Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Confiance dans la proximité de Dieu (I)

30 Septembre 2011, 05:08am

Publié par Father Greg

 

536px-1623_Dirck_van_Baburen-_Prometheus_Being_Chained_by_V.jpgChers frères et sœurs,

A l’« école de la prière » que nous vivons ensemble, je commencerais à méditer sur certains psaumes qui, forment le « livre de prière » par excellence. Le premier Psaume est un Psaume de lamentation et de supplication empreint d’une profonde confiance, dans lequel la certitude de la présence de Dieu fonde la prière qui jaillit d’une situation de difficulté extrême dans laquelle se trouve l’orant. Il s’agit du psaume 3, rapporté par la tradition juive à David au moment où il fuit son fils Absalom (cf. v. 1) : il s’agit de l’un des épisodes les plus dramatiques et douloureux de la vie du roi, lorsque son fils usurpe son trône royal et le contraint à quitter Jérusalem pour sauver sa vie (cf. 2 S 15sq). La situation de danger et d’angoisse ressentie par David est donc l’arrière-plan de cette prière et aide à la comprendre, en se présentant comme la situation typique dans laquelle un tel Psaume peut être récité. Dans le cri du Psalmiste, chaque homme peut reconnaître ces sentiments de douleur, d’amertume et dans le même temps de confiance en Dieu qui, selon le récit biblique, avaient accompagné la fuite de David de sa ville.

Le Psaume commence par une invocation au Seigneur : « Seigneur, qu’ils sont nombreux mes oppresseurs, nombreux ceux qui se lèvent contre moi, nombreux ceux qui disent de mon âme : “Point de salut pour elle en son Dieu !” » (vv. 2-3).

 

La description que fait l’orant de sa situation est donc marquée par des tons fortement dramatiques. Par trois fois, on répète l’idée de multitude — « nombreux » — qui, dans le texte original, est exprimée à travers la même racine hébraïque, de façon à souligner encore plus l’immensité du danger, de façon répétitive, presque entêtante. Cette insistance sur le nombre et la multitude des ennemis sert à exprimer la perception, de la part du Psalmiste, de la disproportion absolue qui existe entre lui et ses persécuteurs, une disproportion qui justifie et fonde l’urgence de sa demande d’aide : les oppresseurs sont nombreux, ils prennent le dessus, tandis que l’orant est seul et sans défense, à la merci de ses agresseurs. Et pourtant, le premier mot que le Psalmiste prononce est : « Seigneur » ; son cri commence par l’invocation à Dieu. Une multitude s’approche et s’insurge contre lui, engendrant une peur qu’amplifie la menace, la faisant apparaître encore plus grande et terrifiante ; mais l’orant ne se laisse pas vaincre par cette vision de mort, il maintient fermement sa relation avec le Dieu de la vie et s’adresse tout d’abord à Lui pour rechercher de l’aide. Mais les ennemis tentent également de briser ce lien avec Dieu et de briser la foi de leur victime. Ils insinuent que le Seigneur ne peut intervenir, et affirment que pas même Dieu ne peut le sauver. L’agression n’est donc pas seulement physique, mais touche la dimension spirituelle : « Le Seigneur ne peut le sauver » — disent-ils, — le noyau central de l’âme du Psalmiste doit être frappé. C’est l’extrême tentation à laquelle le croyant est soumis, c’est la tentation de perdre la foi, la confiance dans la proximité de Dieu. Le juste surmonte la dernière épreuve, reste ferme dans la foi et dans la certitude de la vérité et dans la pleine confiance en Dieu, et précisément ainsi, trouve la vie et la vérité. Il me semble qu’ici, le Psaume nous touche très personnellement : dans de nombreux problèmes, nous sommes tentés de penser que sans doute, même Dieu ne me sauve pas, ne me connaît pas, n’en a peut-être pas la possibilité ; la tentation contre la foi est l’ultime agression de l’ennemi, et c’est à cela que nous devons résister, et nous trouverons Dieu et nous trouverons la vie.

Benoit XVI, catéchèse sept 2011

Voir les commentaires

ce monde intérieur...

29 Septembre 2011, 05:11am

Publié par Father Greg

 

 

bouguereau40.jpg Chacun, selon Musset, porte en lui « un monde ignoré qui naît et qui meurt en silence ». A mesure qu’il veut l’éprouver et y vivre, il lui faut descendre plus profondément dans une absorption qui l’isole d’autrui et le rend incommunicable. Jamais ce problème, cette angoisse ne furent mieux ressentis qu’au XIXème siècle où la culture de l’âme individuelle et sa conscience furent portées à leur apogée par le romantisme. (…) Art et poésie ne sont pas seulement indispensables pour rompre le sceau du secret qui enferme la vie profonde et particulière de chacun, « la partie réelle et incommunicable de nous-mêmes », comme l’appelle Proust, cette manière distincte de vibrer en face de faits ou de notions en apparence identiques. L’indicible n’est pas seulement individuel comme l’a cru surtout le romantisme ; il peut être éprouvé aussi par tout un groupe humain, une collectivité sociale et religieuse, et pourtant excéder la capacité du langage. Il suffit en effet qu’il relève d’un autre domaine que celui de l’intelligible, qu’il soit du ressort de la pure sensibilité ou de cet inconscient, qu’on a seulement découvert depuis un siècle. Domaine inférieur à celui des idées, diront certains, et qui n’a qu’à s’élever jusqu’à elles…

 

  Mais il en est un qui les dépasse et ne saurait y être réduit sans perdre sa valeur profonde : c’est celui de la spiritualité. Si l’esprit trop rationaliste de nos pères a méconnu l’inconscient et ses droits à l’expression, le nôtre, encore trop imbu d’une civilisation positive, conçoit malaisément que le spirituel ne se confonde pas avec l’intellectuel et y soit même irréductible tant il lui est supérieur. A lui appartiennent les sommets de notre vie intérieure, ceux où nous entrevoyons des espaces où la pensée défaille, à la manière dont l’avion, armé de sa mécanique, ne peut plus être porté par l’air trop subtil des hautes altitudes.

            Or inconscient et spiritualité, dont se nourrit la vie intérieure des individus aussi bien que celle des collectivités, sont condamnés au mutisme de par les carences du langage usuel, s’ils ne se libèrent et ne se manifestent par l’art et ses images. Lui seul (ou sa sœur la poésie) peut les extraire du vécu brut et en donner le signe, la traduction extérieure. C’est pourquoi l’art a toujours été le langage élu des révélations religieuses comme des confessions particulières de tout ce qui déborde les évidences sensorielles ou les évidences rationnelles, qui seules appartiennent normalement à la parole.

 

René Huygues, Dialogue avec le visible

Voir les commentaires

L'art, une nécessité intérieure qui s'impose comme devant être réalisé...

28 Septembre 2011, 05:14am

Publié par Father Greg

 

 

20047-594.1290703334.thumbnail.jpg Il en est ainsi de toutes les impressions : une impression que je ressens, en tant que je la ressens est mienne, une impression que je désire en tant que je la désire est mienne. Ce qui seul n’est pas mien en une impression quelconque, c’est la loi par laquelle je ne puis passer à une autre sans passer par des impressions intermédiaires, étrangères à la fois à celle que je ressens et à celle que je désire ressentir, étrangères les unes aux autres sinon par ceci même que chacune d’elle succède à telle autre, étrangères chacune à n’importe quelle impression.

 

(…) Ce monde se définit par la loi même qu’il m’impose ; si d’instant en instant je suis sans cesse hors de moi-même, c’est que je me heurte à un monde où tout est hors de tout. Si je me dirige vers ce que je désire au lieu d’y être déjà, si ce que je suis ne peut-être lié qu’indirectement à ce que je veux être, c’est que j’ai à surmonter un monde où tout est étranger à tout, où rien n’est lié à rien, où rien n’est dirigé vers rien ; où n’importe quoi peut être en revanche par une action, mais indirectement, lié à n’importe quoi, non pas pourtant par n’importe quel intermédiaire. La seule loi d’un tel monde, c’est la juxtaposition. Ainsi c’est seulement par l’épreuve du travail que me sont donnés, et toujours ensemble, temps et étendue, le temps comme condition, l’étendue comme objet de mon action ; la loi du travail enferme, quant à mon action, qu’elle dire, quant au monde qu’il s’étende. 

