Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le sépulcre, ultime passage que Jésus veut nous faire vivre!

7 Avril 2012, 02:16am

Publié par Father Greg

images--1-.jpgJésus a été condamné comme un blasphémateur, rejeté par les grands prêtres comme ayant usurpé le titre de Fils de Dieu : il déclarait Dieu son Père !

Et Jésus est condamné, parce qu'il est de trop pour les hommes! Jésus est coupable de trop d’amour : il ne respecte pas les Lois, trop engagés dans la vie des personnes ! C’est un amour trop fort, trop exigeant pour l’homme. C’est une trop grande lumière, insupportable pour nos yeux trop humains. Cela dérange : n'est-ce pas du relativisme face à l’absolu de la loi ?! Un homme, ami des pécheurs, mangeant avec les publicains et les prostituées: mais voyons, n'avait-il pas une double vie alors? C'est trop louche...


Et ça demeure toujours. L’humanité d’aujourd’hui condamne Jésus. Les opinions des hommes, les racontars et les dire des grands prêtres ont avec eux le prestige et la puissance ! Et puis, dame : il n’y a pas de fumée sans feu : s’il est condamné, c’est qu’il y a faute !

Si Jésus a été condamné à mort, chaque chrétien lié à Jésus sait qu’il peut connaître le même sort que Lui, qu’il peut lui aussi être rejeté, mis au ban de la communauté dans laquelle il est ; qu’il peut être abandonné de ceux qui devraient l’aider et le soutenir : les autorités temporelles. 


Jésus a accepté de se taire et de prendre la dernière place pour montrer au Père qu’une seule chose compte à ses yeux : l’accomplissement de sa volonté. C’est pour ça que Jésus aime la Croix : c’est parce que la révélation de la bonté du Père, de son attraction sur nous passe par cette offrande silencieuse de tout lui-même!


Et Jésus pardonne à la croix, pardonne à ceux qui l’ont trahis, qui ont livrés ses secrets, qui l’ont blessés dans ce qu’il avait de plus vulnérable, en se faisant l'agneau qu'on mène à l'abattoir, en acceptant de disparaitre. 

 

Il doit disparaitre: tel est le jugement des hommes: il est trop dangereux, il doit disparaitre!

Son corps cadavérique doit être remis à la terre. Il n’y a plus de corps, plus de souffrance visible pour compatir.

Il n’y a plus rien.  C’est l’absence, le vide.

Séparée du cadavre de son Fils, Marie vit la descente aux enfers. Elle vit cette brisure, cet état cadavérique, ce silence de mort.

Il n’y a plus que l’abandon, il n’y a plus que la brutalité des faits : c’est la violence de la mort, de la mise au tombeau, qui plongent ceux qui restent dans une solitude totale : être là, comme inutile, dans un pâtir à l’état pur.

L’Eglise -et donc chaque chrétien- doit vivre le mystère du Sépulcre : c’est son ultime étape, la dernière étape avant le retour du Christ. Cette étape, on peut dire que l’église l’a toujours vécue, comme elle a toujours vécu de l’Agonie et de la Croix. Mais il y aura un moment - et nous y sommes peut-être - où l’Église devra vivre, d’une manière toute particulière, de ce mystère du Sépulcre.

fr Grégoire.


Voir les commentaires

Comme une chose qu’on jette...

6 Avril 2012, 02:13am

Publié par Father Greg

 

Ceux qui me voient dans la rue s’enfuient loin de moi,

Je suis comme un mort, oublié des cœurs, comme un objet de rebut. (Ps 30, 12-13.)

 

 

 

georges-rouault-christ-aux-outrages.jpgMon serviteur réussira, dit le Seigneur; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme; il n’avait plus l’aspect d’un fils d’Adam. Et voici qu’il consacrera une multitude de nations : devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce qu’on ne leur avait jamais dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.

 

Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? À qui la puissance du Seigneur a-t-elle été ainsi révélée ? Devant Dieu, le serviteur a poussé comme une plante chétive, enracinée dans une terre aride. Il n’était ni beau, ni brillant pour attirer nos regards, son extérieur n’avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. Pourtant, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était châtié, frappé par Dieu, humilié.


Or, c’est à cause de nos fautes qu’il a été transpercé, c’est par nos péchés qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est soucié de son destin ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à cause des péchés de son peuple. On l’a enterré avec les mécréants, son tombeau est avec ceux des enrichis; et pourtant il n’a jamais commis l’injustice, ni proféré le mensonge. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. Mais, s’il fait de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours : par lui s’accomplira la volonté du Seigneur. 


À cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu’il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés. C’est pourquoi je lui donnerai la multitude en partage, les puissants seront la part qu’il recevra, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

Isaïe (52,13 - 53,12)

 

Voir les commentaires

La Nouvelle Alliance : Dieu donné substantiellement...

