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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La vérité réclame d'être toujours redécouverte...

30 Avril 2011, 06:09am

Publié par Father Greg

 

vincent-van-gogh-terrasse-du-cafe-le-soirCertains, qui  répètent sans avoir compris, sont de « fausses » personnes ; car répéter reste imaginatif. Ils disent que Dieu existe sans avoir jamais compris ce que cela voulait dire. D’autres au contraire qui ont vraiment cherché loyalement toute leur vie mais dont la recherche a été un peu faussée, et qui de ce fait, n’ont pas découvert que Dieu existe sont des personnes humaines beaucoup plus vraies.

 

Répéter n’est pas intelligent, c’est une imitation qui ne répond pas à ce que l’intelligence réclame. L’intelligence a horreur du toc, de la répétition ! C’est pourquoi une culture chrétienne  qui se sclérose, qui répète et est un peu tombée dans l’imagination, ne forme pas une personne ; elle la déforme plutôt du point de vue de l’intelligence. Or il est essentiel d’avoir une intelligence  qui cherche la vérité, qui soit rectifiée dans sa recherche.

La personne humaine ne se construit pas sur quelque chose de secondaire. Elle ne peut se construire que sur ce qui est premier, sur ce qui est vraiment l’intelligence comme intelligence, qui cherche à connaître ce qui est. Il est suffisant pour la rectitude de l’intelligence qu’elle respecte la recherche de ce qui est et reconnaisse que ce qui est antérieur à toute la  connaissance : voilà ce qui est capital pour la personne : reconnaître que l’intelligence est faite pour atteindre ce qui est, pour le connaître et s’y intéresser. Mais le développement de l’intelligence ne se fait pas d’une seule manière ; il se fait par l’art, par la philosophie, par les sciences, etc.


C’est l’intelligence cherchant la  vérité  qui rectifie l’homme et c’est en ce sens-là qu’elle fait partie de la personne humaine et la structure. De fait la découverte de la vérité ultime, celle de Dieu comme Etre premier est au-delà du seul bien de l’intelligence. C’est une découverte du bien de la personne, et, pour cette raison, les moyens peuvent être très divers, apparemment inefficaces. Ils sont pourtant en vue d’un même but : découvrir ce qui est premier.   

M-D Philippe. Retour à la source, Tome 1.

 

 

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Comment l'homme devient-il juste devant Dieu ? suite...

27 Avril 2011, 06:24am

Publié par Father Greg

 

 

sempe peche

 

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Comment l'homme devient-il juste devant Dieu ?

26 Avril 2011, 06:00am

Publié par Father Greg

 

 

« Seul l’Amour actuel du Christ nous sauve et est la mesure de notre vie et de nos actions : en recevant son «amour fou » nous serons source d’un amour fou capable de ramener tout homme à Dieu : on est témoin d’un amour gratuit qui nous divinise »


 

 

        67.jpgLorsque Paul rencontra le Ressuscité sur le chemin de Damas, il était un homme réalisé : irrépréhensible quant à la justice dérivant de la Loi, il observait les prescriptions mosaïques mieux que beaucoup de personnes de son âge et soutenait avec zèle les traditions des pères.

 

L'illumination de Damas changea radicalement son existence : il commença à considérer tous les mérites, acquis dans une carrière religieuse intègre, comme des « balayures » face au caractère sublime de la connaissance de Jésus Christ. La Lettre aux Philippiens nous offre un témoignage touchant du passage de Paul d'une justice fondée sur la Loi et acquise avec l'observance des œuvres prescrites, à une justice fondée sur la foi dans le Christ : il avait compris que ce qui lui était apparu jusqu'alors comme un avantage était en réalité une perte face à Dieu, et il avait donc décidé de miser toute son existence sur Jésus Christ. Le trésor caché dans le champ et la perle précieuse dans l'achat de laquelle il faut investir tout le reste n'étaient plus les œuvres de la Loi, mais Jésus Christ, son Seigneur.

 

La relation entre Paul et le Ressuscité devint tellement profonde qu'elle le poussa à affirmer que le Christ n'était plus seulement sa vie mais sa façon de vivre, au point que pour pouvoir le rejoindre même mourir devenait un avantage. Non pas qu'il méprisât la vie, mais il avait compris que pour lui vivre n'avait désormais plus d'autre but et il ne nourrissait donc pas d'autre désir que celui de rejoindre le Christ, comme dans une compétition d'athlétisme, pour rester toujours avec Lui : le Ressuscité était devenu le principe et la finalité de son existence, la raison et le but de sa course. Seule la préoccupation pour la maturation de la foi de ceux qu'il avait évangélisés et la sollicitude pour toutes les Églises qu'il avait fondées le poussaient à ralentir sa course vers son unique Seigneur, pour attendre les disciples afin qu'ils puissent courir avec lui vers le but. Si dans l'observance précédente de la Loi il n'avait rien à se reprocher d'un point de vue de l'intégrité morale, une fois le Christ rejoint il préférait ne pas prononcer de jugement sur lui-même, mais il se limitait à se proposer de courir pour conquérir Celui par lequel il avait été conquis (cf. Ph 3, 12).

 


C'est précisément en raison de cette expérience personnelle de la relation avec Jésus Christ que Paul place désormais au centre de son Évangile une opposition irréductible entre deux parcours alternatifs vers la justice : l'un construit sur les œuvres de la Loi, l'autre fondé sur la grâce de la foi dans le Christ. L'alternative entre la justice par les œuvres de la Loi et celle par la foi dans le Christ devient ainsi l'un des motifs dominants qui parcourt ses Lettres : « Nous, nous sommes Juifs de naissance, nous ne sommes pas de ces pécheurs que sont les païens ; cependant nous le savons bien, ce n'est pas en observant la Loi que l'homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi en Jésus Christ ; c'est pourquoi nous avons cru en Jésus Christ pour devenir des justes par la foi au Christ, mais non par la pratique de la loi de Moïse, car personne ne devient juste en pratiquant la Loi ». Et il répète aux chrétiens de Rome : « Tous les hommes sont pécheurs, ils sont tous privés de la gloire de Dieu, lui qui leur donne d'être des justes par sa seule grâce, en vertu de la rédemption accomplie dans le Christ Jésus ». Et il ajoute : « En effet, nous estimons que l'homme devient juste par la foi, indépendamment des actes prescrits par la loi de Moïse ».

 

Être juste veut simplement dire être avec Jésus Christ en Jésus Christ. Et cela suffit. Les autres observances ne sont plus nécessaires. C'est pourquoi l'expression « sola fide » de Luther est vraie, si l'on n'oppose pas la foi à la charité, à l'amour. 

 

La foi c'est regarder le Christ, s'en remettre au Christ, s'attacher au Christ, se conformer au Christ, à sa vie. Et la forme, la vie du Christ c'est l'amour ; donc croire c'est se conformer au Christ et entrer dans son amour. C'est pourquoi saint Paul dans la Lettre aux Galates, dans laquelle il a notamment développé sa doctrine sur la justification, parle de la foi qui œuvre au moyen de la charité.


La communion avec le Christ, la foi dans le Christ crée la charité. Et la charité est la réalisation de la communion avec le Christ. Ainsi, en étant unis à lui, nous sommes justes, et de nulle autre manière.

 

Benoit XVI, 19 novembre 2008.



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Il est où, Dieu ?

22 Avril 2011, 14:00pm

Publié par Father Greg

 

l-erection-de-la-croix.jpgTrois hommes, deux adultes et un enfant, sont arrêtés dans le camp d’Auschwitz. Ils fomentaient une rébellion. Ils vont être pendus.


Tous les détenus sont appelés au rassemblement, parmi eux, le jeune Elie Wiesel. Les condamnés sont debout sur une chaise, la corde au cou, face à la foule des détenus.


« Où est le Bon Dieu, où est-il ? » demanda quelqu’un derrière moi.

Sur un signe du chef du camp, les trois chaises basculèrent.

Les deux adultes ne vivaient plus… Mais la troisième corde n’était pas immobile, si léger, l’enfant vivait encore.

Derrière moi, j’entendis le même homme demander :  Où est Dieu?

