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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Confiance dans l'amour indéfectible de Dieu

28 Février 2011, 10:56am

Publié par Father Greg

 

 

 

52976621-557e9ef9fa-o.jpg Pour consoler Jérusalem abattue par des malheurs, Isaïe s'exprime  ainsi : « Est-ce qu'une femme peut oublier son petit enfant, ne pas chérir le fils de ses entrailles ? Même si elle pouvait l'oublier, moi, je ne t'oublierai pas. ».

 

Cette invitation à la confiance dans l'amour indéfectible de Dieu est exprimée dans l'Évangile de Matthieu, où Jésus exhorte ses disciples à avoir confiance en la providence du Père céleste, qui nourrit les oiseaux du ciel et habille les lis des champs, et connaît chacune de nos nécessités. 


Face à la situation de beaucoup de personnes, qui vivent dans la misère, ce discours de Jésus pourrait apparaître peu réaliste, voire évasif. En réalité, le Seigneur veut faire comprendre que celui qui croit en Dieu, le Père plein d'amour pour ses enfants, met à la première place la recherche de son Royaume, de sa volonté.

 

Et cela est vraiment le contraire du fatalisme ou d'un irénisme naïf. La foi en la Providence, en effet, ne dispense pas de la lutte inlassable pour une vie digne, mais libère de l'inquiétude pour les choses et de la peur du lendemain. Cet enseignement de Jésus, vrai et valable pour tous, est pratiqué de manières différentes: un moine franciscain pourra le suivre de manière plus radicale, tandis qu'un père de famille devra tenir compte de ses devoirs envers sa femme et ses enfants.

 

Cependant, le chrétien se distingue par la confiance absolue dans le Père céleste. C'est justement cette relation avec le Père qui donne un sens à toute la vie du Christ, à ses paroles, à ses gestes de salut. Jésus nous montre ce que signifie vivre avec les pieds bien à plat par terre, attentifs aux situations concrètes de son prochain, et en même temps en gardant toujours son cœur au Ciel, immergé dans la miséricorde de Dieu.

 

Benoît XVI, Angélus. 27.02.11

 

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L'amitié, un secret à cultiver...

26 Février 2011, 22:36pm

Publié par Father Greg

 

 

lecon (1) « L’amitié est en effet une certaine excellence, ou ne va pas sans une certaine excellence dans l’agir ; de plus, elle est ce qu’il y a de plus nécessaire pour vivre. Car sans amis personne ne choisirait de vivre, eût-il tous les autres biens -et de fait les gens riches, et ceux qui possèdent autorité et pouvoir, semblent bien avoir plus que quiconque besoin d’amis à quoi servirait une pareille prospérité, une fois ôtée la possibilité de répandre des bienfaits, laquelle se manifeste principalement et de la façon la plus digne d’éloge, à l’égard des amis ? Ou encore, comment cette prospérité serait-elle gardée et préservée sans amis ? Car plus elle est grande, plus elle est exposée au risque-

 

Et dans la pauvreté comme dans toute autre infortune, les hommes pensent que les amis sont l’unique refuge. L’amitié d’ailleurs est un secours aux jeunes gens, pour les préserver de l’erreur ; aux vieillards, pour leur assurer des soins et suppléer à leur manque d’activité dû à la faiblesse ; à ceux enfin qui sont dans la fleur de l’âge, pour les inciter aux nobles actions ‘Quand deux vont de compagnie…’ car on est alors plus capable à la fois de penser et d’agir.

 

De plus, l’affection est, semble-t-il, un sentiment naturel du père pour sa progéniture et de celle-ci pour le père, non seulement chez l’homme mais encore chez les oiseaux et la plupart des animaux ; les individus de même race ressentent aussi une amitié mutuelle, principalement dans l’espèce humaine, et c’est pourquoi nous louons les hommes qui sont bons pour les autres. Même au cours de nos voyages au loin, nous pouvons constater à quel point l’homme ressent toujours de l’affinité et de l’amitié pour l’homme. L’amitié semble aussi constituer le lien des cités, et les législateurs paraissent y attacher un plus grand prix qu’à la justice même en effet, la concorde, qui parait bien être un sentiment voisin de l’amitié, est ce que recherchent avant tout les législateurs, alors que l’esprit de faction, qui est son ennemie, est ce qu’ils pourchassent avec le plus d’énergie.


Et quand les hommes sont amis il n’y a plus besoin de justice, tandis que s’ils se contentent d’être justes ils ont en outre besoin d’amitié, et la plus haute expression de la justice est, dans l’opinion générale, de la nature de l’amitié.

 

Non seulement l’amitié est une chose nécessaire, mais elle est aussi une chose noble nous louons ceux qui aiment leurs amis, et la possession d’un grand nombre d’amis est regardée comme un bel avantage ; certains pensent même qu’il n’y a aucune différence entre un homme bon et un véritable ami. »

 

Aristote, Ethique à Nicomaque.


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Vive flamme d'amour...

25 Février 2011, 00:02am

Publié par Father Greg

 

 

 

Ô vive flamme d'amour,
qui tendrement me blesses
au centre le plus profond de mon âme,
N'ayant plus de rigueur,
achève si tu veux,
brise le voile de ce rencontre heureux.

St Jean de la Croix

 

 

100109_jean_de_la_croix_1.jpg Dans les « Cantiques spirituels », saint Jean présente le chemin de purification de l'âme, c'est-à-dire la possession progressive et joyeuse de Dieu, jusqu'à ce que l'âme parvienne à sentir qu'elle aime Dieu avec le même amour dont Il l'aime.


Le parallèle utilisé est toujours celui du feu : de même que le feu, plus il brûle et consume le bois, plus il devient incandescent jusqu'à devenir flamme, ainsi l'Esprit Saint, qui au cours de la nuit obscure purifie et « nettoie » l'âme, avec le temps l'illumine et la réchauffe comme si elle était une flamme. La vie de l'âme est une incessante fête de l'Esprit Saint, qui laisse entrevoir la gloire de l'union avec Dieu dans l'éternité.

 

 « La nuit obscure » décrit l'aspect « passif », c'est-à-dire l'intervention de Dieu dans ce processus de « purification » de l'âme. L'effort humain, en effet, est incapable tout seul d'arriver jusqu'aux racines profondes des inclinations et des mauvaises habitudes de la personne. Pour cela, l'action spéciale de Dieu est nécessaire, qui purifie radicalement l'esprit et le dispose à l'union d'amour avec Lui. Saint Jean définit cette purification comme « passive », précisément parce que, bien qu'acceptée par l'âme, elle est réalisée par l'action mystérieuse de l'Esprit Saint qui, comme la flamme du feu, consume toute impureté. Dans cet état, l'âme est soumise à une épreuve, comme si elle se trouvait dans une nuit obscure. 


Selon Jean de la Croix, tout ce qui existe, créé par Dieu, est bon. A travers les créatures, nous pouvons parvenir à la découverte de Celui qui a laissé en elles une trace de lui. Tout ce que Dieu voulait communiquer à l'homme, il l'a dit en Jésus Christ, sa Parole faite chair.

