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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

La totale impuissance de l'amour

21 Mars 2021, 09:08am

Publié par Grégoire.

La totale impuissance de l'amour

« Nous voulons voir Jésus » Jn 12, 21

Voilà le désir, l’attente que chacun avons au fond de nous. C’est un désir inconscient, mais tout nos désirs, cachent ce désir de trouver notre source, d’être posséder par Celui qui seul peut combler toutes nos attentes !

Et ce désir, c’est cela l’obéissance chrétienne, celle que « bien qu’étant le Fils, Jésus apprend à la Croix ». Qu’est-ce qu’obéir pour le Fils ? L’obéissance humaine, c’est exécuter un ordre, un commandement clair et qui attend un résultat précis. L’obéissance chrétienne, c’est laisser le désir du Père venir nous attirer, nous posséder, nous mouvoir. Le Père a sur nous un désir incroyable, infini, qui est beaucoup plus qu’un ordre, c’est un désir, donc une attente qui ne se dit pas, parce qu’elle est une soif d’aimer, de nous brûler de son feu. Le Père a soif de nous aimer. Quand on aime, il n’y a pas d’ordre, ni commandement, et là, le désir du coeur du Père est tel qu’il se suffit à lui-même pour nous mouvoir. Il est bien plus efficace qu’un ordre si l’autre est vulnérable au Père, en attente et comme un pauvre devant Lui. Nous voulons voir Jésus: les Grecs sont saisis par l’attente, le désir d’amour du Père sur eux, et le Père les meut à Jésus. 

Et Jésus entend la hâte, le désir du Père de nous manifester son amour; Le Père a trouvé des gens assez pauvres pour les posséder de son désir, et Jésus sait qu’il est l’heure de réaliser dans sa chair l’amour actuel du Père: « Elle est venue l’heure…quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » 

C’est à la Croix qu’on voit Jésus vivant dans sa chair l’amour, le désir que le Père a de nous. Il est celui qui se fait plus petit que nous, fragile, dépendant, sans force, impuissant, responsable de tout le mal de l’humanité. Vous voulez voir Jésus : le voici ! «dans le grain de blé tombé en terre qui meurt. C’est cela le jugement de ce monde; c’est là que le prince de ce monde est jeté dehors » Il faut regarder Jésus qui a choisi d’être impuissant, incapable, inefficace, inutile, répandu en pure perte, et qui accepte sa condamnation injuste, qui accepte de passer pour un séducteur, quelqu’un qui éloigne de Dieu, pour comprendre comment il nous aime. Il se fait l’Agneau pour nous libérer, nous délivrer de nous-mêmes, pour que nous ne fassions plus notre propre malheur !

C’est Jésus seul qui peut nous libérer, en étant grain de blé qui meurt. La faute première, le péché, celui qui est la source de tous les autres, c’est l’idolâtrie, adorer ce que l’on connait de Dieu, de nous-mêmes et du comment atteindre notre bonheur. Vouloir discerner par soi le bien du mal, c’être à soi-même son dieu et se faire son propre juge ! Le prince de ce monde c’est celui qui se pose comme mesure, qui critique, qui accuse et qui juge ! C'est cela la faute la plus terrible : non pas les fautes qui touchent notre corps, celles-là nous humilient; mais LA faute, c'est ce jugement ou l'on croit être sûr de soi; C’est le grand reproche de Jésus aux pharisiens: « si vous aviez dit: nous sommes aveugles, vous n’auriez pas de péché, mais puisque vous dites : ‘nous voyons, nous savons' alors votre péché demeure » Jn 9, 41

Laisser Jésus nous délivrer de cette satisfaction de nous-même, c’est le laisser nous rendre pauvre et aveugle : choisir de ne plus nous juger, ni les misères que nous portons. Et s'en remettre à Dieu seul; C'est donc choisir la pauvreté spirituelle, demeurer dans l’état de l’enfant, de celui qui ne sait pas.