5 Avril 2012, 02:26am

Publié par Father Greg


 

4washin1.jpgC’est par un silence à propos de l’Eucharistie, que St Jean nous introduit  dans la Nouvelle Alliance que Jésus vient réaliser avec chacun d’entre nous. Pourquoi ce silence ? Parce que c’est une Alliance complétement Nouvelle. Ce que Jésus réalise n’est pas dans le prolongement de l’Ancien testament, de nos désirs d’homme religieux, prudents, morals, ou artistes. Cela vient d’en haut, et c’est pour cela que nous sommes perdus, déroutés, scandalisés par sa réalisation ultime à la Croix. Et Jésus nous montre le seul chemin pour vivre de l’intérieur ce pourquoi de la croix : l’Eucharistie, silence substantiel de Dieu pour nous. Cette Nouvelle  Alliance, c’est l’amour dans ce qu’il a d’ultime, de plus fou : Dieu est pour moi, dans tout ce qu’il est !  C’est pour cela qu’elle est un secret personnel, elle est une attraction divine, substantielle, qu’aucun culte ou rite liturgique ne pourra dire ou remplacer. Et de fait, cette alliance, ce n’est pas d’abord un rite ou un culte ! C’est un don dans l’amour, dans le silence. Il est là pour moi !

 

Et c’est bien à travers un geste que Jésus la réalise «  Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, le dessein de le livrer, Jésus sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu’il était venu de Dieu et qu’il s’en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et, prenant un linge, il s’en ceignit. Puis il met de l’eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint ».

 

Jésus –qui est le Maître, le Seigneur, Il le dit lui-même - qui est Dieu, se fait le serviteur et il lave les pieds à ses disciples. Il y a là un passage, et de fait un scandale : c’est un passage, « la Pâques », celui d’une nouvelle ‘connaissance’, personnelle, intime, de Dieu dans ce geste de Jésus. Dieu qui fait le geste de l’esclave ! Voici le nouveau passage de Dieu ! C’est Dieu qui se fait totalement relatif à nous ! C’est dingue ! C’est un geste où Il se donne tout entier. C’est un geste qui est pour chacun, le geste du pardon.

 

Le geste manifeste un lien personnel que l’on voudrait, plus que la parole. La parole, on l’adresse à tous, c’est normal. Elle a toujours un caractère universel. Tandis que le geste est singulier. Il est là pour manifester notre don intérieur, personnel. C’est comme cela que Dieu est vers nous, c’est toujours dans un amour total qu’Il nous regarde, pas autrement. « Il vient donc à Simon-Pierre, qui lui dit : “Seigneur, toi, me laver les pieds ?” Jésus lui répondit : “Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent ; par la suite tu comprendras.” Donc accepte sans comprendre ! « Pierre lui dit : “Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais !” » Cette alliance, cette reprise de tout réclame de nous un dépassement de tout ce qu’on avait compris. Et c’est l’amour qui permet ces dépassements de tous nos jugements humains. Alors que Pierre juge bien rationellement, bien prudemment, d’une manière bien cléricale : 'respectons la liturgie, les conventions, l’ordre hiérarchique' !

 

Jésus lui répond : “Si je ne te lave pas, tu n’as pas de part avec moi.” » C’est par l’amour que Jésus prend le cœur de Pierre. Si tu refuses, si tu n’acceptes pas d’aller plus loin, alors tu restes relatif à toi-même... tu n'es plus 'par moi'. L'amour réclame cette sortie de soi, de nos schèmes d'homme prudent, de nos raisonemments. L'amour est toujours comme une epreuve parce qu'il implique une sortie de nous-même.

 

C'est cela le lavement des pieds, c’est une initiative d'amour, un geste unique, un geste pour entrer, chacun, dans quelque chose de nouveau, qui réclame d'être vécu de l'intérieur. Et parce que c’est un secret, tout est boulversé:  il n’y a plus d’ordre hiérarchique dans l’amour ! Or, c’est bien à la suite de ce lavement des pieds, on nous montre la place unique de Jean à l’égard de Jésus. C’est net ! Jean apparaît à la suite du lavement des pieds comme ayant un nouveau lien avec Jésus, une relation plus intime avec Jésus, n’est-ce pas là cette nouvelle alliance ?

 

N’est-ce pas de découvrir que -d’une façon tangible- l’amour est au-dessus de tout ordre, parce que Dieu est amour, et il en est toujours la Source. Donc, l’amour est au-dessus de tout ! C’est l’amour qui fait connaitre, c’est l’amour qui nous fait voir Dieu, c’est l’amour qui réalise l’unité ! Et Jésus nous le fait toucher, en faisant –et c’est toujours actuel pour nous- ce geste du lavement des pieds, le geste de l’esclave. Donc Dieu se fait relatif à chacun et à tous. Jésus se met au service de Pierre, au service de Jean, au service même de Judas puisqu’Il veut lui pardonner. Et il lui pardonne en se faisant responsable de sa faute, comme si c’était lui-même qu’il l’avait commise ! C’est cela la nouvelle alliance. C’est le grand mystère du pardon divin, qui porte la faute, et lui donne un tout nouveau sens pour une nouvelle intimité avec Dieu dans l’amour.

 

Le pardon implique un don dans l’amour. Parce que pardonner par la parole, dire à quelqu’un : je vous pardonne, c’est relativement facile. Cela nous prend 30 secs et on oublie ! On ne s’en occupe plus, on laisse tomber pour avoir la paix. Tandis que là, le pardon dans un geste ou l’on se donne, c’est très différent. Le geste est tout à fait personnel. Toute l’Incarnation est pour le lavement des pieds. Parce que par l’Incarnation, Dieu lave les pieds de ses disciples et même de celui qui trahit, ça va jusque-là, de façon tangible.