Et je sentais en moi une voix qui lui répondait:

Où Il est ?  Le voici – il est pendu ici, à cette potence. »

 

Elie Wiesel, La nuit.


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La Croix, c’est pour être enfanté par Marie...

22 Avril 2011, 06:00am

Publié par Father Greg

 


 

b175549a-cd14-11de-ad25-fe5a6bb892cd.jpgJean nous dit de Marie qu’il la « prit chez lui », mais il ne nous dit pas comment, il ne nous dit pas en quoi cela consiste. (…) Recevoir Marie, prendre Marie, est donc bien un mystère de foi, et non une affaire de dévotion. Et prendre Marie, c’est lui demander constamment d’exercer sur nous en plénitude sa maternité ; car elle ne peut l’exercer que si nous lui demandons.

 

Voilà qui enlève toute espèce d’imagination de solitude, de rêve d’ermitage. Car cela peut arriver. On a des rêves d’ermitage, on pense que si on était seul, on serait contemplatif, ou bien on rêve d’ « une communauté plus contemplative ». ( …) A cela je réponds : « Soyez contemplatifs, et vous ferez la communauté contemplative ». Parce qu’il n’y a pas de communauté contemplative, il n’y a que des contemplatifs.

 

A la croix, Jean est seul, mais d’une solitude qui n’est pas le désert – c’est le moins que l’on puisse dire ! Normalement, le désert est silencieux et il sent bon, parce qu’il y a du vent et qu’il n’y a personne ! La Croix, elle, est le lieu des voix discordantes et aussi, comme le souligne saint Thomas, un lieu « fétide » parce que les cadavres corrompus s’y entassent. Le désert, parfois, fleurit, et c’est merveilleux. Alors on rêve à cela (il y a des gens qui toute leur vie, rêvent d’être dans un autre lieu que celui où ils sont). Le lieu de saint Jean, c’est Marie – un point c’est tout. Il faut que notre foi aille jusqu’au bout de ce réalisme, et donc que toutes les imaginations disparaissent. Les imaginations, ce n’est pas la foi ; et on doit lutter contre tout cela, comme on doit lutter pour que  la sincérité fasse place à la vérité. Quand on imagine on est sincère, oui, sincère avec soi-même, sincère avec son imagination ; mais on n’est pas dans la vérité. La vérité, c’est que Marie est donnée à Jean. La vérité, c’est de recevoir la parole de Jésus : « Voici ta mère ». Et on trouve, auprès de Marie, la solitude la plus totale qui soit. La solitude du désert n’est rien à côté de la solitude du cœur de Marie.

 

La solitude du cœur de Marie, voilà la vraie solitude, pour Jean et pour nous. Et il faut avoir le courage d’y entrer. Je dis bien « le courage », parce que la foi est toujours une épreuve. Pourquoi esquive-t-on la foi ? Pourquoi s’installe-t-on dans l’imaginaire ? Parce que c’est beaucoup plus facile ! Et on  y est bien : c’est notre imaginaire. Tandis que Marie, on ne peut pas dire que ce soit notre imaginaire : c’est le chef-d’œuvre de Dieu pour nous.

 

Marie est le chef-d’œuvre de Dieu à la Croix. Et elle est le chef-d’œuvre de Dieu, du Père et de l’Esprit Saint, pour nous.(…) Elle est là parce que c’est la volonté du Père, et elle a choisi cette volonté du Père. C’est le calice qu’elle doit boire jusqu’au bout. Voilà la vraie solitude : c’est le calice qu’on doit boire jusqu’au bout, la solitude de l’Agonie, la solitude de la Croix. Dans la solitude de l’Agonie, Marie n’est pas dans le même lieu que Jésus. Elle est seule, et Jésus est seul ; ils ne sont pas présents physiquement l’un à l’autre. A la Croix, ils sont présents l’un à côté de l’autre, mais dans un abîme d’adoration. Or quand on adore, on est toujours seul ; et quand on adore à la Croix, on n’est pas  dans une sorte d’union sensible qui réaliserait une fusion ou une identification, comme disent les psychologues. L’unité profonde avec Jésus, c’est dans la foi, l’espérance et la charité, au-delà de la sensibilité. L’Esprit Saint peut nous donner une expérience divine qui se répercute dans notre sensibilité, mais on ne s’y arrête jamais : on est toujours au-delà. Et dans l’adoration, on est dans un abîme de solitude en face de Dieu.

 

Il faut beaucoup demander à l’Esprit Saint de vivre de l’adoration de Marie dans la solitude, dans l’Agonie. L’Agonie n’est pas au niveau psychologique ; elle est au niveau divin, dans la foi, l’espérance et l’amour. (…) Il faut demander à l’Esprit Saint de nous donner l’expérience divine du cœur de Marie qui est notre désert. Une fois qu’on a vécu du cœur de Marie comme étant notre désert, on y revient toujours ; et toutes les nostalgies imaginatives du désert disparaissent, parce que Marie est plus que tout cela. Elle est le désert de Dieu, le désert du Christ.

 

Celle qui nous est donnée, c’est la Femme qui ne fait plus qu’un avec Jésus crucifié. Celle qui est toute tournée vers Jésus et toute tournée vers nous et elle est donnée à chacun d’entre nous d’une façon unique. Recevons-la comme elle nous est donnée, sans loucher comme Caïn qui, louchant sur Abel, oublie d’adorer. Abel, lui, adore, il ne s’occupe pas de Caïn : mais Caïn s’inquiète d’Abel.

 

 

M.D-Philippe, J’ai soif.


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Mystère du mal en l'homme...

16 Avril 2011, 08:00am

Publié par Father Greg

 

 

 

« Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. Il était homicide dès le commencement et n'était pas établi dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui : quand il profère le mensonge, il parle de son propre fonds, parce qu'il est menteur et père du mensonge ».  Jn 8, 44.

 

 


 Le Christ et la femme adultèreNous touchons ici le jugement ultime de Jésus sur ceux qu’il aime. Car il les aime, autrement il ne dirait pas cela ; Il les corrige, et il veut les arracher à cette fausse filiation. Le démon dans son orgueil imite Dieu, il veut être père, alors qu’il n’a pas de fécondité et ne peut pas en avoir puisqu’il n’a plus d’amour. Or, tout son désir, c’est d’être père, c’est-à-dire de nous attirer à lui, de nous rendre semblable à lui. Nous saisissons là ce qu’est le péché : le refus de l’amour, l’orgueil : «  quand il parle, il parle de son propre fonds. »

 

L’orgueil c’est ce refus d’être relatif à autre chose que nous même. Nous sommes à nous-même notre propre mesure ! Et tout le reste est regardé en fonction de nous. Nous nous mettons comme mesure, et nous sommes séduits par cette connaissance intérieure de nous-même et des autres à partir de nous. C’est se faire juge, se poser comme premier ; de façon très subtile le plus souvent, mais non moins méprisante quant aux autres.  

Fr Grégoire.


 

 

Hieronymus Bosch 056«  Ce ne sont pas leurs péchés qui caractérisent les gens mauvais, ce sont plutôt le caractère subtil de ces péchés, leur persistance et leur consistance. La raison en est que le défaut premier du mal n’est pas le péché en soi, mais le refus de le reconnaître. 


Le problème du mal n’est pas un défaut de conscience, mais le refus d’accorder à la conscience le rôle qui lui est dû. Nous devenons mauvais en essayant de nous tromper nous-mêmes. L’individu mauvais ne commet pas le mal directement, mais indirectement en voulant se blanchir. Le mal ne provient pas de l’absence de culpabilité, mais de l’effort fait pour l’éviter.

  

L’individu mauvais renie le fardeau de sa culpabilité ; il refuse la reconnaissance douloureuse de son péché, de sa médiocrité et de son imperfection ; elle cherche à transmettre sa peine à autrui par la projection ou en faisant de lui son bouc émissaire. Or tous ceux qui sont ‘mauvais’, qu’est-ce qui les habite, les harcèle ? La réponse est simple : la peur.


(…) Les gens mauvais ont besoin de victimes à sacrifier à leur narcissisme, et leur narcissisme leur permet de fermer les yeux sur la condition humaine de leur victime. Leur narcissisme leur procure une raison de tuer et les rend insensibles à l’acte de tuer. L’aveuglement du Narcisse est plus qu’un  manque d’empathie ; le Narcisse peut ne pas « voir » les autres du tout. »

  Scott Peck,  Les gens du mensonge.

