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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Le premier amour

2 Décembre 2019, 17:07pm

Publié par Grégoire.

Le premier amour

" J’avais dix-huit ans et j’étais amoureux. Ma vie n’avait qu’un seul but : la traduire. Mais comment trouver les mots justes pour la forme de la forme de ses seins ? pour le secret du secret de son sourire ? pour la profondeur ineffable de son regard sombre ?

Je voulais la traduire comme on traduirait un poème d’une langue qu’on aime – mais qu’on ne comprend pas. Je voulais écrire sur elle – et sur elle. Je voulais décrire ses lèvres – et ses lèvres.

Je voulais, pour toujours, la tenir tout entière sur le bout de ma langue. Malheureusement, les premiers amours, aussi éloquents soient-ils, ne sont jamais que les préludes des premières défaites.

On ne devrait jamais essayer d'écrire son premier amour : même après l'écriture il reste invivable. "

 

Santiago H. Amigorena se met en scène dans une histoire de cœur bien particulière. Amoureux de Philippine leur relation sera très étroitement liée à l’écriture. Au lieu de parler, Amigorena va écrire même quand Philippine est là : écrire des mots qu’elle lira par dessus son épaule ou bien écrire sur son corps – et son corps. Amigorena nous raconte cette histoire d’amour passionnelle ainsi que la profonde solitude qui en découlera car « les premiers amours (…) ne sont jamais que les préludes des premières défaites ».

Si l’on résume ce livre rapidement, l’histoire peut paraître banale : deux adolescents s’aiment et se séparent, quoi de plus commun, malheureusement ? Ce qui apporte tout l’intérêt à ce livre c’est surtout la qualité des écrits d’Amigorena pour cette jeune fille et la description qu’il en fait, à vouloir toujours chercher le meilleur moyen pour la décrire et pour décrire leur amour. On se plait à suivre sa poésie, à découvrir le corps de Philippine à travers les lignes à la typographie courbée qui parsèment les pages de ce livre. C’est une histoire d’amour dans ce qu’elle a de plus beau, de plus intense et de plus tragique.

Pour les amoureux de ce livre, il y a une suite : La première défaite, où Amigorena décrit les quelques années qui ont suivi la fin de sa relation avec Philippine.

" Mon premier amour a commencé le 25 novembre 1971 dans une cour d'école de Montevideo. Ou alors à Patmos, sur la plage de Psiliamos, le 8 août 1979. Ou bien, comme je l'ai écrit, par une pluie de pétales de roses, le 1er mai 1980, dans une chambre de la rue du Sommerard. Ou peut-être pas. Peut-être mon premier amour a-t-il commencé rue de Buci, le 5 septembre 1985, ou encore à Venise, un soir du mois d'octobre 2005. Ou enfin dans un café du 11e arrondissement de Paris le 2 février 2012.

Tout cela est vrai, tout cela est faux. Car mon premier amour a commencé seulement, uniquement, le 13 mai 1997 à la fin d'un dîner au palais des festivals de Cannes. Je le sais parce qu'il y a eu quelque chose d'unique en cet instant précis où elle s'est levée de sa table, où je me suis levé de la mienne, et où nous avons fait quelques pas inoffensifs l'un vers l'autre.

Qu'y a-t-il eu de si unique dans cet instant acatène ? Y avait-il déjà la passion sensuelle qui devait nous faire rester entremêlés comme des escargots sans coquille pendant des années ? Y avait-il le présage des enfants que nous avons eus à peine quelques mois plus tard ? Y avait-il dans son regard de havane cette promesse éternelle du plus grand bonheur et du plus grand malheur qui me fait encore rire et pleurer aujourd'hui comme j'écris ? Il y avait tout cela, et il y avait tant de choses encore. Il y avait tout ce qui rend cet instant où l'on chavire impossible à appréhender, impossible à décrire. Il y avait cette simple promesse d'un autre possible qui devient absolument nécessaire et qui rend ce que jusqu'alors était notre vie absolument inutile.

Pourquoi ? Parce que le premier amour, comme le Grand Jeu, pour peu que l'on veuille le jouer à tous les instants de notre vie, se joue en un seul coup ; parce que le premier amour est la preuve éternelle que nous sommes encore en vie, la preuve éternelle que l'oubli peut toujours l'emporter sur la mémoire ; parce que le premier amour, comme l'Éternel Retour, est une pure affirmation : on revient au même et on est autre, on revient à l'autre et on est le même. Peut-être me demanderez-vous alors quelle est la différence entre le premier amour et les autres amours. Elle est toute simple : il n'y a qu'un seul premier amour – et chaque amour est le premier. »

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