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L'art lutte contre la mélancolie...

3 Janvier 2017, 05:47am

Publié par Grégoire.

L'art lutte contre la mélancolie...

Il serait temps que je vous avoue quelque chose, j’ai un gros gros problème avec la musique. Je l’aime, parfois elle m’accompagne, parfois je la fais venir là où je suis. Mais je ne la comprend pas, je n’y comprend rien. Je ne comprends rien à JS Bach qui est l’auteur qui me touche le plus. Quand j’écoute les suites pour violoncelles joués par exemple par Pablo Casals, je suis comme devant une pensée qui demande à être déchiffrée mais je n’arrive pas tout à fait à la lire. C’est comme si j’étais devant un papier plié, je n’arrive pas à le déplier tout à fait. Il y a des lettres, il y a des phrases qui me manquent. Qu’on me pardonne mais j’entend comme les grondements d’un taureau. Je sens comme un mufle, comme le souffle d’un taureau dans cette musique. Je sens quelque chose, je ne sais pas ce que c’est. 

Je sais simplement que si je pense que JS Bach est un des plus grands musiciens etc, ça ne va pas marcher, ça ne va pas m’aider. C’est le mot artiste, et même le mot musicien qui me gène. Je ne sais pas ce qu’on appelle un artiste. Dès qu’on emploie des mots comme ça, on commence à s’endormir, parfois même un peu à s’ennuyer. 

Ce que j’entends dans la musique de Bach, c’est la lutte incessante d’un angoissé contre son angoisse. C’est comme une cathédrale élevé sur une colline d’angoisse. Et la cathédrale tout d’un coup sublime la colline, la soulève, la creuse. La rend infiniment légère. C’est peut-être ça ce qu’on appelle l’art, c’est juste une guerre que certains mènent sous les yeux du ciel, avec eux-mêmes, avec leur propre mélancolie. C’est une guerre qui n’est pas toujours gagné, loin de là, qui est même rarement gagné. J’ai l’impression -c’est une impression- en écoutant des suites pour violon et clavecin, ou ces austères et dansantes, et entêtantes et irrésolubles suite pour violoncelles, j’ai l’impression que Mr Jean Sébastien Bach a gagné à certains moments cette lutte décisive que chacun de nous mène avec les ténèbres. Mais non, je ne sais pas parler de ces choses là, je ne sais pas du tout parler de ces choses là, et en plus je suis analphabète, je ne joue pas d’un instrument, je ne sais pas lire une partition, j’ai juste mon instinct, et juste cette certitude qu’il y a tout un troupeau de Taureaux derrière ou dans les violoncelles. 

C Bobin.