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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

Spotlight

18 Mars 2016, 06:06am

Publié par Grégoire.

Spotlight

Spotlight raconte l'enquète, publiée en 2001, par des journalistes du Boston Globe et le scandale qu'elle révéla sur des prêtres pédophiles. Durant des décennies, l'Eglise catholique locale -mais également des instances légales et gouvernementales- ont étouffé les abus sexuels perpétrés par des prêtres sur des enfants, et ont systématiquement soustrait les coupables à la justice. Un phénomène à grande échelle : au moins un millier de victimes, rien que dans la région. Et une politique du silence qui s'étend bien ­au-delà du Massachusetts...

« Spotlight » est le nom de l'équipe de journalistes qui, au bout de longs mois d'efforts, en dépit de toutes les pressions, a cherché et révélé la vérité. Ce qui lui a valu le prix Pulitzer.

 

Critique par Marc Rastouin, sj.

Je ne suis pas allé voir ce film avec des pieds légers… et je n’en suis pas ressorti avec des pieds légers… D’un point de vue cinématographique, il est certes quasi parfait: le scénario, la mise en scène (comment tenir l’attention deux heures avec des journalistes faisant un travail d’enquête, lisant, discutant, prenant des notes c’est une performance), les acteurs (mention spécial à Mark Ruffalo), la crédibilité et la véracité historique et il mérite largement ses six nominations aux oscars. Particulièrement notable est la volonté de rester sobre, pudique, de ne pas trop en faire. Et je suis heureux que l’Osservatore Romano, La Croix et le reste de la presse catholique aient loué le film. Dont je rappelle qu’il est le récit de l’enquête du Boston Globe sur la façon dont l’archidiocèse de Boston a couvert pendant des décennies des prêtres pédophiles sans les empêcher de nuire. Je pourrais m’arrêter là mais je ne peux pas ne pas continuer un peu… Plusieurs réflexions me sont venues en repensant au film (et à l’histoire qu’il raconte). Tout d’abord c’est une grande peine – une souffrance réelle pour un catholique, un prêtre – de voir une institution fondée sur le Christ, qui avait une telle attention pour les petits enfants totalement ignorés en son temps, qui avait dit ‘celui qui scandalisera un seul de ces petits, il mérite qu’on lui attache une pierre au cou et qu’on le jette dans la mer’, trahir à ce point son fondateur. Et la question surgit nécessairement: comment cela a-t-il été possible? (une fois mises de côté les phrases habituelles sur le fait que les choses étaient différentes dans ces années-là…, que de tels faits existaient et existent dans bien des institutions analogues (depuis le monde juif ultra-orthodoxe jusqu’aux équipes sportives et aux orphelinats, etc, etc)… que la masse des abus dans les familles est la base de l’iceberg, etc, etc). Le film se garde de donner une réponse. Il suggère quelque chose, à la fois visuellement par la représentation de ces églises massives au coeur des quartiers populaires et par les réponses orales des vieux irlandais qui étaient au courant: le poids d’une institution colossale dont les écoles, hôpitaux, et autres paroisses quadrillaient et soutenaient les quartiers populaires de la ville (douloureux de voir d’ailleurs que ces prêtres abuseurs formés dans les années 50/60 venaient souvent des mêmes familles que leurs victimes et avaient souvent été eux-mêmes victimes d’abus): Regarde tout ce qui se fait, tout ce que l’Eglise fait et a fait pour cette ville et cette communauté disent ces bâtiments et ces vieux irlandais… il faut du staff, on ne fait pas d’omelettes sans casser des oeufs, quelques pommes pourries (6% quand même…) ne doivent pas faire oublier les milliers d’autres, etc…. On sent combien, pour justifier cet engagement institutionnel, certains (à tous les niveaux) ont choisi de fermer les yeux sur les souffrances des victimes. Il y a une logique institutionnelle. Et puis il y a aussi une autre logique que l’on rencontre dans toutes les communautés humaines fortement hiérarchisées: l’absence de contrôle effectif de la hiérarchie, la difficulté de critiquer un prêtre, la gestion opaque et autoritaire de ladite institution. Et l’on comprend mieux pourquoi cette crise remet en cause le fonctionnement au quotidien de l’église catholique et appelle à des mécanismes de partage des responsabilité, à la critique de la sacralisation excessive du prêtre (que j’ai entendu encore récemment chez certains jeunes catholiques), à l’existence de procédure indépendante d’enquête, etc. Un film qui fait réfléchir et… qui fait prier… 

http://www.marcrastoin.fr/spotlight/

 

Pour aller plus loin:

Au-delà de la lumière faite sur ce scandal et ces crimes commis, une des causes profonde de ces abus vient, semble-t-il, d’un cléricalisme -corruption du pouvoir spirituel- et un certain stoïcisme puritain -quête maladive d'être parfait, sans taches morale aucune- qui règne, régna -règnera?- dans l’Eglise-institution; autrement dit, une peur d’aimer ou une chasteté vécue comme une négation de toute tendresse ou affection humaine ! 

Une psychiatre, la Baronne Sheila Hollins UK, membre de la chambre des Lord, a coopéré avec le Vatican –Cardinal Levada- et est intervenue pour les abus sexuels en Ireland. Elle a fait un rapport sur les causes profondes de ces abus lors de la venue de Benoit XVI en Angleterre : « All priest needs a hug a day » ou elle dit que la plus part des cas de pédophilie sont apparu dans une ceinture géographie/culturelle de puritanisme moral tyrannisant, dans des sociétés ou la critique, le milieu et l’opinion était assassin, et tuant, c.a.d sans confiance, et formel.

1. Quelle place pour la croissance du coeur chez les clercs? Quelle place pour l'amitié ? Quelle place pour la femme... ?

2. Quelle place pour l'ouverture réele du coeur dans ses misères? N'est-ce pas la place de la miséricorde? Pouvoir s'ouvrir d'une fragilité, d'une tentation, et le cas échéant suivre un traitement médical, sans être immédiatement réduit à cette tentation ou ce désordre. 

3. Si les prêtres/clercs, ne connaissent pas une pauvreté radicale et/ou des oeuvres de charité pour contrebalancer leur fonction "liturgico-sacramentelle" ils seront corrompu par le pouvoir spirituel qu'ils exercent... Les siècles témoignent, et la corruption du pouvoir spirituel est pire que tout ! C'est cela qui est reproché et qui engendre souvent le laïcisme athée que nous connaissons... (et là, les laics -très pieux- ne sont pas toujous une aide en idéalisant les prêtres....)

De plus, souligne-t-elle, la vie affective des prêtres doit être développés et ceux qui réfléchisse à la formation des clercs doivent y être attentif : un prêtre est un homme ! Il a donc besoin d’aimer, d’amitié et de tendresse ! 

N’est-ce pas les cri du pape François récemment :

« Je voudrais tellement une Eglise de pauvres, pour les pauvres ! » -et-

« N’ayez pas peur de la tendresse ! » 

fr Grégoire.