 

Concernant cette existence qui m’est étrangère, si je la considère en elle-même, je ne puis rien savoir au-delà ; il n’y a rien même pour moi à chercher au-delà. Mais ces couleurs, ces odeurs, ces impressions émouvantes à l’occasion desquelles toujours m’est donnée l’étendue, encore faut-il que je les perçoive, c'est-à-dire que je rapporte chacune d’elles à l’étendue pour les constituer toute en un monde.

Simone weil, le temps, p 108

Voir les commentaires

L'amour comme itinéraire vécu... (II)

27 Septembre 2011, 05:22am

Publié par Father Greg

 

 

bouguereau16.jpgAnna, comment te prouver qu’au-delà de toutes ces amours qui remplissent notre vie, il y a l’Amour ? L’Epoux passe par cette rue et par toutes les rues. Comment te prouver que tu es la bien-aimée ? Il faudrait percer une couche de ton âme, comme on creuse la terre d’un sous-bois pour trouver une source dans la verdure de la forêt. Tu l’entendrais dire alors : « Ma chérie, tu ne sais pas à quel point tu fais partie de mon amour et de ma souffrance ». Aimer, c’est donner la vie au-delà de la mort : c’est faire jaillir dans les profondeurs de l’âme une eau vive qui brûle ou couve sans pouvoir se consumer. La flamme, la source !.. Tu ne ressens pas la fraîcheur de la source, Anna, et la flamme te dévore, n’est-ce pas ?

 …..

 

J'ai revu Anna, ce soir. Après tant d'années, elle est encore sous l'effet de sa rencontre avec l'Époux. Elle a pris le chemin de l'amour complémentaire. Elle complète, quand elle donne et quand elle reçoit, et dans d'autres proportions qu'avant. La crise par laquelle elle est passée était très grave, tout menaçait de s'écrouler. S'il n'y avait pas eu la rencontre avec le Bien-Aimé... Le renouveau ne pouvait commencer que grâce à lui. Au début, Anna n'en a ressenti qu'une vive douleur. Peu à peu, l'apaisement est venu. Quelque chose s'est mis à grandir, quelque chose d'insaisissable, qui n'avait pas pour eux le goût de l'amour. Mais ils finiront, je pense, par le trouver. Anna sans doute plus facilement que Stéphane.

 

La cause du drame, il faut la chercher dans le passé. Il y a eu, tout simplement, erreur. Les gens se laissent emporter par un amour qu'ils croient absolu et qui n'a pas les dimensions de l'absolu. Et ils sont tellement victimes de leurs illusions, qu'ils ne ressentent même pas le besoin d'amarrer cet amour à l'Amour qui a ces dimensions. Ce n'est pas la passion elle-même qui les aveugle, mais le manque d'humilité envers l'amour dans son essence véritable. S'ils en sont conscients, ils parent au danger, énorme, car la pression de la réalité est trop forte, l'amour ne peut pas lui résister.

 

Karol Wojtyla, la boutique de l’orfèvre.

Voir les commentaires

L'amour comme itinéraire vécu... (I)

26 Septembre 2011, 05:17am

Publié par Father Greg

 

J’ai dit à cette femme, à Anna : « Dans quelques instants, le Bien-Aimé passera par ici ». C

0c2b2920-e407-11dd-8047-2d1f49ecea32.jpg   ..... Cela porte à réfléchir sur l’amour humain. Rien ne paraît être autant à la surface de notre vie et rien n’est plus inconnu et secret. L’opposition entre ce qui est apparent dans l’amour et ce qui est mystérieux provoque le drame, l’un des plus poignants de notre existence. La surface de l’amour recèle un courant, vif, chatoyant, versatile ; kaléidoscope d’ondes et de situations d’un charme extrême. Et il est vertigineux, ce courant, au point de vous emporter, hommes et femmes ! Et, une fois emportés, vous vous imaginés avoir percé le mystère de l’amour, alors que vous ne l’avez même pas effleuré. Heureux, durant un temps, vous croyez être parvenus au sommet de l’existence, lui avoir arraché tous les secrets de sorte qu’il ne reste plus rien. Oui, il ne reste rien, passé cet emportement. Il ne reste rien. Et ce n’est pas possible qu’il ne reste rien. Ce n’est pas possible, croyez-moi. L’être humain est un continuum, en tout qui ne finit pas, il est impossible qu’il ne reste rien !…… 

………

L’amour n’est pas une passade. Il a le goût de tout l’être humain, son poids propre et le poids de son destin. Il ne peut pas être un moment. L’éternité passe par lui, il est la dimension de Dieu, car Dieu seul est éternité.

Homme, tourné vers le présent, tu voudrais oublier, tout oublier, rompre avec l’éternité, exister un moment, un instant, maintenant ; prendre tout, l’espace d’un moment, tout reperdre aussitôt. Et maudit soit le moment suivant, maudits soient les moments futurs où tu chercheras le chemin du moment passé afin de le vivre à nouveau et, par-là même, avoir »tout ».

…..

Karol Wojtyla, la boutique de l'orfèvre.

 

Voir les commentaires

La volonté: efficience du sujet, ou réceptivité au bien...?

25 Septembre 2011, 05:23am

Publié par Father Greg

 

 

25521.jpgParallèlement au développement de la connaissance, notre vie, au niveau de l’esprit, implique un développement affectif volontaire : nos actes d’amour à l’égard d’un bien spirituel, nos actes d’intention à l’égard de la fin : tout ce que nous avons analysé au niveau de la philosophie éthique. Tous ces actes sont volontaires. Ils relèvent d’un appétit spirituel, d’une puissance affective capable d’aimer un bien spirituel, et capable de mobiliser toutes nos énergies pour l’acquérir. Cette puissance est ce que nous appelons la volonté. Cette puissance regarde en premier lieu tout ce qui est bon en tant que cela est bon, mais elle ne peut s’arrêter, se finaliser que dans le bien spirituel : la personne. Cela apparaît très nettement dès que nous analysons les actes d’appétit spirituel les plus caractéristiques. Pensons à l’amour d’amitié que nous avons analysé. L’acte le plus caractéristique de notre appétit spirituel est bien en effet un acte d’amour. Voilà l’éveil le plus profond, le plus radicale de notre volonté. Celle-ci est faite pour aimer, pour rejoindre son bien spirituel, ce qui est capable de perfectionner le vivant spirituel, de le finaliser. Car ce qui est propre à la volonté c’est d’être l’appétit spirituel du vivant dans sa plus profonde originalité ; la volonté est la puissance affective de la personne. Par la volonté, c’est la personne elle-même qui aime, qui se laisse attirer par le bien spirituel, c'est-à-dire par une autre personne capable de la finaliser, de la perfectionner. Il est capital de comprendre que notre volonté est en premier lieu une capacité d’amour spirituel, personnel, et non en premier lieu une puissance d’efficacité, comme l’affirme Descartes. Par le volonté, la personne n’est pas en premier lieu un être capable de commander, de donner des ordres, de dire : « Fais ceci » ; mais en premier lieu un être capable d’aimer, de recevoir l’influence immédiate de bien spirituel, de se laisser attirer par lui et de répondre en se donnant et en l’accueillant affectivement, spirituellement. Voilà le « cœur spirituel », la volonté en ce qu’elle a de plus profond.

 

Le « cœur spirituel », la volonté, est en premier lieu une puissance de réceptivité à l’égard du bien spirituel mais pour que ce bien puisse l’attirer, il faut que le bien spirituel soit connu comme bien spirituel par l’intelligence, qu’il soit connu non pas d’une manière abstraite et universelle, mais d’une manière concrète, dans sa propre existence. Le bien, dans ce qu’il est, implique, en effet l’acte d’être, l’exister (le bien idéal n’est pas le bien proprement dit, et le bien sensible, en tant que connu comme bien sensible, n’est pas atteint dans son exister, mais seulement dans son apparaître, son phénomène ; il n’est donc pas vraiment atteint comme bien). Ce jugement qui dévoile l’exister de ce bien spirituel permet à ce bien de se dévoiler lui-même comme bien, c’est-à-dire en suscitant au plus intime de la volonté un amour ; à partir de là il y a une nouvelle connaissance de ce bien, une connaissance affective, car je puis le connaître de l’intérieur, en tant qu’il est mon bien. C’est le bien-existant lui-même qui détermine mon amour, qui le finalise. La connaissance de l’intelligence permet le contact indispensable, mais elle n’est pas ce qui détermine mon appétit spirituel, ma volonté. Nous l’avons déjà vu au niveau de l’amitié et au niveau de la passion : nous le signalons ici au niveau même de l’éclosion du premier amour spirituel.