 


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Notre repos, c'est un repos contemplatif, un repos d'amour..

15 Avril 2011, 07:00am

Publié par Father Greg

 

 

L'intelligence humaine est radicalement faite pour Dieu, et elle ne peut se reposer dans sa recherche de vérité que dans la mesure où elle arrive à découvrir le mystère de Dieu dans toute sa pureté. 

M.D Philippe. Les Trois  Sagesses.

 

   

logo phpBBLe chemin vers Dieu, c'est le sommet de l'intelligence, c'est l'Everest. Mon intelligence marche vers ce but, mais elle n'est intelligence que quand elle découvre la nécessite de poser l'existence de l'Etre 1er, il est. Mon intelligence avant cela demeure toujours en devenir, imparfaite: elle chemine. Elle n'a pas de repos. Le seul repos de l'intelligence, c'est la contemplation de Dieu. Il n'y a pas d'autre repos parce qu'en tant que je n'ai pas découvert l'existence de Dieu, mon intelligence n'a pas découvert sa source.

 

Et l'intelligence à conscience de chacune de ses démarches, elle sait la valeur de chacune de ses démarches. C'est le propre de l'intelligence. Dans l'amour ce n'est pas  la même chose du tout. C'est pour cela que, presque toujours la passion est mêlée à l'amour spirituel. Et la passion, c'est dynamique, ce n'est pas le repos, c'est dynamique. C'est pour cela que dans l'ordre volontaire on ne se repose jamais, toute expérience affective est toujours très fatigant pour l'homme. C'est nécessaire, et c'est merveilleux, c'est la grande joie mais c'est fatigant, il n'y a pas de repos. Seule l'intelligence se repose, en contemplant. Ce n'est pas pour rien qu'on appelle la contemplation le repos: c'est que justement il n'y a plus de devenir. 


 

M.D Philippe, conférence, 06.10.00.

 


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C'est Dieu qui nous rend saints...

14 Avril 2011, 08:57am

Publié par Father Greg

 

 

 

PHOTOLISTE_20090420172807_rogier_van_der_weyden_sa_500_.jpgQue veut dire être saint ? Qui est appelé à être saint ? On est souvent porté encore à penser que la sainteté est une destination réservée à de rares élus. Saint Paul, en revanche, parle du grand dessein de Dieu et affirme : « C'est ainsi qu'Il (Dieu) nous a élus en lui (le Christ), dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l'amour » (Ep 1, 4). Et il parle de nous tous. Et Paul dit ensuite : « Car Dieu s'est plu à faire habiter en lui toute la plénitude » (Col 1, 19). C'est pourquoi toute l'existence chrétienne connaît une unique loi suprême, celle que saint Paul exprime dans une formule qui revient dans tous ses écrits : en Jésus Christ.

 

La sainteté, la plénitude de la vie chrétienne ne consiste pas à accomplir des entreprises extraordinaires, mais à s'unir au Christ, à vivre ses mystères, à faire nôtres ses attitudes, ses pensées, ses comportements. La mesure de la sainteté c'est être conforme à Jésus, et saint Augustin s'exclame : « Ma vie sera vivante toute pleine de Toi » (Confessions, 10, 28).

 

Mais la question demeure : comment pouvons-nous parcourir la voie de la sainteté, répondre à cet appel ? Puis-je le faire avec mes propres forces ? La réponse est claire : une vie sainte n'est pas principalement le fruit de notre effort, de nos actions, car c'est Dieu, le trois fois Saint (cf. Is 6, 3), qui nous rend saints, c'est l'action de l'Esprit Saint qui nous anime de l'intérieur, c'est la vie même du Christ ressuscité qui nous est communiquée et qui nous transforme. Pour le dire encore une fois avec le Concile Vatican II : « Appelés par Dieu, non au titre de leurs œuvres mais au titre de son dessein gracieux, justifiés en Jésus notre Seigneur, les disciples du Christ sont véritablement devenus par le baptême de la foi, fils de Dieu, participants de la nature divine et, par là même, réellement saints. Cette sanctification qu'ils ont reçue, il leur faut donc, avec la grâce de Dieu, la conserver et l'achever par leur vie » (ibid., n. 40).

 

Comment notre façon de penser et nos actions peuvent-elles devenir la manière de penser et d'agir du Christ et avec le Christ ? Quelle est l'âme de la sainteté ? Qu'est-ce qui est essentiel ? Il est essentiel de ne jamais laisser passer un dimanche sans une rencontre avec le Christ Ressuscité dans l'Eucharistie ; cela n'est pas un poids en plus, mais une lumière pour toute la semaine. Il ne faut pas commencer ni finir une journée sans avoir au moins un bref contact avec Dieu. Et, sur la route de notre vie, suivre les « panneaux routiers » que Dieu nous a communiqués dans le décalogue lu avec le Christ, qui est tout simplement l'explicitation de ce qu'est la charité dans des situations déterminées. Il me semble que cela est la véritable simplicité et la grandeur de la vie de sainteté : la rencontre avec le Ressuscité le dimanche ; le contact avec Dieu au début et à la fin de la journée ; suivre, dans les décisions, les « panneaux routiers » que Dieu nous a communiqués, qui sont seulement des formes de charité. « C'est donc la charité envers Dieu et envers le prochain qui marque le véritable disciple du Christ ». (Lumen gentium, n. 42).


Voilà pourquoi saint Augustin, en commentant le quatrième chapitre de la Première Lettre de saint Jean, peut affirmer «Aime et fais ce que tu veux ». Et il poursuit : « Si tu te tais, tais-toi par amour ; si tu parles, parle par amour ; si tu corriges, corrige par amour ; si tu pardonnes, pardonne par amour ; qu'en toi se trouve la racine de l'amour, car de cette racine ne peut rien procéder d'autre que le bien » (7, 8 : PL 35). Celui qui est guidé par l'amour, qui vit la charité pleinement est guidé par Dieu, car Dieu est amour. C'est ce qui donne sa valeur à cette grande parole : « Dilige et fac quod vis », « Aime et fais ce que tu veux ».

Sans doute pourrions-nous nous demander : pouvons-nous, avec nos limites, avec notre faiblesse, tendre à des sommets si élevés ? (…) Je voudrais ajouter que pour moi, il n'y a pas que certains grands saints que j'aime et que je connais bien qui « indiquent la voie », mais aussi les saints simples, c'est-à-dire les personnes bonnes que je vois dans ma vie, qui ne seront jamais canonisées. Ce sont des personnes normales, pour ainsi dire, sans héroïsme visible, mais dans leur bonté quotidienne, je vois la vérité de la foi. Cette bonté, qu'elles ont mûrie dans la foi de l'Eglise, est pour moi la plus sûre apologie du christianisme et le signe qui montre où se trouve la vérité.

 

Je voudrais inviter chacun à s'ouvrir à l'action de l'Esprit Saint, qui transforme notre vie, pour être nous aussi comme des pièces de la grande mosaïque de sainteté que Dieu crée dans l'histoire, afin que le visage du Christ resplendisse dans tout son éclat. N'ayons pas peur de tendre vers le haut, vers les sommets de Dieu ; n'ayons pas peur que Dieu nous demande trop, mais laissons-nous guider dans chacune de nos actions quotidiennes par sa Parole, même si nous nous sentons pauvres, inadéquats, pêcheurs : c'est Lui qui nous transformera selon son amour. Merci.

 

Benoit XVI, catéchèse du 13 avril 2011.


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Nous souhaitons seulement être plaints...

14 Avril 2011, 08:00am

Publié par Father Greg

 

 Pour grandir et avancer dans la lumière, il faut identifier les obstacles qui nous retiennent et que parfois on entretient, consciemment ou non… parmi ceux-ci, le rôle que l’on se joue dans nos drames intérieurs…


 

Proprichtchine.jpg "Surtout ne croyez pas vos amis quand ils vous demanderont d’être sincère avec eux. Ils espèrent seulement que vous les entretiendrez dans la bonne idée qu’ils se font d’eux-mêmes, en les fournissant d’une certitude qu’ils puiseront dans votre promesse de sincérité. Comment la sincérité serait-elle la condition de l’amitié ? Le gout de la vérité à tout prix est une passion… c’est un vice, un confort parfois, ou un égoïsme. Si donc vous vous trouvez dans ce cas, n’hésitez pas : promettez d’être vrai et mentez le mieux possible.