 

Le processus long et fatigant de purification exige certainement un effort personnel, mais le véritable protagoniste est Dieu : tout ce que l'homme peut faire est « être disposé », être ouvert à l'action divine et ne pas lui opposer d'obstacle.


Chers frères et sœurs, à la fin nous pouvons nous demander : ce saint, avec sa mystique élevée, avec ce chemin difficile vers le sommet de la perfection, a-t-il quelque chose à nous dire, au chrétien normal qui vit dans les circonstances de cette vie actuelle, ou est-il un exemple, un modèle uniquement pour quelques âmes élues, qui peuvent réellement entreprendre ce chemin de la purification, de l'ascèse mystique ?


La vie de saint Jean de la Croix n'a pas été un «envol sur les nuages mystiques», mais a été une vie dure, très pratique et concrète, tant comme réformateur de l'ordre, où il rencontra de nombreuses oppositions, que comme supérieur provincial, ou dans les prisons de ses confrères, où il était exposé à des insultes incroyables et à de mauvais traitements physiques. Cela a été une vie dure, mais c'est justement au cours des mois passés en prison qu'il a écrit l'une de ses œuvres les plus belles.


Et ainsi, nous pouvons comprendre que le chemin avec le Christ, aller avec le Christ, « le Chemin », n'est pas un poids ajouté au fardeau déjà assez difficile de notre vie. C'est une lumière, une force, qui nous aide à porter ce fardeau. Si un homme porte en lui un grand amour, cet amour lui donne presque des ailes, et il supporte plus facilement toutes les épreuves de la vie, car il porte en lui cette grande lumière ; telle est la foi : être aimé par Dieu et se laisser aimer par Dieu en Jésus Christ. La lumière qui nous aide à porter le fardeau de chaque jour c'est nous laisser aimer.


Et, la sainteté n'est pas notre œuvre, très difficile, mais elle est justement cette « ouverture » : ouvrir les fenêtres de notre âme pour que la lumière de Dieu puisse entrer, ne pas oublier Dieu car c'est précisément dans l'ouverture à sa lumière que se trouve la force, la joie des rachetés. Prions afin de nous laisser aimer par Dieu !

 

Benoit XVI. St Jean de la Croix. 16.02.2011


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Trop de pureté épuise...

23 Février 2011, 19:07pm

Publié par Father Greg

 

 

 

525 « Comme je suis contente que Dieu ne soit pas un Saint ! Si un Saint avait créé le monde, il aurait créé la colombe, il n’aurait pas créé le serpent. Il aurait créé la colombe ?…Il n’aurait pas créé « mâle et femelle », il n’aurait pas osé créer l’Amour, il n’aurait pas osé créer le Printemps qui trouble toute chair au monde.


Et toutes les fleurs auraient été blanches. Dieu soit loué ! Dieu en a fait de toutes les couleurs. Dieu n’est pas un Saint. Dans son œuvre hardie, Il ne s’est pas soucié des disciples et de l’édification des Saints et s’Il était homme au lieu d’être Dieu, Il aurait encouru la censure des Saints…j’entends Bossuet : « Otez ce parfum qui damne, ôtez cette fleur… »

 

Pourtant, Vous êtes Saint, ô mon Dieu,  Saint qui sanctifiez le Saint, mais Vous êtes aussi Créateur qui fécondez l’Artiste. Autre est la grâce de l’Artiste, autre est la grâce du Saint et pourtant elles sont la même : le don de Vous, ô mon Dieu, de Vous si grand que partent de Vous et mènent à Vous ces voies de sainteté et de beauté qui, semble-t-il, s’opposent. Et c’est votre grandeur qui me rassure et m’empêche de trembler quand les Saints me troublent en réduisant tous les chemins à une seule route. Ne crains pas. Sois parfaite de ton mieux, ô mon Âme ; non comme tel ou tel homme est parfait, mais comme toi-même dois l’être, selon toi-même.

 

Toutes les perfections sont en Dieu : la lueur, la tienne. Monte par le chemin à toi, monte ! 

 

Marie-Noël. Notes Intimes. 


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La maladie, chemin d'initiation...

22 Février 2011, 17:19pm

Publié par Father Greg

 

" J'ai écrit un livre sur les âges de la vie. J'ai tenté de montrer ces métamorphoses de l'être au cours de la vie. Il est évident que tout cela ne vaut que si l'on a appris en cours d'existence à mourir. Et ces occasions nous sont données si souvent, toutes les crises, les séparations, et les maladies, et toutes les formes, tout, tout, tout, tout nous invite à apprendre et à laisser derrière nous ; La mort ne nous enlèvera que ce que nous avons voulu posséder. Le reste, elle n'a pas de prise sur le reste. Et c'est dans ce dépouillement progressif, se crée une liberté immense, et un espaces agrandi, exactement ce qu’on n’avait pas soupçonné. Moi j'ai une confiance immense dans le vieillissement, parce que je dois à cette acceptation de vieillir une ouverture qui est insoupçonnable quand on n’a pas l'audace d'y rentrer. "

 Christiane Singer venant d'apprendre qu'elle est atteinte d'une grave maladie et qu'il ne lui reste au plus que 6 mois à vivre.

 

 FranzVonStuck-Innocence-1889.jpg"Une maladie est en moi. C'est un fait. Mon travail va être de ne pas être, dans la maladie. Bon, je répète, il est possible qu'il y ait en moi ce qu'on nomme une maladie. Mais Christiane n'est pas contenue dans cette maladie. Elle en déborde. 

 

J'ai la sensation d'avoir plus de place en moi. Ma vie adhérait à moi, me moulait hier encore comme un fourreau. Aujourd'hui je me sens comme ces femmes mûres, opulentes qui ne portent que des vêtements très larges dans lesquels tanguent leurs corps généreux. J'ai gagné de l'espace, je gagne en liberté même si, dans le visible, je fonds. 

 

Je ne veux certes pas nier les douleurs, la souffrance que cause le détraquement des fonctions naturelles, etc., mais les espaces d'apaisement sont multiples. L'art consiste à ne pas occuper les "espaces entre" par le ruminement des douleurs traversées ou par la crainte de celles qui vont suivre. Aussi la récolte est-elle déjà riche dans ce début d'aventure. Je suis gagnante même si je perdais tout aux yeux de ceux qui ne voient qu'un côté du monde. 

 

Toujours se présentent des moments merveilleux où je suis touchée dans une profondeur inconnue. Surtout, surtout ne pas m'enfermer seule dans mon corps! 

 

Oui, ma maladie ouvre des espaces inattendus pour beaucoup d'autres et tant pour mes plus proches que pour les amis d'âme et de cœur. C’est incroyable. Une force semble se réveiller qui leur dit: désormais il n'y a plus à tergiverser ni à faire antichambre: il faut entrer en VIE et sur l'instant!!! 

