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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Lettre à un ami... (III)

30 Avril 2012, 02:50am

Publié par Father Greg

 

jane-dill1Si la pollution du milieu biologique peut favoriser l'éclosion de toute espèce de cancers, la pollution du milieu culturel peut favoriser l'éclosion de toutes sortes de fausses idéologies, mal encore plus effrayant au niveau du développement de l'intelligence et du cœur de l'homme.

Devant ce danger, on ne peut demeurer indifférent: il n'y a pas de neutralité possible, car la neutralité serait déjà une sorte de compromission. Notre intelligence n'est-elle pas faite pour la découverte de la vérité? Notre cœur n'est-il pas fait en premier lieu pour aimer une personne humaine, pour l'aimer comme un ami? Ne plus vouloir lutter pour la conquête de la vérité, en considérant qu'il est impossible d'atteindre la vérité, ne plus vouloir rechercher un véritable amour d'amitié entre les hommes, en considérant que l'amour d'amitié est impossible, serait le fait d'un grave scepticisme et d'un désespoir angoissé.

L'homme normal, en face d'un danger menaçant, cherche à se fortifier pour lutter, pour se sauver et sauver ceux qui sont proches de lui. Nous n'avons pas le droit de nous laisser enliser sans lutter de toutes nos forces pour sauver notre esprit, notre capacité d'atteindre la vérité et d'aimer, et pour sauver l'esprit, l’intelligence et le cœur de ceux qui nous suivent, qui sont nos «cadets» dans l'humanité.

Reconnaissons, du reste, que nous sommes dans une situation tout à fait privilégiée pour reprendre cette recherche de la vérité. Car nous sommes descendus très bas; et si nous sommes comme «au creux de la vague », nous ne pouvons guère descendre beaucoup plus bas! Quand on pense aux diverses idéologies qui sont nées depuis une centaine d'années, et quand on regarde la dernière d'entre elles, la philosophie analytique, on est bien obligé de reconnaître que la métaphysique y est réduite à néant, à tel point que non seulement l'existence de Dieu est rejetée, mais que l'homme lui-même, en ce qu'il est comme personne, au plus profond de son être, n'est plus considéré du tout. On ne peut guère aller plus loin dans l'abandon de la signification profonde de la philosophie. Celle-ci n'a-t-elle pas toujours été au service de l'homme, pour permettre à celui-ci de découvrir sa véritable finalité? Dans la philosophie analytique, où l'homme disparaît, on ne considère plus ses œuvres, ses effets, comme des effets de l'homme, mais en eux-mêmes, comme des faits, des donnés dont on saisit les conséquences et les antécédents.

Mais, pour reprendre les vers de Holderlin que Heidegger aimait à citer, «là où est le danger, là aussi croît ce qui sauve». Le moment où l'on touche la plus grande dégradation n'est-il pas proche d'un nouvel élan? Toute résurrection n'exige-t-elle pas un cadavre? Toutefois, pour que le cadavre ressuscite, il faut un esprit nouveau qui lui redonne une nouvelle vie. N'est-ce pas pour nous une obligation de tout faire pour donner ce nouvel esprit, pour redonner à l'intelligence humaine sa véritable vie, la reprendre en ce qu'elle a de plus profond, de plus radical—j'allais presque dire: dans son premier souffle?

On m'objectera, je le sais, que revenir à une métaphysique, c'est revenir à du passé, c'est se fixer dans l'immobilisme, s'isoler du monde moderne, s'installer en dehors de l'évolution, puisque la métaphysique nous établit tout de suite au-delà du constatable immédiat, du mesura­ble... Mais si on comprend ce qu'est une philosophie réaliste et, à son sommet, une métaphysique de ce-qui-est, ces objections tombent, puis­que, comme nous le verrons, le point de départ d'une philosophie réaliste est notre expérience du monde réel actuel, de l'homme tel qu'il est, selon toutes ses dimensions. Une véritable philosophie, et une véritable métaphysique, ne s'installent pas dans le domaine des idées, des principes immuables: elles cherchent à connaître le réel, l’homme existant, tel qu'il est dans sa complexité d'être vivant et dans son unité d'être et d'esprit. II est évident que la philosophie ne peut se contenter de décrire ce que nous voyons, ce que nous constatons; elle ne peut se contenter de mesurer le réel observable. Elle cherche—et c'est sa besogne propre—à analyser le réel expérimenté en le saisissant dans toutes ses dimensions, spécialement l'homme, qui ne peut être un « être unidimensionnel ». Voilà ce que je voudrais montrer, au-delà des objec­tions que je viens de mentionner et qui proviennent d'idéologies qui, ne voulant plus distinguer l'idée de la réalité, ne peuvent plus saisir le réel, l’homme existant, tel qu'il est: elles le relativisent en fonction d'un a priori.

MD Philippe, Lettre à un ami, Intro.

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Lettre à un ami... (II)

29 Avril 2012, 03:42am

Publié par Father Greg

 

DAVID_Jacques_Louis_The_Intervention_of_the_Sabine_Women.jpgDe plus, les idéologies du progrès, la dialectique hégélienne, la dialectique matérialiste du marxisme, la méthode psychanalytique freudienne, marquent la sensibilité et le milieu imaginatif de l'homme moderne d'une manière si directe et si forte que souvent toute recherche de vraie sagesse semble superflue et du reste impossible, condamnée dès le point de départ.

C'est une évidence pour tout le monde qu'aujourd'hui tout est secoué, remis en cause, et cela à tous les niveaux. On peut alors se poser la question: assistons-nous à la fin d'un monde et à la naissance d'un monde nouveau? Ou assistons-nous à la fin dernière de notre univers? On ne peut le savoir; mais ce qui semble certain, et dont beaucoup même sont persuadés, c'est que les diverses transformations que nous constatons aujourd'hui—transformations économiques liées aux transformations techniques, elles-mêmes enracinées dans un progrès accéléré des sciences — doivent nécessairement aboutir à une transformation du milieu sociologique en lequel l'homme vit et s'épanouit. Et dans ce climat, beaucoup, se voulant prophètes, affirment que nous assistons à la naissance d'un nouveau type d'homme, que nous sommes en présence d'une nouvelle manière de penser et de vivre. Bref, au nom des diverses transformations du conditionnement humain (transformations qui s'intensifient et se précipitent avec une si grande accélération), on déclare que l'homme n'est plus le même être aujourd'hui qu'au Moyen Âge, qu'au temps du Christ, qu'au temps d'Aristote ou de Socrate. On affirme que l'«homme moderne» doit être compris pour lui-même dans sa «modernité» — ce qui souvent revient à ne plus considérer l'homme que dans son conditionnement, à tous les niveaux, c'est-à-dire à tous les niveaux de son devenir: on ne le regarde plus que dans son devenir. Dans cette perspective, on élabore une anthropologie psychosociologique qui se veut exhaustive et qui se veut philosophique; L’homme, dans sa réalité propre, n'est plus considéré que sous ces aspects psychologique et sociologique. Ainsi; au nom d'une anthropologie psychosociologique, qui ne regarde en l'homme que sa situation existentielle et son comportement, on rejette toute philosophie du réel, et surtout on tient pour périmée la métaphysique de ce-qui-est considéré du point de vue de l'être. On oublie que cette philosophie de ce-qui-est nous permet de découvrir en l'homme ses divers niveaux de vie, sa complexité, sa véritable personne, son autonomie substantielle dans l'être et son orientation vers un bien personnel, sa dimension spirituelle, dimension qui demeure voilée tant que l'homme n'est considéré que dans son conditionnement et son comportement psychosociologique'.

Ne devrait-on pas distinguer ce qui relève des transformations économiques, politiques, scientifiques, techniques (transformations qui sont un fait que l'on doit reconnaître, et qui en elles-mêmes ne sont ni bonnes ni mauvaises) des diverses idéologies nées certes dans ce climat, mais distinctes de lui, car elles impliquent, elles, toute une conception de l'homme, de sa personne, de sa destinée?

Ne sommes-nous pas très souvent, aujourd'hui, en présence d'une terrible confusion entre le fait évident de la transformation économique, technique, scientifique de la communauté humaine, et un jugement de valeur porté sur l'homme et sa destinée, jugement impliquant toute une vision philosophique plus ou moins explicite'? De la transformation économique, scientifique, sociale, on passe à la transformation de tout l'homme, en ce qu'il a de plus profond; et par là on en arrive à faire de l'homme un robot, un rouage au sein d'un développement économique, d'une transformation cosmique...

Une telle confusion ne s'est certes pas réalisée subitement. N’Est-elle pas le fruit de toutes les philosophies idéalistes, de toutes les idéologies issues de la philosophie hégélienne'?

Si l'on s'inquiète aujourd'hui avec raison de la pollution de l'air, de la mer et bientôt de la terre, si l'on prend conscience de l'urgence de ce problème (car c'est vraiment la survie biologique de l'espèce humaine qui est en cause), on devrait, si l'on était un peu lucide, s'inquiéter encore beaucoup plus profondément de la pollution du milieu culturel en lequel les jeunes doivent développer leur esprit et leur cœur. Car  Ajoutons que ce qui est vrai aujourd’hui de la réflexion philosophique l'est également au niveau de la réflexion théologique. On voudrait souvent aujourd'hui, faire une nouvelle théologie en ne se servant plus que d’une anthropologie psychosociologique. Là encore on ne s’intéresse plus qu’à la «modernité» de l'homme, en oubliant de le considérer dans sa véritable dimension spirituelle, sa capacité de découvrir la Réalité transcendante.

 

MD Philippe, lettre à un ami, Intro.

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Lettre à un ami...

28 Avril 2012, 03:35am

Publié par Father Greg

      On ne peut parler vraiment qu'à un ami, à celui dont la confiance réciproque implique une recherche de la vérité. C’est-à-dire, à celui qui, en quête de ce qui n'est pas lui, n'en reste pas à son expérience, ni à son vécu affectif, mais revient toujours au réel existant. Il faut pour cela dépasser ses scénarios tout tracés, aller au-delà de tout pharisaïsme moral, bruler les images que l'on s'est forgées et en finir avec l'équilibre mou des bien-pensants. Hélas, aujourd'hui, parce que la quête de la vérité est rare, l’amitié véritable est très rare. La psychologie, qui ne regarde que le conditionnement, a matérialisé notre regard: les morales tupperware en quête d'efficacité et l'opinion du plus grand nombre semblent avoir tout stérilisés. L'air ambiant nous a rendu esclaves du qu'en dira-t-on. Fr Grégoire.

 

 

200px-Sanzio 01 Plato AristotleDe tout temps la recherche d'une sagesse de vie a été chose difficile et rare; parce que l'homme, en raison même de sa complexité et de sa richesse, risque toujours de se distraire, de se laisser prendre par les problèmes immédiats et d'oublier l'essentiel, d'oublier ce pour quoi il est fait, de perdre la signification profonde de sa vie d'homme.

A notre époque, cette recherche de la sagesse devient particulière­ment difficile, car le milieu culturel dans lequel vit l'homme d'au­jourd'hui ne favorise pas la recherche de cette sagesse, qui est considé­rée comme inutile, comme une nostalgie qui n'a plus de sens, étant complètement dépassée. Le milieu culturel en lequel vit l'homme d'au­jourd'hui est, en effet, tout entier orienté vers le développement des sciences et des techniques. On regarde avant tout l'efficacité, et l'hom­me, dans sa destinée profonde, risque souvent d'être oublié. Certes, ce développement des sciences et des techniques apporte à l'homme de nouvelles possibilités, et même des possibilités étonnantes dans la croissance de son pouvoir de transformation et d'utilisation de la ma­tière, dans sa domination sur l'univers physique et biologique. Mais ce développement, si prodigieux et si rapide, ne devient-il pas souvent pour l'homme, dans sa vie humaine, une sorte d'excroissance qui le déséquilibre, qui supprime son harmonie profonde? Ce développement, pour être vraiment assumé, « humanisé », réclamerait de l'homme (pour reprendre l'expression de Bergson) un «supplément d'âme», de nou­velles capacités d'aimer, de penser, de contempler.

 

Ce développement pourrait alors être vraiment au service de la personne humaine, au lieu de l'asservir, de la matérialiser, comme cela, hélas risque trop souvent d'arriver. Car il faut bien reconnaître que, lorsque ce développement devient la préoccupation dominante, primordiale (pour ne pas dire exclusive) de l'homme, il s'impose et l'homme en devient l'esclave. En s'imposant comme l'essentiel de la vie humaine, n'engendre-t-il pas fatalement un certain scepticisme à l'égard de la philosophie, et spécialement de la philosophie première (philosophie de l'être, ou métaphysique)? En effet, grâce à ce développement, la « face extérieure » de notre univers se transforme si rapidement qu'on serait tenté de reprendre la grande affirmation d'Héraclite: tout change, tout est relatif. Dans ce climat de transformations incessantes et si tangibles, il est bien difficile de découvrir dans la réalité humaine autre chose que ce qui est soumis au changement, ce qui est relatif; il est bien difficile de discerner que l'intelligence humaine est faite, profondément, pour aller au-delà de ces connaissances scientifiques et techniques, qu'elle est faite pour découvrir une vérité d'un autre caractère. En un mot, il est bien difficile de discerner que l'intelligence humaine, en ce qui est le plus «elle-même», est faite pour atteindre ce-qui-est, le réel existant en toute sa profondeur; et que grâce à cela elle peut découvrir plus radicalement et d'une manière plus ultime ce qu'est l'homme: ce qu'il est comme esprit lié au corps, au monde sensible, et cependant capable de le transcender parce qu'il a une destinée personnelle qui lui est propre.

