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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Fuyez les gens sérieux, ils sont mortels ...

6 Mai 2020, 04:21am

Publié par Grégoire.

Fuyez les gens sérieux, ils sont mortels ...

Le meilleur de notre monde c’est cette cour d’école en chacun où nous pouvons nous retrouver et jouer ensemble.. le monde c’est la salle de classe, ça ne rigole pas, ça ne rigole pas le monde, il y a le maitre, il y a les élèves, il y a les bonnes notes, il y a les mauvaises notes...  ça craint, ça craint beaucoup, et on s’ennuie, et on meurt d’ennuie, et on meurt de cette souffrance d’être parfois humilié, d’être parfois oublié, et la pire place est peut-être celle des premiers ! 

Et le meilleur dont je vous parle ici, c’est le délassement, le délassement : vous quittez l’argent, vous quittez le savoir, vous quittez les appartenances de toutes sortes, vous quittez même vos métiers, vous quittez vos apparences, même vos vêtements, vous quittez tout, vous êtes dans la nudité interne qui est celle de l’âme, et les âmes ce n’est pas ce qu’on croit, ce n’est pas ce que disent parfois à tord les religions, ce n’est pas ce qu’elles en ont durcit, les âmes c’est juste des enfants qui jouent .. et imaginez, ça c’est le paradis, parce que les cours d’école ça peut-être terrible aussi, mais une cour d’école ou vous n’avez plus rien à craindre, où on peut se rencontrer, où la guerre c’est fini..

la guerre c’est dans les horaires de la salle de classe, dans les horaires d’école, c’est la guerre, le bombardement du savoir, le bombardement des places, et la grande menace du sérieux.

Il n’y a qu’un millimètre entre le paradis et nous, seul nous n’arriverions jamais à le franchir.. je suis entré plusieurs fois au paradis, j’en suis sorti… chaque fois je suis entré, c’était la rencontre avec quelqu’un.. et le partage du monde, -le partage non pas de ce monde là, ce monde de ténèbres- mais le partage.. comprendre que la personne ressent les choses comme nous et nous, comme elle… que nous avons un trésor de guerre à partager, que le trésor est fait de blessures, il est fait de larmes, il est fait d’une attente, d’espérance, et que ça, tout d’un coup : « ah, c’est pareil pour vous ? Ah c’est pareil ? Alors je ne suis pas à enfermer ? » On est deux, alors on faire venir une vérité vivante, et non pas un secret, ou un enfermement qu’on ne peut pas partager parce qu’on pense qu’on est pas normal … C’est ce monde qui n’est pas normal !

L’émerveillement, malgré tout ! Cette capacité enfantine de s’arracher à la terreur du monde. C’est le petit sauvage en nous qui nous sauve, c’est l’enfant intuable en nous, celui qui garde une lumière de berceau, rejoindre la part enfantine que le quotidien peut bousiller.. un secours vient toujours, du dehors, étrangement du dehors, pour réveiller ce qui est le plus enfoui, en dedans, vous n’avez pas à le chercher, ça vient, ça vient.. C’est un drôle de matériau la vie, c’est comme quelque chose ou quelqu’un qui vient vers vous et qui de temps en temps vous pose une main sur l’épaule, de temps en temps vous donne une claque, de temps en temps vous montre son dos, et qui s’éloigne et qui s’en va même dans des ténèbres dont vous ne connaissez plus le nom, et puis qui tout d’un coup se retourne et vous envoie le feu d’artifice d’un sourire.

Christian Bobin.

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