 

C’est si vrai que nous nous confions que très rarement à ceux qui sont meilleurs que nous. Nous fuirions plutôt leur société. Le plus souvent, au contraire, nous nous confessons à ceux qui nous ressemblent et qui partagent nos faiblesses. Nous ne désirons pas nous corriger, ni être améliorés : il faudrait d’abord que nous fussions juges défaillants : il faudrait d’abord que nous fussions jugés défaillants.  Nous souhaitons seulement être plaints et encouragés dans notre voie. »

 

Albert Camus. La Chute.


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Vous qui entrez-ici, abandonnez toute espérance....

12 Avril 2011, 07:50am

Publié par Father Greg

 

 

Niveau de la porte de l’Enfer. 

La première troupe des damnés : Esprits neutres et lâches, harcelés par des insectes.

 

« Par moi on va de la cité dolente, Vision de Tondal de Jérome Bosch

Par moi on va de l’éternelle douleur,

Par moi on va parmi la gent perdue.

Justice a mû mon sublime artisan,

Puissance divine m’a faite,

Et la haute sagesse et le premier amour.

Avant moi rien n’a jamais été créé

Qui ne soit éternel, et moi je dure éternellement.

Vous qui entrez, abandonnez toute espérance. »

 

Ces paroles de couleur sombre,

Je les vis écrite au-dessus de la porte ;

Aussi je dis : « Maître, leur sens m’est dur. »

Et lui à moi, en homme qui savait mes pensées :

 

« Ici, il convient de laisser tout soupçon ;

Toute lâcheté ici doit être morte.

Nous sommes venus au lieu que je t’ai dit,

Où tu verras les foules douloureuses

Qui ont perdu le bien de l’intellect. »

 

Et après avoir mis la main dans la mienne

Avec un visage gai, qui me réconforta,

Il me découvrit les choses secrètes.

Là pleurs, soupirs et hautes plaintes

Résonnaient dans l’air sans étoiles,

Ce qui me fit pleurer pour commencer.

Diverses langues et horribles jargons,

Mots de douleur, accent de rage,

Voix fortes, rauques, bruits de mains avec elles,

Faisaient un fracas tournoyant

Toujours dans cet éternellement sombre,

Comme le sable où souffle un tourbillon.

Et moi, qui avais la tête entourée d’ombre,

Je dis : « maître, qu’est-ce que j’entends ?

Qui sont ces gens si défaits de souffrance ? »

 

Et lui à moi : « cet état misérable

Est celui des méchantes âmes des humains

Qui vécurent sans infamie et sans louange.

Ils sont mêlés au mauvais cœur des anges

Qui ne furent ni rebelles à Dieu

Ni fidèles, et qui ne furent que pour eux-mêmes.

Les cieux les chassent, pour n’être pas moins beaux et le profond enfer ne veut pas d’eux,

Car les damnés en auraient plus de gloire. »

 

Et moi : « Maitre, quel est le poids

Qui les fait se plaindre si fort ? »

Il répondit : « je vais te le dire en quelques mots.

Ceux-ci n’ont pas espoir de mort,

Et leur vie aveugle est si basse

Que tout autre sort leur fait envie.

Le monde ne laisse pas de renommée pour eux,

Miséricorde et justice les méprisent :

Ne parlons pas d’eux, mais regarde et passe. »

 

Et moi qui regardais, j’aperçus une enseigne

Qui en tournant courait si vite

Qu’elle semblait indigne de repos ;

Et derrière elle venait une si grande foule

D’humains, que je n’aurais pas crus

Que mort en eut défait autant.

Après que j’en eu reconnu quelques-uns

Je vis et reconnus l’ombre de celui-là

Qui fit par lâcheté le grand refus.

Aussitôt je compris et je fus certain

Que c’était bien la secte des mauvais,

Qui déplaisent à Dieu, comme à ses ennemis.

Ces malheureux qui n’ont jamais été vivants,

Etaient nus et harcelés sans cesse

Par des mouches et des guêpes qui étaient près d’eux.

Elles leur rayaient le visage de sang,

Qui mêlé de pleurs, tombait à leur pieds

Où le recueillaient des vers immondes. »


Dante, L’Enfer, Chant III.

 

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Jésus est dans sa personne, la Résurrection!

11 Avril 2011, 08:05am

Publié par Father Greg

 

 

 

 

la-resurrection-de-Lazare.jpg

« Moi, je suis la Résurrection et la Vie : celui qui croit en moi, fût-il mort, vivra, et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. » (Jn 11, 25-26). A Marthe qui vient de lui dire : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort », Jésus répond en prononçant cette grande affirmation sur lui-même ; elle est la dernière des sept grandes révélations de sa présence personnelle au milieu des hommes, celle qui, d’une certaine manière, reprend toutes les autres et les unit.

 

Jésus avait affirmé successivement : « Je suis le Pain de vie » (Jn 6, 35) ; « Je suis la lumière du monde » (Jn 8, 12) ; « Je suis » (Jn 8, 28. 58) ; « Je suis la Porte » (Jn 10, 9) ; « Je suis le Bon Pasteur » (Jn 10, 11) ; « Je suis le Fils de Dieu » (Jn 10, 36). Et devant la mort de Lazare : « Je suis la Résurrection et la Vie ». Par là, Jésus donne une lumière ultime sur le sens de sa présence au milieu des hommes par le mystère de l’Incarnation et par le don ultime qu’il nous fait de lui-même dans sa Croix, sa mort et sa résurrection.

 

Jésus nous est donné par le Père comme le Pain du Père : il est celui qui est donné, radicalement donné. Il vient de l’amour même du Père et, dans le mystère de la Croix, il se donne lui-même jusqu’au bout de l’amour.

 

Dans la miséricorde, il est la Lumière du monde : il est la réponse vivante et divine au mal et au péché ; cette lumière s’explicite par le pardon et la miséricorde : un torrent débordé de lumière et d’amour, une source inépuisable, sans limites. Il est notre Dieu: il demeure éternellement, il est Celui qui nous porte dans notre âme, dans notre être même et que nous adorons.

 

Il est Celui par qui nous passons pour avoir la vie, pour accéder au Père: "si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé". Il nous conduit en Bon Pasteur, avec l’autorité et la douceur de Celui qui donne sa vie pour ses brebis : "Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne."

Il est le Fils du Père ; parce qu’il vient du Père et demeure éternellement dans le sein du Père, il est tout entier tourné vers le Père dans l’amour, distinct de lui mais éternellement un avec le Père.

 

Il est Celui dont l’amour est glorieux : un amour substantiel, éternel, qui porte même la mort. La mort de Lazare et sa résurrection sont un signe dont Jésus se sert ; par-là, il nous enseigne à contempler dans sa propre mort la Révélation glorieuse d’un amour plus puissant que la mort. La mort est bien quelque chose d’ultime : en elle, nous touchons le terme de notre vie, le terme de notre itinéraire ici-bas. La sagesse philosophique bute devant ce terme : elle reste au seuil parce que nous n’avons pas l’expérience d’un au-delà de la mort ; et surtout, nous faisons l’expérience que l’amour humain touche là à la limite de son exercice. Même l’amour le plus personnel reste intentionnel : si nous continuons d’aimer quelqu’un qui nous a quittés par la mort, nous ne pouvons cependant plus exercer cet amour qui, jusqu’alors, était au cœur de notre vie. D’une certaine façon, notre vie se brise avec la mort de nos amis.

 

En Jésus, le terme qu’est la mort peut prendre un  sens nouveau : il se sert de sa mort, parce qu’il est Dieu, pour nous révéler l’amour « jusqu’à la fin » (Jn 13, 1). En Jésus, le terme qu’est la mort n’est plus absurde : elle devient le sceau, le témoignage d’un amour qui n’a pas de limites et se sert de la limite qu’est la mort pour se révéler dans son absolu. « Nul n’a plus grand amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis » (Jn 15, 13).

