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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'Art, un chemin vers la Sagesse...

26 Janvier 2016, 06:22am

Publié par Grégoire.

L'Art, un chemin vers la Sagesse...

 

DÉCOUVRIR que la philosophie est une sagesse est particulièrement difficile aujourd'hui, dans le contexte intellectuel qui est le nôtre, marqué sagesse. Une sagesse philosophique est-elle encore possible, après la critique corrosive d'un Kant (1), l'ambition de savoir rationnel absolu de l'idéologie hégélienne ou la destruction radicale de la vérité contemplative que les idéologies contemporaines véhiculent ?

 

De plus, notre monde est marqué à la fois par l'extension et le développement des sciences et des techniques, et par le règne des sciences dites humaines, en particulier la psychologie et la sociologie. Cela est tellement fort qu'on peut se demander si la connaissance philosophique, la sagesse, a encore sa place aujourd'hui. Celle-ci, qui était bonne pour les Grecs, n'est-elle pas totalement dépassée, «périmée» ? Aujourd'hui, les sciences prétendent expliquer le monde : la philosophie, surtout lorsqu'elle prétend être une sagesse, n'est pour beaucoup qu'un vide sentiment, une approximation « poétique » bonne pour les naïfs et les rêveurs.

 

Cette attitude caractérise en particulier l'idéologie positiviste qui marque bien des mentalités contemporaines. Dans cette perspective, qui se développe à partir d'Auguste Comte, seule la connaissance des sciences modernes est digne de considération : tout ce qui n'est pas scientifique au sens moderne du terme n'est pas vrai. Seul ce que dit la science est adéquat au monde et à l'homme. Aucune autre connaissance, ni la philosophie, ni a fortiori l'art, n'est suffisamment sérieuse pour avoir droit de cité aujourd'hui. On sait que pour Auguste Comte, l'âge philosophique de l'humanité, celui de la recherche des causes, qui s'interroge sur le pourquoi des choses, est un âge infantile. L'humanité adulte, scientifique, positive, ne se pose plus que la question du comment (2) elle ne cherche plus que des lois. Et il est facile de constater que le positivisme peut s'étendre à tous les domaines, jusque dans la théologie : alors, la conclusion exégétique sérieuse prétend être mesure de la foi !

 

Qualité et gratuité

 

II y a pourtant dans l'art et dans la philosophie un épanouissement de la connaissance qui dévoile une profondeur de l'intelligence humaine autre que ce que peuvent dire les sciences exactes ou humaines. Aujourd'hui, l'art véritable et la réflexion philosophique authentique (cherchant la sagesse) prennent sans doute une importance nouvelle, car leur rôle spécifique pour l'homme apparaît avec une netteté plus grande : le développement des sciences et des techniques oblige en quelque sorte l'artiste à être plus profondément artiste et le philosophe à chercher plus radicalement la sagesse.

 

Le rôle de l'artiste n'est-il pas d’abord de rappeler à l'homme qu'il est fait pour autre chose que pour dominer le monde par l'efficacité des techniques et la puissance de l'économie ? En effet, l'artiste a le sens de la qualité et de l'appel inscrit dans le cœur de l'homme à un dépassement de lui-même. L'artiste n'est-il pas un peu prophète aujourd'hui : ne doit-il pas proclamer l'appel du cœur de l'homme à redécouvrir une source pure, vraie, capable d'abreuver son cœur et son intelligence ? Il exprime parfois merveilleusement cette dimension. Evoquons rapidement a ce sujet deux artistes bien différents :

 

La machine envahit terre et ciel, va aux profondeurs de la mer jusqu'au désert, sans crainte de troubler Pair au matin. On va de plus en plus vite, on n'a même plus le temps de soupirer à l'instant de disparaître. L'art en ce siècle mécanique ne serait-il pas parfois le miracle ? Un savant a pu dire : « II n'y a plus de mystère ». On peut être très savant et très sot en même temps. Tout est impondérable dans les régions spirituelles où s'aventure l'artiste, mais il y règne un ordre plus vrai que celui du contrôleur des poids et mesures. Le regard de Rembrandt vieux ou le masque de Beethoven aux yeux clos m'émeuvent autant qu'un siècle entier d'actions épiques. En fait, ce qui est beau reste caché et il en a toujours été ainsi. El faut être digne de le chercher et de persévérer jusqu'à la mort pour le trouver. Il y aura toujours peine et tourment pour celui qui s'engage en cette quête mais aussi joie profonde et silencieuse (3).

 

Texte qui met en lumière une distinction essentielle : celle de la quantité et de la qualité. Le domaine de la science est le mesurable, donc la quantité. L'art, quant à lui, demeure « caché », il y règne un ordre secret, plus vrai que celui du contrôleur des poids et mesures : un ordre qualitatif. La quantité ne nous dit que peu de chose de l'art. Quant à la sagesse philosophique, connaissance contemplative, elle est par excellence de l'ordre de la qualité. La sagesse est la qualité par excellence, car elle est l'habitus le plus profond que l'intelligence humaine puisse acquérir dans la recherche de la vérité.

Au delà du monde quantitatif, mesurable, efficace, des sciences et des techniques, l'art rappelle à l'homme une certaine gratuité. C'est pourquoi : pour Aragon,

jamais peut-être faire chanter les choses n'a été plus urgente et noble mission à l'homme, qu'à cette heure où il est plus profondément humilié, plus entièrement dégradé que jamais. Et nous sommes sans doute plusieurs à en avoir conscience, qui aurons le courage de maintenir, même dans le fracas de l'indignité, la véritable parole humaine, et son orchestre à faire pâlir les rossignols. A cette heure où la déraisonnable rime redevient la seule raison. Réconciliée avec le sens. Et pleine du sens comme un fruit mûr de son vin (4).

 

L'art nous donne donc un autre sens, une autre signification des choses. Aujourd'hui, où l'homme est trop souvent humilié, dégradé, blessé, souffrant, perdu, n'est-il pas nécessaire de comprendre plus profondément le sens de l'art qui implique toujours une certaine gratuité ? La qualité est liée à la gratuité. La quantité, par contre, n'est jamais gratuite, parce qu'elle est mesurable, donc économiquement appréciable.

 

MD Goutierre, fj.