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QUE CHERCHEZ-VOUS ?

L'indestructible

23 Décembre 2015, 05:50am

Publié par Grégoire.

L'indestructible

 

Au moyen-âge où les monastères éclosent, l’air grésillent d’anges aussi nombreux que des éphémères l’été, autour d’une lampe de jardin. Jusqu’à Jean-Sébastien Bach, croire en Dieu ou sentir le printemps ouvrir les fleurs roses de nos poumons c’est tout un. Puisqu’aujourd’hui par une grâce terrible tout a été détruit, ce livre invite à rejoindre l’élémentaire qui est l’indestructible : un feuillage à la fenêtre d’une bibliothèque. Des ombres pour abriter nos morts. Des robes glacées comme des cascades. Des paroles d’amour plongées dans des cuves de silence. La nuit dans sa première jeunesse. 

Les deux personnes les plus mystérieuses au monde sont le moine et la prostituée. Un corps qui brûle, une bible qui crie -la misère est soeur du divin.

« Je suis entré dans ce monde comme un loup et j’en sors comme un agneau » telle est la dernière parole d’un condamné à mort américain, une montagne de muscle tatouée. Aux offices les chants des moines ne monteront pas plus haut.

Au cimetière des Pères de Sainte-Croix, brillent de petites croix toutes blanches -les dents de lait de l’Eternel. 

Un livre de poésie, même oublié sur un rayon de bibliothèque, témoigne à bas bruit de la splendeur de la vie. Qu’il reste un cercle de pierre avec au milieu une poignée de contemplatifs donnant leur vie à un dieu dont rien ne les assure -préserve le monde du pire.

L’hôpital avale sa ration de souffrants. J’attends quelqu’un aux urgences. Deux policiers apparaissent, encadrant un homme menotté en survêtement noir ahuri, détenteur d’une puissance dangereuse de bébé. L’un des policiers s’adresse à lui d’une voix surnaturellement patiente, comme une mère à son enfant malade. Son collègue ricane sans bruit, moins doué de sensibilité que les briques du bâtiment. Je suis devant une parabole inédite, un Evangile dont un feuillet vole sous mes yeux.

L’image absolue, celle qui nous délivre des images, s’élabore dans la clôture d’un monastère. 

Au Carmel d’Angers une religieuse entre vivante au paradis de la peinture hollandaise. A la Grande Trappe un moine, quatre ange assis à sa gauche, deux à sa droite, patiente dans la salle d’attente de l’Eternel. A voir la porte et la croix de l’abbaye de Fontgombault on entend Wall street s’effondre. Le couloir des petites soeurs des pauvres, pour le traverser il faut des siècles. Tout au bout, nos parents disparus nous attendent.

Christian Bobin, la prière silencieuse, Gallimard.