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La réalité du souvenir est invérifiable, tout souvenir est recomposé.

11 Juillet 2020, 11:16am

Publié par Grégoire.

La réalité du souvenir est invérifiable, tout souvenir est recomposé.

Dans un article très documenté du journal Marie Claire de déc.1996 François Roustang, psychanalyste et hypnothérapeute confirme que :
"La réalité du souvenir est invérifiable. Il faut savoir que tout souvenir est recomposé. Et plus longtemps il a été oublié et enfoui, plus il a de chances d'être méconnaissable. C'est le b a ba de la psychologie." 
Il ajoute:
"La suggestion est la chose du monde la plus répandue. Quand nous recherchons la reconnaissance des autres, nous avons tendance à nous soumettre à leurs désirs. Il n'y a donc pas à s'étonner que tout psychothérapeute dispose d'un pouvoir de suggestion. Il est connu que lors d'une psychanalyse, on fait des rêves pour répondre à l'attente de l'analyste. Il en est de même en hypnothérapie. Si le thérapeute dispose assez longtemps de la confiance du patient et s'il est convaincu qu'un inceste a été subi, le patient le lui avouera finalement pour lui faire plaisir ou pour avoir la paix. C'est comme un policier qui finit par faire avouer ce qu'il cherche à un détenu qui est à bout. Mais à l'inverse, un thérapeute qui nierait qu'un inceste ait été possible serait dans la même position: il empêcherait le patient de dire sa souffrance.
Le thérapeute a une responsabilité majeure et ses convictions peuvent avoir des conséquences néfastes."  


Sans confirmation extérieure, personne ne peut déterminer quels souvenirs sont exacts et quels souvenirs ne le sont pas.

Qu’est-ce que le syndrome de la fausse mémoire ?

  Un syndrome est un ensemble de symptômes qui apparaissent simultanément. Le syndrome de la fausse mémoire décrit la mémoire d’une expérience traumatique qui est objectivement fausse mais dans laquelle la personne croit fermement. Nous avons tous des souvenirs imprécis mais le syndrome de la fausse mémoire peut être identifié lorsqu’il n’est précédé par aucun souvenir de même nature pendant les 20 ou 30 années antérieures et qu’il apparaît brusquement au cours d’une psychothérapie et commence à altérer la personnalité du patient.

Quel est le problème ?

  A la fin des années 80, plusieurs familles aux États Unis ont reçu des lettres ou des appels téléphoniques de leur enfant, généralement une fille qui avait atteint l’âge adulte (entre 20 et 40 ans), les accusant de lui avoir fait subir des abus sexuels au cours de sa petite enfance entre 2 et 5 ans.
Ce phénomène s’est ensuite répandu à travers le monde, il atteint maintenant l’Europe et en particulier la France.

Ces accusations sont souvent accompagnées de la décision de rompre la relation avec la famille et les auteurs présumés de ces abus. Les enfants accusateurs, devenus adultes, prétendent s’être souvenus de mauvais traitements passés, commis par ceux qu’ils accusent. Ces souvenirs nouvellement découverts sont fréquemment mis au jour au cours d’une « thérapie ».

Les parents accusés ont répondu que ces accusations étaient fausses et que ces « nouveaux souvenirs » n’étaient pas de vrais souvenirs.

Les familles concernées ont été très ébranlées et souvent détruites. Les enfants et les parents n’ont généralement plus la possibilité d’apporter après une si longue période la preuve de la vérité ou de la fausseté de ces souvenirs. Les parents ne sont de toute façon pas écoutés. Leur bonne foi, le seul argument qui leur reste, est rejetée sans appel.

L’étude menée par la fondation américaine, FMS Foundation, démontre que des questions sérieuses se posent sur la véracité de ces accusations et la possibilité que bon nombre d’entre elles soient fausses est assez forte.

Cette fondation, qui s’est entourée d’un Conseil Scientifique et de Professionnels de renom, a mis en avant le concept de syndrome des faux souvenirs (False Memory Syndrome, « FMS ») pour désigner cette nouvelle pathologie.

L’histoire de quelqu’un qui en est sorti….

J’ai commencé une psychothérapie à l’automne 1985 parce que je ne savais pas comment m’y prendre avec mon petit garçon de 9 ans. Je pensais qu’il avait besoin de quelques conseils, il me semblait très coléreux pour un enfant de cet âge. Assez vite la thérapie s’est focalisée sur mes problèmes d’adulte et nous n’avons plus travaillé avec mon fils. Le thérapeute s’est efforcé de me faire creuser mon passé de plus en plus, et les accusations d’abus sexuel sont venues ….


