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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Sérotonine, génial.. ? J’ai cherché, mais je n’ai pas trouvé.

23 Janvier 2019, 03:07am

Publié par Grégoire.

Sérotonine, génial.. ? J’ai cherché, mais je n’ai pas trouvé.

Dernière page du livre d'où émane une lueur qui détonne radicalement avec le reste de l'ouvrage:

" (...) J'aurais pu rendre une femme heureuse. Enfin, deux ; j'ai dit lesquelles. Tout était clair, extrêmement clair, dès le début ; mais nous n'en avons pas tenu compte. Avons-nous cédé à des illusions de liberté individuelle, de vie ouverte, d'infini des possibles ? Cela se peut, ces idées étaient dans l'esprit du temps ; nous ne les avons pas formalisées, nous n'en avions pas le goût ; nous nous sommes contentés de nous y conformer, de nous laisser détruire par elles ; et puis, très longuement, d'en souffrir.

Dieu s'occupe de nous en réalité, il pense à nous à chaque instant, et il nous donne des directives parfois très précises. Ces élans d'amour qui affluent dans nos poitrines jusqu'à nous couper le souffle, ces illuminations, ces extases, inexplicables si l'on considère notre nature biologique, notre statut de simples primates, sont des signes extrêmement clairs.

Et je comprends, aujourd'hui, le point de vue du Christ, son agacement répété devant l'endurcissement des coeurs : ils ont tous les signes, et ils n'en tiennent pas compte. Est-ce qu'il faut vraiment, en supplément, que je donne ma vie pour ces minables ? Est-ce qu'il faut vraiment être, à ce point, explicite ?

Il semblerait que oui."

Michel Houellebecq, Sérotonine.

Sérotonine, génial.. ? J’ai cherché, mais je n’ai pas trouvé.

Au royaume du glauque

Sérotonine. C’est le nom d’un neurotransmetteur qui permet, sinon de voir la vie en rose au moins de la supporter. C’est aussi le nom du dernier roman de Michel Houellebecq. Avant d’en commencer la lecture, un conseil : procurez-vous quelques cachets.

Simplifions l’histoire: Florent-Claude Labrouste est un agronome dans la quarantaine qui décide de se soustraire à la vie sociale. Pas de se suicider, enfin pas tout de suite car il n’y aurait pas de roman, mais de disparaître, de s’évaporer. Ce qu’il fait en s’installant dans un hôtel Mercure (où l’on peut encore fumer) à la porte d’Italie, après avoir quitté sa compagne du moment, Yuzu, une japonaise qui copule, entre autres, avec des chiens, ce qui écœure le brave Florent-Claude « surtout pour les chiens ».


De là, Houellebecq nous embarque dans un récit où son héros, profondément déprimé, revisite sa vie tant sur le plan professionnel que sur le plan amoureux. Une vie de raté, qui fonctionne à la sérotonine. Cela nous vaut quelques scènes cocasses et deux beaux portraits. Celui d’Aymeric d’Harcourt, un copain rencontré à l’Agro, descendant d’une des plus prestigieuses familles aristocratiques françaises, qui a décidé d’exploiter lui-même un élevage de bovins sur les terres familiales, en Normandie, où se déroule l’essentiel du récit. Il ne s’en sort pas et la description d’un monde rural en crise, de paysans solitaires, désespérés, broyés par des politiques inadéquates, gagnés petit à petit par une colère inouïe résonne étonnamment avec l’actualité. Ces pages douloureuses sonnent justes et sont sans doute les meilleures du roman.
Et puis il y a Camille, le seul véritable amour de Florent-Claude, plus jeune que lui et avec qui il a vécu 5 ans. Elle l’a quitté quand elle a découvert qu’il la trompait avec Tam qui avait un « joli petit cul de black » auquel il n’a pas pu résister.
Après leur rupture, elle s’est installée comme vétérinaire, aussi en Normandie, où elle vit sans homme avec un fils de 5 ans qu’elle a eu lors d’une rencontre d’un soir. Florent-Claude espère la reconquérir et pour y parvenir ne voit pas d’autre moyen que de tuer son enfant, ce que l’on peut trouver original. Ou saugrenu. Voire stupide. Qu’on peut aussi interpréter à l’infini comme une métaphore de la fin de la civilisation occidentale incapable de se reproduire, ou de l’amour impossible, ou de la femme inaccessible dès lors qu’elle est mère, ou de ce que vous voulez pourvu que ce soit désespéré… Camille que l’on voit belle et attachante est le seul personnage lumineux de ce récit d’un glauque remarquable.

Voyage en Houellebecquie

Ces 300 et quelque pages (heureusement composées un peu gros) sont un voyage, une plongée plutôt, en Houellbecquie, principauté lugubre, recouverte d’un brouillard qui ne se lève jamais, où les femmes ne sont que des putes et/ou des salopes (c’est évidemment compatible) qui ne sont en fait que des chattes sur pattes, plus ou moins humides, et les hommes des bande-mous, déprimés et alcooliques quand ils ne sont pas « pédés » ou mieux pédophile allemand (rien de tout cela n’étant incompatible non plus dans ce roman aussi misogyne qu’homophobe). A la tête de cette principauté, règne le grand duc Michel qui prend un plaisir évident à décrire une société la plus désespérée possible, peuplée de sujets en perdition qu’il décrit avec un cynisme jubilatoire, parfois drôle, même si les ressorts comiques sont souvent un peu attendus.

Génie es-tu là ?

Comme il s’agit de Houellebecq il faut, paraît-il, chercher du génie. J’ai cherché, mais je n’ai pas trouvé. Certes, le récit est bien mené, mais rien dans l’écriture ne surprend. Et puis, que reste-t-il de ce texte qui relève autant de la fable que du roman ? A dire vrai, pas grand-chose.

Enfin, ce n’est pas tout à fait exact. Pour arriver au terme de ce périple en Houellebecquie, il faut régulièrement sortir pour prendre l’air. Lors d’une de mes escapades, je me suis baladé sur internet et suis tombé — par hasard ?— sur le concerto pour clarinette de Mozart interprété par Arngunnur Arnadottir (ci-dessous). Soudain, le monde a repris des couleurs. La beauté et la sensualité de cette jeune femme portée par son art jusqu’à l’abandon et la musique joyeuse de Mozart ont opéré comme un tsunami salvateur, submergeant de lumière et d’émotion le monde désespéré et désespérant de Houellebecq. N’en déplaise au grand duc Michel, la beauté, la grâce et le génie existent bel et bien. Pas besoin de sérotonine.

Jean-Marc Savoye

https://www.onlalu.com/livres/roman-francais/serotonine-michel-houellebecq-37607

 

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