 

Jésus donne sa vie : il offre librement sa mort, pour nous révéler jusqu’où il aime le Père, jusqu’où il est aimé du Père. Et parce que même sa mort n’est pas adéquate pour nous le révéler, au-delà de sa mort, la blessure de son Cœur nous révèlera silencieusement le sanctuaire même de cet amour sans mesure. C’est cela, qu’est la charité, l’agapè, l’amour même dont le Père et le Fils s’aiment dans l’unité de l’Esprit Saint. C’est de cet amour que la Croix glorieuse du Christ est la Révélation pour tous les hommes.

 

Marie-Dominique Goutierre

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Arrêtez de vous regarder !

10 Avril 2011, 09:03am

Publié par Father Greg

  

 

 

 

Georges-de-la-Tour.jpg

«L’éthique religieuse doit nous aider à comprendre cette dimension radicale de l'homme, "animal religieux", qui est fait pour Dieu. (...) L'adoration me fait comprendre que Dieu, en créant mon âme spirituelle, veut que je sois capable d'orienter ma vie. L'orientation première de ma vie, c'est de reconnaitre que Dieu est créateur, et c'est pour cela que dans ce choix de l'adoration -puisqu'il y a un choix d'amour- je me libère de moi-même et de tout mon conditionnement. L'adoration donne une stabilité à l'être humain que rien d'autre ne peut donner.

 

 (...)L’éthique épicurienne reconnait une certaine contemplation, mais ce n'est pas une contemplation de Dieu, c'est une contemplation de soi! C'est le petit chat qui ronronne en se chauffant au coin du feu! A la place de regarder la présence de Dieu, on regarde le vécu de cette présence en soi-même, et on considère que le vécu de cette présence de Dieu est ce qu'il y a de plus épanouissant, de plus merveilleux, que c'est là que la jouissance est la plus parfaite.

 

L’éthique stoïcienne n’implique pas l’adoration, elle implique la soumission à Zeus dans l’efficacité. C’est très subtil, mais c’est bien l’efficacité qui y est recherchée : on cherche à être un homme sur lequel on peut compter et qui réalise quelque chose ; il n’y a donc plus d’adoration.

 

Nous ne nous regardons pas nous-mêmes adorant. Quand on se regarde adorant, on se regarde uniquement soumis à Dieu. Alors à ce moment-là, on n’est plus dans l’adoration, on est dans une attitude réflexive sur le vécu de l’adoration.


Mais le vécu de l’adoration n’est pas l’adoration, parce que le propre de l’adoration c’est justement de s’oublier complètement. On est tourné vers Dieu –dans l’obscurité, c’est vrai, mais on est tout entier tourné vers Dieu. L’adoration c’est laisser Dieu passer devant et s’effacer complètement en face de Lui.


Quand on s'arrête à la joie ou à la jouissance, on a une éthique épicurienne; et quand on s'arrête à l'effort, on a une éthique stoïcienne. Ni l'une ni l'autre ne sont une véritable éthique, parce que la véritable éthique implique une relation personnelle soit d'homme à homme, soit d'homme-créature à Dieu créateur. Toute éthique implique une relation personnelle puisque c'est seulement dans une relation personnelle qu'on découvre la vraie responsabilité, le véritable amour.  

 

Or très vite on glisse dans le point de vue secondaires, dans les conséquences: l'éthique épicurienne, la joie, la jouissance; l'éthique stoïcienne, la maitrise de soi, l'effort, l'efficacité du résultat. »

 

M.D Philippe. Ethique religieuse, Janv 92. 


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Quelle liberté spirituelle?

9 Avril 2011, 07:00am

Publié par Father Greg

 

   

 


Babel-Bruegel.jpgQuand les Etats occidentaux modernes se sont formés, fut posé comme principe que les gouvernements avaient pour vocation de servir l'homme, et que la vie de l'homme était orientée vers la liberté et la recherche du bonheur (en témoigne la déclaration américaine d'Indépendance). Aujourd'hui, enfin, les décennies passées de progrès social et technique ont permis la réalisation de ces aspirations : un Etat assurant le bien-être général. Chaque citoyen s'est vu accorder la liberté tant désirée, et des biens matériels en quantité et en qualité propres à lui procurer, en théorie, un bonheur complet, mais un bonheur au sens appauvri du mot, tel qu'il a cours depuis ces mêmes décennies.


Au cours de cette évolution, cependant, un détail psychologique a été négligé : le désir permanent de posséder toujours plus et d'avoir une vie meilleure, et la lutte en ce sens, ont imprimé sur de nombreux visages à l'Ouest les marques de l'inquiétude et même de la dépression, bien qu'il soit courant de cacher soigneusement de tels sentiments. Cette compétition active et intense finit par dominer toute pensée humaine et n'ouvre pas le moins du monde la voie à la liberté du développement spirituel.


L'indépendance de l'individu à l'égard de nombreuses formes de pression étatique a été garantie ; la majorité des gens ont bénéficié du bien-être, à un niveau que leurs pères et leurs grands-pères n'auraient même pas imaginé ; il est devenu possible d'élever les jeunes gens selon ces idéaux, de les préparer et de les appeler à l'épanouissement physique, au bonheur, au loisir, à la possession de biens matériels, l'argent, les loisirs, vers une liberté quasi illimitée dans le choix des plaisirs. Pourquoi devrions-nous renoncer à tout cela ? Au nom de quoi devrait-on risquer sa précieuse existence pour défendre le bien commun, et tout spécialement dans le cas douteux où la sécurité de la nation aurait à être défendue dans un pays lointain ?

 

Même la biologie nous enseigne qu'un haut degré de confort n'est pas bon pour l'organisme. Aujourd'hui, le confort de la vie de la société occidentale commence à ôter son masque pernicieux.


La société occidentale s'est choisie l'organisation la plus appropriée à ses fins, une organisation que j'appellerais légaliste. Les limites des droits de l'homme et de ce qui est bon sont fixées par un système de lois ; ces limites sont très lâches. Les hommes à l'Ouest ont acquis une habileté considérable pour utiliser, interpréter et manipuler la loi, bien que paradoxalement les lois tendent à devenir bien trop compliquées à comprendre pour une personne moyenne sans l'aide d'un expert. Tout conflit est résolu par le recours à la lettre de la loi, qui est considérée comme le fin mot de tout. Si quelqu'un se place du point de vue légal, plus rien ne peut lui être opposé ; nul ne lui rappellera que cela pourrait n'en être pas moins illégitime. Impensable de parler de contrainte ou de renonciation à ces droits, ni de demander de sacrifice ou de geste désintéressé : cela paraîtrait absurde. On n'entend pour ainsi dire jamais parler de retenue volontaire : chacun lutte pour étendre ses droits jusqu'aux extrêmes limites des cadres légaux.


J'ai vécu toute ma vie sous un régime communiste, et je peux vous dire qu'une société sans référent légal objectif est particulièrement terrible. Mais une société basée sur la lettre de la loi, et n'allant pas plus loin, échoue à déployer à son avantage le large champ des possibilités humaines. La lettre de la loi est trop froide et formelle pour avoir une influence bénéfique sur la société. Quand la vie est tout entière tissée de relations légalistes, il s'en dégage une atmosphère de médiocrité spirituelle qui paralyse les élans les plus nobles de l'homme.


Et il sera tout simplement impossible de relever les défis de notre siècle menaçant armés des seules armes d'une structure sociale légaliste.

 

Alexandre Soljenitsyne, Discours d'Harvard, 8 juin 1978.

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Vous n'êtes pas le miel mais le sel de la terre...

8 Avril 2011, 07:05am

Publié par Father Greg

 

 

lsbreliques.1222085820L'innocent médiocre renverse tout. Veut-on savoir comme il fulgure ? Voici.

Le XVIe siècle fut un équinoxe historique, où l'idéal bafoué par les giboulées du sensualisme s'abattit enfin, racines en l'air. Le spirituel christianisme, sabordé dans ses méninges, saigné au tronc des carotides, vidé de sa plus intime substance, ne mourut pas, hélas ! Il devint idiot et déliquescent dans sa gloire percée.

