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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

la vie est pleine de sens dans son absurdité...

31 Mars 2011, 09:02am

Publié par Father Greg

 

 

 

Gauguin2.jpg "C'est une expérience de plus en plus forte chez moi ces derniers temps: dans mes actions et mes sensations quotidiennes les plus intimes se glisse un soupçon d'éternité. Je ne suis pas seule à être fatiguée, malade, triste ou angoissée, je le suis à l'unisson de millions d'autres à travers les siècles, tout cela c'est la vie;


la vie est belle et pleine de sens dans son absurdité, pour peu que l'on sache y ménager une place pour tout et la porter tout entière en soi dans son unité; alors la vie, d'une manière ou d'une autre, forme un ensemble parfait. Dès qu'on refuse ou veut éliminer certains éléments, dès que l'on suit son bon plaisir et son caprice pour admettre tel ou tel aspect de la vie et en rejeter tel autre, alors la vie devient en effet absurde: dès lors que l'ensemble est perdu, tout devient arbitraire. (...) 

 

Je suis surtout reconnaissance de n'éprouver ni rancœur ni haine, mais de sentir en moi un grand acquiescement qui est bien autre chose que de la résignation, et une forme de compréhension de notre époque, si étrange que cela puisse paraître! Il faut savoir comprendre cette époque comme on comprend les gens; après tout c'est nous qui faisons l'époque. Elle est ce qu'elle est, à nous de la comprendre en tant que telle, malgré l'effarement que son spectacle nous inspire parfois. (...)

 

Une chose est sûre: on doit tout accepter, être prêt à tout et savoir qu'on ne saurait nous prendre nos retranchements les plus secrets; cette pensée vous donne un grand calme intérieur et l'on se sent à même d'accomplir les démarches pratiques réclamées par les circonstances (...). Là où on est, être présent à cent pour cent. (...). Le grand obstacle, c'est toujours la représentation de non la réalité. La réalité, on la prend en charge avec toute la souffrance, toutes les difficultés qui s'y rattachent- on la prend en charge, on la hisse sur ses épaules, et c'est en la portant que l'on accroît son endurance.


Mais la représentation de la souffrance - qui n'est pas la souffrance, car celle-ci est féconde et peut vous rendre la vie précieuse- il faut la briser. Et en brisant ces représentations qui emprisonnent la vie derrière leurs grilles, on libère en soi-même la vie réelle avec toutes ses forces, et l'on devient capable de supporter la souffrance réelle, dans sa propre vie et dans celle de l'humanité. (...) Je ne pense plus en termes de projets ou de risques: advienne que pourra et tout sera bien". 

 

Etty Hillesum, une vie bouleversée.


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C'est simple...

30 Mars 2011, 07:26am

Publié par Father Greg

 

 

A030609 4 « Il est important de ne pas donner l’idée que le christianisme est un ensemble immense de choses à apprendre. En fin de compte, c’est simple: Dieu s’est montré dans le Christ. Mais entrer dans cette simplicité — je crois en Dieu qui se montre dans le Christ et je veux voir et réaliser sa volonté — possède des contenus, et, selon les situations, nous entrons ou pas dans les détails, mais il est essentiel de faire comprendre d’une part la simplicité ultime de la foi.


(...) Arrêtons-nous un instant sur le mot «conversion»: en hébreu «changer de route», prendre une nouvelle direction dans la vie: en grec," metanoia", «changement de pensée», en latin «poenitentia», «mon action pour me laisser transformer»; en français: «conversion» c’est-à-dire changement réel de notre vision de la réalité. Etant donné que nous sommes nés dans le péché originel, pour nous, la «réalité» sont les choses que nous pouvons toucher, ce sont l’argent, ma position, les choses de chaque jour que nous voyons au journal télévisé: c’est cela la réalité. Et les choses spirituelles apparaissent un peu cachées «derrière» la réalité, «Metanoia», changement de pensée, signifie renverser cette impression. Ce ne sont pas les choses matérielles, l’argent, le patrimoine, ou ce que je peux avoir qui est essentiel, qui est la réalité. La réalité des réalités est Dieu. Cette réalité invisible, apparemment éloignée de nous, est la réalité.

 

Apprendre cela, et ainsi renverser notre pensée, juger véritablement que le réel qui doit orienter toute chose, c’est Dieu, ce sont les paroles, la parole de Dieu. Tel est le critère, Dieu, le critère de tout ce que je fais. Il s’agit réellement d’une conversion, si mon concept de réalité est changé, si ma pensée est changée. Et cela doit ensuite imprégner chaque aspect de ma vie: pour juger chaque chose, prendre comme critère ce que Dieu dit sur cela. Telle est la chose essentielle: non pas ce que je réussis à obtenir à présent pour moi aujourd’hui, non pas le bénéfice ou l’inconvénient que j’en tirerai, mais la véritable réalité, nous orienter vers cette réalité.


Au cours du Carême, qui est un chemin de conversion, nous devons véritablement — me semble-t-il — accomplir chaque année à nouveau cette inversion du concept de réalité, c’est-à-dire que Dieu est la réalité, le Christ est la réalité et le critère de mon action et de ma pensée: accomplir cette nouvelle orientation de notre vie. Et ainsi, le terme latin «poenitentia» lui aussi, qui apparaît un peu trop extérieur et sans doute activiste, devient réel: exercer cela signifie exercer la domination de moi-même, me laisser transformer, ainsi que toute ma vie, par la Parole de Dieu, par la pensée nouvelle qui vient du Seigneur et qui me montre la véritable réalité. Ainsi, il ne s’agit pas seulement de pensée, d’esprit, mais il s’agit de la totalité de mon être, de ma vision de la réalité.


Le titre de tout l’Evangile de la Grâce de Dieu est «Evangile», la «Bonne Nouvelle» que Dieu nous connaît que Dieu m’aime, et que l’Evangile, la volonté ultime de Dieu est la Grâce. Rappelons-nous que la course de l’Evangile commence à Nazareth, dans la chambre de Marie, par l’expression «Je te salue Marie», en grec est «Réjouis-toi, car tu es dans la grâce!». Et cette expression demeure le fil conducteur: l’Evangile est une invitation à la joie car nous sommes dans la Grâce, et la dernière parole de Dieu est la Grâce.


      «Soyez attentifs». Une phrase de saint Pierre Canisius, m’est restée à l’esprit; une phrase qui était pour lui un cri d’angoisse: «Voyez, Pierre dort, Judas veille». C’est une phrase qui nous fait réfléchir: la somnolence des bons. Le Pape Pie XI a dit: «Le grand problème de notre temps, ce ne sont pas les puissances néfastes, mais la somnolence des bons».

 

     «Soyez attentifs»: méditons cela, et pensons que le Seigneur, dans le jardin des Oliviers, répète par deux fois à ses disciples: «Soyez attentifs», alors qu’eux dorment. «Soyez attentifs», nous dit-il; efforçons-nous de ne pas dormir en ce moment, mais d’être réellement prêts pour la volonté de Dieu et pour la présence de sa Parole, de son Royaume.

 

«Veillez sur vous-mêmes» Il existe un activisme bien intentionné, mais dans lequel on perd son âme, sa propre vie spirituelle, son propre être avec le Christ. Tu ne peux pas être un bon serviteur pour les autres si tu négliges ton âme. «Veillez sur vous-mêmes»: soyons attentifs également à notre vie spirituelle, à notre être avec le Christ.

 

«Etre les pasteurs de l’Eglise de Dieu, qui lui appartient grâce au sang qu’a versé son propre Fils» (v. 28). Nous trouvons ici une parole centrale sur l’Eglise. L’Eglise n’est pas une organisation qui s’est formée peu à peu; l’Eglise est née de la Croix. Le Fils a acquis l’Eglise dans la Croix et pas seulement l’Eglise de ce moment, mais l’Eglise de tous les temps. Il a acquis avec son sang cette portion du peuple, du monde, pour Dieu. Et il me semble que cela doit nous faire réfléchir. Le Christ, Dieu a créé l’Eglise, la nouvelle Eve, avec son sang. Ainsi il nous aime et il nous a aimés, et cela est vrai à chaque instant. Et cela doit également nous faire comprendre que l’Eglise est un don; être heureux d’être appelés à être Eglise de Dieu; éprouver la joie d’appartenir à l’Eglise. Il y a aussi, bien sûr, toujours des aspects négatifs, difficiles, mais au fond cela doit rester comme cela: c’est un très beau don que je peux vivre dans l’Eglise de Dieu, dans l’Eglise que le Seigneur s’est acquise.

 

Benoit XVI, Lectio Divina mars 2011.

 

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Sagesse bourgeoise…

29 Mars 2011, 10:30am

Publié par Father Greg

 

 

 

autorportrait rembrandt peinture « Le Bourgeois ne voulant pas et ne devant pas être un saint, il devient nécessaire que d'autres le soient à sa place, pour qu'il ait la paix, pour qu'il puisse digérer et roter en paix. »

 

« Vous l'avez tous connu, ce Sicambre [1]   du pot-au-feu, affirmant ainsi son indépendance. Il est comme saint Thomas. Pour croire, il a besoin de voir et de toucher. Car il est bien entendu, n'est-ce pas, que l'apôtre saint Thomas, surnommé le Double Abîme par l'Esprit Saint, doit être apprécié selon la jugeote contemporaine […] Mais il y a une chose très belle qu'on ne dit pas. C'est que le disciple a dépassé le maître et que le Bourgeois est beaucoup plus grand que saint Thomas. Son admirable supériorité consiste, en effet, à ne pas croire, même après avoir vu et avoir touché. Que dis-je ! À devenir incapable de voir et de toucher à force de ne pas croire. Ici on est au seuil de l'Infini. »

 


« L'argent ne fait pas le bonheur »

            Lieu Commun de premier ordre et qui nécessite le confident de la tragédie antique. Il faut quelqu'un pour ajouter immédiatement : « Mais il y contribue ». Alors c'est tout à fait beau.

 

 Cette humble contribution, qui vient tempérer si heureusement la rudesse mélancolique d'un aveu qu'on pourrait prendre pour un blasphème, doit avoir une efficacité singulière. C'est comme du sucre sur la conscience ou de la pommade sur le cœur.

 

— Oui, c'est vrai, songe profondément le Bourgeois, l'argent ne fait pas le bonheur, surtout lorsqu'il est absent. Il le fait presque, sans doute, mais pas complètement. Quelque chose manque, tout le monde est forcé d'en convenir, et c'est l'occasion d'une tristesse infinie que d'être témoin de cette impuissance de l'argent qui devrait assurer la félicité de ceux qui l'adorent, puisqu'il est véritablement un Dieu. »

 

   Léon Bloy. Exégèse des lieux communs.

 



[1] Sicambre : « Courbe la tête, fier Sicambre, abaisse humblement ton cou. Adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré » furent les deux phrases prononcées par St Rémi, lors du baptême de Clovis en 496. Le terme de « Sicambre » désignait alors les Francs.

 

 

 

 

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L’amitié, réciprocité dans l'amour…

28 Mars 2011, 09:20am

Publié par Father Greg

 

 

lecon (1) « L'amour d'amitié, s'il implique un amour de bienveillance à l'égard d'autrui, ne s'identifie cependant pas avec lui. Il exige quelque chose de plus. Il réclame la réciprocité. Il n'y a pas amour d'amitié sans amour mutuel. Il faut que celui qui est aimé réponde à l'amour qu'on lui donne, par l'amour. C'est du reste une raison nouvelle qui nous montre que cet amour ne peut regarder que l'homme ; seul celui-ci est capable de donner une réponse semblable à l'amour qu'on lui témoigne, c'est-à-dire de répondre à un choix libre par un choix libre. L'amitié sera la rencontre de ces deux choix libres.