De plus, les idéologies du progrès, la dialectique hégélienne, la dialectique matérialiste du marxisme, la méthode psychanalytique freudienne, marquent la sensibilité et le milieu imaginatif de l'homme moderne d'une manière si directe et si forte que souvent toute recherche de vraie sagesse semble superflue et du reste impossible, condamnée dès le point de départ.

MD Philippe, lettre à un ami. Intro

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Le « il faut bien vivre » justifie toutes les compromissions...

27 Avril 2012, 02:01am

Publié par Father Greg

 

Portrait of Asburyh W Lee 1905Penser sous le régime de Brejnev signifie se libérer de toutes les déformations  apprises, maintenir à distance son double livré à l’Etat, acquérir en cachette et avec les moyens du bord une formation autodidacte. Penser signifie également franchir le butoir de la langue, conquérir contre la langue de bois les outils pour dire les choses.


L’incrédulité face à l’idéologie officielle n’exclut pas un effet d’abrutissement, elle n’empêche pas les slogans de s’inscrire plus ou moins  dans le cerveau. « La formule, expliquait M Simecka, surgit toute seule : luttons pour la paix, nous luttions pour la paix, la lutte pour la paix, dans la lutte pour la paix…Et je me dis alors que la fonction destructrice de tels slogans n’est pas un vain mot. Ils composent des symboles semblables aux idéogrammes chinois. Ils interdisent à la plupart des gens de prononcer ces mots autrement que sous la forme sous laquelle ils leur ont été inculqués. » L’incrédulité n’empêche pas davantage la langue de bois d’exercer un effet paralysant : « On dirait que la langue se rebiffe. Ses formules toutes faites vous imposent un raisonnement que vous ne désirez pas suivre. C’est une impression extrêmement désagréable : votre langue se met d’elle-même à produire des enchainements pétrifiés. Elle résiste à toute pensée originale. Elle refuse d’obéir et se révolte. Il faut lui opposer un immense effort pour la faire céder ». Il fallait de la force intérieure, de la vaillance pour réfléchir par soi-même dans l’univers  du socialisme réel.


Il fallait d’autant plus de force intérieure que, comme nous l’avons vu, le non-sens du régime soviétique disait en définitive que les mots n’ont pas de sens, qu’il n’y a pas de vérité mais seulement un pouvoir. Le philosophe tchèque qui écrivait sous le pseudonyme de Petr Fidelius, observait ceci : le piège se referme sur l’intellectuel, en dépit de son incrédulité, parce que, s’il refuse de prendre le mensonge au sérieux, c’est qu’il a renoncé à prendre la vérité au sérieux. (…) Sur les décombres du vrai, il ne reste plus que le pouvoir. Chez ceux-là qui semblent imperméables à la propagande, le subjectivisme totalitaire réussit à abolir le sens de la vérité.


Le faux totalitaire faisait ainsi peser une formidable pression sur les hommes. Cette pression explique pourquoi certains détenus ont ressenti un sentiment de libération dans l’univers des camps. «  Si l’on est bien en prison pour penser, écrit Soljénitsyne, au camp on n’est pas trop mal non plus. Avant tout parce  qu’il n’y a pas de réunions. Pendant dix ans, tu es dispensé de toute réunion ! N’est-ce pas l’air des sommets ? L’administration du camp prétend ouvertement  à ton travail et à ton corps jusqu’à ce qu’épuisement, voire mort s’ensuivent, mais ne porte nullement atteinte au monde de tes pensées. Elle ne tente pas de visser et d’immobiliser ta cervelle. Cela créé un sentiment de liberté plus grande que la liberté de courir là où les jambes vous portent. » (l’Archipel du Goulag). Derrière les barbelés, les zeks ont perdu toute liberté extérieure mais ils ont gagné la liberté intérieure. (…)


Quels ont été en définitive les effets de cette condition sur le psychisme de l’homo sovieticus ? Ce sont semble-t-il, l’engourdissement intellectuel, la corruption morale et le cynisme. Astreint au faux semblant, privé de toute nourriture intellectuelle, morale et spirituelle, l’homme soviétique est appauvri, desséché, « vidé », et il ne croit généralement en rien ni en personne. Le « il faut bien vivre » justifie les compromissions, l’abdication et la désertion vers les petites satisfactions qu’offre le système.

Introduction à la politique, Philippe Bénéton, chapitre IX :  la mécanique totalitaire

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Le Grand inquisiteur...

26 Avril 2012, 02:38am

Publié par Father Greg

inquisition-01La parabole  suppose qu'au XVIème siècle, à Séville, vous êtes revenu sur terre, et que le petit peuple vous a reconnu ; qu'il s'est même précipité vers vous. Le Grand Inquisiteur, cardinal de l'Eglise romaine, survient, vous fait arrêter et jeter en prison, où il vient vous parler. C'est lui qui vous dit : "Des siècles passeront, et l'humanité proclamera, par la bouche de ses savants et de ses sages, qu'il n'y a plus de crimes, et par conséquent qu'il n'y a plus de péchés : il n'y a plus que des affamés. Nourris-les, et alors exige d'eux qu'ils soient vertueux ! Voilà ce qu'on écrira sur l'étendard de la révolte qui abattra ton temple." Ainsi vous parlait le Grand Inquisiteur.

Béni soit votre serviteur Dostoïevski, ancien forçat, épileptique, ivrogne sur les bords, perclu de dettes, joueur, romancier, et Russe par-dessus le marché ; il fut un de vos prophètes, je veux dire que l'esprit prophétique de votre Eglise, - qui est un esprit de souffrance, d'espérance, et d'une lucidité déchirante de l'avenir, et qui est l'instinct de conservation de ce que l'Eglise a de plus vital, il conserve l'âme de l'Eglise, - cet esprit s'est exprimé par lui. Dostoïevski a discerné et dit à l'avance le péril extrême qui menace l'Eglise dans son âme et sa raison d'être. Un univers dont l'idéal est d'assurer la santé et la prospérité matérielle de l'espèce humaine sur terre n'aura plus aucune place pour vous.

L'homme de ce nouvel univers aura même sa vertu à lui, qui aura ses critères absolument différents de ceux de la vertu qui se réclame de vous. Cet univers aura besoin de toujours plus d'hygiénistes, de biologistes, mais il n'aura pas besoin de saints, parce qu'en éliminant la notion même de péché le pécheur même devient inconcevable et de même le saint.

 

Comme toujours quand il s'agit de prophétie vraie, la manière dont elle se réalise déborde un peu l'expression du prophète. C'est non seulement "Nourrissez-les !" mais aussi "Guérissez-les !" qu'il pouvait dire. La médecine n'est plus qu'une annexe de l'économie, et l'économie est la science totale du bonheur humain. Le but de la société est de nourrir l'homme, de le guérir éventuellement, de le faire jouir de la terre, de le combler de commodités matérielles, et de le convaincre que s'il a tout cela il ne peut être qu'heureux. Celui qui ne serait pas content de la terre et de son bonheur serait un inadapté (...) Alors que veulent dire les mots "rédemption" et "rédempteur", du moment qu'il n'y a plus ni péché ni pécheurs ? (...)

Ce qui, il y a un siècle, pouvait encore passer pour une prophétie n'est plus qu'une photographie du monde actuel. Curieusement, la prophétie a commencé de se réaliser par la patrie de Dostoïevski. La prophétie n'a pas protégé la Russie. Mais c'est aussi par la Russie peut-être que votre royaume réapparaîtra sur terre. Malgré l'énorme entreprise qui vise à vous éliminer du destin de l'homme, il y a de plus en plus d'hommes et de femmes russes qui languissent pour vous. (...)

R-L Bruckberger - Lettre ouverte à Jésus-Christ - Ed. Albin Michel, 1973

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Nous avons tous nos fêlures psychologiques. La seule différence c'est que les uns arrivent à les cacher d'une façon suffisamment habile, alors que les autres n'arrivent pas à les cacher.

25 Avril 2012, 02:03am

Publié par Father Greg

 

titien-flora  (...) aujourd'hui on est prisonnier d'un humanisme. On croit que l'homme doit être d'abord parfait avant de se mettre à croire. Cela, c'est le meilleur moyen pour qu'il ne croie jamais - parce qu'on n'est jamais parfait. Nous avons tous nos fêlures psychologiques. La seule différence c'est que les uns arrivent à les cacher d'une façon suffisamment habile, alors que les autres n'arrivent pas à les cacher. Mais nous en avons tous, des fêlures psychologiques. Il y a les fêlures du sous-sol au niveau biologique, les fêlures au niveau passionnel, les fêlures au niveau intellectuel... Personne d'entre nous  n'est exempt de fêlures, puisqu'il y a les conséquences du péché original qui mettent en nous ces fêlures, ces crevasses qui sont  fameuses. Nous  avons en nous les trois concupiscences (cf. 1 Jn 2,16) et elles montrent bien que c'est fêlé de partout. La grâce supprime le péché originel, mais en laisse les conséquences - c'est cela qui est extraordinaire ! Cela montre bien que la grâce vient d'en-haut et non de notre nature. Nous naissons à la vie divine à partir de Dieu et non à partir de nos propres parents. La foi est un don de Dieu, et non pas un don de nos parents. Bien sûr, s'ils ont fait baptiser leur enfant, les parents sont responsables de l'éclosion de la foi, de la croissance de ce germe divin qui a été donné à leur enfant. Ils sont responsables de créer  un milieu qui favorise cette éclosion, cette croissance ; mais ce ne sont pas eux qui ont donné la grâce. Celle-ci nous fait appartenir directement à Dieu.

 

Il faut bien saisir les rapports de la grâce et de la nature, car cela a été de tout temps le grand problème théologique. et toutes les bêtises (il faut appeler les choses par leur nom) qui peuvent se dire aujourd'hui au niveau catéchétique, au niveau de l'éducation à la foi, proviennent tout simplement d'une théologie qui est fausse et qui affirme le primat de l'homme sur la grâce. Une telle conception oublie que la grâce a son rythme propre, qu'elle a des exigences qui ne sont pas celles de la nature et qui les dépassent infiniment. Il y a des exigences de la foi, de l'espérance et de l'amour, qui sont tout autres que celles de notre intelligence et de notre volonté. Et n'oublions pas que s'il y a des refoulements au niveau psychologique (on est bien obligé de les reconnaître, et aujourd'hui on est très sensible à cela), les refoulements les plus terribles sont au niveau surnaturel... et cela, on n'y pense même pas ! Refouler les exigences de notre vie divine, c'est plus grave que tout, car la vie divine est plus forte que tout, elle a une puissance extraordinaire ! Quand je pense que nous avons un germe divin en nous...! Or la grâce est un germe divin (cf. 1 P 1,23) qui demande à croître, qui demande à devenir le plus grand arbre (cf. Mt 13,31-32 ; Mc 4, 30-32 ; Lc 13, 18-19) et de tout prendre, de tout assumer. En effet, ce germe divin, précisément parce qu'il est divin, est capable de tout assumer (tout notre psychisme) pour tout transformer et tout orienter vers Dieu. Et quand on fait des refoulements dans l'ordre surnaturel, c'est plus terrible que tout. Notre Europe n'est-elle pas malade de cela ? En effet, elle a été chrétienne, ne l'oublions pas ! C'est la grande vision de Nietzsche, lui qui est né dans le christianisme et qui, dans sa jeunesse était pieux. Il y a des prières du jeune Nietzsche qui sont extraordinaires, dignes des psaumes. Il avait une aspiration mystique, cet homme ! Il était fait pour cela, mais il n'a pas trouvé la nourriture, il n'a pas trouvé les apôtres qu'il fallait. Alors il y a eu chez lui un refoulement, un refoulement terrible qui l'a conduit à la folie. Et on comprend qu'un tel refoulement détraque tout. On peut du reste, se demander si Dieu n'a permis la folie de cet homme pour le sauver, parce qu'il y avait en lui quand même une grâce première, très cachée. (...)"

Marie-Dominique Philippe - Suivre l'Agneau (1) - Ed. St Paul 2005, pp.140-141

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Opinion sur celui qui n'aimait pas les riches...

24 Avril 2012, 07:49am

Publié par Father Greg

Quand les riches maigrissent.., les pauvres meurent.         Proverbe chinois.

 

meduse.jpgLa victoire de François Hollande est à peu près acquise, et elle risque d'être éclatante.

Le moment est idéal pour se déclarer sarkozyste.