 

Et ça nous montre cette chose extraordinaire : Jean, entre dans l’intimité de cette nouvelle alliance, cette Pâques nouvelle, de Dieu qui vient s’unir à nous dans tout ce que nous sommes, par le mystère de l’Eucharistie, par ce geste d’amour, dont le lavement des pieds nous donne le sens. C’est pour cela que l’eucharistie est plus qu’un rite ou un sacrement. C’est le signe réel du don personnel de Dieu dans l’amour.

 

Il y a là quelque chose que l’on doit regarder avec crainte et qui révèle la grandeur de tout amour : l’amour humain est toujours l’appel, l’attente du don personnel de Dieu pour nous ! On ne peut donc jamais formaliser, juger de l’extérieur, ou donner un ordre d’obéissance à propos d’un lien personnel ! Il n’y a rien au-dessus, car tout lien dans l’amour est un appel et touche déjà quelque chose d’éternel !

 

Et c’est le lavement des pieds a ouvert Jean à cette nouvelle relation auprès de Jésus. Dans le lavement des pieds, Jésus fait le geste de l’esclave, donc du serviteur par excellence. Par l’institution de l’Eucharistie, Jésus, par sa toute puissance, comme Il est Dieu, nous donne son Corps comme aliment sous le signe du Pain. L’aliment le plus simple, le plus commun. L’aliment c’est le serviteur du vivant. Serviteur d’une façon radicale, puisque il perd ce qu’il est, pour celui qui s’en nourrit.

 

Et donc, Jésus veut nous apprendre combien Il se met à notre service. C’est vrai, ce n’est plus du pain, c’est le Corps du Christ : « Ceci est mon Corps ». On comprend que c’est aller jusqu’au bout, on ne peut aller plus loin. Dieu se donne comme pain. C’est le don que seul Dieu peut faire ! C’est sa toute puissance qui est au service de son amour, elle est toujours au service de son amour.

 

Jean veut mettre en pleine lumière cet ordre nouveau : que Celui qui est le Maître, Celui qui est le seigneur, n’hésite pas de faire le geste de l’esclave. Donc de bouleverser cet ordre hiérarchique et de faire comprendre qu’il y a un ordre d’amour beaucoup plus profond, beaucoup plus radical, parce que au point de vue hiérarchique, ce n’est pas compréhensible ; Et on comprend la réaction de tous les talibans de l’ordre hiérarchique : non, non et non ! Ne fais pas ce geste-là, il faut que tu restes, vraiment Maître et Seigneur ! Or, Jésus nous demande de dépasser cet ordre-là, humain, pour être pris par son don. La nouvelle alliance, c'est une reprise totale dans l’amour, ou chacun, petites créatures, êtres seconds qui trouvons avec peine ce qui est à portée, sommes élevés à la dignité de Dieu! Dieu se fait pain pour qu'on 'apprenne' à nous nourrir de Lui!

 

C’est Marie, celle qui a reçu chaque initiative de Dieu comme un secret, dans l'amour, qui nous montre comment en vivre: par l'amour et la pauvreté. L'amour nous fait être accueil et don, et la pauvreté nous cache, nous garde de tout retour sur nous mêmes, nous empêche de posseder l'amour, et nous fait accepter de pouvoir être comme ignoré. L’Eucharistie, silence d’amour de Dieu pour nous, réclame cela. C’est le geste éternel -actuel- de Dieu qui est don dans tout ce qu'il est; C'est cela la VERITE de ce que nous sommes. 

 

Fr Grégoire.


Voir les commentaires

Aimer jusqu'au bout...

4 Avril 2012, 02:23am

Publié par Father Greg

 

« Aimez vos ennemis... »


        georges-rouault-ecce-homo.jpg     «  Il a tendu son visage aux impies pour qu'ils le couvrent de crachats. Il les a laissés mettre un bandeau sur ces yeux qui d'un signe gouvernent l'univers. Il a exposé son dos au fouet... Il a soumis aux pointes des épines sa tête, devant laquelle doivent trembler princes et puissants. Il s'est livré lui-même aux affronts et aux injures. Et enfin il a supporté patiemment la croix, les clous, la lance, le fiel, le vinaigre, demeurant au milieu de tout cela plein de douceur et de sérénité. « Il a été mené comme une brebis à l'abattoir, il s'est tu comme un agneau devant celui qui le tond, et il n'ouvrait pas la bouche »


En entendant cette parole, pleine de douceur et d'amour : « Père, pardonne-leur » que pourrait-on ajouter?

         

   Et pourtant le Seigneur a ajouté quelque chose. Il ne s'est pas content de prier ; il a voulu aussi excuser : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » Ils sont sans doute de grands pécheurs, mais ils en ont à peine conscience ; c'est pourquoi, Père, pardonne-leur. Ils crucifient, mais ils ne savent pas qui ils crucifient... Ils pensent qu'il s'agit d'un transgresseur de la Loi, d'un usurpateur de la divinité, d'un séducteur du peuple. Je leur ai dissimulé mon visage. Ils n'ont pas reconnu ma majesté. C'est pourquoi « Père, pardonne leur : ils ne savent pas ce qu'ils font. »


 

Saint Aelred de Rielvaux (1110-1167), Le Miroir de la charité.

  

Voir les commentaires

Pauvreté et action de grâce...