 

Pour Aristote, en effet, la note caractéristique et distinctive de l'amour d'amitié, c'est précisément cette réciprocité dans l'amour libre et désintéressé. Il dit expressément : - La bienveillance, quand elle se montre réciproque, est l'amitié. Cette réciprocité dans l'amour de bienveillance, dans la volonté de se faire du bien qualifie donc intrinsèquement l'amour d'amitié. Elle est son ultime différence spécifique. L'aimable qui spécifie l'amour d'amitié est donc non seulement celui qui attire l'amour, mais aussi celui qui le donne, puisqu'il ne spécifie proprement un amour d'amitié que lorsqu'il répond de lui-même à l'amour qu'il a suscité. Autrement dit, l'ami n'est vraiment mon ami que si lui-même me considère comme ami. Sans cette condition, il pourrait être une personne aimée, une personne à qui je veux du bien, mais ce n'est pas mon ami au sens tout à fait fort, c'est-à-dire une personne que j'aime - et qui m'aime.

 

L'amour de bienveillance doit être désintéressé. Aristote insiste beaucoup sur ce caractère : -celui qui désire le bonheur pour quelqu'un en ayant l'espérance de nombreux avantages pour lui-même, sa bienveillance semble alors beaucoup plus à son propre égard qu'à l'égard d'un autre.

 

Aristote ajoute un troisième élément caractéristique de cet amour d'amitié : il ne peut être caché. « Beaucoup sont bienveillants pour ceux qu'ils n'ont jamais vus, mais ils les supposent équitables ou serviables, et peut-être quelqu'une de ces personnes éprouve-t-elle pour eux les mêmes sentiments. Donc ils apparaissent comme bienveillants les uns envers les autres -

 

Rien ne semble manquer à de tels sentiments pour être une véritable amitié. Pourtant, personne n'oserait affirmer, souligne Aristote, qu'entre de telles personnes il existe une véritable amitié, puisque ces personnes ne savent pas qu'elles s'aiment réciproquement. Un amour réciproque de bienveillance qui n'est pas connu respectivement par les personnes qui l'exercent, n'est pas une véritable amitié, mais demeure un amour de bienveillance. Ce dernier élément souligne le caractère personnel de l'amitié. Il faut que la personne aimée nous apparaisse comme notre ami, tandis que le geste de bienveillance ne requiert pas une connaissance personnelle de celui envers qui l'on exerce un bienfait.

 

C'est pourquoi il faut dire, que l'objet propre de l'amitié est vraiment l'amour réciproque, connu comme réciproque. Ce n'est pas seulement la bonté de l'ami, c'est aussi son amour comme tel qui spécifie l'amitié, puisqu'il ne peut y avoir éclosion d'amitié que dans ces conditions. L'amitié requiert deux amours pour être elle-même, et deux amours spirituels qui ont conscience de leur réciprocité. Voilà ce qui donne à l'amitié son ultime spécification et la distingue de tout autre amour. C'est cette réciprocité en tant que connue qui peut le mieux nous faire comprendre l'intensité d'amour toute spéciale qu'exigé l'amitié. Celle-ci doit être le fruit de deux amours de bienveillance qui se croisent. Ces deux amours de bienveillance non seulement s'additionnent, mais se transforment réciproquement et consciemment en un nouvel amour.

 

Dans l'ordre de l'amour, il n'y a rien au-delà de cet amour d'amitié, qui du reste en lui-même n'implique aucune imperfection. Le caractère tout à fait spécial de l'amour de réciprocité nous est donc dépeint comme un don effectif et généreux à l'ami. L'ami doit être un coopérateur actif pour tout ce qui regarde l'activité même de son ami. Il doit vraiment épouser tous ses vouloirs, toutes ses intentions profondes et toutes ses réalisations. Il doit avoir un cœur aimant et affectueux, accepter les peines et les tourments de son ami. L'amour de réciprocité implique donc bien une réelle compénétration de toute leur vie. Nous pourrions dire que la bienveillance ne réclame que des dons passagers, qui se font comme de l'extérieur ; l'amitié, elle, réclame un engagement réciproque qui implique qu'on porte ensemble les mêmes responsabilités, les mêmes peines et les mêmes fatigues.

 

Pour être parfait, cet amour réciproque doit se prolonger dans le temps. L'amitié doit durer. Il y a là une donnée chère à Aristote, qui, comme physicien, a le sens du temps : La durée est nécessaire à l'amitié « Il lui faut l'épreuve du temps pour se stabiliser et lui permettre de réaliser cette réciprocité si profonde des vouloirs des amis. La bienveillance, au contraire, peut être parfaite, tout en étant subite, instantanée, car elle reste beaucoup plus extérieure. Elle ne regarde qu'un aspect de celui qu'elle aime, une de ses vertus, une de ses qualités, sans pénétrer dans ce qu'il y a de plus intime en lui. Elle ne réclame pas de compénétration des personnes entre lesquelles elle se réalise. Par là, la bienveillance est beaucoup plus proche de la passion. Elles ont la même instabilité. L'amitié, à cause de son élément de choix libre, est au-delà des passions et de leur mouvement. De par sa nature, elle dépasse le temps ; c'est pourquoi elle demande de durer.

 

M.D Philippe, l’amitié selon Aristote.


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Dieu est Esprit...

27 Mars 2011, 14:23pm

Publié par Father Greg

 


francisco-goya-la-laitiere-de-bordeaux.jpg « Crois-moi, femme, l’heure vient ou ce n’est ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père. Vous, vous adorez ce que vous ne connaissez pas. Nous, nous adorons ce que nous connaissons, car le salut vient des juifs. Mais l’heure vient -et c’est maintenant- ou les véritables adorateurs adoreront le Père dans l’Esprit et la Vérité, car tel sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui adorent c’est dans l’esprit et la vérité qu’ils doivent adorer. » Jean, 4, 21-24.

 

 

« Cette manière dont Jésus répond à la samaritaine est très importante, parce qu’en réagissant face à une discussion liturgique, il nous fait comprendre ce qu’est le véritable œcuménisme : il faut dépasser les querelles. Si Dieu a permis certaines divisions, certains schismes, c’est toujours pour une unité plus profonde. Chaque fois que Dieu permet le mal, c’est pour un plus grand bien.

 

Jésus ne nous demande jamais de revenir en arrière, parce que Dieu est toujours devant. Même quand il y a eu des bêtises, il ne faut pas retourner en arrière. (cf. Genèse, 19, 26 « La femme de Lot regarda en arrière et elle devint une colonne de sel »). Le démon essaye toujours de nous faire perdre du temps dans les querelles liturgiques, ce n’est pas nouveau. Et on oublie que l’essentiel c’est d’adorer. Quand une forme liturgique devient l’absolu, on regarde beaucoup plus la manière d’adorer que l’adoration elle-même –Celui qu’on adore-. […] Cela c’est rester au niveau psychologique –le vécu sensible- or l’adoration est niveau de la foi, et la foi exige toujours un dépassement de notre vécu psychologique. […]


En affirmant que le Salut vient des Juifs Jésus n’est pas partisan, mais il tranche admirablement. Il y a une Tradition profonde, qu’il ne faut pas confondre avec les petites traditions. Les petites traditions sont celles de la mémoire des hommes, liés au temps. La Tradition, c’est la ‘mémoire’ de Dieu : c’est le désir actuel de Dieu - une intention éternelle- se réalisant diversement dans le temps. Dès que nous sommes pour les petites traditions, nous devenons partisans. On peut être partisan d’un style artistique, mais quand il s’agit des choses divines il faut aller beaucoup plus loin. Il ne faut pas alors être des artistes, il faut entrer dans quelque chose de beaucoup plus profond qui est la ‘lame de fond’ de toute notre vie : l’adoration en esprit et en vérité, celle qui se réalise à la croix, ou tout est offert, ou il n’y a plus rien d’extérieur. 

MD Philippe. Suivre l’Agneau, Tome 2.

 

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Le déclin du courage...

26 Mars 2011, 21:37pm

Publié par Father Greg

 

 

48.jpg « Je suis très sincèrement heureux de me trouver ici parmi vous, à l'occasion du 327e anniversaire de la fondation de cette université si ancienne et si illustre. La devise de Harvard est VERITAS. La vérité est rarement douce à entendre ; elle est presque toujours amère. Mon discours d'aujourd'hui contient une part de vérité ; je vous l'apporte en ami, non en adversaire.

 

Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l'Ouest aujourd'hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d'où l'impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens-là qui donnent sa direction à la vie de la société.

 

Les fonctionnaires politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu'ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d'agir, qui fonde la politique d'un Etat sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu'on se place.

 

Ce déclin du courage, qui semble aller ici ou là jusqu'à la perte de toute trace de virilité, se trouve souligné avec une ironie toute particulière dans les cas où les mêmes fonctionnaires sont pris d'un accès subit de vaillance et d'intransigeance, à l'égard de gouvernements sans force, de pays faibles que personne ne soutient ou de courants condamnés par tous et manifestement incapables de rendre un seul coup.

 

Alors que leurs langues sèchent et que leurs mains se paralysent face aux gouvernements puissants et aux forces menaçantes, face aux agresseurs et à l'Internationale de la terreur. Faut-il rappeler que le déclin du courage a toujours été considéré comme le signe avant-coureur de la fin ?


 

Alexandre Soljenitsyne, Discours d'Harvard, 8 juin 1978.

 


 

 

« Quand le danger est grand, il ne faut pas s’enfuir. Le moment n’est donc sûrement pas venu de se retirer. C’est justement dans ce genre de moments qu’il faut tenir bon et dominer la situation difficile. C’est ma conception. On peut se retirer dans un moment calme, ou quand tout simplement on ne peut plus. Mais on ne doit pas s’enfuir au milieu du danger et dire : qu’un autre s’en occupe. »

 

Benoît XVI,  Lumière du monde, p50.


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L’Annonciation, annonce d’un don toujours actuel...

25 Mars 2011, 15:10pm

Publié par Father Greg

 

 

 

01.jpg "Dieu donne son Fils d'abord à Marie, jalousement, dans le secret -nous retrouvons là, la grande loi de la miséricorde- pour qu'ensuite il soit donné à toute l'humanité. Le Père nous donne son Fils par Marie.

 

Or, en donnant son Fils, le Père se donne, et il ne peut se donner qu'ainsi, et le don de son Fils exprime l'amour excessif de son cœur du Père. Le Père se donne dans un amour plénier. Il se donne à l’humanité comme Père et, pour se donner comme Père, il faut qu’Il se donne à travers et dans son Fils. Par le Fils, nous recevons le Père, et nous ne pouvons recevoir le Père indépendamment du Fils.

 

En donnant son Fils, le Père se donne totalement ; non seulement Il fait un geste de miséricorde prévenante infiniment grand et merveilleux, mais il se donne lui-même substantiellement. Dieu seul est amour substantiel et don substantiel dans tout son être ; en lui seul le don est parfait, en dehors de lui, tout don reste toujours très limité.


En effet, le don réalise l’amour dans ce qu’il a de plus parfait. Pour pouvoir se donner, il fait aimer d'un amour parfait, total. Seul l'amour qui atteint sa perfection permet un don personnel, le don de soi.

 

(…) Dieu se sert de la maternité pour faire qu’une créature devienne Mère de Dieu. Et, ne peut-on aller jusqu’à dire que la maternité n’a été voulue par Dieu que pour cela ?

