zuckerberg envoie une demande d'ajout à sa liste d'amis à son ex petite amie, et qu'il rafraichit la page toutes les 5 secondes. Un moment emblématique de la "solitude hyperconnectée".

 

Mais il serait injuste de blâmer uniquement les réseaux sociaux : Facebook est apparu au moment où la solitude prenait une ampleur dramatique dans les relations humaines. Mark Zuckerberg n'a fait que surfer sur la vague. 

Tout comme les créateurs de Google+, Twitter, ou encore Pinterest. Aux Etats-Unis, 1 foyer sur 4 est occupé par une personne seule, rapporte le New York Times. Depuis les années 1960, le nombre de personnes vivant seules en France a plus que doublé : une personne sur sept est concernée.

Certaines personnes argueront qu'elles ne sont tout simplement pas faites pour vivre en communauté. Elles sont bien dans leur petit monde et ne veulent pas voir leur placard à vêtements colonisé par des caleçons à rayures ou autres soutiens-gorge à dentelle. Des personnes qui, aux yeux de certains psychologues "n'acceptent pas de grandir" et souhaitent rester d'éternels ados, sans fil à la patte.

Les réseaux sociaux et Internet de manière générale tendent à nous rendre mégalo et narcissique, souligne Le Figaro. Toutes les photos que l'on poste, même les plus "spontanées", ont en fait été soigneusement sélectionnées. Pas question d'apparaître moche. Si un ami poste un cliché qui ne nous met pas en valeur, nous le supprimons immédiatement. Sur le net, "nous sommes tous ego", ironise Lucien, cité par Le Figaro, et ultra actif sur les réseaux sociaux. Facebook, Twitter, LinkedIn offrent une scène où chacun peut se produire, se créer un double virtuel, plus attrayant que l'original.

 

Les conditions de vie modernes permettent de mener de front une vie sociale et amoureuse active tout en se repliant dans sa petite bulle. Quand il est facile de sortir de chez soi et qu'on a le choix entre cinq bars en bas de chez soi pour faire de nouvelles rencontres, vivre seul n’équivaut plus à une condamnation à la solitude. Mais il y a une différence notable entre "la solitude" et le fait "de se sentir seul".


Nous rencontrons de moins de gens, nous nous réunissons moins. Surtout, les liens que nous tissons avec les autres sont moins étroits. Les personnes à qui on se confie sont de moins en moins nombreuses : en 1985, notre cercle de confident était en moyenne de 2,9 personnes, en 2004 il était de 2,1. En 1985, seuls 10% des Américains déclaraient n'avoir personne à qui parler de sujets importants, ils étaient 25% en 2004.


Pour ce qui est des réseaux sociaux, The Atlantic souligne que toute la question est de savoir si les personnes seules tendent à utiliser massivement les réseaux sociaux, justement parce qu'elles sont seules, ou si le fait d'utiliser les réseaux sociaux nous rendent seuls... That is the question.

http://www.atlantico.fr

Voir les commentaires

Pourquoi ne suis-je pas bouddhiste ?

12 Mai 2012, 08:23am

Publié par Father Greg

rembrandt titus moine l" Pourquoi suis-je catholique et non pas bouddhiste ? " Il y a de très grands bouddhistes - j'en ai rencontrés. J'ai eu un ami musulman qui semblait avoir une vraie vie mystique, une véritable vie d'adoration, une vie de prière étonnante. Chaque fois du reste, que je le voyais, il me demandait une bénédiction en disant : " Nous sommes frères en Dieu ". Oui, c'est vrai, dans le Dieu créateur nous sommes frères mais je prie un jour pour qu'il ait la lumière plénière. Pourquoi ne sommes-nous pas musulmans ? C'est pourtant très grand ? D'une certaine manière, l'Islam a gardé beaucoup plus que nous l'adoration. Quand on visite Damas, ville sainte, on voit des choses qu'on ne verrait absolument pas chez nous. Quand on sonne la prière, le coiffeur fait sortir son client, même si ses cheveux ne sont pas entièrement coupés - peu importe ! Puis, déployant son petit tapis, il fait son adoration devant tout le monde. Où verrait-on cela chez les chrétiens ? L'adoration d'un véritable musulman qui croit, c'est merveilleux à voir. On peut alors se demander : " Mais pourquoi suis-je chrétien ? " Le motif profond est celui-ci : le christianisme a uni l'homme à Dieu. C'est Dieu qui est venu vers nous et qui nous a élevés jusqu'à lui. Le cœur de l'homme est devenu le cœur de Dieu. L'amour à l'égard de Dieu et l'amour à l'égard du prochain, cela ne fait qu'un. Là on touche ce qui est caractéristique de la vie chrétienne, ce qui en elle est unique : il n'y a qu'un seul amour. L'amour à l'égard de Dieu et l'amour à l'égard du prochain, c'est le même amour. Cela, on ne le trouve dans aucune autre religion. C'est vrai : le cœur de l'homme est devenu le cœur de Dieu, et le lieu de rencontre de l'homme avec Dieu, c'est le Christ, en qui l'homme et Dieu sont unis d'une unité substantielle, personnelle.