3 Avril 2012, 02:19am

Publié par Father Greg

 

 

angelico_descente_croix1.jpgDans la dernière semaine du Christ sur la terre, telle que nous la rapporte l’évangile selon saint Jean, tout commence par l’action de grâces. L’onction de Béthanie (cf. Jn 12, 1-10), vécue avec des amis, des intimes, précède l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem. Jean souligne d’une façon toute particulière l’importance de ce repas d’action de grâces, donné à Béthanie chez Marie, Marthe et Lazare pour rendre grâces à Jésus. Et dans ce moment particulièrement important, nous découvrons un lien mystérieux entre la pauvreté et l’action de grâces.

 

Cela est très important pour l’Église ; en effet, si, comme l’a souligné Jean Paul II, l’Église n’a pas d’autre mission que celle du Christ, si, en Marie, elle suit l’Agneau partout où il va (Ap 14, 4), il est essentiel de découvrir l’importance de ce geste d’action de grâces : n’est-ce pas par excellence le rôle de la vie contemplative dans l’Église ? Vivre dans cette gratuité, dans ce don « en pure perte », rendre grâce à Jésus pour toute sa miséricorde, vivre dans ce dépouillement que réclame l’amour du Christ qui est allé pour nous jusqu’à la mort et la mise au tombeau. Et nous avons là une lumière merveilleuse pour voir combien la vie contemplative, dans l’Église, doit prendre une note particulière lors de la dernière semaine : elle est une offrande dans la gratuité de l’amour, à travers un don ultime, un renouveau dans une action de grâces très pure et très simple.

 

« Jésus donc, six jours avant la Pâque, vint à Béthanie, où était Lazare que Jésus avait relevé d’entre les morts. On lui fit donc là un dîner, et Marthe servait, et Lazare était l’un de ceux qui étaient à table avec lui. Marie donc, prenant une livre de parfum de vrai nard d’un grand prix, oignit les pieds de Jésus et lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et la maison fut remplie de l’odeur du parfum. Judas l’Iscariote, un de ses disciples, celui qui devait le livrer, dit : “Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu trois cents deniers, qu’on aurait donnés à des pauvres ?” Il dit cela, non qu’il eût souci des pauvres, mais parce que c’était un voleur et que, tenant la bourse, il emportait ce qu’on y mettait. Jésus dit donc : “Laisse-la garder ce [parfum] pour le jour de ma sépulture. Car les pauvres, vous les avez toujours avec vous ; mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours”. La foule nombreuse des Juifs connut donc que [Jésus] était là, et ils vinrent, non seulement à cause de Jésus, mais aussi pour voir Lazare, qu’il avait relevé d’entre les morts. Et les grands prêtres décidèrent de tuer aussi Lazare, parce que beaucoup de Juifs s’en allaient à cause de lui et croyaient en Jésus ».

 

Nous découvrons bien ici l’unité entre l’action de grâces de Marie, la sœur de Lazare, et le mystère de la pauvreté insondable de Jésus. La dernière semaine commence par l’action de grâces et la pauvreté !

 

L’action de grâces de Marie est d’abord une réponse à la miséricorde de Jésus envers ses amis Lazare, Marthe et Marie. La résurrection de Lazare avait été un geste ultime, extraordinaire. Et devant ce geste, signe du mystère de Jésus qui est « la Résurrection et la Vie », ce repas d’action de grâces s’impose en quelque sorte. Il s’impose d’autant plus que les choses se précipitent : en venant à Béthanie, Jésus sait bien qu’il vient au-devant de ceux qui le poursuivent et cherchent à l’arrêter. Le climat général est très tendu, et c’est dans cette urgence que Jésus vient. Il ne reviendra plus ! Pour la dernière fois, il vient chez ses amis, pour vivre avec eux et ses Apôtres cette dernière rencontre, dans la joie et dans la gravité d’un adieu.

 

C’est au cours de ce repas que Marie, la sœur de Lazare, fait ce geste merveilleux : un geste extrême, « en pure perte », qui ne se répète pas et ne peut pas se reprendre. Se servant de ce parfum très précieux, avec surabondance, elle exprime à Jésus tout l’amour et toute la reconnaissance qui animent son cœur en ce dernier moment. Et Jean souligne que « la maison fut remplie de l’odeur du parfum ». Tous, portés par le geste de Marie, sont à l’unisson de son action de grâces et du silence qui remplit le cœur de Jésus.

 

Tous sauf Judas ! En effet, ce geste suscite sa colère et il explose devant tous : il se dévoile, furieux contre Marie la sœur de Lazare et contre Jésus. Il ne supporte pas la gratuité, l’excès qu’elle porte en elle-même parce qu’elle provient de l’amour ; et il reproche à Jésus d’accepter ce geste… La miséricorde de Jésus et l’action de grâces qu’elle suscite sont scandaleuses pour Judas ! Et il oppose cette gratuité, cette surabondance, à un calcul économique très précis, sous prétexte d’aider les pauvres avec efficacité : « Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu trois cents deniers » – c’est-à-dire l’équivalent de trois cents jours de travail ! – « qu’on aurait donnés à des pauvres ? » Judas n’a rien compris car, précisément, l’action de grâces et la pauvreté sont liées : seuls les pauvres savent vraiment remercier, et Jésus n’est en rien rival des pauvres, il est le Pauvre par excellence.