 

Marie Dominique Philippe, 3 Mystères de Miséricorde.

 

 

 

 


 «Contemplant chez la Mère de Dieu une existence totalement modelée par la Parole, nous découvrons que nous sommes, nous aussi, appelés à entrer dans le Mystère de la foi par laquelle le Christ vient demeurer dans notre vie. Chaque chrétien qui croit, nous rappelle saint Ambroise, conçoit et engendre en un certain sens, le Verbe de Dieu en lui-même»

Benoit XVI, Verbum Domini.

 


Croire, c'est entendre, c'est recevoir Dieu qui, maintenant, se donne à moi, ou plutôt, me prend en lui. L'annonciation, c'est Le Père qui nous prend comme Fils, qui nous unit  Lui, qui s'empare de tout ce que nous vivons, et lui donne une dimension divine, une taille éternelle. Nous sommes plus  "en Lui" que dans le visible qui nous entoure. Et l'annonciation, c'est le Père qui vient nous demander si"nous acceptons" cette union réele mais invisible, intangible, que l'on vit dans la Foi. Et, Marie à répondu pour nous. C'est pour cela que notre vie chrétienne, c'est d'abord vivre 'en Marie', de cette vie divine qu'elle a reçu pour nous, celle que Dieu nous donne, et de vivre de ce don qui s'est emparé d'elle; L'annonciation réclame donc de nous de chercher à dépendre d'Elle, de son don actuel avant toute loi ou toute morale, avant toute institution et tout sacrement. C'est un lien secret, personnel, caché mais réel, dont personne ne peut juger à l'aune de ce qu'il voit, même pas nous-même. C'est donc vivre comme suspendu à ce don d'en haut, nouvelle naissance, en redisant avec elle -en elle- "que tout se fasse pour moi selon Ta parole".

fr Grégoire.

 

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J’ai soif...

24 Mars 2011, 09:08am

Publié par Father Greg

 

 

Mes chers enfants,

57.jpg  Jésus veut que je vous répète encore une fois à quel point il aime chacun d’entre vous au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer. J’ai peur que certains d’entre vous n’aient pas encore vraiment rencontré Jésus, face à face, seulement vous et Jésus. Nous passons du temps dans la chapelle mais avez-vous vu son regard d’amour avec les yeux de votre âme ? Connaissez-vous vraiment le Jésus vivant, non pas à travers les livres, mais à travers sa présence dans votre cœur ? Avez-vous entendu ses mots d’amour ?

 

Demandez la grâce, il veut vous la donner. Ne renoncez jamais à ce contact intime quotidien avec Jésus, en tant que personne vivante et non pas seulement en tant qu’idée.

 

Comment pouvons-nous passer une seule journée sans entendre Jésus nous dire « je t’aime » ? Impossible. Notre âme en a besoin tout autant que notre corps a besoin d’air pour respirer. Sinon, la prière est morte – la méditation n’est qu’une pensée sèche. Jésus veut que chacun d’entre vous l’entende – il parle dans le silence de votre cœur.

 

Prenez garde à tout ce qui peut gêner ce contact personnel avec Jésus vivant. Les coups de la vie, et parfois nos propres erreurs, peuvent nous donner l’impression qu’il est impossible que Jésus vous aime vraiment, tienne véritablement à vous. C’est un danger qui vous menace tous. Et un danger si triste, car c’est l’exact opposé de ce que Jésus veut vous dire, de ce qu’Il attend de vous dire.

 

Non seulement il vous aime, et même plus : il vous désire. Vous lui manquez quand vous êtes loin de lui. Il a soif de vous. Il vous aime toujours, même quand vous vous en sentez indignes. Même quand les autres vous rejettent, même quand vous vous rejetez – il est celui qui vous accepte toujours.

 

Mes enfants, vous n’avez pas besoin d’être différents pour que Jésus vous aime. Ayez seulement la foi, vous lui êtes précieux. Amenez toutes vos souffrances à ses pieds, ouvrez-lui seulement votre cœur pour qu’il vous aime comme vous êtes. Il fera le reste.

Vous savez tous que Jésus vous aime mais dans cette lettre c' est votre cœur que Mère veut toucher, pas votre raison. Jésus veut éveiller vos cœurs pour ne pas perdre notre amour précoce (…).

 

Après avoir lu la lettre (de Jean-Paul II) sur « J’ai soif », je ne peux vous dire à quel point j’ai été frappée. Sa lettre m’a fait comprendre plus que plus jamais la beauté de notre vocation. Comme l’amour de Dieu pour nous est grand quand il nous choisit pour apaiser la soif d’amour de Jésus – nous conférant notre place spéciale dans l’Eglise. En même temps, nous n’oublions pas le monde de cette soif, quelque chose qui avait été mis de côté.

J’ai écrit au Saint-Père pour le remercier. Sa lettre est le signe que chacun d’entre nous doit aller plus avant dans la soif de Jésus. C’est également le signe que le moment est venu de parler, ouvertement du cadeau que Dieu m’a offert le 10 septembre, d’expliquer autant que possible ce que la soif de Jésus signifie pour moi ;

 

Pour moi, la soif de Jésus est quelque chose de si intime que je n’ai pas osé vous parler du 10 septembre avant, je voulais faire comme Notre-Dame qui a « gardé toutes ces choses dans son cœur ». Les mots de Jésus sur le mur de toutes les chapelles M.C. ne viennent pas seulement du passé, ils sont vivants ici et maintenant, ils vous sont adressés. Comprenez-vous ? Dans ce cas, vous entendrez, vous sentirez sa présence. Laissez-la devenir aussi intime pour chacun d’entre vous qu’elle l’a été pour Mère, c’est la plus grande joie que vous pourriez me donner.

 

Jésus lui-même doit vous dire « J’ai soif ». Entendez votre propre nom. Pas une seule fois, mais tous les jours. Si vous écoutez avec votre cœur, vous entendrez, vous comprendrez.

 

Pourquoi Jésus dit « J’ai soif » ? Qu’est-ce que cela signifie ? Si vous devez retenir quelque chose de la lettre de Mère, retenez ceci : « J’ai soif » est bien plus profond que Jésus vous disant « Je vous aime ». Tant que vous ne savez pas au plus profond de vous que Jésus a soif de vous, vous ne pouvez pas savoir qui il veut être pour vous. Ou qui il veut que vous soyez pour lui.

 

Ecoutez la soif de Jésus. Comment approcher la soif de Jésus ? Un seul secret : plus vous serez proches de Jésus, mieux vous connaîtrez sa soif. Jésus nous disait : « se repentir et croire ». Pourquoi devons-nous nous repentir ? Pour notre indifférence, la dureté de notre cœur. En quoi devons-nous croire ? Jésus à soif, même maintenant, dans votre cœur et dans les pauvres, il connaît votre faiblesse. Il veut seulement votre amour, il veut seulement la chance de vous aimer. Il n’est pas pressé par le temps. Quand nous sommes proches de lui – nous devenons les compagnons de Notre-Dame, saint Jean, sainte Madeleine. Entendez-le. Entendez votre propre nom. Rendez ma joie et la vôtre totales.

 

Mère Térésa, Lettre de Varanasi.


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L'art, horizon du visible et de l'invisible...

23 Mars 2011, 08:28am

Publié par Father Greg

 

 

auguste-macke-femme-a-la-veste-verte.jpg        "Par l’œuvre d’art, il [l'artiste] représente ou il exprime, c'est-à-dire qu’il essaye de rompre une des limites que lui impose la nature. Quand il représente il lutte contre l’impossibilité où il est mis d’échapper à la fuite du temps qui abolit sans cesse ce que nous sommes ; il le confie à une matière plus stable et plus durable que la mémoire. Mais il est une autre impossibilité : celle de faire connaître à autrui ce que l’on porte en soi, le monde inconnu, inexprimable, de ce que l’on ressent, de ce que l’on imagine, de ce que l’on rêve.

L’artiste tente de faire rentrer dans le visible ce monde invisible qui n’existe que dans notre tête ou dans notre cœur. (…) matériellement parlant, l’art est donc un pacte par lequel on transporte, ou transcrit de la matière ; mais quoi ? Quelque chose de l’univers ou quelque chose de soi ; un reflet du monde extérieur ou du monde intérieur, et bien souvent les deux à la fois. Car tout ce qu’on se figure dans l’univers, on l’interprète immanquablement à sa manière ; on y imprime son propre accent. (…) par l’art, ce qui est dans l’âme prend forme, devient une réalité visible ;  par l’art, la réalité visible, jusque-là uniquement physique, prend un sens humain, acquiert une âme. Merveilleux et fécond  échange d’où naît une tierce réalité, qui est à la fois l’homme et le monde, qui participe des deux et les relie, en les portant en même temps à un degré supérieur d’existence, celui de la beauté.

Un miracle est accompli. Auparavant, l’homme se sentait uni de force à l’univers et séparé de lui par nature, comme l’âme peut l’être dans le corps. Il vivait écartelé entre deux mondes incompatibles : celui de la morale et celui de la vie physique, sans arriver à combler ni à franchir le gouffre qui les sépare. Il parvenait à agir sur ce monde physique, il parvenait même à essayer de la comprendre ; il ne parvenait pas à se confondre avec lui. L’art crée le lieu de rencontre ou les deux réalités au lieu de s’affronter comme dans tout le reste de notre existence trouvent enfin un prestigieux terrain d’entente, s’harmonisent, fusionnent même.

L’art surgit à mi-chemin de l’homme et de l’univers. L’homme se reconnait en lui, y retrouve ses pensées et ses sentiments, en même temps qu’il fait sien ce qui l’entoure et qui n’est pas lui. La dualité irréductible de sa double expérience externe et interne se trouve enfin résolue. (…) c’est la clef même de la nature de l’art, de son rôle, de sa raison d’être : c’est sa définition et ce qui fait son importance irremplaçable, indispensable dans l’équilibre humain. »

 

René Huygue, L’art et l’homme.


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Il existe dans notre monde des croyants qui croient croire et des non-croyants qui croient ne pas croire...

21 Mars 2011, 17:25pm

Publié par Father Greg

 


 Nikolay_Gay_Christ_devant_Pilate_1890.jpg «La foi me manque, et je ne pourrais donc jamais être un homme heureux, parce qu’un homme heureux ne peut pas vivre avec la peur que sa vie ne soit qu’une errance insensée vers une mort certaine (…) Je n’ai pas reçu en héritage la fureur cachée du sceptique, le goût du désert cher au rationaliste ou l’ardente innocence de l’athée. Je n’ose dons pas jeter la pierre à la femme qui croit en des choses dont je doute».


 Il n’avait que 31 ans, il était à l’apogée de son succès mais, le 4 novembre 1954, il décida de s’ôter la vie. Et peut-être la clé de cette reddition désastreuse était-elle à rechercher justement dans les lignes que nous venons de citer de son livre Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Nous parlons ici d’un écrivain suédois «culte», Stig Dagerman, qui éclaire de manière explicite le sens d’un dialogue entre athées et croyants.