Il est bon de se rappeler cela, parce que quelquefois les traditions religieuses semblent être mieux gardées dans l'islam, ou dans d'autres religions, que dans la religion chrétienne. Pourquoi ? Parce que, justement, le chrétien dépasse les traditions religieuses. Ce qui caractérise la vie chrétienne, c'est la foi, la foi en Christ, en le Verbe devenu chair, Dieu au milieu de nous. La vie chrétienne, c'est en premier lieu la contemplation. Donner la primauté aux traditions religieuses est une matérialisation de la vie chrétienne, car celle-ci n'est pas premièrement tradition religieuse - heureusement. Les traditions religieuses, en effet, considérées en elles-mêmes, indépendamment de leur source, se matérialisent toujours. Le grand danger qui menace l'islam, c'est le progrès technique, scientifique, économique, contre lequel les traditions religieuses, prises en elles-mêmes, ne peuvent pas se défendre. C'est un fait : cela ne "tient" pas, et c'est un phénomène qu'il serait très intéressant d'étudier de près. En face des progrès scientifiques et économiques, seule la foi peut demeurer, parce qu'elle dépasse le conditionnement humain. C'est Dieu lui-même qui vient vers nous, c'est Dieu qui nous assume. La foi vient de Dieu, c'est un don de Dieu, alors que les traditions religieuses viennent de l'homme et tendent vers Dieu. (...)

On me dira : " Il y a une foi dans l'islam ". C'est vrai ; mais la foi de l'islam est dépassée et submergée par les traditions religieuses et, de ce fait, ce sont les choses extérieures, l'aspect moral, l'aspect de la lettre, qui dominent, et non plus la parole vivante reçue dans la foi. Ce qui est si merveilleux dans la vie chrétienne, c'est que nous recevons une parole vivante qui nous lie à une personne - je dis bien : à une personne - et non pas à une loi ni à une doctrine. La doctrine existe, les traditions religieuses existent, mais elles sont secondes et demandent d'être sans cesse purifiées par la foi. Il ne faut pas supprimer les traditions religieuses en s'opposant à elles ; il faut les purifier, les décanter dans une lumière de foi. Cette lumière de la foi nous est montrée dans toute sa puissance et toute sa force dans le Prologue de saint Jean.

Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau (t1) -   Ed St Paul 2005 pp.150-151 

 

Voir les commentaires

Saisir ce qu'est l'Etre humain..

11 Mai 2012, 02:38am

Publié par Father Greg

 

hals-gypsy-1611.jpgGrâce à ces trois dernières expériences, nous pouvons mieux saisir ce qu'est l'homme: le saisir comme impliquant, par son corps, une matière capable de subir les influences de l'univers; le saisir comme le vivant par excellence jouissant d'une autonomie profonde, capable de s'organiser et de se développer; le saisir comme une personne capable de se poser la question: «Existe-t-il une Réalité transcendante?», et capable d'adorer cette Réalité et de la contempler.