 

Le christianisme, qui n'avait su ni vaincre ni mourir, fit alors comme tous les conquis. Il reçut la loi et paya l'impôt. Pour subsister, il se fit agréable, huileux et tiède. Silencieusement, il se coula par le trou des serrures, s'infiltra dans les boiseries, obtint d'être utilisé comme essence onctueuse pour donner du jeu aux institutions et devint ainsi un condiment subalterne, que tout cuisinier politique put employer ou rejeter à sa convenance. On eut le spectacle, inattendu et délicieux, d'un christianisme converti à l'idolâtrie païenne, esclave respectueux des conculcateurs du Pauvre, et souriant acolyte des phallophores.

 

Miraculeusement édulcoré, l'ascétisme ancien s'assimila tous les sucres et tous les onguents pour se faire pardonner de ne pas être précisément la volupté, et devint, dans une religion de tolérance, cette chose plausible qu'on pourrait nommer le catinisme de la piété.

 

Saint François de Sales apparut, en ces temps-là, juste au bon moment, pour tout enduire. De la tête aux pieds, l'Église fut collée de son miel, aromatisée de ses séraphiques pommades. La Société de Jésus, épuisée de ses trois ou quatre premiers grands hommes et ne donnant déjà plus qu'une vomitive resucée de ses apostoliques débuts, accueillit avec joie cette parfumerie théologique, où la gloire de Dieu, définitivement, s'achalanda. Les bouquets spirituels du prince de Genève furent offerts par de caressantes mains sacerdotales aux explorateurs du Tendre, qui dilatèrent aussitôt leur géographie pour y faire entrer un aussi charmant catholicisme...

 

L’Art perdit ses propres ailes et devint le compagnon des reptiles et des quadrupèdes.  Les extra-corporelles Transfixions des Primitifs dévalèrent dans l'ivresse charnelle de la forme et de la couleur, jusqu'aux vierges de pétrin de Raphaël...


Léon Bloy, le désespéré. 

 

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L'art, lumière qui dévoile...

7 Avril 2011, 08:13am

Publié par Father Greg

 

 

 

A3224.jpg La période actuelle est hélas marquée par des phénomènes négatifs au niveau social et économique, mais aussi par une baisse de l’espérance, une certaine défiance dans les relations humaines, ce qui accroît les signes de résignation, d’agressivité, de désespoir. De plus le monde dans lequel nous vivons risque de changer de visage à cause de l’action parfois déraisonnable de l’homme. Celui-ci, au lieu d’en cultiver la beauté, exploite avec inconscience les ressources de la planète au profit d’un petit nombre et en détériore souvent les merveilles naturelles. En dehors de la beauté, qu’est-ce qui peut redonner de l’enthousiasme et de la confiance, encourager l’esprit humain à retrouver le chemin, à lever les yeux vers l’horizon, à rêver une vie digne de sa vocation ? Chers artistes, vous savez bien que l’expérience du beau, du beau authentique, ni éphémère ni superficiel, n’est pas quelque chose d’accessoire ou de secondaire dans la recherche du sens et du bonheur, parce que cette expérience n’éloigne pas de la réalité, mais, au contraire, amène à une confrontation serrée avec le vécu quotidien, pour le libérer de l’obscurité et le transfigurer, pour le rendre lumineux, beau.



En effet une fonction essentielle de la vraie beauté, déjà indiquée par Platon, est de donner à l’homme une "secousse" salutaire qui le fait sortir de lui-même, l’arrache à la résignation, à l’arrangement du quotidien, le fait souffrir aussi, comme un dard qui le blesse, mais qui le "réveille" justement ainsi, en lui ouvrant à nouveau les yeux du cœur et de l’esprit, en lui donnant des ailes, en le poussant vers le haut. L’expression de Dostoïevski que je vais citer est certes hardie et paradoxale, mais elle fait réfléchir : "L’humanité peut vivre - dit-il - sans la science, sans pain ; il n’y a que sans la beauté qu’elle ne pourrait plus vivre, car il n’y aurait plus rien à faire au monde. Tout le secret est là, toute l’histoire est là". Le peintre Georges Braque lui fait écho : "L’art est fait pour troubler, la science rassure". La beauté frappe, mais c’est justement ainsi qu’elle rappelle l’homme à son destin ultime, le remet en marche, le remplit d’une nouvelle espérance, lui donne le courage de vivre complètement le don unique de la vie. Evidemment, la recherche de la beauté dont je parle ne consiste en aucun cas en une fuite dans l’irrationnel ou dans le simple esthétisme.


Trop souvent, toutefois, la beauté qui est vantée est illusoire et trompeuse, superficielle et éblouissante jusqu’à l’étourdissement. Au lieu de faire sortir les hommes d’eux-mêmes et de les ouvrir à des horizons de vraie liberté en les attirant vers le haut, elle les emprisonne en eux-mêmes et les rend encore plus esclaves, privés d’espérance et de joie. Il s’agit d’une beauté séduisante mais hypocrite, qui réveille la soif, la volonté de pouvoir, de possession, de domination de l’autre ; elle se transforme bientôt en son contraire et prend les visages de l’obscénité, de la transgression ou de la provocation pour elle-même. Au contraire, la vraie beauté ouvre le cœur humain à la nostalgie, au désir profond de connaître, d’aimer, d’aller vers l’Autre, vers l’Au-delà de soi. Si nous acceptons que la beauté nous touche intimement, nous blesse, nous ouvre les yeux, alors nous redécouvrons la joie de la vision, de l’aptitude à percevoir le sens profond de notre existence, le Mystère dont nous faisons partie et dont nous pouvons tirer la plénitude, le bonheur, la passion de l’engagement quotidien...

 

Benoit XVI, lettre aux artistes, 2009.


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L'adoration, baiser intérieur de mon âme avec mon Père...

6 Avril 2011, 08:02am

Publié par Father Greg

 

 

artbite.a182.VanderWeyden.plispeinture-a5aa2-copie-1.jpg En essayant d’exprimer ce que nous pouvons dire de Dieu, on a employé brutalement, logiquement (la logique est brutale par rapport à Dieu, parce qu’elle n’entre pas en Dieu), l’expression « attributs de Dieu ». C’est terrible ! C’est comme si on mettait des affiches. Première affiche : Dieu est Lumière, etc. Mais ce n’est pas un « attribut », c’est une contemplation, c’est une découverte, c’est comme le baiser intérieur de mon âme avec mon Père. Je ne peux pas rencontrer Dieu sans proclamer qu’il est la Lumière : une lumière qui m’échappe, une Lumière qui me dépasse complètement, mais une véritable Lumière : la Lumière. Dieu est « la Pensée de la pensée » ;

 

cette extraordinaire conclusion d’Aristote, ne laissons pas le philosophe Hegel l’utiliser en la détruisant – car il l’a détruite en la possédant. Elle fait partie du patrimoine humain dans ce qu’il a de plus grand. Humainement, on n’a jamais dit quelque chose d’aussi grand. (…) Aristote est le sage qui a découvert Dieu Lumière, Contemplation de la contemplation, Pensée de la pensée. Nous n’avons pas le droit de laisser une découverte comme celle-là dans un frigidaire, dans un musée. Nous avons le devoir filial de vivre de cela et, par là, de prolonger notre adoration.

 

Notre réponse à l’acte créateur

Car notre adoration se prolonge dans cette contemplation. Nous sommes nés dans la lumière, notre âme est née dans la lumière. Et celui qui est notre Père, c’est la Sagesse, la Lumière pure, la Contemplation. La contemplation ne nous est pas étrangère ; elle est ce qu’il y a en nous de plus secret et de plus grand : le toucher de notre créateur. Nous découvrons cela comme le grand secret de Dieu pour nous, le secret de notre Père, et personne ne peut nous enlever cette joie de vivre avec notre Père, ce lien de ce qu’il y a de plus pur dans notre intelligence, dans notre âme spirituelle, avec Dieu dans sa « présence d’immensité » dont cette contemplation nous fait vivre et nous imprègne.