 

Certes, s’interroger sur la signification ultime de l’existence ne concerne pas le sceptique sardonique et sarcastique qui ne vise qu’à ridiculiser les assertions religieuses. Par ailleurs, une personne qui s’y entendait pour parler d’athéisme, le philosophe Nietzsche, n’hésitait pas à écrire dans le Crépuscule des idoles (1888) que «ce n’est que si un homme a une foi robuste, qu’il peut s’adonner au luxe du scepticisme». Le rationaliste, enveloppé dans le manteau glorieux de son autosuffisance cognitive, ne veut pas lui non plus courir le risque de s’avancer sur les sentiers de montagne de la sagesse mystique, selon une grammaire nouvelle qui participe du langage de l’amour, qui est bien différent de l’épée de glace de la raison pure, aussi importante soit-elle par ailleurs. Pas plus que ce dialogue n’intéresse l’athée déclaré qui, dans le sillon du zèle ardent du marquis de Sade de la Nouvelle Justine(1797), présente sa poitrine au duel: «Quand l’athéisme voudra des martyrs, qu’il le dise: mon sang est prêt !».

 

La rencontre entre croyants et non-croyants a lieu lorsque l’on laisse derrière soi les apologétiques féroces et les désacralisations dévastantes et qu’on ôte le voile gris de la superficialité et de l’indifférence, qui saborde l’élan profond à la recherche, et que se révèlent en revanche les raisons profondes de l’espérance du croyant et de l’attente de l’agnostique. Voilà pourquoi on a imaginé le «Parvis des Gentils», inauguré à Bologne, dans son antique université, et à Paris à la Sorbonne, à l’unesco et à l’Académie française. Laissons de côté la dénomination historique qui n’a qu’une fonction symbolique, évoquant l’atrium qui dans le temple de Jérusalem était réservé aux «gentils», les non-juifs en visite à la ville sainte et à son sanctuaire. Arrêtons-nous en revanche sur son aspect thématique, que fait briller Dagerman. L’un des intellectuels juifs les plus ouverts du Ier siècle, Philon d’Alexandrie, artisan d’un dialogue entre le judaïsme et l’hellénisme — c’est-à-dire selon les canons de l’époque, entre les fidèles yahvistes et les païens idolâtres — définissait le sage avec l’adjectif methòrios, c’est-à-dire celui qui est sur la frontière. Il a les pieds plantés dans sa région, mais son regard va au-delà de cette frontière et son oreille écoute les raisons de l’autre.

 

Pour réaliser une telle rencontre, il faut s’armer non d’épées dialectiques, comme dans le duel entre le jésuite et le janséniste dans le film La Voie lactée (1968) de Buñuel, mais de cohérence et de respect : cohérence avec notre propre vision de l’être et de l’existence, sans déformations syncrétistes, débordements fondamentalistes ou approximations propagandistes ; respect pour la vision d’autrui à laquelle il faut réserver de l’attention et qu’il faut aller vérifier. En revanche, l’on est incapable de se trouver sur cette limite entre les deux parvis symboliques du temple de Sion, l’atrium des gentils et celui des israélites, lorsque l’on se retranche uniquement sur la défense de ses propres idoles.

 

Dans L’Adolescent (1875), Dostoïevski, tout en y mettant aussi la passion du croyant, l’identifiait clairement. D’un côté, en effet, il affirmait que «l’homme ne peut pas exister sans s’incliner (…) Il s’inclinera, alors, devant une idole de bois ou d’or, ou de pensée.... ou de dieux sans Dieu». D’autre part, toutefois, il reconnaissait qu’il en est «certains qui sont vraiment sans Dieu, mais ils font davantage peur que les autres, parce qu’ils viennent avec le nom de Dieu sur les lèvres». Voilà la typologie commune à ceux qui ne prennent pas la peine de dialoguer sur cette frontière: ceux qui sont convaincus d’avoir déjà en eux-mêmes toutes les réponses et de devoir uniquement les imposer.

 

Mais cela ne signifie pas que l’on se présente seulement comme des mendiants, privés de toute vérité ou conception de la vie. En me plaçant par cohérence sur le terrain de la croyance auquel j’appartiens, je voudrais uniquement évoquer la richesse que cette région révèle dans ses diverses perspectives conceptuelles. Pensons à la vision anthropologique chrétienne élaborée au cours des siècles, à la recherche sur les thèmes ultimes de la vie, de la mort et de l’au-delà, de la transcendance et de l’histoire, de la morale et de la vérité, du mal et de la douleur, de la personne, de l’amour et de la liberté; pensons aussi à la contribution décisive offerte par la foi aux arts, à la culture et à l’ethos même de l’Occident. Cet immense bagage de savoir et d’histoire, de foi et de vie, d’espérance et d’expérience, de beauté et de culture est placé sur la table commune face au «gentil» qui pourra, à son tour, mettre sur la table sa recherche et ses résultats pour une confrontation.

 

D’une rencontre de ce genre on ne sort jamais indemne, mais enrichi et stimulé. C’est peut-être un peu paradoxal, mais ce qu’écrivait Gesualdo Bufalino dans son livre Il Malpensante(1987) pourrait être vrai: «Ce n’est plus que chez les athées que survit aujourd’hui la passion pour le divin». Une leçon, par conséquent, et un avertissement pour le fidèle enfermé dans ses habitudes, qui s’en remet à des formules dogmatiques, sans y fouiller pour une compréhension intelligente et vitale. Sur l’autre versant, on pourrait imaginer l’épitaphe d’une des tombes de l’Anthologie de Spoon River(1915): «Ci-gît l’athée du village, loquace, querelleur, versé dans les arguments des mécréants. Mais au cours d’une longue maladie, je lus les Upanishad et l’Evangile de Jésus. Et ils allumèrent une flamme d’espérance et d’intuition et de désir que l’Ombre, en me guidant dans les cavernes de l’obscurité, ne put éteindre. Ecoutez-moi, vous qui vivez dans les sens et ne pensez qu’à travers les sens: l’immortalité n’est pas un don mais un accomplissement. Et seul ceux qui accompliront beaucoup d’efforts pourront l’obtenir».

 

Il faut alors affirmer — toujours dans cette perspective et dans le sillage de cette métaphore de la frontière — que la limite, lorsque l’on dialogue, n’est pas un rideau de fer infranchissable. Non seulement parce qu’existe une réalité qui est celle de la «conversion» et nous prenons ici le terme dans sa signification étymologique générale et non dans l’acception religieuse traditionnelle. Mais aussi pour un autre motif. Croyants et non-croyants se trouvent souvent sur l’autre terrain par rapport au terrain de départ: il existe, en effet, comme on dit, des croyants qui croient croire, mais sont en réalité incrédules et, à l’inverse, des non-croyants qui croient ne pas croire, mais leur parcours se déroule à ce moment-là sous le ciel de Dieu. A cet égard, je voudrais seulement suggérer quelques exemples parallèles, bien que distribués entre les deux camps. Partons du croyant et de la composante d’obscurité que la foi comporte, surtout lorsque s’élargit le suaire du silence de Dieu.

 

On peut penser à Abraham et aux trois jours d’ascension du mont Moria, serrant la main de son fils Isaac et conservant dans son cœur l’impératif divin déconcertant du sacrifice (Genèse, 22); ou nous pouvons recourir à l’interrogation déchirante et dévastante de Job; ou encore au cri du Christ lui-même sur la croix «Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné?». Ou bien, pour choisir un emblème moderne, parmi tous les possibles, à la nuit obscure d’un très grand mystique comme saint Jean de la Croix et, plus près de nous, au drame du pasteur Ericsson traversant une crise de la foi, dans le film Les Communiants(1962) d’Ingmar Bergman.

 

Déplaçons-nous maintenant sur l’autre versant, celui de l’athée et de ses oscillations. Son propre élan, dont témoigne par exemple Dagerman que nous avons cité, est déjà un parcours qui approfondit le mystère, au point de prendre la forme d’une prière, comme en témoigne cette invocation d’Alexandre Zinoviev, l’auteur de Les Hauteurs béantes (1976): «Je t’en supplie, mon Dieu, essaie d’exister, au moins un peu, ouvre tes yeux, je t’en supplie! Tu n’auras rien d’autre à faire que suivre ce qui est en train d’advenir: c’est bien peu de chose! Mais, ô Seigneur, efforce-toi de voir, je t’en prie! Vivre sans témoins, quel enfer! C’est pourquoi, en forçant ma voix je crie, je hurle: Mon Père, je t’en supplie et je pleure: Existe!». C’est la même supplication que celle d’un de nos poètes contemporains les plus originaux, Giorgio Caproni (1912-1990): «Dieu de volonté, Dieu tout-puissant, essaie, / (Fais un effort!), à force d’insister, / — tout au moins — d’exister». Il est significatif que le Concile Vatican II ait reconnu que, obéissant aux in-jonctions de sa conscience, le non-croyant aussi peut participer de la résurrection du Christ qui «ne vaut pas seulement pour ceux qui croient au Christ, mais bien pour tous les hommes de bonne volonté, dans le cœur desquels, invisiblement, agit la grâce. En effet, puisque le Christ est mort pour tous (…) nous devons tenir que l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal» (Gaudium et spes, n. 22).

 

En dernière analyse, il n’y a peut-être qu’un seul obstacle à ce dialogue-rencontre, celui de la superficialité qui délave la foi en une vague spiritualité et réduit l’athéisme à une négation banale ou sarcastique. Pour beaucoup, de nos jours, le «Notre Père» se transforme en la caricature qu’en a fait Jacques Prévert: «Notre Père qui êtes aux cieux, restez-y!». Ou encore, dans la reprise moqueuse que le poète français a fait de la Genèse: «Et Dieu / Surprenant Adam et Eve / leur dit / Continuez je vous en prie / ne vous dérangez pas pour moi / Faites comme si je n’existais pas!». Faire comme si Dieu n’existait pas, et si Deus non daretur, c’est un peu la devise de la société de notre époque: fermé comme il l’est dans le ciel doré de sa transcendance, Dieu — ou son idée — ne doit pas déranger notre conscience, ne doit pas intervenir dans nos affaires, ne doit pas gâcher nos plaisirs et nos succès.

 

Tel est le grand risque qui met en difficulté une recherche réciproque, en enveloppant le croyant d’une mince aura de religiosité, de dévotion, de ritualisme traditionnel, et le non-croyant plongé dans le réalisme pesant des choses, de l’immédiat, de l’intérêt. Comme l’annonçait déjà le prophète Isaïe, l’on se retrouve dans un état d’atonie: «et je regarde: personne! Parmi eux, pas un qui donne un avis, que je puisse interroger et qui réponde!» (41, 28). Le dialogue sert justement à faire pousser la tige des questions mais aussi à faire fleurir la corolle des réponses. Tout au moins de quelques réponses authentiques et profondes.


Gianfranco, Cardinal Ravasi

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Découvrir mon Père

20 Mars 2011, 09:15am

Publié par Father Greg


« L'intelligence humaine est radicalement faite pour Dieu, et elle ne peut se reposer dans sa recherche de vérité que dans la mesure où elle arrive à découvrir le mystère de Dieu dans toute sa pureté ». 

M.D Philippe, les trois Sagesses.

 

 

6a00d83451619c69e2014e862414c0970d-320wi.jpg "Qui, de nos jours, fait des études pour contempler l’acte créateur de Dieu ? Cet acte, on l’ignore, on considère que ce n’est pas philosophique parce que ce qui est philosophique, pense-t-on, est rationnel. Or l’acte créateur de Dieu est au-delà de tous nos pauvres concepts. C’est dans un jugement d’amour et de sagesse que nous contemplons cette présence de Dieu, cette présence du Créateur pour nous. Mais l’homme d’aujourd’hui, dans son orgueil, refuse de contempler cet acte créateur, qu’on ne peut contempler qu’à genoux. Se mettre à genoux, c’est la liturgie de mon corps. Mon corps n’est pas créé directement par Dieu, de sorte qu’il n’adore pas directement (il serait foudroyé !).

