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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le Père, celui qui nous attire dans le silence...

5 Juin 2011, 05:44am

Publié par Father Greg

« Père, elle est venue l'heure. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie… afin qu’à tous ceux que tu lui as donnés il donne la vie éternelle. La vie éternelle, c'est de te connaître, toi, le seul vrai Dieu… »

 

 

Jesus Christ baby - Copy4Toute l’œuvre de Jésus c’est de nous de nous révéler le Père, de nous donner le Père pour nous en faire vivre. C’est cela le salut, la vie éternelle : vivre de Jésus qui, en se donnant à nous, nous fait voir le Père ! Le Père, c’est celui qui ne cesse de nous poursuivre, de nous appeler : ‘j’ai soif’ de toi ! 

 

Et Jésus peut nous le donner, immédiatement, parce que lui-même ne vit que par le Père : il est dans le Père, comme celui qui demeure dans sa source ; Il vit par lui et pour lui. C’est cela la gloire du fils, non pas une gloire extérieure, visible, lié à un titre ou à une reconnaissance… La gloire du Fils, c’est d’être pris par l’attraction du Père -qui l’attire parce qu’il est pour lui- et de dire au Père qu’il attend tout de lui : le Père est père pour nous quand on attend tout de lui ! Là seulement le Père est principe et source ! Là est notre repos, notre joie, la libération de toute nos angoisses. Vivre de Celui qui nous a voulu et qui nous attend, qui nous donne son héritage.

 

 Le Père c’est celui qui ne cesse de nous appeler et qui ne cesse d’attendre notre réponse, qui a mis dans notre cœur ce désir de le connaitre, de le voir. Et tout l’évangile, c’est Jésus qui actuellement me fait voir le Père. C’est pour ce toucher absolument simple, ce regard toujours nouveau, sur Celui qui me porte dans l’être et qui ne peut plus s’aimer sans m’aimer, qui me regarde comme celui qui vient immédiatement de Lui.

 

Et la croix, c’est pour nous révéler sa présence, la présence silencieuse du Père. Le silence du Père scandalise à la croix ; dans toutes nos croix et nos souffrances nous crions vers lui : « Où es-tu ? Pourquoi permets-tu cela ? Qui sommes-nous vraiment pour toi » ?  C’est le cri qui résonne continuellement dans le récent Tree of life, palme d’or à Cannes. Or, la toute-puissance, l’efficience divine se tait à la croix pour qu’il n’y ait plus que l’attraction de sa bonté. Le Père est bonté substantielle et ne se donne comme tel que dans le silence. C’est Lui qui nous apprend à dire dans le silence, son nom : ‘Père…’.

 

Fr Grégoire.


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Introduction à la prière (II)

4 Juin 2011, 05:38am

Publié par Father Greg

 

 

Comment la prière et le sentiment religieux ont toujours fait partie de l'homme ?

 

 

  

645px-Les_foins.jpgNous vivons à une époque où les signes du sécularisme sont évidents. Dieu semble avoir disparu de l'horizon de certaines personnes ou devenu quelque chose qui laisse indifférent. Nous voyons toutefois, en même temps, de nombreux signes qui nous indiquent un réveil du sentiment religieux, une redécouverte de l'importance de Dieu pour la vie de l'homme, une exigence de spiritualité, le besoin de dépasser une vision purement horizontale, matérielle de la vie humaine. Si l'on regarde l'histoire récente, on constate l'échec de ceux qui, à l'époque des Lumières, prévoyaient la disparition des religions et exaltaient une raison absolue, détachée de la foi, une raison qui devait écraser les ténèbres des dogmatismes religieux et dissoudre le « monde du sacré », en restituant à l'homme sa liberté, sa dignité et son autonomie de Dieu. L'expérience du siècle dernier, avec les deux guerres mondiales tragiques, a remis en question ce progrès que la raison autonome, l'homme sans Dieu, semblait pouvoir garantir.

 

Le Catéchisme de l'Eglise catholique affirme : « Par la création Dieu appelle tout être du néant à l'existence... Même après avoir perdu la ressemblance avec Dieu par son péché, l'homme reste à l'image de son Créateur. Il garde le désir de Celui qui l'appelle à l'existence. Toutes les religions témoignent de cette quête essentielle des hommes » (n. 2566). Nous pourrions dire - comme je l'ai montré dans la dernière catéchèse - qu'il n'y a eu aucune grande civilisation, des temps les plus reculés jusqu'à nos jours, qui n’aient été religieuse.