 

On peut reprendre ici ce que Pascal dit à propos de Christ : « console-toi, tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avais trouvé ». Et avant lui Saint Augustin s’adressait à Dieu ainsi : « Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ». « Tu étais plus intime que l’intime de moi-même », « et je m’en allais par les ténèbres et les pentes glissantes et je te cherchais en dehors de moi ». Le philosophe ne chercherait pas Dieu, ne chercherait pas le Père, s’il ne l’avait pas déjà découvert. C’est ce qu’il y a de grand dans l’intuition de l’ontologisme, mais en même temps c’est terrible parce que cette affirmation doit se faire, en réalité, dans une pauvreté totale. C’est Dieu qui agit et je reçois tout.

 

Je coopère, non pas à l’acte créateur de Dieu (puisque personne ne peut coopérer à son acte créateur), mais à son don, son don royal, son don de Père ; et pour coopérer à ce don de mon Père je demeure dans le silence. On a trop oublié ce que Plotin (et cela reste vrai) considérait comme le sommet de la sagesse acquise, de la sagesse philosophique : la sigh, le silence, la présence. Il y a une présence naturelle du Créateur, du Père, à son petit enfant. Dieu ne nous laisse pas orphelins ; ne pas vouloir découvrir cela, c’est faire de nous des orphelins, faire de nous des aveugles au plan spirituel. La sagesse nous permet de louer notre Père en vivant de sa contemplation. Certes, nous en vivons dans une obscurité totale, mais dans le réalisme de l’amour : il y a un « toucher » mystérieux de mon intelligence qui, ayant soif de la vérité, est toute tendue vers cette Vérité et qui atteint la Lumière.

 

Celui qui est la Contemplation de la contemplation, mon Père, mon Dieu créateur, est aussi Celui qui est l’Amour de l’amour. Il s’aime lui-même de toute éternité. Toute cette lumière est en même temps un amour, un don de lui-même  à lui-même, et ma contemplation acquise, philosophique, sapientiale, me permet de participer à cet amour – puisque, en vivant de la lumière du Créateur, je vis de son amour. Il y a cette attraction indicible de toute mon âme, dans ce qu’elle a de plus profond en sa capacité d’aimer, vers le Père. Et je dis : « Père ! Créateur, Lumière… » 

 

M.D Philippe, le premier moment de la paternité de Dieu.


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Rien n'est acquis...

4 Avril 2011, 11:10am

Publié par Father Greg


Rien n'est jamais acquis à l'homme Ni sa force 553.jpg
Ni sa faiblesse ni son cœur Et quand il croit 
Ouvrir ses bras son ombre est celle d'une croix 
Et quand il croit serrer son bonheur il le broie 
Sa vie est un étrange et douloureux divorce 
Il n'y a pas d'amour heureux 

Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes 
Qu'on avait habillés pour un autre destin 
À quoi peut leur servir de se lever matin 
Eux qu'on retrouve au soir désœuvrés incertains 
Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes 
Il n'y a pas d'amour heureux 

Mon bel amour mon cher amour ma déchirure 
Je te porte dans moi comme un oiseau blessé 
Et ceux-là sans savoir nous regardent passer 
Répétant après moi les mots que j'ai tressés 
Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent 
Il n'y a pas d'amour heureux 

Le temps d'apprendre à vivre il est déjà trop tard 
Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l'unisson 
Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson 
Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson 
Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare 
Il n'y a pas d'amour heureux 

 

Louis Aragon, La Diane Française.

 

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D’où vient le mal ?

4 Avril 2011, 08:00am

Publié par Father Greg

 

« C’est pour un discernement que Je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles. … Si vous dites ‘nous voyons’, alors votre péché demeure… » Jean 9, 39-41

 

 

18237_The_Blind_Beggar_f.jpg L’évangile de ce 4ème Dimanche de Carême jette une très grande lumière sur la Croix du Christ. Une lumière que Jésus révèle lui-même : « Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde » (Jn 9, 5).

 

La rencontre de Jésus et de l’aveugle-né était pour les disciples du Christ l’occasion de dépasser ce qui restait pour eux un scandale, une fatalité ou une impasse : le problème du mal. Pourquoi le mal existe-t-il ? Question humaine lancinante. Question religieuse aussi. Question à laquelle la Croix du Christ n’apporte pas une solution logique ou seulement intellectuelle, mais devant laquelle elle se révèle comme une lumière de vie.

 

Pour les disciples, le mal de fait (celui qui nous affecte, que nous subissons et qui nous blesse) ne pouvait exister que comme la punition d’une faute cachée, plus ou moins lointaine. Une faute qu’il serait nécessaire d’expier, dont nous devrions être punis par un Dieu juste ou, à tout le moins, qui devrait être compensée par une peine subie, dans une sorte d’équilibre des forces à rétablir : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » (Jn 9, 2) Vision simpliste d’une justice immanente et fataliste, et vision moralisante d’un Dieu qui serait chargé de faire la police du comportement des hommes.

En réalité, c’est l’interrogation  des  disciples, caractéristique de la recherche indéfinie des hommes, qui est sans solution. Leur interrogation porte sur l’origine : « D’où vient le mal ? » La question demeure souvent la même : « D’où vient le mal, cette privation d’un bien qui nous est normalement dû ? » Nous le subissons et il nous blesse. Mais d’où vient-il ? D’où vient la souffrance, d’où viennent les blessures ? Nous nous débattons avec cette question, elle nous taraude, nous cherchons indéfiniment une solution. Et nous croyons pouvoir la trouver en remontant à l’origine : nous cherchons indéfiniment à remonter au premier moment où ce mal nous a affectés, où il nous a blessés. Nous reconstruisons alors l’itinéraire dans une sorte d’herméneutique et nous cherchons, de ce point hypothétique (est-ce le premier ?), à reconstruire ce qui s’est développé d’une façon déviée en raison, croyons-nous, de ce premier désordre.

 

La question est au cœur de toutes les recherches philosophiques… Le sage Aristote, se confrontant au même problème, butant sur le scandale du mal qui affecte l’homme jusque dans son agir, y répondait avec humilité : « Le mal a des causes infinies en puissance » ; il n’a donc pas de cause propre, il est un désordre dont nous ne pouvons avoir une intelligibilité parfaite. Platon, pour sa part, aurait voulu que la matière soit la réponse à cette question… Mais si la matière est d’une immense fragilité dans sa potentialité radicale, indéfiniment capable d’être changée, elle est pourtant bonne dans son être ; elle n’est pas la cause du mal et le monde matériel n’est pas mauvais.

 

A cette question, Jésus répond en donnant une tout autre lumière : « Ni lui n’a péché, ni ses parents, mais c’est afin que soient manifestées en lui les œuvres de Dieu » (Jn 9, 3). Au lieu de l’origine (d’où cela vient-il ?), Jésus répond par la finalité (afin que telle chose se réalise). Non pas, évidemment, que le mal soit nécessaire dans un ordre commandé par la finalité… Nous connaissons ces théodicées effroyables qui justifient le mal comme un moment nécessaire dans l’ordre des choses vers leur fin ! Jésus veut nous dire, d’abord, de changer de regard, de nous poser une nouvelle question. Ne veut-il pas nous faire comprendre que nous ne trouverons pas de « solution » tant que nous nous interrogerons sur l’origine du mal? Cela ne signifie pas que nous ne devons pas le combattre et chercher à soulager l’homme qui en est affecté, notamment par l’art médical. Mais un autre regard est possible : le « pourquoi ? » se situe dans une autre lumière, celle de la fin.

 

C’est cette ouverture, cette petite lumière au bout du tunnel, qui nous donne la possibilité d’accueillir la présence salvatrice et miséricordieuse du Christ. Il est venu pour les pauvres, les blessés, les souffrants. Il est venu pour être avec eux, pour les aimer et les porter. Et c’est Lui qui est la lumière : « Tant qu’il fait jour, il nous faut accomplir l’œuvre de celui qui m’a envoyé… Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde » (Jn 9, 4-5).

 

Par-là, Jésus ne justifie pas le mal qui nous blesse et il n’exalte en rien la souffrance – il le supprime d’ailleurs chez cet homme aveugle en le guérissant. Mais il montre à l’homme qui supporte ce mal et cette souffrance qu’il lui est possible de voir une autre lumière, de s’ouvrir à une autre présence : la sienne. Jésus est la lumière du monde, celle qui éclaire le monde non seulement en nous pardonnant et en nous relevant de nos fautes, mais celle qui permet de tout offrir dans l’amour et de marcher vers la lumière qui donne son sens plénier à toute notre vie : le mystère du Père riche en miséricorde et en tendresse qui nous attire à lui, dans sa lumière.