 

Tout ce que je rêvais se réalise! J'étais en somme, si je peux le dire avec quelque humour, le dernier obstacle à ce bondissement de conscience. 
L'intelligence de la vie me bouleverse, et son agilité paradoxale! 

 

L'aiguille a causé une douleur vive mais il n'y avait personne pour souffrir ou sursauter; je ne sais comment exprimer cette expérience autrement. Il y avait bien tout cela mais personne pour en souffrir, c'était une conscience aiguë et joyeuse. 

 

On peut bien sûr être malade, cruellement malade pour avoir confirmation de sa malchance et toutes les raisons de se lamenter. Beaucoup vivent la maladie comme une pause douloureuse et malsaine. Mais on peut aussi monter en maladie comme un chemin d'initiation, à l'affût des fractures qu'elle opère dans tous les murs qui nous entourent, des brèches qu'elle ouvre vers l'infini. Elle devient alors l'une des plus hautes aventures de la vie. 

 

Si tant est que quelqu'un veuille me la disputer, je ne cèderais pas ma place pour un empire."

 

Christiane Singer,  Derniers fragments d'un long voyage.


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Lumière de l'art...

21 Février 2011, 14:58pm

Publié par Father Greg

 

 

 

 

378 Un artiste, voyez-vous, il n’y a ni gloire ni ambition qui compte pour lui. Il doit faire son œuvre parce que le bon Dieu le veut, comme un amandier fait sa fleur... comme l’escargot fait sa bave.

 

La nature vue, la nature sentie, celle qui est là (il montrait la plaine verte et bleue), celle qui est ici (il se frappait le front) qui toutes deux doivent s’amalgamer pour durer, pour vivre d’une vie moitié humaine, moitié divine, la vie de l’art, écoutez un peu... la vie de Dieu.

 

Je veux, moi, me perdre en la nature, repousser avec elle, comme elle, avoir les tons têtus des rocs, l’obstination rationnelle du mont, la fluidité de l’air, la chaleur du soleil. Dans un vert, mon cerveau tout entier coulera avec le flot séveux de l’arbre. Il y a devant nous un grand être de lumière et d’amour, l’univers vacillant, l’hésitation des choses. Je serai leur olympe, je serai leur dieu. L’idéal au ciel s’épousera en moi. Les couleurs, écoutez un peu, sont la chair éclatante des idées de Dieu. La transparence du mystère, l’irisation des lois.

 

Les artistes, aux vieux temps, étaient les maîtres d’enseignement de la foule. Tenez, vous voyez Notre-Dame là-bas. La création et l’histoire du monde, les dogmes, les vertus, la vie des saints, les arts et les métiers, tout ce qu’on savait alors était enseigné par son porche et ses vitraux. Comme dans toutes les cathédrales de France, d’ailleurs. Le moyen âge apprenait sa foi par les yeux, comme la mère de Villon... le paradis où sont harpes et luths.

 

C’était la vraie science, et c’est tout l’art religieux. Ce que l’abbé Tardif, votre ami, dit qu’on trouve dans saint Thomas, le peuple le cherchait dans les statues du portail, à son église. Cet ordre, cette hiérarchie, cette philosophie, allez, ça valait la Somme et pour nous c’est plus vrai, puisque c’est plus beau et que nous le comprenons encore sans efforts.


Paul Cézanne.
 Propos rapportés par Joachim Gasquet.


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«Et bien moi je vous dis : aimez…»

20 Février 2011, 23:10pm

Publié par Father Greg

 

 

 

117098.jpg« Vous avez entendu qu'il a été dit : -Oeil pour oeil, dent pour dent.- Eh bien moi, je vous dis... de ne pas riposter au méchant.» La «loi du talion» est très mal comprise de nos sensibilités modernes. Comment la loi de Moïse a-t-elle pu imposer une telle législation? Or, cette loi était déjà un immense progrès par rapport à l’instinct de vengeance si naturel à l'homme.

 

Le mouvement naturel de celui qui a été agressé, c'est de «rendre davantage», comme le chante Lamek dans le livre de la Genèse : «Caïn a été vengé sept fois..., Lamek sera vengé soixante-dix fois sept fois..." (Genèse 4, 24). Jésus renverse ce chant de Lamek dans sa réponse à Pierre qui lui demande combien de fois il faut pardonner à son frère : «non pas sept fois, mais soixante-dix fois sept fois».

 

La loi voulait donc limiter la violence, en stipulant qu'on ne devait faire subir à l'agresseur que le traitement strict qu'il avait lui-même fait subir à sa victime.


 «Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et bien moi je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent». Cette parole est d'une puissance extraordinaire, cela signifie: «Dieu a dit... Eh bien moi, je vous dis...»

 

Et là, pardonner à nos ennemis n’est même pas une invitation, mais ce que Jésus a déjà réalisé et qu’il veut nous communiquer ! A la croix, Jésus, le fils du Père, s’est servi d’une trahison pour une plus grande intimité, pour se communiquer encore plus  personnellement ! Cette exigence, qui pourrait être très belle et très généreuse, est d’abord un nouveau don intime dans l'amour…

 

Jésus n’exprime pas là un souhait, mais ce que lui veut nous donner à vivre: vivre du Père comme lui en vie ! Que le Père soit une vraie source ! Que sa perfection nous transforme !

 

Être parfait comme le Père est parfait, n’est-ce pas notre désir le plus profond, le plus foncier ? Parce que cela c’est être « comme des dieux »... et la Genèse, à propos de la faute d'Adam et Eve, dit que c'est bien là notre ‘problème’ ! Or Dieu lui-même nous dit : « Soyez saints comme moi »... « Soyez comme moi». Donc, nous ne nous trompons pas quand nous rêvons d'être comme des dieux, d’être premier ! C'est le psaume 8 qui dit : « Tu as voulu l'homme à peine moindre qu'un dieu, le couronnant de gloire et d'honneur ». La seule question c’est comment ? Par nous-même, ou bien par Lui ? Avec nos moyens ou selon son chemin ?

 

Parce que Jésus ne nous commande jamais rien qu’il ne veuille pas réaliser lui-même, avec nous ! Il veut pour nous l’amour, la perfection d’amour qui existe en Dieu : c’est son désir, un désir déjà efficace, parce que divin, et il veut que nous vivions de son désir ! Et notre foi touche son désir! «Ce que je veux réaliser avec vous c’est que vous Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait. »

 

 

Fr Grégoire.


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Jésus a apporté quoi...??

19 Février 2011, 16:37pm

Publié par Father Greg

 

0 munich arrivee « Dès lors, nous sommes confrontés à la grande question qui nous accompagnera tout au long de ce livre: qu'est-ce que Jésus a vraiment apporté, s'il n'a pas apporté la paix dans le monde, le bien-être pour tous, un monde meilleur? Qu’a-t-il apporté?

 

La réponse est très simple : Dieu.