 

L'homme est par nature religieux, il est homo religiosus comme il est homo sapiens et homo faber : « Le désir de Dieu est inscrit dans le cœur de l'homme, car l'homme est créé par Dieu et pour Dieu » (n. 27). L'image du Créateur est imprimée dans son être et il ressent le besoin de trouver une lumière pour donner une réponse aux questions qui concernent le sens profond de la réalité ; réponse qu'il ne peut trouver en lui-même, dans le progrès, dans la science empirique. L'homo religiosus ne ressort pas seulement des mondes antiques, il traverse toute l'histoire de l'humanité. A ce propos, le riche terrain de l'expérience humaine a vu naître diverses formes de religiosité, dans la tentative de répondre au désir de plénitude et de bonheur, au besoin de salut, à la recherche de sens. L'homme « numérique », tout comme celui des cavernes, cherche dans l'expérience religieuse le moyen de dépasser sa finitude et d'assurer son aventure terrestre précaire.

 

D'ailleurs, sans un horizon transcendant, la vie perdrait son sens plénier et le bonheur, auquel nous tendons tous, est projeté spontanément vers l'avenir, dans un lendemain qui reste encore à réaliser. Le Concile Vatican II, dans la déclaration Nostra aetate, l'a souligné de façon synthétique : « Les hommes attendent des diverses religions la réponse aux énigmes cachées de la condition humaine, qui, hier comme aujourd'hui, agitent profondément le cœur humain : Qu'est-ce que l'homme ? Quel est le sens et le but de la vie ? Qu'est-ce que le bien et qu'est-ce que le péché ? Quels sont l'origine et le but de la souffrance ? Quelle est la voie pour parvenir au vrai bonheur ? Qu'est-ce que la mort, le jugement et la rétribution après la mort ? Qu'est-ce enfin que le mystère dernier et ineffable qui embrasse notre existence, d'où nous tirons notre origine et vers lequel nous tendons ? » (n. 1). L'homme sait qu'il ne peut répondre seul à son besoin fondamental de comprendre. Même s'il a nourri et nourrit encore l'illusion de se suffire à lui-même, il fait l'expérience de ne pas se suffire à lui-même. Il a besoin de s'ouvrir à autre chose, à quelque chose ou à quelqu'un qui puisse lui donner ce qui lui manque, il doit sortir de lui-même pour aller vers Celui qui est en mesure de remplir l'ampleur et la profondeur de son désir.

 

L'homme porte en lui une soif d'infini, une nostalgie d'éternité, une recherche de beauté, un désir d'amour, un besoin de lumière et de vérité, qui le poussent vers l'Absolu ; l'homme porte en lui le désir de Dieu. Et l'homme sait, d'une certaine façon, qu'il peut s'adresser à Dieu, il sait qu'il peut le prier. Saint Thomas d'Aquin, l'un des plus grands théologiens de l'histoire, définit la prière comme l'« expression du désir que l'homme a de Dieu ». Cette attraction vers Dieu, que Dieu lui-même a placée dans l'homme, est l'âme de la prière, qui revêt ensuite tant de formes et de modalités selon l'histoire, le temps, le moment, la grâce et même le péché de chaque orant. L'histoire de l'homme a, en effet, connu diverses formes de prière, car il a développé différentes modalités d'ouverture vers l'Autre et vers l'Au-delà, si bien que nous pouvons reconnaître la prière comme une expérience présente dans chaque religion et culture.

 

La prière n'est pas liée à un contexte particulier, mais elle se trouve inscrite dans le cœur de chaque personne et de chaque civilisation. Naturellement, lorsque nous parlons de prière comme expérience de l'homme en tant que tel, de l'homo orans, il est nécessaire d'avoir à l'esprit que celle-ci est une attitude intérieure, avant d'être une série de pratiques et de formules, une manière d'être devant Dieu avant d'être le fait d'accomplir des actes de culte ou de prononcer des paroles. La prière a son centre et plonge ses racines au plus profond de la personne ; c'est pourquoi elle n'est pas facilement déchiffrable et, pour le même motif, elle peut être sujette à des malentendus et à des mystifications. Dans ce sens également nous pouvons comprendre l'expression : prier est difficile. En effet, la prière est le lieu par excellence de la gratuité, de la tension vers l'Invisible, l'Inattendu, l'Ineffable. C'est pourquoi l'expérience de la prière est un défi pour tous, une « grâce » à invoquer, un don de Celui à qui nous nous adressons.

