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Le Roi viendra, chargé de présents, quêter ton sourire 

21 Décembre 2020, 01:30am

Publié par Grégoire.

Le Roi viendra, chargé de présents, quêter ton sourire 

 

L’Annonce faite à Marie, est une des perles de la révélation. Un secret intime que Marie nous livre, sachant bien qu'on peut, longtemps, passer à coté de ce trésor. Et on peut passer complètement à coté, tellement l'évangéliste Luc est avare en description, tellement ce secret est profond, et que l'amour, dans sa fine fleur, meurt d'être dit.

Cette initiative du Père, qui commence la nouvelle Alliance, révèle l’intention, le désir brûlant, inouïe du Père sur nous. Mieux, là se donne à toucher, la vulnérabilité actuelle du Père qui se livre, comme Père.

L’annonciation n’est pas un bel évènement lointain, mais bien la manière dont le Père s'approche de nous actuellement, et vient, avec une délicatesse incroyable, nous demander si il peut venir être encore plus Père pour nous.

Noël sera pleinement la joie du don du Père pour nous, d'autant que l'annonciation sera reçu comme le secret de Marie pour nous, nous donnant accès au coeur du Père, à sa vulnérabilité pour nous, inconnue jusque là.

 

Cette annonciation est d’abord la réponse du Père à Marie qui a « trouvé grâce auprès de Dieu ». Qu’est-ce à dire ? Marie est déjà « pleine de grâce » : dès sa conception elle est remplie de la gratuité du Père, immaculée, rachetée en prémisse pour tout ses frères.

Mais, elle a aussi « trouvé grâce ». Pourquoi ? Parce qu’elle réalise toute l’attente d’Israël. Ce plus petit de tout les peuples a été « choisi par Dieu », « mis à part », pour être en attente de la promesse faite à Abraham d’une descendance, d’une Terre Promise. 

Et Marie est gardienne de cette promesse, en la portant à son terme, en devenant comme ceux qui ont été les plus petits de ce peuple : 

-Elle est fille d'Abraham, "quittant son pays, sa parenté.." en se consacrant à Dieu, et "marchant en présence de Dieu".

-Elle se proclame descendante d’Agar : dans le Magnificat Marie reprend les mots mêmes d’Agar, la servante humiliée : « Il s’est penché sur l’humiliation de sa servante ».

-Ismaël, l’enfant d’Agar, qui crie sa soif dans le désert, Marie l’est également, en étant la femme au désert, comme dit l’Apocalypse. La femme au désert, c’est en fait l’accomplissement de la vocation première de la femme, qui est gardienne de l’amour, et qui donc demeure comme au désert, c’est à dire, qui se sépare de tout bavardage, de toutes choses vaines, qui établit une clôture dans son coeur pour être pure attente, désir pur.

-Et aussi, comme Isaac demandant « où est l’Agneau ? » Marie est vers le Père, pour tout son peuple : « ils n’ont plus de vin ». Elle a comprit que l’Agneau n’est pas celui qui vient payer pour nos péchés ou réparer des injustices; l’Agneau vient comme le nouveau Noé, celui qui sauve du déluge, mais pour être, avec lui, l’ivresse, la joie du Père.

C’est ainsi que Marie a « trouvée grâce auprès de Dieu » en réalisant l’intention du Père sur ceux qu’il avait mis a part pour être les plus petits, les plus fragiles : ceux qui devaient demeurer en attente. Ceux qui devaient être attente de la promesse.

 

Et, cette réponse du Père, ce n’est pas d’abord, comme on le répète paresseusement, le don de son fils. Bien sûr que le Père se révèle comme Père en donnant son secret intérieur. Mais, l'Annonciation, c’est, comme le prophétisait le psaume 44 : « les rois, viendront chargés de présent, quêter ton sourire ». C’est le Père qui vient quêter, mendier, le sourire de Marie ! C’est le Père qui est attiré par Marie.

L’annonciation, c’est le Père qui veut aimer Marie comme un époux se choisit son épouse. C’est le Père qui se cache derrière un envoyé, pour dire à Marie son amour personnel pour elle. Le Père se cache pour ne pas obliger Marie à lui répondre. Si le Père se présentait en personne, elle serait totalement prise par lui.