La question n'est pas de savoir qui l'emportera en mai 2012.

On a longtemps été convaincu dur comme fer que ce serait M. Strauss-Kahn. On a pu croire que ce serait Mme Aubry. On a même pu imaginer que, par un coup du sort, ce serait Mme Le Pen.

Il n'est pas tout à fait exclu que M. Bayrou, M. Mélenchon, M. Montebourg se soient monté le bourrichon jusqu'à se persuader de leur chance de l'emporter. Tout sauf Sarkozy.
N'importe qui sauf Sarkozy. Ce sera M. Hollande. François Hollande est un parfait honnête homme. Il est intelligent, charmant, cultivé et même spirituel.

Il y a chez cet homme-là un mélange de doux rêveur et de professeur Nimbus égaré dans la politique qui le rend sympathique.

Il est mondialement connu en Corrèze.

Ce n'est pas lui qui irait courir les établissements de luxe sur les Champs-Élysées, ni les suites des grands hôtels à New York ou à Lille, ni les yachts des milliardaires.

Il ferait, je le dis sans affectation et sans crainte, un excellent président de la IVe République. Ou plutôt de la IIIe.

Par temps calme et sans nuages. Il n'est jamais trop bas. Mais pas non plus trop haut.
C'est une espèce d'entre-deux : un pis-aller historique.

Ce n'est pas Mitterrand : ce serait plutôt Guy Mollet. Ce n'est pas Jaurès ni Léon Blum : c'est Albert Lebrun. Ce n'est pas Clemenceau : c'est Deschanel.

Il parle un joli français. Et sa syntaxe est impeccable. On pourrait peut-être l'élire à l'Académie française. Ce serait très bien. Mais en aucun cas à la tête de la Ve République, par gros temps et avis de tempête.

C'est vrai : Sarkozy en a trop fait. Hollande, c'est l'inverse. Car n'avoir rien fait est un immense avantage, mais il ne faut pas en abuser. Il n'est pas exclu, il est même possible ou plus que possible que M. Hollande soit élu en mai prochain président de la République.
C'est qu'à eux deux, M. Hollande et le PS, qui sont assez loin d'être d'accord entre eux - je ne parle même pas de M. Mélenchon ni de Mme Joly dont ils ont absolument besoin pour gagner et dont les idées sont radicalement opposées à celles de M. Hollande -, ont des arguments de poids : la retraite à 60 ans (quand la durée de vie ne cesse de s'allonger), 60 000 nouveaux fonctionnaires (quand il s'agit surtout de réduire les dépenses publiques), 30 % de baisse sur les traitements du président et des ministres. Avec des atouts comme ceux-là, on a de bonnes chances de gagner.

Aussi n'est-ce pas dans la perspective de l'élection de 2012 que je me situe.
C'est avec le souci du jugement de l'histoire. M. Sarkozy, autant le reconnaître a fait pas mal d'erreurs.

À voir comment se présente la campagne d'un Parti socialiste qui semble n'avoir pas appris grand-chose des leçons de son temps, ce sera bien pire avec lui qu'avec M. Sarkozy. Les déclarations d'intention ne valent rien.

Il faut des exemples vivants. M. Zapatero, en Espagne est un homme plus qu'estimable. Il est socialiste. Le chômage en Espagne est plus du double du nôtre.

M. Papandréou en Grèce est socialiste. Est-ce le sort de la Grèce que nous souhaitons pour la France ?

M. Sarkozy a été plus attaqué, plus vilipendé, plus traîné dans la boue qu'aucun dirigeant depuis de longues années.

Il a pourtant maintenu le pays hors de l'eau au cours d'une des pires crises que nous ayons jamais connues. Il n'est même pas impossible que Mme Merkel et lui aient sauvé l'Europe et l'euro.

Pour affronter le jugement de l'histoire, je choisis le camp, à peu près cohérent, Sarkozy-Fillon-Juppé contre le camp, incohérent jusqu'à l'absurde, Hollande (Hollande président ? On croit rêver, disait Fabius) -Aubry-Joly-Mélenchon.

Bonaparte, premier consul prétendait que le seul crime en politique consistait à avoir des ambitions plus hautes que ses capacités.

Je suis sûr que François Hollande lui-même a des cauchemars la nuit à l'idée d'être appelé demain à diriger le pays avec le concours des amis de toutes sortes et étrangement bariolés que lui a réservés le destin.

Je veux bien croire - je n'en suis pas si sûr - que, pour 2012, les dés sont déjà jetés, que les handicaps du président sortant sont bien lourds pour être surmontés, que le retard est trop rude pour être rattrapé.

J'imagine très bien l'explosion d'enthousiasme sur la place de la Bastille ce soir de mai 2012 où l'élection de M. François Hollande à la magistrature suprême sera enfin annoncée.


Je me demande seulement dans quel état sera la France en 2014 ou en 2015 !

Jean d’Ormesson.

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La politique doit montrer ce qui la dépasse !

23 Avril 2012, 07:55am

Publié par Father Greg


moine-votant.jpg Pour autant qu'il s’agisse aujourd'hui d'une élection, le choix est donné entre le trop visible S. et le trop peu visible H. Les noms importent peu, non plus que les personnes. (Le charisme est ailleurs.) Ce qui est trop visible est moins un individu agité que l'emprise souveraine exercée par la grande machine folle de l'autoproduction et de l'autosatisfaction de la richesse. Soit ce que nomme le mot "finance" dont l'origine signifie qu'il s'agit de finir par payer ou par faire payer. Plus précisément, la finance fiduciaire, c'est-à-dire celle qui se représente en tant que confiance en soi (crédit, créance, hedge, notation, garantie, etc.) Autrement dit, le plein essor de ce qui a primitivement - il y a 6 siècles - accumulé le capital. Ce qui est trop peu visible, c'est ce qui reste en mal d'histoire, ce qui se voulait naguère tantôt rival, tantôt maître de la machine et qui se nommait "socialisme" ou "communisme" pour signifier que l'enjeu est la condition faite à tous et à chacun ensemble. Cela reste strictement vrai, mais au lieu de pouvoir nous fier à un autre sujet de l'histoire - et de la machine - qui la conduirait à une fin promise, nous devons aujourd'hui comprendre qu'il s'agit plutôt de changer d'histoire.

Il y a de bonnes raisons de soutenir que le choix entre un présent clinquant et un passé grisaille n'est pas un choix et doit être refusé. Mais il y a aussi de fort bonnes raisons de signifier plus qu'une indignation, un refus, un rejet de la machine à payer tel qu'on en puisse attendre quelques effets sur les mesures et sur les actions les plus cyniques du contrôle financier. Ce serait déjà précieux.

Il reste cependant que dans tous les cas le plus important se tient par-delà le trop et le trop peu visible. Dans l'invisible par conséquent. Dans l'encore inapparent basculement du socle même de toute cette culture ou "civilisation" qui repose sur la confiance dans la supposée valeur de ce qui fait s'équivaloir toutes choses et toutes vies en finissant par les payer ou par les faire payer dans une comptabilité générale ininterrompue. L'invisible est l'incalculable, le sans prix de ce que rien ne peut payer et qui n'est donc pas un "luxe" mais une belle nécessité. On le nommait "sacré" lorsqu'il y avait d'autres mondes derrière ce monde. Il n'y a plus désormais que le monde, et ce n'est pas un malheur, c'est une chance. Nous pouvons exiger ici et maintenant que le sans prix advienne, infiniment. Nous le devons. Ce n'est pas une politique qui peut répondre à cette exigence. C'est autre chose, un art, une pensée, un sentiment, une sensation. Mais une politique ne peut pas s'exempter d'en indiquer la direction et la conscience. Une politique doit montrer avec le visible - ce qui n'est ni clinquant ni gris - et plus loin que lui (plus loin qu'elle-même) qu'elle sait qu'il y a de l'invisible. Ici, non pas ailleurs. Commun et non réservé. Sans prix et non monnayable.

Qui le dira ? Qui donnera une voix à l'invisible - non pas pour le promettre, bien entendu, mais pour en affirmer le souci intransigeant ? Qui fera voir qu'il y a de l'invisible au lieu de faire croire à des visions hautes en couleurs ou bien subtiles en demi-teintes ? J'imagine un homme, une femme politique qui aurait le courage - ou l'aplomb, ou l'insolence - de venir dire : "La politique n'est pas tout, il s'en faut de beaucoup. Mais elle doit rendre possible l'accès à tout ce qui la dépasse, c'est-à-dire à tout ce qui met en œuvre le sens de l'existence, celle de chacun, celle de tous, celle du commun. Cela relève de l'invisible, peut-être même de l'impossible, mais à l'impossible nous sommes tenus. Je ne suis pas visionnaire, je veux seulement nous délivrer des visions et nous libérer pour l'invisible. Et cela commence par reconnaître autre chose que le face-à-face du trop et du trop peu visible."

Cet homme, cette femme improbable n'est pas le rêve d'un songe-creux. Un jour viendra, n'en doutons pas, où la maladie et le malheur de cette civilisation - aggravant ce qui fut d'abord son malaise - exigeront la venue de figures inédites, insolites, où nos politiques ne se reconnaîtront plus. Peut-être quelque chose de cette venue est-il déjà en train de se faire : car en dépit de tous les calculs et de toutes les pesanteurs, c'est bien aussi un frémissement de cet ordre que réveille l'excitation de l'élection, s'il est permis de penser qu'à travers le spectacle convenu des "campagnes" comme à travers les ferveurs sincères ou même les froideurs sceptiques se glisse une attente, un désir qui dépasse les attentes électorales aussi bien que les demandes d'assurance et même que les exigences de justice.

A coup sûr il importe d'enrayer les processus d'appauvrissement, de précarisation, de soumission aux marchés et aux mythologies, d'exclusion et d'abrutissement. Mais cela importe surtout parce qu'au-delà d'une existence correcte, digne et sereine se lève ce qui nous fait vivre d'un désir plus grand que la vie ou bien ce qui engendre non pas un "sens de la vie" mais la vie du sens. Encore une fois, la politique ne va pas jusque-là mais elle n'en reste pas non plus à la gestion du donné. Elle se tient à cette articulation où il s'agit de rendre l'existence possible pour qu'elle puisse s'ouvrir à l'impossible, à l'invisible vie du sens et à ses vibrations. Et le sens n'est jamais le fait d'un seul, il est toujours en commun, de même qu'il n'est jamais unique mais pluriel, sens en tous les sens du mot.

Un responsable politique, qu'il le veuille ou non, est en charge de cela aussi. De manière paradoxale, la politique est en charge d'un accès à ce qui l'excède. Son pouvoir, s'il est ce qu'il doit être, est un pouvoir qui lui-même se trouve au service d'une tout autre souveraineté : celle qui mérite le nom de bien d'un peuple, du peuple, de tous les peuples pour autant que rien ni personne ne prétende avoir sur ce bien quelque puissance d'appropriation ni d'acquisition, pas même de désignation ni de nomination.

Ce bien n'est pas moral - il n'est pas le bon - pas plus qu'il n'est bien meuble ou immeuble. Le bien du peuple tel que l'a compris au fond toute la tradition, d'Aristote à Jules Guesde en passant par Thomas d'Aquin, c'est la possibilité non pas de "bien vivre" au sens actuel de ces mots, mais de vivre plus que l'entretien de la vie (de la force de travail ou de chômage) et même de vivre plus que la simple existence. Le bien a son lieu "au-delà de l'être" comme on le sait depuis Platon. Nous pouvons ajouter : il consiste à passer au-delà de l'être et c'est en quoi il n'est pas un bien et n'a pas de prix. Encore faut-il être pour pouvoir passer.

Jean-Luc Nancy, philosophe, Le Monde.fr |12.04.2012

http://www.lemonde.fr/ 

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moi, je ne juge personne...

23 Avril 2012, 02:40am

Publié par Father Greg

 

« Moi non plus, je ne te condamne pas. »

  

 

bruegel-christ-and-woman.jpgL’épisode de la femme adultère, c’est selon St Augustin tout l’évangile : la misère face à la miséricorde ! Pour y entrer, il faut entendre Jésus nous dire personnellement : « moi, je ne juge personne » (Jn 8, 15) ; Jésus suspend son jugement par rapport à chacun de nous, parce que non seulement il ne nous regarde jamais par nos petits côtés, mais parce qu’il regarde toujours en nous ce qui est grand, l’image de Dieu, ce qui est éternel en nous et qui est le plus actuellement 'nous', ce qui est ‘attente de Dieu’ : alors que les pharisiens voient une adultère, Jésus, lui, voit 'la Femme'.

 

Jésus, pour nous dire sa miséricorde, s’abaisse car il réalise son don miséricordieux en prenant jusqu’au bout toute notre misère. Il se fait agneau, victime innocente, mendiant de nos pauvretés pour non seulement s’en faire responsable devant le Père, mais pour nous faire entrer dans quelque chose de complètement nouveau. Sa miséricorde, c’est bien plus qu’une réponse ou un salut qu’on proposerait par ‘pitié’ ; Sa miséricorde, c’est un don substantiel, c’est Lui pour moi ! C’est donc pour nous une nouvelle naissance, l’entrée dans une nouvelle vie : la découverte du regard du Père qui s’unit à nous immédiatement pour que tout ce que l’on vit acquière une nouvelle signification, une nouvelle fécondité, une taille divine, un sens éternel.