 

Dans la prière, à chaque époque de l'histoire, l'homme se considère lui-même, ainsi que sa situation face à Dieu, à partir de Dieu et par rapport à Dieu, et il fait l'expérience d'être une créature qui a besoin d'aide, incapable de se procurer toute seule l'accomplissement de sa propre existence et de sa propre espérance. Le philosophe Ludwig Wittgenstein rappelait que « prier signifie sentir que le sens du monde est en dehors du monde ». Dans la dynamique de cette relation avec celui qui donne un sens à l'existence, avec Dieu, la prière trouve l'une de ses expressions typiques dans le geste de se mettre à genoux. C'est un geste qui contient en lui-même une ambivalence radicale : en effet, je peux être contraint de me mettre à genoux - condition d'indigence et d'esclavage -, mais je peux également m'agenouiller spontanément, en déclarant ma limite et, donc, mon besoin d'un Autre. C'est à lui que je déclare être faible, nécessiteux, « pécheur ». Dans l'expérience de la prière, la créature humaine exprime toute la conscience de soi, tout ce qu'elle réussit à saisir de sa propre existence et, en même temps, elle se tourne entièrement vers l'Etre face auquel elle se trouve, elle oriente son âme vers ce Mystère dont elle attend l'accomplissement des désirs les plus profonds et l'aide pour surmonter l'indigence de sa propre vie. Dans le fait de regarder un Autre, de se diriger « au-delà » se trouve l'essence de la prière, comme expérience d'une réalité qui dépasse ce qui est sensible et contingent.

 

Toutefois, c'est uniquement en Dieu qui se révèle que la recherche de l'homme s'accomplit pleinement. La prière, qui est ouverture et élévation du cœur à Dieu, devient ainsi un rapport personnel avec Lui. Et même si l'homme oublie son Créateur, le Dieu vivant et vrai ne cesse d'appeler le premier l'homme à la rencontre mystérieuse de la prière. Comme l'affirme le Catéchisme : « Cette démarche d'amour du Dieu fidèle est toujours première dans la prière, la démarche de l'homme est toujours une réponse. Au fur et à mesure que Dieu se révèle et révèle l'homme à lui-même, la prière apparaît comme un appel réciproque, un drame d'Alliance. A travers des paroles et des actes, ce drame engage le cœur. Il se dévoile à travers toute l'histoire du salut » (n. 2567).

 

Benoit XVI, catéchèse 11 Mai 2011.

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L'amour, seule voie d'accès à l'Autre...

3 Juin 2011, 05:00am

Publié par Father Greg

 

 

 

ITPEIPRIGIOTTOB106.jpgL’amour, au point de départ, est au-delà de la conscience, il est comme une source cachée. Au terme, le philosophe pourra dire que la Source cachée est Dieu, qui « parle » par cette source cachée qu'est l’amour.

 De fait, l’amour nous fait découvrir l'autre sous le point de vue de la bonté: c'est l'autre qui nous attire, c'est l'autre qui suscite en nous un amour. L'autre qui ne nous attire pas, qui ne suscite pas l’amour en nous, nous l’évitons parce qu'il nous dérange. Grace à l’amour, nous ne sommes plus dans l’immanence de la pensée rationnelle, nous ne sommes plus entièrement « chez nous ». Tout amour nous déloge, parce que tout amour nous tourne vers l'autre et exige de nous de regarder l'autre. C'est donc parce que l’amour est premier que notre connaissance de l'autre, dans le jugement « ceci est », demeure pour nous quelque chose de fondamental. Si nous refusions le jugement « ceci est », nous refuserions en définitive l'amour; et refusant la primauté de l'amour, nous serions nécessairement conduits à affirmer la priorité de la dialectique du sujet ou la priorité de la nature. Au fond, la négation de Dieu ne repose-t-elle pas sur la négation de ce qui est tout à fait premier en nous ? Seul ce qui est tout à fait premier en nous, l'amour, nous permettra de découvrir le Premier de toutes les réalités existantes. Car l’amour nous permet de sortir de nous-mêmes et, par le fait même, de nous mettre dans une attitude d'ouverture, une attitude de vérité, pour chercher l'autre. L'Autre absolu, Dieu, s'il existe, ne peut être découvert que grâce à l'autre le plus simple dont nous affirmons : « Ceci est ». Nous avons toujours besoin de l’expérience de l'autre pour que la question de Dieu demeure.