 

Judas juge de l’extérieur le geste de Marie, la sœur de Lazare, parce qu’il manque de pauvreté. Parce qu’il accapare, à tel point qu’il est un voleur, il murmure contre la miséricorde de Jésus et, du même coup, contre l’action de grâces. Et il prend l’apparence de la miséricorde : « Pourquoi ce parfum n’a-t-il pas été vendu trois cents deniers, qu’on aurait donnés à des pauvres ? » En réalité, il ne regarde plus Jésus, il estime un bien temporel et calcule ce qu’on pourrait en tirer.

 

Devant cette réaction très violente de Judas, qui brise et qui oppose, Jésus prend la défense de Marie : « Jésus dit donc : “ Laisse-la garder ce [parfum] pour le jour de ma sépulture. Car les pauvres, vous les avez toujours avec vous ; mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours ” ». En disant cela, il révèle le caractère prophétique du geste de Marie et jusqu’où va sa propre pauvreté : jusqu’à l’extrême pauvreté de la mort, jusqu’à l’ultime petitesse du cadavre qui sera remis à la terre.

 

N’est-ce pas ce qui nous donne le sens du mystère de la Compassion de Marie, la Mère de Jésus, dans ce qu’il aura d’ultime ? Suivant l’Agneau partout où il va, elle ira jusqu’à l’agonie, à la Croix et au sépulcre, une avec Jésus dans le même mystère d’amour, d’offrande et d’action de grâces. Le geste prophétique de Marie, la sœur de Lazare, nous aide à y entrer et à saisir ce que Marie, la Mère de Jésus et notre Mère, a vécu dans le grand silence de l’amour. C’est ce dont la vie contemplative est le témoin vivant au cœur de l’Église : « au cœur de l’Église, je serai l’amour ». En ce sens, elle témoigne de la gratuité de l’amour, au-delà de toutes les œuvres de miséricorde.

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

 

Voir les commentaires

« La maison fut remplie par l'odeur du parfum »

2 Avril 2012, 02:15am

Publié par Father Greg

 

« Marie avait pris une livre d'un parfum très pur et de très grande valeur ; elle versa le parfum sur les pieds de Jésus, qu'elle essuya avec ses cheveux ; la maison fut remplie par l'odeur du parfum ». St Jean 12,1-11 

 

 

39religi.jpgLe repas de Béthanie donne comme la note profonde de toute la semaine sainte. C’est LA lumière sur le mystère de la Croix, sur le mystère du Sépulcre, sur le don que Jésus fait de lui-même à la Croix. Ce geste, ce parfum d’un grand prix répandu gratuitement, que l’on ne peut pas récupérer, c’est d’abord une initiative de Marie la sœur de Lazare qui répond au geste de Jésus qui a ressuscité son frère. Or, la résurrection de Lazare, c’est, oui, cet événement extraordinaire de Lazare qui revient de chez les morts ; mais plus profondément, c’est Jésus qui se communique et qui nous fait revivre, chacun de nous, en se greffant à nous ; c’est donc une vie nouvelle, divine, quasi-substantielle, que l’on ne peut vivre que dans un lien, une dépendance immédiate, constante et totalement gratuite envers lui.


On a tout reçu et on reçoit tout ce que l’on est de Dieu actuellement. Mais la résurrection, c’est toute notre vie qui est comme habité, marqué, imbibé de la personne de Jésus et qui en vit quand tout est marqué dans notre vie par cette gratuité inouïe. C’est pourquoi ce geste de Marie, ce parfum répandu manifeste le désir le plus secret et le plus fort de Jésus sur nous : de tout vivre dans la lumière de son don, de vivre de son amour pour nous, dans une grande action de grâce. C’est cela son attente sur nous, que l’on découvre ce ‘parfum d’un grand prix’, d’une qualité unique que Jésus attend que nous lui offrions, librement, parce que c’est lui, sans chercher à en récupérer quelque chose…

 

L’action de grâce n’est donc pas simplement un remerciement, mais de revenir à cette source actuelle et cachée qu’est le don de Jésus dans sa personne, toujours présent à nous. C’est le geste de l’ami qui manifeste à son ami une préférence, son choix secret dans l’amour. C’est cette inclination intérieure qui nous pousse à sortir de nous-même pour vivre de l’autre et qui le manifeste par ce geste.

 

C’est accepter de s’exposer au regard du monde, à ce regard utilitaire, économique qui voudrait que tout soit utile, profitable, bref, que ça serve : « Judas Iscariote, l'un des disciples, celui qui allait le livrer, dit alors :  -Pourquoi n'a-t-on pas vendu ce parfum pour trois cents pièces d'argent, que l'on aurait données à des pauvres ?- » C’est le regard jaloux de celui qui n’aime plus et qui n’a comme critère de vérité que la valeur économique des choses !!  

 

A cela, c’est Jésus lui-même qui répond : « Laisse-la ! Il fallait qu'elle garde ce parfum pour le jour de mon ensevelissement. Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m'aurez pas toujours. » 

 

Parce que Jésus n’est qu’à ce niveau-là, Jésus n’est qu’amour, que don, parfum répandu en pure perte, sans aucun calcul de pertes et profits, Jésus défend farouchement ce qui, en nous, relève de l’amour ! C’est nos secrets dans l’amour, nos désirs les plus cachés, les plus intimes, les plus fous parfois, qu’il veut faire grandir et acquérir une taille divine en nous : que l’on donne tout pour être toute attente et entrer dans une nouvelle lumière, une nouvelle présence de lui pour nous.

