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Une famille, c'est pas mal, mais sainte, est-ce possible ?

27 Décembre 2020, 19:18pm

Publié par Grégoire.

Une famille, c'est pas mal, mais sainte, est-ce possible ?

La sainte famille. Une famille, « sainte » ? Ah ouais ?! Déjà, qu’une personne arrive à travers son itinéraire à une sainteté de vie, c’est assez rare; mais, que le truc le plus difficile à vivre, avec, en plus, des enfants, que ça devienne saint, tous ensemble, là … il y a un mystère !

Car, la sainte famille, c’est Dieu qui doit descendre tellement dedans l’amour de l’homme et de la femme et dedans leur fécondité, que la vie commune, la complexité de leur relation, entre eux, puis avec leur enfant, deviennent "empreinte de Dieu", à travers tous leurs gestes, leurs paroles, leur milieu de vie… au point que ce milieu effervescent devienne visage de Dieu ! Et ça, sans les moyens de technologie moderne dont nous usons habituellement pour fuir la vie commune ordinaire ! 

Mais précisons tout de suite que, La sainte famille, ce n’est pas en fait un modèle à imiter ! Parce que la sainte famille, de l’extérieur, ça ressemble plutôt à un mélange de cette politique chinoise de l’enfant-unique, dans une espèce de couple idéal comme on en voit chez Disney, auquel il arrive des trucs incroyables dont ils réchappent toujours… bref, la vie un peu comme dedans un film de Noël ! Bah oui, voyez :

Marie : Par un don gratuit de Dieu est immaculée ! Elle s’est ensuite consacrée à Lui, toute seule, sans communauté : elle choisit donc de rester Vierge. Ensuite, elle se retrouve enceinte par l’Esprit St, Et elle ne dit rien à Joseph, son fiancé !  Oui, elle est consacrée et fiancée ! Déjà là, comme modèle, c’est assez difficile. Les femmes immaculées, vierges et enceintes, et qui ne bavardent pas, ça ne court pas les rues !

Joseph : Il est fiancé à une femme consacrée à Dieu ! Il se retrouve père d’un enfant qui n’est pas le sien. Et il dit et fait comme si c’était le sien, acceptant de ne pas en avoir d’autre. Il est obligé de fuir en Egypte parce que son fils, tout juste né, provoque déjà des problèmes politiques ! Pas très facile !

Jésus : Outre qu’il est fils unique, il est surtout tombé du ciel. Des anges annoncent sa naissance, puis des mages venus d’Orient viennent au terme d’un long voyage lui rendre hommage. À 12 ans il fait une fugue pour aller faire la leçon aux grands prêtres ! Et la suite, vous la connaissez .. bref, comme modèle, si on avait voulu nous faire désespérer de les imiter, on ne s’y serait pas pris autrement !

Autrement dit, quand Dieu reprend tout, ce n’est pas imitable ! Notre coopération c’est surtout de saisir l’intention renouvelée de Dieu sur l’homme et la femme, que nous soyons mariés ou consacrés ! Car notre vocation ce n’est ni le mariage ou la vie religieuse; ça, ce sont des moyens ! Notre vocation c’est d’aimer. 

Le mariage prends des moyens plus proche de notre nature; La consécration, prend des moyens plus adaptés à Dieu; ou autrement dit, dans le mariage on va du plus facile au plus difficile, et dans la vie consacrée, on se tape les galères dès le début, et ensuite, bah, c’est un peu moins galère ! Mais dans les deux cas, LA volonté de Dieu c’est qu’on aime à en être fécond !

Et pour aimer on ne peut pas faire sans la complémentarité homme-femme ! Même Jésus en s’incarnant assume la condition masculine : c'est un homme. Il n’est pas moitié ange/moitié gender tendance non-identifié.. et il a cette amitié unique avec sa Marie, avec Marie Madeleine, avec les saintes femmes; Jean reçoit Marie de façon unique ! Et puis, il y a les grandes amitiés source des plus grandes vies mystiques : François et Claire d’Assise, Jean de la Croix et Thérèse d’Avila… (cf les grandes amitiés, de Christiane Singer)

Dans la Genèse, l’image que Dieu crée de lui-même, c’est : l’homme et la femme, ensemble ! Et quand ils chutent, c’est ensemble ! On est image de Dieu en acceptant qu’un autre, dans l'altérité la plus grande, vienne nous finir, achever en nous ce qu'on ne peut achever par soi-même. Et ,de cette complémentarité dans l’amour, jaillit une fécondité. C’est là l’image de Dieu qui est un Amour éternel fécond !

Avec la sainte famille, il y a un véritable amour et un choix réciproque entre Marie et Joseph ! Mais, dedans cet amour, Dieu descend et réalise avec chacun un lien unique et personnel, avant de les redonner, autrement, l’un à l’autre.

La Sainte Famille est donc fondée sur une amitié personnelle de Dieu avec Marie, avec Joseph. Joseph aime Celle que le Père aime. Marie aime Joseph comme celui que le Père lui donne. L’amour humain est alors à la fois appauvrit et augmenté.