Dans un monde qui, souvent, n'accepte plus vraiment l'autre, la philosophie n'est-elle pas absolument nécessaire pour poser ce problème à sa racine ? L'autre est celui qui nous attire, il n'est pas d'abord celui que nous connaissons. II est d'abord l’inconnu qui nous intrigue, qui nous appelle. Dans tout amour, il y a quelqu'un qui nous appelle ; l’amour est la réponse à cet appel et nous fait sortir de nous-mêmes. L'amour montre donc que l'autre est vraiment ce qui est premier. L'autre, celui qui nous attire, qui nous appelle, qu'est-il exactement ? Nous n'en savons rien, mais c'est une réalité autre, qui nous permet de comprendre que « ceci est » est premier. Le jugement « ceci est » répond à cet appel qui n'est vrai que si nous reconnaissons qu'il y a quelqu'un, quelque chose qui est. C'est là que se fait la première distinction entre l’intelligence qui cherche la vérité et l'imaginaire. Dans l’imaginaire, l'autre nous appelle mais ne nous intéresse pas davantage. Ce n'est pas vraiment l’autre, c'est une sirène dont le chant nous distrait En revanche, l'autre réel nous attire, nous l'aimons. C'est cela qui suscite en nous l’éveil de l’intelligence, la question : « Cet autre, qui est-il ? » II est un autre être ; il est autre que nous dans l’être et, cependant, il est avec nous dans l’être. Nous découvrons alors quelque chose de plus radical que la simple attraction de l'autre : c'est la vie même de notre intelligence qui s'éveille pour savoir ce qu'est cet autre.

C'est cette connaissance de l'autre, « ceci est », qui permet de saisir l’importance du « je suis ». L'autre nous attire et le « je suis » montre que cette attraction est réelle ; elle est. Tout acte de connaissance présuppose donc un amour. Et l’amour est ce qui nous enveloppe, nous sécurise, nous permet d'être nous-mêmes et de nous découvrir. Nous ne pouvons pas nous découvrir nous-mêmes sans l’amour. S'il disparait, nous nous demanderons perpétuellement qui nous sommes. Nous sommes autres que la réalité que nous connaissons ; et cette altérité, nous ne la connaissons qu'à partir de l’amour et dans l’amour. Cela montre que ce qui est premier génétiquement, ce n'est pas la connaissance mais l'amour.


MD Philippe, Retour à la Source, T II.

 

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Le cinéma, une quête de lumière ? (III)

2 Juin 2011, 05:26am

Publié par Father Greg

 

Grandeur de la fragilité humaine.

 

Tree-of-life-movie--1-.jpgPour cela le personnage principal de ses films : un homme ‘faible’ qui a conscience de sa responsabilité face au monde. Ce ne sont pas des ‘héros’, mais « un penseur, un homme honnête, comme des enfants avec une gravité d’adulte, dont la force est la conviction spirituelle et qui prennent sur eux la responsabilité des autres… Et il prend le risque d’être incompris, d’être qualifié de fou parce qu’il a conscience d’appartenir à un tout, ou si l’on veut au destin du monde. … Ce sont ainsi des efforts individuels, que personne ne voit ni ne comprend, qui soutiennent très probablement l’harmonie du monde. En un mot, ce qui m’attire est cette énergie de l’homme qui s’élève contre la routine matérialiste. …J’ai toujours aimé ceux qui n’arrivaient pas à s’adapter de façon pragmatique à la réalité… ».

 

Ainsi, le malheur, la faiblesse, tout ce qui apparemment diminue l’homme, contribue en fait à réaliser sa vocation humaine : « J’ai connu le malheur, la peur, la honte, je n’ai vécu ni regretté, ni envié personne car c’est le destin…sans malheur notre vie n’aurait pas été meilleure. Elle aurait été pire, car alors il n’y aurait pas eu de bonheur et il n’y aurait pas eu d’espoir » conclue la femme du Stalker.

