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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Les vers luisants électroniques 

31 Janvier 2017, 05:28am

Publié par Grégoire.

Les vers luisants électroniques 

Je me trouvais dans un de ces trains à grande vitesse qui s’enfoncent dans l’air comme un couteau dans une motte de beurre. J’arrivais à destination; j’étais à quelques minutes de l’endroit où je voulais aller; quand j’ai vu s’allumer un peu partout dans le wagon des petits vers luisants électroniques. Il y avait déjà des écrans d’ordinateurs portables d’allumés, et là c’était des téléphones. La lumière qui sort des écrans est très particulière, elle est presque hypnotique, elle est égale, elle est sans grande nuance contrairement à celle du ciel qui change sans arrêt. 

Parfois j’ai parlé un petit peu contre ces choses là, mais je pense aujourd’hui que c’est inutile parce que ces objets seront toujours là. On n’est jamais revenu en arrière d’une invention. Ils seront toujours là, mais ils ne pourront jamais prendre la première place, la place la plus fraternelle.

Je crois qu’on mesure bien les choses quand on les mets sur le plateau d’une balance, avec sur l’autre plateau notre mort à venir. Qu’est-ce que nous aurons le goût de regarder une dernière fois, pour le saluer, pour le remercier, pour s’en émerveiller, une dernière fois ? ça pourra être des fleurs des champs dans un verre, ça pourra être un livre particulièrement aimé, lu et relu, ça pourra être encore un morceau de ciel vu par la fenêtre ouverte, dans tout les cas ce sera quelque chose de très concret; la vie est extrêmement concrète. Dieu compris. La vie n’est que concrète. Ce que n’est pas -on me l’accordera peut-être- l’électronique. 

Les mains autour d’un livre se replient comme religieusement. Les mains sur un clavier s’agacent, s’agitent, s’énervent un peu.

Je revenais d’un séjour à Strasbourg, j’avais logé dans un hôtel; j’avais connu cette petite extase de la vie mystique des hôtels. Je veux dire par là, que, si vous voulez être sûr de revenir à votre propre néant, et de comprendre que vous n’êtes personne, une fois qu’on vous a enlevé vos entoures, une fois qu’on vous a enlevé vos objets familiers, c’est une expérience que je crois spirituelle et que donne un hôtel, tout simplement parce que vous dormez dans une chambre ou d’autres ont dormi, d’autres dormiront, et pour les hôteliers, si courtois soient-ils, vous êtes interchangeable : ils en ont vu passer d’autres, ils ont verront passer d’autres. C’est comme un petit deuil presque agréable de soi-même que l’on fait lorsque l’on est en voyage et que l’on doit coucher à l’hôtel.  

J’avais emmené dans cette hôtel et il m’avait accompagné ensuite dans le train, un livre, l’imitation de Jésus Christ de Thomas Kempis, c’est un livre qui a été au moyen âge aussi lu que la Bible. Les vers luisants électroniques se multipliaient dans le train qui commençait à ralentir. Thomas Kempis dit dans son livre, « je n’ai jamais trouvé une paix aussi grande et aussi réelle, que dans les bois et dans les livres. »

C Bobin.