Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

le chant de la vie, à l'état pur,  avec un éclat de fraîcheur qu'on ne trouve que là..

22 Avril 2019, 17:20pm

Publié par Grégoire.

le chant de la vie, à l'état pur,  avec un éclat de fraîcheur qu'on ne trouve que là..

"Les poètes nous montrent qu'il existe une autre manière de parler, donc de vivre. Là où les raconteurs d'histoire sont toujours assujettis à la langue et aux modes d'existence du plus grand nombre, les poètes, eux, écoutent ce qui, dans les formes de vie qui sont les nôtres, reste à l'état de souffrance.  Ils font une parole de tout ce que notre langage usuel laisse de côté : à ce que nous jugeons insignifiant, sans intérêt majeur, indigne de notification,  les poètes prêtent une attention suprême. Ils savent, d'un savoir à mesure de leur faculté d'émerveillement,  d'un savoir qui ne s'apprend que par la douleur et parfois la colère,  ils savent que l'essentiel est justement dans ces lambeaux que nos discours les plus utilitaires jugent improductifs.  Les poètes ramassent les cailloux dont personne ne veut, les bouts de bois biscornus  les jouets cassés, les morceaux d'ardoise, de céramique ou de tuile dont on remplit les ornières pour faciliter la marche, ils écoutent ce que disent les mots quand on a cessé d'en faire des instruments de communication,  ils écoutent ce qu'ils disent  quand ils cessent de signifier mécaniquement ce qu'on leur demande de signifier. Ils entendent le chant de la vie, à l'état pur,  avec un éclat de fraîcheur qu'on ne trouve que là.  Ils en font un poème. On appelle poème cette tentative de refaire une parole là où la parole ne fonctionne plus ou mal. Le poème que nous lisons se plonge dans notre blessure la plus profonde et réveille en nous la grande soif insatisfaite : la vie que nous donnons à notre vie se craquèle soudain sous le souffle de La vie saisie comme à son état le plus immédiat. Nous voilà raccordés à cette puissance incommensurable que nous aimons en secret mais qui en même temps nous terrifie comme un feu dans lequel nous risquons de disparaître corps et biens. Le poème nous prend au plus cru de notre désir de vivre et il nous y plonge tout entier. "

Emmanuel Godo. "Mais quel visage a ta joie ?"

Commenter cet article