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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'Agneau, douceur du Père

17 Janvier 2021, 19:20pm

Publié par Grégoire.

L'Agneau, douceur du Père

Aujourd’hui St Antoine du désert, surnommé parfois le « marteau des hérétiques ! » Hérétique ? αρεσις / haíresis, c’est celui qui a une préférence pour une pensée, une idée ! S’arrêter à une idée !

Coïncidence, l’évangile aujourd’hui, nous donne le point de départ de la vie chrétienne, sa naissance, ce qu’elle est en premier : vivre d’une personne. Non pas avoir des idées, un message, mais vivre avec quelqu’un ! 

Les disciples sont au désert, à l’écoute de Jean-Baptiste. Comme déjà le prophète Samuel, qui entre en contact avec Dieu par l’écoute. C'est Elie qui conseille a Samuel de répéter cette simple prière : « Parle Seigneur ton serviteur écoute ! » C’est magnifique, très simple, et bizarrement, pour nous, c’est plutôt : « Ecoute Seigneur, ton serviteur te parle ». Là commence le petit hérétique. On croit qu’on a des choses importantes à dire à Dieu. Comme si Dieu n’était pas déjà au courant. Curieux. Et Dieu qui est poli, se tait. Or, qui doit écouter qui ?

Et lorsque Jean Baptiste clame «Voici l'Agneau de Dieu», deux disciples entendent et suivent Jésus. 

Jésus est l’Agneau de Dieu. Qu’est-ce que ça signifie ? Avez-vous déjà vu un petit Agneau ? L'agneau qui vient de naitre est un animal d'une innocence incroyable, frêle et doux. Très doux ! Extrêmement doux !

Notre coeur, dans ce qu'il a de plus secret, notre vulnérabilité, ne se dit pas; pour l’exprimer on est poète, on prend des images. Mais dans la révélation, les métaphores ne sont pas que des métaphores. Elles disent cette vie cachée qui est précisément est venue se révéler. 

L’Agneau, nous dit la vie intime du coeur du Père; Jésus est l'Agneau du Père, tourné vers lui, offert pour lui, dans une douceur abyssale. Jésus ne vit que de l'attraction actuelle du Père sur Lui.  Et l’Agneau de Dieu nous est donné, pour être guéris par la douceur quasi substantielle du Père ! 

Jésus vit qu'ils le suivaient. Se retournant leur dit : « Que cherchez-vous ? »

Dans l’Ancien Testament, on ne pouvait voir le visage de Dieu sans mourir. On ne pouvait 'voir' Dieu que de dos. Le Nouveau Testament c’est Dieu qui se retourne et me montre son visage. 

Et cette première parole de Jésus pour nous : ce n'est pas un commandement, un ordre, ou un reproche; non, c’est une interrogation ! C’est vital de saisir que Jésus ne vient pas en premier nous faire le catéchisme ou la morale ! Il vient en premier réveiller notre intelligence, ce qui en nous est le plus proche de Lui ! 

Dieu ne veut pas qu’on soit des moutons ou des ânes ! Il veut des amis et pour aimer, il nous faut être intelligent ! Et être intelligent, ce n’est pas d’abord avoir des diplômes, ou accumuler des connaissances ! Être intelligent, c’est, pour nous, interroger notre expérience ! 

Socrate interrogeait ses concitoyens pour éveiller et faire accoucher les esprits ! Chaque fois que nous interrogeons nous naissons dans notre intelligence car alors, devenant mendiant du réel, on se laisse enseigner par la réalité telle qu’elle est; Face au réel, à un autre, si on est un peu sensible, un peu réceptif, on discerne vite que l’on ne connait pas tout et alors on interroge : Qu’est-ce c’est, qui es-tu vraiment ? Pourquoi ? 

De même que le désir est le moment premier, la naissance de l’amour en nous, l’appétit du bien, l’interrogation est l’appétit de ce qui est ! L’amour se renouvelle lorsque je laisse la bonté d’un autre s’imposer à moi et faire naitre un désir ! Aimer c’est laisser s’imposer la bonté d’un autre, comme connaitre c’est être pousser à interroger lorsqu’on laisse le réel s’imposer à nous ! 

Ainsi, plus nos interrogations sont vivantes, plus notre esprit rajeuni !

Jésus vient réveiller, faire naitre, ouvrir notre intelligence au réel. Ainsi, toute personne qui cherche, qui interroge est aimée de Dieu. Quelqu’un qui ne cherche plus est mort ! « On peut définir la personne humaine comme celle qui cherche la vérité » JP II. C’est précisément le propre de l’hérétique que d’être bloqué sur nos idées idolâtrées, encensées, canonisées, de croire qu'on possède la vérité ! Or le réel est toujours plus que toutes nos petites idées, aussi spirituelles soient-elles !

« Et les disciples lui répondirent : « où demeures-tu ? » Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils demeurèrent auprès de lui ce jour-là. »

Demeurer. Être auprès de Celui qui est la lumière, l’amour, la douceur. Celui qui se charge de tout nos problèmes ! Demeurer c’est trouver le repos ! Et cela s’achève dans un silence. On est silencieux quand on aime. On fuit, on surfe sur son portable, on cherche désespérément une solution politique quand on a pas trouvé -dans le réel existant- le repos de notre coeur !

La vocation chrétienne, c’est donc d’abord écouter, sans avoir de grandes idées ou de belles pensées. Juste écouter, et ce d’abord auprès d’un ami. C'est ainsi qu'on est conduit à l’Agneau, l’innocent, le très doux ! C’est toujours dans un lien fraternel qu’on découvre Jésus. 

Et puis, le suivre, pour cette rencontre personnelle ou je découvre qu’il est Agneau pour moi. Et là, l’entendre me dire : « Que cherches-tu ? Quel est ton premier désir ? » et faire sien cette interrogation. 

Quand on est dur, c'est que l'on a nos idées, un projets sur nous-même, sur les autres. Quand on est dur, c'est qu’il y a un petit tyran en nous, un petit dictateur. Il faut un très grand abandon, une très grande ouverture d'esprit pour être doux. La douceur manifeste une grande largesse d'esprit. C'est cela le travail premier de l'Agneau sur nous : nous débarrasser de toutes nos idées préconçues, enlever de notre esprit nos valeurs, nos idées du bien, nous appauvrir spirituellement pour faire de nous la douceur du Père. 

Il n'y a pas de plus grande souillure, de plus grande fornication, de plus grand esprit adultère qu'adorer ses idées, idolâtrer ses pensées ! C'est la pollution la plus grave de l'humanité que de faire de ses pensées la mesure du réel. L'Agneau vient pour nous en délivrer. 

Seul celui qui est radicalement pauvre de lui-même peut connaitre l'attraction de l'Agneau, entendre son cri :« Que cherches-tu ? »  On demeure auprès de l'Agneau, Celui qui est vers le Père, offert au Père parce que c'est le Père, pour devenir avec Lui Agneau du Père, douceur du Père sur la terre.

 

Grégoire +

 

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Gilles 17/01/2021 23:01

Un bien beau commentaire de ce texte, inspiré... comme doit l'être celui qui en a extrait peut-être les trois mots les plus importants pour donner son titre à ce site.