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Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (10)

12 Juillet 2020, 09:22am

Publié par Grégoire.

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau…  (10)

 

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

Être servante de cette vie qui se manifeste dans le crucifié, c’est pour la femme, d’abord en accueillant cette fragilité de l’homme qui essaye d’aimer mais qui ne sait pas. Et l'accueillir, c'est l'accompagner à faire une chose : se livrer. A défaut de savoir aimer ou même de savoir ce qu’il faut faire, l'homme peut aimer en se livrant.

 

Il y a une décision, un consentement, une soumission : dans le sens d’accueillir, non pas dans la force de l’homme mais dans sa fragilité, quelque chose de plus grand qu’elle.

 

Et peut-être que le seul courage de l’homme, ce qui le rend grand c’est d’apparaître dans cette fragilité là, de se livrer dans cette fragilité là, et de prendre le risque de ne pas être accueilli.

 

Là, il y a quelque chose de l’intime du rapport à Dieu dans lequel le Christ veut nous mettre et l’intime du rapport de la femme à l’homme, qui sont liés. Et il faut aller sans cesse de l’un à l’autre, de l’accueil du crucifié à l’accueil de l’homme, pour toucher, , à la manière concrète dont Dieu attend d’être accueilli. 

 

À moins que l’homme soit une brute épaisse, doublé d’un hypocrite pharisien, normalement l’homme sait qu’il n’est pas compétent dans l’ordre de l’amour. D’où sa propension à se réfugier dans la forme, l’efficacité, le combat politique, le pouvoir etc… toutes ces sortes d’idéologies lointaines de son état d'être incarné, sont des manières de déserter sa fragilité dans l’ordre de l’amour, alors que son courage serait de s’y soumettre. 

 

On voit là que les obstacles à l'amour sont dans une double peur : pour la femme celle d’être dominé par l’homme, et pour l’homme d’être manipulé par la femme. La renonciation a se laisser dominer par ses peurs, consiste à cette soumission les uns aux autres, qui est d’obéir à Dieu qui me donne l’autre : « voici ta mère, voici ton fils ». En acceptant que l’autre est tel que Dieu me le donne et non pas tel que je voudrais qu’il soit. Et j’ai a accepter d’être donné à l’autre tel que Dieu le veut. 

 

Cette soumission de l’un à l’autre qui est la loi de la charité fraternelle, trouve sa source dans le lien du Père et du Fils. Et sa mesure, c’est aussi la densité de l’amour même du Père pour le Fils. Parce que si je me mets à aimer l’autre à la mesure de l’envie ou de l’idée que j’ai de l’aimer je ne vais pas aller très loin. Et la « soumission » c’est de laisser le Seigneur débarquer l’autre dans mon existence comme il en a envie. Ce qui n’est pas confortable, parce qu’après cela, l’autre est là ! Il me faut donc 'faire avec' : je ne peux plus vivre sans ce qu'il est. Et donc ça fout nécessairement le bazar dans ce que j'avais imaginé de ce que serais ma vie. Autrement, on ne rencontre jamais autrui. Et plus on tarde, plus on se planque. Et plus on se planque, plus on retarde et rend difficile la rencontre et la naissance à autre chose que moi et mon petit univers. 

 

Mais cette acceptation du débarquement de l’autre ne suffit pas : il faut qu’il y ait ce double désir, celui d’accueillir la fragilité du coeur de l’homme : celle qui fait peur à la femme, et de l’accueillir comme un chemin qui va la conduire à Jésus et au Père. Et l’acceptation de la part de l’homme, que son incapacité à aimer, son impuissance à recevoir l’autre, la lourdeur de son désir d’efficacité et sa bêtise à auto admirer sa force ne sont jamais des excuses à ne pas se livrer. 

 

S’en remettre aux mains de l’autre, tel est le désir que Jésus laisse apparaitre en se livrant et en livrant Marie à Jean, et Jean à Marie. C’est cette fragilité Christique, celle que Jésus montre comme crucifié, qui comme tel apparait dans le coeur de l’homme. C’est à celle là que la femme doit se « soumettre », puisque sa ‘compétence relationnelle’, sa capacité à recevoir un l’autre, n’est jamais une « compétence » à la souffrance. Or, c’est la part douloureuse, fragile, perdue de l’homme livré dans l’amour qui est confié à la femme. Et c’est l’acceptation par la femme de cette part qui va permettre à l’homme de se livrer.

 

C’est en ayant appris auprès du Christ que l’homme est un cadeau dans sa fragilité, que la femme peut livrer jusqu’au bout son trésor à elle. Puisque la femme est là pour réaliser cette intelligence de la surabondance dans l’amour. L'amour dans ce qu'il a d'excessif, de trop et de gratuit.

Et il n’y a qu’auprès de Jésus crucifié que l’on peut avoir l’expérience de combien l’homme est un cadeau dans sa fragilité. Car c’est là, dans ce lieu précis que Jésus veut se donner à aimer, leur donner de s'aimer, mais aussi leur révéler l’amour dont ils sont aimées.

 

Grégoire +

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