 

            Mon corps invente donc le geste liturgique, le geste du 'tremor' en présence de Dieu silencieux (la présence d’immensité). Je suis entièrement pris, saisi, au plus intime de mon âme spirituelle, et mon corps exprime (il l’exprime grossièrement, mais il l’exprime tout de même) cet acte intérieur de mon âme qui adore, par mon intelligence. C’est le premier acte de sagesse que je pose : IL EST… Mais « IL EST », c’est Celui qui m’a créé. Dès que je dis « IL EST », je suis dans l’abstrait ; tandis que c’est Celui qui crée mon âme qui est mon Dieu – je dis bien : mon Dieu, et mon Père. L’adoration, c’est le baiser intérieur de mon âme, enfant bien-aimé du Père, avec son Père. C’est la rencontre de l’enfant avec son Père, rencontre aimante, silencieuse, et tellement pauvre qu’il ne peut rien dire : il est suspendu à cet amour.

 

            L’adoration demande de se continuer dans une contemplation. Je contemple mon Père, mon Créateur. Cette contemplation est le fruit de mon labeur ; j’ai travaillé pendant des années la philosophie, la métaphysique, pour pouvoir rencontrer (et rencontrer réellement, existentiellement) Celui qui est le Créateur de mon âme. C’est pour cela que je fais de la métaphysique, c’est pour cela que je fais de la philosophie ; c’est pour être fidèle au rendez-vous. L’avantage, c’est qu’il attend de toute éternité et qu’il a une patience éternelle…alors, je ne suis jamais en retard ! C’est ce qui me permet de dire qu’il n’est jamais trop tard, et c’est cela qui me rassure.

 

            Comprendre cette sagesse que Dieu me demande, c’est mon premier « devoir d’état » d’enfant de Dieu : découvrir mon Père, et le découvrir au plus intime de mon intelligence, au plus intime de mon âme spirituelle. Comme on souhaiterait pouvoir faire un cours de théologie naturelle à ceux qui ont déjà 20 ans ou 30 ans de ministère ! pour leur permettre de revenir à ce moment si merveilleux où les yeux de notre âme, de notre intelligence, s’ouvrent à Celui qui est présent de toute éternité et qui est présent dans son acte créateur, présent au plus intime de notre âme et que nous découvrons comme Celui qui est la contemplation de la contemplation, la contemplation pure de lui-même. Comme c’est grand de pouvoir, en tant que fils, proclamer la splendeur de notre Père ! 

 

M.D Philippe, le premier moment de la paternité de Dieu. 


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Il y a autre chose...

19 Mars 2011, 01:30am

Publié par Father Greg

 

 

 

anna.jpg"Si l’on regarde très rapidement des enregistrements d’images conservés dans un appareil, et que l’on passe très vite de l’une à l’autre, cherchant une image précise qui vient seulement après toutes les autres, il peut arriver alors, de façon presque accidentelle, qu’un instant, l’appareil s’arrête sur un cliché qui est tout à coup projeté, sur l’écran lumineux, éclatant, et nous saisit de stupeur avant d’être à nouveau avalé par l’appareil. On a une impression comparable à ce que j’ai évoqué : ce que nous avons vu si clairement pendant un instant reste en nous, mais reste aussi, après coup, conservé dans l’appareil.


Ces images existent donc, bien au-delà de notre expérience ou de notre vie, enfermées dans un univers auquel nous n’avons accès que par un accident soudain et imprévu. Toutes les expressions que j’ai employées ou que l’on peut employer à propos de ces souvenirs étranges représentent la même idée, la même image – et la même espérance. Je parlais à l’occasion de l’impression d’un rideau qui s’entrouvre, un moment sur une scène vivement éclairée, qui nous échappe ensuite ; on pourrait parler aussi d’un coup de lumière brusque dans la nuit qui nous fait soudain apparaître tout : la mer, le rivage, les îles, les bateaux, pour un court instant, avant de s’éteindre ; pourtant les bateaux, la mer et le ciel sont encore là, dans l’appareil, quand nous ne les voyons plus. Un nuage un instant dissipé, une lucarne qui découpe soudain dans le toit un carré de lumière brillante, pour aussitôt disparaître. Toutes ces métaphores correspondent à  l’impression que j’ai tenté de décrire.


J’ai ainsi eu la faveur d’être admise un bref moment à l’intérieur d’un monastère de femmes : on ressent alors l’impression d’être admis au-delà, dans un monde où tout est différent. Et quand je suis ressortie, j’ai vu la mère supérieure, une femme entourée de respect, vêtue à l’ancienne et très digne, se prosterner soudain comme une fleur coupée aux pieds du prêtre qui m’avait introduite avec lui pour cette brève visite. Ce geste même soulignait la différence entre un monde et un autre. J’avais, pour un bref moment, entrevu ce monde inconnu et différent, mais il n’avait pas cessé d’exister : il était là, « derrière la clôture » !

 

Ce ne sont là que des images, des approches timides. Mais, après tout, je ne serais pas moi-même si j’oubliais la façon dont, dans La République de Platon, les hommes enfermés dans la caverne arrivent par un effort de volonté à se détourner du spectacle obscur qui est sous leurs yeux, à faire effort, à montrer, à aller plus haut et à déboucher enfin dans un univers de clarté et de vérité. De tout temps, les hommes ont eu le sentiment d’une aspiration à quelque chose de ce genre ; ils l’ont traduite de façons diverses, mais elle est revenue. Et comment oublierait-on, quand on l’a vu une fois, ce sourire bienheureux qui apparaît parfois sur le visage des gens qui viennent tout juste de mourir ? J’en ai fait l’expérience et je ne l’oublierai jamais. Ce n’est pas seulement le soulagement que l’on éprouve, quand cessent enfin les souffrances et les misères de la vie : le contentement qui se grave à ce moment-là sur le visage nous laisse alors entrevoir la possibilité d’un monde où tout serait lumineux, serein, éternel.

 


Tout cela est beaucoup pour les petits souvenirs qui m’ont frappée et que j’ai évoqué dans ce livre. Mais cette gerbe de faits de tous ordres indique assez qu’il y a eu, de tout temps, chez les hommes, ce sentiment qu’il existait ailleurs quelque chose d’autre, de plus durable et de plus précieux, que la réalité à notre portée.

 

Au point où j’en suis arrivée, j’imagine fort bien le lecteur éventuel hochant la tête et pensant alors : « Voici que maintenant elle s’imagine donner une nouvelle démonstration de l’existence de Dieu ! » Eh bien non ! Je tiens à préciser qu’il n’en est rien et que telle n’est pas mon intention. Il est même assez amusant de penser qu’au début de ce livre je me défendais de vouloir refaire la madeleine de Proust et que me voici, à la fin, en train de me défendre de vouloir offrir une nouvelle démonstration de l’existence de Dieu. Je le répète, telle n’est pas mon intention. Je dois seulement remarquer, en toute honnêteté, que ce monde plus lumineux et plus durable dont j’envisage ici l’existence s’accorde mieux avec la foi et avec la religion qu’avec leur négation et leur refus.

 

En revanche, il y a une idée à laquelle je m’attacherais volontiers : elle rejoint ce qui a été pour moi une croyance solide tout au cours de ma vie et a souvent dicté ma façon d’agir ou de me conduire. Cette idée tient en peu de mots, et elle n’est pas très précise. Elle se résume dans la formule : « Il y a autre chose ».

 

Jacqueline de Romilly, Les révélations de la mémoire.


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nos misères, moyens divins...

18 Mars 2011, 07:52am

Publié par Father Greg

 

 

 

 

  524.jpg « Nous nous arrêtons bien souvent à de faux obstacles, à des obstacles qui sont des moyens. Nous nous arrêtons à notre faiblesse, à notre pauvreté, à notre misère, à notre manque d'intelligence, à notre manque de sainteté... telle que nous la concevons.

 

               Eh non! Tout cela est moyen pour purifier notre foi. La misère qui nous enveloppe, les plaies que nous portons, la faiblesse dont nous sommes pétrie, l'absence de vertu, le manque d'intelligence pénétrante, je dis que tout cela est moyen. La foi doit se dresser en quelque sorte sur toute cette pauvreté. Si cette pauvreté n'existait pas, il faudrait la créer, pour pouvoir s'appuyer sur elle et pénétrer en Dieu ».

 

P. Marie Eugène de l'Enfant Jésus.

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Dis-nous que nous sommes frères...

17 Mars 2011, 07:30am

Publié par Father Greg

 

titien-cain-et-abel« Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités.

Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.
   

Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! Qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant.

 

Voltaire, Prière à Dieu.

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Moâ? mais, ça va...

15 Mars 2011, 23:48pm

Publié par Father Greg

 

 

detail_vermeer.jpg “Surtout ne croyez pas vos amis quand ils vous demanderont d’être sincère avec eux. Ils espèrent seulement que vous les entretiendrez dans la bonne idée qu’ils se font d’eux-mêmes, en les fournissant d’une certitude qu’ils puiseront dans votre promesse de sincérité. Comment la sincérité serait-elle la condition de l’amitié ? Le gout de la vérité à tout prix est une passion… c’est un vice, un confort parfois, ou un égoïsme. Si donc vous vous trouvez dans ce cas, n’hésitez pas : promettez d’être vrai et mentez le mieux possible.

 

C’est si vrai que nous nous confions que très rarement à ceux qui sont meilleurs que nous. Nous fuirions plutôt leur société. Le plus souvent, au contraire, nous nous confessons à ceux qui nous ressemblent et qui partagent nos faiblesses. Nous ne désirons pas nous corriger, ni être améliorés : il faudrait d’abord que nous fussions juges défaillants.  Nous souhaitons seulement être plaints et encouragés dans notre voie. »

 

Albert Camus. La Chute.


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L’épreuve humaine par excellence…

14 Mars 2011, 15:12pm

Publié par Father Greg

 


rembrandt-tete-du-christ La lumière de ce premier dimanche de carême est capitale, déjà parce qu’elle est la première et qu’elle touche quelque chose de radical.  Aristote dit qu’une petite erreur au point de départ entraîne d’immenses conséquences à l’arrivée.

 

Eve et Jésus font face à une épreuve. Et la lumière est précisément à propos de l’épreuve humaine par excellence, celle à laquelle chacun d’entre nous est confronté. Spécialement à propos de ce qu’est notre bien, de ce qui est bon pour nous, et qui d’une certaine manière nous échappe. En effet, parce que nous existons par un autre, notre bien, ce qui nous achève, n’est pas immédiatement accessible, et se donne à nous d’une manière telle que cela apparaît comme une épreuve pour notre intelligence.

 

Pour Eve, l’interdit apparent de Dieu ‘tu ne mangeras pas du fruit de l’arbre’, et qui donc est pour elle une épreuve, est en fait le signe d’un don qui est de trop, qui touche notre personne dans ce qui l’achève. Et, le péché originel commence quand Eve réduit le commandement de Dieu à quelque chose qu’elle vit ‘négativement’, comme un interdit !

 

Ce qui nous épanoui jusqu’au bout ne peut pas venir de nous. Et, la tentation d’Eve c’est de vouloir s’achever par elle-même, de trouver son bien dans la continuité de ce qu’elle connaît d’elle-même. Le  « vous serez comme des Dieux » c’est de croire que l’on peut connaître et atteindre par soi ce qui est notre bien ultime.

