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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Pérégrinations d'un cherchant-Dieu

19 Mars 2019, 01:56am

Publié par Grégoire.

Pérégrinations d'un cherchant-Dieu

Névrose Ecclésiastique.

 

12 août. Ordination à Santa Clara. Arturo, l’évêque, est un homme simple et bon. Il vient de perdre un nouveau prêtre envoyé se former à Rome. Les froufrou de la cité -dite Sainte- séduisent les mulâtres, telles les verroteries rutilantes des conquistadors offertes aux indiens réduits ensuite en esclaves. 

Cet évêque est une exception. Aucun trait commun avec ceux que je peux connaitre, qui sont facilement timorés ou tyranniques, en tout cas, trop souvent moralistes avec un petit coté dictateur. Un de leur grand sport est de chercher des poux dans les histoires de mœurs de ceux qu’ils administrent, comme si l’évangile était d’abord une histoire de morale et d’interdit sexuel. Combien de personnes l’Institution a-t-elle égarées en réduisant la plus grande nouvelle que l’humanité ait entendue à des règles intenables d’infaillibilité morale ? Depuis quand le salut proposé par le Christ n’est en fait qu’une histoire de slip ? On a beau dire, mais les plus obsédés des hommes ne sont pas nécessairement ceux qui font la une des journaux ou qui se font surprendre dans un Sofitel ! Ah oui mais, « pas vu pas pris » ! Sans faire de généralité, chez nous, la race de ceux qui ne savent qu’affirmer en prenant la voix de Dieu le Père –et leurs rejetons laïcs parfois plus catholiques que le pape- avancent en laissant derrière eux une bave qui stérilise tout ; L’habitude de sermons déteint sur leur prise de parole : ces messieurs font la leçon. Pire, avec les meilleures intentions, en défendant les petits, ils enseignent la prétention trop facile d’être du côté du Bien, de s’être fait seuls propriétaires et interprètes du message du Christ. Et cette assurance de la robe donne l’impression d’une arrogance facile, celle de la bonne conscience pharisaïque satisfaite d’elle-même. Les discours-fleuves de Fidel Castro sont à leur image et à leur ressemblance. On sait où il a été formé. Ou déformé.

Comment en est-on arrivé là ? Je n’ai pas de réponse toute faite. J’ai toujours reçu les premières paroles du Christ, après son curieux silence de 30 ans -question marketing c’est pas pro, surtout si on a un ‘message’ à faire passer, un business à démarrer…- comme une invitation à ne jamais cesser de chercher la lumière : « que cherchez-vous ? Venez et voyez.» Jamais de réthorique, de volonté de convaincre ou d’abus de pouvoir. Dans la droite ligne de Socrate : interrogation et expérience par soi-même. Respect absolu du chemin de l’autre. Comment ne pas entendre alors que les coup d’éclats moralisants engendrent très souvent des réactions virulentes mais saines, d’hommes et de femmes qui refusent cette mise sous tutelle de leur intelligence et de leur bon sens ?

« Jamais l’humanité n’avait entendu ces paroles : “Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés… Aimez vos ennemis…” Qu’apporta à l’humanité cette doctrine de paix et d’amour? Les tortures de l’Inquisition, la lutte contre les hérésies, la guerre entre les protestants et les catholiques… Telle est la destinée terrible, qui laisse l’esprit  en cendres, de la doctrine la plus humaine de l’humanité… ». Pire même, c’est une tradition dans l’Eglise catholique de se faire les ardents défenseurs de la loi, de l’application du droit canon, d’excommunier, et tout compte fait, de ne pas trop abuser de la miséricorde. Or, quand on se prétend chrétien, comment peut-on mettre des limites au pardon ? Qu’il soit difficile à donner est une chose, mais l’avoir remplacé par une application pointilleuse de la loi est juste monstrueux. Ce primat de la loi sur les personnes se retrouve de manière trop criante dans les régimes totalitaires. Car leur source est bien chez ceux qui devaient être les plus charitables des hommes ! Ils passent leur temps à faire des signes de croix -signe de Celui qui, innocent, a pris la place de tous sans rien dire- mais eux s’en servent trop souvent pour crucifier avec bruit et fracas ceux qui ne sont pas selon leur conception ! C’est vrai, c’est trop dangereux de faire une confiance absolue à l’homme ! Dieu s’est évidemment trompé clame le grand inquisiteur de Dostoïevski. Dieu est évidement fou de ne pas vouloir éduquer l’homme, et de l’avoir ‘puni’ en se donnant encore plus à lui, en silence, sans rien exiger en retour ! Et comment le Christ a-t-il pu manquer autant de respect du sacré en se laissant toucher et prendre par des gens qui ne devaient pas s’être confessé, qui n’étaient pas en règle…? 

Comment des hommes dits ‘de Dieu’ peuvent-ils ramener ceux qui leur sont confiés à ce qu’ils ont compris de ce qui les dépasse ? Qu’un homme puisse être médiocre. Soit. Qu’il se fasse sa propre mesure. Passons. Mais un homme dit ‘de Dieu’ ? Un prélat, une éminence, un « mon père » ? Si le désir le plus profond d’une personne est de dévoiler d’où il vient, sa vraie source, celle-ci lui échappe toujours. Cela exige de constamment faire l’effort de dépasser ce qu’il peut en avoir compris. La seule préoccupation de l’homme consacré à Celui qui est sa source ne devrait-il pas être de maintenir éveillé en lui une quête permanente ? D’où les monstruosités du cléricalisme –quand l’autorité spirituelle est transformée en pouvoir ou domination temporelle- et les manques de confiance dans l’intelligence des personnes. Elles ont eu des effets politiques que nous mesurons peu aujourd’hui. Pourtant certains retours de bâtons et les différentes persécutions anticléricales auraient dû nous mettre la puce à l’oreille.  (...)

Grégoire Plus.

 

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