 

Il a apporté Dieu. Il a apporté le Dieu dont la face s'est lentement et progressivement dévoilée depuis Abraham jusqu'à la littérature sapientielle, en passant par Moïse et les prophètes, le Dieu qui n'avait montré son vrai visage qu'en Israël et qui avait été honoré dans le monde des gentils sous des avatars obscurs, c'est ce Dieu-là, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, le Dieu véritable qu'il a apporté aux peuples de la terre.


Il a apporté Dieu: dès lors, nous connaissons sa face, dès lors nous pouvons l'invoquer. Dès lors nous connaissons le chemin que, comme hommes, nous devons emprunter dans ce monde. Jésus a apporté Dieu et avec lui la vérité sur notre origine et notre destinée; la foi, l'espérance et l'amour. Seule la dureté de notre cœur nous fait considérer que c'est peu de chose. Assurément, le pouvoir de Dieu dans le monde est discret, mais c'est le pouvoir véritable, durable. »

Benoit XVI, Jésus de Nazareth.

 

 

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Je sais que je ne sais rien...

18 Février 2011, 08:47am

Publié par Father Greg

 

 

La pauvreté, témoignage de vérité...   

 


 

socrate.jpg « Craindre la mort, Athéniens, ce n'est pas autre chose que se croire sage sans l'être, car c'est croire connaître ce que l'on ne connaît point. En effet, personne ne connaît ce que c'est que la mort, et si elle n'est pas le plus grand de tous les biens pour l'homme. Cependant on la craint, comme si l'on savait certainement que c'est le plus grand de tous les maux. Or, n'est-ce pas l'ignorance la plus honteuse que de croire connaître ce que l'on ne connaît point? »


«Je sais que vous n’allez pas me croire, mais la plus haute forme de l’excellence humaine est de se questionner soi-même et de questionner les autres. Je ne sais qu’une chose c’est que je ne sais rien. »

 

 « Voilà de quelle manière je parle à tous ceux que je rencontre, jeunes et vieux, concitoyens et étrangers; et sachez que c'est là ce que le dieu m'ordonne, toute mon occupation est de vous persuader, qu'avant le soin du corps et des richesses, avant tout autre soin, est celui de l'âme et de son perfectionnement.


Maintenant, ne croyez pas que ce soit pour l'amour de moi que je me défends, comme on pourrait le croire; c'est pour l'amour de vous, de peur qu'en me condamnant, vous n'offensiez le dieu dans le présent qu'il vous a fait; car si vous me faites mourir, vous ne trouverez pas facilement un autre citoyen comme moi, qui semble avoir été attaché au flanc de cette ville, comme à un cheval puissant et  de bonne race, mais auquel sa puissance même donne trop de lourdeur, et qui a besoin d'être réveillé comme par un taon qui l'excite et l'aiguillonne. C'est ainsi que le dieu semble m'avoir choisi pour vous exciter et vous aiguillonner, pour gourmander chacun de vous, partout et toujours sans vous laisser aucun relâche.

 

Mais peut-être que, fâchés comme des gens qu'on éveille quand ils ont envie de s'endormir, vous me frapperez, et, vous me ferez mourir sans scrupule; et après vous retomberez pour toujours dans un sommeil léthargique, à moins que la Divinité, prenant pitié de vous, ne vous envoie encore un homme qui me ressemble. Or, que ce soit elle-même qui m'ait donné à cette ville, c'est ce que vous pouvez aisément reconnaître à cette marque, qu'il y a quelque chose de plus qu'humain à avoir négligé pendant tant d'années mes propres affaires, pour m'attacher aux vôtres, en vous prenant chacun en particulier, comme un père ou un frère aîné pourrait faire, et en vous exhortant sans cesse à vous appliquer à ce qui est un mérite véritable.

 

Et si j'avais tiré quelque salaire de mes exhortations, ma conduite pourrait s'expliquer; mais vous voyez que mes accusateurs mêmes, qui m'ont calomnié avec tant d'impudence, n'ont pourtant pas eu; le front de me reprocher et d'essayer de prouver par témoins; que j'aie jamais exigé ni demandé le moindre salaire; et  je puis offrir de la vérité de ce que j'avance un assez bon témoin, à ce qu'il me semble: ma pauvreté. »

 

Platon,  Apologie de Socrate.


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Lumière obscure...

16 Février 2011, 08:47am

Publié par Father Greg

 

 

Norham-Castle-by-Joseph-Mallord-Turner.jpg La foi, disent les théologiens, est une habitude de l'âme, certaine et obscure à la fois. Elle est obscure parce qu'elle nous propose des vérités révélées de Dieu même, qui surpassent toute lumière naturelle, qui excèdent...toute compréhension humaine quelle qu'elle soit. De là vient que cette lumière excessive fournie par la foi devient pour l'âme de profondes ténèbres. Une force supérieure, on le sait, surmonte et fait défaillir une force moindre. Ainsi le soleil éclipse toutes les autres lumières, au point que lorsque celui-là resplendit, celles-ci ne semblent plus, à proprement parler, des lumières. En outre, son éclat dépasse totalement notre puissance visuelle quand il est dans sa force, en sorte qu'au lieu de la faire voir, il l'aveugle, parce qu'il est excessif et hors de proportion avec notre vue. De même la lumière de la foi, par son excès prodigieux, accable et fait défaillir la lumière de notre intelligence...


      Je prends un autre exemple... supposez une personne née aveugle, et qui par conséquent n'a jamais vu les couleurs. Si vous cherchez à lui faire comprendre ce que c'est que le blanc et le jaune, vous aurez beau accumuler les explications, elle n'en retirera aucune connaissance directe, parce qu'elle n'a jamais vu ces couleurs...; il ne lui en restera dans l'esprit que le nom, qu'elle a reçu par l'ouïe... Il en est de même de la foi à l'égard de l'âme. Elle nous dit des choses que nous n'avons jamais vues ni connues...; nous n'avons à leur égard aucun rayon de connaissance naturelle... Mais nous les savons par l'ouïe, en croyant ce qui nous est enseigné..., en aveuglant en nous la lumière naturelle. En effet, comme dit saint Paul : « La foi naît de ce qu'on entend »
(Rm 10,17). Comme s'il disait : La foi n'est pas une science qui entre en nous par les sens, c'est un assentiment de l'âme à ce qui entre par l'ouïe... Il est donc évident que la foi est pour l'âme une nuit profonde ; mais c'est par son obscurité même qu'elle l'éclaire et plus elle la plonge dans les ténèbres, plus elle l'illumine de ses rayons. En effet, c'est en aveuglant qu'elle éclaire, selon la parole d'Isaïe (7,9) : « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas ».

 

 Saint Jean de la Croix, La Montée du Carmel.


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S’éveiller à la lumière...

15 Février 2011, 00:33am

Publié par Father Greg

 

 

  « Je levai les bras et invoquai la Vérité Éternelle ; non, ce ne fut pas une invocation mais des pleurs. Mon être entier fut soulevé par un ravissement, par une exaltation immense. J’ai vu la vérité, – mon esprit ne l’a pas conçue mais je l’ai vue. Et l’image vivante de cette Vérité remplit mon âme à tout jamais. »

Fédor Dostoïevski.

