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Boże Ciało (littéralement « Le Corps du Christ »)

3 Août 2020, 02:59am

Publié par Grégoire.

 Le Corps du Christ

Le Corps du Christ

« Le Corps du Christ » ou " La Communion", film polonais de Jan Komasa, décapant !

Tout dans ce film est d'une sensibilité hors normes et évite les clichés, en déplaçant les thèmes. Daniel est un jeune délinquant qui, lors de sa liberté conditionnelle, décide de se faire passer pour un prêtre. La fraîcheur de ses sermons décape les âmes et son âme blessée à l'extrême réclame et impose une radicalité évangélique déboussolante... 

 

 

UNE RÉALISATION LUMINEUSE

Le premier élément qui saute aux yeux dans la réalisation est la qualité de sa lumière. La photographie (Piotr Sobocinski) est dans sa précision hallucinante, dans la netteté des visages qu'elle met en avant, dans les jeux métaphoriques de clair-obscur, dans l'image cramée de la fin, le tout sans être démonstrative, présente pour servir l'histoire et non pas se mettre en avant. Cette qualité est une marque polonaise de plus en plus forte, et l'on se souvient par exemple du plaisir visuel de Cold War, film de Paweł Pawlikowski, dont le travail sur la photo avait impressionné.

L'esthétique sur la lumière est à la fois magnifique et agréable, dans le sens où elle n'accapare pas l'écran (méta-réflexion sur le cinéma, caméra branlante, flous artistiques moches) et met en valeur le récit. Lumineux dans sa facture, le film l'est tout autant dans son interprétation et son récit, pour une joie totale chez le spectateur.

Bartosz Bielenia offre une interprétation sidérante, capable de transmettre un panel émotionnel rare, entre extase, peur, rage, joie et spiritualité, sans qu'une fausse note déteigne à l'écran. Complexe et ambigu, son personnage est une explosion d'humanité, dont le parcours extrêmement bien écrit est confirmé par un jeu extrêmement précis. La lumière intérieure qui l'habite se confond dans l'ombre de son passé, rendant le protagoniste mystérieux et attachant d'un même élan. Quant aux autres acteurs, ils sont d'un réalisme déconcertant, animés par des sentiments aveugles, cruels ou impartiaux qui permettent de construire un suspense psychologique mémorable.

 

 

 

 L'affiche du film montre Daniel possédé, mais son histoire est plus complexe qu'une euphorie divine. Attiré par la foi, il lui est interdit de devenir prêtre suite au crime qu'il a commis - et qui est révélé dans une scène magistrale dans le confessionnal, où le rôle de pécheur et d'absoluteur sont inversés. Le film n'a rien d'une satire qui moquerait les excès de la foi, tout simplement parce qu'il déplace son thème et n'en fait ni une critique ni un éloge.

Si la foi est au coeur du film, c'est par la figure Christique de Daniel, vivant presque malgré lui quelquechose du mystère du Christ sans pourtant avoir les pouvoirs d'un prêtre. Le réalisateur s'empare ainsi de la foi catholique pour raconter une histoire transversale et transcendée par le goût du verbe, de la personne du Christ, et d'un évangile plus que vécu par ce délinquant-prêtre.

Si la pratique religieuse rythme le quotidien du petit village, la miséricorde et le pardon font  défaut aux habitants, obnubilés par la mort de plusieurs jeunes, advenue avant la narration. Il n'y a pas d'élans mystiques, pas de lecture critique ou asservie de l'Église, simplement une pureté immense, paradoxalement enrobée d'un mensonge. 

 C'est le premier sermon du prêtre desservant le centre qui donne la tonalité et le sens du film : "nous sommes tous prêtres du Christ, qui que nous soyons " et enfin, le dernier, celui du prêtre du village qui confirme la présence prophétique de Daniel : "Dieu nous parle parfois très directement et à travers des personnes inattendues ! "

Interdit aux moins de 12 ans.

 

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