Toute la philosophie ne cherche-t-elle pas à comprendre le plus parfaitement possible ce qu'est l'homme, et à discerner les diverses orientations qui lui sont possibles? A ces recherches s'ajoute la réflexion critique. Toute philosophie, en effet, demande d'être lucide sur elle-même dans toutes ses démarches. Elle doit les comparer avec celles des autres philosophies et justifier ses propres orientations. Cette réflexion critique implique également l'art de penser et de dire, avec rectitude et avec la plus grande justesse logique, ce qui permet une communication plus claire, plus nette. II y a manière et manière de dire ce que nous portons en nous, ce que nous pensons. Nous pouvons le dire en cherchant avant tout à faire saisir à l'autre le contenu conceptuel de notre pensée; et si cette pensée veut être le plus exacte possible, il faut que notre dire se serve de la logique pour être lui-même le plus exact possible. Si, au contraire, nous désirons communiquer avant tout nos impressions, ce que nous ressentons profondément, notre dire devra alors être poétique; il n'aura plus recours à la logique, mais à l'art poétique.

MDP, Lettre à un ami.

Nous voyons là toute la différence entre une position réaliste et la position de ceux qui prétendent que la grande question philosophique est celle-ci: «pourquoi y a-t-il de l'être et non pas rien?», ou selon la formulation de Leibniz: «pourquoi y a-t-il plutôt quelque chose que rien?» (n'oublions pas non plus l'alternative de Shakespeare: «To be or not to be, that is the question»). Cette question se comprend bien au niveau poétique, où le possible est premier; mais transposée au niveau philosophique, elle ne peut plus être première, du moins lorsqu'il s'agit d'une philosophie réaliste, où le possible ne peut se comprendre qu'à partir de l'acte. Dans une position réaliste, le jugement d’existence présent dans toutes nos expériences peut être dégagé à partir de celles-ci, mais il n'est jamais premier dans l'ordre de nos recherches. Dans une position plus ou moins dépendante (consciemment ou non) de l'idéalisme, la question «principielle» est: «Pourquoi y a-t-il de l'être et non pas rien? »


Voir les commentaires

Atteindre le réel jusqu'au bout..

10 Mai 2012, 02:33am

Publié par Father Greg

 

525.jpgAprès la découverte des principes, L’intelligence revient à la réalité expérimentée en la considérant dans cette nouvelle lumière, celle de ses principes propres, afin de découvrir comment, en cette réalité, se réalisent ces principes, quelle est leur manière d'exister. C'est alors que l'intelligence peut déduire les propriétés de la réalité, connaître parfaitement, c'est-à-dire par et dans ses causes propres, la réalité expérimentée. C'est cette connaissance parfaite qu'Aristote appelait «science» et qui était pour lui la connaissance philosophique.

Voyons maintenant quelles sont les grandes expériences de l'homme nous permettant de découvrir ses principes et ses causes propres.

La première expérience, la plus proche de l'homme, celle à laquelle il revient toujours, est celle du travail; et, parallèlement à cette expérience, il y a celle de l'amour d'amitié. Telles sont bien les deux expériences les plus connaturelles à l'homme; celle qui lui permet de saisir combien il est partie de l'univers tout en étant capable de le modifier, et celle qui lui fait saisir combien il peut être proche de l'homme son semblable, L’aimer, comment il peut le connaître (comme un autre lui-même) et vivre avec lui.

Ces deux expériences conduisent normalement à une troisième expérience: celle de l'homme faisant partie d'une communauté, coopérant avec les autres, devenant source du bien commun tout en dépendant de celui-ci. Voilà les trois grandes expériences de la vie humaine sur lesquelles, nous le verrons, doit s'élaborer toute la philosophie humaine, la philosophie pratique. Là est vraiment la base de toute philosophie réaliste: L’homme présent à l'univers et le transformant, L’homme présent à l'homme et coopérant avec lui pour former un milieu humain. Suivant l'ordre de valeur que l'on reconnaît entre ces trois expériences, on a de l'homme des conceptions philosophiques différentes.