Ma mère est morte en janvier 1992, avant que je  puisse lui dire que je regrettais les accusations. Maintenant j’exprime mes regrets sur sa tombe. Après sa mort, j’ai cessé de rechercher des souvenirs et commencé à m’occuper de ce que j’avais perdu et de mon mariage qui partait à vau l’eau.

Lentement, j’ai commencé à me sevrer de mon thérapeute. Mon mari et moi avons entrepris une thérapie familiale avec un autre thérapeute à qui j’ai commencé à accorder ma confiance. En même temps j’ai lu le cas du Dr. Bean-Bayog et Paul Lozano, j’ai entendu parler du syndrome FMS.

Cela m’a pris encore 8 mois pour y voir clair.

Cette année a été difficile et j’ai commencé réellement à comprendre ce que j’ai perdu à la suite de cette thérapie. J’étais passée de l’état d’une femme très active qui élevait ses 3 enfants, et membre de l’association des parents d’élèves, à une femme déprimée, régressive, dépendante et suicidaire.
Il me semble encore ahurissant que cette situation ait pu se produire et provoquer de tels dégâts dans ma vie.
Une mère de famille qui est sortie de cette aliénation.

Mais l’histoire recommence encore

Cela fait plus d’un an que notre fille nous a écrit « la lettre » qui a changé notre vie pour toujours. Elle disait qu’elle ne nous reverrait jamais. Elle a décrété que nous ne pourrions plus avoir de contact avec nos petits enfants jusqu’à l’âge de 18 ans. Cela a détruit notre famille. Je remercie le Seigneur que nous ayons 2 autres enfants aimants et 6 autres petits enfants. Mais ceux que nous ne pouvons plus voir nous manquent tellement.. Notre fille nous a appelés et m’a parlé, mais lorsque j’ai parlé de voir mes petits enfants elle a raccroché brutalement. Il n’y a plus de joie, plus de fêtes, plus d’anniversaires et les réceptions deviennent des peines de cœur. J’essaie de faire face pour le reste de la famille. Mais pour combien de temps ? Comment les parents vivent-ils cette agonie ?

Comment ces accusations sont-elles survenues ?

  Dans pratiquement chaque cas porté à la connaissance de la Fondation, l’enfant accusateur a été conduit à entreprendre une psychothérapie à la suite d’une détresse psychologique ou émotionnelle. Souvent celle-ci est survenue après la perte d’un emploi, un divorce, des troubles de la nutrition, des problèmes relationnels ou encore une naissance ou un décès dans la famille.

Habituellement la thérapie se concentre sur la recherche de souvenirs d’un traumatisme de l’enfance qu’elle présente comme la cause des problèmes psychologiques d’aujourd’hui. Avec le temps ces « souvenirs retrouvés » deviennent de plus en plus bizarres et le patient devient de plus en plus dépendant de son thérapeute.

Pour aider les patients à retrouver leurs souvenirs, d’après Loftus et Ketcham, la thérapeute Susan Forward explique dans son livre « Betrayal of Innocence » sa méthode lorsqu’elle se trouve face à une patiente : « Vous savez , d’après mon expérience beaucoup de gens qui ont des problèmes semblables au vôtre ont eu une mauvaise expérience dans leur enfance ; ils ont par exemple été molestés ou battus. Peut être quelque chose de semblable vous est-il arrivé ? »

D’autres praticiens disent : « J’ai l’impression à vous entendre que vous avez été abusée sexuellement dans votre enfance »,
« Si vous avez le moindre doute, si vous en avez un souvenir même très vague, alors cela s’est probablement passé », ….« Si vous pensez que vous avez été abusée et si votre vie en montre les symptômes, c’est que vous l’avez été ».

Les patients, certains d’avoir retrouvé la cause de leur souffrance intérieure, croient fermement que tous leurs problèmes d’adulte résultent d’un traumatisme sexuel survenu dans l’enfance et que, s’ils parviennent à en retrouver le souvenir, ils seront guéris. Ils conçoivent leur personnalité comme ayant survécu à un abus sexuel et accusent leurs parents d’inceste, refusent tout contact et relation avec qui que ce soit qui n’accepte pas leur nouvelle croyance.


Pourtant, aucun de ces prétendus souvenirs d’enfance n’a existé avant le début de la thérapie.
Ces enfants qui étaient autrefois gentils et affectueux avec leur famille la rejettent maintenant.

Comment contacter mon enfant après cela ?

Les parents nous demandent encore et encore comment établir le contact avec leur propre enfant. Quand cela est possible, les familles doivent tenter de garder le contact en évitant la confrontation.

Lorsque le contact personnel est coupé, des cartes, des lettres ou des appels téléphoniques de la famille peuvent restaurer en partie la relation.
Les cartes postales avec un message d’amour sont efficaces, parce qu’il n’y a pas d’enveloppe à ouvrir pour lire le message. Rien ne saurait remplacer les témoignages d'affection venant directement des parents.