           

Ce premier amour spirituel n’est pas, en lui-même et par lui-même, conscient : il ne le sera que dans l’amour d’amitié, dans l’intention et le choix. Mais le philosophe découvre son existence comme fondamentale par rapport à tout le développement de nos opérations volontaires. Ce premier amour est vraiment à la racine de toute notre vie affective spirituelle.

Marie Dominique Philippe, Lettre à un ami.

Voir les commentaires

Dire cette vie qui habite le corps...

24 Septembre 2011, 05:15am

Publié par Father Greg

 

 

jpg_mains_rodin.jpgL'artiste est celui à qui il revient à partir de nombreuses choses, d'en faire une seule, et à partir de la moindre partie d'une seule chose, de se faire un monde. Il y a dans l'œuvre de Rodin, des mains, de petites mains autonomes qui sans faire partie d'aucun corps sont vivantes.

 

Des mains qui se dressent irritées et méchantes, des mains dont les cinq doigts hérissés paraissent aboyer comme cinq gueules d'un chien des enfers. Des mains qui marchent, des mains qui s'éveillent, des mains criminelles, des mains à l'hérédité chargée, et d'autres qui sont fatiguées, qui ne veulent plus rien, qui se sont couchées dans un coin comme des bêtes malades qui savent que personne ne peut les secourir. Mais les mains sont déjà un organisme complexe un delta ou conflue quantité de vie venue de loin, pour se déverser dans le grand fleuve de l'action. Il y a une histoire des mains, elles ont effectivement leur civilisation à elles leur beauté particulière; on leur reconnaît le droit d'avoir une évolution propre et leurs propres désirs, leurs sentiments, leurs lubies et leurs préférences. Or Rodin sachant par l'éducation qu'il s'est donné que le corps n'est tout entier composé que des théâtres où se joue la vie-une vie capable à chaque endroit de devenir individuelle et  grandiose -a le pouvoir de conférer à n'importe quelle portion de cette vaste surface vibrante , l'autonomie et la plénitude d'un tout. De même que pour lui le corps humain n'est un tout  que pour autant une action commune (interne ou externe) mobilise tous ces membres et toutes ces énergies, de même pour lui les différentes parties de corps différents s'ordonnent aussi inversement en un seul organisme, lorsqu'elles sont jointes ensemble par nécessité intrinsèque.

 

1387044874_9aa449fac1.jpgUn main qui se pose sur l'épaule ou la cuisse d'autrui ne fait déjà plus tout à fait partie du corps dont elle est venue; avec l'objet qu'elle effleure ou empoigne, elle forme une nouvelle chose, une chose de plus qui n'a pas de nom et n'appartient à personne; et c'est de cette chose, avec ses frontières bien déterminées, qu'il s'agit dorénavant. Cette découverte est le fondement du groupement des personnages chez Rodin; c'est d'elle que résulte la façon inouïe dont les figures sont liées les unes aux autres, la cohésion des formes, et leur manière de ne pas se lâcher, à aucun prix. Il ne part pas des figures qui s’enlacent, il n'a pas de modèles qu'il dispose et arrange. Il commence aux endroits où le contact est le plus fort, qui sont autant de sommets de l'œuvre; il attaque à l'endroit où naît quelque chose de nouveau, et tout le savoir de son instrument, il le consacre aux mystérieuses manifestations qui accompagnent le devenir d'une chose nouvelle. Il travaille quasiment à la lueur des éclairs qui jaillissent en ces points, et, de tout le corps il ne voit que les parties qui en sont éclairées (…)

 

On a le sentiment que des surfaces en contact, des ondes partent là dans les corps tout entiers, des frissons de beauté, de pressentiment et d'énergie (…)

 

                                                                                  Rainer Maria Rilke  « Auguste Rodin »

 

Voir les commentaires

La quête de la lumière, une recherche incessante...

23 Septembre 2011, 10:52am

Publié par Father Greg

17-la-tour-georges-de-christ-in-the-carpenter-s-shopd1.1290Le métier d'homme, art de vivre fatal que chacun pratique au quotidien-souvent sans le savoir-exige par conséquent bien des ressources, une constante ingéniosité déployée pour faire de la vie une victoire, pour assumer sa condition...

Voilà la grande affaire qui motive chacun de nos combats, et guide ma quête. Je veux donc bien, dès l'abord, avouer mon extrême faiblesse. Parler de la souffrance, pire la vivre dans sa chair est une épreuve redoutable que le métier d'homme interdit d'éluder. Une personnalité ne trouve précisément sa quintessence que dans la virtuosité qu'elle déploie pour surmonter le mal.

Pour garder sauf l'entrain qui nous anime, il convient de tirer du quotidien et des mauvais jours quelque féconds outil adapté à l'échec. Cette quête fait de l'homme un apprenti emprunté, placé devant une vertigineuse et obscure obligation: faire de sa vie une œuvre, forger une personnalité digne d'assumer pleinement la totalité de l’existence.

 

Se lancer dans la construction de soi me place devant un abîme car il s'agit avant tout d'exercer sa lucidité, de savoir sur quoi l'on bâtit. Un bref regard sur la condition humaine suffit, en effet, à mettre en lumière son caractère tragique. Alors résignation?


Là précisément, s'amorce ma réflexion sur les blessures, les douleurs, les angoisses, la menace qui un jour finira par se concrétiser. Marguerite Yourcenard place dans la bouche de l'empereur Hadrien un constat qui situe l'homme:

« Quand on aura allégé le plus possible les servitudes inutiles, évité les malheurs non nécessaires, il restera toujours, pour tenir en haleine les vertus héroïques de l'homme, la longue série des maux véritables, la mort, la vieillesse, les maladies non guérissables, l'amour non partagé, l'amitié rejetée ou trahie, la médiocrité d'une vie moins vaste que nos projets et plus ternes que nos songes ».

 

Tel est tôt ou tard, le lot commun, je ne le sais que trop. Mais où chercher même les vertus à même d'adoucir la dureté de l'existence et comment forger l'état d'esprit, l'arme à opposer à l'ennemi?

Peut-être sied-il de partir de l'unique certitude, de la perspective du néant dont nous procédons et vers lequel nous sommes précipités chaque jour? Au coeur même de nos réjouissances, le tragique nous précède, tant que nous vivons. Le nier, c'est en quelque sorte le mettre au premier plan....

On cherche à fuir le tragique dans les jeux, dans l'action; même l'activité la plus modeste vise à nous en éloigner: tout, plutôt que de réaliser que l'homme voué à la mort, n'échappera guère à sa part de souffrance...

 

Devant un tel désarroi et sans prétexte à la souffrance, vais-je tomber dans le nihilisme, abdiqué face à un monde où souffrance et mort triomphent? Entre illusion et cynisme désabusé, je veux laisser la question en suspens et tâcher de vivre- dégagé, tranquille- mais ma vie l'interdit. Il faut s'engager ou au moins consentir, sinon le combat si exigeant tournerait vite court. Le tragique est là, moi aussi! Entre deux tout reste à bâtir. Il n'y a guère le choix. Ni modèle ni solution, ni réponse toute faite, ni mode d'emploi ne sont disponibles. Chacun y va à tâtons, essuyant des échecs, bâtissant sur des ruines....

 

Alexandre Jollien, le métier d'homme.

Voir les commentaires

Ou Dieu est présent, il y a un futur...

22 Septembre 2011, 08:09am

Publié par Father Greg

 

 

pape« Mon voyage en Allemagne n'est ni tourisme religieux et encore moins un show. De quoi s'agit-il ? Le thème de ces journées le dit bien : " Où Dieu est présent, il y a un futur". Il s'agit du fait que Dieu revienne dans notre horizon, ce Dieu souvent totalement absent, duquel cependant nous avons tant besoin.