 

Est-ce que ce que l’on est et notre achèvement ultime se fait par soi ou bien par un autre ? Je viens d’un autre et, je ne peux être pleinement moi-même que par un autre. C’est notre expérience dans le travail, coopérant avec la matière ; dans l’amitié : l’autre qui est mon ami achève, et épanoui ce qu’il y a de plus moi-même : ma capacité d’aimer. Et, ultimement la personne humaine ne peut pas achever ce qu’elle est en propre à partir d’elle-même.

 

Et cela c’est une épreuve pour notre nature humaine. Eve, malgré elle, « refuse » ce don en le réduisant à ce qu’elle en vit. Et nous avons la même épreuve. Nous vivons le carême comme si c’était un moment d’efforts efficients, comme si Jésus attendait de nous que nous conquérions une espèce de perfection morale : « vous êtes des pêcheurs, maintenant faîtes des efforts pour vous en sortir »

 

Et alors, on retombe dans l’erreur de vouloir y arriver par nous-même. Ça c’est l’épreuve majeure de chacun d’entre nous. On veut devenir ce que l’on est à force d’efficience, de coups de poignets, et réaliser ce que l’on croit être, et supprimer ce que l’on croit ne pas être le chemin.

 

Et Jésus va au désert pour connaître cet état de fragilité que chacun d’entre nous connaissons à cause du péché originel : on claudique, on est bancal, on a des mouvements d’humeurs, des impatiences, des mouvements d’orgueil, des petits égoïsmes…, tout ça on le porte et notre reflexe c’est un peu d’interpréter la parole de Dieu comme si Dieu disait : « maintenant, mon coco débrouille-toi, fais un effort. »  Or, tant qu’on en reste là, c’est la porte ouverte au désespoir.

 

Là est notre épreuve : pour nous, notre misère, notre péché c’est le lieu de notre épreuve ! Pourquoi ? Parce que le péché c’est négatif, cela semble être un obstacle au don de Dieu, à notre croissance, à notre développement. Alors, nous disons : ‘il faut que je supprime mon péché et ensuite je pourrai entrer dans le royaume des Cieux. Je m’appuie sur moi, je vais y arriver’. Ou, plus subtilement : ‘il faut que je m’abandonne, que je ceci, que je…’ : bref, je je je, moa, moa, moa…. C’est ce que dit le démon à Jésus : ‘Tu es fragile,  tu as faim : vas-y, transforme, fais quelque chose. Ou bien : abandonne toi à ‘la providence en soi’, ou tes limites, dépasse-les en les niant. Tu peux y arriver par toi-même’.

 

Jésus, lorsqu’il apparaît à Ste Faustine, lui dit : « donne-moi ta misère. Ta misère je m’en fais responsable, je m’en occupe. Toi, donne la moi ». Et ça, c’est notre foi. C’est notre baptême. Quand je suis baptisé, ma vie je la remets à Dieu, et elle ne m’appartient plus !

 

C’est curieux, mais il faut se demander si cela a vraiment pris racine en nous, si c’est notre vie ? Aussi, est-ce que la parole de Dieu est vraiment nourriture ? On se dit parfois : « je lis l’écriture et oui, ça me parle ». Or, souvent on réduit la Parole de Dieu à son support. Ce que dit le démon, ce n’est pas précisément la parole de Dieu, mais plutôt son support matériel. La parole de Dieu, c’est la parole venant de la bouche de Dieu, c’est quelqu’un qui me parle maintenant. Tant que je ne l’entends pas pour moi, ce n’est pas la parole de Dieu.

 

Et nous on la réduit à une parole humaine, comme si elle nous donnait des informations. Or, si ma parole exprime quelque chose qui existe avant qu’elle ne le dise, la parole de Dieu, elle, elle est avant la réalité, elle réalise ce qu’elle dit. Si Dieu dit « bougie », une bougie apparaît. La parole de Dieu, c’est Dieu se donnant, réalisant quelque chose de nouveau qui n’existait pas. C’est ça qu’on dit à chaque messe : « Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis une seule parole et je serai guéri » donc : « ta parole, c’est ça qui me guérit !! »

 

Ça c’est toute notre vie chrétienne, c’est tout notre carême. Soit je fais de ma vie chrétienne, avec toutes mes fragilités, mes misères un lieu de combat où j’essaye seul de m’en sortir par moi-même… Et alors, on a le démon qui nous dit: « vas-y, est-ce que tu crois en toi ? » Alors que Jésus nous dit « est-ce que tu choisis de t’appuyer sur moi, est-ce que tu veux te nourrir de moi immédiatement ? » Le salut il est là. Parce que ma pauvreté, ma misère, ce n’est pas un obstacle pour Lui !

 

Or si Dieu permet –ce qui nous apparaît comme- nos misères et nos pauvretés, c’est que ce n’est pas d’abord un problème pour Lui. Mais comme ça empêche notre épanouissement, et que ça nous empoisonne la vie, on essaye alors par nous-même de l’enlever. Non seulement ce n’est pas possible, mais ce n’est pas le problème. Ma misère, c’est le lieu dont Jésus se sert pour me communiquer quelque chose qui est complétement au-delà de ma nature.

 

La vérité, là, c’est de se mettre chacun de nous au désert. Face au plan de Dieu je suis perdu. Et il y a une épreuve. Je dois –face à Dieu seulement- faire l’offrande de mon intelligence, je dois accepter de ne pas comprendre. Et si je réduis ma vie à ce que j’en comprends, je serai constamment d’un cet effort d’efficience, à vouloir y arriver par moi-même et à mesurer ma vie en fonction de mes résultats, en fonction de l’image que je me donne ou que je donne aux autres. C’est ma petite gloire, je m’adore moi-même, je compte sur moi.

 

Ce que Jésus dit dans St Jean: « sans moi vous ne pouvez rien faire » : non pas quelque chose, mais rien. Donc, arrête de t’appuyer sur toi-même. C’est cela ‘L’homme ne vit pas seulement de pain’. C’est quoi le pain ?  C’est le fruit de notre travail. Des efforts, Il faut en faire, c’est bien évident, mais ce n’est pas ça le salut. Et notre misère véritable, c’est de vouloir faire de notre efficience notre salut !

 

Et c’est cela la lumière de la croix. A la croix, Jésus choisit d’être trahi. Ce n’est pas seulement qu’il subit ou reçoit nos fautes, mais c’est un choix -Jésus choisit de souffrir, il choisit le péché de l’homme, ses trahisons- parce qu’il en fait le lieu d’un nouveau don. Et alors, mon péché devient comme habité ! Ma mort, ce qui est vain en moi acquiert une signification divine. Ce qui est en vain devient le lieu que Jésus vient habiter. C’est ça le sacrement de confession : la honte c’est humain. On commence à le vivre chrétiennement quand mon péché devient le lieu que Jésus vient habiter, et qu’il en fait un lieu où il se révèle et nous fait participer à sa fécondité.

 

Notre croix est là, notre épreuve est là, comme pour Eve. Eve était face à quelque chose qu’elle ne comprenait pas et elle a réduit le réel, sa vie à ce qu’elle en ressentait. Elle voulait tout posséder, se faire mesure du réel. Et ça, c’est typiquement français : la rationalisation à outrance.

 

On est ainsi, constamment à vouloir mesurer les choses. Ça montre que les luttes que l’on vit, que Dieu permet, nos disputes dans la vie commune, nos difficultés dans notre travail, nos incapacités à grandir dans l’amour, tous ces lieux, je n’en connais pas la signification aux yeux de Dieu. Nous voulons les effacer alors que c’est un mystère qui ne nous appartient pas. Comme dans la parabole où Dieu sème le bon grain et que l’ennemi sème la mauvaise graine, que nous voulons arracher ; or le maître dit : « laisse pousser jusqu’à la moisson, ce n’est pas ton problème ».

 

Jésus répète ça encore différemment dans l’évangile lorsqu’il dit « moi je ne juge personne ». C’est un effort de carême qu’il faut, là, faire. Il faut arrêter de se juger, de se critiquer. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas reconnaître ses fautes. Qu’est-ce que ma faute, mon erreur signifie aux yeux de Dieu ? On n’en sait rien. Et, on n’a pas le droit de se juger. Jésus dit à Juda : « ce que tu fais, fais le vite. » Il le pousse presque à la faute... Pourquoi ?  C’est curieux non ?!

 

Pourquoi cela ? Parce que le salut que Jésus nous apporte, c’est Lui. Lui me parlant. Je dois me nourrir de la parole de Dieu tous les matins. Quand Jésus me parle, Il me transforme. Il n’est pas venu m’apporter un salut humain, efficace, un messianisme temporel. Le salut n’est pas une sorte de perfection qui se voit. A la croix la victoire est cachée et pourtant elle est là. Mais on ne peut pas la vivre tout seul. Et c’est ça le carême : « arrête de t’appuyer sur toi ». Quand on jeûne et qu’on a mal à la tête, on sent nos fragilités, ça nous met dans un état où on ne peut que s’appuyer sur Dieu ou alors on râle. Toutes les limites ressortent. On est obligé d’aller mendier auprès de Jésus : « la carapace que je me suis forgée ça ne tient pas beaucoup, viens… ! »

 

Et Jésus viens nous faire demeurer dans sa lumière ! Parce que sa parole, toujours actuelle, réalise ce qu’elle signifie : « que la lumière soit et la lumière fut » Sa parole est créatrice ! Si ma parole dit ce qui est, la parole de Dieu fait que ce qui n’est pas, cela est. Et en même temps, la parole de Dieu, est toujours une épreuve, parce que elle est un don qui est de trop, et si elle réalise immédiatement ce qu’elle signifie, ce n’est pas immédiatement visible ou tangible.

 

 

On doit demander dans notre communion que Jésus vienne nous convertir, nous aider à sortir de nous-même, à ne plus nous appuyer sur nous-même. Vous chercherez à être comme des dieux en étant ‘par vous-même’ ou vous serez fils de Dieu par Lui, à cause de son don, là où on est mendiant, dans nos pauvretés. La petite Thérèse répète ça constamment : « tout est grâce, peu importe ma faiblesse et ma fragilité, Jésus c’est Lui qui vient me chercher ».

 

Demandons à la petite Thérèse et à la Vierge Marie de nous rendre mendiant, de nous laisser conduire par l’Esprit Saint, en acceptant ce qui nous éprouve. Notre salut, c’est Jésus.

 

Fr Grégoire.


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Rencontrer notre Père

13 Mars 2011, 23:54pm

Publié par Father Greg

 

 

Norham Castle by Joseph Mallord Turner Par notre intelligence qui cherche la vérité -il y a là pour nous une exigence fondamentale à laquelle nous devons tout le temps revenir- nous découvrons l’Etre premier, Créateur de notre âme. Et en adorant notre Dieu Créateur nous découvrons qu’il est notre Père, Père de notre âme. Il n’est pas seulement le Créateur, il est le Père de notre vie spirituelle, de notre vie intellectuelle, et il est le Père de notre volonté, de notre capacité d’aimer. Et c’est pour nous fondamental, aujourd’hui, de comprendre (dans la mesure où nous le pouvons) que l’adoration doit s’achever dans une contemplation de notre Dieu Créateur, qui est Père de notre âme.

 

En effet, nous avons avec lui un lien qui n’est pas seulement le lien de la créature au Créateur dont elle a tout reçu et de qui elle dépend totalement. Dieu nous a créé à partir de rien (il n’y a pas d’atavisme antérieur) et à partir de rien il a créé notre âme, de sorte qu’il n’y a aucun intermédiaire entre le Créateur, Dieu-Créateur, et notre âme. Notre âme spirituelle, réfléchissant sur ce qu’il y a de plus intime en elle, de plus profond en elle, découvrant la réalité que nous sommes et la réalité des autres, de l’autre, de notre ami, découvre ce lien que nous sommes seuls à connaître avec Dieu (personne d’autre ne le connaît).