Appauvrit, car l’autre appartient à Dieu avant de m’appartenir. Il y a là un renouveau : j’aime l’autre, mon frère, ma soeur, mon époux, mon épouse, comme celui qui est aimé d’une manière spéciale par Dieu. Et je cherche à découvrir comment le Père l’aime. Pour aimer l’autre comme Dieu l’aime. Car Dieu nous aime bien plus que nous, qui aimons avec nos petites passions, nos petits sentiments, nos petits désirs. Ils sont beaux nos sentiments, mais Dieu veut habiter et donner à la présence corporelle, sensible de l’autre une taille divine. Celui que j’aime, c’est lui, telle personne, et c’est le lieu de la présence personnelle de Dieu pour moi ! C’est les deux ensemble, sans distinctions ! Comme dans l’eucharistie : c’est du pain et c’est Dieu : du pain qui est Dieu ! 

Et ça passe bien par dedans le corps ! Aimer un autre réclame des regards, des gestes, des manifestations de tendresse. La tendresse et la présence à l’autre sont les plus grandes manifestations de l’amour. Et ça implique un don dedans notre corps; c’est le chemin que Dieu prend, lui qui descend dedans le corps de Marie. 

C’est avec leur corps que cette famille divinisée va à Bethlehem puis en Egypte ! Et pour bien montrer que, quand Dieu intervient ce n’est pas un truc hyper-spirituel très très loin au fond de notre coeur, Jésus termine sa vie en nous donnant son corps ! Et comme on a du mal à comprendre, il nous demande de boire son sang ! Pour faire avec nous une seule chair, donc une sainte famille !

La sainte Famille, c’est Dieu qui descend dedans nos amours, nos choix, notre corps, nos passions, notre sensibilité, et qui vient habiter ! Pour que le don, la présence de tout nous-même, avec notre corps, soit encore plus fort qu’une présence simplement naturelle. Quand Dieu intervient, ce n’est pas pour nous abstraire de notre corps, mais qu’on l’habite encore plus, mais avec lui : une coloc divine quoi !   

Marie a portée Jésus dans son corps, puis l’a mis au monde, aidée par Joseph, elle a commencé par avoir des gestes maternels envers lui. La sainte famille, c’est Dieu présent dans notre chair, qui nous demande cette attention constante à tout nos gestes, tous nos actes; c’est avoir une qualité unique dans l’amour : car plus rien ne peut plus être aveugle ou « grossier » : tous gestes, toutes paroles doit être un acte d’amour, à travers lequel je reçois ou me donne à un autre et à Dieu en même temps. Voilà le plan !

Pour dire les choses autrement : on est au volant de notre vie, mais on a eu un accident avec celui qui nous complète. On est inconscient de ce traumatisme premier, mais il nous colle à la peau; et alors, par réflexe vital, on sur-réagit en voulant à tout pris :

-nous séparer de celui ou celle qui a provoqué l’accident. Être super autonome, pensant que seul ça ira mieux, et avec une sainte méfiance de toute complémentarité ! La peur d’un nouveau traumatisme nous fait fuir l’altérité. C’est la fuite en avant de la modernité, préférant l’usage momentané d’un autre pour l’amour, ou celui de la technologie pour la fécondité; Cette gestion moderne du risque est, pour notre inconscient traumatisé, préférable au risque d'être achevé par un autre;  Qui est, non seulement pas fini, mais en plus avec des noeuds dans la tête qui ne ressemblent en rien aux nôtres qu'on a déjà du mal à gérer.

-et aussi, on est complètement d’accord que Dieu vienne nous aider, répare notre voiture, nous donne des conseils, ou éventuellement un GPS. Mais on veut garder le volant. Pas question que quiconque vienne, dedans nous, pour tout diriger, tout conduire, aller à un rythme qui ne soit pas le nôtre...  !

Or, sainte famille, c’est précisément Dieu qui veut s’incarner en descendant dedans notre vie; c’est Dieu qui veut prendre le volant de notre vie. Lui seul sait s'adapter à la conduite d'une voiture accidentée grave ! Lui sait comment conduire en mode rallye avec un véhicule endommagé, sans tyranniser le véhicule ! La sainte Famille, c’est accepter que Dieu conduise radicalement ma vie, à son rythme, pour aller là où Lui sait ! Et curieusement, quand on lui laisse le volant, on est encore plus nous-même, on va à un rythme qu'on aurait pas osé prendre, on fait du hors piste... bref, on fait des trucs de fou qui nous corresponde ! 

Et c'est aussi recevoir de Lui ces amitiés, ces amours -sans mettre la main sur ceux qu’Il nous donne- pour vivre d'amours à sa taille ! En comprenant que, sans ces amitiés, on ne comprend rait ni ce qu’on fait ici, ni que le salut c’est d'aimer en pure perte, sans autre raison que l'autre qui nous est donné à aimer. Et pour, in fine, engendrer des enfant du Père, fruit d’une amitié fraternelle à la taille de Dieu. 

C’est "cela" la sainte famille, vivre des amitiés, des amours qui viennent de Dieu en laissant absolument Jésus conduire tout ce qu'est notre vie !

Grégoire +

 

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Martine 28/12/2020 14:19

Tout cela résonne en moi. C'est vrai.
Le truc c'est comment lâcher, s'abandonner pour se laisser guider. Car ce guide est tellement discret et sa voix si fine dans le tumulte de ma vie. Choisir. Le choisir d'abord... et le reste en sera transformé.
Merci.
Martine