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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Les femmes de Dieu.

25 Mars 2019, 12:45pm

Publié par Grégoire.

Les femmes de Dieu.

Pérégrinations d'un cherchant-Dieu.. suite.

 

Messe chez les MC’s ou sœurs de Mère Teresa. J’aime bien ces filles que j’ai longuement fréquentées aux Philippines, en Papouasie, en Inde… dévouées aux plus pauvres d’entre les pauvres. Impressionnantes. Je reconnais dans leurs yeux une certaine tristesse liée à leur formation un peu trop volontariste et, surtout, à cette peur de l’affectivité humaine qu’on leur a trop souvent inculquée. Chez elles, très peu de manifestations d’affection à travers des gestes. Une maladie occidentale qu’on a exportée chez ces filles venues souvent de pays pauvres, mais pourtant riches de gestes et de tendresse. « Ça pourrait tellement vite déraper » m’avait-on dit. Ah oui ? Et après ? Vaut-il mieux prendre le risque de déraper ou bien de terminer avec un cœur sec comme un manche à balai ? Thomas d’Aquin n’avait-il pas clamé en son temps : « l’Esprit saint n’aime que ceux qui aiment ! » L’amour n’est-il pas au cœur de l’Evangile ? Et on s’en méfie encore ? Parce qu’on veut tout maîtriser et que, manque de chance, l’amour nous échappe ? Il est à la fois le lieu précis de la surabondance, de l’excès, toujours de trop et en même temps ce qui nous laisse pauvre, démuni. Mais surtout, si « il n'y a pas de connaissance en dehors de l'amour… (mais surtout) il y a quelque chose de plus terrible que la mort : une vie sans amour » . Pourquoi cette méfiance maladive vis à vis de nos sentiments ?  de notre affectivité ? Est-ce parce que l’amour est toujours inchoatif, imparfait, blessant, avide, possessif, mêlé de passion et d’instinct animal…? Et que le primat de l’intelligence rationnelle, celle qui veut se faire mesure, rend tout débordement, toute souffrance insupportables…? Bizarre que le chemin que le Christ propose soit celui d’un amour crucifiant, et qu’encore plus bizarrement on appelle encore cela « LA Passion ». 

Ce n’est peut-être pas pour rien que l’évangile ait été en fait d’abord communiqué à une femme, Marie. C’est peut-être pour cela que l’évangile de Jean est à la fois le plus profond et aussi le plus historique. Parce que c’est l’évangile de Marie. Et les hommes s’en sont emparés. La femme, n’est-elle pas celle qui éveille l’amour et le renouvelle ? Pour ce faire elle peut-être aussi une grande manipulatrice. Toujours un peu dans les extrêmes. Alors que les hommes sont plutôt des extrémistes dans leur médiocrité… Mais alors, la parole du Christ pouvait-elle être gardée dans son intention première par des hommes ? « je prétends que la première voix féminine du monde, le premier homme à avoir parlé d'une voix féminine, c'était Jésus-Christ. La tendresse, les valeurs de tendresse, de compassion, d'amour, sont des valeurs féminines et, la première fois, elles ont été prononcées par un homme qui était Jésus. Or il y a beaucoup de féministes qui rejettent ces caractéristiques que je considère comme féminines. En réalité, on s'est toujours étonné du fait qu'un agnostique comme moi soit tellement attaché au personnage de Jésus. Ce que je vois dans Jésus, dans le Christ et dans le christianisme, en dépit du fait qu'il est tombé entre les mains masculines, devenues sanglantes et toujours sanglantes par définition, ce que j'entends dans la voix de Jésus, c'est la voix de la féminité en dehors de toute question de religion et en dehors de toute question d'appartenance catholique que je puis avoir techniquement. (…) si on me demande de dire quel a été le sens de ma vie, je répondrai toujours - et c'est encore vraiment bizarre pour un homme qui n'a jamais mis les pieds dans une église autrement que dans un but artistique - que cela a été la parole du Christ dans ce qu'elle a de féminin, dans ce qu'elle constitue pour moi l'incarnation même de la féminité. Je pense que si le christianisme n'était pas tombé entre les mains des hommes, mais entre les mains des femmes, on aurait eu aujourd'hui une toute autre vie, une toute autre société, une toute autre civilisation.*» 

Face aux soeurs, je me désole que ces femmes, qui déjà ont offert leur capacité de jouir physiquement, d’être mère, de recevoir la tendresse de leurs enfants, s’interdisent de prendre une main, d’embrasser un homme, de recevoir un geste de tendresse, un baiser. Jusqu’à quand le refus de toute incarnation, de tout geste ? Jusqu’à quand la manifestation dans la chair de nos affections humaines sera-t-elle liée à un interdit culpabilisant pour des consacrés ? Puisqu’on sait que les rejets sont pires que certaines déviances qu’on essaye de prévenir ? Jusqu’à quand cette peur manichéenne de ces parties du corps que l’on cache parce qu’on ne sait pas quoi en faire, alors que l’on se gave l’esprit de nourriture malsaine ou débile dans des curiosités puériles, des conversations mondaines ou en surfant désespérément sur le web… ? 

Grégoire Plus.

*Romain Gary.

 

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