Peut-être me demanderez-vous : "Dieu existe-t-il ? Et s'il existe, il s'occupe vraiment de nous ? Nous pouvons nous, arriver jusqu' à Lui ?". Certes, il est vrai : nous ne pouvons pas mettre Dieu sur la table, nous ne pouvons pas le toucher comme un ustensile ou le prendre par la main comme quel qu’autre objet. Nous devons de nouveau développer la capacité de perception de Dieu, la capacité qu'il existe en nous. Nous pouvons comprendre quelque chose de la grandeur de Dieu dans la grandeur du cosmos. Nous pouvons utiliser le monde à travers la technique, parce que celui-ci est construit de manière rationnelle. Dans la grande rationalité du monde, nous pouvons voir l'esprit créateur duquel lui-même provient, et dans la beauté de la création nous pouvons comprendre quelque chose de la beauté, de la grandeur et aussi de la bonté de Dieu. Dans la parole de l'Ecriture Sainte nous pouvons écouter les paroles de la vie éternelle qui ne viennent pas simplement des hommes, mais qui viennent de Lui. Et, en elles, nous écoutons sa voix. Enfin, nous voyons presque Dieu aussi dans la rencontre avec les personnes qui ont été touchées par lui. Je ne pense pas seulement aux grands : de Paul à François d'Assise jusqu'à Mère Teresa. Mais, je pense à tant de personnes simples desquelles personne ne parle. Cependant, lorsque nous les rencontrons, d'elles, émane quelque de bonté, sérénité, joie et nous savons que là est Dieu et qu'Il touche aussi nous-mêmes. Alors, en ces journées, nous voulons nous engager à revenir voir Dieu, afin d'être des personnes par lesquelles entre dans le monde une lumière d'Espérance, qui est lumière qui vient de Dieu et qui nous aide à vivre."

 

Benoit XVI, interview avant le voyage en Allemagne.

  

Voir les commentaires

Les citations, c'est de la pensée en conserve : c’est pas cher, c'est pas toujours très bon, mais tout le monde en mange...

21 Septembre 2011, 05:57am

Publié par Father Greg

 

 

punaiiiiise

 

 

      Avec le temps qui passe, ceux qui étaient cons le restent, et ceux qui ne l'étaient pas le deviennent. Formidable, non ?

C'est bizarre : - Quand je me moque des juifs, ils m'écrivent des lettres de protestation, quand je me moque des belges également, ainsi que les noirs et les arabes. - Par contre, quand je me moque des cons, personne ne me dit rien, et pourtant ce sont les plus nombreux...

Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l'Univers, je n'ai pas encore acquis la certitude absolue.

Il vaut mieux ne rien dire et passer pour un con que de l'ouvrir et ne laisser aucun doute à ce sujet.

Il vaut mieux être saoul que con, ça dure moins longtemps.

Il n'est pas nécessaire d'être gros pour être un gros con : Il suffit d'être con

Un intellectuel assis va moins loin qu'un con qui marche.

Être traité de con par un autre con ne prouve pas que vous n'en soyez pas un.

Le pire des cons, c'est le vieux con. On ne peut rien contre l'expérience.

Les cons gagnent toujours, ils sont trop.

Si les cons dégageaient de la lumière, il ferait jour même la nuit.

Il vaut mieux être bourré que con, ça dure moins longtemps.

Loin des cons, l'air est pur.

Si la vue d'un con faisait mal aux yeux, nous serions tous aveugles.

Les cons, c'est comme les impôts, y'en a beaucoup trop.

Il est tellement plus facile d'être con, que d'être soit même.

Le con se croit malin quand il est seul.

Si les cons volaient il ferait nuit...

Le con ne perd jamais son temps, il perd celui des autres!

Voir les commentaires

Mourir, c'est rien. Commence donc par vivre. C'est moins drôle et c'est plus long...

20 Septembre 2011, 05:55am

Publié par Father Greg

 

 

stalker_03.png Ce qu’on appelle l’humanité, ou comme disaient les grecs les mortels : non ceux qui vont mourir (les bêtes meurent aussi) mais ceux qui savent qu’ils vont mourir, sans savoir pourtant ce que cela veut dire et sans pouvoir davantage s’empêcher d’y penser. L’homme est un animal métaphysique, c’est pourquoi la mort est toujours son problème. Il s’agit non de le résoudre, mais de l’affronter.

On rencontre ici la fameuse formule : « Que philosopher c’est apprendre à mourir… » . (…) Cette phrase peut se prendre en deux sens différents, comme Montaigne le remarquait déjà, entre lesquels, peu ou prou toute la vie (et toute une partie de la philosophie) se décide.

Il y a le sens de Platon : la mort, c’est-à-dire ici la séparation de l’âme et du corps, serait le but de la vie, vers lequel la philosophie ferait une espèce de raccourci. Un suicide ? Au contraire : une vie plus vivante, plus pure, plus libre, parce que libérée par anticipation de cette prison (voire de ce tombeau comme le dit le Gorgias) qu’est le corps… « Les vrais philosophes sont déjà morts » écrit Platon, et c’est pourquoi la mort ne les effraie pas : que pourrait-elle leur prendre ?


Et puis il y a le sens de Montaigne : la mort serait non pas le but mais le bout de la vie, son terme, sa finitude (et non sa finalité) essentielle. Il faut s’y préparer, l’accepter, puisqu’on ne peut la fuir, sans la laisser pourtant gâcher notre vie, nos plaisirs. Dans les premiers Essais, Montaigne veut y penser toujours, pour s’y habituer, pour s’y préparer, et pour se roidir, comme il dit, contre elle. Dans les derniers, l’habitude est telle, semble-t-il, que cette pensée devient moins nécessaire, moins constante, moins pressante : l’acceptation suffit, qui se fait, avec le temps de plus en plus légère et douce. (…) l’angoisse ? Ce n’est qu’un moment. Le courage ? Ce n’est qu’un moment. (…) c’est la vie qui vaut, et elle seule. Les vrais philosophes ont appris à l’aimer comme elle est ; pourquoi s’effraieraient-ils qu’elle soit mortelle ?

 

« L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort et sa sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie » écrit Spinoza. La seconde partie de la phrase est aussi évidente que la première semble paradoxale. Comment méditer la vie (c’est-à-dire philosopher) sans méditer aussi sa brièveté, sa précarité, sa fragilité ? Que le sage pense l’être plutôt que le non-être, la vie plutôt que la mort, sa puissance plutôt que sa faiblesse, soit. Mais comment penser la vie dans sa vérité sans la penser aussi dans sa finitude ou sa mortalité ?

D’ailleurs Spinoza corrige dans un autre passage de l’Ethique ce que cette pensée, seule, pourrait avoir de trop unilatéral. Pour tout être fini, explique-t-il, il existe un autre plus fort qui peut le détruire. C’est reconnaître que tout être vivant est mortel, et que nul ne peut vivre ou persévérer dans son être sans résister aussi à cette mort qui de partout l’assaille ou le menace. L’univers est plus fort que nous. La nature est plus forte que nous. C’est pourquoi nous mourrons. Vivre, c’est combattre, résister, survivre, et nul ne le peut indéfiniment. A la fin il faut mourir, et c’est la seule fin qui nous soit promise. Y penser toujours, ce serait y penser trop. Mais n’y penser jamais, ce serait renoncer à penser. Au reste, nul n’est libre absolument : nul n’est sage en entier. Cela laisse à la pensée de la mort de beaux jours ou de difficiles nuits qu’il faut bien accepter.

 

On voudrait bien qu’il y ait une vie après la mort, parce que cela seul nous permettrait de répondre absolument à la question qui la concerne. Mais la curiosité pas plus que l’espérance n’est un argument.           

                                                     André Comte-Sponville, Présentation de la philosophie.


Voir les commentaires

L'absurde: pertes des schèmes simplistes et attente d'un sens qui nous échappe...?

19 Septembre 2011, 05:14am

Publié par Father Greg

 

 

titien-sisyphe.jpg« Il arrive que les décors s'écroulent. Lever, tramway, quatre heures de bureau ou d'usine, repas, tramway, quatre heures de travail, repas, sommeil et lundi mardi mercredi jeudi vendredi et samedi sur le même rythme, cette route se suit aisément la plupart du temps. Un jour seulement, le « pourquoi » s'élève et tout commence dans cette lassitude teintée d'étonnement. « Commence », ceci est important. La lassitude est à la fin des actes d'une vie machinale, mais elle inaugure en même temps le mouvement de la conscience. Elle l'éveille et elle provoque la suite. La suite, c'est le retour inconscient dans la chaîne, ou c'est l'éveil définitif. Au bout de l'éveil vient, avec le temps, la conséquence : suicide ou rétablissement. En soi, la lassitude a quelque chose d'écœurant. Ici je dois conclure qu'elle est bonne. Car tout commence par la conscience et rien ne vaut que par elle. Ces remarques n'ont rien d'original. Mais elles sont évidentes : cela suffit pour un temps, à l'occasion d'une reconnaissance sommaire dans les origines de l'absurde. Le simple « souci » est à l'origine de tout.