 

 


 

emil-nolde-soleil-couchant.jpg  La Recherche du temps perdu, c’est splendide... et inutile, et je m’y suis égaré un temps avec délectation. Le contraire de ce livre, c’est L’idiot, de Dostoïevski. Je n’ai jamais rencontré d’adorateurs de Dostoïevski, mais des gens qui avaient été brûlés par cette lecture. Il parle des âmes comme de l’enjeu d’une bataille quand Proust parle du moi. Proust est un esthète et Dostoïevski un vivant.

 

Je n’ai plus envie d’avoir cette indulgence paresseuse qui consiste à mettre n’importe quel auteur à côté de n’importe quel autre : on ne peut pas aimer de la même façon ceux qui éveillent et ceux qui égarent.

 

Étrangement aujourd’hui, on voudrait nous faire croire qu’il n’y a de lucidité que celle de la mort : il s’agit de gratter l’azur jusqu’à découvrir un ciel noir. Si on cherche autre chose on vous accuse de chercher une consolation, et comme ce désabusement épouse parfaitement l’effondrement maladif de l’époque, tout est verrouillé.

 

C’est le feu qui décide, le feu de l’esprit, et il passe où il veut. Il n’a besoin pour prendre que d’un bois sec, c’est-à-dire d’un cœur ferme. La lumière du monde ne vient pas du monde : elle vient de l’embrasement de ces cœurs purs, épris plus que d’eux-mêmes de la simplicité radicale du ciel bleu, d’un geste généreux ou d’une parole fraîche.

 

 

 

Christian BOBIN, La Lumière du monde.


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Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir...

14 Février 2011, 11:59am

Publié par Father Greg

 

«  Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux ».

 

 

27.JPG Jésus est-il venu instaurer une super loi ? Un truc bien exigeant plus dur que la loi de Moïse ? Maudire son prochain conduit maintenant en enfer, alors que pour Moïse, commettre un meurtre conduisait seulement au tribunal !? Si désirer une femme c’est déjà commettre un adultère… alors  l’évangile n’est plus accessible qu’à une toute petite élite et réclame qu’on se transforme en machines à se surveiller constamment ?! Bref, du désespoir organisé !! Et si toute mauvaise action ou jugement réclame de se couper la main ou de s’arracher les yeux, alors on va tous finir aveugles et manchots !!


Or, ce que proclame Jésus n’est pas une figure de style : il nous dit en vérité les exigences qu’il a pour nous. Et son désir n’est certainement pas un truc pieux pour gens amorphes dégoulinant de gentillesse !  Justement, la radicalité de son propos indique qu’il y a là quelque chose d’extrêmement important. Et ces nouvelles exigences, c’est le désir que Dieu a sur nous, que Jésus a réalisé.


Jésus vient non seulement vivre la loi jusqu’au bout mais même en dépasser les exigences. A la croix, il vient se servir de toutes les trahisons, de toutes les injustices en se donnant d’une manière encore plus intime, encore plus personnelle. Cette victoire qu’il a acquise, de répondre aux blessures en donnant encore plus ce qu’il est, ses secrets, cette victoire elle est pour nous !


Ces nouvelles exigences de Jésus, c’est bien ce qu’il vit et qui est manifesté à la croix et qu’il veut nous donner de vivre ! Non pas un don généreux, de 'souffrance', mais une nouvelle connaissance dans l'amour! Et cela, spécialement dans nos liens personnels, amicaux. Dans tous ces lieux qui font notre vie personnelle, la plus quotidienne et la plus intime. Les commandements de Dieu ne sont pas un minimum à vivre pour être en règle, mais le désir que Dieu a sur nous de nous entrainer vers des liens extrêmement personnels, ceux qui existent en Dieu en se servant des trahisons et des blessures que l’on nous fait.


« Vous avez appris qu'il a été dit … Eh bien, moi je vous dis… »


Et la clé, c’est cela: « Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ! » Il est déjà victorieux, il l’a déjà réalisé, accompli, et il veut que cette victoire prenne tout en nous ! Il veut que sa victoire s’empare de toutes nos luttes. Que l’on vive toutes nos souffrances, tous nos lieux de désespoir comme des victorieux !

 

Pour cela Jésus parle avec autorité, « on vous a dit que vous deviez faire ci et ça.. ?? Et bien moi je vous dis...  que Je suis venu accomplir ma victoire dans tous ces lieux où vous désespérez »

 

C’est cela ce que Jésus veut nous donner à vivre. Mais nous, le veut-on? Est-on actuellement en attente de Dieu? De ce que lui veut pour nous? Notre oui, est-ce vraiment oui… ? Ou bien « oui,... mais bon.. » Est-on vraiment en attente de vivre de suite de cette  victoire ? A-t-on saisi que cette victoire est pour nous, d'une manière telle qu'on est mobilisé pour en vivre ? Est-ce que notre oui est vraiment inscrit dans nos choix, un désir réel, le cri de votre cœur ?


Fr Grégoire.


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La confiance, alliance de lumière...

11 Février 2011, 23:39pm

Publié par Father Greg

 

 

 

 

girlswith-pearearingvermeer28.JPG"Maintenant que tu n'es plus visible, je comprends mieux ce qui te rendait différente des autres, te mettait à part, même parmi tes proches. Il était impossible de ne pas être frappé  par ton exigence d'absolu. Tu avais beau la dissimuler, elle éclatait, elle sautait aux yeux. Rien n'est plus gênant, rien n'est plus inconfortable. Pour certains, rien n'est plus odieux que ce rappel de l'essentiel qui oblige à s'interroger sur ce qu'on a fait de soi-même, sur la misère où on s'est laissé croupir. J'ai souvent remarqué ce malaise chez ceux  qui apprenaient à te connaître. Ils hésitaient entre la fascination et la fuite."

 

"Avant et après toi, j'ai vécu et je vis dans le faux monde apparent. Avec toi, je vivais dans le monde réel, ce monde que les gens raisonnables nient, qui seul existe, et qui grâce à ta présence à mes côtés, continue à m'éclairer de ses rayons. Ce monde vrai de la confiance absolue, de la transparence, que la différence ne cesse de provoquer et de nourrir. Qui aurais-je été si je n'avais reçu le cadeau de ta confiance? Bien sûr je ne peux plus compter sur ses manifestations, mais elles sont ineffaçables, elles m'ont fait celui que je suis. Le pouvoir créateur de la confiance explique le pouvoir créateur du temps. La confiance engendre la confiance. La suite des jours, loin de la détruire, la rend durable."
 

"Tu m'as appris que l'amour était une aventure mystique, non un mysticisme de l'illusoire fusion, mais une mystique de l'alliance, de l'alliance à toute épreuve qui différencie sans séparer et unit sans confondre. Cette mystique de l'alliance donne son sens à l'univers car Dieu, c'est le désir d'alliance. L'alliance éclaire tout comme fait la lumière ».