La miséricorde c’est cet excès actuel d’amour ou Dieu lui-même se sert de tout ce qui est en vain dans notre vie pour nous unir à lui –et tout de suite-. "Personne ne t'a condamné? Et bien moi non plus, non seulement je ne te condamne pas, mais je viens t'épouser dans tout ce que tu es, et tout de suite."

 

On comprend alors que Jésus puisse comme réclamer de nous que notre nature soit brulée, défigurée par nos misères. Le salut qu’il nous apporte ne supprime pas le désordre du mal en nous ; Il ne vient même pas pour nous éduquer ou pour une thérapie qui ‘évangéliserait efficacement nos profondeurs’… et il y a là une réelle épreuve pour nous, celle d’accepter que son salut ne soit pas apparemment efficace, qu’il soit même apparemment inutile. Notre misère devient alors l’occasion de vivre dans une offrande gratuite de tout nous-même au Père, par un chemin qui , de fait, ne nous dit rien : d’accepter de pâtir de nos misères et de celles des autres, toutes ces pauvretés inutiles, qui nous blessent constamment et qui pourraient être évitées.  

 

Vivre de sa miséricorde, c’est choisir d’être comme crucifié par nos misères, de ne pouvoir les résoudre, et choisir qu’elles font de nous une victime offerte, un don qui est répandu comme en pure perte, pour Lui ; C’est bien la signification ultime du salut : Dieu qui fait de nous de purs actes d’amours, qui nous fait devenir action de grâce, ce qui n’est possible qu’en étant suspendu à son don à lui, qu’en ayant foi en ce que l’on reçoit de lui et qui est plus que tout ce que nous pouvons offrir. C’est cela la croix : c’est Jésus qui donne tout, qui, non seulement ne nous condamne pas, mais vient prendre, s'emparer de tous les rejets, de tout nos manques d'amours, pour être holocauste, don gratuit, parce que ce qu’il reçoit du Père est plus que tout ce qu’il peut offrir de son humanité.

 

Vivre de sa miséricorde, c'est d'accepter ce chemin obscur ou il vient faire de nous, à travers ces misères que l'on porte, ce nouveau buisson ardent qui vit par le Père. Il s'unit à nous, pour que rien dans notre vie ne soit en vain. Sa miséricorde, c'est, pour nous, d'inscrire dans tout ce que nous sommes, une nouvelle dépendance et de suspendre notre jugement sur ce que l'on pourrait croire comprendre de notre vie. C'est cela vivre de Jésus comme Père: de tout vivre avec lui, de vivre comme possédé par son don actuel, de croire à ce que Lui réalise à travers ce que l'on voit de notre vie.  

 

 

 

Fr Grégoire.

© http://www.quecherchezvous.fr


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Il faut arriver à se désarmer...

22 Avril 2012, 02:38am

Publié par Father Greg

    Leon-Bonnat_.jpg  La guerre la plus dure, c'est la guerre contre soi-même. Il faut arriver à se désarmer. 

J'ai mené cette guerre pendant des années, elle a été terrible.

Mais je suis désarmé.

Je n'ai plus peur de rien, car l'amour chasse la peur.

Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres.

Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses.

J'accueille et je partage.

Je ne tiens pas particulièrement à mes idées, à mes projets.

Si l'on m'en présente de meilleurs, ou plutôt non, pas meilleurs, mais bon, j'accepte sans regrets.

J'ai renoncé au comparatif. Ce qui est bon, vrai, réel, est toujours pour moi le meilleur.

C’est pourquoi, je n'ai plus peur. Quand on n'a plus rien, on n'a plus peur.

Si l'on se désarme, si l'on se dépossède, si l'on s'ouvre au Dieu-Homme qui fait toutes choses nouvelles, alors, Lui, efface le mauvais passé et nous rend un temps neuf où tout est possible.

 

Patriarche Athénagoras, Prière. 

 

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la légalité fût du coté du crime

21 Avril 2012, 07:49am

Publié par Father Greg

 

 

 

caravage judith det2Ils avaient devant les yeux, en chair et en os, Celui dont toutes leurs Ecritures, où ils s'usaient les yeux, parlaient, et elles ne parlaient que de lui. Ils avaient devant les yeux Celui qui était la finalité et l'accomplissement de la Loi, cette Loi dont ils étaient les docteurs et les gardiens. Ils avaient devant les yeux le Dieu d'Israël lui-même, pour lequel ils avaient construit le Temple, à qui ils immolaient des victimes prophétiques, mais sa Divinité était voilée par une humanité comme jadis la face éblouissante de Moïse leur apparaissait cachée par un voile.

Ils ne le reconnurent pas. Ils l'ont tué.

Le moins qu'on puisse dire - et cela est de la plus haute importance pour définir exactement les ennemis de Jésus-Christ dans n'importe quelle société - est que le meurtre de Jésus n'est absolument pas un crime crapuleux, un meurtre de chenapans. Il ne fut pas davantage un crime révolutionnaire, commis par une foule en délire. Il ne fut pas un crime du peuple comme les exécutions de la Commune. Il fut un crime de ce que les Anglais appellent l ' establishment. Comme le meurtre de Jeanne d'Arc, qui lui ressemble à tant d'égards, ce fut un meurtre prémédité, hautement motivé, crime de notables et de juristes, crime de prêtres et d'intellectuels, avec tous les raffinements d'une mise en scène élaborée, infiniment respectueuse des formes et des formalités. A part la canaille qu'on retrouve autour de toutes les exécutions, qui n'a rien à voir avec le peuple, et qui n'est là que pour hurler avec les loups, le peuple d'Israël que Jésus avait aimé, qui l'avait acclamé, n'était pas là : il fut mis par ses élites devant le fait accompli. Il en fut consterné.

Une fois de plus dans l'histoire - mais cette fois-là fut de conséquence infinie - les élites ont trahi à la fois leur vocation propre et le peuple dont elles avaient officiellement charge et responsabilité. Une fois de plus dans l'histoire la légalité était d'un côté, la légitimité de l'autre. Et la légalité fut du côté du crime. Une fois de plus.

 

R.L Bruckberger - La Révélation de Jésus-Christ - Grasset 1983

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le printemps, la vie..

20 Avril 2012, 02:20am

Publié par Father Greg

 

        

 

 

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Le bonheur de tout homme: un jugement simple sur Celui qui est toujours là...

19 Avril 2012, 10:38am

Publié par Father Greg

 

« Le bonheur s’acquiert-il par l’habitude, ou par quelque exercice, ou nous échoit-il en vertu d’une faveur divine, ou encore par le hasard ? »

 

Approach to Venice 1843Aristote insiste à la fois, sur la distance et sur la proximité, la parenté, qui existent entre l’homme et Dieu : l’ami ne peut souhaiter à son ami d’être Dieu, car alors il ne serait plus son ami. En revanche,

L’homme qui exerce son intelligence et la cultive, semble être à la fois le plus parfait et le plus aimé des dieux. Si en effet les dieux prennent quelque souci des affaires humaines, ainsi qu’on l’admet d’ordinaire, il sera également raisonnable de penser, d’une part qu’ils mettent leur complaisance dans ce qui, en l’homme, est le meilleur et présente le plus d’affinité avec eux — ce qui ne saurait être que l’intelligence — et, d’autre part, qu’ils récompensent généreusement les hommes qui chérissent et honorent le plus l’intelligence, voyant que ces hommes ont le souci des choses qui leur sont chères à eux-mêmes et se conduisent avec droiture et noblesse. Que tous ces caractères soient au plus haut degré l’apanage du sage, cela n’est pas douteux. Le sage est donc [l’homme] le plus aimé des dieux.

Une vie de ce genre sera trop élevée pour la condition humaine : car ce n’est pas en tant qu’homme qu’on vivra de cette façon, mais en tant que quelque élément divin est présent en nous. Et autant cet élément est supérieur au composé [humain], autant son activité est elle-même supérieure à celle de l’autre sorte de vertu. Si donc l’intelligence est quelque chose de divin par comparaison avec l’homme, la vie selon l’intelligence est également divine comparée à la vie humaine.

Aristote ajoute :

Il ne faut donc pas écouter ceux qui conseillent à l’homme, parce qu’il est homme, de borner sa pensée aux choses humaines, et, mortel, aux choses mortelles, mais l’homme doit, dans la mesure du possible, s’immortaliser, et tout faire pour vivre selon ce qu’il y a de plus noble en lui.

La vie contemplative, surhumaine, est une vie divine, puisque l’activité propre à Dieu ne peut être que la contemplation :

On se représente toujours les dieux comme possédant la vie et par suite l’activité, car nous ne pouvons pas supposer qu’ils dorment (...). Or, pour le vivant, une fois qu’on lui a ôté l’action et à plus forte raison la production, que lui laisse-t-on d’autre que la contemplation ? Donc, l’activité de Dieu, qui surpasse en félicité toutes les autres, ne saurait être que contemplative. Et par suite, de toutes les activités humaines, celle qui est la plus apparentée à l’activité divine sera aussi la plus grande source de bonheur.

Fr Grégoire

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Perversion de l'intelligence

18 Avril 2012, 03:22am

Publié par Father Greg

peter-paul-rubens-deux-satyrs"Aujourd'hui, l'attaque magistrale consiste à pervertir l'intelligence en la ramenant à la raison, à la logique, pour faire croire aux hommes que l'exercice de l'intelligence en ce qu'elle a de propre consiste uniquement en recherches mathématiques ou scientifiques, et que la philosophie doit être abandonnée. Ce qu'Auguste Comte disait sans ménagements au siècle dernier, on le dit aujourd'hui d'une façon plus polie, mais c'est la même chose: la philosophie première, dite "métaphysique", c'est pour les enfants; on ne doit plus chercher le pourquoi, donc la finalité, mais uniquement le comment. C'est la seule chose qui soit utile, c'est la seule chose qu'on doive regarder; tout se ramène à cette connaissance rationnelle, scientifique, et à la technique".


Marie-Dominique Philippe, Les trois sagesses, Fayard

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Simplement magnifique!

17 Avril 2012, 17:14pm

Publié par Father Greg

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Jeanne ne faisait jamais aucun retour sur elle-même!!

17 Avril 2012, 03:11am

Publié par Father Greg

 

Ste-Jeanne-d-arc--1412--2012.jpgVous faites de Jeanne d’Arc un maître spirituel. Comment nous aide-t-elle à faire grandir en nous ce qu’il y a d’Éternel ?

 

Tout d’abord par sa disponibilité à Dieu, dans le service de l’autre et dans le silence de la prière, qui sont les lieux où ne manifeste sa présence. Sans doute est-ce cette transparence à la Lumière qui lui a permis d’entendre l’appel qui lui était adressé et d’y répondre sans tergiverser.

Très important, Jeanne ne faisait jamais aucun retour sur elle-même. Elle était tout élan, accueil et don dans le même mouvement. La première leçon qu’elle nous donne, c’est qu’il faut vivre à chaque instant à l’Eternel présent.

 

Son combat intime pour obéir à la volonté de Dieu – elle va mettre quatre ans à quitter le foyer familial et confiera : « Je préférerais rester chez ma mère… » -, n’est-ce pas un peu le nôtre, à chacun ?

 

Oui, bien sûr. En Jeanne comme en chacun de nous, il y a toujours des résistances. À commencer par la crainte de n’être pas à la hauteur de ce que Dieu nous demande. Lorsqu’elle prend connaissance de la mission qui lui est confiée (lever le siège d’Orléans et mener le roi se faire sacrer à Reims), celle-ci lui apparaît sans commune mesure avec la petite paysanne qu’elle est. Mais si elle ne se fait pas confiance, devant l’insistance de son appel, elle finit par s’oublier elle-même pour faire confiance entièrement à Dieu.

À partir de ce moment-là, rien ne l’arrêtera plus. Comme le dit l’Évangile, « à Dieu, rien n’est  impossible », et il n’est nul obstacle qu’Il ne donne la force de surmonter à celui qui s’élance pour faire sa volonté.

 

« À une époque où la vocation naturelle des femmes était de se marier ou d’aller au couvent, écrivez-vous, Jeanne, forte de sa virginité et de ses voix, avait revêtu le bouclier de la foi, le casque du salut, l’épée de l’Esprit et l’armure du chevalier. » Elle suit Saint Paul à la lettre ?

C’est en effet à dessin que j’ai paraphrasé Saint Paul (Ép 6, 14-17). Car ce qu’il disait, en employant une rhétorique guerrière, du combat spirituel, Jeanne le porte en actes jusque dans l’ordre temporel. Et c’est ce qui fait sa spécificité, ce que j’ai appelé la « sainteté casquée ».

