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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Cet indicible Esprit, blessure d'amour silencieuse

23 Mai 2021, 00:05am

Publié par Grégoire.

Cet indicible Esprit, blessure d'amour silencieuse

Le don de l’Esprit-Saint c’est le sommet de l’incarnation, le don qui va jusqu’au bout. Le St Esprit, c’est, en Dieu, ce qu’il y a de plus secret, de plus intime et c’est pour nous ! Et c’est peut-être ce qu’il y a de plus difficile à recevoir; parce que c’est l’amour comme amour, pure vulnérabilité, sans mélange, et donc c’est ce qui nous appauvrit et nous déstabilise le plus !

Le peuple d’Israël a buté sur l’incarnation « Dieu fait homme ». Les apôtres ont buté sur La Croix : scandale pour l’intelligence, folie pour les païens. Or le don du Paraclet, c’est une folie qui est de trop, sur laquelle on bute ! Un don dans lequel on ne peut entrer par nous-même.

Pourquoi ? Parce que Noël c’est Dieu qui s’adapte à nous, qui se fait l’un de nous. La Croix, c’est Dieu qui dit son amour le plus qu’il le peut, en se servant de toutes nos pauvretés, nous libère de nos culpabilités et en fait un lieu de fécondité.

Le don de l’Esprit Saint c’est Dieu qui nous adapte à Lui : Dieu vient nous mettre à son rythme, à sa taille, qui nous fait vivre sa vie dans tout ce que nous sommes. C’est donc encore plus exigeant que Noël et la Croix !

Dans les Actes il est manifesté comme un feu qui transforme tout en feu, comme un tremblement de terre qui fait que tout est apparemment détruit, c’est un désir intérieur abyssal, le désir inconscient du Père, qui nous fait de nous des tout petits, et nous met au désert.

C’est la prophétie d’Ezéchiel : il nous conduit à l’état d’ossement desséchés, pour nous faire revivre, autrement. C’est une nouvelle vie se tisse sur ce qui est mort, sec, détruit.

Il n’y a pas de nom pour l’Esprit Saint. Parce que c’est Dieu amour mais qui n’est que amour, sans partage, ce qui dans l’amour est secret, silencieux et indicible. Il est LE consolateur, le Père des pauvres, l'amour pur, l'amour don, l'amour consolation.

Il est Celui qui nous fait aimer, pâtir, être relatifs volontairement, qui nous fait nous quitter, nous fait pure réceptivité, agneau, victime offerte, cri de soif, désir abyssal. 

L’Esprit Saint nous est envoyé pour que nous vivions de lui et pour lui. Il s’agit de recevoir l’Esprit Saint en personne, car l’amour doit être reçu comme amour, sans être ordonné à autre chose –autrement ce n’est pas l’amour. On aime pas pour autre chose qu’aimer.

Ce qui fait dire à St Thomas que l’Esprit St n’aime que ceux qui aiment ! En cela il est le Père des pauvres : L’amour fait que l’on est dépossédé de nous-mêmes et possédés par celui qui nous aime sans rien en posséder. On n’a ni droit, ni revendication, ni possession quand on aime. Il est donc source en nous d’états extrêmes de pauvreté et de gratuité !

C'est en Marie, qui est éminemment temple de l'Esprit Saint, que l’on peut voir cette inhabitation divine et ses effets : ce que l’Esprit-Amour nous donne à vivre lorsqu’il fait sa demeure en nous. Inhabitation : parce qu’il n’occupe pas les lieux, mais il fait corps avec celui qu’il habite.

L’amour réclame toujours de se manifester comme un don total. C'est à travers Marie que l'Esprit Saint est le plus vivant. Marie est celle qui brûle le plus de ce feu de l'Esprit Saint : « elle partie en hâte vers la maison de sa cousine… » «… ils n’ont plus de vin… » « debout près de la Croix »

Elle est complètement LA femme : celle qui réveille l’amour, qui lui donne de toujours garder son ardeur, son jaillissement premier, qui hâte l’heure de Dieu de Cana à la Résurrection, dont les audaces sont celle de l’épouse du Cantique cherchant son bien-aimé ! « Où est celui que mon coeur aime ? »

L'Esprit Saint est à la fois ultime et aussi à la racine de tout : parce qu’il est ultime il est aussi ce qui est premier. Il est à la fois celui qui féconde Marie, et en même temps celui qui est répandu à la Croix.

Il est ainsi celui qui nous conduit à l’Agneau « voici Celui que tu ne connais pas, l’Agneau de Dieu » révèle-t-il à Jean-Baptiste, et celui qui permet de voir -dans l’Agneau immolé, le secret du Père : « Ils regarderont celui qu’ils ont transpercés ». L'Esprit est source de l’incarnation de Jésus et il est aussi l’amour vécu en Jésus immolé, fruit de son offrande.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Il est à la fois source cachée de cette reprise radicale à l’Annonciation -c’est vrai pour chacun : à la racine de notre foi il y a un don divin entre nous et Dieu; et il est aussi au terme où il est encore plus caché, puisque à la Croix il est ce nouvel amour -entre nous et Dieu au coeur de la lutte.

C'est cela « Je suis l'Immaculée Conception ». Marie proclame cette reprise radicale à partir d’un amour inconditionnel qui nous devance. Et, l’Immaculée, c’est aussi le fruit de l’offrande gratuite de Jésus à la Croix. Elle est la première sauvée, c’est à dire revêtue de celui qui s’offre gratuitement comme Agneau. Il « se répand comme l’eau qui s’écoule, dont les os se disloquent et le coeur fond au milieu des entrailles » Ps 21, 15.

L’Esprit-Paraclet c’est ce feu à la Croix qui transforme en feu ceux qui se livrent à l’amour de Jésus : il en fait des victimes, des agneaux, ils deviennent le silence du Père, secret caché, sont conduit au désert : l’amour est trop intime pour être trop montré, manifesté. 

Le coup de lance atteint Jésus quand il est dans la passivité la plus absolue. La victime, c’est toujours un état de passivité. Le vivant lui se meut. Pour que l’Esprit St se répande en nous, il faut accepter les états de pauvretés, de mort, qui nous mettent dans une passivité extrême.

L’amour divin ne peut être pleinement lui-même que dans la passivité. Tant qu’on s’agite, qu’on mène sa vie, l’Esprit St n’est pas chez lui. Or l’Esprit St ne peut être second, utilisé ou utile.

L’Esprit Saint, cette vive flamme d’amour, vient nous brûler d’une manière telle qu’on devient  source d’amour : « celui qui croit en moi, de son sein couleront des sources d'eau vive ».

Marie, à partir de la Croix, vit l’état victimal de Jésus : elle regarde jusqu’à devenir « Celui qu’ils ont transpercés ». Elle est la blessure du coeur de Jésus, et elle entre encore plus dans cette passivité radicale, cette offrande gratuite, sans utilité aucune que d’être pure attente, « l'enfant qui crie dans le désert ».

Cela, c’est l’état normal de celui qui est aimé de Jésus, un cri de soif, une attente non tragique de voir Celui qui nous habite. Cette soif, c’est toujours de trop pour nous, et c'est une joie : celle de l'enfant bien-aimé du Père. 

On ne sert à rien sur cette terre, à RIEN sinon à être témoin de cet amour caché, offert, gratuit, donné inutilement, en pure perte, sans retour. Cela c’est notre Père : la source cachée, silencieuse, de tout amour.

Grégoire +

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