 

Jacques de Bourbon Busset, Lettre à Laurence,

(Lettre à sa femme, écrite après sa mort)


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S'obstiner à dévoiler le réel...

10 Février 2011, 22:52pm

Publié par Father Greg

 

 

« Etudiez religieusement : vous ne pourrez manquer de trouver la beauté, parce que vous rencontrerez la vérité. Travaillez avec acharnement. »

Rodin. L’Art.

 

 

edgar-degas-deux-danseuses "La grandeur de l'art véritable, au contraire de celui que M. de Norpois eût appelé un jeu de dilettante, c'était de retrouver, de ressaisir, de nous faire connaître cette réalité loin de laquelle nous vivons, de laquelle nous nous écartons de plus en plus au fur et à mesure que prend plus d'épaisseur et d'imperméabilité la connaissance conventionnelle que nous lui substituons, cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans avoir connue, et qui est tout simplement notre vie.

La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature. Cette vie qui en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l'artiste. Mais ils ne la voient pas parce qu'ils ne cherchent pas à l'éclaircir. Et ainsi leur passé est encombré d'innombrables clichés qui restent inutiles parce que l'intelligence ne les a pas «développés». Notre vie ; et aussi la vie des autres car le style pour l'écrivain aussi bien que la couleur pour le peintre est une question non de technique, mais de vision. Il est la révélation, qui serait impossible par des moyens directs et conscients de la différence qualitative qu'il y a dans la façon dont nous apparaît le monde, différence qui, s'il n'y avait pas l'art, resterait le secret éternel de chacun. Par l'art seulement nous pouvons sortir de nous, savoir ce que voit un autre de cet univers qui n'est pas le même que le nôtre et dont les paysages nous seraient restés aussi inconnus que ceux qu'il peut y avoir dans la lune. Grâce à l'art, au lieu de voir un seul monde, le nôtre, nous le voyons se multiplier et autant qu'il y a d'artistes originaux, autant nous avons de mondes à notre disposition, plus différents les uns des autres que ceux qui roulent dans l'infini, et bien des siècles après qu'est éteint le foyer dont il émanait, qu'il s'appelât Rembrandt ou Vermeer, nous envoient encore leur rayon spécial.

Ce travail de l'artiste, de chercher à apercevoir sous de la matière, sous de l'expérience, sous des mots quelque chose de différent, c'est exactement le travail inverse de celui que, à chaque minute, quand nous vivons détournés de nous-mêmes, l'amour propre, la passion, l'intelligence et l'habitude aussi accomplissent en nous, quand elles amassent au-dessus de nos impressions vraies, pour nous les cacher entièrement, les nomenclatures, les buts pratiques que nous appelons faussement la vie. En somme, cet art si compliqué est justement le seul art vivant. Seul il exprime pour les autres et nous fait voir à nous même notre propre vie, cette vie qui ne peut pas "s'observer", dont les apparences qu'on observe ont besoin d'être lues à rebours et péniblement déchiffrées. Ce travail qu'avaient fait notre amour propre, notre passion, notre esprit d'imitation, notre intelligence abstraite, nos habitudes, c'est ce travail que l'art défera, c'est la marche en sens contraire, le retour aux profondeurs où ce qui a existé réellement gît inconnu de nous, qu'il nous fera suivre. "

 Proust, Le Temps Retrouvé.

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Se connaitre soi-même...

9 Février 2011, 09:51am

Publié par Father Greg

 

 

 

On est, par un autre...

 


 

edvard-munch-matin « Quand on dit que Socrate est le père de la philosophie morale, de l’éthique en Grèce, il faudrait creuser, et voir qu’il ne suffit pas de s’en tenir au précepte de Socrate : « Connais-toi toi-même ». Socrate dit cela dans un contexte religieux, parce que se connaître soi-même parfaitement, c’est comprendre qu’il y a en nous une attitude religieuse, qu’on ne peut pas se connaître sans savoir qu’on est dépendant de celui qui est le créateur de notre âme, de notre esprit. La question préalable est donc celle-là. Prétendre se connaître en regardant ce qu’on est capable de faire, cela ne mène à rien. Il faut se poser la question : d’où venons-nous ? Sommes-nous par-nous même ou par un autre dans notre être ? Tout de suite se pose le problème de l’être.


 

Se connaître soi-même, cela peut être une attitude réflexive de notre vécu ; mais notre vécu ne peut être connu parfaitement que si nous savons que nous sommes un être qui est dépendant d’un autre et qui ne peut en lui-même trouver le sens profond de sa vie. Socrate a posé cette question avec beaucoup d’acuité. Pourrait-on dire, alors que c’est Socrate qui a exigé de poser le problème de la finalité de l’homme, de la finalité de l’esprit ? C’est bien le problème actuel. Pour l’homme c’est une recherche constante.

 

 

C’est pour cela qu’Aristote dit que la philosophie première -connaitre la personne humaine en tant qu’elle est- a quelque chose de divin : il y a là quelque chose qui nous dépasse. Or ce n’est pas agréable de reconnaître qu’il y a quelque chose qui nous dépasse ; alors, si on est chrétien, on prend une attitude fidéiste, alors qu’un chrétien doit accepter d’être par un autre au niveau de toute sa vie et, au-delà de sa vie humaine, au niveau de son être, parce que, en nous, ce qui est et qui est notre être n’est pas de nous, et il n’est pas de nos parents. S’il était de nos parents, comme pour la grenouille, notre devenir suffirait à tout expliquer. Pour la grenouille (si elle faisait de la métaphysique) rechercher sa source, c’est rechercher ses parents.

 

 

M-D. Philippe, Rechercher la finalité.


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Misère humaine...

7 Février 2011, 17:30pm

Publié par Father Greg

 

 

LES YEUX DES PAUVRES...

 

 

 

girl 3 Ah! vous voulez savoir pourquoi je vous hais aujourd'hui.   II vous sera sans doute moins facile de le comprendre qu'à moi de vous l'expliquer; car vous êtes, je crois, le plus bel exemple d'imperméabilité féminine qui se puisse rencontrer.  

 

Nous avions passé ensemble une longue journée qui m'avait paru courte. Nous nous étions bien promis que toutes nos pensées nous seraient communes à l'un et à l'autre, et que nos deux âmes désormais n'en feraient plus qu'une; - un rêve qui n'a rien d'original, après tout, si ce n'est que, rêvé par tous les hommes, il n'a été réalisé par aucun.

 

Le soir, un peu fatiguée, vous voulûtes vous asseoir devant un café neuf qui formait le coin d'un boulevard neuf, encore tout plein de gravois et montrant déjà glorieusement ses splendeurs inachevées. Le café étincelait.