Trouver les moyens de garder le contact relève de l'intuition des parents et de la connaissance qu'ils ont eue depuis toujours de leur propre enfant.
Une accusatrice revenue sur ses accusations nous confiait récemment qu’elle pensait que ses parents ne faisaient plus attention à elle parce qu’il n’avaient pas fait tous les efforts pour garder le contact avec elle. Mais ensuite elle s’est souvenue qu’elle les avait menacés de les poursuivre s’ils essayaient de la contacter ! Il ne faut jamais perdre de vue que des personnes qui autrefois semblaient logiques rejettent la logique lorsqu’elles sont prises dans le système de croyance de la « FMS ».

Des parents nous demandent s’ils doivent envoyer à leur enfant de l’information sur la « FMS ».
Cela nous semble inutile dans la mesure où les accusateurs ont refermé leur esprit et des informations pertinentes ont toutes les chances de tomber dans l’oreille d’un sourd.
Bien que l’envoi de ces informations sur la « FMS » puisse être bénéfique à long terme, il est probable qu’elles seront perçues comme une menace et qu'elles risqueront d’ajouter un stress à court terme.

Cependant  les nombreux exemples de familles qui ont rétabli le contact nous donnent des raisons de garder espoir:

Nous parlons au téléphone chaque semaine. Nous essayons de lui parler de nos bons sentiments, ce qui n’est pas difficile puisque nous aimons beaucoup notre fille et nous sommes heureux de garder une ligne de communication ouverte. Aucun d’entre nous ne parle du conflit que nous traversons.
Quand mon mari et moi en reparlons ensuite, nous savons, bien sûr, que rien n’a été résolu, mais je n’attends pas que cela change, du moins dans un futur proche…Je comprends que cela ne marche pas dans certaines familles mais dans notre cas c’est la seule chose que nous avons le sentiment de pouvoir faire.

Une mère 

Quel est l’avis des organisations professionnelles ?

« L’Association Américaine Médicale (AMA) considère que les souvenirs retrouvés concernant des abus sexuels de l’enfance ont une authenticité incertaine, et devraient faire l’objet de vérifications externes. L’usage de souvenirs retrouvés est lourd de conséquences et pose des problèmes d’application incorrecte »        Conseil des Affaires Scientifiques – AMA –1994

« Il existe de graves inquiétudes au sujet de souvenirs retrouvés au cours de psychothérapies qui se concentrent sur l’augmentation de souvenirs d’abus sexuels qui sont supposés avoir été refoulés. »           Association Psychiatrique Canadienne - 1996

« Des souvenirs, même intenses et importants pour la personne, ne reflètent pas nécessairement des événements réels. »        Collège Royal des Psychiatres – (GB) – 1997

En France, à notre connaissance, les organisations professionnelles n'ont pas pris position sur ce sujet. Il nous revient donc de les sensibiliser. 
Au moment où la Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes (MILS) discute de la réglementation du métier de psychothérapeute, les syndicats nationaux de psychiatres et de psychologues doivent se prononcer sur les dérives de certains praticiens. 

La fondation FMS dénonce-t-elle les abus sexuels sur les enfants ?

Oui, l’abus sexuel sur les enfants est un crime répréhensible et doit être dénoncé et combattu.
Les événements récents démontrent que cette perversion est plus largement répandue qu’on ne l’a imaginé.
Tous les efforts doivent être entrepris pour aider ces petites victimes et empêcher que ces mauvais traitements à l’égard d’enfants aient lieu.
Le problème du syndrome des faux souvenirs chez des adultes est différent de celui des abus sexuels vrais sur des enfants.
Ces deux problèmes doivent être résolus.

Quelles pratiques thérapeutiques posent problème ?

Nous ne pouvons pas dire plus que le Collège Royal des Psychiatres en Grande-Bretagne (1997) :

« Il est conseillé aux psychiatres d’éviter de s’engager dans quelques techniques de recouvrement de la mémoire que ce soit.
Ces techniques sont basées sur la recherche d’abus sexuels passés dont le patient n’a aucun souvenir.
De telles techniques peuvent comprendre : des entretiens sous médication, des techniques hypnotiques, des thérapies de régression, l’imagerie guidée, l’interprétation littérale des rêves, la tenue d’un journal…
Il n’y a aucune preuve que l’utilisation de techniques d’altération de la conscience telles que les entretiens sous médication ou l’hypnose puissent révéler ou créer de façon précise de l’information factuelle concernant quelque expérience passée que ce soit, y compris d’abus sexuel. »

Ces pratiques ci-dessus mentionnées posent 2 problèmes :
- Accroître le risque de suggestion
- Amener le patient à croire fermement à la véracité de ces faux souvenirs induits par la thérapie

Des études poussées ont montré de façon répétée que les patients croient que les images produites sous hypnose sont exactes parce qu’elles contiennent de nombreux détails et peuvent être associées à une forte émotion.
Ceci ne prouve pas cependant leur vérité historique.


