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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Rien n’est jamais acquis à l’Homme

14 Avril 2020, 00:03am

Publié par Grégoire.

Rien n’est jamais acquis à l’Homme

On peut comprendre l’exil aussi comme une sagesse, non écrite, vécue, verbale. Un cercle littéraire disparate avec quelques données stables tout de même. On a toujours ce MOI (réfugié, migrant, nomade, étranger) et les AUTRES (la police, l’administration, les habitants du nouveau pays...) Nous et eux. Et ce long et douloureux chemin, cette passerelle ô combien fragile entre nous et eux. Et pourtant n’oublions jamais. Dans chaque Homme il y a un peu de tous les Hommes. Nos destins sont liés, il n’y a pas une seule « patrie » ni un « sol » unique, le destin d’un homme peut devenir le destin de nous tous. L’Ulysse d’aujourd’hui est un naufragé. C’est ainsi depuis que la géographie existe. Le monde est comme il est. L’homme aussi. Jusqu’à son dernier souffle. C’est ainsi qu’on peut, qu’on doit, au lieu de dire eux, dire tout simplement nous.

 

Des yeux. Disons que les yeux humains sont la plus belle rencontre. Nous sommes à Lingolsheim, nous sommes aussi dans le dé- funt Empire soviétique, mais aussi à Beyrouth, à Damas. Les femmes autour de moi sont courageuses, bien évidemment.

 

« Paris c’est chaos, Strasbourg c’est vert et calme », dit Rashaa. Le chemin traversé pour venir dans notre calme est improbable. Son visage lumineux est assombri tandis qu’elle nous raconte sa fuite de Syrie. Parfois ses mains dansent comme si Rashaa voulait encore une fois écarter des ombres.

 

« Chaque Syrien rêve de traverser la mer en bateau ».

 

Une guerre a désorbité sa vie paisible, sa ville Damas, surnommée aussi la ville du Jasmin, sa rue... La guerre. Et sa force aveugle, laide et vulgaire qui jette sa famille sur la route. Son mari, leurs quatre enfants (dont un bébé de quarante jours) et Rashaa sont partis pour toujours. La suite de leur exode est incroyable : le Liban d’abord, puis le Brésil, la Guyane et enfin la France métropolitaine...

 

Rashaa nous parle de São Paolo. Des crocodiles et des singes, de la forêt d’Amazonie... De sa peur constante pour ses enfants. De sa volonté, de la force, primordiale et vitale.

 

Notre rendez-vous est en français. La nouvelle vie de Rashaa aussi. Elle hésite, elle cherche ses mots, sourit, un peu gênée. Pendant qu’elle nous parle chaque phrase de Rashaa est coupée, cassée, en plusieurs morceaux par le silence. Par les non-dits, par des choses terribles ou inhumaines... par l’exil, qui est déjà par définition une défaite. Mais elle est courageuse, Rashaa. Leur petite famille arrive finalement à Strasbourg, « ville verte et calme », car sa sœur et de la famille habitent en Allemagne.

Toute la famille a d’abord dormi dans la rue, avant qu’un couple ne les en sorte, ému par leur sort. « Maintenant, ça va », dit-elle.

 

Pour un homme de lettres ou d’images, pour un historien ou un sociologue, la guerre est beaucoup plus intéressante que la paix. Plus dramatique. Plus sensationnelle. Imprévisible. Tôt ou tard la paix devient routine. Personne, jamais, ne fut décoré pour ses journées métro-boulot-dodo. Ou pour amener son enfant à l’école. Pour prépa- rer un ragoût ou pour aller au cinéma. Pour lire les classiques russes ou pour réciter Verlaine par cœur. Ou comme Rashaa pour inscrire ses trois fils à la médiathèque !

 

L’intelligence et le courage des femmes sont cent, mille, dix mille fois plus forts que l’absurdité de n’importe quelle guerre.

 

Son premier souvenir de Strasbourg ?

« J’entre dans le tram, sourit Rashaa, avec mon bébé dans les bras. Et un homme se lève et il me laisse la place. Pour la première fois dans ma vie... »

« Vous voyez, j’ajoute, que Strasbourg est une grande ville. »

 

L’histoire de Nana est simple. Nana est Géorgienne. Le pays de Saint Georges, des hommes bons et « des premiers chrétiens ». Un pays où, selon elle, « beaucoup de gens aiment le prénom Georges et prénomment leurs enfants Georges. »

« On trouve une grande statue de Saint Georges en or, elle nous explique, sur une place de la capitale Tbilissi ».

