Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Chaque vie, chaque existence est sacrée !

2 Février 2019, 01:47am

Publié par Grégoire.

Rien ne justifie notre inhumanité, rien !

Rien ne justifie notre inhumanité, rien !

Mgr Benoist de Sinety, vicaire général du diocèse de Paris, en appelle dans un ouvrage à une conduite digne envers les migrants. Son plaidoyer est à la hauteur de son inquiétude.

Votre témoignage est un texte de combat ?

Mgr de Sinety : « J'ai surtout voulu lancer un appel à la réflexion. Cette société où on ne réfléchit plus à ce que nous voulons vivre ensemble me navre. Nous sommes tellement soumis à des processus qui nous dépassent, que nous oublions ce qui fait sens, les valeurs humaines qui nous relient. »

Comment expliquez-vous le manque de mobilisation des intellectuels face à l'accueil réservé aux migrants ?

« Ce silence me frappe. Voici vingt ou trente ans, les situations de campements sauvages, par exemple l'occupation de l'église Saint-Bernard de la Chapelle en 1997, mobilisaient les artistes, les intellectuels, les médias. Récemment avec Mgr Aupetit, archevêque de Paris, nous sommes allés rencontrer les réfugiés qui campent à la Villette dans des conditions lamentables. Six sanisettes et huit robinets pour 2 000 personnes. C'est indigne. Et pourtant, là où nous aurions vu jadis une nuée de caméras, il n'y avait personne. L'indifférence est totale. Or rien ne justifie l'inhumanité réservée aux migrants.»

L'église elle-même se montre discrète. Hormis Mgr Malle, l'évêque de Gap qui lance un appel à la solidarité nationale, et vous grâce à ce livre, il y a peu de prises de paroles publiques

« Encore récemment lors de la Conférence des évêques de France, puis au Collège des Bernardins devant le président de la République, un traitement digne des migrants a été réclamé. Toutefois, je reconnais que ce sujet véhicule des peurs dans une société angoissée, peurs qui sont partagées par les chrétiens et dont les clercs ne sont pas exempts. »

Sur quel socle s'appuie cette indifférence au sort des migrants ?

« J'ai le sentiment que les quelques voix qui s'élèvent, dont celles du Défenseur des Droits, Jacques Toubon, ne portent pas. Cette absence de réaction stupéfiante me préoccupe aussi pour ce qu'elle nous dit de la société française. Mon livre vise à provoquer une réaction, à inciter les lecteurs à prendre leur responsabilité. J'ai le sentiment que les Français ne sont pas prêts à accueillir quelques milliers de personnes. Je ne veux pas stigmatiser ceux qui sont inquiets, simplement provoquer leur écoute. On ne doit pas s'interdire de réfléchir. »

Vous établissez un parallèle avec la politique d'accueil plus généreuse de l'Allemagne

« Que la France avec ses 67 millions d'habitants ait du mal à recevoir quelques milliers de réfugiés, cela me paraît fou ! Ou alors, cela revient à considérer que notre société est si fragile, qu'elle ne peut pas s'augmenter de ces personnes. Il est temps de réfléchir à ce que nous voulons ensemble. »

La crainte de l'islam ne renforce-t-elle pas cette frilosité ?

« C'est le grand tabou qui pèse sur la question des migrants. Parce que des petits-fils d'immigrés peinent à s'intégrer dans des banlieues difficiles, on en déduit qu'il est impossible d'accueillir d'autres personnes musulmanes. Alors que les deux situations sont sans rapport. »

Au-delà de la communauté chrétienne, qu'attendez-vous de vos concitoyens ?

« D'avoir le courage de s'affranchir des pensées préfabriquées. Il est nécessaire de s'interroger individuellement et collectivement, d'aller à la rencontre des migrants, de découvrir qu'ils ne sont ni une entité, ni des chiffres, mais des individualités, des personnes. Dès que l'on peut parler, échanger, les peurs s'estompent. Il faut avoir la sagesse de la réflexion. Je n'ai pas de solution politique à apporter. Ce n'est pas mon domaine. Je ne donne aucune leçon. Ma démarche, individuelle, espère une prise de conscience afin que l'on tende la main. Si cela pouvait susciter le débat, inciter à aller vers l'autre, à avoir un geste.. ».

"Il faut que des voix s'élèvent" Mgr Benoist de Sinety. Flammarion

Propos recueillis par Frédérique Bréhaut.

 

«Je ne suis pas prêtre pour donner des leçons, ni pour faire la morale, je suis devenu prêtre pour que tout homme puisse entendre cette bonne nouvelle : chaque existence est infiniment aimée de Dieu.

Ce qui me navre aujourd’hui, ce qui me met en colère lorsque j’observe les conditions de vie de ceux qui arrivent sur notre territoire et les réponses que nous leur apportons, ce sont ces discours qui atrophient nos cœurs. Chacun doit chercher des solutions pour faire une place à celui qui est sur notre sol. Il s’agit de dignité. De la leur. De la nôtre aussi.

C’est à la société civile – où les religions, et bien sûr l’Église catholique, ont une place singulière – de prendre le relais pour défendre le droit des migrants. Il faut que des voix s’élèvent...»

 

« On ne peut dire de personne qu’il soit insignifiant, puisqu’il est appelé à voir Dieu sans fin. » 

Marguerite Porete. Le miroir des âmes simples et anéanties.

 

Commenter cet article