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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Fracassantes lumières

7 Mai 2017, 04:42am

Publié par Grégoire.

Fracassantes lumières

La poignée en cristal de la porte du paradis, en t’écrivant j’arrive presque à la tourner. Presque. C’est assez beau, cette vie où on ne peut rien faire qu’échouer, tu ne crois pas ?

Lire est une passion lente. S’émerveiller d’un rire gravé dans l’air va plus vite à l’essentiel.

Je sens mon visage s’éclairer comme si le livre sur lequel je me penche était une bougie.

L’abandon est ce tremblement de terre que la bête du cœur devine avant qu’il arrive.

Un poème est le maximum de sensibilité qu’un homme ou une femme puisse connaître. Un rien de de plus et les poumons du langage éclatent, comme ceux des plongeurs qui remontent trop vite du fond de l’océan.

Vivre – gravir pas à pas une montagne enneigée et en avoir les yeux brûlés.

Les femmes sont brutales, n’est-ce pas. Les madones sanglantes. Elles piétinent dans l’enclos de la liberté – sautent  par-dessus la barrière et vont se perdre dans la nuit. Sans elles pas de vie risquée, aucun amour, rien.

J’ai été toi et c’était la même révélation.

Le poète perce quelques trous dans l’os du langage pour en faire une flûte. Ce n’est rien  mais ce rien parle de l’éternel.

Quand je lis un poème, c’est la mort des horloges.

J’épluchais une pomme rouge du jardin quand j’ai soudain compris que la vie ne m’offrirait jamais  qu’une suite de problèmes merveilleusement insolubles. Avec cette pensée est entré dans mon cœur l’océan d’une paix profonde.

Quand tu avançais c’est un monde qui avançait avec toi, comme avec la mariée sa traîne, injuste et sainte. Noireclaire. Ta mort n’y change rien : je te vois en mouvement, toujours en avançant, et la vie surabondante te suit, le printemps arrive avec ton nom.

Je t’écris pour t’emmener plus loin que ta mort.

 Christian bobin, Noireclaire