« Agissez et Dieu agira, avait-elle coutume de dire à ses soldats, mais aussi : « Sans Dieu, je ne saurais rien faire ». Mettant tout son génie personnel au service de la grâce dans une collaboration de chaque instant avec Dieu, elle a cherché à faire advenir le Royaume céleste dans le royaume terrestre, l’un dans l’autre et l’un par l’autre. Sachant que le Royaume de Dieu ne sera jamais totalement de ce monde – sa mort sur le bûcher, comme celle du Christ sur la croix, étant la pour nous le rappeler. C’est la raison pour laquelle Benoît XVI en a fait « un exemple de sainteté pour les laïcs engagés dans la vie politique ».

 

Vous écrivez également : « L’ennemi à combattre était tout autant intérieur qu’extérieur ». C’est-à-dire ?

 

Au temps de Jeanne, on avait tendance à considérer que la guerre était non seulement un mal à réduire, mais aussi un fléau envoyé par Dieu pour punir les péchés des hommes, les dérèglements intérieurs étant la principale cause des dérèglements extérieurs.

Cette guerre contre les Anglais, qui était une guerre de libération, devait donc aussi passer par une libération de l’emprise du péché. Et la paix ne se gagnerait pas seulement par les armes, mais par la purification de soi. En commençant par la tête, puisqu’il est bien connu que le poisson pourrit d’abord par la tête. Jeanne demanda donc au roi d’être assidu dans la prière et de se comporter de manière exemplaire. Elle incitait aussi les soldats à se confesser et à communier, à renoncer aux blasphèmes et aux prostituées, et ordonnait une procession au chant du Veni Creator pour faire descendre sur eux l’Esprit de Dieu avant chaque combat.

 

Quelles furent, au cours de sa fulgurante carrière – un an de combat, un an de prison -, ses principales tentations ?

 L’orgueil, sans aucun doute. Ce que j’aime chez Jeanne, c’est qu’elle n’est pas une sainte à l’eau de rose. La modestie n’était pas son fort et l’assurance que lui donnait ses voix la rendait extrêmement intransigeante. Mais pendant la phase des combats, c’est plutôt une force qui lui permet de mobiliser et de projeter toutes les énergies autour d’elle dans une direction claire.

Jeanne se retrouve seule face aux « obscurantistes » comme aux « tenants de fausses lumières ». N’est-ce pas un peu l’image du chrétien dans le monde ?

Jeanne, en effet, est celle qui a le courage, détachée de tout intérêt personnel, d’être rebelle aux idéologies de son temps par fidélité à l’Éternel. Si nous avions trois mots à retenir d’elle, c’est « Dieu premier servi », en toutes choses, à temps et à contretemps. Elle nous donne le plus bel exemple qui soit de cette vertu d’insolence dont nous avons le plus grand besoin aujourd’hui !

 Pourquoi fascine-t-elle toujours autant ?

 Il y a la fascination pour la magnifique héroïne qu’elle fut, évidemment, en plus de la sainte. Il y a aussi la fascination pour cette vie totalement consumée par sa mission. Où il ne faut pas exclure que les hommes de notre temps, aussi éloignés se croient-ils de la foi, perçoivent encore obscurément un peu de la lumière du mystère de la Croix. Et où se manifeste, en creux et par-delà l’épanouissement personnel, la quête plus profonde d’une vérité qui rend libre.

                                  

Pauline de Préval, ‘Jeanne d’Arc, la sainteté casquée ‘

Propos recueillis par Luc Adrian

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La crise du milieu de vie (6ème partie)

16 Avril 2012, 03:13am

Publié par Father Greg

 

 

bodies2-550x557.jpgTauler sait décrire en images très évocatrices la tourmente par laquelle l'Esprit Saint veut opé­rer la transformation intérieure et façonner un être nouveau. Voici ce qu'il dit, à propos de Mt 10,16 de la perspicacité du serpent :

 

Lorsqu'il remarque qu'il commence à vieillir, à se rider et à sentir mauvais, il cherche un passage étroit entre deux pierres voisines et il s'y faufile en les serrant de si près qu'il perd sa vieille peau ; et par-dessous une nouvelle peau s'est déjà formée. L'homme doit faire de même avec sa vieille peau ; il en est ainsi pour tout ce qu'il a de par sa nature, aussi grand et bon que cela puisse être, c'est certai­nement périmé et plein de défauts ; que cela soit donc décapé par le passage entre les deux pierres qui sont l'une à côté de l'autre (215).

 

Pour mûrir, pour parvenir au fond de son âme, il faut se faufiler à travers le passage étroit entre les deux pierres : on ne peut courir continuelle­ment après de nouvelles méthodes de maturation humaine et spirituelle, ce ne serait qu'une fuite pour échapper à la tourmente. À un moment donné, il faut avoir le courage de franchir le pas­sage, même si on perd sa vieille peau, même si on récolte des plaies et des écorchures. Toute déci­sion enserre. Mais si l'on ne franchit pas le pas­sage, on ne peut ni mûrir, ni se renouveler. Il faut que l'homme extérieur soit décapé, afin que, jour après jour, l'homme intérieur devienne nouveau (cf. 2 Co 4, 16).

 

Si l'on prend les paroles de Tauler au sérieux et si l'on reconnaît Dieu lui-même à l’œuvre dans la crise du milieu de la vie, celle-ci apparaît moins menaçante et moins dangereuse. Il ne faut pas en avoir peur. Au contraire, on peut la considérer comme une chance pour avancer d'un pas et se rap­procher de Dieu. Ce qui nous est donc demandé dans la crise, c'est de laisser l’œuvre de Dieu se faire en nous. Bien souvent, son action est doulou­reuse pour nous. Il s'agit alors de subir Dieu en moi jusqu'au bout, de porter le fardeau qu'il m'envoie, sans en être brisé intérieurement. Cette attitude est très exigeante pour quelqu'un qui était habitué à prendre tout en main lui-même. Et il y a donc aussi le risque de vouloir reprendre en main la crise elle-même, de reprendre l'initiative pour accélérer le processus intérieur. En prenant conscience de la chance qui s'offre, on veut la mettre à profit et intervenir soi-même en jetant par-dessus bord des formes de vie dépassées. Tauler met en garde contre cette intervention autoritaire dans le travail de Dieu. Il ne faut pas que nous gênions son action dans et par la tourmente, nous n'avons pas à aban­donner nos pratiques antérieures de notre propre chef, mais seulement lorsque Dieu nous y accule.

 

Il faut faire très progressivement l'apprentis­sage de l'abandon à l'action de Dieu. Il est trop tentant de continuer à planifier soi-même sa vie et sa pratique. On se méfie de toute passivité, par crainte de lâcher les rênes. Auparavant, il était bon de décider soi-même des modalités de sa vie. Aussi veut-on continuer à faire de même. Mais s'il est bon pour la jeunesse de s'entraîner et de se fixer ses objectifs, il s'agit, à l'âge mûr, de laisser faire Dieu. Ainsi faut-il entrer pas à pas dans sa volonté et s'abandonner à sa Providence, ce qui exige l'abnégation de son propre cœur.

 

Pour Tauler, les difficultés et les tourments qui accompagnent la crise du milieu de la vie sont simplement les douleurs de l'enfantement qui accompagnent la naissance divine en l'homme. Dans la tourmente de cette crise, Dieu pousse les hommes à se tourner vers le fond de leur être, à reconnaître leur impuissance et leur faiblesse et à s'abandonner totalement à son Esprit. Lorsque quelqu'un se détache de tout ce qui peut gêner l'action de Dieu en lui, alors Dieu peut être engendré dans le fond de son être. Et, d'après Tauler, cette naissance de Dieu en l'homme est le but ultime du cheminement spirituel :

 

Fais-moi confiance, aucune tourmente ne s'élève dans l'homme sans que Dieu n'ait, en fait, l'inten­tion de procéder à une nouvelle naissance en lui. Et sache-le : tout ce qui t'enlève la tourmente ou la pression, tout ce qui l'apaise ou la soulage, tout cela se fait engendrement en toi. Et puis se produit la naissance, quelle qu'elle soit, Dieu ou créature. Et maintenant réfléchis bien à ceci : si une créature te débarrasse du tourment, quel que soit son nom, elle gâche complètement la naissance de Dieu en toi (217)…. Advienne ce qui voudra, de l'extérieur ou de l'inté­rieur: laisse la suppuration se faire jusqu'au bout et ne cherche pas de consolation, alors Dieu te libère certainement, reste donc disponible et laisse-le faire entièrement (217).

 

La crise du milieu de la vie a donc un objectif. Celui d'offrir à l'être humain l'opportunité de faire une percée jusqu'à son humanité authen­tique et d'accomplir un pas décisif sur le chemin qui mène à Dieu. Si nous avons compris les rela­tions entre tourmente et naissance divine, comme Tauler nous les a expliquées, il nous sera possible de réagir différemment aux premiers indices de la crise. Nous ne perdrons pas la tête et nous ne croirons pas nécessaire d'essayer toutes les méthodes psychologiques possibles pour franchir sains et saufs les reprises du combat. Au contraire, le fait d'accepter la crise et d'écouter ce que Dieu veut nous dire à travers elle deviendra pour nous une tâche spirituelle. Nous n'aurons pas à nous protéger par un des nombreux méca­nismes de défense possibles, nous n'aurons pas non plus à prendre la fuite, mais nous pourrons laisser Dieu agir sur nous en toute confiance, nous pourrons lui permettre de faire le ménage dans notre demeure et de mettre sens dessus des­sous l'ordre qui était supposé y régner. Alors, au lieu de gémir sur notre crise, nous remercierons Dieu pour l’œuvre qu'il opère en nous, pour la manière dont il brise nos raideurs afin de frayer un chemin à son Esprit, qui voudrait transformer toujours davantage notre cœur.

  

                                   La crise du milieu de vie, d'Anselm Grün

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La crise du milieu de vie (5ème partie)

15 Avril 2012, 03:47am

Publié par Father Greg

desiree-dolron-1La connaissance de soi est mise en train par l'Esprit Saint. L'homme doit cependant y contri­buer de manière active. Tauler indique différents moyens susceptibles de l'aider à cette prise de conscience. Il explique comment l'homme doit observer et examiner soigneusement ses faits et gestes, ses pensées et souhaits préférés, ainsi que les faiblesses particulières de sa nature. L'observation de soi requiert de l'entraînement :


La méthode recommandée ici par Tailler est la « visualisation », la représentation imagée que la psychologie actuelle utilise comme technique de connaissance de soi : on laisse monter les images de son imagination, du fond de soi, de son inconscient, et on les observe. Souvent, on peut alors découvrir quelles sont les véritables racines et les bases de nos pensées et de nos actions. À l'aide de cette tech­nique, comme Tauler le préconise, nous devons sans arrêt nous interroger sur les motifs ultimes de notre comportement, nous demander si nos références sont en nous-mêmes ou si elles sont en Dieu. Nous cramponnons-nous à des réalités extérieures, à notre succès, à nos rôles, à notre fonction ou à notre pro­fession, à nos propriétés, aux formes de notre piété ou à notre renom de bon chrétien ? Il faut que nous découvrions quelles sont nos idoles. Et dès que nous les avons découvertes, nous devons essayer de nous en détacher. Nous devons lâcher toutes ces réalités auxquelles nous nous agrippons pour nous laisser faire uniquement par la volonté de Dieu.

 

À côté de la connaissance de soi,  Tauler parle encore d'un autre moyen pour surmonter la crise du milieu de la vie : le détachement. Il n'a pas en vue un détachement et un calme stoïciens qui ne se laissent ébranler par rien, mais la capacité de se détacher de soi. Pour Tauler, le détachement représente ce que la Sainte Écriture appelle le renoncement, l'abandon de sa propre volonté pour s'en remettre à la volonté de Dieu. Il a un aspect dynamique et représente une progression vers Dieu.

 

Pour que l'homme puisse être changé en bien, il faut qu'il renonce à beaucoup de choses. Du côté du mal, de l'entêtement, de l'autoritarisme. Mais aussi du côté du bien, dans la mesure où celui-ci freine le progrès. Car le bien peut être l'ennemi du mieux et devenir un handicap pour l'homme sur le chemin vers Dieu. Tauler illustre cette idée par l'image de la fiancée à qui on retire ses anciens vêtements et qui est lavée « pour être ensuite revêtue par le divin fiancé de nouveaux vêtements d'autant plus somptueux » (198). En parlant d'anciens vêtements, Tauler ne pense pas seulement à ceux qui sont souillés par le péché, mais aussi à ceux qui sont « encore bons et que l'on retire à la fiancée uniquement parce qu'ils sont vieux » (198). Il veut dire que les bonnes pratiques et les vertus de base doivent à présent être relayées par une pratique meilleure et une plus haute vertu.