 

Le Sacrifice : regard artistique sur l'amour.

 

C’est déjà ce thème qui se profile derrière ses héros : le Stalker qui selon les canons ‘normaux’ est un être faible, est en réalité « invincible par sa foi et sa volonté à servir les autres ». Mais c’est surtout « cette harmonie impossible sans le sacrifice » qui l’attire. « L’homme capable de sacrifier sa situation et son nom, sans se préoccuper de savoir s’il le fait en raison de principes spirituels, pour aider son prochain, pour son propre salut ou pour tout cela à la fois. ».

 

 L’homme moderne s’est en effet enchaîné lui-même à une « existence de consommateur aveugle soumis aux progrès impitoyables des technologies et à l’accumulation de biens matériels, » et il n’y a que le sacrifice de lui-même, « autrement dit : ‘retourner à Dieu’, pour retrouver une voie spirituelle normale. » Si le péché c’est tout ce qui n’est pas indispensable dans notre vie, le sacrifice est alors « ce premier pas vers un sens de la responsabilité envers la société ». 

 

Le sacrifice, qui est l’acte le plus personnel et, peut-être, le seul véritablement humain, est aussi le seul moyen de servir son prochain : « notre époque comme toute l’histoire de la civilisation, a été marqué par ces grands inquisiteurs, proposant une voie toujours plus juste, plus certaines, invoquants les intérêts de l’humanité ou du bien-être collectifs ». Et l’homme, se dissolvant dans l’effort commun pour le bonheur de tous, « s’est mépris sur la réalité de sa propre qualité spirituelle… en ne se préoccupant plus que de l’intérêt de tous…il a oublié de s’aimer assez pour respecter en lui ce qui le dépasse, son origine divine. »

 

Tree-of-Life-7.jpg Ainsi, la seule voie possible pour dépasser le conflit entre l’individuel et le collectif et retrouver l’équilibre entre le matériel et le spirituel, c’est de : «  combattre pour sa propre âme…, retrouver cette responsabilité personnelle vis à vis de soi-même, sacrifiée sur l’autel d’un ‘intérêt public’ mal compris, … qui est cette capacité - quasi vocationelle- au sacrifice spirituel ». 

 

Et, c’est pour cela que l’art existe: il « est l’instinct de l’humanité qui lutte pour ne pas sombrer, la tension de l’homme vers l’éternel, le sublime, le tout-puissant, en dépit de son état de péché… une déclaration d’amour, la conscience de sa propre dépendance à l’égard des autres… un acte inconscient, mais qui reflète le vrai sens de la vie : l’Amour et le Sacrifice. »

 

fr. Grégoire


Ibid. p 192-194.

ibid. p 170.

ibid. p 199.

ibid. p 221 - 222. 


 

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Le cinéma, une quête de lumière ? (II)

1 Juin 2011, 05:13am

Publié par Father Greg

 

tree-of-life.jpgCe qui fait le propre du cinéma, c’est qu’il est, pour A Tarkovski, le suprême moyen de saisir le temps« cet état, cette flamme où vit la salamandre de l’âme humaine », le fixer, et lui donner un sens en l’ordonnantlink


Fixer le temps.

 

 Le cinéma n’en est pas pour autant«un art de synthèse(…). L’essentiel du travail d’un réalisateur est de s’emparer d’un ‘bloc de temps’, d’une masse énorme de faits de l’existence, et de monter l’enchaînement comme si il était possible de recréer la vie, de faire saisir la continuité des faits, où tout est déterminé par le regard d’un homme sur la vie. » Car pour ‘montrer’ l’éternité il faut fixer le temps, et ainsi, par le fini saisir l’infini et tenter d’en dévoiler le sens, montrer les liens qui unissent chaque destin, l’interdépendance de chaque vie et la capacité pour chacun de transformer la face du monde. 


Vérité de l’art cinématographique.

 

            La première vérité de l’homme, celle à laquelle nous éduque l’art, c’est l’apprentissage de ce regard simple, sensible, contemplatif, presque enfantin sur la réalité, pour en saisir la vérité intérieure à travers les apparences ; dévoiler cet invisible qui donne le sens de notre existence : « Celui qui juge l’art au lieu de s’en imprégner, manque profondément de spiritualité. Il ne veut pas comprendre le sens ou le but de son existence qu’il remplace par de simples «je n’aime pas ! », « C’est ennuyeux ! ». Des arguments sans doute incontestables, mais qui pourraient tout autant être ceux d’un aveugle-né à qui on décrirait un arc-en-ciel ! Avec de tels critères, l’homme contemporain est incapable de s’interroger sur la vérité, et demeure totalement sourd à la souffrance qu’endure l’artiste pour exprimer la vérité qu’il a trouvée".