Si au cours d'une thérapie vous avez des doutes sur l'éthique de votre thérapeute voici quelques  affirmations qui révèlent des pratiques discutables ( non orthodoxes ):

1 – Voici les résultats de l’« expertise psychiatrique » : vous avez les symptômes de quelqu’un qui a été abusé. 
2 - Les études montrent ( ou mon expérience ) que la plupart des gens qui ont ce diagnostic ou ces symptômes ont été abusés sexuellement
3 – Si vous pensez avoir été abusée, alors vous l’avez probablement été.
4- Le souvenir est essentiel si vous voulez guérir
5 – Cette technique ( hypnose, imagerie guidée, amitate de sodium ..) est conçue pour vous aider à vous souvenir
6- Se détacher de, se confronter, attaquer en justice... votre famille fait partie nécessairement de votre guérison.
7 - Vous devrez aller plus mal avant d’aller mieux.
8 – Votre corps renferme des souvenirs précis des événements passés 

Qui est affecté par le syndrome des faux souvenirs ? 

A l’image d’un caillou jeté dans une mare, une accusation crée une onde de choc qui affecte toute la famille : l’accusateur, les accusés et les non-accusés : parents, frères et sœurs, petits enfants, grands parents et amis peuvent tous être affectés.
Lorsque la « FMS » aux USA a étudié le cas de 6 familles, elle a découvert que 42 personnes sur 90 ont été touchées par l’accusation d’une seule personne.

La FMS Foundation mène des études statistiques aux Etats-Unis sur le phénomène. Par exemple :

· Les accusateurs sont à 
-92% des femmes
-74% entre 31 et 50 ans
-31% ont un niveau d’études supérieur au Bac
-60% rapportent la mémoire d’abus sexuels antérieurs à l’âge de 4 ans.

· Les accusateurs 
-62% accusent le père d’abus
-30% accusent à la fois le père et la mère d’abus 
-18% incluent des allégations d’abus sataniques rituels
-71% des frères et sœurs ne croient pas les accusations 

 

Qu’est-ce qu’une bonne thérapie ? 

La pratique d’une thérapie valide devrait aider le patient à assumer la responsabilité de son existence, à gérer au mieux ses problèmes et à apprendre les savoirs utiles pour l’avenir.

On a recensé plus de 400 variétés de thérapies mais une poignée seulement ont été évaluées pour déterminer leur efficacité.Tous les thérapeutes qui affichent un titre n’ont pas obligatoirement la compétence affichée.

La Commission Interministérielle de Lutte contre les Sectes a émis le souhait que cette profession soit un peu mieux réglementée.  

Une liste de symptômes peut-elle indiquer qu’un abus sexuel a eu lieu ?  

La littérature sur les « mémoires retrouvées » prétend que plusieurs symptômes y compris des désordres de l’alimentation indiquent des abus sexuels passés.
Ainsi des thérapeutes affirment que ces symptômes sont la preuve d’abus passés.
On relève ainsi :
- les maux de tête,
- les intestins irritables,
- la recherche de l’amitié et de l’attention des autres,
- la peur de l’acte sexuel, ou la recherche de plusieurs partenaires,
- la difficulté de se mettre en colère,
- l’énurésie qui s’est prolongée,
- la peur des risques,
- ….
En fait, le psychologue Ray London en 1995 a établi une liste de 900 symptômes différents, prétendus révélateurs d’abus sexuels. Mais après avoir étudié la littérature professionnelle il a trouvé qu’aucun de ces symptômes ne prouvaient de façon fiable une histoire d’abus.

La guérison est elle possible ? 

Des patients de plus en plus nombreux reviennent sur leurs accusations et se réconcilient avec leurs familles, le chemin est long mais la joie est au bout.
Mais les traces sont parfois indélébiles:

Nous ne nous sentons plus les mêmes.
Notre fille, âgée de 48 ans, est revenue dans notre famille après de nombreuses années.
Elle ne s’est jamais rétractée ni simplement dit qu’elle était désolée. En fait elle nous a dit qu’elle ne l’avait pas voulu. Nous l’acceptons comme elle est, mais la situation est comme dans ce poème :

« La véritable amitié est comme un vase de Chine— chère, riche et rare,
Une fois cassé il peut être réparé,
Il peut être réparé mais la fissure est toujours là. »

Notre relation est un peu contrainte, je le sens bien. Nous ne nous sentons plus les mêmes avec elle, mais ses enfants sont merveilleux !

Une mère

 Elisabeth Loftus, le syndrome des faux souvenirs.

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