De même et pour tous les jours d'une vie sans éclat, le temps nous porte. Mais un moment vient toujours où il faut le porter. Nous vivons sur l'avenir : « demain », « plus tard », « quand tu auras une situation », « avec l'âge tu comprendras ». Ces inconséquences sont admirables, car enfin il s'agit de mourir. Un jour vient pourtant et l'homme constate ou dit qu'il a trente ans. Il affirme ainsi sa jeunesse. Mais du même coup, il se situe par rapport au temps. Il y prend sa place. Il reconnaît qu'il est à un certain moment d'une courbe qu'il confesse devoir parcourir. Il appartient au temps et, à cette horreur qui le saisit, il y reconnaît son pire ennemi. Demain, il souhaitait demain, quand tout lui-même aurait dû s'y refuser. Cette révolte de la chair, c'est l'absurde. Un degré plus bas et voici l'étrangeté : s'apercevoir que le monde est « épais », entrevoir à quel point une pierre est étrangère, nous est irréductible, avec quelle intensité la nature, un paysage peut nous nier.

Au fond de toute beauté gît quelque chose d'inhumain et ces collines, la douceur du ciel, ces dessins d'arbres, voici qu'à la minute même, ils perdent le sens illusoire dont nous les revêtions, désormais plus lointains qu'un paradis perdu. L'hostilité primitive du monde, à travers les millénaires, remonte vers nous. Pour une seconde, nous ne le comprenons plus puisque pendant des siècles nous n'avons compris en lui que les figures et les dessins que préalablement nous y mettions, puisque désormais les forces nous manquent pour user de cet artifice. Le monde nous échappe puisqu'il redevient lui-même. Ces décors masqués par l'habitude redeviennent ce qu'ils sont. Ils s'éloignent de nous. De même qu'il est des jours où, sous le visage familier d'une femme, on retrouve comme une étrangère celle qu'on avait aimée il y a des mois ou des années, peut-être allons-nous désirer même ce qui nous rend soudain si seuls. Mais le temps n'est pas encore venu. Une seule chose : cette épaisseur et cette étrangeté du monde, c'est l'absurde. »

A.Camus, le mythe de Sisyphe.

 

Voir les commentaires

Aller au-delà du connu...

18 Septembre 2011, 05:32am

Publié par Father Greg

 

 

200px-Sanzio_01_Plato_Aristotle.jpgLa meilleure définition du philosophe, à mon sens, celle à laquelle je reviens toujours, c'est celle de Péguy, qui n'était pas philosophe. C'est la meilleure, non pas d'une manière absolue, mais en ce qu'elle est de plus compréhensible pour les gens. Péguy nous dit, à sa manière, qu'il n'y a que deux espèces de personnes, les gens qui descendent le fleuve et ceux qui remontent à la source; et c'est comme cela qu'il distingue les philosophes des non philosophes. Quantité de personnes descendent le fleuve, et c'est très facile: les morts aussi descendent le fleuve, et même leur cadavre descendent le fleuve plus vite que les autres (à la course de la descente, soyons donc des cadavres!) On fait comme tout le monde, on descend le fleuve. Quand je demande à quelqu'un: « pourquoi faites-vous cela? » et qu'il  me répond: » C'est à la mode aujourd'hui, tout le monde fait cela », je lui dis: « Alors, vous descendez le fleuve? Soyez cadavre cela ira plus vite. C'est à dire ne réfléchissez plus, faites comme tout le monde et puis c'est tout ».

 

  Certains, au contraire, veulent remonter à la source. Et Péguy ajoute: c'est difficile de de remonter à la source, c'est pénible et il faut accepter d'être seul. C'est très juste. Péguy ne donne pas la une définition, mais décrit une attitude intérieure qui consiste à chercher la vérité. Non pas la posséder, mais pour être possédée par elle, pour être pris par elle. C'est pour cela que je définirais assez bien le philosophe comme celui qui lutte contre tous les a priori: politique, moral, bref tous les a priori qu'on peut avoir, et on en a des quantités, et il y en aura tout le temps. Il faut lutter contre cela pour être capable d'être en face d'un autre homme, d'être en face d'un ami, en face d'un saint, en face de la nature, d'une petite violette. J'ai beaucoup aimé un grand peintre qui disait: « Le peintre, c'est celui qui sait regarder une pomme comme s'il n'en avait jamais vu. » J’avais envie de lui dire: cela c'est la philosophie!

 

Marie- Dominique Philippe,« Les Trois Sagesses »

 

 

Voir les commentaires

La place des femmes dans le NT...

17 Septembre 2011, 07:04am

Publié par Father Greg

 

 

bouguereau1.jpg Dans le milieu de l'Église primitive, la présence des femmes est bien loin d'être secondaire... Nous devons à saint Paul une ample documentation sur la dignité et sur le rôle ecclésial de la femme. Son point de départ est le principe fondamental selon lequel parmi les baptisés, non seulement « il n'y a ni juif ni païen, il n'y a ni esclave ni homme libre », mais également « il n'y a ni homme ni femme ». La raison est que « tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus » (Ga 3,28), c'est-à-dire que tous sont unis par la même dignité fondamentale, même si c'est chacun avec des fonctions spécifiques (1Co 12,27s). L'apôtre admet comme quelque chose de normal que dans la communauté chrétienne, la femme puisse « prophétiser » (1Co 11,5), c'est-à-dire s'exprimer ouvertement sous l'inspiration de l'Esprit, pourvu que ce soit pour l'édification de la communauté et accompli avec dignité...



      Nous avons déjà rencontré la figure de Prisca ou Priscille, épouse d'Aquilas, qui dans deux cas, de manière surprenante, est mentionnée avant son mari (Ac 18,18; Rm 16,3) ; l'une et l'autre sont explicitement qualifiés par Paul comme ses « collaborateurs » (Rm 16,3)... Il faut aussi prendre en compte que la brève Lettre à Philémon est en réalité également adressée par Paul à une femme appelée Apphia (Phm 2)... Dans la communauté de Colosse, elle devait occuper une place importante ; en tout cas, elle est l'unique femme mentionnée par Paul parmi les destinataires de ses lettres. Ailleurs, il mentionne une certaine Phébée, qualifiée de diákonos de l'Église de Cencrées... (Rm 16,1-2). Bien que ce titre, à cette époque, n'ait pas encore de valeur ministérielle spécifique de type hiérarchique, il désigne un exercice authentique de responsabilité de la part de cette femme en faveur de cette communauté chrétienne... Dans la même lettre, Paul rappelle d'autres noms de femmes : une certaine Marie, puis Tryphène, Tryphose et la « très chère » Persis, et encore Julie (Rm 16,6.12a.12b.15)... Dans l'Église de Philippes se distinguèrent deux femmes appelées Évodie et Syntyché (Ph 4,2) : l'appel que Paul leur adresse laisse entendre que ces deux femmes assuraient une fonction importante au sein de cette communauté. En somme, l'histoire du christianisme aurait connu un développement bien différent s'il n'y avait pas eu l'apport généreux de nombreuses femmes...


Benoit XVI, Audience générale du 14/02/07.

Voir les commentaires

En Afghanistan, les légionnaires l'appellent "padre"...

17 Septembre 2011, 05:32am

Publié par Father Greg

 

Père Benoît Jullien de Pommerol, ex-aumônier du 2e régiment étranger de parachutistes de Calvi, était coordinateur JMJ du diocèse aux armées


 

Voir les commentaires

Avez-vous vraiment laissé l'autre s'imposer à vous jusqu'au bout?

16 Septembre 2011, 08:35am

Publié par Father Greg

 

 

 

apocalypto-2006-02-g.1290702140.thumbnail.jpg « Pourquoi en arrive-t-on à cette primauté de la pensée sur la réalité ? Pourquoi l'amour est-il rejeté et, en quelque sorte, exclu de la philosophie ? » N'est-ce pas parce que nous ne pouvons découvrir l'absolu, le mystère de Dieu, que par l'amour ? N'est-ce pas là la raison profonde et cachée ? En effet, on ne peut pas faire disparaitre Dieu tant qu'on n'a pas masque l'amour. Si nous n'allons pas jusque là, peut-être y a-t-il quelque chose que nous ne saisissons pas dans la pensée européenne moderne.