 

Son visage est rond sans ombre et ses gestes grands, à l’italienne. Elle parle Nana, comme quelqu’un qui se sent enfin libre. Sa parole est vive, drôle, parfois même coquine. Elle nous montre sur son portable les fiers danseurs de son pays. Les Cosaques Virtuoses. Et les danseuses sorties tout droit d’un conte de fées russe. Particu- lièrement fière, elle nous montre le khinkali, un savoureux ravioli qui, selon Google, « peut être fourré de différents ingrédients mais le plus souvent de viande. » Une dentelle gastronomique cuite dans le bouillon. Le mélange des saveurs éclate alors en bouche quand on croque dans la pâte ! Puis elle nous donne quelques consignes. Pour qu’un khinkali soit réussi, il faut pincer la pâte vingt-cinq fois pour bien fermer le ravioli ! Sa parole est appuyée par les gestes.

« Pin-cer vous voyez ? Piiin-ceeer ».

Et nous, nous voyons ce merveilleux khinkali souffrir pour nous.

« Un vrai homme, ajoute Nana toute contente, en mange au moins quarante ».

 

 

Mille pincements en moyenne par repas. Pour un homme vrai plus que suffisant comme preuve d’amour.

Rien n’arrête Nana la Géorgienne. Ni le casse-tête de l’adminis- tration française, ni la langue, encore moins le froid. Le récit de sa vie est plus une addition de courage et d’amour qu’un grand roman d’exil. Arrivée en France pour rejoindre son mari, elle est restée huit ans sans-papiers. La préfecture ne voulait pas lui en délivrer, alors que les papiers de son mari étaient en ordre et qu’il travaillait. Durant cette période, Nana est restée à la maison. Enfermée dans la solitude.

 

« On a commencé notre vie, nous raconte Nana, plus calme, tous les deux ici mais derrière nous était l’ombre d’un loup, c’est-à-dire, le noir, la peur. Et ensuite, le loup se transforme en un arbre magnifique. On rencontre des gens très gentils, on a eu trois enfants, mon mari travaille.

On a des amis, on fait des fêtes, des marches, des voyages, nos amis aiment nos fêtes, nos repas. On fête les anniversaires ensemble. Ici les gens sont gentils, ouverts comme nous. C’est bien la vie comme cela. »

C’est vrai, c’est bien la vie comme cela.

 

Dans les contrées orientales le prénom Malak signifie les anges.

« J’ai quitté au Liban mon travail, dit-elle, et ici je ne travaille pas... Ici j’ai des enfants.

En arrivant ici, j’ai changé toute ma vie.

Aujourd’hui, je suis seule, je n’ai pas d’ami à moi, on ne fait pas de fête ici. Ici c’est très très différent du Liban. »

Mais malgré tout, elle est déterminée Malak.

« J’ai l’habitude d’être autonome, j’avais mon salon de coiffure, ma voiture.

 

Je veux apprendre à mieux parler le français.

J’ai besoin de faire quelque chose pour moi.

J’ai une voiture, ici, mais c’est mon mari qui l’a achetée... »

Elle hésite. Ses mots sont coupés par un silence propre aux gens qui ne sont pas encore prêts à vivre dans deux langues. Ou deux pays. Mais elle est déterminée.

« C’est bien connu dans le monde arabe. Les Libanaises sont les plus coquettes, les mieux coiffées... »

Elle porte un joli foulard Malak.

 

« Et qui peut voir la coiffure ? », je demande bêtement. Malak sourit.

Répétons, la liberté n’est pas au commencement, mais à la fin.

 

Velibor Čolić

Le Dieu, raconte une légende Rrom, avait conçu et imaginé ce vaste monde tel un abondant champ de fleurs. Il inventa les animaux avant l’Homme, laissé comme son ultime création. Une abeille alors traversa le monde de fleur en fleur. Entre chaque fleur, elle perdit un peu de pollen. Et de ce pollen perdu naquit le peuple Tsigane. Les premiers nomades.

Présenté comme une carte, notre monde ressemble à un jeu d’en- fant, quelques pouces et l’Amérique est en Europe, et en quelques centimètres l’Afrique toute entière, telle une gazelle, saute le Gibraltar. Vraiment rien. Mais sur une vraie échelle nos étonnants voyageurs du Neuhof ont franchi un espace difficilement mesurable en géographie. Tout un monde politique et divisé. Le Nord et le Sud, les pays riches et les pauvres, les pays en paix ou en guerre. Nous sommes au Neuhof, l’hiver hésite mais nous non. Une grappe de têtes souriantes.

« Vous voyez, dis-je, mon prénom Velibor, vient de veliki (grand) et bor (sapin). Donc je suis Grand Sapin. Peut-être plus petit que celui de la place Kléber. Mais mi-janvier lui il finira dans la poubelle. Et moi, enfin j’espère, non ».

Autour de moi encore un ange, Malek, Souad la Marocaine an- nonce que son prénom veut dire heureuse, chanceuse, et sa voisine Saliha d’Alger, vertueuse. Amin, loyal, digne de confiance, nous avons même encore un prénom slave, Ludmila (aimée du peuple) qui a trouvé son visage en... Angola.