 

Ce lien d’amour, c’est bien le « premier amour ». Or nous devons, selon l’Apocalypse, être fidèles au premier amour. N’oublions jamais ce lien de notre esprit avec Celui qui, dans un amour absolument gratuit, réalise ce qui est le plus profond en nous, le plus « nous-mêmes » : notre être de créature spirituelle. Et répondons à ce premier amour gratuit, donné directement par Dieu, sans aucun soutien autre que lui (tout vient de lui), en adorant. Dieu crée notre esprit, notre âme spirituelle, dans un amour absolument pur : nous n’ajoutons rien à Dieu. Si Dieu ne nous avait pas créés, il serait le même Dieu, et pourtant nous ne serions pas, nous, sa créature aimée d’un amour gratuit, d’un amour fondamental, substantiel. C’est vraiment lui qui permet ce premier amour qui est notre première coopération avec Dieu. On coopère gratuitement avec Dieu, par l’adoration, et Dieu nous le demande.


Nous prenons conscience que notre manière la plus vraie d’être en face de lui, c’est de l’adorer ; notre âme ne peut se tourner vers Dieu qu’en l’adorant. Si elle ne l’adore pas, elle ne se tourne pas vers lui – ce qui montre bien que c’est à travers l’amour spirituel, le plus spirituel qui soit, que nous pouvons rencontrer Dieu. C’est pour nous la première rencontre, et c’est toujours la première. Elle est d’une certaine manière au-delà du temps.

 

M.D Philippe. Le premier moment de la paternité de Dieu


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Le silence, manifestation de Dieu...

12 Mars 2011, 08:07am

Publié par Father Greg

 

Si personne ne m’écoute plus, Dieu m’écoute encore. Si je ne peux plus parler avec personne, si je ne peux plus invoquer personne – je peux toujours parler à Dieu. S’il n’y a plus personne qui peut m’aider – là où il s’agit d’une nécessité ou d’une attente qui dépasse la capacité humaine d’espérer, Lui peut m’aider. Celui qui prie n’est jamais totalement seul.

Benoit XVI, Spe Salvi.

 

 

edvard-munch-soir-d-ete.jpg « Ceci a trait à notre méprise concernant ce que nous appelons « dialogue» avec Dieu. Nous disons volontiers que Dieu parle lorsque des idées, des discours, des suggestions nous viennent à l'esprit en pensant à Dieu à propos de nos préoccupations. Le fonctionnement agile de notre esprit nous rend heureux et nous attribuons ce bonheur à la joie d'avoir conversé avec Dieu : mais rien n'est moins sûr.

 

Peut-être alors vaut-il mieux que Dieu se taise, en effet. Il y a davantage de chances que nous ne confondions pas sa Parole avec les nôtres. Il se tait et il nous regarde et il épie nos réactions. Il se tait et il nous aime et c'est pourquoi il voudrait nous donner tellement autre chose que ce que nous souhaitons naïvement d'entendre. Il voudrait nous faire un don tellement nouveau, tellement formidable, tellement inattendu ! Il voudrait nous donner simplement ce Jésus qui est le tout de ce qu'il peut nous dire, et que nous ne connaissons pas encore, car si nous le connaissions, nous n'oserions jamais prétendre que Dieu se tait... »

A.-M. Besnard, Propos intempestifs sur la prière.


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Noblesse naturelle de l'homme...

11 Mars 2011, 08:00am

Publié par Father Greg

 

  

Pour ne pas faire d'abord de la vie chrétienne –et du carême en particulier- un exercice d'ascèse ou un temps de purification, et ainsi de ne rien diminuer de cette naissance d’en-haut et du sens divin de nos luttes, il est bon de voir ce qui est naturel et 'normal' à l’homme dans sa conquête de lui-même et du 'ciel'.   

 


gandhi.jpg « La conquête des passions subtiles me paraît une entreprise infiniment plus dure que la conquête physique du monde par la force des armes. Depuis mon retour aux Indes, pas un instant je n’ai cessé de vérifier la persistance, au tréfonds de moi-même, des passions dormantes et latentes. La conscience que j’en ai, m’a pénétré d’un sentiment d’humiliation, mais non de défaite. L’expérience, les expériences, m’ont soutenu et donné de grandes joies. Mais je sais qu’il me faudra passer encore pas un chemin ardu qui s’étend devant moi. Il me faudra me réduire à néant. Tant que l’homme ne se place pas, de son plein gré, au dernier rang de ses frères humains, il n’est pas de salut pour lui. L’Ahimsâ, c’est l’extrême confins de l’humilité.

 

En disant adieu au lecteur, de moins pour le présent, je lui demande de se joindre à moi pour prier le Dieu de Vérité : Puisse-t-Il m’accorder, en faveur suprême, l’Ahimsâ en pensée, en paroles et en actes.


Il faut non seulement souhaiter le bien de l’adversaire, mais voir ses propres fautes à travers un verre convexe et faire exactement l’inverse avec celle des autres pour arriver à une juste estimation des premières comme des secondes.

L’homme et ses actes sont deux choses distinctes. Alors qu’une bonne action doit amener l’approbation, et une mauvaise, la réprobation, le fauteur de l’acte, qu’il soit bon ou mauvais, mérite toujours respect ou pitié, selon le cas. « Hais le péché, non le pêcheur » — c’est là un précepte que l’on applique rarement, s’il est aisé à comprendre : et c’est pourquoi le venin de la haine se répand si vite dans le monde. [...] S’opposer à un système, l’attaquer, c’est bien ; mais s’opposer à son auteur, et l’attaquer, cela revient à s’opposer à soi-même, à devenir son propre assaillant. »

 

M. Ghandi, Autobiographies ou mes expériences de vérité.

 

Au début de ses expériences de vérité, Gandhi croyait que le nom de Dieu était Ahimsâ (Amour). Il comprit que l'Amour était plutôt le chemin qui mène à la Vérité. Chemin étroit s'il en est puisque ce n'est qu'avec un effort incessant que l'on parvient à se l’approprier.


"L'Ahimsâ n'offre rien de facile. Elle remet tout en question et oblige celui qui la recherche à  faire preuve d'une patience infinie. Il convient qu'il ne faut pas se résigner au mal, ce serait une lâcheté, mais il faut aussi  aimer celui qui nous a volés comme un membre de notre famille en se disant qu'il n'est pas différent de nous. Ainsi nous trouverons le moyen de le gagner à nous en lui faisant renoncer à sa mauvaise vie".

 

L'Ahimsâ va ainsi plus loin que de ne pas faire de mal à aucun être." On viole Ahimsâ par une mauvaise pensée, par un mensonge, par le fait de souhaiter un malheur à quelqu'un ou simplement en gardant pour soi ce dont un autre a besoin."


 

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« C’est maintenant le moment favorable, c'est maintenant le jour du salut..."

10 Mars 2011, 09:37am

Publié par Father Greg

 

 

 

rembrandt-retour-de-l-enfant-prodigue.jpg   Mercredi des cendres !!

 'Les cendres...' jour de jeûne et de pénitence... -déjà pas très funky au niveau com- et, c’est LE jour ‘favorable’? Hmm...?? Et c’est ce jour qui donne la note pour tout le carême… Oups..  c’est cela le salut... ?? Pourquoi l’Esprit-Saint nous dit-il que c’est là le salut, et que c’est ‘aujourd’hui! Est-ce que le salut c'est de se purifier..?

 

Pourquoi l’Eglise reprend-t-elle ces vieilles méthodes d’aumône (et Jésus qui nous dit de donner sans regarder, quand on sait ce que les pauvres en font.. ??)  de prières     (les dévotions à n’en plus finir ça ne rend pas toujours très intelligent et Dieu connait nos attentes, alors.. ??) enfin le jeûne (pas vraiment populaire et pas renversant comme moyen pour annoncer le salut ou attirer les jeunes…) Alors, à quoi ça sert ? Pourquoi toutes ces vieilles méthodes -culpabilisantes au possible- qui ne servent qu’à nous faire faire des têtes d’enterrement… ? Et puis ce signe des cendres sur le front... c’est un peu proche du ridicule aujourd'hui... ??

           

Face à cela on a comme 2 attitudes : soit l’attitude passivo-fataliste : genre : ‘de toute façon, on doit se purifier,il faut en baver un peu, donc on s’en remet une couche pendant 40 jours et on compte les jours...’  soit le style 'intellectuel libérés du 21e siècle à qui on ne la fait pas' : ‘ces trucs du moyen-âge, oui c’est bon pour les grands-mères et les curés, mais pas pour ceux qui écoutent les infos et qui lisent les journaux... rien à faire dans ma vie.. on est des gens sérieux maintenant…donc, ça, ce n’est pas pour moi…'

 

Or Dieu, déjà dans la genèse, impose comme un jeûne apparemment inutile à Adam et Eve : ‘vous pouvez tout manger, mais de ce fruit, non…!’ ...ah..? Et pourquoi ?? et ensuite, à chaque fois qu’Il reprend son alliance, il ne réclame pas d’abord un raisonnement, mais toujours un sacrifice pas trop rationnel : " prend ton fils Isaac et va le sacrifier" ,"tuez l'agneau, mettez-en sur les portes, mangez en hâte" ou une attitude de dépouillement : le peuple d'Israël au désert,  Jonas et ses cendres à Ninive, Isaïe marchant dans le désert, David jeunant devant son fils mourant, … etc.

 

Et précisément, Dieu ne réclame pas ces gestes pour d’abord nous purifier, ou nous faire grandir ou nous faire nous reconnaitre ‘comme de sales petits pêcheurs’, non !  Mais, c’est pour que son don s’inscrive, soit manifesté dans notre vie ! C’est pour qu’on arrête de vivre enfermé dans notre idée du réel, dans ce qu’on croit en avoir compris, et qu’on arrête de diminuer la valeur de notre vie : c'est pour toucher que l'on est fait pour vivre à la taille de Dieu ! Ces gestes sont de petits moyens pour nous faire sortir de nous-même et être vraiment dans la réalité telle qu’elle est!

 

Nous qui recevons l’Eucharistie, nous ‘avons’ Dieu à disposition! On en use et malgré cela on demeure toujours inquiets de nous-même, repliés sur nous, et ainsi, ce don incroyable n’est pas très réel pour nous; et bien le carême c’est le signe du don qui nous est fait, un don qui est de trop, qui nous dépasse et qui est tellement fort qu’il nous brûle et nous blesse ; c’est comme le signe de la radicalité dans laquelle Dieu déjà nous entraine !

 

Et la souffrance, ces sacrifices gratuits, un peu inutiles, qui nous coûtent, c’est pour qu’on inscrive, qu’on s’approprie dans tout ce que l’on est, la vie de Fils qui nous est donnée ; c’est pour que toute notre personne soit prise par ce don divin qui dépasse tout ce qu’on peut penser ; ces moyens sont donc pour nous la manière de vivre de ce don qui réclame qu’on se quitte, et d’ouvrir les yeux sur ce qu’est le prochain : par l’aumône, ce qu’est Dieu : par la prière, ce que nous sommes: par le jeûne.  