 

Certes, il est normal, d'une certaine façon, que l’amour soit absent du jugement « ceci est». Psychologiquement parlant, du point de vue de la conscience, c'est normal, car nous avons conscience de notre pensée alors que l’amour, au point de départ, est au-delà de la conscience, il est comme une source cachée. Au terme, le philosophe pourra dire que la Source cachée est Dieu, qui « parle » par cette source cachée qu'est l’amour. Mais ici, au point de départ, nous pouvons poser en quelque sorte cette hypothèse: « Si l’on brise l'amour, peut-on encore parler de Dieu d'une façon vraie ? » Ne risque-t-on pas de ne plus en parler que d'une façon passionnelle, apologétique ? Mais alors ce n'est plus Dieu.

 

De fait, l’amour nous fait découvrir l'autre sous le point de vue de la bonté: c'est l'autre qui nous attire, c'est l'autre qui suscite en nous un amour. L'autre qui ne nous attire pas, qui ne suscite pas l’amour en nous, nous l’évitons parce qu'il nous dérange. Grace à l’amour, nous ne sommes plus dans l’immanence de la pensée rationnelle, nous ne sommes plus entièrement « chez nous ». Tout amour nous déloge, parce que tout amour nous tourne vers l'autre et exige de nous de regarder l'autre. C'est donc parce que l’amour est premier que notre connaissance de l'autre, dans le jugement « ceci est », demeure pour nous quelque chose de fondamental. Si nous refusions le jugement « ceci est », nous refuserions en définitive l'amour; et refusant la primauté de l'amour, nous serions nécessairement conduits à affirmer la priorité de la dialectique du sujet ou la priorité de la nature. Au fond, la négation de Dieu ne repose-t-elle pas sur la négation de ce qui est tout à fait premier en nous ? Seul ce qui est tout à fait premier en nous, l'amour, nous permettra de découvrir le Premier de toutes les réalités existantes. Car l’amour nous permet de sortir de nous-mêmes et, par le fait même, de nous mettre dans une attitude d'ouverture, une attitude de vérité, pour chercher l'autre. L'Autre absolu, Dieu, s'il existe, ne peut être découvert que grâce à l'autre le plus simple dont nous affirmons : « Ceci est ». Nous avons toujours besoin de l’expérience de l'autre pour que la question de Dieu demeure.


Dans un monde qui, souvent, n'accepte plus vraiment l'autre, la philosophie n'est-elle pas absolument nécessaire pour poser ce problème à sa racine ? L'autre est celui qui nous attire, il n'est pas d'abord celui que nous connaissons. II est d'abord l’inconnu qui nous intrigue, qui nous appelle. Dans tout amour, il y a quelqu'un qui nous appelle ; l’amour est la réponse à cet appel et nous fait sortir de nous-mêmes. L'amour montre donc que l'autre est vraiment ce qui est premier. L'autre, celui qui nous attire, qui nous appelle, qu'est-il exactement ? Nous n'en savons rien, mais c'est une réalité autre, qui nous permet de comprendre que « ceci est » est premier. Le jugement « ceci est » répond à cet appel qui n'est vrai que si nous reconnaissons qu'il y a quelqu'un, quelque chose qui est. C'est la que se fait la première distinction entre l’intelligence qui cherche la vérité et l'imaginaire. Dans l’imaginaire, l'autre nous appelle mais ne nous intéresse pas davantage. Ce n'est pas vraiment l’autre, c'est une sirène dont le chant nous distrait En revanche, l'autre réel nous attire, nous l'aimons. C'est cela qui suscite en nous l’éveil de l’intelligence, la question : « Cet autre, qui est-il ? » II est un autre être ; il est autre que nous dans l’être et, cependant, il est avec nous dans l’être. Nous découvrons alors quelque chose de plus radical que la simple attraction de l'autre : c'est la vie même de notre intelligence qui s'éveille pour savoir ce qu'est cet autre.

 

C'est cette connaissance de l'autre, « ceci est », qui permet de saisir l’importance du « je suis ». En effet, l'affirmation « je suis » nait à partir de l'autre, « dans le complexe de l'autre ». L'autre nous attire et le « je suis » montre que cette attraction est réelle ; elle est. Tout acte de connaissance présuppose donc un amour. Et l’amour est ce qui nous enveloppe, nous sécurise, nous permet d'être nous-mêmes et de nous découvrir. Nous ne pouvons pas nous découvrir nous-mêmes sans l’amour. S'il disparait, nous nous demanderons perpétuellement qui nous sommes. Nous sommes autre que la réalité que nous connaissons ; et cette altérité, nous ne la connaissons qu'à partir de l’amour et dans l’amour. Cela montre que ce qui est premier génétiquement, ce n'est pas la connaissance mais l'amour.


 

Marie Dominique Philippe, Retour à la Source II.


Voir les commentaires

La meilleure façon de ne pas avancer est de suivre une idée fixe...

15 Septembre 2011, 05:49am

Publié par Father Greg

 

 

58692667.jpgQuelle peut-être notre seule doctrine ? Que personne ne donne à l’homme ses qualités : ni Dieu, ni la société, ni ses parents et ses ancêtres, ni lui-même (l’absurde idée que nous venons de repousser a été enseignée sous le nom de « liberté intelligible » par Kant, et peut-être même déjà par Platon). Personne n’est responsable du fait qu’il existe, qu’il est fait de telle ou telle manière, qu’il est dans telle condition ou telle condition, dans tel milieu ou tel milieu. On ne peut excepter le caractère fatal de tout ce qui a été et de tout ce qui sera. Il n’est pas la conséquence d’une intention particulière, d’une volonté, d’une finalité, il ne constitue pas une tentative d’atteindre un « idéal humain », un « idéal de bonheur » ou un « idéal de moralité ». Il est absurde de vouloir repousser son être essentiel dans quelque lointaine finalité. C’est nous qui avons inventé la notion de « fin » : dans la réalité, la fin fait défaut. On est nécessaire, on est un fragment de fatalité, on fait partie d’un tout, on est dans ce tout (il n’y a rien qui puisse juger, peser, comparer, condamner notre être, car cela voudrait dire juger, peser, comparer, condamner le tout…mais hors du tout, il n’y a rien). Que personne ne soit plus tenu pour responsable, que le mode d’être ne puisse plus être ramené à une prima causa, que tout le monde, ni en tant que sensorium, ni en tant qu’esprit, ne soit une unité : c’est cela et cela seulement qui est la grande libération. C’est par là et par là seulement qu’est restauré l’innocence du devenir…l’idée de Dieu était jusqu’à présent la principale objection contre l’existence…

 

                                                                                  Nietzsche, Crépuscule des idoles.

Voir les commentaires

La solitude, pour ne plus être seul...

14 Septembre 2011, 05:46am

Publié par Father Greg

 

 

206fried1206460884.1263942124.thumbnail.jpg « La grandeur s’atteint par le contact avec la grandeur, comme une flamme par le contact avec une flamme. Je prétends qu’elle s’attrape comme une maladie. La grandeur,  c’est Dieu. J’ai dit que le contact avec Dieu ne s’effectue que par la solitude. (…) Prenez garde que cette solitude vous dépouillera de tout et que le cercle magique que vous tracerez autour de vous se multipliera en cercles toujours plus grands ; on s’écartera de vous avec tremblement. La rétractation ne servirait de rien, vous mourrez comme un scorpion dans un cercle de feu ; vous mourrez parce que vous étant approchés de la grandeur et n’ayant pas eu la persévérance et l’audace de vous y fondre, vous n’en êtes que contaminés. Cela suffit pour effrayer les hommes. Vous êtes à part, vous n’êtes pas en Dieu. Vous n’êtes plus du monde. Il faut demander avec tremblement la solitude et la familiarité avec Dieu. »

 

« Une vie dans laquelle il n’y a pas de solitude est une vie sans force et sans intérêt. En somme, la solitude est le lieu le moins solitaire qui soit, puisque la vitalité de notre être la peuple immédiatement, si bien qu’on peut dire qu’une vie dans laquelle il n’y a pas de solitude est la plus solitaire au monde. C’est dans la solitude que les idées prennent possession de nous. Il faudrait se figurer les idées non comme passives et capables d’être examinées puis laissées de côté, mais comme très actives et nous épiant, prêtes à tout moment à bondir sur nous et nous asservir à elles. »

 

Julien Green, On est si sérieux quand on a 19 ans.