      

Le gaz lui-même y déployait toute l'ardeur d'un début, et éclairait de toutes ses forces les murs aveuglants de blancheur, les nappes éblouissantes des miroirs, les ors des baguettes et des corniches, les pages aux joues rebondies traînées par les chiens en laisse, les dames riant au faucon perché sur leur poing, les nymphes et les déesses portant sur leur tête des fruits, des pâtés et du gibier, les Hébés et les Ganymèdes présentant à bras tendu la petite amphore à bavaroises ou l'obélisque bicolore des glaces panachées; toute l'histoire et toute la mythologie mises au service de la goinfrerie.

 

 

Droit devant nous, sur la chaussée, était planté un brave homme d'une quarantaine d'années, au visage fatigué, à la barbe grisonnante, tenant d'une main un petit garçon et portent sur l'autre bras un petit être trop faible pour marcher.   II remplissait l’office de bonne et faisait prendre à ses enfants l'air du soir.  Tous en guenilles. Ces trois visages étaient extraordinairement sérieux, et ces six yeux contemplaient fixement le café nouveau avec une admiration égale, mais nuancée diversement par l'âge.       

      

Les yeux du père disaient: « Que c'est beau! Que c'est beau! On dirait que tout l'or du pauvre monde est venu se porter sur ces murs. » - Les yeux du petit garçon: « Que c'est beau! Que c'est beau! Mais c'est une maison où peuvent seuls entrer les gens qui ne sont pas comme nous. » - Quant aux yeux du plus petit, ils étaient trop fascinés pour exprimer autre chose qu'une joie stupide et profonde.

     

Les chansonniers disent que le plaisir rend l'âme bonne et amollit le cœur. La chanson avait raison ce soir-là, relativement à moi.  Non-seulement j'étais attendri par cette famille d'yeux, mais je me sentais un peu honteux de nos verres et de nos carafes, plus grands que notre soif.  Je tournais mes regards vers les vôtres, cher amour, pour y lire ma pensée; je plongeais dans vos yeux si beaux et si bizarrement doux, dans vos yeux verts, habités par le Caprice et inspirés par la Lune, quand vous me dîtes : « Ces gens-là me sont insupportables avec leurs yeux ouverts comme des portes cochères!  Ne pourriez-vous pas prier le maître du café de les éloigner d'ici ? »   

      

Tant il est difficile de s'entendre, mon cher ange, et tant la pensée est incommunicable même entre gens qui s'aiment!

 

Charles Baudelaire -  Le spleen de Paris

 

 

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Que rien ne te trouble...

6 Février 2011, 11:37am

Publié par Father Greg

 

 

A120510_37.jpg« Ste Thérèse d'Avila affirme avoir découvert deux principes fondamentaux : d'un côté, « le fait que tout ce qui appartient au monde ici-bas, passe » et de l'autre, que seul Dieu est « pour toujours, toujours, toujours », un thème qui revient dans la très célèbre poésie « Que rien ne te trouble, que rien ne t'effraie ; tout passe. Dieu ne change pas : la patience obtient tout ; celui qui possède Dieu ne manque de rien ; Dieu seul suffit ! ».

 

Elle « souligne à quel point la prière est essentielle : prier, dit-elle, « signifie fréquenter avec amitié, car nous fréquentons en tête à tête Celui qui, nous le savons, nous aime » (Vie 8, 5).

 

L'idée de sainte Thérèse coïncide avec la définition que saint Thomas d'Aquin donne de la charité théologale, comme amicitia quaedam hominis ad Deum, une amitié de l'homme avec Dieu, qui le premier a offert son amitié à l'homme ; l'initiative vient de Dieu (cf. Summa Theologiae II - II, 21, 1). »

 

Catéchèse de Benoit XVI. 02 fev 2011.


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Questions vitales...

4 Février 2011, 23:30pm

Publié par Father Greg

 

 

 

 

gustave-courbet-le-braconnier « La science laisse forcément de côté les questions les plus vitales. Pour reprendre le bon mot de Galilée, la science nous dit « comment va le ciel » et non « comment on va au ciel ». En termes plus modernes, on dirait : elle nous apprend comment la nature fonctionne mais non si la vie a un sens, s’il y a quelque chose au-delà de ce qui se laisse percevoir et quels seraient nos devoirs en tant qu’êtres humains. Plus brièvement : à quoi tout cela rime-t-il, à supposer que cela rime à quelque chose ? Voilà des questions fondamentales qui obsèdent les humains sans doute depuis l’apparition de la conscience chez nos plus lointains ancêtres et sur lesquelles la science est muette.

 

Bien sûr, comme tout le monde, j’ai peur de la mort. L’idée que, dans un avenir pas très éloigné, je devrai quitter ce monde me peine et me frustre énormément. Etre privé du cycle des saisons, des floraisons précoces, des chants qui annoncent le retour des oiseaux migrateurs et des merveilleux coloris de la forêt canadienne me paraît d’une grande cruauté. Quand j’ai planté des cèdres et des séquoias, c’était, je le sens bien maintenant, pour qu’ils soient mes représentants et mes messagers dans ces temps où je ne serai plus. La nature de notre relation aux arbres est mystérieuse. Les arbres sont à la fois intensément présents mais jamais envahissants, jamais perturbants. Contrairement aux êtres humains qui nous astreignent à nous extraire de notre monde interne, à nous mettre en représentation et en interaction, ils créent une nouvelle intimité en nous-mêmes, enrichie de leurs présences.

 

Je suis partagé entre deux visions du monde bien difficiles à concilier. D’une part, la vision émergeant de la « belle histoire » que nous raconte aujourd’hui l’astronomie me réjouit profondément. Cette croissance de la complexité dans l’univers, à partir d’un Big Bang chaotique jusqu’à l’apparition de la vie et de l’intelligence, ne peut pas, me semble-t-il, être sans signification. C’est là que j’attache toute mon espérance sans pourtant en comprendre le sens.

 

L’autre vision vient de la lamentable histoire des êtres humains. Les chroniques des historiens antiques ou modernes sont désespérantes. Cette monotone succession de malheurs, de guerres, de massacres et de sang donne l’impression d’un immense ratage. Les Grecs invoquaient l’image de la fatale moïra pesant sur l’humanité, interdisant aux hommes et aux nations de vivre en harmonie. Comment réconcilier ces deux faces du monde ? C’est bien pour moi le nœud du problème.


Notre question initiale : « La nature s’intéresse-t-elle à nous ? Nous veut-elle du bien ? A-t-elle du « cœur » ? L’anthropomorphisme, s’il est reconnu comme tel, n’est pas nécessairement sans intérêt. Il peut parfois être fécond. A ces questions, les scientifiques répondent souvent : « La nature est ce qu’elle est, elle n’a que faire de nos états d’âmes et de nos angoisses. Elle n’a pas de sentiments ».