 

Ultimement, c’est à la croix que Jésus est ce parfum répandu pour le Père, et pour nous, en pure perte, gratuitement, inutilement. C’est cette ferveur dans l’amour qu’il veut nous donner dans cette semaine sainte, cette semaine d’amour, de désirs, de secrets communiqués à ceux qui mendient cet amour. C’est sa soif pour nous.

 

Fr Grégoire.

 

Voir les commentaires

Jésus-Roi, l'agneau sans défense, silencieux et immolé!

1 Avril 2012, 03:59am

Publié par Father Greg

 

 

agneaudeDieu.jpg  « Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem » (Lc 19, 28). Tout au début de la liturgie de ce jour, l'Eglise anticipe sa réponse à l'Evangile, en disant : « Nous suivons le Seigneur ». Avec cela, le thème du Dimanche des Rameaux est clairement exprimé. Il s'agit de la « sequela ». Etre chrétiens signifie considérer la voie de Jésus Christ comme la juste voie pour être des hommes - comme la voie qui conduit à l'objectif, à une humanité pleinement réalisée et authentique. Je voudrais répéter de manière particulière à tous les jeunes, garçons et filles, en cette XXVème Journée mondiale de la jeunesse, qu'être chrétiens est un chemin, ou mieux : un pèlerinage, un cheminement avec Jésus Christ. Un cheminement dans la direction qu'Il nous a indiquée et qu'il nous indique.


Mais de quelle direction s'agit-il ? Comment la trouver ? La phrase de notre Evangile offre deux indications à cet égard. En premier lieu, elle dit qu'il s'agit d'une montée. Cela a tout d'abord une signification très concrète. Jéricho, où s'est déroulée la dernière partie du pèlerinage de Jésus, se trouve à 250 mètres au-dessous du niveau de la mer, alors que Jérusalem - le but du chemin - se trouve à 740-780 mètres au-dessus du niveau de la mer : une montée de presque mille mètres. Mais ce chemin extérieur est surtout une image du mouvement intérieur de l'existence, qui s'accomplit à la suite du Christ : c'est une montée à la hauteur véritable pour être des hommes. L'homme peut choisir un chemin facile et éloigner toute difficulté. Il peut aussi descendre vers le bas, vers la vulgarité. Il peut sombrer dans le marécage du mensonge et de la malhonnêteté. Jésus marche devant nous, et il se dirige vers le haut. Il nous conduit vers ce qui est grand, pur, il nous conduit vers l'air sain des hauteurs : vers la vie selon la vérité ; vers le courage qui ne se laisse pas intimider par la rumeur des opinions dominantes ; vers la patience qui supporte et soutient l'autre. Il conduit vers la disponibilité pour les personnes qui souffrent, pour les laissés-pour-compte ; vers la fidélité qui est du côté de l'autre, lorsque la situation devient difficile. Il conduit vers la disponibilité à apporter de l'aide ; vers la bonté qui ne se laisse pas désarmer, même par l'ingratitude. Il nous conduit vers l'amour - il nous conduit vers Dieu.


« Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem ». Si nous lisons cette parole de l'Evangile dans le contexte du chemin de Jésus dans son ensemble - un chemin qu'il poursuit précisément jusqu'à la fin des temps - nous pouvons découvrir différents niveaux dans l'indication de l'objectif « Jérusalem ». Il faut naturellement tout d'abord comprendre simplement le lieu « Jérusalem » : c'est la ville où se trouve le Temple de Dieu, dont l'unicité devait rappeler l'unicité de Dieu lui-même. Ce lieu annonce donc tout d'abord deux choses : d'une part, il dit que Dieu est un seul dans tout le monde, il dépasse immensément tous nos lieux et temps ; il est ce Dieu auquel appartient toute la création. C'est le Dieu dont tous les hommes, au plus profond d'eux-mêmes, sont à la recherche et dont, d'une certaine façon, tous ont également connaissance. Mais ce Dieu s'est donné un nom. Il s'est fait connaître à nous, il a commencé une histoire avec les hommes ; il a choisi un homme - Abraham - comme point de départ de cette histoire. Le Dieu infini est en même temps le Dieu proche. Lui, qui ne peut être enfermé dans aucun édifice, veut toutefois habiter parmi nous, être totalement avec nous.


Si Jésus monte avec Israël en pèlerinage vers Jérusalem, Il y va pour célébrer la Pâque avec Israël : le mémorial de la libération d'Israël - un mémorial qui, en même temps, est toujours espérance de la libération définitive, que Dieu donnera. Et Jésus va vers cette fête conscient d'être Lui-même l'Agneau en qui s'accomplira ce que le Livre de l'Exode dit à cet égard : un agneau sans défaut, mâle, qui, au coucher du soleil, devant les yeux des fils d'Israël, est immolé « comme rite perpétuel » (cf. Ex 12, 5-6. 14). Enfin, Jésus sait que sa vie ira au-delà : la croix ne constituera pas sa fin. Il sait que son chemin déchirera le voile entre ce monde et le monde de Dieu ; qu'Il montera jusqu'au trône de Dieu et réconciliera Dieu et l'homme dans son corps. Il sait que son corps ressuscité sera le nouveau sacrifice et le nouveau Temple ; qu'autour de Lui, de la multitude des anges et des saints, se formera la nouvelle Jérusalem qui est dans le ciel et toutefois aussi déjà sur la terre, car dans sa passion Il a ouvert la frontière entre le ciel et la terre. Son chemin conduit au-delà de la cime du mont du Temple, jusqu'à la hauteur de Dieu lui-même : telle est la grande montée à laquelle il nous invite tous. Il reste toujours auprès de nous sur la terre et il est toujours déjà parvenu auprès de Dieu, Il nous guide sur la terre et au-delà de la terre.