Voir les commentaires

Pas de trop surtout, restons raisonnables...

13 Septembre 2011, 05:44am

Publié par Father Greg

 

 

 

the-typographer-pedro.jpg-xlMedium.jpg« Il ne faut pas exagérer » me dit le chrétien moderne pendant qu’il s’emmitoufle et se carre au fond de sa voiture, au sortir de la messe de minuit, « ne soyons pas plus catholiques que le pape, accommodons nous des imperfections du siècle. Pas de violence, nous ne sommes pas des mahométans… ». Cette attitude me désarme ; on aimerait mieux avoir affaire aux plus bruyants hérésiarques avec qui l’on pourrait se colleter, mais par où les prendre, par où les empoigner, ces huileux adhérents du christianisme contemporain ? On voudrait leur administrer des gifles que la main glisserait sur l’onctueuse bave dont leur visage est barbouillé. Refusant de servir Dieu, mais tremblant quand même d’avoir, un beau jour, quelque chose à payer pour leur désobéissance, ces couleuvres ont imaginé une sorte de voie moyenne par laquelle ils espèrent atteindre le ciel sans se donner trop de mal, et se glisser dans le Paradis en contrebande. On donne tant à Dieu et tant au Diable, on a la paix sur terre et au ciel sans avoir à se faire arracher les ongles ni coucher à l’écurie. On observe la lettre des commandements qui sont faciles à tourner, du reste, et à interpréter dans le sens d’une fastueuse largeur. Satan y trouve sa part sans que le Ciel puisse en toute bonne foi récriminer. On pipe l’un, on pipe l’autre. Du moins, on le croit.

 

Julien Green, On est si sérieux quand on a 19 ans.


Voir les commentaires

Testament on ne peut plus actuel...

12 Septembre 2011, 05:40am

Publié par Father Greg

 

 

 

the-famous-pose-of-albert-camus1.jpgCe qui m’intéresse c’est d’être un homme. Qui, après cela, pourrait attendre de [moi] des solutions toutes faites et de belles morales ? La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu’exaltante. Nous devons marcher vers ces deux buts [la vérité et la liberté], péniblement, mais résolument, certains d’avance de nos défaillances sur un si long chemin. Quel écrivain dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ?

 

      Albert CamusLa Chute. 

 

 

 


Voir les commentaires

« Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ?»

11 Septembre 2011, 05:15am

Publié par Father Greg

 


National_Park_Service_9-11_Statue_of_Liberty_and_WTC_fire.jpg Pierre avait entendu ce désir de Jésus et avait sans doute à pardonner : les Apôtres ne devait pas toujours être facile à vivre : Ils étaient poltrons, gourmands, lâches, arrivistes, voleurs… Et Judas ? Un traître ! Jésus va jusqu’à leur dire : « Jusqu’à quand vais-je devoir vous supporter ?» On comprend alors la question de Pierre : « Jusqu’à sept fois, Seigneur ? » Mais Jésus répond : « Je ne te dis pas sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois». Pierre a dû alors changer de visage : « mais… c’est impossible Seigneur ! »

 

Pardonner ? Qu’est-ce que cela signifie ? Pardonner c’est l’appel de Jésus, qui veut que l’on continue la gratuité de son don. Pardonner, c’est aimer à la taille et à la mesure de Dieu qui donne au-delà de notre réponse ou de nos trahisons. Pardonner c’est se servir de la faute, de ce qui nous a blessé pour aimer plus celui qui nous a blessé.

 

Si nous ne regardons que cette vie sur terre, non seulement nous acceptons difficilement de pardonner, mais nous voulons rétablir nous-mêmes « l’équilibre » et nous cherchons, sinon à nous venger – œil pour œil, dent pour dent-  ou bien nous réclamons la justice à cors et à cris…

 

En terre chrétienne, la miséricorde a absorbé la justice : le don actuel de Jésus pour nous, qui dépasse l’œuvre de la création, nous oblige à pardonner sans condition et à aimer ceux qui nous ont blessé. La miséricorde est caractérisée par cette gratuité absolue de Dieu qui se donne excessivement et sans condition. Et elle est toujours première. La considérer comme seconde serait la réduire à une dérogation faite à la justice, une espèce de pitié, une exception.

                       

 images--3-.jpgEn ce 11 septembre 2011, 10e anniversaire des attentats de New York, n’y-a-t-il pas là comme un signe de l’Esprit St qui, en nous donnant cet évangile, nous appelle à avoir un tout autre regard sur le monde et ses évènements ?

 

Le pardon en effet, demande l’offrande de notre vie, puisque nous acceptons de nous servir du mal qui a été commis contre nous pour aimer plus. A vue humaine, c’est de la folie, puisque cela nous conduit à aller au-devant de ceux qui nous condamnent. Cela n’est possible que si nous sommes possédés par cette parole : «Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». L’amour de Dieu réclame de s’abaisser le plus qu’il le peut, de se faire victime pure, agneau silencieux, pour aller jusqu’au bout de la gratuité.

 

L’enjeu du pardon, c’est d’être quelque chose de la présence du Père qui veut tout attirer à lui. Suivre l’Agneau et accepter d’être crucifié avec lui, c’est accepter d’être mort pour nos frères, d’être anathème pour ses frères. C’est accepter d’être un avec Jésus, crucifié à la porte de la ville, condamné comme un blasphémateur que tous calomnient et bafouent : « Il séduit la foule, c’est un glouton et un ivrogne, un ami des pécheurs » !

 

Fr Grégoire.


Voir les commentaires

L'art, chemin vers la Sagesse... (II)

10 Septembre 2011, 05:08am

Publié par Father Greg

 

 

rouault_passion_cleveland.jpgMais combien de fois des tableaux ou des fresques, fruit de la foi de l’artiste, dans leurs formes, dans leurs couleurs, dans leur lumière, nous poussent à tourner notre pensée vers Dieu et font croître en nous le désir de puiser à la source de toute beauté. Ce qu’a écrit un grand artiste, Marc Chagall, demeure profondément vrai, à savoir que pendant des siècles, les peintres ont trempé leur pinceau dans l’alphabet coloré qu’est la Bible. Combien de fois, alors, les expressions artistiques peuvent être des occasions de nous rappeler de Dieu, pour aider notre prière ou encore la conversion du cœur! Paul Claudel, célèbre poète, dramaturge et diplomate français, ressentit la présence de Dieu dans la Basilique Notre-Dame de Paris, en 1886, précisément en écoutant le chant du Magnificat lors de la Messe de Noël. Il n’était pas entré dans l’église poussé par la foi, il y était entré précisément pour chercher des arguments contre les chrétiens, et au lieu de cela, la grâce de Dieu agit dans son cœur.

 

Chers amis, je vous invite à redécouvrir l’importance de cette voie également pour la prière, pour notre relation vivante avec Dieu. Les villes et les pays dans le monde entier abritent des trésors d’art qui expriment la foi et nous rappellent notre relation avec Dieu. Que la visite aux lieux d’art ne soit alors pas uniquement une occasion d’enrichissement culturel — elle l’est aussi — mais qu’elle puisse devenir surtout un moment de grâce, d’encouragement pour renforcer notre lien et notre dialogue avec le Seigneur, pour nous arrêter et contempler — dans le passage de la simple réalité extérieure à la réalité plus profonde qu’elle exprime — le rayon de beauté qui nous touche, qui nous «blesse» presque au plus profond de notre être et nous invite à nous élever vers Dieu. Je finis par une prière d’un Psaume, le psaume 27: «Une chose qu'au Seigneur je demande, la chose que je cherche, c'est d'habiter la maison du Seigneur tous les jours de ma vie, de savourer la douceur du Seigneur, de rechercher son palais» (v. 4). Espérons que le Seigneur nous aide à contempler sa beauté, que ce soit dans la nature ou dans les œuvres d’art, de façon à être touchés par la lumière de son visage, afin que nous aussi, nous puissions être lumières pour notre prochain. Merci.

Benoit XVI, cathéchèse mercredi 31.08.11


Voir les commentaires

L'art, chemin vers la Sagesse...