« Un hommage incertain, nous explique Ludmila, de mon père aux telenovelas brésiliennes... »

Notre jeu de prénoms est prenant. Finalement, vivre ensemble passe par des choses très simples. S’intéresser un peu, juste un peu, à ce qui se cache derrière l’autre. Un nom, un prénom, un destin. Le réfugié est une tabula rasa, un adulte mal fini avec l’intelligence, au mieux, d’un enfant ou, au pire, d’un malade mental. Le réfugié est l’homme à qui l’on parle fort en phrases courtes. II est celui qui ne doit pas tomber malade puisqu’il n’a pas de sécurité sociale. Une seule certitude dans sa nouvelle vie. Il sait qu’il doit avaler tout doucement et digérer, si c’est possible, l’idée qu’il n’y aura pas, plus jamais, de retour dans son pays.

La pire frontière est la langue. Et pourtant le migrant n’espère rien d’autre que faire comme tout le monde, manger comme tout le monde, avoir les bonnes chaussures, les bons papiers. Il rêve d’une vie simple remplie de petits bonheurs.

On peut distinguer deux sortes de réfugiés : visibles et invisibles. Mais peu importe la couleur de sa peau, le migrant reste bien recon- naissable dans la foule. L’exil avec la richesse, c’est une patrie. La pauvreté chez soi, c’est un exil.

Le bonheur est le résultat de l’action juste.

Avant, en Syrie, Amin était professeur d’arabe. C’était avant. Maintenant il est chez nous. Son français est « trop petit » pour encadrer ses émotions. D’abord son voyage.

Invité par son ami qui habite à Tours, Amin nous raconte sa tra- versée rocambolesque. Une fois atterri à Roissy-Charles-de-Gaulle il cherche désespérément, sans succès, quelqu’un qui parle anglais. Il arrive tout de même à “ressembler” deux mots clés : Tours et Montparnasse. Apaisé, Amin prend le RER. Avec une dépense supplémentaire, « pas loin de 70 euros ». à chaque fois pour une nouvelle correspondance, Amin achète un nouveau ticket. Son guide, deux mots : Tours et Montparnasse. En se déplaçant il de- mande alors plusieurs fois, Montparnasse, Tours...

Finalement Amin se retrouve au quarante-troisième étage de, vous devinez... la Tour Montparnasse. Il est désespéré.

« Heureusement, sourit-il, il y avait un gardien arabe. Je le deman- dais. “Ahhh”, me dit-il, “il faut descendre et aller à la gare”. Alors je descends et je dépense mes derniers sous pour acheter un billet de train qui m’amène enfin dans la belle ville de Tours ».

Ludmila vient d’Angola. Sa mémoire est bousculée par la guerre. Elle garde de la tendresse pour son pays, pour ses grands-parents. « Il était une fois, nous raconte Ludmila, une histoire de ma grand- mère, un singe particulièrement malin. Pour faire des travaux chez lui il invita les autres singes. “Écoutez mes amis”, dit-il, “je suis un singe peu ordinaire. Quand je ne dors pas mes yeux sont fermés, et quand je dors ils sont grands ouverts mes yeux. Alors, travaillez mes amis et je serai avec vous”. C’est ainsi que les singes travaillaient dur et notre singe malin dormait tranquillement. »

Son pays est régulièrement secoué par les guerres. « Encore un pays riche, soupire Ludmila, qui finit pauvre ».

Nous discutons d’enfance. Je découvre que les peurs des enfants dans le bassin méditerranéen sont visitées par un personnage ter- rible. « Visage noir, longues dents, mais pas toujours, nous décrit Souad, Boao prend très souvent le visage de notre peur. Chacun l’imagine alors selon lui ».

Boao est une mesure éducative pour les grands-mères. Une puni- tion pour les garçons et les filles pas sages. Une annonce terrifiante du monde adulte, pas toujours bienveillant.

à l’opposé nous avons un autre personnage populaire. Au Maghreb, il s’appelle Jha, Djha ou Djouha, en Egypte il s’appelle Goha, en Turquie il s’appelle Hodja, mais ce sont toujours les mêmes aventures que l’on raconte à son propos. Djouha est un personnage mythique qui aurait vécu en Turquie aux alentours du XIIIsiècle. Sa renommée va des Balkans à la Mongolie et ses aventures sont célébrées dans des dizaines de langues, du serbo-croate au persan en passant par le turc, l’arabe, le grec, le russe et moult dialectes.

« Il porte la barbe, une longue robe, les babouches, précise Saliha l’Algérienne, nous avons beaucoup d’histoires avec Djouha. Il est bon, naïf, on dirait un enfant. Il se présente toujours avec son âne ».