 

Ainsi, dans l'amplitude de la montée de Jésus deviennent visibles les dimensions de notre « sequela » - l'objectif auquel il veut nous conduire : jusqu'aux hauteurs de Dieu, à la communion avec Dieu ; à l'être-avec-Dieu. Tel est le véritable objectif, et la communion avec Lui est le chemin. La communion avec Lui est une manière d'être en marche, une montée permanente vers la véritable hauteur de notre appel. Marcher avec Jésus c'est toujours en même temps un cheminement dans le « nous » de ceux qui veulent Le suivre. Il nous introduit dans cette communauté. Etant donné que le chemin jusqu'à la vraie vie, jusqu'à être des hommes conformes au modèle du Fils de Dieu Jésus Christ dépasse nos propres forces, ce cheminement comporte toujours également le fait que nous soyons portés. Nous nous trouvons, pour ainsi dire, dans une cordée avec Jésus Christ - avec Lui dans la montée vers les hauteurs de Dieu. Il nous tire et nous soutient. Se laisser intégrer dans cette cordée, accepter de ne pas pouvoir y arriver seuls, fait partie de cette « sequela » du Christ. Cet acte d'humilité, entrer dans le « nous » de l'Eglise ; s'accrocher à la cordée, la responsabilité de la communion - ne pas arracher la corde par entêtement ou suffisance, fait partie de celle-ci. Croire humblement avec l'Eglise, ainsi qu'être accrochés à la cordée de la montée vers Dieu, est une condition essentielle de la « sequela ». Ne pas se comporter en patrons de la Parole de Dieu, ne pas courir derrière une idée erronée de l'émancipation, fait également partie du fait de se trouver dans l'ensemble de la cordée. L'humilité de l'« être-avec » est essentielle à la montée. Que dans les sacrements nous nous laissions toujours prendre à nouveau par la main par le Seigneur, que nous nous laissions purifier et fortifier par Lui, que nous acceptions la discipline de la montée, même si nous sommes fatigués, fait également partie de celle-ci.


Enfin, il nous faut encore dire : la Croix fait partie de la montée vers la hauteur de Jésus Christ, de la montée jusqu'à la hauteur de Dieu. De même que dans les événements de ce monde on ne peut pas atteindre de grands résultats sans renonciation et un dur exercice, de même que la joie d'une grande découverte dans le domaine des connaissances ou d'une véritable capacité d'action est liée à la discipline, ou plutôt à la fatigue de l'apprentissage ; le chemin vers la vie, vers la réalisation de la propre humanité, est lié à la communion avec Celui qui est monté à la hauteur de Dieu à travers la Croix. En dernière analyse, la Croix est l'expression de ce que signifie l'amour : seul celui qui se perd, se trouve.


La « sequela » du Christ demande comme premier pas de nous réveiller de la nostalgie pour être authentiquement des hommes, et ainsi de nous réveiller pour Dieu. Elle demande également que l'on entre dans la cordée de ceux qui montent, dans la communion de l'Eglise. Dans le « nous » de l'Eglise nous entrons en communion avec le « Toi » de Jésus Christ et nous rejoignons ainsi le chemin vers Dieu. En outre, il est demandé que l'on écoute la Parole de Jésus Christ et qu'on la vive : dans la foi, l'espérance et l'amour. Ainsi, nous sommes en chemin vers la Jérusalem définitive et, dès à présent, d'une certaine manière, nous nous trouvons là, dans la communion de tous les saints de Dieu.

 

Notre pèlerinage à la suite du Christ ne va pas vers une ville terrestre, mais vers la nouvelle Cité de Dieu, qui grandit au milieu de ce monde. Le pèlerinage vers la Jérusalem terrestre, toutefois, peut être précisément également pour nous, chrétiens, un élément utile pour ce voyage plus grand. J'ai moi-même attribué trois significations à mon pèlerinage en Terre Sainte de l'an dernier. Tout d'abord, j'avais pensé qu'à cette occasion, il peut nous arriver ce que Jean dit au début de sa Première Lettre : ce que nous avons entendu, nous pouvons, d'une certaine façon, le voir et le toucher de nos propres mains (cf. 1 Jn 1, 1). La foi en Jésus Christ n'est pas une invention légendaire. Elle se base sur une histoire qui a véritablement eu lieu. Cette histoire, nous pouvons, pour ainsi dire, la contempler et la toucher. Il est émouvant de se trouver à Nazareth sur le lieu où l'Ange apparut à Marie et lui confia la tâche de devenir la Mère du Rédempteur. Il est émouvant de se trouver à Bethléem sur le lieu où le Verbe, s'étant fait chair, est venu habiter parmi nous ; poser le pied sur la terre sainte où Dieu a voulu se faire homme et enfant. Il est émouvant de monter l'escalier vers le Calvaire jusqu'au lieu où Jésus est mort pour nous sur la Croix. Et de demeurer enfin devant le sépulcre vide ; prier là où sa sainte dépouille a reposé et où, le troisième jour, eut lieu la résurrection. Suivre les chemins extérieurs de Jésus doit nous aider à marcher de façon plus joyeuse et avec une nouvelle certitude sur le chemin intérieur qu'Il nous a indiqué et qui est Lui-même.

