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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Toucher le Verbe de Dieu

21 Janvier 2021, 19:40pm

Publié par Grégoire.

Toucher le Verbe de Dieu

« Tout ceux qui souffraient de quelque mal se précipitaient sur lui pour le toucher ! »

Pourquoi ces souffrants, leur faut-il toucher Jésus pour être guéris ? Pourquoi leur foi ne suffit-elle pas ? Que rajoute le toucher à la parole ?

Toute l’écriture est traversée par la question du toucher. A propos de l’arbre du milieu du jardin, Dieu dit « du fruit de l’arbre, tu n’en mangeras pas et n’en toucheras pas » ou encore « tu ne mettras pas la main sur lui » 

Pour transmettre la bénédiction, héritée de Dieu, Isaac doit toucher Jacob, qu’il croit être Ésaü. Et le toucher est plus important que ce qu'il croit puisque Jacob est béni à la place d'Ésaü

La montagne du Sinaï qui est toute fumante du passage de Dieu, ne peut être touchée, comme l’arche d’alliance et l’accès au Saint des saints, marquant ainsi que la rupture avec Dieu a été telle que l'homme est devenu incapable de supporter la présence de Dieu. Il faut à l'homme déléguer son rapport avec Dieu à une tribu, celle d'Aaron, qui devient ainsi la caste des prêtres, médiateurs entre Dieu et l'homme.

Il y a dans cette lumière, tous ces passages à propos des prophètes, Jérémie, Isaïe, Ézéchiel et Daniel, capables eux de Sa présence. Et Dieu vient toucher leurs lèvres pour les rendre capables de l'annoncer; Ce toucher est alors comme un baiser, une manifestation du choix de prédilection de Dieu. Ce toucher renvoie à la création d’Adam : cette haleine de vie que Dieu lui insuffle après l’avoir modelé est comme un baiser. Marque de cet amour premier de Dieu à l’égard de sa créature, aimée gratuitement, que l’on retrouve dans le Cantique des cantiques comme un appel à retrouver ce souffle premier, cette marque première de Dieu : « qu’il me baise des baisers de sa bouche ».

Dans l’évangile, toute les guérisons se font par un toucher. Il y a aussi ces gestes qui sont des initiatives gratuites, personnelles, sans autre raison que de manifester l'amour : celui de Marie Madeleine qui verse du parfum sur les pieds de Jésus, de Jésus qui, à genoux, lave les pieds de ses disciples, de Marie-Madeleine à qui Jésus refuse qu’elle ne le touche au matin de la résurrection, alors que pour Thomas, Jésus lui ordonne de toucher ses plaies.

La crucifixion est aussi une multiplication de violents touchers du corps de Jésus, depuis le baiser de Judas, en passant par la flagellation, et qui s’achève par un coup de lance; geste irréfléchi  d’un soldat qui devait seulement vérifier la mort des crucifiés et sinon leur briser les jambes. Or le soldat lui transperce le côté duquel jailli le sang et l’eau. Blessure que rapporte Jean comme le sommet ultime de révélation.

La liturgie continue ces gestes puisqu’on embrasse l’autel, l’évangile, la croix le vendredi saint, on se donne un baiser de paix; les sacrements, continuation des gestes de Jésus pour nous, culminent dans l’eucharistie où nous mangeons la chair et buvons le sang de Jésus, pour devenir jusque dans notre corps une seule personne avec Lui.

Aristote dans la métaphysique, dit que « connaître c’est voir » pour montrer la gratuité de la connaissance : on connaît pour la joie seule de connaître. Mais la vue si elle permet de distinguer, de saisir les différences, elle nous fait rester comme à l'extérieur de la réalité. 

Plus loin, à propos de la recherche du pourquoi, du ce en vue de quoi, il dit « connaître c’est toucher ». Et là, toucher permet de connaître en goûtant la réalité de l'intérieur. Par exemple, par le geste amical nous recevons la présence d'un autre en qui nous trouvons un certain repos, une joie. La présence d'un ami, manifestée dans un geste, nous donne de connaître quelqu'un de l'intérieur, quelqu'un qui est là pour nous. « Connaître c’est toucher » c'est à dire, pour connaître quelqu'un, il faut l'aimer, le recevoir dans sa bonté, à travers ce qu'il donne de lui, dans un geste qui est le sien. Avant cela, on ne connaît l'autre que de l'extérieur. Du coup, on reste toujours un peu spectateur. Par le toucher, on atteint et on franchit cette frontière entre l’extérieur et l’intérieur, entre ce qu’on manifeste, ce qu'on dit de nous-même et ce qui nous est personnel, intime, secret. 

Sens le plus fondamental, le toucher est premier (un nouveau-né qui n’est pas touché meurt) et dernier : quand on ne touche plus c’est que l’on est mort. Le toucher est aussi le sens le plus étendu, qui marque la séparation de ce qui n'est pas nous avec notre monde intérieur. Et c’est par excellence le sens du pâtir, de la réceptivité, donc de l’amour. Nous sommes affectés, marqué extérieurement et intérieurement par un toucher humain; parce qu'un contact sensible avec un autre, est la rencontre par la matière corporelle, de deux intériorités spirituelles qui véhiculent notre passé, notre vécu, nos passions...

Toucher quelqu’un c’est donc accéder, avoir part à son intimité; et lorsque ce toucher est réciproque, non seulement on donne à l’autre d’accéder à ce qu’on vit intérieurement, mais il y a une communion de deux intimités. A la fois on est autre, et en même temps il y a une unité dans l'amour, puisqu'on donne à l’autre d’accéder à ce qui nous est le plus intérieur : notre coeur, notre vulnérabilité, ce qui nous est le plus secret.

« Ce que nos mains ont touché du Verbe de vie » écrit St Jean dans sa première Épître; La liturgie souligne que l’apôtre Jean a puisé « la source de ses révélations, les secrets du Verbe devenu chair lors de la dernière Cène » alors qu’il reposait sur la poitrine de Jésus. 

En s'incarnant, Dieu est devenu chair pour se dire dans la matière corporelle, se donner à aimer dans un toucher sensible. C’est là le lieu ultime de l’alliance avec Lui. N’est-ce pas parce que l’amour réclame que l’on se livre à l’autre dans tout ce qu’on est ? La parole ne suffit pas à dire notre amour, à faire entrer l’autre dans notre intimité.

Dieu est devenu chair pour « devenir une seule chair avec nous » pour nous prendre dedans lui. Et cela, n’est connu que dans un toucher.

« Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, rendant son fruit chaque mois, et dont les feuilles servaient à la guérison des gentils. » Apoc 22, 2.

Grégoire +

 

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Lea 28/01/2021 19:17

Nous vivons l'experience inverse décrite dans ce texte richement illustré . Et c'est bien sciemment de la maternelle aux Ehpads qu'ils sont en train de nous faire mourir....avec cette interdiction généralisée de se toucher.