 

Pourtant, souscrire à cette position, n’est-ce-pas ignorer que la nature a engendré l’être humain qui, lui, peut avoir des sensations et des sentiments. Ce fait, on ne peut pas le gommer. En tout anthropomorphisme on peut dire que, en créant l’être humain, la nature s’est donné un cœur. La compassion n’existe peut-être pas au niveau de l’ADN, mais certainement au niveau de la personne tout entière. Ce sentiment –ne pas être indifférent à la souffrance des autres- est pour moi le plus beau sentiment humain. La compassion « est » dans la nature ; elle a engendré un être capable de compatir et d’offrir son aide. Cette constatation me paraît passible de donner un sens et une orientation à l’existence humaine.

 

La vie est dure en elle-même. « Le malheur est profond, profond », écrit Aragon, « de temps en temps, la terre tremble. » On n’y peut rien. Mais il reste une marge dans laquelle on peut augmenter le malheur ou le diminuer. Notre action sur cette marge a un sens, indépendamment du projet, l’absence de projet, ou de l’impossibilité fondamentale de savoir s’il y a un projet. Au-delà de cette attitude pratique, les grandes questions restent sans réponse. Je me sens parfois comme celui qui lit un roman policier particulièrement embrouillé et qui ne comprend rien. Il attend avec impatience le dernier chapitre où tout devrait s’éclairer. Si la mort n’est pas un anéantissement, y trouverons-nous les clefs qui nous font si cruellement défaut ? Je me prends quelquefois à le croire. Ce naïf espoir me donne du courage.

 

Ai-je une foi ? Je ne suis pas matérialiste au sens ordinaire du mot. Je ne crois pas un seul instant que l’évolution cosmique et l’apparition de la conscience humaine soient le résultat du pur hasard. Mais je ne sais pas quoi mettre à la place.

 

Mon rapport à la transcendance passe par l’art et en particulier par la musique. Les salles de concert sont mes églises. Et les quatuors de Schubert me parlent, plus éloquemment que les arguments philosophiques, d’un au-delà qui nous dépasse et nous entoure de toutes parts. Je rejoins Saint-John Perse : « Quand les mythologies s’effondrent, c’est dans la poésie que trouve refuge le divin ».

 

 

Hubert Reeves - Intimes Convictions


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Chercher la vérité...

3 Février 2011, 11:12am

Publié par Father Greg

 

 

mahatma-gandhi « Décrire la vérité, telle qu’elle m’est apparue, et de la façon exacte dont je l’ai atteinte, voilà quel a été mon effort incessant. A cet exercice mon esprit a puisé une paix ineffable ; car mon espoir bien-aimé a été que les hésitants retrouveraient ici foi en la Vérité. L'uniformité de mon expérience m'a convaincu qu'il n'est d'autre Dieu que la Vérité.

Il existe d’innombrables définitions de Dieu, parce que Ses manifestations sont innombrables. Elles me terrassent d’étonnement, de respect et de peur, et pour un moment me laissent tout muet. Mais j’adore Dieu comme Vérité seulement. Je ne L’ai pas encore trouvé, mais je Le cherche sans relâche. Je suis prêt à sacrifier ce que j’ai de plus cher à la poursuite de cette quête. Dût ce sacrifice réclamer ma vie même, j’espère être prêt à le consentir.

Ce que je voudrais mener à bien – ce que j’ai tenté laborieusement, langui de mener à bien, ces trente années — c’est d’atteindre à l’accomplissement de soi, de voir Dieu face à face, de parvenir au Moksha (délivrance). Je ne vis, je ne me meus, je n’ai d’être que dans la poursuite de cette fin. Tout ce que j’accomplis par le moyen de la parole ou de l’écrit, comme toutes mes aventures dans le domaine de la politique, tend vers cette même fin. Mais comme je n’ai pas cessé de croire, tout au long de ma route, que ce que peut faire un homme, tous le peuvent, mes expériences n’ont pas été menées dans le secret du cabinet mais aux yeux de tous, et je ne pense pas que ce fait trahisse ou diminue leur valeur spirituelle ».

 

M K. Ghandi,  Autobiographie ou mes expériences de vérité.


 

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La lumière est venue dans le monde….

2 Février 2011, 17:14pm

Publié par Father Greg

 

 

« Mes yeux ont vu ton salut, lumière pour éclairer les nations... » 

 

la-presentation-de-Jesus-au-Temple.jpgLa fête de la présentation, c’est une lumière pour nous permettre de vivre du don du Père, qui, sur terre, passe par la lutte. Dieu se sert de la lutte pour nous introduire dans quelque chose de tout nouveau. Et la lumière est là pour vivre de ce don, sans être écrasés par la souffrance.

 

La lumière est nécessaire pour nous faire saisir le sens de nos luttes et les vivre de l’intérieur. Quand on ne voit plus le sens, quand on n’a plus la lumière on perd courage, on est battu d’avance. Et toutes nos luttes prennent leur sens dans le mystère de la Croix, cette offrande gratuite, excessive, de Jésus au Père !

 

C’est cela le Salut : Jésus vient nous ‘prendre’ dans l’amour éternel qu’il a pour le Père. Il vient ‘le vivre’ sur la terre, pour nous faire aimer comme lui ! C’est un amour qui vient se servir des rejets, des trahisons, pour en faire un nouveau don, une offrande..., pour devenir dans toute sa personne un ‘sacrifice’ de pur amour, un excès de gratuité. Pourquoi ? Parce que l’amour, en lui-même, réclame qu’on soit donné d’une manière telle qu’on devienne pure réceptivité. Que l’on se serve de tout pour être comme ‘possédé’ par celui qui nous attire !

 

La présentation au temple, offrande liturgique d’adoration, révèle ce qui est encore caché mais déjà donné : la vie Trinitaire ‘vécu’ dans une nature humaine.

 

C’est pour cela que le mystère de la Croix, l’état victimal du Christ n’est pas là en premier pour nous éduquer, pour nous rectifier, pour payer quelque chose, pour nous faire d’abord ‘regretter’ nos misères… mais pour nous attirer dans un amour qui veut tout et qui ne se justifie par rien d’autre que lui-même.

 

Et Jésus nous y introduit toujours comme des amis : en désirant pour nous qu’on entre dans ce même don. Comme un ami répond à son ami, et comme l’épouse qui se nourrit du don de son époux, Marie est celle qui achève pour nous, ce don de l’Agneau. Et Elle se donne totalement, en offrant Jésus.

 

Notre don c’est donc de recevoir et de donner au Père tout ce qu’il nous donne actuellement. Nous-mêmes et bien plus : son amour pour nous. Et le Père reçoit notre don comme il reçoit le don éternel de son Fils ; il veut que le don de sa créature fasse comme ‘envelopper’ le don de son Fils. Et pour le Père, c’est peut-être ce qui est le plus « émouvant ».

 

C’est tellement grand : nous sommes introduits dans cet amour réciproque du Fils et du Père, et ce, à travers tout ce que nous pâtissons, au-delà de notre conscience.

 

Cela, c’est pour nous, aujourd’hui, si nous le voulons, si nous lui demandons de tout prendre en nous : ‘Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, car mes yeux ont vu ton salut’.

 

Fr Grégoire.

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