 

Beaucoup de personnes connaissent une crise spirituelle au milieu de leur vie parce qu'elles éten­dent au domaine religieux l'esprit de conquête qui leur avait permis de réussir leur vie profession­nelle. Elles sont constamment à l'affût de nou­velles expériences religieuses, comme si elles vou­laient amasser un trésor spirituel. Aridité et déception dans la prière sont des avertissements pour que je mette un terme à cette recherche avide d'expériences du divin, pour que je renonce à mon désir de possession et que je devienne tout simple devant Dieu. Il s'agirait en somme de m'abandon­ner totalement à Dieu sans exiger de lui sans arrêt des dons tels que la tranquillité, le bien-être, la sécurité, la jouissance spirituelle.

 

Le détachement suppose aussi qu'on soit prêt à souffrir. Être détaché ne signifie pas être tranquille et jouir de sa tranquillité, au contraire, c'est consentir à ne plus être maître de sa propre tran­quillité et à se laisser mener par Dieu dans la tourmente. « La paix véritable ne peut-être engendrée que par les épreuves de la purification, dans la tourmente » (216). C’est pourquoi il importe de supporter la tourmente et les souffrances qui l’accompagnent :

Reste présent à toi-même et ne prends pas la fuite, souffre jusqu'au bout et ne cherche pas autre chose ! Non pas comme ces personnes qui cher­chent toujours la nouveauté pour échapper à la tourmente dès qu'elles sont dans cette pauvreté intérieure. Ou encore elles s'en vont gémir et inter­roger des maîtres, ce qui les égare encore davan­tage. Reste dans ton état sans hésitation ; après les ténèbres viendra la clarté du jour, le soleil dans tout son éclat (217).


Tauler y revient sans cesse : l'homme n'a pas le droit d'échapper à la tourmente, il doit patien­ter. Il ne peut s'en sortir par ses forces propres. Il ne peut rien faire d'autre qu'attendre que Dieu lui-même lui fasse traverser la tourmente jusqu'à une nouvelle maturité spirituelle. Et il faut qu'il ait confiance ; Dieu ne le laisse pas s'enfoncer dans la tourmente sans nourrir pour lui un dessein positif. C'est dans cette disposition d'esprit qu'il doit être prêt à lâcher les rênes et à se laisser prendre par la main. Dans la crise du milieu de la vie, il s'agit en somme d'une passation de pou­voir intérieure. Ce n'est plus moi qui dois me diriger, mais c'est Dieu. Car c'est bien Dieu qui est à l'œuvre dans la crise, et je ne dois pas lui faire obstacle, afin qu'il puisse accomplir son œuvre en moi.

 

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La crise du milieu de vie (4ème partie)

14 Avril 2012, 03:40am

Publié par Father Greg

3341020993 a97869bf61Le tournant du milieu de la vie nous place devant l'exigence de la connaissance de soi. Celle-ci peut, en même temps, nous aider à venir à bout de cette crise. Lorsque la grâce de Dieu nous a touchés et a mis sens dessus dessous l'édi­fice de nos systèmes de pensée et de vie, la chance s'offre à nous de nous connaître nous-mêmes, non pas superficiellement, mais jusqu'au fond de notre âme, là où se trouve caché notre être véritable. Pour Tauler, aller vers la connais­sance de soi, c'est faire un virage vers l'intérieur, se pencher sur le fond de son âme. Cette prise de conscience est d'abord bien douloureuse, car elle fait découvrir sans ménagement toute l'obscurité et la méchanceté, toute la lâcheté et la fausseté - qui s'y cachent ; on préfère donc l'éviter. Tauler dépeint en termes saisissants l'état d'esprit de ceux qui esquivent la connaissance de soi :

 

Mes enfants, à votre avis, d’où provient-il que l’homme n’arrive à pénétrer au fond de lui-même d’aucune façon ? En voici la cause : mainte peau épaisse, horrible, aussi épaisse que le front d'un bœuf, a été étendue par-dessus, et ces peaux lui cachent si bien son intériorité que ni Dieu ni lui-même ne peuvent plus y pénétrer : les peaux ont poussé par-dessus. Sachez que certaines personnes peuvent bien avoir trente à quarante de ces peaux, épaisses, grossières, noires, comme des peaux d'ours (189).

 

Constamment, nous pouvons vérifier que certaines personnes sont imperméables. On peut bien essayer de leur faire remarquer des défauts, elles n'entendent pas. On peut, avec bienveillance, tenter de les rendre attentives à des comportements qui font une impression pénible, mais c'est en vain. Elles n'ont aucune disposition pour reconnaître leur véritable état. En utilisant l'image de la peau de bœuf, Tauler veut signifier que ces personnes sont si peu en liaison avec leur propre réalité qu'il est impossible, même à Dieu, de percer l'épaisseur de cette peau. Leur intériorité leur est cachée, inaccessible aussi bien à eux-mêmes qu'à Dieu. Elles n'apprennent rien non plus à travers les expériences que Dieu leur envoie, positives ou négatives. Elles sont devenues absolument rigides. Elles interprètent ce qui leur arrive dans le sens d'une confirmation de leurs idées. Elles ont le regard perçant pour débusquer les faiblesses des autres, mais restent aveugles à leurs propres fai­blesses. En psychologie, cet aveuglement s'appelle projection. Puisque j'ai projeté mes faiblesses sur l'autre, je ne peux plus les voir chez moi, je suis aveugle vis-à-vis de mon propre état. Cela se mani­feste alors par des réprimandes à l'égard des autres, par la multiplication des critiques et des condamnations. Pour Tauler c'est « une caractéris­tique des faux amis de Dieu que de condamner les autres, sans jamais se condamner soi-même. Les vrais amis, en revanche, ne condamnent personne, sauf eux-mêmes ».

 

La connaissance de soi est donc généralement ressentie comme bien désagréable. Elle nous arrache tous nos masques et met à découvert tout ce qui est en nous. C'est pourquoi il est très com­préhensible que, le plus souvent, on préfère l'es­quiver. Mais voici que, dans la crise du milieu de la vie, Dieu lui-même prend les choses en main et conduit l'homme à se connaître soi-même. Pour Tauler, le fait que l'homme commence à se connaître tel qu'il est manifeste l'action de l'Esprit Saint en lui. Sous l'influence de l'Esprit, l'homme est progressivement entraîné dans la tourmente, il est ébranlé jusqu'au fond de lui-même. Et l'Esprit dévoile ce qui est inauthentique en lui.

Nous pensons devoir protéger l'être humain contre le choc du milieu de la vie. Au contraire, Tauler y voit l'œuvre de l'Esprit Saint et pense qu'il faut nous laisser ébranler par lui pour pou­voir faire une percée jusqu'à notre fond, jusqu'à notre propre vérité. Il faut tranquillement laisser s'effondrer sur nous la tour de notre suffisance et de notre pharisaïsme et nous abandonner totale­ment à l'œuvre que, dans cette tourmente, Dieu opère en nous :

Mon bien cher, laisse-toi couler, couler à pic jusqu'au fond, jusqu'à ton néant et laisse s'écrouler sur toi, avec tous ses étages, la tour (de ta cathédrale de suffisance et de pharisaïsme)! Laisse-toi envahir par tous les diables de l’enfer !

Cette parole de Tauler est bien courageuse : se laisser envahir par les diables de l’enfer, en faisant confiance à Dieu pour qu’il nous guide à travers la tourmente !

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La crise du milieu de vie (3ème partie)

13 Avril 2012, 03:33am

Publié par Father Greg

98px-Georges de La Tour 058Cet attachement aux pratiques et aux principes religieux vise à dissimuler notre crise intérieure et à camoufler la peur qu’elle déclenche en nous. C’est en fin de compte la peur que Dieu lui-même pourrait m’arracher des mains les images que je me suis fabriquées de moi et de Lui et qu’il pourrait m’ébranler au point de faire s’écrouler l’édifice que je me suis construit pour abriter mon existence…..Tauler  qualifie d’idoles les principes auxquels on s’agrippe. IL estime que beaucoup de gens sont assis dessus comme jadis Rachel sur ses faux dieux et qu’ils s’y cramponnent obstinément pour éviter la rencontre avec le vrai Dieu. Cette personne se défend contre tout ce que Dieu pourrait utiliser pour l’interpeller directement et pour la mettre en question. Elle se cramponne à ses pratiques et les brandit entre elle et Dieu. Sa sécurité, ses convictions religieuses sont plus importantes pour elle qu'une rencontre personnelle avec Lui. Elle maintient Dieu à distance. Car Il pourrait bien la fragiliser en lui révélant ce qu'il en est de son véritable état, ce qu'il en est des vrais motifs de sa pratique religieuse. Il se pourrait bien que Dieu démasque celle-ci comme relevant de l'autodéfense, qu'Il lui mette devant les yeux ses intentions et ses désirs douteux, ses tentatives pour refouler sa peur. Aussi se barricade-t-elle derrière son activité pieuse au lieu d'être pieuse. Elle s'adonne à des actes de piété pour ne pas devoir apprendre de Dieu qu'en réalité elle n'est pas pieuse du tout, mais que, dans sa pratique, elle ne fait que se chercher elle-même, chercher sa sécurité, sa justification, sa valeur spirituelle. Elle se raidit sur des rituels sans remarquer que ceux-ci ne peuvent la rendre pieuse par eux-mêmes. Elle se durcit dans l'illu­sion de sa valeur, mais reste inaccessible à l'appel direct de Dieu qui voudrait l'appeler à la vérité.

Cette attitude est typiquement celle des phari­siens. Elle se retrouve aussi chez beaucoup de soi-disant bons chrétiens qui n'osent pas s'enga­ger dans la foi au vrai Dieu et se laisser transfor­mer par lui en permanence. Tauler dit de ces hommes qu'ils se contentent de citernes closes au lieu de goûter à la source vive de Dieu.

Par l'activité extérieure, par l'ardeur dans la piété et par l'activisme religieux, on veut camou­fler son absence de contact avec ce lieu du cœur qui est tout au fond de nous, on veut oublier que Dieu lui-même nous reste, en fin de compte, étran­ger. On s'imagine Le posséder en satisfaisant à des exercices religieux bien précis. On veut Le forcer à cadrer avec sa pratique religieuse. C'est la peur du Dieu vivant qui explique cette attitude. Dans la crainte qu'Il démolisse l'édifice des assurances et des justifications de soi, vous laissant tout nu devant ce qu'Il est en vérité, on essaie d'ériger autour de soi, par une conduite irréprochable, un mur de protection que Dieu lui-même ne peut fran­chir. Le fidèle accomplissement du devoir ne jaillit pas alors d'un cœur aimant qui a été atteint et tou­ché par Dieu, mais d'une fixation anxieuse sur soi. On se justifie par ses œuvres, de peur de s'en remettre au jugement de Dieu, de crainte de se lais­ser tomber plein de confiance dans ses bras aimants. En se cramponnant à soi, on refuse la foi dans laquelle on devrait se remettre à Dieu.

Tauler ne conseille pas de renoncer aux exer­cices spirituels. Mais celui qui, après quarante ans, tient trop à ses pratiques, celui qui les fait passer avant la recherche du fond de son âme, celui-là se transforme en citerne vide. Il est accaparé par son activité extérieure, sans perce­voir les sollicitations que Dieu lui adresse

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La crise du milieu de vie (2ème partie)

12 Avril 2012, 03:29am

Publié par Father Greg

38537Tauler observe la manière dont des hommes qui ont mené une vie religieuse pendant de longues années entrent en crise entre quarante et cinquante ans. Tous les exercices religieux prati­qués jusqu'ici, méditation, prière personnelle et collective, prière au chœur, offices, tout cela leur paraît tout à coup insipide. Ils n'y trouvent plus d'intérêt, ils se sentent vides, épuisés, insatisfaits.

La nouveauté de cette situation, c’est que celui qui la connaît ne trouve plus de secours dans les pratiques religieuses antérieures, sans savoir pour autant ce qui lui ferait du bien. Ce qui lui était familier lui est enlevé, mais le nouveau n'est pas encore là. Et, en jetant par-dessus bord des pratiques religieuses dépassées, il court le risque d'en faire autant avec la foi elle-même, parce qu'il ne sait plus comment revenir dans la proxi­mité de Dieu. Il constate l'échec de tous les efforts spirituels auxquels il pouvait se raccrocher jusqu'ici. Il se trouve à présent privé de l'appui que lui fournissait le respect des formes exté­rieures. Aussi n'est-il pas loin de se détourner de Dieu par déception.

Pourtant cette crise est, pour Tauler, l’œuvre de la grâce de Dieu. C'est Dieu en personne qui plonge l'homme dans la crise, dans la tourmente. Et il a une intention précise. Il voudrait mener l'homme à la vérité, le conduire au fond de son âme. Tauler utilise ici l'image de la maison dans laquelle Dieu fait le ménage, la mettant sens dessus dessous pour retrouver la drachme, le fond de l’âme…….Mais souvent l'homme réagit de manière erronée à la crise dans laquelle il a été conduit par Dieu. Il ne saisit pas que Dieu s'est mis à agir sur lui et qu'il importe de le laisser faire. Tauler décrit différentes formes de réactions erronées.