 

Le Père ne vient pas en effet lui demander si elle veut ou non recevoir son fils; non ! Le fils du Père, lui est donné : « voici tu vas concevoir un Fils ». Il n’y a aucune demande là-dedans. C’est un don gratuit. C’est cadeau ! Le Père lui donne tout ce qu’il a, pour lui dire qu’il se livre à elle,  tel qu'il est, entièrement.

 

Pourquoi, en effet, le don du Fils, sinon pour lui dire son amour et, comme la conquérir. L’annonciation, c’est comme la plus grande déclaration qui soit, déclaration autant que l'amour puisse se dire avec des mots, d'un coeur qui vient dire son désir, son amour. La plus délicate. C’est, non plus l’amour de Dieu pour sa créature, mais le Père qui désire épouser Marie : « fille de Roi, elle est là, vêtue d’étoffes d’or, on la conduit, toute parée vers le roi » ps 44. 

L’annonciation ce sont les fiançailles du Père avec Marie. C’est le Père qui vient dire à Marie combien, elle, Marie, elle attire le Père. Son silence aimant, caché, gardé secret, séduit le Père et l’attire. Etant attente pure, elle est comme toute attraction, toute bonté. Et le Père mendie son sourire, son coeur. Le Père veut aimer Marie, se reposer auprès d’elle, trouver en elle sa joie, son ivresse. Il veut l’aimer parce que c’est elle.  Pour elle. C’est cela l’annonciation ! Ce n’est pas pour autre chose que l’amour seul. Le Père et Marie. Point. Parce que l’amour n’a pas d’autre justification que lui-même. La raison de l’amour c’est d’aimer l'autre sans autre raison que parce que c'est lui, c'est elle : " je t'aime, parce que c'est toi ". 

L’annonciation, c’est cette délicatesse du Père, qui veut toucher le coeur de Marie, sans s'imposer : « Réjouis toi, comblée de ma gratuité, je suis avec toi, auprès de toi … Me permets-tu de demeurer pour toujours auprès de toi ? Mon Fils, le secret de mon coeur, il est tien. » Le fils est comme le cadeau des noces, le secret partagé entre Marie et le Père. 

 

C'est pour cela que Marie est troublée. Son coeur est touchée dans sa capacité d'aimer la plus profonde, la plus secrète. Elle est troublée parce que le Père veut la rejoindre dans son intimité.

 

Et lorsque Marie répond « Fiat », ce n’est pas seulement un acte de foi, mais c’est surtout Marie qui donne son coeur au Père. Non plus comme une offrande de consécration, mais comme une épouse qui accepte d’être prise. Marie choisie le Père comme son époux. « ton époux c’est ton créateur » prophétisait Isaïe (54, 5). 

C’est cela son « Fiat ». C’est Marie qui sourie au Père, c’est Marie qui embrasse le Père, et qui accepte d’être épousé par Lui, de ne faire plus comme une seule chair avec Lui : « que tout se passe pour moi selon ta parole ». Selon ta parole, parce qu'une parole n'est parole humaine, personnelle, que lorsqu'elle dit le coeur de quelqu'un, que lorsqu'on y livre son coeur, ce qu'on a de plus soi-même, ce qui en nous est le plus vulnérable.

 

« Alors l’ange la quitta », pour laisser toute la place au Père. Pour cette oeuvre commune, dans l’amour, du Père et de Marie, dans cette conception de Jésus, fils bien aimé du Père, fils bien aimé de Marie.

C'est en mendiant à Marie de nous donner d’entrer dans ce secret, ce silence d’amour avec le Père qui, actuellement, mendie notre coeur, qu'on recevra en vérité ce secret que Marie a voulu nous livrer.

Car, si déjà le Père nous aime comme source de notre être, il veut nous aimer comme un époux. Il veut que la fine pointe de notre coeur en nous, soit pour lui comme une source scellée, un jardin secret, une perle précieuse. Qu’on devienne pour lui une présence unique, parce qu’il a soif de nous personnellement, comme de personne d’autre.

Le Père mendie notre sourire, notre coeur, là où on est le plus vulnérable. Il veut demeurer auprès de nous, se nourrir de nous : et depuis toujours il nous attire, dans le silence.

Le Père est, dans le silence, attente de nous. Parce que c’est nous.

 

Grégoire +

 

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