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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (4)

1 Juin 2020, 14:50pm

Publié par Grégoire.

 Il répandit l’intensité de son amour en se répandant lui-même comme de l’eau… (4)

 

Jésus dit : « C’est achevé » et inclinant la tête, il remit l’Esprit.

 

L’Esprit-Amour est Celui qui nous fait aimer, devenir Amour ! C’est ce que Jésus commande en apparaissant à ses disciples : « Recevez l’Esprit-Saint », c’est à dire « devenez Esprit-Saint, buvez cette parole que je vous dit, venez vous plonger dans mon désir sur vous pour devenir mon Esprit-Amour, mon coeur. C’est ce que moi je veux faire de vous »

Devenir Esprit-Saint, source d’amour, c’est pour nous accepter de pâtir, d’accepter d’être rendu relatif, pure réceptivité, agneau, victime offerte, cri de soif, blessure inutile : témoins de Jésus offert à la Croix. Puisqu’à la Croix il se sert et assume toute la violence humaine, la trahison fraternelle, la jalousie religieuse, la lâcheté politique, pour, avec ça, nous dire ce qu’il est : celui qui se reçoit du Père. C’est ce que Jésus demandait dans le « Père glorifie ton Fils ». Il demandait :  « redis-moi ce que je suis pour toi : ton unique engendré » Et Il lui demande de nous le faire connaitre pour nous le donner à vivre.

« Recevez l’Esprit-Saint » c’est donc pour Lui faire de ceux qui lui sont le plus cher des agneaux, des petites hosties, des offrandes d’amour gratuite, des donnés au Père pour tout recevoir de lui

L’amour nous dépossède de nous-mêmes, de nos attributs, de nos qualités, de nos avoirs, de nos statuts, de nos rôles aussi spirituels soient-ils. Il est comme une intrusion, une prise de possession en nous de Celui qui nous attire, mais sans rien pouvoir  posséder de l’autre. Il est ce poids en nous qui nous incline vers l’aimé, mais sans pouvoir mettre la main sur celui qui nous attire. Le jour où l’autre devient notre avoir, notre propriété, l’amour se tarit et meurt étouffé. L’amour est attraction, repos dans un autre sans possession.

 

C’est en cela qu’aimer est toujours de trop pour nous. La générosité, le service, le don de soi, ça va encore puisqu’on fait quelque chose, donc on s’y retrouve. Mais pour ce qui est de l’Amour, honnêtement, parce qu’on tous des incompétents notoire, on n’aime pas ! « L’Amour n’est pas aimé » pleurait la nuit François d’Assise ! Parce qu’aimer réclame un tel état de pauvreté, de n’avoir aucun droit, de ne rien réclamer pour qu’il demeure lui-même, que peu accepte le dépouillement qu’il réclame. 

 

N’est-ce pas pour cela que Jésus réalise, ou plutôt commande, au sommet de la lutte, ce nouveau lien fraternel pour que nous puissions recevoir jusqu’au bout Celui qui se donne à aimer et qui veut nous co-naturaliser à lui : « voici ta mère, voici ton fils… » 

Ne faut-il pas s’interroger sur nos refus de ces liens qui nous obligent à une nouvelle dépendance, apparemment anodine, même peut-être apparement trop sensible que Jésus veut, pour  nous conduire à cette oblation de nous-même qu’il veut réaliser ? 

Cela commence à Cana, avec cette attention complètement incongru et pourtant réclamé par Marie : « ils n’ont plus de vin »… L’opposition entre le sensible et l’Esprit n’est-elle pas l’oeuvre de L’Esprit-mensongé, jaloux de l’alliance que le Père a voulu ? Dans l’Eucharistie déjà, n’avons nous pas un signe de cette alliance extrême que Dieu fait entre Lui dans ce qu’il a de plus intime et d’une matière somme toute banale ? Si nous refusons cette alliance, n’est-ce pas parce que l’amour inscrit un état de dépendance à un autre qui apparemment n’apporte aucune solution pratique, et qui s’il est vécu jusqu’au bout réclame d’être choisi comme étant de l’ordre de la survie ? Cela se voit pour l’embryon, ou tout vivant vis à vis de la nourriture et que Jésus explicite en disant : « sans moi vous ne pouvez rien faire »

 

C’est cet Esprit-Amour que Jésus vit et manifeste à la Croix dans sa chair. Il vient à la Croix nous donné à connaitre, et à vivre, ce qu’il y a de plus intime en Dieu : le secret de Dieu, ce qui noue le Père et le Fils, la Source et l’Engendré, cet amour réciproque, attraction et repos, principe et achèvement.