L'homme peut fuir la crise du milieu de la vie de trois manières. Dans la première, il refuse de voir ce qui se passe en lui. Il n'ose pas affronter l'inquiétude qui est dans son propre cœur, il la pro­jette au contraire vers l'extérieur en voulant, plein d'impatience, tout améliorer au-dehors, chez les autres, dans les structures et les institutions. Lorsque Dieu fait naître l'inquiétude dans un homme, quand il fait le ménage dans sa maison, lorsque, avec la lumière de sa grâce,

il aborde l'homme et touche à lui et que l'homme devrait prendre soin de soi, là où il est, voilà qu'au contraire l'homme se détourne du fond de son âme, il met le couvent sens dessus dessous et il veut fuir vers Trèves, ou vers Dieu sait où, et il n'accepte pas le témoignage (de l’Esprit en lui) parce qu'il est accaparé par son activité tournée vers l'exté­rieur et les choses sensibles (177).

……

Par le combat mené à l'exté­rieur, il se sent dispensé de l'obligation de com­battre avec soi-même.

Une deuxième forme de fuite consiste à se cramponner à des pratiques religieuses formelles. Dans ce cas, celui qui est concerné ne s'en prend pas aux autres, à l'entourage, il reste au contraire tourné vers soi. Mais il s'appuie sur les aspects formels de ses pratiques. Il évite le débat intérieur en se réfugiant dans des activités extérieures. Au lieu de prêter l'oreille à ce qui se dit en lui et d'être attentif aux « pistes de l'intérieur» dissi­mulées, il veut rester sur les « routes communes, bien larges ».

Une troisième forme de fuite consiste à convertir l'inquiétude intérieure en changements incessants de mode de vie. L'agitation intérieure fait papillonner d'une pratique religieuse à une autre…… Et comme ils ne persévèrent dans aucune d'entre elles, ils ne trouvent jamais le chemin vers leur propre fond. Ils n'affrontent pas leur propre inquiétude, ils ne la supportent pas, ils n'écoutent pas la voix de Dieu qui veut juste­ment les conduire par ce tourment vers leur pro­fondeur propre. Au lieu de se transformer inté­rieurement, ils courent après des transformations extérieures.

Une autre manière de réagir à la crise consiste à ne pas bouger, à se bloquer devant l'exigence d'un nouveau pas sur le chemin de son dévelop­pement et à s'accrocher à son mode de vie anté­rieur. Au plan psychologique, cette réaction conduit à se mettre à cheval sur les principes, à se retrancher derrière eux afin de masquer sa peur. Au plan religieux, le blocage se traduit par un rai­dissement dans la poursuite des exercices de piété antérieurs. Les devoirs religieux sont fidèlement observés, l'assistance à l'office dominical est sans faille, les prières quotidiennes sont dites scrupu­leusement. Toutes les obligations sont respectées de façon tatillonne. Mais malgré tout, il n'y a aucun progrès intérieur, on se durcit, on est peu charitable, on s'en prend aux autres, on condamne leur laxisme moral ou religieux, on se prend pour un bon chrétien qui se doit de mener une vie de croyant exemplaire. En dépit de leur zèle, ces per­sonnes donnent l'impression de ne rien rayonner de l'amour et de la bonté du Christ. Il n'émane d'elles aucun enthousiasme, mais une odeur confinée de suffisance et d'étroitesse. Elles sont mesquines, tristes, dures dans leurs jugements, sûres de leur bon droit

 

La crise du milieu de vie, d'Anselm Grün

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Appeler la miséricorde : un grand cri pour notre temps...

11 Avril 2012, 02:07am

Publié par Father Greg

« La prière est un cri d'appel à la miséricorde de Dieu face aux multiples formes de mal qui pèsent sur l'humanité. Plus la conscience humaine, succombant à la sécularisation, oublie la «miséricorde»; plus, en s'éloignant de Dieu, elle s'éloigne de la miséricorde, plus aussi l'Eglise a le droit et le devoir de faire appel au Dieu de la miséricorde «avec de grands cris». Ces «grands cris» doivent caractériser l'Eglise de notre temps. »

JPII, Dives in misericordia.

 

 

jpii.jpg(…) Dans le Christ et par le Christ, Dieu devient visible dans sa miséricorde : Il est lui-même, en un certain sens, la miséricorde. Pour qui la voit et la trouve en lui, Dieu devient «visible» comme le Père «riche en miséricorde».


Le Christ ne nous a-t-il pas enseigné que notre Père, «qui voit dans le secret», attend pourrait-on dire continuellement que, recourant à lui dans tous nos besoins, nous scrutions toujours son mystère, le mystère du Père et de son amour?


Le Christ, en révélant l'amour-miséricorde de Dieu, exige en même temps des hommes qu'ils se laissent aussi guider dans leur vie par l'amour et la miséricorde.


Ainsi, la miséricorde se situe, en un certain sens, à l'opposé de la justice divine, et elle se révèle en bien des cas non seulement plus puissante, mais encore plus fondamentale qu'elle. Le primat et la supériorité de la charité sur la justice (qui est une caractéristique de toute la révélation) se manifestent précisément dans la miséricorde.


Le père de l'enfant prodigue est fidèle à sa paternité, fidèle à l'amour dont il comblait son fils depuis toujours. Cette fidélité ne s'exprime pas seulement dans la parabole par la promptitude de l'accueil, lorsque le fils revient à la maison après avoir dilapidé son héritage; elle s'exprime surtout bien davantage par cette joie, par cette fête si généreuse à l'égard du prodigue après son retour. L’amour envers le fils, cet amour qui jaillit de l'essence même de la paternité, contraint pour ainsi dire le père à avoir souci de la dignité de son fils.


Il nous arrive parfois, en considérant les choses ainsi, de percevoir surtout dans la miséricorde un rapport d'inégalité entre celui qui l'offre et celui qui la reçoit. Et par conséquent, nous sommes prêts à en déduire que la miséricorde offense celui qui en est l'objet, qu'elle offense la dignité de l'homme. La parabole de l'enfant prodigue montre que la réalité est tout autre : la miséricorde se manifeste dans son aspect propre et véritable quand elle revalorise, quand elle promeut, et quand elle tire le bien de toutes les formes de mal qui existent dans le monde et dans l'homme.


Le Christ souffrant s'adresse d'une manière particulière à l'homme, et pas seulement au croyant. Même l'homme incroyant saura découvrir en lui la solidarité éloquente avec la destinée humaine, comme aussi la plénitude harmonieuse du don désintéressé à la cause de l'homme, à la vérité et à l'amour. Croire dans le Fils crucifié signifie «voir le Père», signifie croire que l'amour est présent dans le monde, et que cet amour est plus puissant que les maux de toutes sortes dans lesquels l'homme, l'humanité et le monde sont plongés. Croire en un tel amour signifie croire dans la miséricorde.


La croix est comme un toucher de l'amour éternel sur les blessures les plus douloureuses de l'existence terrestre de l'homme. La dignité de l'homme pourrait-elle être plus respectée et plus grande, puisque l’homme, s'il est objet de la miséricorde, est aussi en même temps en un certain sens celui qui «exerce la miséricorde»?


L'Eglise vit d'une vie authentique lorsqu'elle professe et proclame la miséricorde, attribut le plus admirable du Créateur et du Rédempteur, et lorsqu'elle conduit les hommes aux sources de la miséricorde du Sauveur, dont elle est la dépositaire et la dispensatrice.


Dieu qui «est amour» ne peut se révéler autrement que comme miséricorde. Cela correspond non seulement à la vérité la plus profonde de cet amour qu'est Dieu, mais aussi à la vérité intérieure de l'homme et du monde qui est sa patrie temporaire.


La miséricorde, en tant que perfection du Dieu infini, est elle-même infinie. Infinie donc, et inépuisable, est la promptitude du Père à accueillir les fils prodigues qui reviennent à sa maison. Infinies sont aussi la promptitude et l'intensité du pardon qui jaillit continuellement de l'admirable valeur du sacrifice du Fils. Aucun péché de l'homme ne peut prévaloir sur cette force ni la limiter. C'est pourquoi l'Eglise annonce la conversion et y appelle. La conversion à Dieu consiste toujours dans la découverte de sa miséricorde, c'est-à-dire de cet amour patient et doux.


La connaissance authentique du Dieu de la miséricorde, Dieu de l'amour bienveillant, est une force de conversion constante et inépuisable, non seulement comme acte intérieur d'un instant, mais aussi comme disposition permanente, comme état d'âme. Il consiste dans la découverte constante et dans la mise en œuvre persévérante de l'amour en tant que force à la fois unifiante et élevante, en dépit de toutes les difficultés psychologiques ou sociales: il s'agit, en effet, d'un amour miséricordieux qui est par essence un amour créateur.


Jean-Paul-II---Ali-Agca.jpgLa miséricorde authentique est, pour ainsi dire, la source la plus profonde de la justice. Si cette dernière est de soi propre à «arbitrer» entre les hommes pour répartir entre eux de manière juste les biens matériels, l'amour au contraire, et seulement lui (et donc aussi cet amour bienveillant que nous appelons «miséricorde»), est capable de rendre l'homme à lui-même.


La miséricorde véritablement chrétienne est également, dans un certain sens, la plus parfaite incarnation de l'«égalité» entre les hommes, et donc aussi l'incarnation la plus parfaite de la justice, en tant que celle-ci, dans son propre domaine, vise au même résultat. L'égalité introduite par la justice se limite cependant au domaine des biens objectifs et extérieurs, tandis que l'amour et la miséricorde permettent aux hommes de se rencontrer entre eux dans cette valeur qu'est l'homme même, avec la dignité qui lui est propre.


Le monde des hommes pourra devenir «toujours plus humain» seulement lorsque nous introduirons, dans tous les rapports réciproques qui modèlent son visage moral, le moment du pardon, si essentiel pour l'Evangile. Le pardon atteste qu'est présent dans le monde l'amour plus fort que le péché.


 «Puiser aux sources du Sauveur» ne peut se réaliser que dans l'esprit de pauvreté auquel le Seigneur nous a appelés par sa parole et son exemple: «Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement» ainsi le peuple tout entier, qui rend témoignage «à toutes les merveilles» de son Seigneur - manifeste encore mieux le Dieu «qui est riche en miséricorde».


Jean Paul II, Dieu riche en miséricorde, 30.11.1980.


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La Résurrection, présence de Jésus à tout l'univers...

10 Avril 2012, 02:35am

Publié par Father Greg

      La résurrection, c’est la personne de Jésus, dans ce qu’elle a de plus personnel, qui vient embraser tout notre univers, chacun de nous. Et Marie a été choisie pour vivre jusqu’au bout ce don caché, et nous, la recevant comme des enfants, nous héritions de sa réponse. La regarder ce n’est donc pas rester comme des spectateurs admiratifs de quelque chose qui leur échapperaient, mais c'est chercher à voir ce qui nous est donné et encore caché mais réélement acquis. Contempler le mystère de Marie, c'est donc comme dévoiler à nous-même ce que le Père nous donne dans la foi-donc immédiatement- mais qui laisse notre sensibilité conplètement pauvre quant à 'l’usage', 'l'utilité' de ce don. C’est surtout chercher à voir quelque chose de la hauteur, de la profondeur, de la qualité du don de Jésus pour nous ; c’est donc pour demeurer dans l’action de grâce face à cette recréation que Dieu opère par la résurrection! 

fr Grégoire.


 

 14ud4vb7za.jpgEtroitement associée au mystère de la Rédemption, Marie vit, dans la nuit de Pâques, ce premier moment éternel de gloire, cette victoire de l’amour sur la mort, sur le péché. Elle n’a pas besoin d’apparition pour adhérer au mystère de la Résurrection dans une foi brûlante d’amour, dans une espérance tout ardente, une soif d’aimer de plus en plus son bien-aimé : « Quelle est celle qui monte du désert (le désert du tombeau) appuyée sur son bien-aimé », appuyée sur le Christ glorifié ? C’est Marie, qui vit ce mystère avec lui. Marie, en effet, n’ « assiste » pas à la Résurrection de Jésus : elle la vit.

 

Et si elle vit ce mystère dans sa foi, son espérance et son amour, c’est pour Jean, celui qu’elle a reçu à la Croix comme fils ; c’est donc pour nous. C’est pour Jean que Marie l’a vécu dans le silence. Il est étonnant de voir à quel point cette nuit de la Résurrection est réservée à Marie…

 

Depuis que le cadavre de Jésus avait été descendu de la Croix, Marie gardait plus que jamais dans son cœur la parole si forte que le Christ avait adressée à Marthe, la sœur de Lazare. A Marthe qui lui faisait ce reproche : « Si tu avais été là,  mon frère ne serait pas mort », Jésus avait répondu : « Je suis la Résurrection ».