 

 Dans la prière avec laquelle sont bénis les rameaux d'oliviers, nous prions afin que dans la communion avec le Christ, nous puissions apporter le fruit de bonnes œuvres. A partir d'une interprétation erronée de saint Paul, s'est développée de façon répétée, au cours de l'histoire et aujourd'hui encore, l'opinion selon laquelle les bonnes œuvres ne feraient pas partie de l'identité des chrétiens et que dans tous les cas, elles seraient insignifiantes pour le salut de l'homme. Mais si Paul dit que les œuvres ne peuvent justifier l'homme, il ne s'oppose pas en cela à l'importance d'agir de façon droite et, s'il parle de la fin de la Loi, il ne déclare pas dépassés et sans importance les Dix Commandements. Il n'est pas nécessaire à présent de réfléchir sur toute l'ampleur de la question qui intéressait l'Apôtre. Il est important de souligner qu'à travers le terme de « Loi », il n'entend pas les Dix Commandements, mais le style de vie complexe à travers lequel Israël devait se protéger contre les tentations du paganisme. Toutefois, le Christ a apporté Dieu aux païens. Cette forme de distinction ne leur est pas imposée. On leur donne uniquement le Christ comme Loi. Mais cela signifie l'amour pour Dieu et pour le prochain, et tout ce qui en fait partie. 

 Benoît XVI Homélie du dimanche des Rameaux 2010

Voir les commentaires

Béni soit le roi d’Israël...

1 Avril 2012, 02:18am

Publié par Father Greg

 

 

 

 

fra-angelico-crucifixion.jpg«Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, et le roi d’Israël ! » (Jn 12, 13). Lorsque les foules avaient voulu le proclamer roi après la multiplication des pains (Jn 6, 14-15), Jésus s’était enfui, abandonnant ses Apôtres qui s’étaient eux-mêmes laissé  prendre par l’opinion et l’engouement général… Il avait refusé d’entrer dans leur tentation, ne voulant pas être accaparé par les hommes, n’acceptant pas d’être reçu comme un Messie temporel ; il ne voulait pas satisfaire le désir des hommes de retourner au Paradis terrestre, de se faire conduire « avec l’accord et la bénédiction de Dieu » de façon à vivre sur la terre dans une harmonie parfaite, à l’abri des luttes et des difficultés.

 


Ce désir de retourner au Paradis terrestre, cette recherche d’un messianisme temporel, est sans doute une note constante des nostalgies humaines ; c’est un désir éperdu, constamment renaissant, qui surgit dans les propagandes et anime toutes les grandes idéologies : illusions au nom desquelles l’homme se révolte si souvent contre Dieu, parce que celui-ci ne se rend pas à la sommation que les hommes lui adressent…

 

A Pilate, Jésus enseignera : « Mon Royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18, 36). A cette foule qui l’acclame alors qu’il entre à Jérusalem, Jésus l’enseigne par un geste. Dans l’urgence de cette dernière rencontre, de cet adieu, Jésus répond à son peuple ; une dernière fois, il l’accueille avec miséricorde et douceur. Il sait pourtant la complexité des attentes des hommes, il sait combien la foule est versatile et ce qu’elle criera quelques jours plus tard, manipulée par les grands prêtres et terrorisée par les soldats… Malgré cela, il répond parce qu’il entend ce qui, dans ce cri qui s’élève du cœur de ces hommes, demeure vrai. Il le purifie, le rectifie par la réponse qu’il y apporte ; il n’éteint pas la mèche qui fume encore… Et il le fait, non pas par la parole – il n’est plus temps de parler – mais par un geste silencieux et d’autant plus éloquent : « Trouvant un petit âne, Jésus s’assit dessus, selon qu’il est écrit : Sois sans crainte, fille de Sion ; voici que ton Roi vient, assis sur un petit d’ânesse » (Jn 12, 14-15).

 

La réalité de ce geste accomplit ce que le Prophète avait annoncé et éclaire d’une façon ultime la manière dont le Christ avait accompli sa mission au milieu de son peuple. C’est ainsi qu’il leur montre de quelle manière il exerce son autorité royale d’envoyé du Père au milieu des hommes : c’est dans la miséricorde et en donnant sa vie que Jésus est le Roi d’Israël. Jésus avait dit : « Moi, je suis le Berger, le bon Berger. Le berger, le bon berger, livre sa vie pour ses brebis… » (Jn 10, 11). En faisant ce geste, Jésus invite la foule à le suivre dans cette extrême douceur, dans cet accomplissement de sa mission. Comme il fera passer ses Apôtres de la Pâque ancienne à la Nouvelle Pâque par le lavement des pieds (Jn 13), c’est en se présentant dans la pauvreté, dans la douceur, dans la petitesse, que Jésus accueille cette foule qui l’acclame. Il l’invite ainsi à sa suite sur le chemin de la Révélation de l’Amour du Père pour les hommes.

 

 

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org


Voir les commentaires

<< < 1 2