« Alors, je demande, il est riche ou pauvre Djouha ? »
« Pauvre, répond Saliha, vous avez déjà vu un riche avec un âne ? »

Dans mon pays Djouha se prénomme Nasreddin Hodja. Une sa- gesse populaire. Dans n’importe quelle situation, Nasreddin Hodja s’en sort avec une incroyable légèreté.

Il est invité chez un riche. La collation qu’il fait servir est un déli- cieux lait de chamelle bien frais saupoudré de cannelle. L’hôte s’en sert un plein bol, mais il ne remplit qu’à demi celui de son invité. Nasreddin Hodja commence alors à s’agiter sur son siège, cherchant partout autour de lui. « Qu’est-ce que tu voudrais, Nasreddin ? Une cuillerée, du sucre ? » « Non, une scie. J’aimerais enlever le haut de mon bol qui ne me sert à rien. »

Nous parlons de la vie. L’exil n’est jamais tranquille. L’exil est la nouvelle chemise qui nous gratte le cou, la seconde main, le troi- sième homme et les quatre cavaliers de l’Apocalypse, en même temps. C’est un polyglotte l’exil, un filou, un oiseau exotique, un jazzman, c’est un sablier qui est conscient de chaque grain de sable qui coule dans ses entrailles. Un peu Picasso et Chagall, tantôt Paul Celan ou Stefan Zweig, l’exil est très souvent anonyme. Tan- tôt l’ombre, ponctuellement la lumière. L’exil est un foulard, une cuisine : les olives et les amandes, les petits pains ronds, le sel et le romarin. Vingt-et-un grammes de Venise et trois tonnes d’Alexandrie, les mathématiques, la métaphysique et l’art abstrait. L’eau fraîche et le sang chaud, les figues et les hauts minarets de douleur.

En même temps l’exilé est moustachu, barbu et les pieds nus ; il est soldat et pacifiste, courageux et traître, apatride et nationaliste.

Nous discutons du monde. Amin hésite, ensuite il nous raconte la guerre dans son pays. La Syrie. Un pays meurtri et sa famille disper- sée aux quatre coins du monde. Rien de spectaculaire. Les morts, les disparus, les vies brisées... L’unique évocation de la guerre pendant nos rencontres. Bien évidemment, je n’insiste pas. J’écoute.

« L’intelligence d’un homme, dixit Georges Perros, le poète, se mesure à la qualité et au nombre d’obstacles qui l’empêchent de vivre, et à sa manière de les franchir ».

Une fois arrivé dans son deuxième pays l’exilé peut commencer à apprendre... Apprendre une autre langue, apprendre à téléphoner, à marcher, à manger, à aimer... Une fois sur place l’étranger peut envisager plein de choses : comment devenir invisible, comment raconter son histoire invraisemblable, comment respirer et marcher autrement...

Une fois arrivé et installé ailleurs, dans une autre culture il peut même devenir Monsieur Tout-le-monde. Ou encore mieux : un sage.

Finalement, l’exil, c’est l’initiation.

En même temps une justification pour cette longue absence de son pays et cette inexplicablement longue présence dans l’autre pays. Double identité, double comptabilité.

Absence et présence, en même temps.

L’exil est un questionnaire. La schizophrénie. L’oubli lent et la mémoire vive.

La « banalité » des visages autour de moi est rassurante. La « banalité » de leurs désirs aussi. Aucun complot. Aucune invasion ou je ne sais pas quoi. Politique ou économique, l’exil est aussi un désir, un changement. Une longue, et parfois, douloureuse émancipation. Malek est Turque. Future patronne d’un salon de thé. Elle parle peu. Elle évoque le 23 septembre 1999, date de son arrivée à Haguenau et le 14 mars 2016, jour de son emménagement à Strasbourg. Elle joue du saz. Encore un instrument polyglotte qui affiche les mêmes origines que notre Djouha. Sinon c’est un luth à manche long. Très discrète sur son passé Malek possède peu de mots en français. Elle a passé des années à ajuster des robes de mariage. C’était avant. Maintenant elle apprend enfin la belle langue de Molière. La même détermination et le même courage que Souad la Marocaine sa voisine de table.

Faire ou refaire sa vie. Les raisons ne sont pas forcément poli- tiques. Les jeunes femmes ne sont pas forcément les « réfugiés type » présentés abondamment et quotidiennement dans nos médias non plus. Ici c’est un autre combat, il me semble. Celui de femmes. Pour grandir et rester grandes, pour partir et rester ailleurs. Pour apprendre à parler français. Pour ouvrir un salon du thé à l’orientale. Pour jouer du saz. Pour ne pas jouer du saz. Pour partir, pour rester. Pour décider. Pour être et continuer à être. Libres.

Rien n’est jamais acquis à l’Homme.
Nous pouvons arrêter de nous faire du souci pour la femme orientale. Il n’y a point de bonheur sans courage, ni de vertu sans combat.

 

Velibor Čolić

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