 

Cette parole de Jésus, Marie l’a gardée dans son cœur, et c’est sûrement cela qui lui a permis de rester debout au pied de la Croix : il est la Résurrection, et donc la mort et toutes les souffrances de la Croix, toutes les tristesses de l’Agonie, sont absorbées par cet amour victorieux de la mort. Marie, sans comprendre « comment cela peut se faire », garde cette parole incessamment, au plus intime de son cœur : « Je suis la Résurrection ». Et c’est ainsi qu’au moment même où la toute-puissance de Dieu mise au service de son amour glorifie Jésus, glorifie le corps de Jésus par son âme éternellement glorieuse, Marie, immédiatement, adhère à ce mystère : « Je suis la Résurrection ». Et c’est ce « Je suis la Résurrection » qui lui permet de vivre de ce mystère dans une unité parfaite avec Jésus ; et elle reste dans le silence pour être toute à Dieu, toute à Jésus.


Marie sait au plus intime de son cœur, de son intelligence, cette présence qui prend tout et qui la met dans une joie unique : il est ressuscité pour elle. Il est ressuscité pour le Père, certes, mais il est ressuscité pour Marie, tout entier pour elle. Et Marie répond à ce don en étant toute donnée, – d’une manière toute intérieure car à l’extérieur rien n’est changé. C’est le grand mystère de la foi, de l’espérance et de la charité qui en cette nuit de Pâques prend toute sa signification et qui atteint sa perfection dans le cœur et  l’intelligence de Marie.

 

La Résurrection de Jésus, puisque c’est la grande victoire de l’amour, victoire éternelle, victoire plénière, est un mystère de contemplation ; il ne peut donc être vécu qu’à travers la foi toute transformée par l’amour, une foi toute contemplative, qui adhère au cœur blessé et glorieux de Jésus. Et cette nouvelle attraction d’amour est si présente que Marie demeure dans le ilence de ce mystère en cette nuit sainte qui est pour elle, puisque les Apôtres dorment. Accablés de souffrance et de tristesse, ils ne vivent pas encore ce mystère de la Résurrection ; Marie seule en vit, et elle nous demande, durant cette nuit, de comprendre comment elle a vécu ce mystère et comment elle veut nous en faire vivre dans notre foi, dans notre espérance et notre charité, pour que, comme ses enfants bien-aimés, nous puissions en vivre pour toute l’Eglise, pour tous ceux qui ne vivent plus de Jésus, pour tous les hommes qui oublient ce mystère.

 

Demandons à la Vierge Marie de nous faire cette grâce, d’être entraînés comme elle, attirés comme elle, dans le mystère du cœur brûlant d’amour de Jésus glorifié. Que nous puissions nous aussi, dans une foi toute contemplative, tout aimante, adhérer pleinement a cette proximité immédiate de Jésus et vivre de ce mystère qui doit nous transformer pour nous renouveler et nous permettre d’être de vrais fils, de vrais enfants du Père, avec Marie et en elle. Et que nous puissions aussi, quand Dieu le voudra, être de vrais témoins, dans le monde d’aujourd’hui, de cette victoire de l’amour divin.


Nous qui savons que cette victoire nous est déjà donnée dans la foi, l’espérance et la charité, nous devons être, pour ce monde qui est si tiède, si froid, si loin de ce mystère de la Résurrection, les témoins de ce mystère, de cette grande victoire de l’amour divin.  

M.D Philippe, J’ai soif.

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Ô bienheureuse faute !

9 Avril 2012, 02:34am

Publié par Father Greg

 

« Ô nécessaire péché d’Adam, que la mort du Christ a détruit,

Ô heureuse faute qui nous a mérité un tel et un si grand Rédempteur ! »

Exultet, Vigile Pascale.

 Ô certe necessárium Adæ peccátum, quod Christi morte delétum est! Ô felix culpa, quæ talem ac tantum méruit habére Redemptórem!

 

 

dyn005 original 304 400 pjpeg 2501421 cec23e5506eb3c382cd48« Ô Felix culpa ! » « Ô Heureuse faute ! » Voilà ce que nous proclamons au monde et à nous-même pendant cette nuit pascale ! Ce qui est au cœur de notre foi –et qui n’est pas sans poser problèmes à nos intelligences cartésiennes et pharisiennes, moralistes et empresser de juger selon des schèmes étriqués et mesquins!!     

 


 
La faute d’Adam, ce péché originel dont nous avons tous hérité à travers ses conséquences, voilà qu’elle devient le lieu d’un magnificat, d’une exultation ! Ce qui empoisonne notre vie quotidienne, et dont les conséquences –l’orgueil, la jalousie et nos vanités- ne mourront en quelque sorte qu’après nous, deviennent malgré elles, source de joie ! Cette faute, ce premier refus d’être pauvre face à un don excédant nos capacités et qui apparaissait à notre condition humaine comme quelque chose de négatif –tu ne mangeras pas…-  ce « non originel » a comme permis à Dieu de se donner encore plus à nous. Comment ?
  


Alors que nous étions créés juste face à Dieu, la faute originelle nous a blessée d’une manière telle qu’elle a comme hâté, obligé Dieu de s’abaisser vers nous, et de se donner à nous d’une manière toute nouvelle. En effet, nos pauvretés et nos misères, tout ce qui humainement nous diminue, est devenue l’occasion pour Dieu d’un don nouveau ! Comment ?

 

Dieu nous a donné l’existence, la vie, toutes nos capacités spirituelles, sensibles, cet univers qui est comme notre grand jardin, ce dont nous pouvons user pour nous développer. Ce ‘non’ premier a mutilé, handicapé notre existence, nos capacités. Même notre univers est touché par cette faute et ces conséquences. Et Dieu y a répondu, non pas en nous rétablissant dans cette harmonie première, mais en se donnant lui-même ! Nous avions reçu une existence humaine. L’ayant abimé, nous recevons Dieu lui-même !! Ayant défiguré notre existence créé, nous recevons directement l’Incréé ! Celui qui subsiste se donne à nous dans la plus grande des proximités, en venant –grâce à notre misères- nous épouser, nous communiquer sa propre dignité. La faute d’Adam est devenu comme le lieu, l’occasion du don incroyable de Dieu qui, donc, nous appartient ! Dieu est venu s’unir à nous immédiatement, par là où nous l’avions rejeté !

 

La Croix devient ainsi comme un lieu de joie : Dieu épousant notre misère, nous communique tout ce qu’il est, d’une manière telle que l’homme et Dieu sont UN, sans fusion des natures. Il s’est abaissé jusqu’à se faire notre esclave, notre aliment, pour que nous arrêtions de rechercher notre perfection en dehors de son don, en dehors d’une dépendance dans l’amour ; Il se donne totalement pour que nous arrêtions de nous inquiéter de nous-mêmes, pour que nous arrêtions de nous regarder, de nous comparer, d’écraser les petits et les pauvres par nos qualités ou nos perfections à taille humaine ! Et il est venu jusqu’à épouser notre mort, toutes nos morts et nos échecs, toutes nos fautes, pour leur donner un sens, un poids, une fécondité divine, s’unissant par-là en quelque sorte à tout hommes, au-delà de notre vécu ou de notre conscience !


 

Nos lieux de misères deviennent ainsi comme des lieux qui l’attirent, qui réclament son don ! Il n’y a donc plus de place pour aucun pharisaïsme ! Et nous devons tous crier avec la petite Thérèse que nous arriverons au ciel : ‘les mains vides’ pour tout recevoir de Lui, et que nos perfections ne fassent pas obstacles à son don ! Nous ne pouvons donc plus nous prévaloir « d’avoir la vérité » « de posséder la vraie religion » sinon dans une totale pauvreté ! Qui de nous peut se prévaloir de vivre tous les jours en Fils de Dieu ? En Ressuscité ? Qui a conscience d’avoir tout reçu de Dieu ? D’être héritier de Jésus, de race divine ?

 

L’orgueil absolu qui a été vaincu c’est l’orgueil religieux, celui du fils ainé, du pharisien qui croit qu’il sait, des grands prêtres établis dans leurs fonctions et qui refusent de rester des mendiants, dépositaires d’un mystère qui les dépasse.  

 

La résurrection, cette victoire que Dieu nous acquière, doit nous libérer de cette fausse maladie de la bonne conscience de nous-même, de cette satisfaction de gens bien propre sous tout rapport, et qui baignent dans leur suffisance. Ce qui fait dire à St Jean de la Croix que l’obstacle le plus grand à son don, ce sont nos richesses spirituelles ! Même notre amour pour Lui –ou ce que nous croyons être notre amour pour Lui, peut-être un obstacle ! La résurrection est un don qui réclame de chacun, une pauvreté spirituelle radicale ! Qu’est-ce à dire que : ‘Jésus habite tout notre univers et confère à tout ce que l’on vit la dignité même de Dieu’ ?! Je n’en sais rien ! Cela nous échappe tous, puisqu’aucun avons une parfaite compréhension de Dieu !

 

La résurrection, c’est Jésus qui vient nous mettre relatif à lui, et qui vient nous dire que rien, absolument Rien dans notre vie n’est un obstacle à son don, sinon lorsque l’on croit que l’on sait ! «vous dites ‘nous voyons’, alors votre péché demeure… » Jean 9, 41.

 

Fr Grégoire.

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Il est présent à tout ce que nous sommes!

7 Avril 2012, 23:42pm

Publié par Father Greg

 

66.jpgLa résurrection, au-delà de la joie liturgique et du feu pascal, c’est d’abord l’expérience de l’absenceAbsence de signes et de traces visibles. Pas de manifestation ! « Vous cherchez Jésus ? Il n’est pas ici ! » Il n’est pas dans une victoire temporelle ou un ordre naturel idéal ! Il n’est pas dans nos projets liturgique, pas dans un évènement extraordinaire, ou dans notre immanence pieuse : Jésus ressuscité n’est plus de ce monde ! Il n’est plus selon notre conditionnement ou notre psychologie à la recherche d’équilibre ou de guérison intérieure ! Il n’est plus localisable dans le monde physique, il échappe au lieu et au temps : parce qu’Il est encore plus présent, il est LA REALITE, Celui qui s’impose à tout ce qui existe.


 Jésus ressuscité, est présent d’une manière incroyable : il est partout présent ; La résurrection, c’est quelqu’un, c’est Jésus qui prend possession de tout l’univers ! Jésus ressuscité : c’est Celui qui nous attend, celui qui nous précède ! Et il est ressuscité pour nous, pour tout vivre avec nous, de l’intérieur. Et cela c’est tout de suite! Dans la foi, nous avons un contact immédiat avec lui, sans aucune distance. Et cela d’une manière telle, que sa résurrection, c’est la mienne : LA REVELATION N’EST PAS UNE VITRINE : donc LA RESURECTION C’EST LA VERITE, C’EST LE VRAI REEL QUI M’ENTOURE !


Aussi, on ne peut plus se regarder de la même manière ; On doit tout réapprendre auprès de Lui. Nous sommes déjà habitant du ciel, puisque tout en étant sur la terre -avec tout ce qui fait son poids quotidien- il vient nous prendre et nous épouser dans tout ce que nous sommes.

 

C’est cela que les femmes qui ont courus au tombeau doivent annoncer. Comment ? Pas par des mots, des consolations, des raisonnements ou des chocolats!  C'est vrai, on aimerait tellement prouver aux autres qu'on a ‘raison’ de croire à la résurrection! Et pourtant, même Jésus n'a pas cherché à prouver. Il aurait pu apparaitre à Hérode, à Pilate ou aux grands-prêtres au matin de Pâques: imaginez ces grands prêtres, dormant avec leurs phylactères, plein de leurs projets bien pieux, de quête de perfection toute humaine et bien moralisante, réveillés par une apparition de Jésus ressuscité: la cata pour eux...!  Non, Jésus ne s'impose jamais et la résurrection, cette présence victorieuse qui réordonne tout, cette attraction substantielle qui nous prend, est une victoire cachée, divine, qui ne réclame pas comme tel de manifestation: c'est la réalité même de Dieu pour nous qui emplit l'univers et qui habite tout notre histoire humaine de l'intérieur.

 

C'est une victoire dont on est témoin en en vivant comme un secret, dans la foi, comme ce qui est la réalité, ce qu'il y a de plus existant dans notre univers. C'est la présence de Jésus qui ne connait plus de limites: il est présent à tout ce que nous sommes.  Jésus ressuscité, c’est Jésus qui est présent de la manière la plus effective qui soit comme Dieu nous est présent: il imbibe tout! Il est là comme un feu qui vient tout éclairer de l’intérieur. « Il fait toutes choses nouvelles ». C’est une nouvelle naissance ! Il ne nous quitte plus. C’est un nouveau secret : un nouveau paradis est donné, bien que encore caché. Il est intérieur: c’est Dieu qui vient posséder toute notre vie pour lui donner une taille divine, une fécondité éternelle.

 

La résurrection, c’est une source. C’est Jésus qui vient nous dire qu’il prend tout, qu’on ne doit plus avoir peur. Plus rien n’est en dehors de lui si nous le voulons. Nous ne sommes plus jamais seuls. Plus rien n’est en vain. C’est la joie du matin de Pâques : tout est nouveau, renouvelé, recréé par Dieu.

Fr Grégoire.

 

 

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