9 Septembre 2011, 05:02am

Publié par Father Greg

 

 

 

 

 

edgar-degas-repetition-d-un-ballet.jpg  Chers frères et sœurs,

Ces derniers temps, j’ai rappelé à plusieurs reprises la nécessité pour chaque chrétien de trouver du temps pour Dieu, pour la prière, parmi les nombreuses préoccupations qui remplissent nos journées. Le Seigneur lui-même nous offre de nombreuses occasions pour que nous nous souvenions de Lui. Aujourd’hui, je voudrais m’arrêter brièvement sur l’une des voies qui peuvent nous conduire à Dieu et nous aider également à le rencontrer : c’est la voie des expressions artistiques, qui font partie de la via pulchritudinis — « voie de la beauté » — dont j’ai parlé à plusieurs reprises et dont l’homme d’aujourd’hui devrait retrouver la signification la plus profonde.

 

Il vous est sans doute parfois arrivé, devant une sculpture ou un tableau, des vers d’une poésie ou en écoutant un morceau de musique, d’éprouver une émotion intime, un sentiment de joie, c’est-à-dire de ressentir clairement qu’en face de vous, il n’y avait pas seulement une matière, un morceau de marbre ou de bronze, une toile peinte, un ensemble de lettres ou un ensemble de sons, mais quelque chose de plus grand, quelque chose qui «parle», capable de toucher le cœur, de communiquer un message, d’élever l’âme. Une œuvre d’art est le fruit de la capacité créative de l’être humain, qui s’interroge devant la réalité visible, s’efforce d’en découvrir le sens profond et de le communiquer à travers le langage des formes, des couleurs, des sons. L’art est capable d’exprimer et de rendre visible le besoin de l’homme d’aller au-delà de ce qui se voit, il manifeste la soif et la recherche de l’infini. Bien plus, il est comme une porte ouverte vers l’infini, vers une beauté et une vérité qui vont au-delà du quotidien. Et une œuvre d’art peut ouvrir les yeux de l’esprit et du cœur, en nous élevant vers le haut.

 

 

Mais il existe des expressions artistiques qui sont de véritables chemins vers Dieu, la Beauté suprême, et qui aident même à croître dans notre relation avec Lui, dans la prière. Il s’agit des œuvres qui naissent de la foi et qui expriment la foi. Nous pouvons en voir un exemple lorsque nous visitons une cathédrale gothique : nous sommes saisis par les lignes verticales qui s’élèvent vers le ciel et qui attirent notre regard et notre esprit vers le haut, tandis que, dans le même temps, nous nous sentons petits, et pourtant avides de plénitude... Ou lorsque nous entrons dans une église romane : nous sommes invités de façon spontanée au recueillement et à la prière. Nous percevons que dans ces splendides édifices, est comme contenue la foi de générations entières. Ou encore, lorsque nous écoutons un morceau de musique sacrée qui fait vibrer les cordes de notre cœur, notre âme est comme dilatée et s’adresse plus facilement à Dieu. Il me revient à l’esprit un concert de musiques de Jean Sébastien Bach, à Munich, dirigé par Leonard Berstein. Au terme du dernier morceau, l’une des Cantate, je ressentis, non pas de façon raisonnée, mais au plus profond de mon cœur, que ce que j’avais écouté m’avait transmis la vérité, la vérité du suprême compositeur, et me poussait à rendre grâce à Dieu. A côté de moi se tenait l’évêque luthérien de Munich et, spontanément, je lui dis : « En écoutant cela, on comprend que c’est vrai ; une foi aussi forte est vraie, de même que la beauté qui exprime de façon irrésistible la présence de la vérité de Dieu ».

 

Benoit XVI, cathéchèse mercredi 31.08.11


Voir les commentaires

Basic points for couples...

8 Septembre 2011, 05:57am

Publié par A.V.M

 

 

jean_honore_fragonard.jpg Apprendre à décider à deux

 

Les derniers rayons de la lune de miel s'estompent et voilà que se profile une facette inconnue, et un peu décevante, du conjoint bien-aimé : il veut imposer ses façons de voir et de faire : «Jusqu'ici il (elle) était tout disposée) à faire ce que je souhaitais et voilà qu'aujourd'hui il (elle) se dresse devant moi en s'opposant et en exigeant ce qu’il (elle) attend de la relation».

Situation fréquente chez beaucoup de couples qui démarrent la vie commune et qui descendent, un peu abruptement, de leur petit nuage. Tout à coup nous nous frottons à l'autre et le découvrons tel qu'il (elle) est, avec ses qualités mais aussi avec ses défauts, ses différences et aussi son désir d'avoir toute sa place dans la relation.

 

Dire ses attentes, ses besoins, ses espoirs

 

Ce que chacun veut bien comprendre... «Mais si c'est au dépend de moi-même... J’existe et donc je manifeste mes désirs et mes besoins». Et chacun de tomber de haut. Il n'avait pas bien pris toute la mesure de l’altérité de la vie à deux.

 

Cette lutte pour le pouvoir est inévitable, et nécessaire. Aussi, mieux vaut apprendre décider à deux plutôt que d’entamer un bras de fer qui n’engendrera que des perdants. Et savoir parfois donner généreusement ce petit bout de pouvoir que je convoitais...

 

Tous les domaines de la vie vont devoir être visités à deux : organisation de la vie domestique, évolution des carrières professionnelles, lieux de villégiature, nombre et éducation des enfants, gestion des finances, vie sociale, vie sexuelle... afin de permettre de se situer l'un par rapport à l'autre et de dire ses attentes, ses besoins, ses espoirs.

 

Des temps d'ajustement

 

Ces temps d'ajustement ne seront pas, certes, de tout repos, mais ils permettront de passer de la lutte pour le pouvoir au partage de celui-ci.

Un partage qui tiendra compte des différences fondamentales : «Je suis un homme», «Je suis une femme», et des différences particulières liées au tempérament, à l'éducation, aux talents...

 

Des différences qui, au lieu de séparer, viendront enrichir la relation. Les accueillir est sans aucun doute une étape majeure tant de notre croissance personnelle que de celle de notre couple».

 

MARIE-NOËL FLORANT (Conseillère conjugale)

Voir les commentaires

Le bonheur, un fruit intérieur..?

7 Septembre 2011, 05:11am

Publié par Father Greg

 

 

 

 

533.jpgJe n'arrive pas tout à fait à tordre le cou au préjugé tenace qui me laisse croire qu'en me mettant au centre du monde, j'obtiendrai le bonheur en partage. Oui je dis « préjugé », alors qu'il s'agit plutôt d'une intuition obscure qui, tapie au fond de moi, sommeille, sorte d'injonction inconsciente: "Sois le premier, sois le premier en tout, tu seras le plus heureux! "

Je pourrai d'abord critiquer cette funeste conviction et me contenter d'expérimenter à fond ce que je devine déjà: plus nous nous abandonnons, moins nous faisons cas de notre personne, plus nous goûtons la joie libre.

 

Ces derniers temps, je crois m'être focalisé sur un problème pour consacrer toute mon énergie à la lutte: je dois me libérer de ma fascination, je dois résister, je dois..? sur cette pente, je ne fais que m'endurcir. Paradoxalement, cette démarche volontariste, cette tentation de s'aguerrir, me rendent encore plus vulnérable. Je suis épuisé. Par degrés, j'aimerais quitter cette lutte née d'un moi  qui,  loin de s'abandonner, voudrait obtenir plus de la vie, même s'il se réclame du détachement.

 

A cette sorte d'instinct vient s'ajouter l'idée vague qu'autrui doit répondre à mes besoins et me servir, tout le temps. Quoi de plus grotesque que d'encourager son enfant à gronder une pierre sur laquelle son pied a glissé! Elle n'y peut rien! Pas plus que la grippe, les infirmités et les intempéries... Je suis cet enfant qui récrimine face à un monde qui lui échappe et lui résiste. Le meilleur service à lui rendre ici serait de l'inviter à passer à autre chose, éventuellement de l'inciter à la prudence. Il faut le dire et le répéter: ce n'est pas le sacrifice ni le renoncement qui conduisent au détachement, mais bien plutôt la joie. …

 

Cette joie, il ne suffit pas de claquer des doigts pour l'appeler. Voilà d'ailleurs ce qui l'apparente à la passion. Elle aussi, plus forte que moi, ne saurait dépendre entièrement de ma volonté. Cependant, je veux continuer à croire, que si minime puisse-t-il être, nous avons sur elle quelque pouvoir…

 

                                                                       Alexandre Jollien,  Le philosophe nu


Voir les commentaires

1 2 > >>