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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Penser aux gestes-barrières, penser sans barrière

1 Avril 2020, 01:45am

Publié par Grégoire.

Penser aux gestes-barrières, penser sans barrière

Il y a 3 mois à peine nous nous souhaitions une belle année et une bonne santé. 

-Qui aurait alors songé qu’une dissuasion bien plus inquiétante que des forces de l’ordre et de tirs de LBD ferait plier des gilets jaunes manifestant depuis une année ? 

-Quel urgentiste en grève depuis de nombreux mois, sur banderoles mais pas sur le terrain, aurait osé penser que malgré le manque de moyens, il vivrait une situation bien pire que celle dénoncée tout en étant pourtant mieux compris ? 

-Quel laissé pour compte par la société aurait imaginé la double peine d’être abandonné à la fois par l’Etat et par les associations bénévoles ? 

-Enfin, quel citoyen aurait cru qu’au nom du civisme, à défaut de tout autre moyen mobilisable, il aurait l’obligation de s’enfermer en s’autorisant cependant à sortir sous conditions ? Qui aurait pu imaginer que le respect du confinement « confinerait » au courage et qu’on enverrait, nous défendant en première ligne, un corps médical d’autant plus héroïque que désarmé ? 

-Quel gouvernement aurait osé penser plier devant un ennemi invisible remettant en cause en quelques jours ses choix et ses principes fondamentaux ? 

 

On nous parle de situation de guerre, de médecine de guerre. L’utilisation de la sémantique guerrière accentue la dramaturgie communicante et le communautarisme patriotique, ce n’est pas nouveau. Les médecins humanitaires savent la différence entre opérer sous les bombes ou dans les décombres et soigner dans des conditions dégradées directement issues des choix d’une économie ultra-libérale, délocalisée et mondialisée, de priorités financières spéculatives (pardon pour le pléonasme), de flux tendus et d’imprévoyance. 

Nous ne sommes pas en situation de guerre mais de catastrophe. Nous sommes dans un pays en paix, contrairement à d’autres oubliés, qui peine à protéger sa population tout en figurant parmi les plus puissantes au monde, bien présente notamment sur le podium des ventes d’armes…Là, il est permis de parler d’effort de guerre ! 

Le préambule de la Constitution Suisse stipule que : « La force d’une communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres ». Ça y est nous y sommes, nous sommes arrivés à l’heure du tri des plus faibles. Qu’en auraient pensé les rescapés des camps, les échappés du tri, s’ils avaient été aujourd’hui, dans leur grand âge, hospitalisés ? Dieu merci, à quelques années près ils n’auront pas à vivre cette situation. 

Les curseurs des notions de soins palliatifs doivent-ils être révisés en fonction des moyens quantitatifs et qualitatifs plus ou moins accordés à la médecine ou définis éthiquement à une limite thérapeutique optimale et décente au-delà de laquelle on verse dans l’acharnement ? Autrement dit, celui qui aurait été sauvé hier sans acharnement thérapeutique, est-il acceptable qu’il bénéficie aujourd’hui de soins palliatifs, eux-mêmes au rabais pour cause d’urgence de libération de lits, sans même l’accompagnement de familles ou d’associations, au nom de l’imprévoyance ? Faut-il rappeler que « gouverner, c’est prévoir » ? 

L’état déclaré de guerre peut réclamer l’unité et l’obéissance. L’état de catastrophe réclame l’unité, la solidarité et la capacité à s’interroger. 

Alors je ne fais que poser des questions. On nous dit qu’il sera temps après d’analyser, qu’il pourrait être indécent de le faire maintenant... On voit où mène le manque d’analyses avant. Après les drames, la place est à la résilience et à l’oubli le plus souvent, voire au révisionnisme et au négationnisme, comme le montrent les expériences passées. Sans misanthropie, je ne nourris pas trop d’illusions sur la nature humaine. 

Lorsqu’il s’agit de vie ou de mort, réfléchir, se questionner et interroger le monde est un droit immédiat et inaliénable. Et pas uniquement dans les cas d’urgence sanitaire, mais également environnementale ou sociétale. Sans doute certaines questions portent en elles clairement les réponses. 

D’autres interrogent sur la place de l’homme, variable d’ajustement d’une finalité économique ou au cœur d’une société respectueuse de sa place et de son environnement, en commençant par les plus faibles? 

 

Jean-François Debargue 

28 mars 2020

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