Nous imaginons la pureté comme une sorte de perfection morale, une vie impeccable, sans défauts, avec cette croyance qu’on ne peut se présenter devant Dieu qu’en étant parfait. C’est l’inverse. On est pur, saints, parfaits que lorsqu’on le laisse nous plonger en Lui, que lorsqu’on le laisse Lui nous renouveler : « Lave-moi, purifie-moi, crée en moi un coeur pur, renouvelle et raffermis mon esprit, rends-moi la joie d’être sauvé » 

« Nous voulons voir Jésus » Nous voulons voir comment être devant le Père, comment Dieu est devant nous. Et Jésus nous attire à devenir grain de blé tombé en terre. Voir Jésus, c’est choisir que notre vie soit perdue avec lui. À la croix on est perdu ! Comme le grain de blé tombé en terre, nous sommes enfouis en Dieu ! Être enfouis, c’est choisir de ne pas utiliser sa vie à quelque chose, mais la lui remettre pour qu’il en fasse ce qu’il veut. Qu’il utilise tout ce que je suis pour une fécondité divine. Mais tant qu’on n’a pas choisi que sa vie est perdue, qu’elle doit être répandue en pure perte, inutilement, alors on continue de courir après l’espoir d’un certain résultat.

« Et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » c’est cela l’œuvre de Jésus, nous attirer à Lui. Sa gloire, c’est de nous attirer à Lui, en nous appauvrissant, en nous rendant fragile, impuissant, inefficace, inutile : c’est l’œuvre de l’amour que de faire de nous des offrandes, des agneaux. 

Et Jésus est troublé, parce qu’il sait qu’il nous attire à vivre la même chose que Lui. Il n’est pas troublé par sa propre souffrance, mais par celle dans laquelle il nous entraine. Ce qu’il va vivre à la Croix, l’état victimal, c'est pour nous aimer, nous attirer, nous posséder de son amour, mais en nous faisant vivre le même état. Jésus souffre de ce qu’il va nous faire vivre. L’amour nous dépossède de nous-mêmes, de nos qualités, de nos avoirs, de notre force, de nos protections. C’est pour ça qu’aimer est toujours de trop pour nous. La générosité, le service, le don de soi, ça va encore puisqu’on fait quelque chose, donc on s’y retrouve. Mais aimer réclame un état de pauvreté tel, de n’avoir aucun droit, de ne rien réclamer pour que l’amour demeure lui-même, que peu accepte d’être dépouillés. Et Jésus accepte de nous attirer là, et alors le Père est glorifié, il est rendu présent, il se donne à aimer là où on est appauvrit, faible, impuissant.

Vouloir voir Jésus, c’est être attiré, conduit à consentir à ce que Jésus crucifié soit le visage de l’amour et à le vivre de l’intérieur. Il ne s’agit pas d’offrir la souffrance en aimant, mais d’accepter que par la souffrance qui nous appauvrit, l’amour peut-être lui-même.

Aimer, c’est être attiré à vivre l’état intérieur de celui qui est sur la croix, il s’agit d’aimer dans le même état d’impuissance que Jésus à la croix. Jésus ne nous a pas aimé comme un héros Grec. Il ne s’est pas livré du haut de sa force. Il s’est livré à nous dans la totale impuissance à faire quelque chose pour nous. Il n’y a rien qui fait moins quelque chose pour moi qu’un ami qui se laisse crucifier pour moi. Il me sauve de mes rêves de force et d’autonomie absolue en m’attirant à vivre intérieurement dans une totale inefficacité, dans un complet non-résultat, dans un échec cuisant.

Vouloir voir Jésus, c’est désirer être attiré par celui qui nous conduit à cette pauvreté totale, dans laquelle on est fait amour, et vivre, dans notre chair, en Fils vers le Père : en mendiant d’amour, pauvre, sans aucun droit.

Grégoire +

 

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