Mais cela ne suffit pas; nous ne pouvons pas en rester là, car ces trois expériences en supposent trois autres, plus fondamentales. L'expérience du travail implique celle de la matière (ce qui est capable d'être transformé); L’expérience de l'amour d'amitié implique celle du vivant (car l'ami peut mourir et mon amour pour lui ne peut être source de sa vie). Quant à l'expérience de la coopération qui édifie le «bien commun», elle nous fait poser une nouvelle question sur la finalité propre de l’homme: L’homme peut-il trouver sa fin, son plein épanouissement d'homme, dans la coopération? La personne de l'homme n’a-t-elle pas en elle-même quelque chose de plus grand, de plus noble, de plus spirituel que la coopération qui demeure toujours liée au bien commun? Qu'est cette personne humaine? Comment saisir sa noblesse? La personne humaine, en ce qu'elle a de plus «personnel», n’est-elle pas ordonnée à un autre bien, au-delà de la personne humaine, qui soit absolu'? Mais existe-t-il un Bien absolu? Le philosophe doit se poser la question, car il n'en a pas d'expérience immédiate. Même si les traditions religieuses en parlent, le philosophe, lui, ne peut accepter a priori ces traditions; il doit en chercher le bien-fondé. Le philosophe est donc obligé, à partir de l'expérience de la coopération, et en vertu de l'interrogation: «Qu'est-ce que l'homme?», de revenir à ce qui est commun à toutes nos expériences, à ce qui les fonde toutes radicalement, le jugement d'existence saisi en lui-même: «ceci est»; et, par là, de se poser le problème de l'être: qu'est-ce que l'être'?

MDP, Lettre à un ami.

Voir les commentaires

Les sensations

9 Mai 2012, 02:30am

Publié par Father Greg

 

398.jpgCertes, ce n'est pas de manière immédiate que nous discernons ces liens secrets et profonds, et cela parce que nous sommes très loin de nos expériences premières, toutes qualitatives. Nous réfléchissons plus à partir de nos représentations imaginatives qu'à partir de nos sensations. De celles-ci nous avons toujours un peu peur: ne peuvent-elles pas nous tromper? Elles le peuvent, c'est bien évident; mais ce n'est pas une raison pour ne pas s'en servir. La crainte est souvent mauvaise conseillère! Nous devons au contraire être d'autant plus vigilants et attentifs à l'originalité de ces alliances: alliance de l'intelligence et de la vision, de l'intelligence et du toucher... Nous découvrons alors ces orientations, ces appels qui se précisent en interrogations.

Cependant ces alliances impliquent aussi l'imagination. Celle-ci n’est-elle pas entre les sensations et l'intelligence? Par elle et en elle toutes les sensations s'unissent dans l'«image» représentant la réalité qui est expérimentée. Or cette image ramène la diversité des contacts à une certaine unité. N'est-ce pas ce qui explique que si facilement la diversité des interrogations se ramène à l'unique interrogation du comment? L'image, en effet, ne suscite en notre intelligence qu'une seule interrogation: celle du comment, celle de la composition ou de la division des divers éléments que l'image synthétise ou oppose. C'est pourquoi, dans la mesure où l'image se substitue aux diverses sensations, une seule interrogation demeure: celle du comment.

Interrogeant de ces diverses manières, L’intelligence revient à la réalité expérimentée, désirant découvrir dans cette réalité ce qu'elle cherchait. On est ici en présence d'une coopération très particulière de l'intelligence-interrogeante et de la réalité expérimentée. Cette coopération réalise ce qu'on appelle une «induction», c'est-à-dire la découverte d'un principe propre et d'une cause propre. A chacune des interrogations correspondra une induction spéciale, la découverte d'un principe propre. Par-là se réalise la première analyse philosophique de la réalité expérimentée. En analysant de cette manière ce qu'il y a de plus profond dans la réalité expérimentée, L’intelligence saisit ce qu'elle est (sa détermination), en quoi elle est (sa matière), d'où elle vient (son origine), en vue de quoi elle est (sa fin). Ces inductions sont bien le passage du visible à l'invisible. C'est par elles que l'intelligence découvre son bien propre, ce qui la perfectionne. Aussi la vraie qualité d'une intelligence se découvre-t-elle dans sa capacité d'induire, de découvrir les principes propres de la réalité expérimentée, beaucoup plus que dans son aptitude à déduire.

MDP, Lettre à un ami.

Voir les commentaires

Retour au franc dès demain...??

8 Mai 2012, 22:00pm

Publié par Father Greg

Voir les commentaires

La finance: l'ennemi..?

8 Mai 2012, 05:33am

Publié par Father Greg

Voir les commentaires

1 2 > >>