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Pourquoi tant de journées données à vivre ? Pour rien?

27 Septembre 2020, 17:48pm

Publié par Grégoire.

Pourquoi tant de journées données à vivre ? Pour rien?

La vraie question sous toutes vos questions est celle-ci : « qu’est-ce que vivre? Pourquoi tant de journées données à vivre ? Pour rien? Est-ce qu’une rose passe un seul jour où il n’y aurait « rien » ?

Vivre, c’est.. bonjour, ..bonsoir, je t’aime.. et je suis là encore pour un peu de temps vivant sur la même terre que toi, Vivre, c’est la folie du rire dans les pleurs, ces bêlements d’agneau égaré, le cri du hibou dans l’opéra glacé de la nuit, Vivre c’est regarder la lumière pleuvoir sur le jardin, écouter l’applaudissement de la pluie sur les volets, être secrétaire de la neige, jardinier des nuages Vivre c’est le livre des partitions de Bach qui s’ouvre à l’envers et toutes les notes qui roulent comme des billes dans la chambre, c’est aller faire ses courses et croiser un ange qui ne sait pas son nom, construire des fenêtres pour encadrer le vide et voir passer les disparus, les trop sensibles. Vivre est un trapèze. Les dogmes et les savoirs sont de mauvais filets pour amortir la chute. Vivre, c’est traverser le temps avec la sensibilité d’une rose, de façon à ne jamais pouvoir dire, le soir venu : « rien ».

Il y a très peu d’événements dans une vie. Parfois, il n’y a que l’événement de son désastre, de son lent engloutissement dans le désastre quotidien.

Et, qu’est-ce donc alors que la vie désastrement ordinaire, celle qui a ses langueurs et ses terrains vagues, celle où nous sommes sans y être ? C’est une langue sans désir, un temps sans merveille. Je connais bien cet état. J’en sais la banalité et la violence. L’âme y est comme une ruche vidée de ses abeilles. 

Des semaines peuvent passer ainsi. Je ne peux pas écrire pendant tout ce temps. A quoi bon raconter des histoires, quand soi-même on est devenu semblable à une histoire monotone et sans grâce ? Toujours j’ai connu ces absences, toujours je les connaîtrais. Elles ne m’inquiètent pas. Elles ne m’inquiètent plus. Ces heures-là, je les aime comme on peut aimer un enfant ingrat, réfractaire à nos désirs, d’un amour injustifiable, injustifié. Il nous contraint à développer le pur amour qui nous permettra de l’embrasser sans l’atteindre, un amour qui va à l’infini parce que son terme lui échappe. 

Ne pouvoir modifier notre sort fait de nous l’égal du Christ aux mains trouées.

Christian Bobin

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