 

C’est bien cela aussi qu’est la sagesse de la Croix : cette porte ouverte sur la lumière du Père.

Marie-Dominique Goutierre

© www.les-trois-sagesses.org

 

 

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Moâ, moâ, moâ...

3 Avril 2011, 10:43am

Publié par Father Greg

 

 

 

 

giovanni-boldini-cleo-de-merode.jpg « Il faut le reconnaître humblement, mon cher compatriote, j’ai toujours crevé de vanité. Moi, moi, moi, voilà le refrain de ma chère vie, et qui s’entendait dans tout ce que je disais. Je n’ai jamais pu parler qu’en me vantant, surtout si je le faisais avec cette fracassante discrétion dont j’avais le secret. Il est bien vrai que j’ai toujours vécu libre et puissant. Simplement, je me sentais libéré à l’égard de tous pour l’excellente raison que je ne me reconnaissais pas d’égal.


Je me suis toujours estimé plus intelligent que tout le monde, je vous l’ai dit, mais aussi plus sensible et plus adroit, tireur d’élite, conducteur incomparable, meilleur amant. Même dans les domaines où il m’était facile de vérifier mon infériorité, comme le tennis par exemple, où je n’étais qu’un honnête partenaire, il m’était difficile de ne pas croire que, si j’avais le temps de m’entraîner, je surclasserais les premières séries. Je ne me reconnaissais que des supériorités, ce qui expliquait ma bienveillance et ma sérénité. Quand je m’occupais d’autrui, c’était pure condescendance, en toute liberté, et le mérite entier m’en revenait : je montais d’un degré dans l’amour que je me portais.

           

Avec quelques autres vérités, j’ai découvert ces évidences peu à peu, dans la période qui suivit le soir dont je vous ai parlé. Pas tout de suite, non, ni très distinctement. Il a fallu d’abord que je retrouve la mémoire. Par degrés, j’ai vu plus clair, j’ai appris un peu de ce que je savais. Jusque-là, j’avais toujours été aidé par un étonnant pouvoir d’oubli. J’oubliais tout, et d’abord mes résolutions. Au fond, rien ne comptait. Guerre, suicide, amour, misère, j’y prêtais attention, bien sûr, quand les circonstances m’y forçaient, mais d’une manière courtoise et superficielle. Parfois, je faisais mine de me passionner pour une cause étrangère à ma vie la plus quotidienne. Dans le fond pourtant, je n’y participais pas, sauf, bien sûr, quand ma liberté était contrariée. Comment vous dire ? Ca glissait. Oui, tout glissait sur moi.

 

            Soyons justes : il arrivait que mes oublis fussent médiocres. Vous avez remarqué qu’il y a des gens dont la religion consiste à pardonner toutes les offenses et qui les pardonnent en effet, mais ne les oublient jamais. Je n’étais pas d’assez bonne étoffe, pour pardonner aux offenses, mais je finissais toujours par les oublier. Et tel qui se croyait détesté de moi n’en revenait pas de se voir salué avec un grand sourire. Selon sa nature, il admirait alors ma grandeur d’âme ou méprisait ma pleutrerie sans penser que ma raison était plus simple : j’avais oublié jusqu’à son nom. La même infirmité qui me rendait indifférent ou ingrat me faisait alors magnanime.


            Je vivais donc sans autre continuité que celle, au jour le jour, du moi-moi-moi. Au jour le jour les femmes, au jour le jour la vertu ou le vice, au jour le jour, comme les chiens, mais tous les jours, moi-même, solide au poste. J’avançais ainsi à la surface de la vie, dans les mots en quelque sorte, jamais dans la réalité. Tous ces livres à peine lus, ces amis à peine aimés, ces villes à peine visitées, ces femmes à peine prises ! Je faisais des gestes par ennui, ou par distraction. Les êtres suivaient, ils voulaient s’accrocher, mais il n’y avait rien, et c’était le malheur. Pour eux. Car, pour moi, j’oubliais. Je ne me suis jamais souvenu que de moi-même.

 

Albert Camus, La Chute.

 

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Le bilan de l’intelligence...

2 Avril 2011, 09:07am

Publié par Father Greg

 

 

 

38537.jpg L'interruption, l'incohérence, la surprise sont des conditions ordinaires de notre vie. Elles sont même devenues de véritables besoins chez beaucoup d'individus dont l'esprit de se nourrit plus, en quelque sorte, que de variations brusques et d'excitations toujours renouvelées. Les mots “sensationnel”, “impressionnant”, qu'on emploie couramment aujourd'hui, sont de ces mots qui peignent une époque. Nous ne supportons plus la durée. Nous ne savons plus féconder l'ennui. Notre nature a horreur du vide, — ce vide sur lequel les esprits de jadis savaient peindre les images de leurs idéaux, leurs Idées, au sens de Platon. Cet état que j'appelais “chaotique” est l'effet composé des œuvres et du travail accumulé des hommes. Il amorce sans doute un certain avenir, mais un avenir qu'il nous est absolument impossible d'imaginer; et c'est là, entre les autres nouveautés, l'une des plus grandes. Nous ne pouvons plus déduire de ce que nous savons quelques figures du futur auxquelles nous puissions attacher la moindre créance.

 

Dans le passé, on n'avait guère vu, en fait de nouveautés, paraître que des solutions ou des réponses à des problèmes ou à des questions très anciennes, sinon immémoriales. Mais notre nouveauté, à nous, consiste dans l'inédit des questions elles-mêmes, et non point des solutions; dans les énoncés, et non dans les réponses.

 

De là cette impression générale d'impuissance et d'incohérence qui domine dans nos esprits, qui les dresse, et les met dans cet état anxieux auquel nous ne pouvons ni nous accoutumer, ni prévoir un terme. D'un côté, un passé qui n'est pas aboli ni oublié, mais un passé duquel nous ne pouvons à peu près rien tirer qui nous oriente dans le présent et nous donne à imaginer le futur. De l'autre, un avenir sans la moindre figure. Nous sommes, chaque jour, à la merci d'une invention, d'un accident, matériel ou intellectuel.

 

On peut dire que tout ce que nous savons, c'est-à-dire tout ce que nous pouvons, a fini par s'opposer à ce que nous sommes.

 

Et nous voici devant une question: il s'agit de savoir si ce monde prodigieusement transformé, mais terriblement bouleversé par tant de puissance appliquée avec tant d'imprudence, peut enfin recevoir un statut rationnel, peut revenir rapidement, ou plutôt peut arriver rapidement à un état d'équilibre supportable? En d'autres termes, l'esprit peut-il nous tirer de l'état où il nous a mis?

 

Paul Valéry, Le bilan de l’intelligence.

Conférence prononcée le 16 janvier 1935.

 

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Je ne me juge pas moi-même...

1 Avril 2011, 08:09am

Publié par Father Greg

 

 

 

ste-Therese-enfant.jpg « Ce qui plaît au bon Dieu, c'est de me voir aimer ma petitesse et ma pauvreté, c'est l'espérance aveugle que j'ai en sa miséricorde... Voilà mon seul trésor ».

 

« Pour aimer Jésus, être sa victime d'amour, plus on est faible et misérable, plus on est propre aux opérations de cet amour consumant et transformant... Le seul désir d'être victime suffit; mais il faut consentir à rester toujours pauvre et sans force, et voilà le difficile, car le véritable pauvre d'esprit, où le trouver? Il faut le chercher bien loin, dit l'auteur de l'Imitation... Il ne dit pas qu'il faut le chercher parmi les grandes âmes, mais bien loin, c'est-à-dire dans la bassesse, dans le néant... Ah ! restons donc bien loin de tout ce qui brille, aimons notre petitesse, aimons à ne rien sentir; alors nous serons pauvres d'esprit, et Jésus viendra nous chercher, si loin que nous soyons ; il nous transformera en flammes d'amour!...C'est la confiance et rien que la confiance qui doit nous conduire à l'Amour... »

Ste Thérèse de l’enfant-Jésus. Lettre 197.

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