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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

« Entraîne-moi à ta suite, courons ! »  Ct 1, 4.

14 Février 2021, 15:04pm

Publié par Grégoire.

« Entraîne-moi à ta suite, courons ! »  Ct 1, 4.

« Un lépreux vient à Jésus … Jésus fut saisi de compassion ». On peut traduire aussi par : « Jésus fut ému aux entrailles, rempli de pitié » 

Voilà comment Jésus nous est présent ! C’est cela son regard actuel sur nous ! Jésus est plus vulnérable à nous qu’une mère envers son tout-petit ! Sa compassion est telle qu’il porte toutes nos misères, nos luttes, nos lèpres comme si c’était les siennes ! 

Il faut mendier de toucher, de sentir son regard sur nous ! Dans la foi, il n'y a pas de distance entre Jésus et nous, il faut donc lui demander de sentir combien on n’est pas seul. Jésus porte, dans ses entrailles, nos souffrances, nos désespoirs, nos lèpres et toutes nos horreurs, surtout les moins glorieuses ! Rien n’est indifférent à Jésus.

Jeudi nous fêtions l’apparition de Marie à Lourdes; Pourquoi Marie apparait à Bernadette seulement ? Parce que c’est une vraie pauvre, quelqu’un qui ne s'appuie pas sur elle-même ! Dans son couvent on appellera Bernadette « la bonne à rien ! » Comme ce lépreux : un type complètement fichu, inutilisable, à jeter ! Tant qu’on croit en ses propres forces, on ne peut pas toucher la compassion, la vulnérabilité extrême de Jésus, qui pâtit avec nous, qui veut que je me repose sur lui !

« Jésus étend la main et le touche ! » Alors qu’il avait été décrété que la lèpre était contagieuse et que les grands prêtres avaient ordonnés de se tenir éloignés des lépreux, Jésus, qui est Dieu, mais aussi pleinement homme, le touche ! Sans masque ! Aucun respect des gestes sanitaires, des gestes barrières, du quand dira-t-on ! C’est un geste complètement imprudent, même désobéissant et absolument pas nécessaire, même pour le guérir !

Alors, pourquoi ce geste ? Parce que Jésus veut se servir de la lèpre et de sa guérison pour se donner, se livrer entièrement, donner à ce lépreux l’amour actuel du Père ! 

Et cet amour ne peut-être donné que dans un geste : le Verbe, L’Esprit Divin est devenu chair, pour nous dire que la recréation est une oeuvre d’amour, elle se fait donc dans notre chair ! 

L’incarnation c’est pour devenir « une seule chair avec Dieu ». L’amour réclame l’unité avec celui qu’on aime, de le voir, de le toucher, de l’embrasser. Dieu veut habiter toute notre personne, notre sensibilité, nos passions !

L’incarnation c’est Dieu qui vient nous dire son amour en nous touchant. C’est pour cela que communier n’est pas une option ! Toucher est la plus grande connaissance que je puisse avoir d’un autre. Et le toucher devient une communion quand il y a ce don réciproque. La communion est un don réciproque, personnel, intime entre Jésus et chacun de nous !

Mais juste après, il est écrit, en grec, « Etant irrité contre lui, Jésus le renvoya aussitôt » ou encore « Jésus le jeta dehors avec sévérité » Pourquoi ce changement soudain d’attitude de Jésus ? 

Jésus s’irrite parce que l’amour qu’il donne, c’est à dire tout lui-même, n’est pas reçu; Jésus se livre entièrement, mais le lépreux ne reçoit pas son amour; Jésus est vraiment vulnérable à notre réponse, notre écoute et nos initiatives vis à vis de lui.

Ce lépreux est guéri physiquement, mais, comme il est resté sans contact avec ses proches, comme il a obéit bêtement, il n’arrive pas être présent à Jésus ! L’amour qui lui est donné est de trop, alors le lépreux continue de se regarder ! On est capable de refuser Jésus parce qu’on n’est plus habitué à aimer, c’est à dire à être attiré hors de soi

Jésus n’est pas dérangé par nos fautes, nos misères, nos lèpres, pas du tout. Mais si on continue à se regarder alors qu’il est là pour nous, là c’est insupportable ! C’est le problème des scrupuleux, d’une éducation janséniste, rigide, et de cette société moderne qui passe son temps à se regarder, à se prendre le pouls et à s’inquiéter ! On vit en permanence avec un rétroviseur ! Et du coup, d’abord on ne vit plus, mais surtout, on se rend incapable de sortir de soi, d’être pris par le regard de compassion de Jésus envers nous ! C’est trop difficile que quelqu’un nous soit radicalement présent !

C’est la grande préparation à la vie éternelle ! La vie éternelle c’est une pure attraction d’amour, un amour tellement intense, tellement de trop, qu’il nous met à nu, qu’il nous rend fragile et nous met dans une vulnérabilité telle qu’on risque fort de demander à Dieu d’attendre un peu. C’est ça le purgatoire : Dieu nous attirera, mais nous, on dira : « stop, pas maintenant, c’est de trop » Pourquoi ? Parce qu’on aura tellement été habitué à n’être que dans le « faire », à gérer, à organiser, à maitriser, à raisonner, qu’on n’acceptera pas d’être perdu, de ne plus se regarder et de tout recevoir. Or, l’amour réclame que l’on se quitte et de ne plus se regarder !

On est facilement devant Jésus comme ce lépreux; c’est tellement plus facile de se réfugier dans nos petits drames, de s’identifier à nos maladies, à notre rôle social, même à nos péchés, parce que là, on a quelque chose à faire !

Et c’est pour cela que Jésus le renvoi aux prêtres : parce qu’ils ont enfermés cet homme dans sa maladie, ils sont responsables de ce qu’il s’est identifié à son mal.

Ce mal s’appelle : ne plus aimer ! Parce qu’on s’est identifié à son travail, à ce qu’on a fait dans le passé ou à ses problèmes actuels, alors on ne se souvient plus que de soi : moi, moi, moi !  Et, on reste dans une obéissance formelle à la loi, dans un rôle à jouer, dans notre générosité ou un mal à guérir ! 

C’est plus facile de s’occuper de nos petits drames que d’accepter d’être un pauvre qui se laisse aimer gratuitement sans plus se regarder ! être seul face à Jésus où à notre prochain, qui attend notre regard ou nos petites initiatives d’amour, qui attend une réponse personnelle : la nôtre. 

C’est cela qui fait que Jésus est ému, rempli de pitié : il sait que depuis la Genèse, on a besoin d’être cherché, partout, tout le temps. « Où es-tu ? » nous crie-t-il chaque jour en silence. Il veut nos faire quitter nos peurs, péter nos rétroviseurs; c’est pour cela que Jésus nous appauvrit de nous-mêmes : il n’y a pas de repos en nous-même. C’est même l’enfer que de ne jamais se quitter !

Jésus est celui qui, toujours, m’attend. Il veux que je touche qu’il m’aime pour moi, peu importe mes lèpres !

Grégoire +

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