           

  "Mais qu’est-ce au juste que la vérité ? (…)  La culture de masse, destinée à des « consommateurs », dans notre civilisation tout en prothèses, rend nos esprits infirmes. Elle nous empêche de nous tourner vers les questions fondamentales de l’existence et de nous assumer en tant qu’êtres spirituels. Pourtant, un artiste ne peut rester sourd à l’appel de la vérité, qui seule, forge, organise sa volonté créatrice, et le rend capable de transmettre sa foi aux autres. Un artiste qui n’a pas la foi : autant parler d’un peintre qui serait aveugle de naissance ! »

 

 Le cinéma permet ainsi de dire quelque chose de la vérité : « l’image est une impression de la vérité qui nous est donnée à apercevoir de nos yeux aveugles. L’image incarnée n’est véridique que si, en elle, apparaissent certains liens qui expriment la vérité, et qui la rendent unique et inimitable comme l’est la vie… ».

 

La noblesse de l’homme : sa liberté spirituelle.

 

Tree-of-Life52.pngCette quête simple et pré-philosophique né en régime soviétique, lui montre - après être passé en occident - le danger de tout miser sur la lutte pour la liberté politique. « Les conditions de vie actuelle des démocraties [occidentales] posent le problème du manque de spiritualité et celui de la solitude de l’homme. L’homme moderne y a perdu cette liberté (…) d’être capable de se donner en sacrifice au nom de l’autre et de la société ».

 

Danger auquel l’homme n’échappe qu’en maintenant une lutte constante pour vivre à la hauteur de ce qu’il est, et cela spécialement dans le cinéma utilisé davantage pour fuir le réel que pour y creuser le sens de sa propre vie.

 

 « Sous prétexte de progrès technique, l’homme invente des conforts superflus et des moyens d'oppression pour assurer son pouvoir.[…] Quant au confort, un sage à dit que le péché, c’est tout ce qui n’est pas indispensable. S’il a raison, toute notre civilisation est, de A à Z, fondée sur le péché. Nous avons abouti à un manque terrible d’harmonie, à un désaccord total entre notre développement matériel et notre niveau spirituel. Notre culture, ou plutôt notre civilisation, est bâtie de fond en comble sur le péché… ».

 

D’ou le thème central de Stalker : « la dignité de l’homme et de l’homme qui souffre de son manque de dignité. »  C’est bien le propre de l’artiste que de voir ce qui fait la grandeur, la qualité spirituelle de l’homme, et de souffrir de son incapacité à en vivre. Dans Solaris, «  il s’agissait de gens qui étaient obligés, bon gré mal gré, de gravir les degrés de la connaissance. Cette quête éternelle, imposée comme de l’extérieur à l’homme, est dramatique en elle-même, une source permanente d’inquiétudes, de privations, de souffrances et de désillusions, car la vérité finale est toujours hors d’atteinte … » Une première réponse s’esquisse dans Stalker : « l’amour humain est vraiment ce miracle qui peut effectivement résister à toute l’aride théorisation sur l’état désespéré du monde  ».

 

fr Grégoire.


ibid. p 42-43.

ibid. p 100.

ibid. p 170.

Le Sacrifice. Film d’A Tarkovski. Grand prix spécial du Jury au festival de Cannes 1986, en concurrence avec Mission de Roland Joffé qui reçu alors la Palme d’or.

Stalker (‘le Guide’ ; en anglais to stalk : chercher silencieusement, marcher à pas loup…) Film d’A Tarkovski. (1979). « J’éprouvais dans ce film le besoin de cerner cette chose essentiellement humaine qui ne peut se dissoudre, ni être détruite, qui est en chaque homme comme un cristal, et qui fait toute sa valeur. Car malgré l’échec apparent de leur expédition, chacun des personnages acquiert en réalité quelque chose d’inestimable : la foi. »

Le Temps scellé. p 180-181. 

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