 

Et c’est ce que dit Jésus : ton aumône, ta prière, ton jeûne, c’est pour être mobilisé d’une façon unique et personnelle; c'est pour ‘voir' et ‘toucher’ celui qui t’est toujours présent : ton Père qui est là dans le secret… Le carême c’est pour vivre de Celui qui est toujours là et nous attend…C’est pour ouvrir les yeux sur la profondeur de notre vie, sur sa vraie réalité… c’est de quitter les apparences, ce qu’on a compris du réel -qui nous emprisonne par ce que c’est encore nous- et de tout vivre avec lui, de l’intérieur ; c’est pour être possédé par Celui qui veut être notre secret, et connu comme tel...

 

Le carême c’est donc ce don qui veut tout prendre en nous, et qui veut nous faire vivre à sa taille, à la hauteur de ce qu’est notre Père ; Et ces ‘sacrifices’, ces ‘rites’, c’est pour toucher cela avec notre corps, avec notre sensibilité, avec toute notre personne. L’amour réclame de s’éprouver, or, Celui qui est là, c’est Celui qui est pur don, un don qui ne peut pas se dire. Il est un silence substantiel, une présence totale. On ne peut donc vivre de lui en restant dans ce que nous possédons par nos raisonnements, mais en sortant de nous-même, en étant 'arrachés à nous-mêmes' .


Le carême c’est donc nous libérer de nous-même –non d’abord par une purification morale ou culpabilisante- mais en nous faisant voir qui on est vraiment, qui on est pour le Père. C’est ultimement, pour pouvoir dire ‘Père’, et vivre de cette présence secrète de Celui qui ne me quitte jamais, de celui qui n’est que pour moi. 

Fr Grégoire.


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Tête de carême: interdite!!!!

9 Mars 2011, 07:36am

Publié par Father Greg

 

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« Ensevelis avec le Christ, vous en êtes aussi ressuscités avec lui »

8 Mars 2011, 22:30pm

Publié par Father Greg

 

 

 descente_de_croix_jean_fra_angelico_detail--2-.jpgLe Carême, ‘attente de la rencontre définitive avec son Epoux’ intensifie le chemin de purification dans l’esprit, par une prière assidue et une charité active, afin de puiser avec plus d’abondance, dans la vie nouvelle qui est dans le Christ Seigneur.


1. Cette vie, transmise le jour de notre Baptême est un don de Dieu: Nul ne mérite la vie éternelle par ses propres forces. La miséricorde de Dieu, qui nous donne de vivre notre existence avec « les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus », est communiquée à l’homme gratuitement.

 

Ce don gratuit doit être constamment ravivé en chacun de nous, et le Carême nous offre un lieu indispensable de vie chrétienne: vivre vraiment le Baptême comme un acte décisif pour toute l’existence.


2. Pour emprunter sérieusement le chemin vers Pâques et nous préparer à célébrer la Résurrection du Seigneur – qui est la fête la plus joyeuse et solennelle de l’année liturgique –, qu’est-ce qui pourrait être le plus adapté si ce n’est de nous laisser guider par la Parole de Dieu? C’est pourquoi l’Eglise, nous conduit-elle à une rencontre particulièrement profonde avec le Seigneur.


Le premier dimanche de l’itinéraire éclaire notre condition terrestre. Le combat victorieux de Jésus sur les tentations est un appel à prendre conscience de notre fragilité pour accueillir la Grâce qui nous libère du péché et nous fortifie d’une façon nouvelle dans le Christ, chemin, vérité et vie. C’est une invitation pressante à nous rappeler, que la foi chrétienne implique une lutte contre le démon à l’œuvre et ne cesse, de tenter tout homme qui veut s’approcher du Seigneur: le Christ sort vainqueur de cette lutte, et nous conduis à la victoire sur les séductions du mal.


L’évangile de la Transfiguration du Seigneur nous fait contempler la gloire du Christ qui anticipe la résurrection et annonce la divinisation de l’homme. Nous sommes conduit « dans un lieu à part, sur une haute montagne » afin d’accueillir d’une façon nouvelle, dans le Christ, en tant que fils dans le Fils, le don de la Grâce de Dieu: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur, écoutez-le ». Ces paroles nous invitent à quitter la rumeur du quotidien pour nous plonger dans la présence de Dieu: Il veut nous transmettre chaque jour une Parole qui nous pénètre au plus profond de l’esprit, là où elle discerne le bien et le mal et affermit notre volonté de suivre le Seigneur.


« Donne-moi à boire » (Jn 4,7). Cette demande de Jésus à la Samaritaine, qui nous est rapportée le troisième dimanche, exprime la passion de Dieu pour tout homme et veut susciter en notre cœur le désir du don de « l’eau jaillissant en vie éternelle » (v.14): C’est le don de l’Esprit Saint qui fait des chrétiens de « vrais adorateurs », capables de prier le Père « en esprit et en vérité» (v.23). Seule cette eau peut assouvir notre soif de bien, de vérité et de beauté! Seule cette eau, qui nous est donnée par le Fils, peut irriguer les déserts de l’âme inquiète et insatisfaite «tant qu’elle ne repose en Dieu », (saint Augustin).


Le dimanche de l’aveugle-né nous présente le Christ comme la lumière du monde. L’Evangile interpelle chacun de nous: « Crois-tu au Fils de l’homme? » « Oui, je crois Seigneur! » répond joyeusement l’aveugle-né qui parle au nom de tout croyant. Le miracle de cette guérison est le signe que le Christ, en rendant la vue, veut ouvrir également notre regard intérieur afin que notre foi soit de plus en plus profonde et que nous puissions reconnaître en lui notre unique Sauveur.


L’évangile du cinquième dimanche proclame la résurrection de Lazare, nous nous trouvons face au mystère ultime de notre existence: « Je suis la résurrection et la vie... le crois-tu? ». A la suite de Marthe, le temps est venu de placer, à nouveau et en conscience, toute son espérance en Jésus de Nazareth: « Oui Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu, qui vient dans le monde » (v.27). La communion avec le Christ, en cette vie, nous prépare à franchir l’obstacle de la mort pour vivre éternellement en Lui. La foi en la résurrection des morts et l’espérance en la vie éternelle ouvrent notre intelligence au sens ultime de notre existence: Dieu a créé l’homme pour la résurrection et la vie; cette vérité confère une dimension authentique et définitive à l’histoire humaine, à l’existence personnelle, à la vie sociale, à la culture, à la politique, à l’économie. Privé de la lumière de la foi, l’univers entier périt, prisonnier d’un sépulcre sans avenir ni espérance.

 

3. Dans le Christ, Dieu s’est révélé Amour. La Croix du Christ, le «langage de la Croix» manifeste la puissance salvifique de Dieu qui se donne pour relever l’homme et le conduire au salut: il s’agit de la forme la plus radicale de l’amour.


Par la pratique traditionnelle du jeûne, de l’aumône et de la prière, signes de notre volonté de conversion, le Carême nous apprend à vivre de façon toujours plus radicale l’amour du Christ. Le jeûne, a pour le chrétien une signification profondément religieuse: en appauvrissant notre table, nous apprenons à vaincre notre égoïsme pour vivre la logique du don et de l’amour; en acceptant la privation de quelque chose – qui ne soit pas seulement du superflu –, nous apprenons à détourner notre regard de notre «moi» pour découvrir Quelqu’un à côté de nous et reconnaître Dieu sur le visage de tant de nos frères. Pour le chrétien, la pratique du jeûne n’a rien d’intimiste, mais ouvre tellement à Dieu et à la détresse des hommes; elle fait en sorte que l’amour pour Dieu devienne aussi amour pour le prochain.

 

Sur notre chemin, nous nous heurtons également à la tentation de la possession, de l’amour de l’argent, qui s’oppose à la primauté de Dieu dans notre vie. L’avidité de la possession engendre la violence, la prévarication et la mort; c’est pour cela que l’Eglise, spécialement en temps de Carême, appelle à la pratique de l’aumône, c’est à dire au partage. L’idolâtrie des biens, au contraire, non seulement nous sépare des autres mais vide la personne humaine en la laissant malheureuse, en lui mentant et en la trompant sans réaliser ce qu’elle lui promet, puisqu’elle substitue les biens matériels à Dieu, l’unique source de vie. Comment pourrions-nous donc comprendre la bonté paternelle de Dieu si notre cœur est plein de lui-même et de nos projets qui donnent l’illusion de pouvoir assurer notre avenir? La tentation consiste à penser comme le riche de la parabole: « Mon âme, tu as quantité de biens en réserve pour de nombreuses années...». Nous savons ce que répond le Seigneur: « Insensé, cette nuit même, on va te redemander ton âme...». La pratique de l’aumône nous ramène à la primauté de Dieu et à l’attention envers l’autre, elle nous fait découvrir à nouveau la bonté du Père et recevoir sa miséricorde.

 

En méditant la Parole de Dieu et en l’intériorisant pour l’incarner au quotidien, nous découvrons une forme de prière qui est précieuse et irremplaçable. En effet l’écoute attentive de Dieu qui parle sans cesse à notre cœur, nourrit le chemin de foi. La prière nous permet également d’entrer dans une nouvelle perception du temps: Sans la perspective de l’éternité et de la transcendance, en effet, le temps n’est qu’une cadence qui rythme nos pas vers un horizon sans avenir. En priant, au contraire, nous prenons du temps pour Dieu, pour découvrir que ses « paroles ne passeront pas », pour entrer en cette communion intime avec Lui « que personne ne pourra nous enlever ».


Benoît XVI, Message pour le Carême 2011.


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Catastrophe, c'est le carême...

8 Mars 2011, 15:00pm

Publié par Father Greg

 

 

 

 

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Les saints seuls sont des enfants...

7 Mars 2011, 11:05am

Publié par Father Greg

 

       

vincent-van-gogh-la-nuit-etoilee-sur-le-rhone « Autre chose est souffrir l'agonie du désespoir, autre chose le désespoir lui-même. C'est là une vérité que je dois à certains garçons peu réfléchis disposés à se tromper non moins grossièrement sur l'espérance que sur l'amour. Je voudrais les mettre en garde contre les charlatans dont le faux espoir n'est qu'un lâche prétexte à ne pas courir le risque de la véritable espérance. Car l'espérance est une victoire, et il n'y a pas de victoire sans risque. Celui qui espère réellement, qui se repose dans l'espérance, est un homme revenu de loin, de très loin, revenu sain et sauf d'une grande aventure spirituelle, où il aurait dû mille fois périr.

Georges Bernanos, Sous le Soleil de Satan  

 

 

 

« Que voulez-vous que je fasse ? […] Suis-je capable de choisir ! Je n'oserais jamais. Je reçois chaque heure que Dieu me donne, parce que je n'aurais même pas la force de refuser. Que j'accomplisse de mon mieux les petits devoirs, au jour le jour — hélas ! Selon mon humeur et mes forces... Je suis née pour vivre au jour le jour... Il n'y a que le présent qui compte….

…Je ne réussis que les choses faciles. Aucune épreuve n'avait jusqu'alors [...] mis en péril l'humble allégresse, la certitude d'être née pour les travaux faciles qui rebutent les grandes âmes… »

Georges Bernanos, La joie.

 

 

 

« Je suis très, très simple, voilà tout, [...] L'avenir ne me fait pas peur, il ne me fait pas envie non plus. Les grandes épreuves sont pour les grandes âmes, n'est-ce pas ? Les petites passent doucement au travers... Eh bien ! Je ne suis pas une grande âme [...] Il me faut si peu pour vivre ! Alors, je me tiens sagement sous le porche de l'église, je tends la main au bon Dieu, je pense qu'il y mettra bien toujours deux sous... »

      Georges Bernanos, Journal d'un curé de campagne.


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Seigneûûûûrrrrrrr.....

6 Mars 2011, 16:34pm

Publié par Father Greg

 

 

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