Cet Esprit-Amour est donc donné à vivre spécialement dans nos luttes, nos misères, nos croix. Quand on est sans force, sans éclat, jugé, meurtri, misérable, inutilisable, alors il est celui qui se répand, coule en nous, donnant une nouvelle signification à nos misères, à nos pauvretés, à nos blessures. Ce qui à nos yeux humains est un échec, devient, par lui, offrande de nous-même, don, acte d’amour. 

On comprend alors ce leitmotiv de Jean, son « magnificat »  face à Jésus mort, l’Agneau comme égorgé dans l’Apocalypse, blessé jusque dans son cadavre : Jean écrit « ils regarderont celui qu’ils ont transpercés ». C’est vrai pour Jésus : ses blessures, les violences qu’il a subit deviennent le lieu de la révélation et du don de l’Esprit-Amour, l’Esprit Paraclet. Ce qui était l’effet de la violence humaine devient état de don, d’amour. 

 

Et bien si c’est vrai pour lui, c’est vrai aussi pour nous ! La révélation n’est pas une vitrine ! Il nous faut donc nous regarder nous-même comme « le transpercé », puisque nos fragilités, nos misères, nos fautes deviennent lieu de don, d’amour, de révélation, d’où coule des fleuves d’eau vive si nous le voulons. C’est ce que crie Jésus dans le temple : « Celui qui croit en moi, qu’il vienne à moi et qu’il boive. (Car alors) de son sein couleront des fleuves d’eau-vive »

Cela c’est vrai pour chacun de nous. C’est ainsi que le Père veut que l’on se regarde. Ce qui fait dire à St Thomas que l’Esprit Saint n’aime que ceux qui aiment ! et surtout, qui s’aiment dans la lumière du Paraclet ! C’est à dire accepter la manière dont le Père fait de nous des dons, fait de nos vies une offrande, un parfum répandu en pure perte !

On reste souvent à un regard matériel, un regard de justice sur nos misères, c’est à dire selon le résultat, avec des grands « ah c’est pas bien ». Et en restant à un jugement selon le résultat nécessairement on se durcit, on se juge, on cherche à tout corriger par soi. 

Ou alors, on peut entrer dans le regard du Père qui transforme nos misères, nos pauvretés, en un état d’offrande. Alors on se liquéfie, on devient tendre pour soi-même et pour nos frères. C’est cela l’Esprit-Paraclet. C’est cela aimer selon le coeur du Père : le laisser se servir de tout en nous, absolument tout, pour en faire le lieu de son secret le plus intime, en usant de nos misères comme ce qui nous met en état de réceptivité et de don, de cri vers lui, d’attente et d’offrande gratuite.

 

C’est ainsi que le Père veut faire de nous des sources, que nous ne devenions qu’amour, sans mesure, sans limite, sans prudence aucune « La mesure de l’amour c’est d’aimer sans mesure » prêchait St Bernard.

 

En cela l’Esprit de Feu est le Père des pauvres : en nous attirant, Il utilise tout en nous pour nous mettre en état de totale gratuité, d’excessive gratuité, d’extrême gratuité ! Et donc de pauvreté puisque tout nos actes sont sans attente de gain ou d’intérêt, sans attente de retour sur investissement, sans aucun droits dessus : ils sont perdus, répandus en pure perte ! C’est cela « perdre » sa vie pour lui, en choisissant qu’il s’en serve comme il l’a voulu, sans pouvoir l’utiliser pour faire du bien comme on l’aurait souhaité.

 

Et ça c’est, Jésus Agneau, répandu en pure perte, qui est à la Croix « comme l’eau qui s’écoule », comme un parfum répandu et irrécupérable, livré pour nous, parce que c’est nous.

 

à suivre …

Grégoire +

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