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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Qui est Dieu ?

28 Janvier 2021, 16:58pm

Publié par Grégoire.

Qui est Dieu ?

Thomas d’Aquin.

S’il est impressionnant par son œuvre, Tommaso d'Aquino est d’abord un ami et un frère pour tous ceux qui cherchent Dieu. On dit qu’à 5 ans, il demandait déjà : « Qui est Dieu ? »

Et là où il est génial, c’est qu’il a saisi que pour vivre de Jésus, de son don, il faut « chercher à le voir » c’est à dire le contempler. On pourrait dire de Thomas d'Aquin qu’il est le contemplatif de la personne. Il est celui qui nous forme à la rencontre la plus vraie qu’on puisse avoir avec quelqu’un, qui est une rencontre contemplative.

La contemplation n’a pas bonne presse et c’est un mot un peu usagé, parce que souvent on a de la contemplation le même regard que Platon, une vision idéaliste, romantique : l’activité de ceux qui n’ont rien à faire, qui ont le temps de rêver. Ou on en fait quelque chose de lointain, d'inaccessible, qui requerrait haute élévation et profonde ascèse. 

Pour Platon en effet, contempler la nature, la beauté d’une réalité, c’est admirer quelque chose qui, parce qu'il nous impressionne, nous échappe et nous renvoie à Dieu beauté suprême, idéale et parfaite ! Contempler pour lui, c’est donc comme être spectateur d’un ordre idéal, céleste, admirer une harmonie extérieure à nous, inaccessible et que l’on atteint seulement en s’élevant au-dessus de notre condition humaine.

Platon séduit par la beauté de la nature ou des êtres, cherche ce qui fait l’harmonie et l’unité de la nature ou des qualités sensibles, admirées. C’est un regard d’artiste, de celui qui est séduit par la composition harmonieuse des choses et qui veut en trouver l’origine. Pour lui, Dieu est la cause directe de cette harmonie admirée !

Cette conception semble très belle mais elle est très fausse. Dieu n’est pas la cause immédiate de la beauté de la nature ! Dire cela c’est faire de nous des spectateurs de Celui qui serait totalement au-dessus, inaccessible, lointain, parce qu’il serait alors l’unité idéale, l’harmonie parfaite !

 

(Je n’ai pas le temps ici de développer, mais en rester à un regard à partir de la beauté harmonieuse des choses amène des confusions terribles ! Non que la beauté soit négative ou à rejeter ! Au contraire, elle est une disposition à interroger ou à dévoiler la bonté de quelqu'un. Mais en rester à elle, revient à tout ramener à un ordre formel. Au niveau politique on voit ce que cela donne, une tyrannie : tous selon le même ordre formel, le même moule. C'est ainsi que Platon est le premier à préconiser par exemple un communisme des femmes et des enfants dans la cité idéale qu'il décrit dans la République.)

 

Le réalisme de St Thomas d'Aquin, c’est de montrer que je contemple toujours une personne. La beauté de quelqu’un me conduit à sa personne; et sa personne, c’est, ce qui, en elle, demeure et qui fait que c’est cette personne ! Ce quelque chose en nous qui ne change pas et qui fait que je peux dire « coucou, c’est moi ! »

Ainsi, contempler, c’est connaître et atteindre en quelqu’un ce qu'il est en premier, qui ne passe pas : « Qu’est-ce qui fait que c’est toi ? ». Cette connaissance est comme un toucher, toujours à renouveler : je ne peux jamais mettre la main sur ce qui est premier en l'autre ! Je dois toujours le redécouvrir. Ce que j'en garde, en mémoire, en image n'est pas adéquat à ce qu'est l'autre.  C'est même une recomposition, une reconstruction. Notre connaissance d'un autre, n'est donc vraie que quand elle est actuelle.

Et, ce qui ne change pas, je l’atteins, je le rejoins dans une rencontre actuelle de tout moi-même avec l’autre. Contempler c’est donc une connaissance qui est dans une rencontre, et qui est un repos, car j’atteins alors l'autre dans ce qui en lui, est au-delà du changement. Et, quand il n’y a plus de mouvement, il y a un repos !

Et pour atteindre ou toucher ce qui est absolument premier en chaque personne, en Jésus, dans le Père, St Thomas montre que : « les réalités supérieures à nous, il faut les aimer pour les connaître. Ce n’est même qu’en les aimant qu’on les connaît » 

Pourquoi ? En aimant, je reçois d’un autre ce qui fait que c’est lui. L’amour d’un autre me donne de le lire de l’intérieur. L’amour est donc source de la plus grande connaissance.

Et c’est cela contempler : c’est, en aimant, donc, en étant totalement vers celui que j’aime, atteindre dans l’aimé, ce qui fait que c’est lui : « Je t’aime parce que c’est toi ! » 

Dans la foi, il n’y a pas de distance avec Dieu. Je rencontre Dieu comme mon Dieumon Jésus. Il est toujours là, puisqu'il est la Réalité; mais il est là comme Celui qui n’est que pour moi.

Quand je touche sa bonté pour moi, je le connais Lui. D’une connaissance intérieure, aimante. Et je peux dire : « c'est toi... et me voici, moi, là, pour toi... »

Il n’est donc plus question de s’élever, de se séparer du sensible, mais au contraire d’avoir une plus grande finesse d’expérience, comme un toucher plus fin, plus réceptif, pour le laisser se révéler, Celui qui est mon Père, qui me porte de l'intérieur -sans faire nombre avec moi, dans ce qui fait que je suis moi et dans mes limites.

Grégoire +

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