Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Franchir un talus

23 Août 2018, 00:33am

Publié par Grégoire.

Franchir un talus

 J’ai ouvert cette page blanche. J’y ai vu au bord de la marge un mot échappé d’un petit troupeau de phrases, telle une brebis  broutant goulûment l’herbe des talus. La brebis ne s’éloigne que pour un meilleur ; dans cette échappée belle  le plus souvent de courte durée, il faut concentrer un appétit de vie dont seule une brebis est capable.

 Les bergers savent  qu’elle doit « trouver sa vie » dans chaque journée de pâturage. L’herbe du talus est bien plus que de la cellulose quotidienne, c’est déjà  deux pieds en dehors du monde autorisé et la tête dans un paradis de graminées et de fleurs. Cet instant, cet endroit, cet instant dans l’endroit, c’est la 24eme minute du Requiem de Fauré, ce passage prophétique de l’Agnus Dei à Lux Aeterna.

 Nous ne nous échappons pas assez, nous n’osons pas suffisamment nous approcher du talus, nous ne trouvons pas tous les jours nos vies dans chaque journée. Et surtout pas suffisamment «une vie de talus ».

 Le talus est une frontière, un chemin de contrebande, une petite crête qu’il faut suivre chaque jour. En le longeant on lui trouve des ruptures ; d’une coulée braconnière discrète au passage charretier officialisé d’une barrière. Les talus, comme les frontières ont une histoire. On les a tenus, comme des tranchées, on s’y est abrité, on s’y est reposé, embrassé, parfois. La brebis se régale de cette mémoire de tiges et de pétales, parfois protégée de quelques ronces. En échange de quoi parfois, quelques brins de laine en gage donnés.

 Et de l’autre côté, l’herbe y est forcément meilleure. Juste le temps qu’il faut pour se rendre compte qu’après tout, non… Au-delà du talus, le plus souvent, la déception…

C’est la simple démarcation du talus, qui suscite l’imagination, la volonté d’aller plus loin, la transgression, la joie piégée qu’on respire dans l’air au passage des cols.

 

Un mirage de quelques  dizaines de centimètres

de flores et de senteurs nouvelles, découvert par une meneuse

ou un mot d’ordre aventurier que rejoindra dans une grégarité bêlante le troupeau

ou la piétaille des mots, pour peu qu’un berger-poète soit lui-même perdu sur un talus, en marge de ses pensées.

 

Jf Debargue (Procédures & modes d’emploi-inédit)

                                 

Commenter cet article